CHAPITRE VI
Pronostic et traitement.
Le pronostic des luxations congénitales de la rotule, quelquefois, n’est pas sans une certaine gravité au point de vue fonctionnel. S'il est des cas, dans Ia plupart des luxations permanentes, par exemple, où la gêne et la douleur sont réduites au minimum, il en est d’autres où l’on conçoit l’importance d’un traitement chirurgical bien approprié. C’est ainsi que les luxations récidivantes et habituelles attirent spécialement l'attention des chirurgiens, à cause de la répétition de la luxation, de la difficulté consécutive de la marche et, parfois, des douleurs provoquées; tel est le cas de Le Dentu. Mais les luxations permanentes peuvent-être ellesmêmes la cause de troubles graves au point de vue fonctionnel : la malade de Hans Spitzi ne pouvait marcher sans être soutenue.
De plus, l'opinion que nous avons concernant l'origine congénitale probable de beaucoup de luxa-
Mn are tions, dites traumatiques, nous fera réserver notre pronostic au sujet de récidives possibles, quand le peu d'intensité du traumatisme nous fera douter de cette étiologie unique. |
Quels sont donc les moyens à la disposition 4 chirurgien pour remédier aux conséquences plus ou moins graves des luxations congénitales de la rotüle ?
Il est toute une classe d'observations dans 164. quelles l'opportunité d’une intervention ne se fait pas sentir; c'est, par exemple, lorsqu'il s'agit de luxations permanentes ne se traduisant, au point de vue fonctionnel,que par une légère faiblesse, une gène peu marquée dans les mouvements du genou. On ne conçoit pas, en effet, dans ces cas, l'utilité d'une intervention chirurgicale dont les résultats sont, en somme, assez improbables. C’est la conduite tenue par M. le professeur Poncet chez le malade dont nous rapportons l'observation ; le malade était entré
à l'hôpital à cause de douleurs ressenties dans le genou depuis quelques jours; elles disparurent par le repos. On a signalé, en effet, dans plusieurs cas, ces douleurs intermittentes, parfois même des hydarthroses véritables. Le chirurgien se contentera d'agir contre ces phénomènes secondaires par les traitements ordinaires.
Le port d'une genouillère aura quelquefois son
utilité pour assurer la marche (Obs. I et XVII).
Mais, souvent, la gravité des troubles fonctionnels commande une intervention. Ramener et maintenir la rotule dans sa position normale, tel est le but, et les procédés opératoires sont nombreux. On peut les
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diviser en deux grandes classes, suivant que les chirurgiens se sont adressés à la capsule ou aux os; le mécanisme des luxations congénitales de la rotule
nous explique cette division.
Procédés capsulaires. — Ménard (de Berck-sur- Mer), dans la Revue d'Orthopédie de 1893, a proposé un traitement qu’il n’a pas eu l’occasion de pratiquer, en publiant son cas de fuxation congé-
nitale.
ié Section des couches fibreuses de la partie antéro-externe du genou qui entraînaient la retule en dehors à chaque mouvement de flexion.
2° Incision du côté interne, mettant à nu l’aponévrose fémorale et l’aileron de la rotule du même côté, résection d’une lame verticale de ces parties fibreuses, de manière à diminuer leur longueur. Une suture de la couche fibreuse d’abord et une autre de la peau complètent l'opération.
Le Dr Brun (Hôpital des Enfants-Malades) a employé avec succès le procédé pour un cas de luxation d’origine traumatique datant de 4 ans 1/2.
Perkins (Annals of Surgery, 1803) se servit d’un procédé analogue, dans une luxation permanente en dehors, datant de 6 ans, ayant entraîné une torsion marquée du fémur en dedans et du tibia en dehors. Ouverture de la jointure sur la ligne médiane par une incision longitudinale de 18 centimètres, section des tissus fibreux en dehors du tendon du triceps et de la rotule et traction sur la rotule pour Îa remettre dans sa position normale, Le tibia, au
NS à Ro
bout de quelque temps se remit dans l’axe de luimême.
La malade, revue quatre ans après, présentait une guérison parfaite.
Le procédé de Perkins n’est en somme que le premier temps de celui de Ménard.
En 1894, Bajardi préconisa une excision elliptique de la capsule en dedans (Luxatione congenita della rotula all’externo. Archivio di orthopedia,1894).
Le professeur Le Dentu eut l’idée, lui aussi, de rétrécir le manchon capsulaire, mais en pratiquant le plissement de Îa capsule. Dans l'observation que nous rapportons : « L'opération a consisté à faire à « la partie interne du genou une incision verticale « allant jusqu'à la capsule fibreuse. La laxité de « celle-ci permet d'y faire un pli longitudinal d’en- « viron 15 millim. de hauteur sur 6 à 8 cent. de « longueur. Ce pli fut traversé à sa base par une « première suture au catgut en faufil et reprise « ensuite dans une seconde suture en surjet serré. « Le tout fut repris enfin dans les sutures faites à la « peau, pour rapprocher Îles lèvres de l’incision. « Réunion immédiate sans drainage. Immobilisation « pendant trois semaines, guérison absolue ».
Roux, de Lausanne (Revue de Chirurgie, 1888), dans un cas de luxation récidivante de la rotule, a désinséré le ligament rotulien pour lui donner une nouvelle insertion plus interne.
Nous ne croyons pas que le procédé ait été employé pour des luxations congénitales, mais peut-être pourrait-il trouver son application dans certains cas.