RE ORNE
Le malade peut seulement se tenir debout ou marcher avec une extrême difficulté à l’aide d’une béquille. Dans la position debout, son dos est dans un état de lordose extrème, la cuisse fléchie et avancée, le pied est tourné en dehors et reposant sur le bord du-gros orteil, de sorte que le bassin est très incliné et le corps porté du côté affecté. Le genou est un peu fléchi.
Le patient se plaint de douleurs continues, s’aggravant par l'examen de la région. En augmentant l’abduction, la tête de l'os peut être projetée vers le périnée. La position qu’elle occupe ordinairement est la partie inférieure et interne du trou obturateur et de la branche montante de l’ischion.
La première fois le malade resta 23 jours dans l'hôpital, pendant lesquels je fis deux tentatives de réduction, d’abord au moyen de manœuvres, puis avec des poulies.
Les deux tentatives causèrent beaucoup de douleurs et quelques troubles généraux et locaux. Des vessies de glace furent appliquées sur la hanche. Bientôt après, le malade sortit de l'hôpital, sur sa demande, disant qu’il ne voulait pas se soumettre à de nouvelles tentatives. |
Au bout d’un mois, il revint. Son état était le même. Son membre était inutile pour le travail et fort détérioré. 11 pouvait à peine faire quelques pas à cloche-pied, il avait des douleurs constantes et demandait l’opération. |
Comme une ténotomie suivie d’un traitement orthopédique avait été tentée sans efficacité, comme il ne pouvait supporter aucun mouvement passif, comme la tête de l’os paraissait immobilisée au-dessous du pubis, comme son état général était mauvais et comme les autres moyens paraissaient avoir été épuisés, je considérai qu’une opération était justifiable. Théoriquement le plus désirable était d’inciser sur la tête déplacée, de diviser une partie de la capsule et les adhérences s’opposant à la réduction et de remettre la tête dans la cavité cotyloïde.
Je pensai aussi à la division du col par la méthode sous-cutanée, afin de permettre au trochanter de remonter sur le dos de lilium. J’abandonnai ce projet à cause de la profondeur du col, et de la présence probable des vaisseaux fémoraux et du nerf crural au devant du col et de la nécrose possible de la tête déplacée.
Je me’ décidai donc à tenter de replacer la tête de l’os dans l’acétabulum au moyen d’une incision assez large à travers laquelle je pourrais diviser les bandes fibreuses ou la capsule s’opposant à la réduction avec l'espoir d'obtenir plus tard une jointure mobile.
Dans ce but, je fis, le 5 juin 1878, une incision en Ÿ, une branche était dirigée vers l’épine iliaque antérieure et supérieure, l’autre vers l’épine postérieure et supérieure, tandis que le pied de l'Y descendait vers le grand trochanter.
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Les parties molles étant franchement incisées, j'arrivai à la cavité cotyloïde.
Je trouvai au lieu d’une cavité profonde en forme de calice, une cavité peu profonde en forme de soucoupe, dans laquelle la tête de l'os, en supposant que j'aie réussi à l’y amener, ne pouvait pas rester. L’acétabulum comme surface articulaire était oblitéré. Les adhérences étaient si nombreuses, la tête et le col étaient si profondément situés, qu’il aurait été difficile de replacer la tête, lors même que l'absence d’acétabulum n’aurait point arrêté cette tentative.
Je divisai alors avec un ciseau l'os, juste au-dessus du petit trochanter, et après une dissection quelque peu incommode j’enlevai la tête, le col et le grand trochanter.
La tête fémorale était aplatie, partiellement absorbée, et son cartilage entièrement enlevé. La face postérieure, qui reposait sur la branche de lischion était un peu élargie; l’os y était plus dense et recouvert de fibro-cartilage. Mais la moitié antérieure de la tête, qui était inutile pour une pseudarthrose, était presque entièrement absorbée, et la surface aplatie restante était molle et poreuse.
Il devint possible de rendre le membre beaucoup plus droit, mais quand il fut abaissé et lié à une attelle, dans la position horizontale le dos était encore fortement arqué. Je ne crus pas nécessaire de diviser aucun des tendons des muscles fléchisseurs raccourcis.
Une longue attelle fut aussi appliquée du côté sain et les deux attelles liées ensemble sur la poitrine et aux chevilles, de sorte que tout le corps put être tenu droit et la torsion excessive du bassin corrigée.
Il n’y a rien- d’'intéressant à relater dans les progrès de la guérison. La plaie très large fut tenue aseptique dans toute son étendue.
Au moyen d’une extension continue, la position du membre fut graduellement améliorée et devint finalement tout à fait droite sans aucune lordose.
15 juillet. — [La plaie était cicatrisée, la lordose disparue et le raccourcissement de 2 pouces. 4 22 juillet, — Sept semaines après l’opération, le malade se leva
pour la première fois ; des mouvements passifs furent communiqués à l’articulation de la hanche et du genou, qui étaient devenus très raides par l’immobilisation. Les courants interrompus furent employés chaque jour contre l’atrophie musculaire. Le 1‘ août il quitta l'hôpital. La plaie était fermée, sauf un point qui était encore granuleux. Il pouvait se tenir debout, fléchir et étendre la cuisse, marcher avec l’aide d'une canne. | Après la sortie de l’hôpital, le traitement fut continué. Le 51 octo-
bre il pouvait marcher très bien avec un peu d'aide; le 31 novembre sans aide.
Le membre est droit, la cuisse est légèrement fléchie. Le raccourcissement est corrigé par des brodequins à semelles épaisses.
Cet homme a maintenant en perspective un membre bon et utile Les muscles ont beaucoup gagné en grosseur et en force. Il était jadis estropié, tandis que maintenant il sera bientôt capable de gagner sa vie en travaillant, et peut-être, comme le malade historique de Portsmouth, sur lequel fut faite pour la première fois la résection du genou, de reprendre son travail de marin.
Le 9 janvier 1879, je vis de nouveau le malade Il marchait bien. Le raccourcissement, mesuré de l’épine iliaque antérieure et supérieure à la malléole, se réduisait à 3 pouces.
L'extrémité supérieure du fémur, déviée, est sur le niveau de l’'épine. Le patient, dans le décubitus dorsal, n’a plus trace de lordose.
L’articulation de la hanche peut être fléchie à 45°.
OBSsERVATION XIV
Luxation sous-pubienne de la hanche gauche, irréductible par les moyens ordinaires.— Tentative infructueuse de réduction par la méthode sanglante, ostéotomie intra-trochantérienne. — Guérison dans une bonne position. (D: Villeneuve, de Marseille, Revue d’Orthopédie, 1892).
S..., 48 ans, terrassier, vigoureux et bien constitué, entre à l’'Hôtel-Dieu le 18 novembre 1890.
Cet homme a été atteint, il y a 5o jours, d’un traumatisme violent de la hanche gauche. Étant accroupi, une pile de sacs de blé s’est écroulée sur lui, la renversé et gravement contusionné.
Le médecin, appelé le jour même de l'accident, a constaté un œdème et une ecchymose considérables du haut de la cuisse.
On ne fit aucune manœuvre de réduction.
Au bout d’une quinzaine de jours, ces premiers phénomènes s’élant atténués, la Iluxation a été reconnue, et le malade a été soumis à deux reprises à des tentatives de réduction qui sont restées infructueuses.
Tentatives sans anesthésie,
À son entrée à l’hôpital, on constate sans peine les signes d’une luxation sous-pubienne. La cuisse est en abduction et rotation externe. La tête du fémur est au-dessous de la symphyse pubienne, sous le droit interne, où on la découvre assez facilement.
Il est moins facile de reconnaître le grand trochanter perdu au milieu des parties molles, au-dessous, en arrière et en dedans
de sa position normale. Comparé avec la hanche saine, le déplacement du trochanier est d'environ 8 centimètres.
Le membre luxé, mesuré comparativement avec l’autre mis en position symétrique, est allongé de 6 cent. 1/2.
La cuisse gauche est atrophiée. Mesurée à sa partie moyenne, sa circonférence est de 39 cent., tandis qu’elle est de 45 cent. sur la cuisse opposée. Les mouvements de flexion de la cuisse sur le bassin sont très limités. Par contre, on arrive assez facilement à rapprocher les deux talons.
La marche est tout à fait impossible sans des béquilles, et même avec cette aide, elle est pénible et douloureuse à cause de l’abduction et de l’allongement, toutes les fois que le poids du corps porte sur le côté malade.
Dans la station debout, la cuisse est fléchie sur le bassin ; l’épine iliaque plus élevée que du côté sain, et lies deux talons éloignés d'environ 16 cent.
Le 20 novembre, c’est-à-dire 52 jours après la luxation, le blessé chloroformisé et dans la résolution est d’abord soumis aux manœuvres dites de douceur. Le membre est porté dans la flexion et l’adduction, puis ramené dans le plan du lit par un mouvement circulaire,
Cette manœuvre, répétée plusieurs fois sans succès, est encore renouvelée, le malade mis à plat sur le sol, le membre fléchi, dans l’adduction, suspendu pendant un assez long temps, de manière à soulever le bassin, et les doigts d’un aide appuyant fortement sur la tête du fémur, que l’on sentait glisser en bas, pendant que l'opérateur exécutait la dernière partie de la manœuvre, en ramenant la cuisse dans la rectitnde.
Deux autres tentatives furent faites avec des mouffles, et la traction fut poussée jusqu’à 100 et 160 kilos, pendant que, par des pressions énergiques, on s’efforçait de faire glisser la tête du fémur. Mais, bien qu'il parût qu’on était sur le point de réussir, la pince de Nélaton ouverte, la tête reprenait sa place dans la cavité ovalaire.
Ces essais infructueux, ayant duré plus d’une heure, furent suspendus.
Le malade, laissé au repos, se plaignit pendant quelques jours de douleurs assez vives, qui bientôt se calmèrent.
M. Villeneuve résolut de faire une dernière tentative de réduction sous le chloroforme, ei si elle ne donnait aucun résultat, d'essayer séance tenanie la réduction par l’arthrotomie. L'opération fut pratiquée le 1 décembre 1890. Le malade endormi, la réduction fut tentée de nouveau par les moyens de douceur. Le résultat continuant à être nul, une incision verticale de 12 centimètres fut pratiquée à la partie antérieure de la cuisse, à partir de l’épine iliaque antérieure et inférieure.
Pinauit. — 7.
Les muscles écartés, on arrive sur un plan fibreux résistant, qui est divisé couche par couche. On crée ainsi une boutonnière contractile, à travers laquelle le doigt arrive à sentir la base du col fémoral, et la demi-circonférence inférieure de la tête. Pour faciliter les manœuvres, l’incision est portée à 20 centimètres de longueur, et par cette vaste brèche on peut sentir et même contourner le col. :
Les manœuvres de réduction sont alors reprises, mais toujours sans succès. M. Villeneuve arrive non sans peine à passer un fort crochet autour du col fémoral, et, en opérant les tractions appropriées, pendant que le membre est placé dans la flexion, l’adduction et la rotation en dedans, il essaye à plusieurs reprises
de faire réintégrer le cotyle par la tête déplacée, toutes ces tenta-
tives sont vaines.
Il est du reste impossible de Der la cavité cotyloïde, séparée du doigt par des couches fibreuses épaisses. Il faudrait, pour s’assurer de son intégrité, faire une autre incision plus en dehors.
Mais il paraît préférable, pour ne pas prolonger une intervention déjà longue et laborieuse, de pratiquer l’ostéotomie.
Avec un large couteau de Mac Ewen, la lèvre extérieure de la plaie fortement réclinée, le trochanter est divisé vers son tiers inférieur à petits coups de maillet.
Le membre est alors ramené facilement dans sa position rectiligne normale, et, le pansement fait, placé dans une gouttière de Bonnet. L’opération avait duré 2 heures. La guérison se fit aseptiquement et sans incident notable.
L’opéré est sorti de lhôpital le 1° mars 1891.
Voici son état à ce moment :
Le membre opéré est dans la situation droite normale, avec une légère flexion sur le bassin. Il est raccourci de 4 centimètres. Le mouvement de flexion de la cuisse est limité à un angle d’environ 80°. Quand le malade veut s'asseoir, il le fait sans peine en s'appuyant sur la fesse droite, en allongeant le membre malade maintenu un peu fléchi.
Il peut s’habiller sans l’aide de personne, sauf pour mettre ses chaussettes.
Il se livre à de petits travaux, sans même se servir de canne, et il peut faire environ 1 kilom. sans arrêt et sans boiter.
Quand il à marché ainsi pendant environ un quart d'heure, une légère claudication se manifeste et s’accentue s’il persiste.
Mais s’il s'arrête et se repose quelques moments, il peut reprendre de nouveau sa course sans boiïter. Grâce au raccourcissement et à la flexion légère, il ne fauche pas. Dans les premiers temps qui ont suivi la sortie de l'hôpital, il a éprouvé des douleurs très vives dans la région antérieure de la cuisse,
or
OBsERVATION XV
Luxation ovalaire de la hanche irréductible. — Arthrotomie, réduction de la luxation — (D: Polaillon. — Bull. de la Soc. de chir., t. XI, 1883). — Observation résumée.
La tête primitivement située sur l'os iliaque, était descendue dans la fosse ovale, au cours des manœuvres de réduction et avait été laissée dans cette position. La Iuxation dataït d'un mois.
Après plusieurs tentatives infructueuses de réduction par les moyens de douceur et de force, M. Polaillon, assisté de MM. Nepveu et Hennequin, se propose de faire la réduction, en mettant à nu la capsule articulaire et en détruisant les adhérences.
Les précautions antiseptiques les plus minuticuses ayant été employées et le malade étant chloroformisé, M. Polaillon incise les téguments dans l'étendue de 10 centimètres environ, à partir de l'épine iliaque antérieure et inférieure. L’aponévrose et les muscles sont coupés dans la même étendue, ce qui permet d'arriver à l'articulation coxo-fémorale. Le grand trochanter est fixé dans la cavité cotyloïde dont le bord supérieur est masqué par une épaisse couche de tissu fibreux. Cette couche s’étend entre le bord supérieur du col du fémur et la partie supérieure du sourcil cotyloïdien. Après avoir fait écarter les parties molles en dehors et en dedans avec des écarteurs, M. Polaillon conduit un bistouri le long de son doigt et sectionne cette couche fibreuse qui représente certainement la partie antérieure de la capsule articulaire. I] peut alors introduire l’index entre le col du fémur et le sourcil cotyloïdien jusque dans la cavité articulaire qui est libre.
Pendant que M. Polaillon agit directement sur le grand trochanter pour le repousser en dehors, M. Hennequin fait exécuter à la cuisse des mouvements propres à amener la réduction. Mais ces mouvements échouent. Les muscles qui s'insèrent au bord antérieur et à l'extrémité supérieure du grand trochanter semblent être l’obstacle à la réduction.
M. Polaillon détruit une partie de ces insertions en rasant l'os avec une rugine tranchante. Puis, avec une rugine mousse il isole autant que possible le col et la tête du fémur, des parties voisines.
Saisissant alors la cuisse, il la fléchit fortement sur l’abdomen, en même temps qu'il lui fait exécuter un mouvement de rotation en dedans, puis il ramène le membre dans l'extension. Pendant cétte manœuvre la tête quitte la fosse ovalaire, pour aller se loger, en arrière de la cavité cotyloïde. Il suflit alors d'exercer une légère traction sur la jambe pour que la tête fémorale descende et tombe naturellement dans le cotyle. La luxation est réduite.
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La plaie est soigneusement lavée avec de l’eau phéniquée pour la débarrasser du sang qu’elle contient et aussi des quelques fragments osseux, qui ont été rencontrés autour de la tête et du col déplacés. Suture métallique. Etablissement d’un gros drain dans la plaie. Pansement de Lister. Gouttière de Bonnet.
Suite de l'observation résumée. — Le malade, qui était alcoolique, ayant succombé quelques jours après l'opération, on trouva à l’autopsie la tête fémorale solidement fixée dans la cavité cotyloïde et il fallait faire effort pour l'en faire sortir.
OBsERVATION XVI
Luxation ovalaire ancienne datant de 19 mois. Résection (Nicolaüs:Ostermayer. — Wiener-Klinische Wochenschrift. 1894, p. 750-795)
Johann G..., âgé de 37 ans, mineur, est admis le 5 janvier 1893 dans la section de chirurgie de lhôpital général St-Johann, à Budapest. à
Il raconte que, dans la nuit du 25 juin 1891, il fut surpris par un éboulement dans une galerie. Un bloc de pierre, d'environ quatre mètres de long et deux mètres de haut, tomba d’une hauteur d'environ un mètre sur la terre éboulée qui emprisonnait son membre inférieur droit, et le fractura vers l'extrémité supérieure du fémur. Le bloc de pierre roula ensuite sur le tronc et le membre inférieur gauche.
Lorsqu'on le délivra, le membre inférieur gauche, que le blessé maintenait fléchi sur le bassin, présentait des mouvements de latéralité à droite et à gauche, mais ne pouvait pas être étendu. On tenta, mais sans succès, à l’hôpital de la mine, la réduction sous le chloroforme ; le membre gardait la même position qu'il avait après l'accident.
La fracture guérit avec un raccourcissement notable. Le membre gauche, qui fut soumis à l’extension pendant plusieurs semaines, ne présenta aucune amélioration ; il était immobilisé dans la position précédemment indiquée.
En octobre 1891, le malade essaya de marcher, mais il ressentit de violentes douleurs dans laine et la cuisse du côté gauché, ce qui rendait la marche difficile.
Dans le courant de l’année 1892, il fut admis à la clinique universitaire de chirurgie de Budapest, où il fut de nouveau soumis pendant deux mois, à l'extension. L’état du membre ne subit aucun changement, et il quitta la clinique sans être guéri
La marche était difficile et douloureuse ; aux douleurs précédentes s'étaient ajoutés de violents élancements dans la région fessière;
aussi le malade, étant complètement incapable de travailler, se présenta-t-il à l’hôpital Saint-Johann le 5 janvier 1893, où il fut admis.
Etat actuel. — On se trouve en présence d’un homme vigoureux, de taille moyenne, paraissant très bien portant. Dans la Slation debout, il s'appuie sur la jambe droite, tandis que la gauche, modérément fléchie, est en abduction et rotation externe.
Le genou est un peu fléchi. En avant, dans la région de l’aine, il n’y a pas de plan résistant.
Dans le décubitus dorsal, le membre inférieur gauche est fléchi sur le bassin, en abduction et rotation externe, et complètement immobilisé dans cette position.
A la mensuration, on trouve 95 centimètres du côté gauche, et 86 centimètres du côté droit.
Le membre gauche est notablement atrophié.
La région trochantérienne gauche est aplatie. Le grand trochanter est profondément caché au milieu des muscles, et occupe une position un peu plus antérieure que normalement. La région fessière gauche est aplatie latéralement, et son diamètre transversal est un peu diminué.
Diagnostic. — Luxation ancienne traumatique et irréductible du fémur dans la fosse ovale. — Ankylose complète.
L’ancienneté de la lésion (19 mois), et l’immobilité absolue du membre, ne permettaient pas d'espérer la possibilité d’une réduction par la méthode sanglante.
Néanmoins je résolus de la tenter, et de ne faire la résection qu’en dernier lieu, si je n’arrivais pas à replacer la tête fémérale libérée dans la cavité cotyloïde préalablement nettoyée.
Opération le 2r janvier 1893. -— Anesthésie au chloroforme. — Incision de Bidder (incision longitudinale immédiatement en arfière du grand trochanter), commençant en haut au-dessous de la crête iliaque, et descendant parallèlement au bord postérieur da grand trochanter jusqu’au dessous de sa base. Section du grand fessier.
Résection d’une lamelle osseuse, couverte de son périoste et des insertions fibreuses des muscles tout le long du grand trochanter.
Après avoir écarté les parties molles s’insérant sur le col et le grand trochanter (portions de la capsule épaissie et durcie, insertions musculaires), on arrive sur la moitié supérieure de la cavité cotyloïde. Dans sa moitié inférieure on trouve le sommet du trochanter, qui y est fixé par des adhérences calleuses. Après la section des néoformations, on libère, au bistouri avec “beaucoup de précaution, le col. Cette partie libérée répondait à “peu près à la longueur du col placé de front.
L'opération était, vu la profondeur de la plaie et l’étroitesse du champ opératoire, des plus difficiles. Les parties voisines étaient soit des os, soit des insertions musculaires difficiles à enlever
Er (AE
même à la rugine. On ne pouvait se servir des mouvements imprimés au fémur, pour se guider dans la recherche de la tête, puisque cette dernière était immobilisée. C'était à peine si je pouvais glisser mon doigt le long du col. Les contours de la tête n’existaient plus, elle était enveloppée de toutes parts par des productions osseuses, auxquelles elle adhérait.
Dans ces conditions, je renoncçai à tenter la réduction, et résolus: de faire la résection, que je pratiquai au ciseau et au maillet, au niveau de la partie supérieure du petit trochanter.
De quelques coups de marteau, je sectionne la plus grande partie du cylindre fémoral et je termine en le brisant. J'essaie d'extraire la portion réséquée à l’aide d’une forte pince à os. mais sans résultat, et je me décide à lenlever en la morcelant au ciseau et au maillet. J’enlève facilement le grand trochanter, mais l’ablation du col et de la tête est très pénible à cause de l’exiguité. du champ opératoire et de la profondeur de la plaie. Après plusieurs tentatives, j'arrive, non sans peine, à enlever le col, mais, je ne pouvais trouver les limites de la tête.
Après de longues et inutiles recherches, je finis par trouver un point où je pus introduire un instrument que j’enfonçai avec force mais avec précaution, et je finis par détacher, non sans de grands efforts, la tête, qui avait abandonné une membrane fibreuse, lisse. Il existait une cavité, creusée aux dépens des bords de la fosse ovale, que de puissants ostéophytes détachés des parois osseuses rendaient encore plus profonde. Sa profondeur était telle qu’elle contenait la tête et une partie du col, en les emprisonnant si fortement que leur délimitation était très difficile, et leur immobilité absolue. L’ankylose était fibreuse.
La vraie cavité cotyloïde, dans laquelle reposait le sommet du grand trochanter était rétrécie par des ostéophytes de la partie sup érieure et externe de son rebord.
De plus, la tête était un peu plus petite que normalement, bien qu’elL * eût conservé sa forme. Son revêtement cartilagineux avait disparu, et elle était recouverte d’une membrane fibreuse.
Le ec 'l était aussi modifié ; il faisait avec le cylindre diaphysaire un angle presque droit. Il paraissait raccourci.
Farroïu Üis alors avec le ciseau et le maillet l'extrémité supépartie restante du fémur, et après avoir enlevé la pord cotyloïdien, augmentée de volume et épaissie, qui la cavité, j'introduisis lextrémité fémorale dans la mis des drains dans la fausse cavité articulaire, périoste furent suturés au catgut, la peau fut tures à la soie. Pänsement à la gaze iodoforbois. Le membre fut alors soumis à l’extene de poids.
rieure de ia
tion du reboi débordait dans eavité. Puis je les muscles et le
réunie par des su mée et au coton & sion continue à laid
Le soir, le pansement est légèrement teinté de sang. On ajoute de l’ouate. Température, 38,3.
22 janvier. — T. matin, 375. Soir, 378. Etat général bon. Pas de douleurs.
29 janvier. — On change le pansement, On enlève le plus gros
drain, qu'on remplace par un plus petit. Lorsqu'on enlève le drain central, il s'écoule environ une cuillerée à soupe d’un pus épais, crémeux. On lave la plaie, et on laissé écouler un liquide légèrement teinté de sang. On enlève quelques sutures. Les bords de l'incision sont réunis par première intention.
5 février. — Pas de fièvre. Pas de douleurs. On enlève le dernier drain.
7 février. - T. soir 3801. On introduit un drain fin. Il s’écoule un liquide séro-purulent. Pansement quotidien.
8 février. — T. soir 37°%4. A partir de ce jour, température normale. Diminution de la sécrétion.
12 février. — T soir 38°5. Purgation. ;
13 février. — T. soir 37°7. A partir de ce moment, température normale.
15 février. — On enlève le drain. On introduit des bâtons d’iodoforme dans le trajet. \
20 février. — La sécrétion diminue à la suite de l'introduction
quotidienne de bâtons d’iodoforme.
Dans la région du grand trochanter, on sent des néo-formations osseuses en assez grande quantité.
Le malade s’assied sans difficulté sur son lit, et exécute sans douleurs de légers mouvements de rotation avec son membre réséqué. En faisant le pansement, on constate que les mouvements passifs ne sont pas douloureux.
21 février. — Injection, dans la fistule, de glycérine iodoformée. — La sécrétion est minime, plutôt aqueuse, séreuse Le poids extenseur (8 kilogs) est réduit progressivement jusqu’à moitié (4 kilogs). Température normale.
26 février. — Exercice systématique du membre. — Mouvements actifs et passifs. — Le malade s’assied sans douleur sur son lit.
La flexion, l’abduction, l’adduction et même la rotation, faites d'une façon modérée, sont indolores. Ces mouvements sont faits par le malade lui-même.
Le poids extenseur est diminué (2 kil. 1/2).
Pansement. — Glycérine iodoformée.
28 février. — On enlève l'appareil extenseur. Mouvements actifs et passifs. Massage. Electricité. La fistule est guérie.
11 mars. — Sous l'influence de l'électricité, la force musculaire augmente.
14 mars. — Les premiers essais de marche avec deux DAAIRS
sont satisfaisants. [l n'y a pas la moindre douleur dans la nouvelle articulation de la hanche. Mais la face interne du condyle fémoral gauche est douloureuse, malgré l'absence de manifestation inflammatoire. On continue les exercices, ies HOUNenenE le massage, l'électricité. Bains tièdes.
21 mars, — La force musculaire est augmentée. Le malade se tient debout sans appui. L’étendue des mouvements augmente. Le malade marche avec une béquille et une canne.
26 mars. — A la suite de furoncles, occasionnés par le massage à la vaseline, survient une adénite inguinale qui oblige le malade à garder le lit pendant trois jours. Vessie de glace. Rétrocession des phénomènes inflammatoires. Température soir, 38,5.
6 avril — Température du soir oscille autour de 38. Aujourd'hui, 39°,4. Frissons, fièvre.
7 avril. — La région trochantérienne au niveau de la cicatrice
présente un gonflement diffus. Il existe à ce niveau deux points fluctuants. Incision. Ecoulement de plusieurs cuillerées de pus. Drainage de la plaie.
8 avril. — Temp. normale. s
9 avril. — T. de nouveau 38°5.
12 avril. — T. 39°2. À la partie supérieure de la cicatrice, nouvel abcès. Incision. Drainage.
17 avril. — Temp. normale.
18 mai. — La formation des abcès n’a pas compromis les
mouvements de la nouvelle articulation. Le malade descend deux étages avec l’aide de deux béquilles ou d’une béquille et d’un bâton et va se promener dans le jardin.
Les mouvements de l'articulation sont presque normaux. (Abduction, flexion, rotation, adduction, extension).
Une nouvelle adénite avait obligé le malade à garder le lit, il y a quelques jours. Au niveau de la cicatrice, il existe une petite fistule. Ganglions inguinaux du côté gauche douloureux.
Pas de douleurs dans la région articulaire.
Au commencement de juin, deux nouveaux abcès, au même niveau que les premiers, obligent le malade à garder le lit.
Le stylet explorateur ne conduit pas sur l'os; la suppuration devait provenir des parties molles. Les mouvements de la nouvelle articulation sont complètement indolores.
26 juin. — Le malade se promène de nouveau. Fistule complètement guérie. Cicatrice solide.
31 juillet. — Le malade se promène facilement avec une canne.
Tous les mouvements de l'articulation sont libres et indolores. Les muscles du membre gauche ont gagné en force.
Le malade quitte le service.