DIAGNOSTIC
L'importance qu'il y a, au point de vue du pronostic et des indications thérapeutiques, à établir qu'une maladie est ou
(1) Loc. cit., p. 8/1/1.
non héréditaire, fait pressentir l'utilité extrême qu'il y a à établir nettement le diagnostic des maladies héréditaires.
Tout d'abord le médecin doit porter son attention sur l'état des ascendants, le constater par lui-même si cela est possible, ou au moins s'entourer de tous les renseignements et de toutes les garanties propres à faire éviter l'erreur; souvent encore, malgré ses soins, il sera trompé par l'incurie des uns ou par la mauvaise foi des autres.
Toutes les fois que la maladie héréditaire semblera provenir du côté maternel, et que la nature des antécédents existant de ce côté aura été bien constatée, les présomptions deviennent entièrement précises. L'examen doit être encore plus attentif quand il s'agit de l'examen des antécédents du côté paternel, et sans nous exagérer les circonstances auxquelles nous faisons allusion, nous ne pouvons pas ne pas remarquer avec les divers.auteurs que les faits d'hérédité sont souvent plus contestables du côté des pères présumés que du côté de la mère. « 11 n'en est pas des questions de médecine comme de celles de droit relativement à la paternité, et on ne peut pas toujours dire : Is est fiHus quem nuptiœ demonstrant. De là, une série de difficultés et d'erreurs contre lesquelles on ne s'est peutêtre pas toujours assez garanti (1). »
Ces réserves posées, la constatation de maladies transmissibles existant chez les parents, peut être utilisée de deux manières au point de vue du diagnostic des maladies héréditaires :
Tantôt elle fait prévoir la possibilité du développement d'accidents semblables chez les enfants , et justifie l'emploi de moyens prophylactiques en même temps qu'elle indique le sens dans lequel les moyens doivent être dirigés, l'âge, les périodes de la vie auxquels ils doivent surtout être appliqués, etc. (scrofule, phthisie, etc.) (2).
(1) Piorry, loc. cit., p. 13.
(2) Loc. cit., p. 136.
Tantôt elle permet de donner de bonne heure une signification diagnostique et pronostique à des troubles qui passeraient inaperçus ou qui ne seraient pas appréciés à leur juste valeur, ou bien encore elle rend infiniment plus probable la nature présumée d'une lésion qui ne se révèle encore que par des signes incertains en eux-mêmes.
« C'est ainsi, dit M. Piorry, que dans les cas d'asthme ou d'emphysème au poumon, le simple essoufflement lors d'un exercice un peu violent doit, sur de tels sujets, faire redouter l'invasion de la maladie des parents. C'est ainsi que les névralgies variées de jeunes filles dont les mères étaient hystériques, peuvent faire craindre l'invasion de l'hystérie. C'est encore ainsi que la diarrhée survenant d'une manière habituelle sur un individu dont les parents sont morts de phthisie pulmonaire, fera naître des craintes légitimes sur l'état des poumons de cet homme, alors même que les signes physiques des tubercules manqueront, et qu'il n'y aura pas de toux. On en peut dire autant des sueurs nocturnes et de la réaction fébrile légère qui survient le soir, et imite, à s'y tromper, une lièvre intermittente. Dans ce dernier cas l'exploration de la rate fournit des données précieuses pour éclairer le diagnostic (1). »
Les divers renseignements si pleins' d'utilité que fournil l'examen des ascendants, sont souvent dans la pratique civile même difficiles à coordonner et à constater pour des raisons multiples.
Dans la pratique hospitalière, la lacune que nous signalons est bien plus grande encore, et c'est là une des difficultés les plus grandes que rencontre et que rencontrera toujours l'établissement des statistiques relatives aux maladies héréditaires dans les hôpitaux.
M. Louis a insisté avec grand soin, en étudiant l'hérédité de
(1) Voir ce qne nous avons dit à propos des époques d'opportunité pour les diverses maladies.
la phthisie, sur les causes d'erreurs multipliées autour des recherches de ce genre, et il a cherché à prémunir les observateurs contre une confiance trop grande accordée par certains médecins aux renseignements fournis parles malades des services hospitaliers.
Une autre source d'erreurs provient encore de l'ignorance où sont les enfants des affections morbides qu'ont présentées leurs parents, et des dénominations erronées sous lesquelles ils désignent ces mêmes maladies, lorsqu'ils peuvent même arriver à en indiquer vaguement le siège.
Enfin, d'une autre part, il peut se faire encore que tel individu qui aurait été dans un avenir plus ou moins prochain affecté d'une maladie héréditaire, dont il porte la prédisposition, succombe à une maladie accidentelle ; comment alors reconnaître la part de la transmission héréditaire "dans la liçne des descendants?
Le diagnostic général des maladies héréditaires, envisagé au point de vue des produits eux-mêmes, peut aussi se prêter à des considérations dignes d'intérêt.
La possibilité de combattre l'aptitude morbide héréditaire avant sa réalisation complète, doit engager le médecin à user de toute sa sagacité pour saisir les premiers indices par les- • quels se révèle cette aptitude, et c'est dans des circonstances analogues que se révèle souvent dans toute son ampleur l'art médical proprement dit, élevé si haut par quelques-uns de nos maîtres. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit relativement à la distinction à établir entre les maladies acquises au moment de la naissance ou pendant la vie intrautérine, celles qui sont dues à des influences extérieures agissant à la fois sur les générateurs et sur les produits, comme les endémies par exemple, et les maladies héréditaires à proprement parler. Tout médecin attentif, prévenu de ces causes d'erreur, saura réunir toutes les circonstances capables
d'éclairer son jugement, suspendre au besoin son diagnostic dans ces cas complexes où l'analyse est entourée de tant de difficultés.
Chez l'individu soupçonné d'une aptitude morbide héréditaire, il est nécessaire de tenir compte, pour arriver à admettre ou à rejeter l'influence héréditaire, des manifestations morbides qu'il a déjà présentées antérieurement, ou, au contraire, de l'immunité qu'il a présentée; du rapport que ces manifestations morbides ont ou n'ont pas eu, dans leur marche, leur durée, leur réaction aux médicaments, avec les accidents analogues, ayant existé chez les ascendants.
En résumé, il est, à l'occasion des maladies héréditaires plus encore que pour toutes les autres, urgent de réunir, de faire converger vers un même but tous les moyens d'investigation que la précision des études modernes a réunis au point de vue du diagnostic. Ajoutons enfin que ce diagnostic, toutes les fois qu'il ne pourra pas être établi sur des signes physiques incontestables, devra être porté avec la plus grande réserve; car on voit parfois les enfants échapper aux influences héréditaires, alors même que celles-ci paraissaient devoir se réaliser inévitablement ; et disons enfin, par contre, avec Ml Piorry, que dans des cas trop nombreux « les signes tirés de la conformation extérieure ne répondent pas aux antécédents connus, et que cependant l'aptitude héréditaire n'en existe pas moins. Que de fois ne voit- on pas des individus nés de parents phthisiques et présentant une large poitrine, une face colorée, une apparence de santé à envier , être atteints de la maladie que portaient leurs parents ! Tant il faut de prudence en médecine dans ses jugements, tant il faut de réserve dans les résultats de son examen, tant il faut s'enquérir de notions nombreuses dans des questions qui touchent aux intérêts de l'homme en santé, ou à la vie de l'homme malade ( I). »
(1) Lac.
LUVS.
cit., p. 58.