‹ Des Luxations Congénitales de la RotuleChapitre 14 sur 72 · SU IER · texte numérisé non relu

SU IER

L'atrophie congénitale de la rotule peut aussi provoquer quelque hésitation, d'autant que la rotule luxée est généralement plus où moins atrophiée.

La radiographie, d’ailleurs, nous sera souvent d’un précieux secours ; mais il est intéressant de voir ce qu’en dit Fargeas, qui a fait de nombreuses recherches à ce sujet : « Iest des cas où l'épreuve radiographique est concluante ; d'autres fois, elle ne doit pas être prise en considération, car la rotule ne s’ossifie pas avant un an au moins. Si on fait radiographier un enfant de six à huit mois (le cas en est fréquent) le cartilage ne donne pas d'ombre ; l'épreuve est négative sur l’existence de la rotule et, par le palper, on la sent très bien cependant. Il ne faut pas prendre non plus pour la rotule un des points d’ossification des épiphyses fémorales ou tibiales ».

Ces derniers, en effet, apparaissent vers la fin de la vie intra-utérine, tandis que le point d’ossification patellaire ne se montre au plus tôt qu'après la première année.

Parfois enfin, la rotule fait corps avec le condyle externe et il esf£ difficile sinon même impossible ae délimiter le sillon qui Fen sépare ; c’est dans ces cas que la radiographie nous fera faire le diagnostic, alors que nous aurions pu songer à une absence congénitale.

Supposons maintenant la luxation rotulienne constatée seulement assez tard dans l'enfance où même dans Fadolescence.

La coexistence d’un genu valgum plus on moins considérable, l’apparition de l’aflection après un {raumatisme rendent alors le diagnostic épineux et nous avons à résoudre les deux questions suivantes :

o La luxation est-elle consécutive au genu valgum ou est-elle primitive ?

90 Est-ce bien une luxation congénitale ?

L'étude exacte des commémoratifs peut seule, d’après Kirmisson, nous renseigner à ce sujet.

Si les deux lésions existent depuis la naissance, il est hors de doute que la luxation rotulienne soit la première en date, étant donnée la rareté du genu valgum congénital primitif.

Lorsque le genu valgum est apparu consécutivement à la luxation rotulienne, celle-ci alors est bien la lésion primitive et Appell nous rapporte des observations où, dit-il, la luxation récidivante de la rotule aurait -amené le genu valgum.

Enfin, si la coexistence de ces deux déformations n’est constatée qu’assez tard déjà dans la vie, il est bien difficile d'affirmer laquelle a entraîné l’autre. Une luxation com-— plète de la rotule, accompagnée d’un genu valgum peu considérable, sera cause de la déviation en dehors de la jambe ; tandis qu’au contraire un genu valgum rachitique très prononcé, pourra fort bien entraîner le déplacement de la rotule. Évidemment, disent Poncet et son élève Gallet, il est très malaisé de fixer la limite du diagnostic d’après le degré du genu valgum, mais nous aurons la ressource des autres caractères de chacune de ces déformations, pour diriger notre diagnostic dans un sens ou dans l’autre.

Mais, cette luxation primitive de la rotule, que nous venons d'apprendre à reconnaitre est-elle vraiment congénitale ?

En présence d’un individu chéuf, de petite taille, qui a

EN: es

marché tard et qui, à la suite d’un traumatisme insigni— fiant reçu sur le genou, offre une luxation de la rotule, nous devons tenir compte de l’état des condvles, du degré d’atrophie de la rotule, de l’hérédité et de l’état général du membre. Il est bien rare alors qu’on ne trouve aucun élément permettant de fixer le diagnostic. |

La coexistence d’autres malformations congénitales, si souvent signalées dans nos observations, la disproportion entre le traumatisme et la lésion emportera encore notre conviction. Enfin, l'absence de phénomènes réactionnels dans articulation du genou éloignera toute hypothèse de luxation pathologique.

Donc, l’histoire de la maladie, minutieusement étudiée, peut seule nous fournir la solution du problème et nous permettre alors de porter un pronostic exact.

CHAPETRE NI

Pronostic.

Le pronostic des luxations congénitales de la rotule est excessivement variable. Au point de vue vital, la malformation woffre aucune gravité, mais il n’en est pas de mème au point de vue fonctionnel.

Nous l’envisagerons successivement dans les luxations permanentes et dans les luxalions transitoires.

Dans les premières, la marche est en général facile, le malade ne souffre pas et n’est guère gèné par sa lésion. C'était le cas des malades de Bousquet, de Bergmann et de Michel (obs. XLVIF, LXXXVI et XCVIT).

Parfois cependant, 1l fatigue vite, doit se reposer fréquemment ; presque toujours il y a de l'incertitude pour monter et surtout descendre les escaliers,

D'autres fois, comme dans le cas de Spitzi (obs. LXX VIT) les troubles fonctionnels sont poussés au maximum. Notre petite malade ne pouvait courir, sa marche était pénible, elle féchissait à chaque pas sur le membre malade et faisait des chutes assez nombreuses.

Mais ces cas sont plutôt rares et l'on peut dire en général que c’est dans les luxations permanentes que le pronostic fonctionnel est le plus favorable.

Bien différente en effet est l’impotence fonctionnelle des luxations transitoires. La marche cst toujours très difficile, la rotule se luxant à chaque pas quelquefois. Les chutes sont fréquentes, la descente des escaliers devient impossible. Ces désordres sont toujours croissant et peuvent aboutir à des malformations secondaires qui font de ces malades de véritables infirmes, ainsi que Nové-Josserand (observation XCII) en a rapporté un exemple.

Ces récidives continuelles entraînent parfois des accidents douloureux, comme le signalent Le Dentu (observation LXVIS) et Bérard (obs. XCIV).

Enfin des poussées d’arthrite soit sèche, soit accompagnée d’hydarthrose assombrissent parfois le pronostic. Le genu valgum qui, au début n’est pas toujours considérable s’accentuera de plus en plus et viendra encore ajouter à la gêne de la marche.

En somme, la luxation congénitale de la rotule n’a aucune tendance à l’amélioration spontanée. Certaines opérations peuvent amener dans certains Cas une guérison complète ; ce sont ces divers moyens de traitement que nous allons maintenant passer en revue.

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