DES MÔLES
On décrivait autrefois sous ce litre deux espèces bien distinctes, qu'on désignait sous le nom de vraies et de fausses môles; il est aujourd'hui prouvé que ces dernières ne sont autres que des concrétions fibrineuses rendues par certaines femmes à l'époque des règles, en dehors de toute espèce de conception ; nous n'avons donc pas à nous en occuper ici, et nous n'entendrons sous, le nom de môles, avec tous les auteurs, que des produits dégénérés de conception, réunis aujourd'hui sous le litre de môles vésiculaires ; ces dégénérescences constituent une des lésions les plus intéressantes à étudier, car leur nature n'est pas encore bien déhnie. On comprendra donc la longueur des détails dans lesquels nous allons entrer.
Peut-être nous dira-t-on que ce mode de procéder nous expose à des répétitions, cela est possible; mais il nous semble que pour luger une question il vaut mieux avoir sous la main l'ensemble de tous les matériaux originaux, relatifs à cette question, que de s'en rapporter à des extraits qui ne font souvent que dénaturer
la pensée des iiuteurs originaux. Mieux vaut, seiun nous, pécher par excès que parfléfaut, surtout en matière de renseignements scientifiques.
Nous ne ferons pas non plus l'historique delà question. Elle a été, nous pouvons le dire, traitée de main de maître dans un mémoire que nous analysons plus loin de M. le docteur Ancelel, publié dans la Gazette des hôpitaux de l'année dernière, et nous emprunterons la partie clinique à un mémoire de M. de Soyre, publié dans le Mouvement me'rfictt/, novembre et décembre 1868, à propos d'un cas soimiis à l'observation de notre maître M. Depaul, et à propos duquel il traita la question des môles hydatiques dans une de ses leçons cliniques.
L'historique, il est vrai, n'est pas traité dans le mémoire de M. Ancelet au point de vue chronologique, mais au point de vue des opinions de chacun des auteurs. Nous tâcherons de remédier à ce petit défaut sejon nous, à la fin de notre thèse dans notre Index bibliographique.
Madame Boivin admet (juatre espèces de môles : 1" La môle rouge, charnue, vasculaire, qui serait le résultat de la dégénérescence ou du développement anormal du système sanguin de l'embryon ou de celui de ses annexes qui aurait été frappé de maladie ;
2° La môle blanche, hydatoïde ou vésiculaire, sei'ait occasionnée par une lésion de la coque membraneuse de l'œuf, avant le développement du système sanguifère;
3° La môle complexe, charnue et vésiculaire qui serait le produit de la maladie simultanée des deux systèmes vasculaires de l'œuf et le résultat de leur développement désordonné ;
k° La môle embryonnaire, composée d'un embryon et d'une môle, serait le résultat de la destruction d'un ou de plusieurs germes dont l'un serait entièrement dégénéré et l'autre d'une manière incomplète.
Après un historique assez détaillé, madame Boivin insiste surtout sur ce fait que la môle vésiculaire est toujours le produit d'un commerce sexuel et le résultat d'une dégénérescence ou d'un développement anormal des annexes de l'embryon, et elle en donne comme preuve que la môle vésiculaire est constamment enveloppée d'une membrane dont le tissu rouge, mou, spongieux, est tout à fait analogue à celui de l'épichorion ou decidua.
Quelquefois la masse globuleuse a été expulsée dans toute son intégrité, et elle était revêtue de toutes parts de celte membrane spongieuse (jui formait un sac sans ouverture dans lequel étaient
renfermées les hydatidos. et (|u'il l'allaildéchirerpourles apercevoir, F^a môle vésiculaire se comporte à l'égard do la membrane qui la contient comme les membranes fœtales à l'égard de'la decidua. Celte dernière est dans l'un et l'autre cas le moyeu de connexion, de communication entre les corps qu'elle renferme et la malriôe à laquelle elle est adhérente.
Si la decidua ne sort pas toujours en même temps ou immédiatement après la masse vésiculaire, c'est que, comme dans la grossesse fœtale, elle est adhérente en partie à la face interne de l'utérus. Mais bientôt elle est expulsée par les conlraciions utérines ou bien elle se putréfie, s'exfolie, et se trouve entraînée avec les fluides qui s'écoulent après cette espèce de part, comme on l'observe dans les suites de couches naturelles.
Étudiant ensuite les symptômes de cette maladie, elle constate d'abord les phénomènes habituels de la grossesse, mais l'absence des mouvements actifs du fœtus.
L'apparition de petites pertes séreuses ou sanguines, le développement trop lent ou trop rapide de l'utérus, et une susceptibilité nerveuse inaccoutumée, dans certains cas la déviation du col, et constate la rareté des cas où ces vésicules sont expulsées d'une façon partielle et termine par ces mots. La présence même de vésicules à l'orifice de la matrice, n'est pas une preuve irréfragable de l'existence de ces corps dans la cavité de ce viscère.
Le pronostic pour l'enfant est la mort 'constante; pour la mère, ilestsérieux, à cause des hémorrhagies qui ont pu quelquefois amener la mort de la femme avant l'expulsion de la môle.
La possibilité de rupture de l'utérus, comme Moth en a cité un exemple. %
Quant au traitement, il se borne à surveiller les accidents et en particulier l'hémorrhagie.
Enfin dans deux notes très-importantes et que nous intercalons ici, elle étudie l'époque de l'apparition de la première perle et sa durée, et la durée de la grossesse hydatique elle-même.
Noie relative à V époque de la première perte de sang ■el a sa durée pendant la gestation hydatiQue.