OBSERVATION XI
Luxation ovalaire datant de 2 mois. — Autopsic recueillie dans le service de Demarquay, à la Maison de Santé.
(Parmentier. — Bull. de la Soc. Anat., 1854).
Le blessé qui fait le sujet de cette observation, avait été renversé par un train de chemin de fer lancé à toute vitesse. IL avait eu le
pied droit et le tibia gauche écrasés. La jambe gauche a dû être amputée. Le malade a vécu deux mois.
A l'autopsie, on trouve une luxation sous-pubienne du fémur gauche.
La capsule est largement déchirée en avant. Le ligament rond n'existe plus. Tous les muscles situés au-devant de Particulation sont lacérés, hormis le psoas iliaque qui est tendu. Le membre est en rotation en dehors. La tête du fémur est appuyée contre les vaisseaux ; le nerf obturateur repose sur l'échancrure antérieure du sourcil cotyloïdien qui est fracturé à cet endroit et présente une rainure profonde. ï
OBsERvATION XII
Luxation ovalaire ancienne de la hanche, datant de deux mois. Réduction. — Guérison.
Desprès. — (Soc. de chirurgie, 1879).
Le nommé D..., 48 ans, puisatier, entre à l'hôpital Cochin, le 14 octobre 1878, Sete St-Jacques, n° 2.
Le malade est venu à l'hôpital avec ses béquilles et accompagné, car il n’était pas solide. : |
Il y a deux mois, il lui était arrivé un accident qu'il raconte en ces termes : il creusait un puits le 11 août 1878, à Châtillon, près de Paris, lorsqu'il fut pris de côté par l’éboulement d’une masse de terre et de pierres de plusieurs milliers de kilogr.
La charge avait porté sur le bassin et avait fait plier le malade, de façon que la cuisse avait été aplatie, sa face interne sur le sol, le tronc restant debout. En somme, la cuisse avait été portée dans labduction forcée; telle était, d’ailleurs, la position dans laquelle le blessé a été trouvé, lorsque l’on a pu le dégager. Le malade avait éprouvé une douleur irès vive.
En se relevant, il n’avait pu rapprocher les deux jambes, ses .Compagnons l’avaient cependant fortement tiré, puis le genou s'était fléchi sur la cuisse. Son médecin avait été appelé, et avait prescrit le repos au lit et des cataplasmes, mais le malade n'avait plus’ eu recours à ce médecin.
Au moment de l'entrée du malade, les parties étaient dans l’état suivant : la cuisse était à demi fléchie sur le bassin, dans l’abduction forcée, le tronc était plié et incliné sur le bassin, enfin le genou était à demi fléchi sur la cuisse, le pied était dans la rotation en dehors, le talon était à peu près au niveau du quart inférieur de la jambe saine. -
Le membre était assez fixe, dans cette position, pour que le seul mouvement communiqué possible fût l'extension du genou, tout mouvement de rotation du membre, que l’on cherchait à produire à l’aide du pied, en dedans ou en dehors, était impossible. Le malade accusait de vives souffrances, et une grande appréhension, quand on l’examinait. Je soupçonne fort que le malade s’était livré à un rebouteux de barrière qui exerce encore à Montrouge.
Le membre blessé, mesuré avec soin, avait 2 centimètres de plus que le membre sain.
Le 16 octobre, je procédai à la réduction, après avoir fait prendre au malade deux jours de suite un bain d’une heure.
Le malade fut chloroformé jusqu’à résolution complète. Lorsque le sommeil eût été obtenu, je procédai à des mouvements forcés de larticulation dans tous les sens où ils n'étaient pas impossibles (ce que je né manque jamais de faire, comme manœuvre préalable, dans la réduction des luxations anciennes). Ce que j'exagérais le plus, parce que cela était plus facile, ce fut la flexion de la cuisse sur le bassin, et c’est alors que nous.pûmes facilement sentir la tête fémorale au-dessous et en dedans de Vischion, sous la masse des muscles adducteurs qu’elle soulevait. Pendant ce mouvement, il y avait un vide à la place de la saillie normale du grand irochanter. Durant ces mouvements, exécutés avec la force d’un homme de force musculaire moyenne, des craquements ont été produits; nous déchirions à dessein les adhérences les plus récemment formées.
Le malade, couché dans le lit, fut fixé à un anneau scellé dans le mur à l’aide d’une alèze, passant entre les cuisses et faisant la contre-extension sur le bassin. Par dessus le bandage circulaire placé sur la cuisse, on applique le manchon de cuir, la traction fut faite alors sur le membre étendu à l’aide des cordes des mouffles du dynamomètre et de la pince à échappement. La 1" traction de 206 kilogr. à raison de 20 kilogr. de tirage par chaque effort, après l’échappement, redressa la jambe, et l’amena au parallélisme avec la jambe saine, mais il y avait toujours allongement du membre et défaut de saillie à la région trochantérienne.
Je jugeai que la réduction n’était point effectuée. Le malade, qui s’éveillait, fut endormi de nouveau, et ‘les tractions furent reprises, le malade étant couché sur le côté sain, jusqu’à 220 kilogr. du dynamomètre, et, voulant porter la tête en dehors. je roulai une serviette autour d’un manche à balai, et, pendant la traction, avec un aide, nous soulevâmes de toutes nos forces la cuisse très près de la tête fémorale, de façon à la porter en dehors; nous fimes bien saillir le grand trochanter, et, alors, nous procédâmes au deuxième échappement.
La réduction n’était pas encore obtenue, la cuisse reprit la position que nous avions obtenue après la première traction.
On ne pouvait croiser la jambe malade sur la jambe saine Je fis endormir une troisième fois le malade, deux alèzes maintenant le: bassin, et la cuisse, fléchie à angle droit, fut tirée avec une force de 300 kilogr., puis tout fut lâché. Cette fois la luxation semblait réduite, à cela près que l'allongement du membre persistait, mais la tête paraissait bien près de la cavité. On ne la sentait plus dans la fosse ovale. On sentait la saillie du grand trochanter.
Le pied gauche pouvait être placé dans le parallélisme avec le pied sain, mais je ne pouvais produire aucun mouvement de rotation. ;
Bien que je ne jugeasse pas la luxation réduite, je ne crus pas devoir persister. Il y avait des éraillures du tégument dans le pli génito-crural, et au genou. Il fallait s’arrêter.
Le malade se réveilla et fut porté à son lit.
Le lendemain, il y avait un gonflement notable de la hanche, mais le pied était droit sur le lit et ne reposait pas sur son bord externe; la saillie du grand trochanter était très nette, et en faisant exécuter le mouvement avec précaution on pouvait croiser le pied malade sur le pied sain. Je jugeai alors que la luxation ‘était réduite, mais, comme ïil y avait encore un allongement apparent, j'examinai ‘et je constatai que cet allongement était dû à l’inclinaison latérale du tronc sur le bassin. Nous constatâämes un gonflement au niveau de la saillie du psoas dans l’aine, et je jugeai qu’il y avait une légère arthrite.
Les jours suivants, lorsque le gonflement eut disparu, nous avons pu constater que la saillie du grand trochanter était aussi prononcée à gauche qu’à droite, et le croisement de la jambe gauche sur la droite était de plus en plus facile. Il y avait déjà des mouvements de rotation dans l'articulation coxo-fémorale, la luxation était donc bien réduite ; le quinzième jour les écorchures de la peau étaient guéries.
Le temps nécessaire à la mobilisation de l’articulation de la : hanche et du genou demanda deux mois. Outre les mouvements que je faisais moi-même, le malade faisait exécuter à son membre des mouvements à l’aide d’une poulie que nous avions posée à son lit. Deux mois après la réduction, le malade marchait avec une canne et ne boîtait pas, il pouvait s’asscoir et fléchissait suffisamment la cuisse sur le bassin, et le genou sur la cuisse. |
Il sortit de l’hôpital le 23 octobre 1878, à pied, et avec une seule canne.