CHAPITRE PREVIER
Historique.
Les luxations congénitales de la rotule, bien que mieux connues, depuis ces dernières années, où les observations se sont multipliées, doivent néanmoins être considérées comme assez rares.
Boyer disait qu’il était difficile d’avoir sur elles une pratique étendue et par conséquent très précise, étant donnée leur rareté.
Les ouvrages de J.-L. Petit, de Cooper, ne parlent pas de cette affection.
Cependant, ce n’est pas faute qu’elles aient été remarquées déjà dès la plus haute antiquité. Galien a veu, dit Riolan (dans son manuel d’anatomie, éd. 1661, p. 675) un jeune bomme, la rotule lui estant montée vers la cuisse ; il luy arriva ces deux accidens, à scavoir que son genouiïl se courbait en devant et qu’il tombait facilement quand il descendait quelque valée. C’est pourquoy il ne se pouvait passer d’un baston, pour se soustenir quand il marchait par ces lieux.
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Il recommandait même, dans son « de Faciis » l'emploi d'un appareil, «la Testudo », destiné à maintenir en place los ayant une tendance à se luxer de nouveau, après réduction. Cet appareil convenait à la rotule, de quelque manière qu'elle soit placée.
Kousselot, en l'an XIF, rapporte trois cas observés chez des conscrits, où la luxation datait de la première enfance, mais sans autres détails. Aussi, étant donnés la distance qui nous en sépare et l'absence de détails précis, pouvonsnous douter de leur authenticité.
Paletta, en 1820, rapporte deux cas de luxation congéuitale de la rotule en dehors, qu’il eut l’occasion de disséquer.
Blandin attribuait à cette malformation la flexion permianente et complète de la cuisse chez les culs-de-jatte.
J. Guérin, en 1841, dit qu’on peut voir la luxation de la rotule, comme celle de la mâchoire inférieure, comme celle du pied, mais ne cite pas de luxation congénitale de la rotule. En 1842, dans la Gazelle des Hôpitaux, 1) rapporte l'observation d’un jeune homme de 17 ans, où ül songea, en raison de latrophie légère de ce membre, à une prédisposition congénitale.
Putégnat, en 1842; Périat, en 1845, en rapportent chacun un exemple dans le journal de chirurgie de Malgaigne. Chélius en cite un autre dans la Gazelle des Hôpitaux de
En 185%, Michaelis, dans la Revue médico-chirurgicale, donne deux observations de luxations congénitales.
Malgaigne, en 1836, réunit 36 cas de luxations traumatiques de la rotule et en traça un tableau vraiment ma-
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gistral, mais ne parle pas des fuxations congénitales da. cet 08.
En 1855, dans son « Traité des Fractures et Luxations », il considère comme des luxations pathologiques les exem— ples rapportés par Paletta, Blandin et Michaelis, estimant insuffisantes les preuves de congénitalité données par ces auteurs. « Ces luxations ne diffèrent pas des luxations pathologiques et, chose curieuse, les sujets étaient venus consulter pour hydartbrose. »
JT ne nie pas pourtant la possibilité de luxations congénitales de la rotule, disant, à propos de l'influence du rachitisme dans le développement de ces luxations : « Lerles, je ne nie pas la prédisposition, mais je maintiens qu’elle ne saurait suffire, sans Ie relâchement des ligaments. »
Ce relàchement, dans cette articulation comme ailleurs, apparaît sans cause connue et semble remonter à la première enfance, et peut-être à une prédisposihion congénitale. I se révèle particulièrement par une certaine faiblesse de la jambe et par l’allongement du ligament rotulien.
Malgaigne lui-même, dans la Gazetle des Hôpitaux de {84T, vit un petit garçon porteur d’une luxation de la rotule, qu'il disait avoir eue de tout temps. Mais il ne l’admet pas comme congénitale, puisque, dit-il, elle ne se produisait qu'en marchant.
En 1857, Singer rapporte un cas typique de luxation certainement congénitale,
Depuis, plus nombreux furent les cas publiés en Angleterre par Canton, Cosma, Stokes, Holthouse ; en Amérique, par Caswell ; en Italie, par Bajardi ; en Allemagne, par Steindler, Ravoth, Uhde, Eulenbourg, Appell, etc.; en
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France, par Servier, Lannelongue, qui rapporte un cas où la luxation fut constatée par le médecin dès le lendemain de la naissance ; par Judet et Touchard, Kirmisson, Nové- . Josserand, Broca, Bérard, Poncet, etc.
Tant de données ont permis des études synthétiques. En France, Berger, dans son article « Rotule » du dictionnaire de Dechambre, consacre quelques lignes aux luxa— tions congénitales de la rotule, et rapporte les cas cités jusqu’à lui, entre autres celui de Zielewicz, où on retrouve dans l’étiologie un traumatisme intra-utérin.
Dans le traité de Hamilton (traduction Poinsot), on retrouve un certain nombre d’observations nouvelles de South, Wolcott, de Holthouse.
On eut aussi la monographie d’Aldibert, les thèses de Béreaux (1894), de Potel (1897), de Guex (1897), de Gallet (1900), de Ricoulleau (1991), de Vincent (1904), et de Rudler (1904) ; la leçon clinique de Legueu.
À l’étranger, il nous faut citer les articles de Bajardi, où il s’occupe beaucoup du traitement de la luxation con— génitale de la rotule en dehors par excision elliptique de la capsule en dedans ; celui de Steindler, où il recueille tous les cas connus jusque-là et y ajoute deux observations personnelles ; ceux de Friedlander et d'Appel, qui trouve dans l’aplatissement des condyles et dans le comblement de la gouttière intercondylienne, un élément prédisposant à la luxation.
Enfin, dans les récents ouvrages de chirurgie, les luxations congénitales de la rotule firent l’objet d’un chapitre spécial.
En 1906, Büllinger Müller fit paraître un article dans la Revue d’orthopédie sur la luxation congénitale de la rotule
et il estime qu’il y à encore sur cette question bien des points obscurs.
Les statistiques se sont multipliées, et on vit apparaître celles de :
Zielewicz en 1866 portant sur 13 cas Bessel Hagen en 1888 — 16 cas Bajardi en 1894 — 34 cas Appell en 1895 — A1Gcas Potel en 1897 — 90 cas Steindler en 1898 — 6 cas Lezas en 1902 — 61 cas Büllinger Müller en 1906 — 61 cas
Enfin nous sommes parvenu à en recueillir 107 cas, dont deux nous sont personnels.
Tels sont les principaux travaux écrits jusqu’aujourd'hui sur la question.