‹ Des maladies héréditairesChapitre 21 sur 25 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Dans les dernières pages de son remarquable ouvrage , M. Prosper Lucas déploie un véritable luxe d'érudition pour réfuter irrévocablement les pathologistes , qui considèrent toute maladie héréditaire réalisée définitivement comme étant absolument au-dessus des ressources de l'art.

Nous nous associons avec une intime conviction à la protestation de ce médecin distingué, contre la fatalité d'un semblable pronostic ; mais nous ne saurions aller aussi loin que lui, ni admettre aussi facilement qu'il nous a semblé le faire tous les exemples de guérison de maladies héréditaires, qu'il cite d'après un grand nombre d'auteurs ; les cas de guérison d'épilepsie héréditaire, par exemple, qui aurait été obtenue par Andry et Thouret, au moyen de l'aimantation, etc., etc.

11 nous paraît conforme à la réalité des choses et au sentiment des auteurs les plus recommandables, de dire que le pronostic des maladies héréditaires, envisagé d'une manière générale, est presque toujours grave, et ne doit être porté qu'avec la plus grande réserve, aussi bien lorsqu'on le suppose favorable que dans le cas contraire. Cette gravité, d'ailleurs, il est inutile de le dire, est proportionnée à la nature même de la maladie particulière sur laquelle un jugement doit être établi ; et celui-ci variera suivant diverses circonstances, telles que l'ancienneté de la maladie héréditaire dans la famille , et suivant sa forme, suivant les conditions individuelles, l'âge des sujets, l'époque à laquelle la maladie fait son apparition , etc. Nous ne faisons que signaler ces indications dont l'étude détaillée nous mènerait à tracer le pronostic spécial aux diverses affections héréditaires considérées en tant que maladies^ ce dont nous ne pouvons évidemment nous occuper ici-

Mais nous devons rechercher avec le plus grand soin en quelle manière la qualité & héréditaire reconnue à une maladie peut modifier les données pronostiques, de même que nous aurons à examiner plus loin sous quel point de vue cette même qualité conduit à envisager les indications thérapeutiques. En d'autres termes, les scrofules, les tuherculisations héréditaires, par exemple, sont-elles plus graves que les scrofules et la tuberculisation acquises? Les affections rhumatismales accidentelles sont-elles moins funestes dans leur évolution que le rhumatisme héréditaire?

D'une manière générale, l'affirmative ne saurait soulever un doute ; toutefois, les exceptions apparaissent assez nombreuses, et les faits précis manquent sur ce point comme sur tant d'autres. Prenons quelques exemples pour justifier notre manière de voir :

« La scrofule acquise, dit M. Bazin (l) , est, toutes choses égales d'ailleurs, moins grave que la scrofule héréditaire. »

En est-il de même pour la phthisie ? Nos souvenirs cliniques, en nous rappelant la marche rapide de certaines phthisies vraisemblablement acquises, nous porteraient à répondre par la négative. Nous n'avons trouvé dans les recherches sur la phthisie de M. Louis aucune manière de voir formulée à cet égard .

Pour les rhumatismes et la goutte, il y a lieu de croire que les formes héréditaires , supposant chez l'individu malade l'existence d'une diathèse préexistante, sont, par cela seul, plus graves, en ce sens que les récidives seront plus probables, les rechutes plus fréquentes, la guérison définitive plus hypothétique. Mais la maladie en elle-même, l'affection que l'on observe actuellement, aura-t-elle, par ce fait qu'elle est transmise par hérédité , une issue plus promptement funeste , ou bien se traduira-t-elle par des lésions viscérales plus graves et

(1) Loc. cit., p. j 30.

plus nombreuses? C'est là encore une question bien digne d'intérêt, mais à l'occasion de laquelle il y aurait lieu d'instituer de nouvelles recherches.

Quant aux affections cancéreuses, le problème que nous agitons est aussi difficile à résoudre ; mais son importance diminue par cette considération, que la marche de ces organopathies est, pour ainsi dire, fatalement réglée , que la terminaison générale en est par malheur presque constamment funeste, que leurs diverses manifestations sont également réfractaires à la thérapeutique, et que leur durée varie peu , abstraction faite des conditions d'âge et des localisations morbides, étrangères à l'hérédité.

Il est permis d'être plus explicite au sujet de la syphilis ; cette affection est, en effet, d'autant plus grave pour le fœtus, qu'elle est plus positivement héréditaire, c'est-à-dire qu'elle se rapproche le plus possible dans son origine des maladies héréditaires proprement dites. C'est dans ces cas que la mort est si fréquemment le résultat de la contamination du germe, qui meurt souvent avant son entier développement, ou qui naît avec des lésions viscérales avancées et une cachexie spécifique profonde, tandis que la gravité de la maladie chez un enfant contaminé, après la conception ou au moment de la parturition, peut être simplement comparée à la gravité moyenne que comporte actuellement toute intoxication syphilitique de l'enfance.

Mais c'est surtout dans les maladies nerveuses que la qualité héréditaire est de nature à aggraver essentiellement le pronostic.

Qui ne sait combien grande est la gravité de l'épilepsie survenue chez un enfant dans des conditions d'hérédité positives; la gravité des troubles intellectuels apparaissant chez les individus nés de parents aliénés, etc. ; et de quel cachet d'incurabilité désespérante cette condition frappe la maladie?

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