SCLÉROSE DU PLACENTA
Nous empruntons à la thèse de M. Bustaraanle la description de cette lésion, qui n'a pas été mentionnée par les auteurs français.
L'altération se présente sous forme d'une masse rougeâtre charnue lobulée et lisse, qui lui donne quelque ressemblance avec le thymus; à la coupe, cette masse est homogène et dense, elle peut être facilement subdivisée en lobules plus petits. La partie altérée adhère en partie aux villosités de la partie saine. Vers les côtés et surtout sur la face fœtale du placenta, le tissu normal est refoulé et même comprimé, ce qui se voit quand on vient à enlever la partie altérée. Au niveau de la masse ainsi altérée, la couche muqueuse qui recouvre la face utérine du placenta peut être enlevée, ce qui est impossible à l'élat normal.
L'examen microscopique ne permet pas de distinyuei- nettement
les villosilcs dans le tissu morbide, leciuel à la coupe est homogène et oflre au centre des lobules décrits de très-petits vaisseaux artériels; il est constitué par des éléments fibro-plastiques déposés d'une façon régulière et formant des couches concentriques presque comme dans les tuniques vasculaires.
Observation.
L'aspect du placenta est partout normal tant à la face utérine qu'à la face fœtale : on voit seulement sur la première quelques légers dépôts calcaires.
Tout à fait au centre d'un cotylédon plus saillant que les autres, existe sous la couche muqueuse, qui, exceptionnellement, a pu être séparée, une masse rougeâlre, d'apparence cliarnue, à surface lisse mais lobulée, rappelant assez bien l'aspect du thymus; celte masse, qui se laisse aisément subdiviser en lobules plus petits, atteint le volume d'une grosse noix. Vers son centre, on trouve un vaisseau dont les parois très-minces lui sont adhérentes, el qui contiennent du sang. Ce vaisseau peut être suivi dans la substance du placenta, où il se continue avec une des branches d'origine de la veine ombilicale; ce vaisseau présente un calibre exagéré; il est très -dilaté, et ses parois semblent altérées. Par la face profonde, cette masse adhère intimement aux villosités placentaires, dans l'intervalle desquelle elle envoie des prolongements : on ne peut la détacher de la substance du placenta sans entraîner en même temps un certain nombre de villosités adhérentes à sa surface.
La substance qui constitue cette production morbide semble homogène, très-dense, et diffère sensiblement par son aspect extérieur des villosités placentaires qui l'entourent. Après avoir séparé cette portion de la substance placentaire, on a sous les yeux une sorte de coque formée par les villosités et par les gros vaisseaux refoulés et aplatis : ces vaisseaux circonscrivent des espaces plus ou moins irréguliers, les uns polygonaux, les autres arrondis, dans lesquels pénètre la substance morbide, ce qui rend compte de son aspect lobuleux.
Vers la périphérie de cette masse, on trouve quelques villosités qui lui sont adhérentes et semblent pénétrer dans son épaisseur.
Examen microscopique. — Des coupes fines pratiquées en divers points de celle tumeur, montrent qu'elle est constituée d'une façon très -homogène ; toutefois, vers le centre des sortes de lobes qui la composent, on trouve des vaisseaux artériels de petit volume (0'""',2 à 0""",3 de diamètre), facilement reconnaissables, et dont les tuniques sont normales. Le tissu morbide est constitué uniquement par des éléments fibro-plastiques, à noyaux facilement reconnaissables sur des coupes fines,, et notamment après coloralion par le carmin. Ces éléments sont disposés d'une façon assez régulière, et pour la plupart sont placés de telle sorte qu'ils semblent être produits par- la prolifération du tissu conjonclif des villosités, dont les éléments nucléaires se seraient multipliés de façon à former des couches concentriques à peu près comme sur les tuniques vasculaires.
Il est presque impossible de trouver des traces de capillaires : toutes
la masse semble constituée par des villosilés accolées inlimemenl, sans qu'on puisse voir de quelle manière.
L'altération dont il s'agit serait donc une sclérose du placenta, el pourrait conséquemmenl être rapprochée du fait suivant.
II" Observation,
La dégénérescence à la suite de laquelle le placenta perd sa propriété molle el spongieuse est constituée par la prolifération des villosilés. Cellesci se développent d'une manière exagérée, de sorte que tous les espaces du placenta en deviennent remplis.
La circulation est gênée; celte circonstance réagit sur la structure des villosilés.
Neumann examina un placenta atteint de sclérose; dans les points dégénérés il ne trouva aucune trace des espaces placentaires; tous ces espaces élaienl remplis de villosilés et de cloisons de tissus conjoncLifs. La substance hyaline des villosilés était métamorphosée en un tissu conjonclif renfermant des molécules graisseuses el calcaires.
La cause de cette prolifération n'a pas été trouvée. (Neumann, Ueber die Sidérose der Placenta ; Kunigsb. med. Jarhbuch., II, 2, 4 860.)
Dans celte observation, on attribue l'étal du tissu placentaire à la prolifération des villosilés. Nous ne croyons pas pouvoir trancher Cette question délicate d'anatomie pathologique, et il faudra de nouvelles recherches et un grand nombre d'observations pour décider quelle est la vraie nature de l'altération.