‹ Des Luxations ovalaires de la hancheChapitre 31 sur 42 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Luxation ovalaire de la hanche droite, n'ayant subi aucune tentative de réduction. — Autopsie.

{(Hôtel-Dieu, service de M. Polaillon. — Recueillie par M. Sourdille, interne du service et publiée dans les Bulletins de la ° Société Anatomique, Mai 1895).

Un jeune homme de seize ans, Pierre R.,., maçon, tombe, le 7 mai 1895, de la hauteur d’un troisième étage, et est immédiatement amené à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. le D" Polaillon.

A son entrée à l’hôpital le malade est dans le collapsus le plus complet. Il porte à la tête plusieurs plaies contuses peu profondes, mais il ne perd de sang ni par le nez ni par les oreilles.

En dehors de son état général très grave, ce qui attire tout d’abord l'attention, c’est l’attitude du membre inférieur droit.

La cuisse droite, très légèrement fléchie sur le bassin, est dans une abduction telle, qu’elle fait un angle d’environ bo avec la verticale. Elle présente en même lemps un certain degré de rotation externe. La jambe est fléchie à angle droit sur la cuisse, le pied reposant sur le plan du lit par son bord externe.

La région de la hanche est aplatie; à la place de la saillie normale du grand trochanter existe un méplat très accentué.

La tête fémorale est très facilement sentie à la partie interne du pli de l’aine, un peu au-dessous du ligament de Fallope, dans le triangle de Scarpa. Celui-ci est déformé et présente une voussure manifeste. Ajoutons enfin que le membre inférieur est complètement immobilisé dans la position que nous avons décrite, et il est impossible de lui communiquer des mouvements.

A cette attitude spéciale, à cette constatation de la présence de la tête fémorale au-dessous de la branche ilio-pubienne, il était facile de diagnostiquer une luxation obturatrice de la hanche. C'était d’ailleurs à quoi se bornaïit le rôle du chirurgien. Car, le malade étant mort une demi-heure après son entrée dans la salle, aucune tentative de réduction n’a pu être faite.

Autopsie. — Le membre inférieur droit est toujours en abduction forcée et en rotation externe ; mais son immobilisation est moins complète qu'au moment de l'accident, et on peut lui communiquer quelques mouvements, grâce probablement à l’altération cadavérique des muscles.

La mensuration, que nous n’avions pu faire lors des premières constatations, est alors pratiquée avec soin. Elle donne les résultats suivants.

Pratiquée du côté de la luxation, de l’épine iliaque antérieure et supérieure à l'extrémité inférieure de la rotule, le membre restant dans son attitude primitive, c’est-à-dire en abduction, flexion, et rotation externe, elle indique un raccourcissement apparent de trois centimètres environ sur le membre du côté opposé, celui-ci étant dans l'extension et dans la rectitude, c’est-à-dire parallèle à l'axe vertical, passant par le milieu du corps. Mais elle est évidemment imparfaite, étant donné le défaut de symétrie des deux membres. Si, au contraire, on met le membre sain dans une, position sensiblement symétrique à celle du membre blessé (abduction, flexion et rotation externe), on constate alors un allongement réel de un centimètre et demi à l’actif du membre luxé.

Ces constatations importantes une fois faites, les parties molles de la cuisse sont excisées depuis le milieu de l’arcade crurale jusqu'au genou, et. les différents plans musculaires et aponévrotiques du triangle de Scarpa sont écartés par une dissection minutieuse. Voici ce qu'on observe :

La tête du fémur est située immédiatement sous la peau et l'aponévrose superficielle. Elle repose sur le muscle obturateur externe, empiétant légèrement sur la face antérieure du pubis droit, et de sa branche descendante. Le ligament rond est arraché à son insertion fémorale. Le muscle pectiné et les deux premiers adducteurs sont rompus à trois centimètres de leur insertion pubienne. Le moignon supérieur de ces muscles présente une surface de section nette, rétractée, qui indique une rupture véritable et non une simple dilacération.

Le col du fémur est en rapport, en avant, avec les vaisseaux fémoraux et le nerf crural, soulevés et comme tendus par un chevalet. Cette face antérieure du col est de plus encerclée par le tendon du psoas, qui la bride.. l

Les fibres du muscle iliaque, qui s’insèrent directement au fémur, ainsi que celles qui viennent s’insérer obliquement sur le côté externe du tendon du psoas sont également rompues. En arrière, le col repose sur le muscle obturateur externe et le sourcil cotyloïdien. Le bord supérieur du grand trochanter est à cheval sur la partie inférieure du sourcil cotyloïdien, un peu un arrière de léchancrure ischio-pubienne, pénétrant par sa moitié antérieure

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