‹ Des Luxations ovalaires de la hancheChapitre 22 sur 42 · HAE · texte numérisé non relu

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ferait un abondant travail d’ossification, qui aurait son point de départ dans le périoste.

Dans les luxations ovalaires, le trou ovale, sur lequel repose la tête du fémur, subit, du fait de la pression de l'extrémité luxée, des modifications profondes, qui tendent à le transformer en une véritable cavité articulaire. Dans une observation rapportée par Moreau (1), la tête était emprisonnée dans une coque osseuse, qui commençait sur la tubérosité ischiatique, et occupait une partie du trou ovale. Une semblable constatation est faite dans l'observation de Stanski (2). Dans une autopsie rapportée par A. Cooper (3) (Obs. X), le muscle obturateur externe et la membrane obturatrice avaient complètement disparu. Autour du trou ovale, s'était déposée une matière osseuse, formant une profonde cavité dans laquelle la tête fémorale était logée. Le trou ovale, compiètement ossifié, représentait une nouvelle «surface articulaire qui empiétait sur les branches ascendante de l’ischion et descendante du pubis. De même, sur une pièce anatomique, qu'il découvrit au Musée du Val-de-Grâce, où elle était classée sous le nom d’ostéite condensante de l'articulation coxo-fémorale, et qui n'était autre qu'une vieille luxation ovalaire non réduite, M. le docteur Poulet (4) (Obs. EX) trouva la tête du fémur logée au sein d’une coque osseuse de nouvelle formation, du volume d’un œuf de dinde qui proéminait d’un centimètre environ dans le bassin. A sa périphérie, cette gaîne osseuse se confondait avec les parties du squelette, qui constituent le trou obturateur ; elle se terminait en avant au niveau de la ligne intertrochantérienne, et en arrière au niveau de la face postérieure du col.

Toute la surface du trou ovale, qui normalement est comblée de parties molles, se trouve done le plus souvent

convertie en une surface osseuse, résultant de l’abondant

(1) Moreau. — Mémoires de l’Académie de Chir., t. II, p. 158.

(2) Stanski. — Bulletin de la Société Anatomique, 1839.

(3) A. Cooper. — OEuvres chirurgicales. Trad. Chassaignac-Richelot, 1837. (4) Poulet. — Bulletin et Mémoires de la Société de Chir., t. XI.

Pinault, — 4.

Sen

travail d'ossification, qui se produit autour de l'extrémité luxée, et, sur la pièce de M. Poulet, il n’existait qu'une fente de trois centimètres en avant et en haut, au niveau de la gouttière sous-pubienne, pour le passage du paquet vasculo-

nerveux.

Capsule articulaire. — Au début, la nouvelle articulation peut posséder une capsule fibreuse, qui est distincte de l’ancienne, et est constituée par le tissu fibreux de nouvelle formation, mais le plus souvent les débris de l’ancienne capsule s'unissent au tissu néoformé pour constituer une nouvelle capsule commune à l’ancienne et à la nouvelle articulation. Toutefois cette capsule fibreuse, ne tarde pas à être remplacée par une véritable coque osseuse, qui emprisonne la tête de toutes parts jusqu’au col. |

Dans l'observation de Cooper, la cavité osseuse renfermait si complètement la tête, qu'on ne pouvait la retirer sans briser complètement la cavité. Cependant, cette coque de nouvelle formation n'adhèrait pas à la tête, elle enserrait seulement le col, sans lui adhérer. Par une coupe horizontale, pratiquée à travers le fémur et la nouvelle coque, M. Poulet constata que la tête était distincte de la coque périphérique ; elle en était séparée par un sillon de un millimètre environ. La structure de la coque osseuse serait ordinairement celle du tissu spongieux, avec deux lames limitantes interne et externe, ainsi que l'a observé M. Poulet. |

Le ligament de Bertin est aussi remplacé par de la substance osseuse, et sur la pièce de M. Poulet il existait des jetées osseuses qui réunissaient la coque à la surface pecti-

néale d’une part, à l'épine iliaque antéro-inférieure d’autre part.

Têle fémorale. — Aïinsi que nous l'avons dit au début de ce chapitre, les rapports nouveaux des surfaces articulaires aboutissent soit à l’ankylose, soit à une néarthrose, Dans les observations de Moreau, de Stanski, la tête était complètement soudée à l'os iliaque. Dans l'observation de M. Poulet, la tête

Et

paraissait également soudée au bassin sous un angle droit. Cependant l'ankylose n'existait pas complètement ; mais la coque osseuse étreignait si étroitement le col, que tout mouvement était impossible. Dans l'observation de (Cooper au contraire, la tête jouait librement dans sa nouvelle cavité de réception, sans subir aucune entrave dans ses mouvements du fait de sa situation. La tête fémorale subit ordinairement des déformations variables. Dans certains cas, elle peut conserver sa forme ; le plus souvent elle s’aplatit et devient irrégulière. De plus, elle subit des modifications profondes dans sa structure. M. Poulet (1) a trouvé le tissu spongieux de la tête creusé d'un certain nombre de cavités kystiques, de la grosseur d'une lentille, telles qu'on en observe dans la forme kystique de l’arthrite sèche. Dans d’autres cas au contraire, les extrémités osseuses seraient complètement grasses. Il s'agirait là d’un autre état, ou peut-être d’une autre phase.

Cartilage articulaire. — D'ordinaire, les cartilages restent assez longtemps intacts, mais le plus souvent ils finissent par disparaître. Dans l'observation de Cooper, la tête semblait avoir conservé son cartilage. Parfois la substance osseuse, avec laquelle la tête est en rapport, se recouvrirait d’un tissu fibroïde, se rapprochant du cartilage fibreux et réticulé.

Synoviale. — Dans toute fausse articulation, il existe une synoviale ou une trame cellulaire à surface unie. Dans tous les cas où l’ankylose n'existe pas, la nouvelle cavité articu-

laire présente une surface lisse et polie.

Ancienne cavité cotyloïde. — Non moins importantes sont les modifications, que subit l’ancienne cavité articulaire déshabitée. Par suite de la pression des épiphyses osseuses, ses bords s'amincissent et deviennent irréguliers. D'abord en par-

tie comblée par des végétations fibreuses, ainsi que nous

(4) Poulet. — Bulletins et Mémoires de la Société de Chirurgie. Paris, EX np E90!

l'avons vu précédemment, elle se remplit à la longue d'ostéophytes, sa cavité diminue progressivement et finirait même dans certains cas par disparaître complètement. Dans l’observation de Cooper, elle était comblée par de la matière osseuse, et n'aurait pu recevoir la tête du fémur. Dans l'observation de M. Poulet, au contraire, elle n'avait pas perdu sa forme ; contrairement à ce qui se produit ordinairement, elle n’était pas comblée, sauf un peu en avant par des productions osseuses.

Modifications péri-articulaires. — Les lésions musculaires sont précoces et aboutissent rapidement à l’atrophie. Les muscles péri-articulaires contracturés dans une position défectueuse : ou tiraillés se rétractent et s'atrophient. Plus tard, les muscles atrophiés s'adaptent à la nouvelle articulation, sur laquelle ils se moulent et dont ils limitent les mouvements ainsi que cela avait lieu dans l'observation de Cooper. Les ruptures musculaires tendent à se cicatriser, et les deux moignons' se réunissent par des bandes de tissu fibreux. Les tendons et les aponévroses, ainsi que le tissu cellulaire ambiant, s’épaississent et contractent des adhérences. La compression, le tiraillement prolongé peuvent amener des lésions du côté des vaisseaux et des nerfs. De plus, le membre luxé subit une atrophie progressive et perd de son poids. Enfin, par suite de l'attitude vicieuse du membre et de la claudication, la colonne lombaire présente une lordose plus ou moins prononcée, le bassin se déforme et subit une inclinaison et une rotation anormales qui nécessitent, dans la station debout, des courbures compensatri- . ces de la colonne vertébrale, destinées à maintenir l'équilibre du corps.

On voit, par les descriptions qui précèdent, combien profondes deviennent à la longue les modifications qui se produisent au sein des articulalions luxées. On n’est pas très fixé sur l'époque d'apparition de ces diverses transformations. Mais il va sans dire que ces énormes productions osseuses ne se produisent qu'au bout d'un temps plus ou moins long.

Un chirurgien de Budapest, Ostermayer (1), a trouvé des lésions semblables à celles que nous venons de décrire au sein d’une luxation ovalaire datant de 19 mois, pour laquelle il fut obligé de faire une résection ; la tête et le col étaient entourés d’un abondant tissu osseux, mais la tête avait conservé sa forme : il y avait seulement ankylose fibreuse, la cavité cotyloïde était peu déformée. Dans un cas de luxation ovalaire datant de deux ans (2), Mac Cormac a trouvé la tête aplatie, déformée, dépourvue en partie de son cartilage articulaire. La cavité cotyloïde ‘avait perdu sa forme et n'était plus représentée que par une sorte de cupule peu profonde.

En résumé, on conçoit que les mouvements de ces articulations néoformées au niveau du trou ovale soient très limités. S'il arrive qu'échappant à l’ankylose, la tête joue librement dans sa nouvelle cavité de réception, ses mouvements sont limités, soit par les lésions des muscles péri-articulaires, soit parce que le col se trouve enserré par le rebord de la coque osseuse, bien qu'il en soit distinct le plus ordinairement, de sorte que le membre semble être, dans tous les cas, plus ou

moins complètement ankylosé.

(14) Ostermayer.: — Wiener Klinishe Wochenschrift, 1894. (2) Mac Cormac. — St-Thomas Hosp. Rep., t. IX, 1878.

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