SECTION I
Xiésions traumatiques.
Sous le litre de Lésions traumatiques , ]e comprends toutes les lésions produites sur le sinus maxillaire par line cause mécanique ; ces lésions sont les conlusions, les fractures, les épanchements de sang. Enfin , je traiterai, dans un dernier paragraphe, des corps étrangers qu’on [leut rencontrer dans ces cavités , et qui y sont introduits par violence extérieure.
Contusions et fractures. Les fractures du sinus maxillaire sont presque toujours accompagnées de la contusion des parties environnantes, et ne doivent pas constituer un chapitre bien détaillé. Ainsi, qu’un violent coup soit appliqué sur la partie antérieure de la face : dans ce cas, il arrive rarement que la surface correspondante au sinus soit seule meurtrie; presque toujours des lésions s’étendent à toutes les parties de la face. Néanmoins, dans des cas rares, le sinus peut être directement contus et fracturé. Un coup de fleuret, un coup de baïonnette, de pointe de sabre, peut produire quelquefois ce résultat. Béclard racontait l’histoire d’un homme qui avait reçu un coup de parapluie dans cette région : rextrémilé ferrée du parapluie avait fracturé le sinus, s’était détachée dans la cavité même et y était demeurée quelque temps.
Dans d’autres cas, les lésions sont moins limitées et peuvent s’étendre <à une surface plus étendue. Brodie (!)
(1) London med. Gaz., vol. XV, p. 3i6. G.
rapporte le fait d’im enfant qui, ayant reçu un coup violent sur la joue, présenta, dans cette région, une tumeur, et plus tard une nécrose du sinus.
2® Épanchements de sang. contusions de la partie antérieure de la Joue peuvent, dans quelques cas, déterminer la formation d'un épancliement de sang dans le sinus. Diipuytreii (1) reçut , dans son service, une jeune fille qiii vint à l’iiôpital pour une tumeur de la face, survenue à la suite d’un coup. A son entrée, on remarqua l’augmentation de volume de la région; l’œil faisait saillie en dehors de l’orhite; deux jours après, Dupuy* tren plongea un bistouri dans la tumeur: une certaine quantité de sang noirâtre s’échappa par l’incision; le doigt, porté dans la cavité du sinus, rencontra une masse molle qui se laissait déchirer; et le lendemain , le chirurgien , agrandissant l’ouverture, donna issue à deux onces de sang. Jourdain (2) rapporte le fait d’une demoiselle de quinze ans , chez laquelle un épanchement de sang dans le sinus survint à la suite d'une fracture de l’arcade dentaire. Knorz (3) dit avoir rencontré un épanchement sanguin, dans le même point, chez un homme qui succomba à la suite d’une chute d’un lieu élevé. Ces f aits.et un autre exemple observé en 1847, dans le service du professeur Velpeau (4), permettent d’établir qu’il se forme des épanchements de sang dans le sinus maxil-
(1) Dupuyt. , Cl. chir., t. lit,
{2} Recherch. sur les mal. du sinus maxil. [Journ. de méd. , 1767, t. Il, obs. V.
(3) Knorz, De maxillæ superioris in primis ejus sinus morbosis affectionibus. Marb. 1844.
(i),Gaz. des hôpitaux, 1847, pag. 289.
laii'e;q»ele sangy subitquelqiies unes des modifications qu’on observe dans les épancbements sanguins d’autres régions, qu’il peut s’y coaguler ou même s’y décomposer.
La présence d’épanchements sanguins dans le sinus maxillaire donne quelquefois lieu à l’indammation delà cavité; cet état se manifeste par des douleurs dans la mâchoire et par la formation d’une tumeur dans la région des joues, se développant aussi du côté de l’orbite. On comprend que le diagnostic, dans des cas de cette espèce, peut devenir difficile, et, si l’on ne savait pas que des collections sanguines peuvent se rencontrer dans le sinus , que ces épanchements peuvent s’augmenter des matières sécrétées dans cette cavité, et de la sérosité fournie par l’irritation de la membrane muqueuse, on pourrait alors les méconnaître, les prendre pour un abcès, ou, ce qui est beaucoup plus grave, les considérer comme des tumeurs de mauvaise nature. Dans la supposition d’une erreur de ce genre, le chirurgien précisera son diagnostic au moyen d’une ponction exploratrice; il s’assurera ainsi de l’absence ou de la présence d’un liquide et de sa nature : s’il existe, on pourrait employer aussi le moyen indiqué par M. Bermoiid (1) ; moyen que l’expérience n’a j>as consacré. D’après ce chirurgien, toutes les fois que le sinus maxillaire est rempli d’un liquide, on peut le reconnaître à l’aide de l’auscultation de la mâchoire. Dans l’état normal, d’après lui, le passage de l’air dans les cavités du sinus y détermine
(1) Gaz. méd. de Paris. (Eilrail du Bull. méd. de Bordeaux), t. IX, pag. 253.
un bruit qui disparaît par la présence d’un liquide.
Le traitement des fractures et des contusions simples rentre dans l’étude des fractures des os de la face. Il consiste à combattre les complications existantes, à s’abstenir, alors même que les fractures sont comminutives, de pratiquer l’extraction des fragments, à moins toutefois qu'ils ne déterminent quelques accidents.
Lorsque le sang est épanché dans le sinus, lorsque surtout sa présence occasionne de l’inflammation, il est urgent de vider la cavité. On pratiquera la perforation du sinus par la fosse canine, à moins que l’extraction de quelques dents cariées ne permette de pénétrer dans le sinus par l’alvéole et de le débarrasser à l’aide d’injections.
5* Corps étrangers dans le sinus. Les corps étrangers qu’on trouve dans le sinus maxillaire, ont toujours pénétré dans CCS cavités à la suite de lésions traumatiques : ce sont des morceaux de fer, des morceaux de mitraille lancés par les armes à feu, etc.
Ifavalon(l) rapporte l’histoire d’un sergent suisse qui, à la bataille deRosbach, reçut un coup de feu au-dessous lie l’orbite. La plaie resta longtemps listuleuse, et, lorsque ce chirurgien en lit l’examen, il rencontra un corps métallique, une balle qui s’élail logée dans le sinus maxillaire. Dupuytren rapportait aussi l’histoire d’un officier, chez lequel une halle pénétra dans le sinus. Dans le fait de Béclard, le bout du parapluie resta pendant quelque temps dans la cavité.
(1) Chirurgien d’armée, 1767, obs. 31, pag. 181.
La présence des corps étrangers dans celte cavilé entretient la suppuration et rend fistulcuses les plaies qu’ils ont produites. L’exploration de ees listules , au moyen d’un stylet, permettra de reconnaître ces corps et de les extraire. Dans le mémoire de Bordenave (I) , on trouve l’histoire d’un homme portant une fistule à la joue entretenue par la présence d’un bourdonnet de charpie. — Allouel (2) cite l’observation d’une plaie de la joue, à la suite d’un coup de feu, rendue fistuleuse parla présence d’un éclat de grenade. On peut aussi considérer comme corps étrangers les canules lacrymales qu’on engage i|uelquefois à son insu dans la cavité du sinus. Enfin, quelques auteurs, Pallas (3) entre autres, parlent de la présence de vers, d’autres de lombrics dans le sinus maxillaire : les observations qui se rapportent à des faits de celle nature ne sont pas suffisamment détaillées, et, dans quelques cas, on peut douter de leur exactitude.
Les corps étrangers logés dans le sinus doivent être extraits, leur présence non seulement entretient les plaies à l’état fistuleux, ils peuvent être la cause d’accidents érysipélateux plus ou moins graves.