ARTICLE VII
B. — A la suite de ces faits qui ont trait à une fluidité spéciale de la masse sanguine, en vertu de laquelle des hémorrhagies variées, souvent incurables, se manifestent à plusieurs points du corps, il en est d’autres qui ont principalement rapport à la transmission héréditaire d’états spéciaux du liquide san¬
guin.
(1) Le nombre des femmes serait à celui des hommes comme 1 : l\. (Grandidier, Die hemaphile odei die blüterkrankeit. Lepzig, 1855. — Comme 1 :7 suivant les relevés du docteur Lange, de Postdam. (Dissertation, 1850.)
(2) Dans les faits recueillis par Grandidier, les hémorrhagies nasales se seraient montrées 110 fois ; tandis que celles des intestins et de la bouche, qui viennent immédiatement après pour la fréquence, n’auraient eu lieu que 32 fois.
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Ainsi, M. Piorry considère la pléthore sanguine comme étant souvent l’apanage des membres d’une même famille; N puisqu’on hérite, dit-il, de la constitution de ses parents et que le tempérament sanguin exagéré constitue l’état pléthorique, il en résulte nécessairement que la pléthore peut être héréditaire (p. 81).
Quant à la possibilité de la transmission héréditaire de ces } pet états particuliers qui constituent l’anémie ou la chlorose , les faits allégués par les auteurs ne nous paraissent pas suffisammi le? ment probants jusqu’ici pour que nous en tenions un compte sérieux : attendu que ces états divers peuvent se perpétuer dans une même famille, moins sous l’influence de causes héréditaires que sous l’action de causes locales, telles que le genre de vie, les habitudes variées, etc., agissant simultanér« ment sur plusieurs membres d’une même lignée.
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IRTICIiE VIII. — Diathèses diverses (rhumatismales, arthritiques).
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Quant aux manifestations héréditaires des autres diathèses, soit arthritique, soit dartreuse, soit rhumatismale, sans vouloir récuser d’une manière absolue leur répercussion héréditaire, il nous a été bien difficile, au milieu du conflit des [J! opinions émises à ce sujet, de démêler la vérité : les auteurs admettent, en général, avec une grande facilité l’action, soit du vice dartreux, soit du vice arthritique, soit du vice rhumatismal, dans cette série de causes banales qui président au développement de la plupart des maladies : c’est ainsi que Pujol regarde comme exposé au cancer l’individu chez qui il y a des antécédents scrofuleux et goutteux (1); que Gintrac admet une relation intime entre les diathèses cancéreuses, herpétiques, et les affections nerveuses, etc.
(1) Médecine pratique, t. IV, p. 1^8.
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Mais si Ton arrive à discuter même les faits qu’ils allèguent , on ne rencontre que des théories et de ces assertions dénuée , des preuves que la médecine moderne n’aime pas à rencon trer dans les faits cliniques ; aussi est-ce pour ce motif qm nous n’insistons pas sur ce sujet, faute de matériaux suffisamment démonstratifs.
Cependant nous ne pouvons nous empêcher de rappeler ; propos de la transmission héréditaire, de la diathèse rhuma j T tismale, l’opinion si bien autorisée de M. Bouillaud sur ceth matière : « Ce que l’on a dit avec raison, écrit-il, au sujet df l’hérédité du rhumatisme nous paraît rentrer dans ce qui concerne la prédisposition. En effet, il paraît très vraisemblable que, si des parents rhumatisants nous transmettent le fàcheus héritage d’être prédisposés actuellement au rhumatisme et à h
o'oulte, c’est que nous avons aussi hérité de leur constituf. , ’ H |i
tion (1). »
C’est en effet ainsi, comme nous l’avons déjà indiqué à plu-
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sieurs reprises, que nous croyons que l’on doive se rendre
compte de la transmission héréditaire de certains états diathé-
siques. Il y a hérédité de la maladie dans ces cas, parce que la prédisposition qui y conduit est héréditairement transmise.
B. — Maladies du système nerveux.
La transmission héréditaire des affections du système nerveux est une donnée si généralement admise, que personne ne songe à la contester sérieusement aujourd’hui : établie au rang des traditions scientifiques, elle a fini par acquérir une importance capitale dans les investigations judiciaires ; car, d’après Marc (2), s’il y a possibilité, dans une enquête médicolégale, de démontrer l’existence de la disposition héréditaire,
(1) Bouillaud, Traité du rhumatisme, p. 255.
(2) Tome I, p. 285.
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elle suffît presque seule pour établir la réalité d’une lésion de l’entendement.
Mais lorsqu’on cherche à préciser avec une exactitude rigoureuse la .part qui revient à cet ordre de causes dans la production des névropathies, on se trouve en présence des appréciations les plus diamétralement opposées. Pour M. Moreau (de Tours) (1), l’hérédité serait la source des neuf dixièmes des maladies nerveuses ; mais cette proportion énorme n’est jusqu’à présent admise par aucun autre observateur, et dans le sens opposé, Neumann (2) a ôté jusqu’à prétendre que si le facteur héréditaire paraissait jouer, en pareil cas, un rôle plus considérable que dans les autres maladies, c’était aux recherches minutieuses dirigées dans ce sens qu’il fallait attribuer le résultat.
C’est donc à la statistique qu’on est obligé d’avoir recours, pour dissiper, s’il est possible, les doutes qui régnent sur ce point. Malheureusement il ne faut pas s’attendre à rencontrer dans les chiffres l’uniformilé qui n’existe pas encore dans les opinions : nous comprendrons mieux, sans doute, après ce travail, la puissante action des influences que nous étudions ; mais il nous sera toujours impossible de lui assigner des limites bien précises.
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I. Aliénation mentale . — Parmi toutes les névroses, la folie est celle où se manifeste le plus nettement la transmission morbide. Mais le phénomène de l’hérédité ne consiste pas uniquement dans la transmission directe d’un genre particulier de folie-, on voit, sans doute, certaines formes, certaines variétés de l’aliénation mentale, la monomanie suicide, la folie religieuse par exemple, se perpétuer dans les membres d’une même famille ; mais le plus souvent, comme le fait observer
(1) La psychologie morbide, p. 116.
(2) Psychiatrie , 1853, p. 46.
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M. Moreau (de Tours) (1), le phénomène de l’hérédité consist dans la transmission d’un état moral particulier, qui constitn une prédisposition morbide. La folie des parents peut se tram mettre aux enfants sous forme d’excentricité, et l’excentricit des parents peut devenir de la folie chez les enfants. Au reste la plupart des aliénés donnent naissance à des sujets qui pen vent offrir des névropathies de toute espèce, suivant l’obser vation de M. Gintrac (2) ; l’hystérie, l’hypochondrie, l’épilepsie et surtout les convulsions sont l’expression la plus ordinaire d< ce tempérament spécial quand il ne dégénère point en folie. 1 j!Ji est généralement admis que les enfants qui naissent avant qu< les parents aient été fous sont moins sujets à l’aliénation men taie que ceux qui sont nés après (3).
La prédisposition héréditaire à contracter la folie parai s’accroître de générations en générations. Ceux qui naissen de père et mère aliénés sont évidemment plus exposés que le autres à perdre la raison. Enfin, la vieillesse, chez les parents peut occasionner, d’après Burton, une prédisposition à la foli» chez les enfants.
Il est difficile de soumettre au contrôle de la statistique ce^ appréciations délicates ; mais il a été plus facile d’y recourir, pour trancher la question controversée de la prépondérance j des sexes dans la transmission des maladies mentales. Contrairement à l’opinion de Buffon, il est admis par la plupart des auteurs, que la folie est plus souvent transmissible par les mères que par les pères (4) ; M. Baillarger, par des recherches statistiques fort étendues, a démontré la justesse de cette opinion (5) ; sur 600 cas, dont 453 étaient héréditaires, l’influence
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(1) La psychologie morbide , p. 16Zi et passim.
(‘2) Mémoire sur V influence de l’hérédité, etc. ( Mémoires de l’Acad. royale de méd ., t. XI).
; (3) Esquirol, Traité des maladies mentales , t. I, p. 66.
(U) Esquirol, t. I, p. 65.
(5) Annales médico-psychologiques, 1844, p. 328.
N jl* la mère s’est fait sentir 271 fois, celle du père 182 fois coniîi feulement.
i i Ce n’est point exclusivement chez les parents de l’aliéné qu’il min i faut rechercher les antécédents pathologiques : ils peuvent •'«ri exister chez les aïeux (hérédité rétrospective), chez les oncles, fluif es tantes, les cousins (hérédité collatérale) ; la maladie peut lob fpargner une génération pour retomber sur la génération piltf suivante (1); enfin, les diathèses, le rhumatisme, la goutte, les " >crofules peuvent, grâce au principe de la transfor mation des naladies transmises, engendrer la folie héréditaire.
« Aliénés, idiots, scrofuleux et rachitiques, dit M. Moreau,
> (de Tours) (2), doivent, en vertu de leur commune origine, de certains caractères physiques et moraux, être considérés e part > comme les enfants d’une même famille, les rameaux d’un nais; > même tronc. » Il est de la plus haute importance de ne point que, mblier ces données, si Ton veut obtenir, à cet égard, des lareii résultats irréprochables.
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Venons maintenant aux chiffres indiqués par divers observateurs. La statistique de Gharenton avait fourni à Esquirol(3) es renseignements suivants : sur 1375 aliénés il y eut 337 cas le transmission héréditaire. D’après ses impressions personnelles, et sans donner aucune statistique à cet égard, Esquirol nense que l’hérédité est la cause ordinaire des dérangements noraux chez les riches, et doit compter pour un sixième parmi es circonstances qui les produisent chez les pauvres (4).
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(1) Grube, cité par M. Gintrac ( Mémoire ‘précité , p. 273), rapporte le cas iuivant : un père atteint d’aliénation mentale eut des lils intelligents et même listingués, qui remplirent avec succès des emplois publics. Leurs enfants parurent d’abord sains d’esprit, mais à vingt ans ils donnèrent des signes le folie.
(2) Psychologie morbide , p. 99.
(3) Esquirol, t. II, p. 683.
(Vi) Op. cit., t. I, p. 64.
Des recherches beaucoup plus étendues ont permis* ù # M. Parchappe de dresser le tableau suivant (1) : I rai
Cas d'hérédité.
Admisslor
Établissement d’Esquirol.
Charenton .
Saint-Yon .
Salpêtrière .
Turin .
Bicêtre .
Bordeaux .
Salpêtrière .
M. Gintrac , de son côté, a recueilli les données suivantes (2) :
Cas d’hérédilé. Admissions.
Parkman (de Boston) .
Ruer, à Marsberg (Westphalie), .