ABCÈS DU PLACENTA
Les observations sont au nombre de dix : Quatre de Jacquemier.
Deux de Dance. Trois de Brachet.
Une de Cruveilhier.
Mais pas un de ces auteurs n'a songé à faire analj'ser ce pus, car sans cela on aurait trouvé que ce n'est autre chose que ce que M. Robin appelle le pseudo-pus fibrineux.
Nous avons déjà, à propos de la transformation des caillots, indiqué une partie des modifications sous lesquelles la fibrine pouvait se présenter. Reste à étudier le li(|uide qui se rencontre à l'intérieur de ces caillots.
Voici la description qu'en donne M. Millet.
Los caillots peuvent contenir une sanierougeùtre, jaunâtre, brune, ou un liquide ayant la couleur du pus, mais moins visqueux, soit qu'il ait une consistance assez prononcée, soit qu'il présente une tiuidité, au contraire, plus grande. Ce liquide se rencontre au centre de concrétions anciennes, à parois durciescouenneuses, représentant alors un kyste ou un abcès dans la concrétion : autant de manières de voir qui ont été admises. Ordinairement multiples, ces concrétions peuvent, quel que soit leur volume, contenir ce liquide puriforrae ou lie de vin. Elles peuvent en contenir même lorsqu'elles sont libres.
Or, examiné au microscope, ce liquide n'est autre chose que de la sérosité contenant :
1° Une très-grande quantité de fines granulations moléculaires que leur solubilité dans l'acide acétique porte à considérer comme étant des granulations formées de fibrine. Ces granulations existent quelquefois seules et le liquide leur doit sa coloration.
2" Des globules blancs du sang souvent fort nombreux, un peu plus anguleux sur les bords que dans le sang frais, plus granuleux, plus petits que les globules de pus dont ils diffèrent beaucoup.
3° Quand le liquide est rougeâtre, il contient des globules sanguins, et des granulations qui en sont sans doute des détritus (Robin et Verdeil, Chimie pat/wlogiqîœ) .
M. Bustamante adopte complètement les idées de M. Miller.
Ainsi il est difficile, aujourd'hui, d'admettre la placentite telle que l'avait définieBrachet, au point de vueanatomo-pathologiquedu moins. Nous verrons tout à l'heure quand nous étudierons les symptômes des maladies du placenta, qu'il n'y a rien de plus net à cet égard. Nous adopterons donc cette idée, et nous dirons avec M. Robin et la plupart des auteurs classiques : Ce que l'on a pris pour des inflammations du placenta n'est pas autre chose qu'un état caractérisé parles transformations des épanchements sanguins à leurs diverses périodes. Ce qu'on a pris pour du pus, n'est que delà fibrine en voie de désorganisation, et s'il y a des cas où l'on a trouvé du pus véritable, ce pus ne venaifpas du placenta, mais d'une inflammation du tissu ou des vaisseaux utérins, et a été déposé accidentellement dans le tissu placentaire.
Conséquents avec leurs idées et leurs théories, Brachet et les auteurs qui partageaient ses opinions ont considéré les adhérences du placenta comme la lésion consécutive de l'inflammation du placenta et la dernière transformation de la lymphe coagulable.
Voyons comment les auteurs comprennent ces adhérences.
ADHÉRENCES DU PLACEiNTA.
Murât dit : L'inflammation légère ou la phlogoscdes parois internes de l'utérus est, à ce qu'il paraît, la cause la plus ordinaii'e de l'adhérence intime que quelques placentas contractent avec la matrice. On a cru remarquer que cette complication existait surtout lorsque ce corps spongieux se greffe sur la paroi antérieure de l'utérus. Elle peut être partielle ou complète, et expose à divei's accidents.
Desormeaux et Dubois : L'inflammation du placenta, outre les adhérences à la face interne de l'utérus, a encore pour eilet de déterminer des adhérences morbides de la face fœtale de ce corps avec un point de la surface du fœtus, cause assez commune de monstruosités.
Mordret, cité par Joulin, dans un mémoire publié dans le Moniteur des hôpitaux, 1855, passant en revue un grand nombre d'observations, conclut que l'inflammation ne joue pas dans cette circonstance le rôle qu'on lui attribue. Le placenta adhérent ne présente en général aucune lésion de structure, aucune trace évidente d'un travail inflammatoire.
Si l'on considère, ajouleJoulin, l'étendue de la muqueuse utérine, dont l'épithélium pénètre dans l'intervalle de toutes les villosités, on comprend qu'une légère modification dans sa constitution peut déterminer des changements importants dans le degré d'intimité de l'union du placenta et de l'utérus.
Tarnier : Suivant la plupart des auteurs, elles seraient dues à une transformation fibreuse des ligaments celluleux qui unissent le placenta à l'utérus. Dans un cas cité par Stoltz, l'adhérence du placenta était formée par une couche de sang coagulé,
Paul Dubois attribue ces adhérences à des plaques blanchâtres plus ou moins dures, qu'il croit de nature fibrineuse, dont la dureté augmenterait avec l'ancienneté de l'épanchement sanguin, dont elles seraient les derniers vestiges.
Suivant Gendrin, c'est parle cercle que la caduque réfléchie forme autour du placenta que se forme l'adhérence, seulement elle est quelquefois étendue sous le placenta par la conversion de ([uelque partie de l'organe en un tissu cellulo-fîbreux peu vasculaire, résultat de l'atrophie accidentelle de quelque mamelon placentaire.
On a longtemps cru qu'elle était la conséquence d'une inflammation du placenta ou de la |)aroi utérine.
Tarnier pense que ces adhérences sont dues à l'altération fibro-
graisseuse, à l'ati-ophie des villosilrs chorinles fl (les cotylédons qu'elles forment.
Cette adhérence peut être plus ou moins étendue, totalîî ou partielle. Elle peut occuper le bord ou la circonférence du placenta, le centre étant décollé, ou bien seulement un ou plusieurs points do la surtace. Elle offre plusieurs degrés do résistance et peut résister même à la mort des femmes.
-Morgagni, Leroux (de Dijon), Ramsbotliam, en ont cité des exemples.
Millet, dans sa thèse, passe d'abord en revue les opinions des auteurs.
Hippocrate, Aétius, Guillemeau, Portai, Sue, Lamotlie, Ruysch, -Morgagni, Haller, ne les rapportent pas à l'inflammation.
Morgagni parle bien de l'indammation utérine, mais il ne dit rien du placenta.
Smellie les rapporte au squirrlie du placenta.
Godefroy (de Rennes), sur sept cas d'adhérences, a rencontré six fois l'oblitération fibreuse.
Desormeaux et Velpeau pensent, au contraire, que sur les placentas où celte oblitération fibreuse occupe toute l'épaisseur, l'adhérence est plus faible.
Darbau fait jouer un rôle aux concrétions calcaires.
Stoltz partage l'opinion de Dubois, émise plus haut.
Maslieurat-Lagémard et Villeneuve (de Marseille) les attribuent à l'inflammation.
JsBger admet que c'est au moyen de la muqueuse utéro-placentaire modifiée dans sa structure que l'adhérence a lieu. Vient enfin l'opinion de Robin.
Dans un cas qu'il a eu occasion d'observer et où le placenta était complètement adhérent, il a constaté que la muqueuse inter-uléroplacentaire, au lieu d'offrir la mollesse habituelle qu'elle présenle à cette époque de la grossesse, avait conservé la même consislanco qu'elle possède à l'état de vacuité. C'était donc moins une modification dans la composition des éléments, ainsi que le veut Jfeger (ju'une persistance de sa structure première.
Jusqu'ici nous no nous sommes occupé ([ue des adhérences du placenta à l'utérus, mais ces adhérences peuvent se produire entre le placenta et ses enveloppes et certaines parties du fœtus, comme le prouvent les observations publiées par M. Houel dans les Mriiioircji de la Société de biolofiie, 1857 et (pie nous relatons ici.
On a voulu voir dans ces cas une influence do l'inflammation sur les monstruosités du fœtus.
Mémoire sur les adhérences du placenta, ou des enveloppes h certaines
])arties du corps du fœtus.
(Houel, Mémoire de la Sociélà de biologie, 1857.)
L'année dernière (1856), M. Rayer a présenté à la Société de biologie un fœtus monstrueux atteint à' hijperencéphalie , avec adhérences du placenta aux enveloppes du cerveau. Trois cas à peu près semblables existent dans le musée Dupuytren.
Les adhérences placentaires ou des enveloppes du cordon n'ont été observées que dans deux points delà surface du corps du fœtus, et toujours avec issue des viscères ; ces deux points de prédilection sont la voûte crânienne et la région abdominale. Je ne sache pas que ces adhérences aient jamais été observées ailleurs. Les trois observations suivantes se rapportent à la première variété, à l'adhérence du placenta à la voûte crânienne, qui me paraît être la plus commune.
V Observation.
Fœtus exencéphalien, — > Genre hypérémique (Is. Geoffroy Saint-Hilaire).
Examen de la tête. — Développement incomplet de l'œil gauche, becde-lièvre correspondant, hernie du cerveau et du cervelet. Les os de la voûte du crâne manquent complètement; à droite, ils sont suppléés par la peau; du côté gauche, elle paraît manquer. Par l'ouverture qui résulte de cette absence de peau (7 centimètres transversalement et 6 anléro-poslérieur), le cerveau fait hernie; la dure-mère qui l'enveloppe de toutes parts fournit, par sa face interne, la faux du cerveau et la tente du cervelet.
La face externe de la dure-mère a contracté de nombreuses adhérences avec la face fœtale du placenta, surtout en avant, où certains cotylédons sont comme implantés à la surface.
Le cordon ombilical chez ce fœtus est très-court. — Plusieurs malformations des membres.
II" Observation.
Le squelette de la voûte du crâne manque complètement, celui de la base seule existe. Les centres nerveux n'existent point. Par suite de l'absence des os de la voûle du crâne, les parties molles qui forment le cuir chevelu se confondent avec la dure-mère, et ont sur le côté gauche contracté de larges adhérences avec la circonférence du placenta, qui se trouve situé immédiatement au-dessus de la téte.
Le placenta est anormal quant à sa forme et à son volume.
III" Obseuvation.
I.a voûte du crâne manque dans sa plus grande partie; elle n'est constituée que par des membranes minces, qui perdent l'aspect cutané pour devenir transparentes et auxquelles adhère par sa circonférence le placenta ; le cordon, Irès-courl, n'a que \ 5 centimètres de long.
En résumé, dit M. Houel, la hernie du cerveau ou l'absence de cet organe avec adhérences des enveloppes du placenta me paraît dominée exclusivement par la brièveté du cordon que je considère comme étant primitive, et il ne croit pas que l'on doive indiquer pour sa production, comme le fait M. Geoffroy Saint-Hilaire, une frayeur ou bien une violence exercée sur le ventre de la mère, cause qui lui paraît hypothétique et nullement justifiée par les faits.
Nous ajoutons encore ici les observations suivantes, prises dans la thèse de concours de M. Joulin sur la dystocie fœtale.
Dy^ttocie par réunion, ou fusion d'une partie du fœtus avec la matrice et les éléments de l'œuf
J. Hall cite un cas où il existait une adhérence du prépuce et du scrotum avec la paroi interne de l'utérus. [London Med. Gaz., juin, 1 839.)
J, Steinmets, dans un cas de présentation du siège, rencontra une adhérence intime entre l'épaule droite du fœtus et la partie correspondante de l'utérus. [Gazette médicale d'Autriche, 1 843, n" 15.)
Adhérences du fœlus au placenta, Fœtiig de sept mois avec adhérence au placentca, par M. Robert hée.
Les vaisseaux du fœtus et du placenta ayant été injectés avec soin, on a incisé le cuir chevelu d'une oreille à l'autre, et on a trouvé la duremère immédiatement en contact avec la peau, sous les os de la voûte du crâne fais^int défaut. Le péricrâne et la dure-mère, à la partie supérieure de la lête, étaient presque tout à fait occupés par un grand plexus d'artères et de veines dilatées, injectées comme un nfevus. Le cerveau et ses membranes étaient sains. Le placenta était uni à la partie frontale par une bande large de trois quarts de pouce et longue d'un pouce et demi formée par l'amnios et le chorion, et dans laquelle les membranes du cerveau faisaient saillie à travers une ouverture large comme le bout du doigt. Quoique l'auteur assure qu'il est impossible de fixer à quelle époque s'est produite l'adhérence du placenta à la tête du fœtus, il croit cependant comme chose probable que le cordon ombilical et la bande en question se sont formés à peu près en même temps et à une époque peu avancée de la vie embryonnaire, lorsque l'amnios et l'embryoq étaient en contact, el
avant la fin de la cinquième semaine à partir de la conception. iLondon Med. Gaz., 1 839, t. XXIII, p. 794.)
Portai {Pratique des accoiiclwmenls, p. 4 94, 1685) cite le cas d'un enfant appartenant à la variété des monstres appelés par Geoffroy notencéphaliens, présentant la torsion des membres inférieurs, si souvent notée dans ce genre de monstruosité, et une bride, parlant du pariétal droit et allant adhérer au placenta.
M. Costallat a présenté à l'Académie de médecine (séance du 23 octobre 1832) un fœtus dont le placenta s'insérait sur la ligne médiane de la face depuis les fontanelles jusqu'à la voûte palatine. Il existait un spinabifida au sacrum. La tète ne pouvait se courber avec la lige vertébrale et formait une ligne droite avec le cou.
Union du fœtus au placenta. — Gibbosité.
U e\is\.eàans Medico-chirurgical Transactions, 1818, p. 443, une observation de Breschet où le placenta était soudé à la paroi abdominale. La région lombaire présentait une déviation vertébrale, par suite de courbures de l'épine, dont l'auteur ne fait pas connaître la raison.
Adhérences du fœtus au placenta.
Cliaussier a présenté à l'examen des membres de la Société (séance du 9 janvier 1 81 7), un fœtus difforme, à terme, ayant donné des signes de ■vie, dont les membres abdominaux étaient renversés sur le dos et les parois de l'abbomen directement attachées au placenta. {Bulletin de la Faculté, t. VT, p. 310.)
Adhérences du fœtus au placenta,
M. Lauray, médecin à Châtellerault, appelé près d'une femme en couches, présentation du bras, fait la version et amène un enfant dont le cuir chevelu était presque confondu avec le placenta. Absence d'os frontal et d'arcade sourcilière.
Cet être vécut trente-deux heures, sans qu'il fût fait aucune tentative pour séparer le placenta du cuir chevelu. {Revue médicale, 1821, t. II, p. 146.)
Adhérences des membranes de Vœuf du fœtus, observées par le docteur J. Pies, de Mayence.
La grossesse chez cette femme avait eu cela de particulier que les mouvements du.fœtus avaient été douloureux et plus fréquents que de coutume. Premières douleurs, 9 novembre, à sept heures du matin ; à onze heures, perte de sang; à quatre heures, écoulement des eaux. Hémorrhagie diminuée. L'auteur est appelé à cinq heures. Femme faible, sueurs froides; pouls à peine sensible. Depuis la perte des eaux, cessation des mouvements du fœtus, la main se présente; l'accoucheur cherche à faire la version par les pieds, ne peut y parvenir. Il opère la version sur la tête.
Le placenta sortit avec l'enfant et l'on vit que l'iUTière-faix adhérait au corps du fœtus, qui offrait d'ailleurs plusieurs difformités : hémicéphalie, bec de lièvre avec fente du palais, spina bifida, pieds-bols, ankylose. L'onfant était uni au placenta par des lambeaux de peau, irréguliers, lon;^s et larges, semblables aux enveloppes do l'œuf, et qui prenaient leur origine aux bords de l'arrjère-faix.
La plus grande bride avait cinq pouces de longueur et se continuait avec la peau du dos au niveau de la première vertèbre dorsale. La deuxième se détachant de la première, un peu plus longue, allait se fixer au bras gauche. La troisième était située sur la tête de l'enfant. {Gaz. méd. de Paris, 1851, p. 692.)
Paul Dubois admet que l'intlammation détermine des adhérences, causes assez fréquentes de monstruosités.
Courly admet que les pseudo-membranes qui se trouvent à la face interne de l'amnios et qui lui sont très- adhérentes, sont des traces probables d'intlaramations antérieures de l'amnios. 0«and les phénomènes se produisent de bonne heure, le liquide amniotique pouvant être résorbé, des adhérences peuvent s'établir entre les téguments du fœtus, et ces membranes et ces adhérences deviennent à leur tour la cause de monstruosités variables,