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CHAPITRE VII

C0NSIDÉI1ATI0NS THÉRAPEUTIQUES.

La prophylaxie et la thérapeutique des maladies héréditaires ont, à bien juste titre, préoccupé vivement les auteurs qui ont écrit sur ce grave sujet embrassant, à la fois, les questions les plus élevées de philosophie et d'économie sociale, d'hygiène publique et privée. Des préceptes, nombreux et précis, ont été, à plusieurs reprises, formulés ; mais un trop grand nombre d'entre eux ne sont malheureusement, suivant les expressions de M. le professeur Piorry, que « des utopies qu'il n'est pas possible de faire exécuter. » Il suffirait, pour s'en convaincre, de parcourir, par exemple, quelques-unes des pages consacrées à la prophylaxie par l'érninent auteur du Traité philosophique et physiologique de l'hérédité et de méditer un instant sur les difficultés pratiques que rencontrerait, dans l'immense majorité des cas, l'exécution de quelquesuns des moyens qu'il classe sous les dénominations Sélection de personnes, de lieu, de temps, etc. Une courte citation permettra d'en juger (1).

Après avoir établi que le premier des préceptes d'exclusion des personnes dans l'union conjugale est l'interdiction de la consanguinité, il ajoute :

« Les autres interdictions doivent comprendre, au point de vue de la santé des produits :

» Tous les individus personnellement atteints de l'une des maladies qui , comme l'épilepsie, l'aliénation mentale , la phthisie, la scrofule, etc., sont également redoutables pour toutes les familles.

(1) Loc. cit., t. If, p. 907.

» Tous les individus personnellement atteints d'une maladie quelconque, dont la famille trouve dans son état de santé, ou dans le caractère de son organisation, des raisons de redouter le transport aux produits.

» Tous les individus personnellement exempts de ces maladies, mais dont les ascendants, immédiats ou médiats, directs ou indirects, père, mère, grand-père, grand'mère, ou oncles, ou tantes, en ont été frappés. »

Il est évident que, dans ce dernier article au moins, l'exclusion est généralisée outre mesure, et que ce précepte exécuté à la lettre, condamnerait au célibat une bien grande partie des générations actuelles.

Ajoutons que la législation des sociétés modernes laisse sous ce rapport, aux actes individuels, une liberté presque absolue, et que s'il est, d'autre part, quelques circonstances particulières, ayant trait surtout aux difformités et aux maladies du système nerveux dans lesquelles il est parfois d'usage de consulter le médecin avant de décider une union, ces circonstances ne constituent qu'une exception.

Aussi, sans contester en aucune façon la haute importance philosophique de quelques-unes des études qui ont été faites dans cette direction, nous pensons que dans une société telle qu'elle est constituée, et dans l'état actuel de nos connaissances, c'est surtout vers les moyens dont l'exécution ne doit pas rencontrer d'insurmontables difficultés que le médecin doit porter son attention, et c'est dans cette voie que nous avons essayé de recueillir quelques données thérapeutiques.

Le traitement des maladies héréditaires doit être envisagé sous un double point de vue ; la prophylaxie et la thérapeutique, proprement dite, considérées l'une et l'autre chez les ascendants et chez les produits.

1° Prophylaxie et thérapeutique des maladies héréditaires

chez les ascendants. — « Tout ce que l'hygiène peut faire, dit M. Michel Lévy (1), contre les dispositions héréditaires qui sont de nature à compromettre la santé, se trouve indiqué sommairement dans ce conseil de Mercatus : Uxorem aut virum quœrere qui temperie, modo substantiœ et fere in omnibus conditioiïibus, dissideat lougis intervallis ab uxore. Sic enim a generatione in generalionem delitiscet inagis sigillum hereditarium, vincens inculpatum semen, ac prœvalens supra vitiosum et prare affection. »

La prohibition des mariages à certains degrés de parenté ; la recherche dans les alliances projetées entre individus offrant quelque aptitude morbide héréditaire de constitution opposées et considérées comme susceptibles de se neutraliser, constituent les principales et les premières règles de la prophylaxie générale.

« L'axiome contraria contrariis, dit encore le savant auteur du Traité d'hygiène publique et privée , dont nous ne pouvons mieux faire que de recueillir les préceptes, s'applique avec plus de sûreté à l'hygiène qu'à la thérapeutique ; les mariages, au point de vue physique, devraient être combinés de manière à neutraliser, par l'opposition des constitutions, des tempéraments et des idiosyncrasies, les éléments d'hérédité morbide que l'on peut craindre dans les deux époux; il faudrait défendre l'union de deux lymphatiques, de deux sujets éminemment nerveux; deux familles également prédisposées aux affections de poitrine ne devraient jamais mêler leur sang ; même danger dans l'union de deux individus frappés de débilité générale, etc. La prédisposition à des affections analogues constitue, aux yeux des médecins, une autre incompatibilité de mariage ; scrofule et phthisie formeront une sordide pépinière, tandis qu'une femme issue de parents tuberculeux

(1) Traité d'hijgiène publique et privée, he édition.

et mariée à un homme robuste et sain, peut devenir l'heureuse mère d'une génération valide qui, croisée à son tour avec un sang de bon aloi, produira une autre génération, tout à fait irréprochable ; car, ainsi que nous l'avons dit, la propension aux maladies héréditaires finit par s'épuiser. »

Si l'on ajoute à ces considérations que les règles de l'hygiène doivent être religieusement suivies par les individus entachés d'un vice héréditaire quelconque, que les meilleures conditions possibles de climat, d'habitation, d'alimentation, etc., doivent être accumulées autour d'eux, on aura réuni tout ce qu'il y a de fondamental dans cette partie de la prophylaxie.

Les moyens thérapeutiques divers employés chez les individus dans le but de guérir une maladie transmissible par hérédité dont ils sont actuellement atteints, constitueraient, en définitive , la plus précieuse prophylaxie , la plus précieuse au moins à mettre en pratique. Mais, par malheur, l'aptitude morbide peut être transmise par les ascendants avant qu'ils en aient offert eux-mêmes des manifestations positives, et, d'autre part, il n'est qu'un petit nombre des maladies héréditaires contre lesquelles la thérapeutique puisse lutter avec quelque succès.

La ligne de conduite à suivre sous ce point de vue a été heureusement exprimée par M. Lucas dans les lignes suivantes :

« Dans les cas d'anomalie ou de maladie du père ou de la mère, le même principe (principe de l'élection d'état) conduit à ces prescriptions : 1° l'anomalie, la maladie sont-elles curables? Les guérir chez celui des auteurs qu'elles atteignent avant la conception.

» Toute anomalie, toute maladie radicalement guéries chez les générateurs, avant la conception, cessent de se transmettre; ainsi la guérison de l'héméralopie supprime l'hérédité de

l'héméralopie (1); ainsi la guérison de la syphilis supprime l'hérédité de la syphilis, etc.

» 2? La maladie est-elle plus ou moins résistante à la guérison, et susceptible seulement d'une cure palliative? Traiter la maladie avant la conception, dans le simple but d'arrêter ses progrés, de la réduire à des formes ou à des degrés moins graves, et de ménager ainsi au produit, dans le cas de transport séminal de la maladie, le bénéfice de degrés ou de formes moins graves de l'affection transmise.

» La règle est, en deux mots, de suivre à l'égard du père ou de la mère malade, avant la conception, la ligne de conduite que l'art indique de suivre, après l'accouchement, à l'égard des nourrices : elle est de les soumettre au traitement curatif ou palliatif de la maladie qu'on veut épargner aux enfants (2).»

2° Prophylaxie et thérapeutique des maladies héréditaires chez les produits, ou prophylaxie et thérapeutique des aptitudes morbides et des maladies transmises. — Lorsqu'on a lieu de soupçonner chez un enfant qui vient au monde une aptitude morbide quelconque, il est naturellement indiqué de le placer dans les meilleures conditions générales capables de donner quelque vigueur à sa constitution. Le choix d'une nourrice, la sévérité dans l'exécution des soins de tout genre à donner à l'enfant, propreté, habitation, aération, etc., la prolongation de l'allaitement, etc., forment un ensemble de moyens qui sont incontestablement de première nécessité.

Quant aux indications particulières, elles varieront ensuite suivant la nature des états morbides existant ou ayant existé chez les parents. On devra dans ces circonstances se rendre un compte aussi exact que possible de la cause et de la nature du mal chez les ascendants, et de là découleront les indications d'une prophylaxie rationnelle. Dans les cas où la maladie dont

(1) Voy. Szokalsky, Mèm. cit., p. lt'i.

(2) Loc. cit., p. 923.

on redoute la transmission existerait chez la mère, il nous paraît fort sage, avec les auteurs, d'interdire l'allaitement maternel, alors surtout, comme le fait remarquer M. Lucas, qu'il s'agit d'une affection de nature névropathique ou constitutionnelle.

En outre, les diverses indications seront modifiées aux diverses périodes du développement de l'enfant suivant que l'on redoutera des accidents qui pourront se développer au moment de la dentition (convulsions), dans la première et la seconde enfance (tubercules et scrofules), au moment de la puberté (affections convulsives, épilepsie, hystérie), etc.

C'est dans ces pensées qu'interviennent successivement les diverses phases de l'éducation physique et morale dont l'influence, au point de vue de certaines affections héréditaires, peut être considérable. « La gymnastique employée avec discernement peut modifier heureusement l'organisation , annuler une disposition héréditaire par le déplacement du mouvement nutritif, par la direction spéciale de l'innervation. L'éducation elle-même, en éclairant l'homme et en fortifiant sa spontanéité, le rend plus apte à gouverner sa santé, à tempérer les appétits et les passions qui peuvent exagérer la vitalité de certains organes, déprimer certains autres, et donner ainsi l'essor aux germes héréditaires. Le choix de la profession contribue puissamment à l'immunité de l'avenir; elle fait à l'homme son milieu social, elle lui assigne ses conditions de vie morale et physique, elle empoisonne ou purifie l'air qu'il doit respirer, elle lui mesure le travail et le repos ; de plus, elle détermine l'activité relative de ses organes dont chacun correspond pour ainsi dire à une spécialité professionnelle : souvent elle a produit dans la ligne ascendante de parenté la maladie dont on redoute le principe héréditaire, et force sera d'y renoncer pour écarter une éventualité funeste (1). »

(1) Michel Lévy, loc. cit., p, 155.

Lorsque la maladie transmise est de nature virulente (syphilis), les indications thérapeutiques proprement dites se présentent avec un caractère d'urgence aussi prononcé et plus immédiat encore que les précédentes, et toutes alors doivent être concurremment remplies. Dans les autres circonstances, les divers agents thérapeutiques peuvent être employés encore à titre de moyens prophylactiques, destinés à prévenir le développement de l'état morbide virtuel de l'individu entaché d'hérédité. L'usage abusif qui a été fait par certains médecins, dans des circonstances de médications préventives ou prétendues telles, ne doit pas faire tomber dans une exagération inverse, et nous pensons que, aussitôt qu'une aptitude héréditaire est rendue probable par un examen attentif d'un sujet et de ses ascendants, on ne peut trop promptement avoir recours aux moyens que l'expérience a montrés, doués de quelque valeur. C'est ainsi, par exemple, que l'usage méthodique de l'huile de foie de morue et des préparations iodées, joint à l'exécution des préceptes d'hygiène générale et spéciale que nous avons rappelés plus haut, pourra, dans un certain nombre de cas, s'opposer à l'évolution des diathèses scrofuleuse ou tuberculeuse, ou au moins en éloigner l'explosion, en atténuer les manifestations locales.

Quoi que l'on puisse penser de la transmutation des formes des maladies transmises, et sans partager les vues exagérées de Portai sur l'utilité des mercuriaux réunis aux amers pour prévenir île développement des maladies héréditaires , il ne serait pas irrationnel d'avoir recours à l'usage de l'iodure de potassium, par exemple, chez les enfants nés de parents soupçonnés de syphilis, alors même que ces enfants n'offriraient pas, dans leurs premières manifestations morbides, les indices bien nets d'un affection analogue. Les succès attribués, dans ces dernières années, à l'usage de l'iodure de potassium dans certains cas de méningite tuberculeuse, sont considérés par

quelques médecins comme venant à l'appui de cette manière de voir.

Dans les cas même où la maladie héréditaire semble devoir se développer fatalement par suite de la transmission d'un vice d'organisation, tel que le trop grand volume du crâne prédisposant aux hémorrhagies intra-encéphaliques ; la mauvaise conformation du thorax prédisposant à la tuberculisation pulmonaire, etc., il y aura encore d'utiles mesures à prendre. « C'est ainsi, dit M. Piorry (1), que pour prévenir l'affection cérébrale, il sera utile de modérer le coursdusang vers la tête par des saignées générales, d'avoir recours à des dérivatifs variés ; que pour l'étroitesse de la poitrine, il faudra empêcher que des vêtements ne la serrent, et surtout il sera bon que l'habillement favorise la respiration abdominale ; on fera exécuter fréquemment des inspirations forcées, dans la vue d'augmenter la capacité du thorax, et on emploiera, si le cas le permet, des moyens mécaniques propres à donner aux os une meilleur conformation. »

Disons enfin, en terminant, avec M. Michel Lévy (2), « que les individus prédisposés aux maladies héréditaires, doivent surtout être surveillés à l'âge où ces maladies tendent à se développer, et ii l'âge où leurs parents en ont subi l'atteinte ; c'est alors qu'il faut redoubler de sévérité dans les précautions hygiéniques, c'est alors qu'il y a lieu de recourir à des moyens spéciaux, s'il en est d'assez puissants pour conjurer l'invasion des affections héréditaires. »

(1) Loc. cit., p. 161.

(2) Loc. cit., p. 156.

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