KYSTES DU PLACENTA
Nous n'avons pas trouvé ces kystes décrits ailleurs que dans les deux thèses de MM. Millet et Bustamante.
Voici comment ces messieurs décrivent ces lésions.
Millet en a vu deux cas, et il en décrit un comme il suit :
Les parois sont formées de tissu lamineux semblable à celui qui se trouve interposé entre le chorion et l'amnios, revêtant cependant, au niveau du kyste, l'aspect fibreux. Le liquide contenu dans l'intérieur est absolument semblable à celui qui a été décrit sous le nom de gélatine de Wharton ; il a la même consistance, la même composition. On trouve, nageant dans ce liquide, des granulations graisseuses. En'résumé, ce kyste s'est développé dans les mailles de ce tissu cellulaire absolument comme ceux que l'on rencontre parfois dans le cordon ombilical, et que Ruysch a décrits sous le nom de dégénérescence hydatiforme du tunis ombilkali.
M. Bustamante, lui, dit :
0n trouve quelquefois, à la face fœtale du placenta, des espèces de kystes à forme en général arrondie ou bien allongée, plus ou moins régulière, comme les plaques (jue nous avons décrites à la môme face. Ces kystes varient en volume depuis 1 jusqu'à 5 et
6 centimètres. Ils sont placés au-dessous de l'amnios et du chorion, qui forme leur paroi superficielle ou fœtale. La paroi profonde est on contact immédiat avec le tissu même du placenta, et constituée par le contenu qui est en partie solide.
Le contenu de ces- kystes est en partie solide et en partie liquide, Le liquide est ordinairement citrin, lactescent, et contient des globules de sang facilement reconnaissables. Par le nitrate d'argent, il se précipite une substance caillebottée ; ce liquide a une certaine viscosité et donne, par la chaleur et l'acide nitrique, des flocons d'albumine. Une fois cette partie liquide vidée, on découvre au fond une substance blanchâtre ou mieux un peu jaunâtre, sub^ stance étalée dans toute l'étendue du kyste, et qui varie d'épaisseur depuis quelques millimètres jusqu'à 1 centimètre au plus. Examinée au microscope, cette substance est constituée par de la fibrine granulée ou réticulée, et quelquefois renferme aussi des villosités placentaires ; si on l'examine sans attention, elle paraît formée de grumeaux qui ont une apparence graisseuse; mais, vue de près, on s'assure qu'elle est disposée en couches. Ils sont en général situés vers le centre du placenta et occupent l'intervalle des gros vaisseaux. Enfin, il n'est pas rare de trouver des plaques à la surface desquelles on découvre une petite quantité de liquide avec les caractères de celui que nous venons de donner au liquide des kystes.
M. Millet refuse à ces kystes la nature hématique, cela tient à ce qu'il n'en a pas vu ; il a observé une autre variété de kyste, voilà toute la cause de la discussion qui existe entre M. Buslamante et lui.
Comment se forment-ils : une coagulation a lieu contre le chorion, coagulation qui formera une plaque, et cette plaque sera îa paroi profonde du kyste. Quant au liquide, il peut s'y trouver do plusieurs façons :
1° Une certaine quantité de sang peut avoir été surprise entre le coagulum et le chorion, ou bien le sang arrive [)lus tard après la formation des premières couches de la plaque, c'est-à-dire quand cette couche se déchire; 2° ou bien elle laisse un petit point béant par lequel le sang se fraye une cavité entre le chorion et la plaque de fibrine coagulée.
On ne peut, en effet, attribuer leur origine à la rupture de l'un des vaisseaux, parce que cette rupture n'existait pas dans les cas qui ont été examinés. De plus, ce que nous avons dit de la substance fibrineuse qui forme la paroi du kyste, démontre aussi qu'ils proviennent du sang maternel du placenta.
Si nous 110 pavions pas ici des kystes vésicolaires ou môles hydatifovmes du placenta, ce n'est pas oubli de noire part, mais bien parce que cette maladie exige une histoire complètement distincte, et nous renvoyons le lecteur à notre deuxième partie, où nous tacherons de traiter ce sujet aussi complètement que possible.
Observation,
Syncopes répétées. — Lésion du placenta. — Kystes du placenta,
La femme L... entre, le 4 9 janvier 1868, à la Clinique.' Elle est couturière, de bonne constitution, et a le bassin bien conformé. Cette femme a eu déjà sept accouchements, dont les deux premiers sont arrivés à terme et les enfants (garçons) sont nés vivants, mais n'ont vécu qu'un mois, quoiqu'ils fussent forts et bien développés; d'après le dire de la mère, ils ne présentaient pas de taches ni d'éruptions à la peau; les trois grossesses suivantes se sont terminées à sept mois et demi, les fœtus étaient morts, mais sans trace d'éruption à la peau ; la sixième grossesse se termina à huit mois, et l'enfant mort-né n'offrait point d'éruption.
Cette femme raconte que ses accouchements avant terme se sont faits un mois environ après que le fœtus a cessé de remuer.
Elle a été réglée à quinze ans et demi, et ses règles régulières ont duré de huit à dix jours ; sa dernière période menstruelle a eu lieu vers la fin de juillet, et par conséquent la grossesse date de six mois tout au plus. Comme accidents de la grossesse, il y a à signaler seulement des défaillances et des syncopes, lesquelles ont commencé à partir du troisième mois et ont continué jusqu'à l'accouchement. Les accidents ont élé plus fréquents et plus intenses depuis que le fœtus a cessé de remuer. Dans les deux premières grossesses, il n'y a pas eu de défaillances, mais des vomissements dans les deux premiers mois ; c'est à partir de la troisième grossesse que les défaillances et les syncopes se sont présentées depuis le troisième mois. Cette femme a passé douze ou treize heures par jour à travailler assise, et elle dit que pendant ses deux premières grossesses, son travail était moins prolongé.
Le jour de l'an, cette femme a eu la fièvre et des frissons ; le lendemain tout était passé, mais l'enfant ne remuait plus; elle raconte que dans ses grossisses antérieures, elle a été ainsi malade un jour avant de cesser de sentir les mouvements du fœtus.
Les pères de ces enfants étaient employés de magasiii.
Le fœtus, examiné par le docteur Charpentier, chef de clinique, ne présentait aucune lésion capable d'expliquer sa mort.
Placenta. — Cet organe est bien développé, légèrement ovfile, grand diamètre 16 centimètres et petit 15. La face fœtale présente, à 2 centimètres d'un des bords, un petit kyste piriforme renfermant une matière brunâtre, de consistance muqueuse, laquelle au microscope laisse voir des globules sanguins très-bien conservés, quelques leucocytes devenus granuleux et des granulations graisseuses.
Les veines sont remplies de coagulations roogpfilres de dato récente ; les artères sonl vides.
Vers rinsorlion du cordon ombilical, on trouve un mince épanchemenl sanguin, sous forme d'une plaque de 2 centimètres de diamètre, infiltré entre le cliorion et la substance placentaire.
Cordon. — Sain. Les membranes sont déjà ramollies.
Face ulérine. — Vers sa périphérie, une des moitiés du placenta oiïre une zone de 3 à 4 centimètres, au niveau de laquelle existent quelques plaques d'atrophie. Au niveau de ces plaques de 3 à 4 centimètres, l'apparence spongieuse des villosités est à peu près complètement disparue.
Dans un autre point, les villosités sont absentes, mais à leur place existe un kyste renfermant un liquide blar.cliAire et visqueux ; ce kyste est visible à la face utérine et caché à l'autre face par une couche de tissu placentaire anémié.
Vers le milieu de la face ulérine du placenta, on aperçoit un petit kyste duvolume d'une petite noisette, faisant à peine saillie à la surface, et complètement entouré par les villosités ; il renferme un liquide sanguinolent, lequel, à l'examen microscopique, est presque entièrement constitué par des globules rouges. A peine Irouve-t-on quelques leucocytes. Par la dissection, on trouve également deux autres petits kystes moins volumineux ; le premier est biloculaire, et dans la seconde poche, le liquide est transparent.
La paroi de séparation des deux kystes renferme un nombre considétable de corps granuleux.
Les plaques blanc jaunâtre, examinées au microscope, sont constituées par les villosités agglutinées, par une coagulation sanguine déjà ancienne, mais encore reconnaissable à des tractus fibrineux, et à quelques globules rouges qui se retrouvent vers la périphérie de la masse.
Les parties centrales offrent une slrucîure analogue à celle des plaques plus anciennes.
Dans tous les points morbides, les vaisseaux des villosités sont oblitérés par une masse granuleuse. Le calibre des vaisseaux est notablement diminué.