AISNE
changer de position dans un lit, heurter un corps dur, se promener.
Ce caractère de spontanéité net dans les luxations qui nous occupent, joint à celui de la soudaineté se retrouve dans les luxations qui se produisent au cours des principales infections : fièvre typhoïde, rhumatisme articulaire aigu, scarlatine, etc.
Les noms de spontanées, secondaires, consécu-
tives, pathologiques, données à cette classe peu nombreuse de luxations, indiquent combien peu une cause violente, un traumatisme même léger, semblent entrer en jeu dans leur production. Elles ont encore ce point commun que la réduction et la contention sont faciles dans les deux classes.
Donc, comme nous venons de le voir, ces luxations sont le fâcheux apanage du début de la coxalgie ; en outre elles surviennent brusquement sans que rien puisse les faire prévoir, ou permette d’en prévenir l'apparition ; enfin elles ne reconnaissent que des causes déterminantes insignifiantes et par là même négligeables. Leur triple caractère de précocité, soudaineté, spontanéité leur confère une physionomie clinique très particulière.
IT. Beaucoup moins caractéristiques sont leurs signes physiques, subjectifs et objectifs qui se confondent entièrement avec ceux des luxations traumatiques. Ce que nous avons dit de l'intégrité relative de l'articulation dans tous ses éléments, sur la facilité de la contention des luxations devait le faire prévoir. Dans six cas sur sept la luxation s’est
faite dans la fosse iliaque externe ; c'est d’ailleurs la forme la plus commune des luxations, qu'elles soient congénitales traumatiques ou autres. Une seule fois (Joüon) la luxation s’est effectuée en bas et en avant dans le trou ovale.
Dans les six premiers cas, le membre malade s'est présenté en flexion, 'adduction et rotation interne. La flexion peu accentuée dans deux observations, est exagérée dans les autres. L’adduction est le plus souvent considérable ; fréquemment elle est telle que la cuisse malade fléchie vient croiser la face interne de la cuisse saine à l'union de son tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs. Kirmisson du reste emploie à plusieurs reprises le terme d’ « inversion » qu'il crée et qui lui sert à désigner cette adduction extrême jointe à la rotation interne.
Dans les luxations tardives de la coxalgie, non plus que dans les attitudes vicieuses qui les préparent et les commandent nous ne trouvons cette inversion aussi accentuée.
Nous devons tenir compte des signes tirés de la position du grand trochanter.
Normalement, la cuisse étant fléchie en angle droit, une ligne tendue de l’épine iliaque antérosupérieure à la partie la plus saillante de la tubérosité ischiatique affleure le sommet du grand trochanter. Or, dans les luxations qui nous occupent nous trouvons constamment le grand trochanter à quelques centimètres au-dessus de cette ligne, il produit une saillie plus considérable qu'à l’état normal et occupe un plan un peu plus antérieur. Mais nous devons
reconnaitre que ce signe n'est pas pathognomonique puisqu'il se rencontre aussi dans les pseudo-luxations causées par un déplacement progressit du fémur.
Un signe physique très particulier aux luxations vraies peut être recherché dans la présence de la tête fémorale dans la fosse iliaque externe ; mais il faut comme le prescrit Malgaigne, après avoir exploré la région, faire décrire au fémur des mouvements en arc de cercle et constater qu'ils se transmettent intégralement à la tête. Ce symptôme n'existe nullement dans les luxations des périodes avancées de la coxalgie puisqu'à ce moment la tête fémorale est presque toujours totalement détruite.
Nous serons souvent amenés pour la recherche de ce signe subjectif à chloroformer le malade. En effet la résistance des muscles, l'inflammation des tissus, la situation profonde de l'articulation peuvent créer quelque difficulté. Nous pourrons alors accentuer les mouvements d'adduction et de rotation interne, de facon à faire saillir la tète au maximum. La radiographie pourra dans bien des cas confirmer le diagnostic.
En résumé, l'étude de nos observations nous montre ΰ que les luxations vraies du début de la coxalgie se caractérisent par trois symptômes propres : précocité, soudaineté, et spontanéité ; 2°que ces luxations ont par ailleurs les mêmes signes physiques que les luxations traumatiques ; d'ordinaire le déplacement de la tête fémorale s'est effectuée en arrière dans la fosse iliaque externe, dans un cas seulement nous avons pu observer une luxation en avant.