TOME OR
le sommet du trochanter qui y était solidement fixé. Mais la position de la tête fémorale ne pouvait être déterminée d’une façon précise , ses contours n'existaient plus, elle était maintenue dans le trou obturateur, qui formait la nouvelle cavité articulaire, par de nombreux ostéophytes détachés du rebord osseux de ce trou, qui entouraient et emprisonnaient non seulement la tête mais encore une grande partie du col. Dans ces conditions, Ostermayer réséqua l'extrémité supérieure du fémur à la partie supérieure du petit trochanter, et il ne put extraire la partie réséquée que par morcellement et avec la plus grande difficulté. Il arrondit ensuite à l’aide du ciseau et du marteau l’extrémité supérieure de la partie restante du fémur, et, après avoir enlevé la portion du rebord cotyloïdien augmentée de volume, épaissie, qui faisait saillie dans la cavité, il introduisit l’extrémité du fémur dans le cotyle. Dans la suite, le membre fut soumis à l'extension continue. Au bout d’un mois et demi, on soumit le membre à des mouvements actifs et passifs. Le malade pouvait s'asseoir dans son lit. Les mouvements de flexion d'abduction, d'adduction, de rotation, faits d'une facon modérée, étaient indolores et pouvaient être exécutés par le malade lui-même. Deux mois après l'opération, le malade commença à marcher avec deux béquilles d’abord, puis avec deux cannes. Quelques accidents superficiels, survenus au niveau de lincision, retardèrent le départ du malade et troublèrent la guérison complète de la résection en obligeant le malade à garder le lit, mais n'intéressèrent pas la nouvelle jointure, qui pouvait exécuter tous les mouvements d’une façon presque normale. Lorsque le malade quitta l'hôpital il pouvait marcher facilement avec une canne, tous les mouvements de l’articulation étaient libres et indolores.
La résection n'avait pas produit de raccourcissement, et le membre réséqué présentait même un allongement de:un centimètre. Mais cette constatation paradoxale, ainsi que le
fait remarquer Ostermayer, était due à ce que le blessé avait
été atteint antérieurement d'une fracture du fémur opposé, qui avait guéri avec un raccourcissement de 9 centimètres, ce qui avait occasionné une différence de longueur en faveur du membre luxé, qui fut ensuite réséqué, et, sans cette circonstance spéciale, le raccourcissement eût été notablement prononcé
Le résultat opératoire n’en fut pas moins très favorable. Au point de vue fonctionnel, à une ankylose qui occasionnait des douleurs dues à la compression du nerf obturateur, l’opération avait substitué une articulation à peu, près normale, permettant la libre exécution de tous les mouvements, dans les limites normales ; le malade pouvait se tenir debout et marcher sans difficulté. En effet, la nouvelle articulation fut le siège d'un processus de régénération, et, à la place du grand trochanter, s’est formée une masse osseuse volumineuse, à la production de laquelle ont dû contribuer le périoste et la lamelle osseuse, qui ont été laissés en place. Le mouvement de rotation persistait après l'opération, malgré la désinsertion de la plupart des muscles rotateurs. Ce résultat semble devoir être attribué à l’adhérence des tendons au périoste qui fut laissé, et, si l'extrémité du fémur ne s'était pas régénérée d’une manière aussi favorable, l'insertion des muscles rotateurs eût été compromise de même que les mouvements auxquels ils président.
En résumé, si nous comparons les résultats obtenus par les différents procédés opératoires, qui furent appliqués par les chirurgiens au traitement des luxations irréductibles, nous pouvons conclure, qu'en présence d'une luxation de la hanche restée irréductible,, malgré l'emploi des procédés de douceur et de force, si la luxation est relativement récente, l'arthrotomie, pratiquée dans les conditions voulues pour lever les obstacles, pourra permettre d'obtenir la réduction. Si la luxation est quelque peu ancienne, la réduction à la suite de l’arthrotomie ne -s'obtiendra qu’au prix de dégâts parfois considérables au pourtour de l'articulation. Le procédé de choix, dans ces conditions, sera la résection de la tête fémorale, avec réintégration
du col dans la cavité cotyloïde, préalablement libérée et recons- Utuée dans les cas où elle est oblitérée ou déformée. Ce procédé opératoire est applicable dans la majorité des cas. Dans les cas relativement rares où, par suite de lésions musculaires trop avancées, la résection de la tête ne suffirait pas à permettre la réduction du col, il faudrait s’en tenir à la résection de la tête. Dans certains cas de luxations très anciennes on pourra aussi avoir recours aux différents procédés d’ostéotomie, d’ostéoclasie ou de résection de l'extrémité supérieure du fémur. Nous avons vu que ces opérations donnaient encore des résultats
fort acceptables.