‹ Des maladies mentales [electronic resource] (volume 2)Chapitre 17 sur 63 · TROISIÈME PÉRIODE, DE 1815 A · texte numérisé non relu

TROISIÈME PÉRIODE, DE 1815 A

Pendant cette dernière période, la maison de Charenton ne cessa de grandir. L'administration prit une marche régulière et put rendre des comptes. Le service médical ne fut plus illusoire et repose sur des principes et sur l'expérience.

M. Roulhac Dumaupas , directeur, et M. Royer-Collard , médecin en chef, dirigés par les mêmes principes , animés du même zèle, concoururent l'un et l'autre aux améliorations réclamées depuis longtemps par ceux qui connaissaient l'intérieur de la maison de Charenton. Une commission de sucveillance fut créée, la direction administrative devint régulière, des registres furent ouverts pour tous les services , la comptabilité fut organisée et devint facile. Les registres des admissions , des sorties, des guérisons , des morts permirent d'en extraire la statistique médicale de l'établissement; les cahiers de visites des médecins furent tenus avec exactitude, et les feuilles de régime

DE CIlAUliiNTON.

furent rédigées lous les jours. Un règlement fut donné par le ministre de l'inlérieur et détermina les attributions de chaque employé.

Avant de faire connaître les résultats de l'administration de M. Dumaupas et de son successeur, M. Palluy, il convient d'indiquer les améliorations et les changements qui ont été faits dans les anciens bâtiments, et de décrire les constructions nouvelles.

Au premier étage du bi^timent (30), dans une salle servant de réfectoire du temps des frères, l'on disposa un autel et tous les accessoires nécessaires Il l'exercice du culte religieux. On arrive à cette chapelle par le perron (7) qui est en face du perron (6); celui-ci conduit dans les bureaux de l'administration.

Les pauvres du canton, jusqu'à l'année 1814, avaient occupé la grande salle (-49), dite Saint-Michel, au-dessus de la vacherie 5 à l'une des extrémités de cette grande salle , quelques lits avaient été réservés pour les élèves de l'école vétérinaire d'Alfort ; mais à cette époque on ût une infirmerie dans les bâtiments de l'école , les pauvres du canton furent définitivement et d'une manière très-convenable, établis dans un bâtiment isolé des habitations des aliénés. Ce bâtiment (SO) est situé, en entrant dans l'établissement, à la gauche du logement du portier, sur le côté méridional d'une longue cour (3) qui s'étend de l'est à l'ouest et qui est plantée d'une double rangée d'arbres ; il se compose d'un rez-de-chaussée ; est fait aux dépens du mur de clôture qui sépare la maison de la rivière et de la route qui conduit de Paris, par Charenton, à Saint-Maur.

La salle des pauvres du canton est au rez-de-chaussée de ce bâtiment ; elle a 30 mètres de longueur, et 6 mètres de largeur ; est éclairée par plusieurs grandes baies avec croisées vitrées à deux vantaux s'ouvrant sur la cour (3). En face de chaque croisée au-dessous du plafond , et à 3S0 centimètres du sol, on a pratiqué des baies avec croisées vitrées, qui s'éclairent au midi et sur la roule. Le plancher supérieur est plafonné, le sous-pied est planchéié. A l'entrée de celte salle , on a ménagé deux cabinets de desserte , dans le milieu sont établis deux poêles en faïence.

Quatorze lits en fer, avec rideaux soutenus par des tringles en fer, sont rangés d'un seul côté de la salle en face des grandes croisées qui s'ouvrent sur la cour (3). La literie se compose d'une paillasse, de deux matelas, d'un traversin, d'un oreiller, de deux couvertures ; à côté de chaque lit il y a une table de nuit et une chaise.

Sept lits sont réservés pour la médecine et sept pour la chirurgie. Le médecin fait la visite des individus atteints de maladies internes, et le chirurgien visite les pauvres qui ont des maladies externes. Les élèves en médecine et en chirurgie suivent et écrivent la visite de leur chef respectif. Le pharmacien lient le cahier des mcdicamenls. L'élève en chirurgie est chargé des pansements.

Cet hôpital est très-bien tenu, très-propre; les malades y sont commodément, bien soignés, bien servis; ils sont chacun couchés dans un bon lit, bien chauffés en hiver et peuvent se promener de plain-picd dans une cour plantée d'arbres. Cet hôpital est cnlrclcnu par les revenus de rétablissement, 2 30

HISTOIRE ET STATISTIQUE

il remplit parfaitement sa destination et il est d'un grand secours pour les pauvres du pays ; on n'y reçoit point de maladie chronique. On n'y observe point de maladies endémiques ; mais il est des années pendant lesquelles les fièvres intermittentes sont fréquentes. Ces fièvres cèdent facilement au sul- < fate de quinine. La chirurgie a souvent à s'exercer sur des cas très-graves que présentent les carriers, les charretiers et les ouvriers attachés aux fabriques du pays.

La salle du canton assiste annuellement 180 malades pauvres. La moyenne des journées de séjour dans le cours d'une année varie de -4300 à -4700. Les médecins donnent des consultations gratuites à tous les malades pauvres qui se présentent.

L'étage élevé au-dessus de la salle du canton est occupé par la lingerie générale et le surveillant de la lingerie. Cette lingerie est éclairée par des croisées qui s'ouvrent au midi sur la roule et au nord sur la cour (3). Les murs de la lingerie sont entourés de larges tablettes divisées en un grand nombre de compartiments destinés à recevoir le linge de chaque malade.

En 1816, conformément au règlement, on fit les constructions nécessaires pour la boulangerie de la maison (-47). Ce ne fut qu'en 1820 qu'on disposa un magasin pour les farines (^7).

En 181S, à la salle de spectacle, placée, comme je l'ai dit, à l'étage audessus de la salle Notre-Dame (4) , on substitua une salle de réunion spacieuse, voisine du logement du directeur. Ce salon s'éclaire par deux croisées cintrées sur le jardin (18) et est précédé d'une antichambre commune avec l'appartement du directeur. On voit, dans cette antichambre, un marbre noir sur lequel sont gravés le nom du fondateur de l'hôpital, du couvent, et la date de la fondation. Nous donnons cette inscription telle qu'on peut la lire sur le marbre (1).

(1) Deffunct Sébastien Le Blanc, S.'' de S.* de Jean , Con.« du ^oj, Gon.<^""^ prov.,»' des Guerres par plusieurs contracls des 12. et lô. Sep.bfe 1641. 10. Sep.i^e 1641. 2 mars 1646, 4 may 1662. et 10. Janv.er 1664. A fodé cet hospital, sovbz le tiltre de Nre Dame de la paix, et ordoné qvicy seroit mis le nombre de sept Licts en L'honne des sept allégresses de la vierge, et des sept œwvres des miséricordes spir-^l'^s et corp. elles po.r y recevoir, et traicter les pavvres mallades

Et avx charges de dire six messes basses, chvn an, avx six festes de la S.'" vierge, devx avtres messes basses, l'vne tovs les Dimanches de l'anée appellée la messe du fondateur, et lave le jovr de S.' Barthélémy apo.'re en Ihone de la translaon des S.'" Reliques qu.i à donées. Plus vn service chvn an, à pareil jo.'' de son deceds à son intetion, et de ses pere, et mère, parens, et amis,

Come avssy tous les jovrs après les Grâces dv sovper des malades, de dire l'oraison, et chanter h havlte voix, devant l'avtel de l'Infirmerie, le salvt du meraorare, avec l'ane, et l'oraison concède nos et le Deprofvndis , à voix basse , l'oraison fidelivm, et Reqvicscant in pace, et de mettre un troisiesrae cierge d'vne livre , devant l'image, qui demevrera alivraé des rentrée jusques à la fin de la d. oraison, ce qui sera pareilem.t observé le 8"= sepbre, jo."" et fesle du patron, pandant la G.'^" messe et les vesprcs.

Qvavat les repas des malades, on les exhortera de prier Diev po.'' le Roy les Reynes, luy, fondatevr, lesd. Religievx, et les biefaictevrs le tovt à perpétuité , et sellon qvil est plvs av long porté, par lesd. contmcrs, et le testam.' dud s.r fondate, qvi a doné po' subvenir à lad. hospitalité, acqvictem.i dcsd charges

Scavoir, la maison et dependacos avec les mc\'ble5 y estant po.'' lors I.iqvelle a esté rcstablie

DE CHARENTON

Le salon meublé d'un piano, de plusieurs labiés h. jeu, de plusieurs fauteuils, d'un grand nombre de chaises, sert îi réunir tous les soirs les aliénés et les convalescents qui peuvent participer à la vie commune et qui sont désignes par le médecin. Le surveillant général, l'infirmier en chef, les surveillantes des femmes, l'inspecteur du service de santé, doivent assister à ces réunions, surveiller les malades, les exciter à la distraction. Le directeur, les employés viennent souvent animer de leur présence celte nombreuse assemblée.

La pharmacie, qui a son entrée près du perron (SI) et qui est contiguë au logement du pharmacien, est au rez-de-chaussée à la suite de la salle du canton; elle fut établie et meublée en 1819, elle se compose d'une boutique, d'un laboratoire et d'un magasin. Le médecin-adjoint est logé au-dessus et monte à son logement par le perron (ël).

Dans la même année 1819, on disposa une salle de billard (32'), au troisième étage et à l'extrémité nord du bâtiment (4) , cette salle formée aux dépens de l'ancienne chapelle des frères , est au-dessus de la chambre des archives de la maison, qui fait suite au salon de réunion dont nous venons de parler, on s'y rend du jardin et de l'intérieur.

De 182.4 à 1827, à droite delà grille d'entrée, on éleva un bâtiment qui s'étend du midi au nord depuis le mur de clôture, jusqu'aux anciennes constructions. Ce bâtiment (-4') est divisé par un passage (§') qui conduit dans la cour (10) des femmes ; à la droite de ce passage (8') et au rez-de-chaussée par le parloir général. Ce parloir, éclairé au levant et au couchant, est planchéié, le plancher supérieur est plafonné. Il est entouré de sièges rembourrés, meublé d'un poêle en cuivre , d'une grande table et de plusieurs sièges ; il communique avec le cabinet de l'inspecteur général ; les parents des pensionnaires sont reçus dans ce parloir lorsqu'ils visitent les malades, après en avoir obtenu l'autorisation du médecin (1). A la gauche du même passage (§') , se trouve un vaste garde-meuble, le premier étage de ce bâtiment sert de grenier et de magasin.

En 1827 et 1828, il fut confectionné 100 armoires en bois de chêne, qui

come elle se irowe apnt, tat par larget q.i a fovrny, que par la contribvon, et les avmosnes (le qvelq : par.ers gens de piété,

PIvs vnc maison, ov est lenseigne de la Bannier de France, avd Charenton, plvs 100. ff de rente rachcptab. de 1800. ff deve par Denis Lovbert, po,' estrc cmploiéc a î'achapt de la maison du Barillet, avx carriers dud. Charenton.

Plvs vne maison , à Paris, rve des Noyers q.l avoit acqvise.

Plvs en argent, 7300. ff d'vne part, et 418. ff dave, povr esbre mis en fods d'héritages. Plvs le prin.ai et arrérages de lOO.ff de rente, qvi estoient devbz par les hers de la vevve Tronchot.

El finallement, par son testament, vne partie de ses mevbles, et la some de 1088. ff Ceci a esté cy apposé, après le deccds dvd S.' de S.* Jean arrive le 23 Aovst 1670. en L'hôpital de la Charité de Paris ov il est enterré.

Priez Diev pour son amc.

(1) Les jours d'entrée, à Charenton, sont les dimanches , mardis et jeudis, depuis neuf heures jusqu h quatre.

HISTOIRE ET STATISTIQUE

furent placées dans les chambres des corridor^ des hommes (43) et des femmes (11) ainsi que dans l'infirmerie (-49).

Après avoir fait connaître les améliorations générales qui ont eu lien depuis l'année 181S, nous devons signaler celles qui ont été faites dans les différents quartiers des deux divisions, des hommes et des femmes.

Les latrines qui répandaient une odeur infecte dans les corridors des hommes, ont été isolées des bâtiments. Cette importante amélioration eut lieu en 1821 ; une construction en belle pierre fut élevée du rez-de-chaussée de la cour (37), jusqu'aux étages supérieurs, séparée entièrement des bâtiments; d'oii il résulte qu'un grand courant d'air circule à chaque étage, entre les latrines et les habitations; ce ne fut qu'après beaucoup d'essais, qu'après avoir tenté beaucoup d'autres moyens plus ou moins ingénieux , qu'on se délivra , en les isolant , de l'odeur que les latrines exhalaient. Les latrines accessibles à un grand nombre d'individus répandent toujours une odeur très-désagréable, particulièrement si ces individus sont aliénés; ces malheureux peu soigneux et peu propres, contribuent au mauvais état de propreté des sièges d'aisances, et il n'y a que l'isolement absolu de toute construction habitée, qu'un grand courant d'air, qui soient efficaces contre ces graves inconvénients des latrines lorsque, je le répète, elles sont fréquentées par un grand nombre d'individus. Les fosses inodores et mobiles, les sièges que l'on peut facilement laver à grande eau, même à l'aide d'ingénieux moyens indépendants de la volonté des personnes qui entrent dans les latrines et qui en sortent, ne sont d'une application véritablement utile que dans les maisons particulières ou dans les établissements soumis à une discipline très-sévère.

Quelques cages qui existaient encore , dans les loges du rez-de-chaussée , et qui étaient destinées à contenir les fous les plus violents , ont été détruites. Comment avait-on imaginé de renfermer des hommes et des hommes furieux dans des cages? Qui pourrait donner une bonne description de ces cages , dont on retrouve les vestiges dans plusieurs établissements , oiî l'on recevait anciennement des fous ? J'ai vu de ces cages à Tours , à Nancy , à Rennes , à Strasbourg , à Caen , etc. ! Croirait-on que , dans un des plus considérables établissements de France, nouvellement bâti et jouissant d'une grande célébrité, les aliénés agités sont renfermés dans des cages ? On y voit une et même plusieurs cages dans une même salle; ces cages furent sans doute inventées pour empêcher les aliénés de quitter leur lit et d'errer pendant la nuit. Ce moyen est détestable, sujet à des inconvénients très-graves que j'ai signalés ailleurs et que je ferai connaître plus en détail dans mon travail sur les hôpitaux d'aliénés , dont je termine la rédaction.

Des chaufFoirs furent établis dans les quartiers qui en manquaient , ceux qui existaient furent mieux aérés , par conséquent assainis ; les chauffoirs de la maison de Charenton sont généralement beaucoup trop petits pour le nombre des personnes qui s'y réunissent; ils sont obscurs , peu aérés et bas de plafond, quelques-uns sont paves en moellons; il en est un, aO bâtiment (35), qui est au-dessous du sol et n'est éclairé que par deux portes. Les lieux destinés î» la réunion des aliénés ne sauraient être ni trop grands ni trop facilement ventilés, ni trop éclairés; l'accès doit en être facile et libre,

DE CHARENTON

les malades qui s'y re'unîssent sont ordinairement peu propres , et lorsque l'espace manque, l'air s'altère rapidement et se charge de mauvaise odeur; ces malades sont irascibles, ne pouvant marcher commodément dans des chautfoirs étroits , ils se coudoient , se heurtent les uns les autres , ce qui provoque des rixes, des actes de brusquerie et quelquefois des violences.

En montant le perron (ol), on arrive dans une salle qui, du temps des frères de la Charité, servait de magasin au fourrage. Cette salle, dite Saint- Michel, est voûtée en ogive, elle a 36 mètres de longueur, 510 centimètres de largeur. Elle est éclairée par dix croisées, quatre s'ouvrent à l'ouest sur les cours (S3, 86) ; cinq s'éclairent sur la cour (3), à l'aspect du levant; enfin une croisée s'ouvre au midi à l'une des extrémités de cette salle; de celte dernière croisée la vue s'étend sur la campagne. Après avoir été convertie en hôpital pour les pauvres du canton, par M. de Coulraier , cette salle fut plus tard divisée en cellules à l'aide de cloisons en bois , séparées par un corridor commun : en 1828 , les cloisons furent détruites, le sol de cette grande et belle salle fut solidifié et carrelé à neuf. Les baies des croisées furent un peu agrandies ; à l'extrémité méridionale de la salle, on ménagea deux cabinets pour les infirmiers ; cette salle, chauffée par deux poêles en faïence, est meublée de vingt-cinq couchettes en bois garnies d'une paillas-.e, de deux matelas , d'un oreilFer, d'un traversin et de deux couvertures. Entre chaque deuxlits, au-dessous des baies des croisées, on a fixé une tablette, et audessus de cette tablette, une armoire dans laquelle les malades peuvent serrer leur linge ; près de chaque lit , on trouve une chaise percée, un fauteuil. Deux tables placées entre les deux poêles sont destinées à servir les repas aux malades qui habitent cette infirmerie , consacrée aux aliénés tranquilles , propres, atteints d'infirmités ou de maladies accidentelles.

Les croisées de cette salle ne descendent point assez bas , le voisinage de la cour de la. vacherie y apporte quelquefois une odeur de fumier qui est au moins incommode.

On arrive aussi à cette infirmerie de l'intérieur , en passant par le corridor (47).

Les bains du quartier des hommes, qui du temps de M. de Coulmier occupaient au rez-de-chaussée (38) les loges qui prenaient le jour sur la cour (37), furent établis dans une salle commune (36). Cette salle de bains s'éclaire sur les cours (33 et 37); elle est grande, dallée en pierre, divisée par des cloisons en bois de 2 mètres de hauteur, qui séparent les baignoires les unes des autres. La chaudière à chauffer l'eau des bains , en face de la porte , s'élève dans le fond de la salle, entre les deux rangées de cellules qui reçoivent les baignoires. On monte par un escalier en bois, pour mettre le feu au fourneau , dont l'ouverture est vue de tous les points de la salle ; des tuyaux de plomb conduisent l'eau chaude et froide à chaque baignoire, dans laquelle l'eau est versée par des robinets en cuivre.

A la droite de la chaudière est un réservoir d'eau froide et un fauteuil pour la douche; depuis 18.27, il a clé adapte au réservoir un long tuyau en cuir terminé par un robinet : à l'aide de ce tuyau , l'eau froide est portée au-dessus de chaque baignoire lorsqu'on veut donner la douche ; les malades reçoivent

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ainsi l'eau froide sur la téle pendant qu'ils sont dans la baignoire, sans qu'il soit nécessaire de les attacher sur un fauteuil cotnine cela se pratiquait autrefois. Sous le siège de ce même fauteuil on a pratiqué un appareil pour la douche ascendante.

L'imporlance d'un quartier bien séparé des autres habitations, pour loger les convalescents, détermina, en 1817, l'achat d'une maison (S8) avec un jardin ; c'était une amélioration bien essentielle. Cependant le peu de solidité de cette maison, la nécessité d'y faire des dispositions et des distributions adaptées à sa nouvelle destination, efifrayèrent sans doute le directeur : on ne fit pas de réparations, la maison fut envahie par les employés de l'administration, et nos convalescents sont restés dans le quartier 4â, privés d'un quartier isolé qui serait si favorable à leur complet rétablissement.

Si la section des hommes a reçu un grand nombre d'améliorations , celles des femmes a été bien mieux traitée : on y a construit un vaste bâtiment qui, à lui seul, serait partout ailleurs un grand et bel établissement d'aliénés.

Un des premiers soins de M. Dumaupas fut d'assainir les loges destinées aux femmes agitées, qui forment les deux côtés de la grande cour (10). Les loges qui s'ouvrent sur la galerie du nord étaient adossées au mur du jardin (18), elles ont été isolées par un fossé profond qui est pavé. En face de la porte et au-dessus du lit, sous le plafond, on a percé une petite ouverture carrée pour faciliter le renouvellement de l'air; cette ouverture est fermée par un volet en bois.

La rangée de loges du côté méridional de la même cour (10) , a été isolée du mur de clôture par un contre-mur , il en est résulté un espace pour un chemin de ronde et pour un grand courant d'air entre le mur de clôture et le mur qui fait le fond de chaque loge. On a pu aussi pratiquer en face de la porte une contre-ouverture.

Le chauffoir (12), qui est au bout de la galerie du nord , a été dallé ; étant destiné aux femmes les plus agitées et qui sont tenues le plus longtemps au fauteuil, il est devenu plus sain par la facilité de tenir très-propre le plancher inférieur.

A l'extrémité ouest de la galerie du midi, on a fait un second chaufiFoir (19") pour les femmes agitées , aux dépens de deux loges et de la galerie qui se prolongeait devant ces deux loges.

Un jardin spécial pour les femmes (28) a été planté à l'est de l'établissement.

Ces améliorations n'ont point atteint tout à fait le but qu'on s'était proposé : les loges sont restées sombres, humides, mal aérées , la contre-ouverlure pratiquée en face des portes n'est point à la portée des serviteurs, il en résulte qu'elle n'est point ouverte, ou que si on l'ouvre on néglige de la fermer. Ce double incohvénient est inévitable toutes les fois qu'on exigera des serviteurs un service qui denlande quelque attention et de la bonne volonté ; les volets de ces contre-ouvertures seraient ouverts et fermés s'ils étaient sous la main des serviteurs.

La salle qui est au-dessus de la galerie (15) , à l'est de la cour des femmes agitées et qui sert à lier les deux galeries latérales de celte cour, fut meublée

DE CnARENTON.

de dix lits complets ayant couchettes en bois, deux matelas, un traversin, un oreiller , deux couvertures ; un poôle en faïence ; elle fut destinée spécialement aux femmes qui ont du penchant au suicide. Ainsi réunies , les aliénées qui sont entraînées h leur destruction , se surveillent les unes les autres et peuvent être plus facilement surveillées par les filles de service. La chambre des infirmières communique directement avec celte infirmerie. La réunion , dans un dortoir commun, des aliénés poussés au suicide, et une surveillance active et permanente, sont bien préférables aux cages, aux paniers, aux liens, à la camisole, et aux autres moyens employés pour maintenir un malade dans son lit, et pour le préserver des suites de la prompte impulsion qui le porte à se détruire.

De la cour (10) , on arrive par le perron (9), dans un ancien passage (8) qui conduit à gauche , dans la salle Notre-Dame (4) , dont nous avons parlé plusieurs fois.

Cette salle, qui dès la fondation de l'établissement servait d'hôpital pour les pauvres du canton , qui avait clé divisée en cellules par M. de Coulmier, est devenue, en 18§2, une grande et belle salle, une des meilleures de la maison. Elle était obstruée, au levant, par des masures qui tombaient en ruines , par vétusté et par humidité , qui s'opposaient à l'accès de l'air et de la lumière : ces masures ont été détruites et remplacées par deux gazons séparés par un perron en pierre, en sorte que le jardin (18) s'est agrandi de l'espace occupé par ces masures et du passage (8). II résulte de cette heureuse disposition que la salle Noire-Dame (4) et la salle Jaune (19), ont aujourd'hui un jardin commun bien planté et forment un des meilleurs et des plus agréables quartiers de l'établissement.

La salle (4), dite Noire-Dame, a 28 mètres de longueur 7 mètres 30 centimètres de largeur et S mètres de hauteur ; elle est éclairée à l'est par trois baies et une grande porte vitrées, ces baies sont fermées par des croisées vitrées à deux vantaux. L'extrémité de la salle est éclairée par une grande baie. Le plancher supérieur est soutenu dans le milieu par plusieurs piliers en bois de chêne, le sous-pied est parqueté en sapin de Hollande. Celle belle salle est chauffée par deux poêles en faïence , elle est meublée de vingt lits rangés des deux côtés de sa longueur. Les couchettes sont en fer.

Conliguës à celle salle sont deux ou trois chambres qui communiquent directement avec elle et qui servent de desserte et de logement pour les infirmières.

Après avoir traversé le jardin de la salle dont nous venons de parler, l'on arrive au bâtiment (19). Le rez-de-chaussée de ce bâtiment a également été assaini ; pour le rendre humide, on l'a rétréci dans toute sa longueur en élevant un mur qui le sépare du mur des terrasses, contre lequel il était immédiatement adossé; on a ménagé ainsi entre le mur de terrasse et le mur de cette salle, un espace de 18 centimètres qui permet à l'air de circuler librement dans cet espace. Cette salie, dite salle Jaune, est carrelée en briques ; elle a quatre grandes baies et une baie de porte ; ces ouvertures sont à l'aspect du midi, fermées par des croisées à double vantaux. Cette salle est meublée d'un poêle, de dix lits sur une seule rangée eu face

HISTOIRE ET STATISTIQUE

des croisées, les couchettes sont en bois avec rideaux et literie complète.

La salle Jaune et la salle Notre-Dame, dont nous venons de parler, sont réservées aux aliénées calmes, paisibles et propres.

Les deux étages supérieurs sont distribués en logements pour divers employés. Un de ces logements est habité par l'aumônier. Au troisième étage on a disposé une belle infirmerie pour les femmes aliénées, atteintes de maladies externes. Celte infirmerie est éclairée d'un grand nombre de baies qui s'ouvrent au nord et au midi , qui sont garnies par des barreaux de fer et fermées par des croisées vitrées à deux vantaux. Un poêle en faïence sert à la phauffer. Les lits , au nombre de dix , sont rangés sur un seul c6lé de la salle. Les couchettes sont en bois, les rideaux en percale, la literie est complète.

La plus grande, la plus importante, la plus salubre de toutes les améliorations faites sous l'administration de M. Dumaupas , a été exécutée de 1824 à 1828 dans la division des femmes : c'est une belle et vaste construction (22, 28, 24, 27), élevée à l'est du jardin général, assise sur le flanc méridional du coteau, dominant les anciennes constructions de la section des femmes. Leroux, architecte de la maison de Charenton, fut chargé de cette grande construction. M. Badenier dirigea et inspecta les travaux.

Ce quartier, d'un extérieur imposant, composé de deux bâtiments semblables, élevés sur une même ligne, a 120 mètres de développement, à l'exposition du midi.

A l'extrémité est de la terrasse se trouve une grille doublée en planches; au delà de cette grille la terrasse se continue à l'est plantée d'une double rangée de tilleuls. Sur cette terrasse, qui se termine au jardin particulier des dames , s'élève le bâtiment dont nous allons parler.

On monte au quartier neuf des dames par un large escalier en pierre, qui rampe le long des fondations sur lesquelles s'élève le bâtiment (24). Ce quartier se compose de deux préaux (22 et 27). Le préau (27) n'est bâti que jusqu'au niveau des fondations. Le préau (22) est terminé.

De ce préau (22), planté de beaux arbres (fig. 2), qui sert de cour et de promenoir, on jouit d'une vue superbe. Au centre, est l'ouverture d'un égout pour l'écoulement des eaux pluviales. Cette ouverture est recouverte et masquée par une borne-fontaine qui fournit de l'eau abondamment, au-dessus de laquelle s'élève un réverbère. Le préau est entouré des quatre côtés d'une galerie soutenue par des piliers carrés en pierre nue. Le côté méridional de la galerie est plus large que les autres côtés ; il est surmonté d'une terrasse formant attique et borné au midi par une longue grille en fonte qui a ses attaches aux piliers, dont les espaces forment des travées (28).

De cette galerie {/ig. 2, 1), la vue se promène agréablement sur la campagne la plus variée , la plus riche, la mieux cultivée , et s'étend jusqu'à Paris.

A l'extrémité est de cette galerie, s'ouvre une grande porte vitrée derrière laquelle est un chauffoir (fig. 2, 2). Eclairée au midi par deux baies munies de barres de fer, pour prévenir les accidents, et fermée par deux croisées vitrées à deux vantaux, cette salle est meublée d'un poêle en faïence, d'une

DE CIIARENTON.

table, de chaises, de fauteuils en bois de chàne et sert de réfectoire et de salle de réunion pour les dames qui habitent les deux dortoirs suivants.

De cette première salle l'on passe dans deux petits dortoirs {fig. 2, A), dont les croisées s'ouvrent à Y ouest sous la galerie est du préau. Celte galerie est couverte d'une toiture en tuiles, masquée par un atlique. Chacun des deux petits dortoirs a 1!5 mètres de longueur, 3 de largeur, 4 de hauteur. Chacun d'eux est éclairé par quatre baies, et meublé d'un poêle et de sept couchettes en fer avec literie complète. Entre les couchettes, on a ménagé une armoire à hauteur d'appui. Ces armoires sont en bois de chêne, à l'usage de chaque malade qui a, auprès de son lit, une table de nuit et une chaise du même bois.

La galerie nord du préau, outre le rez-de-chaussée, est surmontée de deux étages {fg.'^). Au rez-de-chaussée, s'ouvrent sous la galerie, à l'aspect du midi, dix baies fermées par des croisées à deux vantaux, à grands carreaux de vitre, et par un volet en bois qui s'ouvre et se ferme par la galerie, et qui est maintenu ouvert par une serrure perdue dans l'épaisseur du bois. Chacune de ces dix baies éclaire une chambre dont la porte s'ouvre sur un corridor couvert {fig. 2, 8) qui règne, au nord, dans toute la longueur de ce bâtiment. Ce corridor, large de 2 mètres, éclairé par dix baies, à l'aspect du nord, est séparé du coteau qui domine la construction par un. chemin de ronde (fig,'2i,7)ce chemin a 2 mètres de largeur et n'est pas couvert. Ces chambres du rezde-chaussée sont planchéiées en chêne. Elles ont chacune une cheminée en marbre; elles sont meublées d'une couchette en fer avec literie complète, d'une commode, d'une table de nuit, d'un fauteuil et d'une petite table courante. Une glace, posée sur la cheminée, complète leur ameublement.

Les deux étages supérieurs de ce même bâtiment sont divisés comme le rez-de-chaussée. Le corridor, interrompu au rez-de-chaussée par l'appareil des bains, se prolonge jusqu'au delà de l'ancien escalier (2S fig. 1 ), jusque sur le préau (27). Au lieu de dix chambres comme au rez-de-chaussée, il y en a quatorze au premier étage. Les chambres des étages supérieurs s'avançant sur la galerie, on a pu ménager à chacune, sur le corridor (8 Jîg. 2), une petite antichambre qui peut recevoir un lit pour un domestique. D'ailleurs, les chambres des étages supérieurs ont les mêmes dimensions que celles du rezde-chaussée. Les portes s'ouvrent sur le corridor (/îjr. 2, 8) qui donne au nord et sur le coteau. Les croisées ont l'aspect du midi. La literie et le reste de l'ameublement sont les mêmes que dans les chambres du rez-de-chaussée. Le premier de ces deux étages est occupé par des malades , le second par des employés.

Sous la galerie, à l'ouest du préau (24, fig. 1) s'ouvrent dix baies avec croisées vitrées h deux vantaux de la même grandeur que les baies des deux autres galeries. Les trois premières baies éclairent une grande salle de réunion (10, fig. 2), ayant quatre portes et six croisées. Trois croisées s'ouvrent sous la galerie et sur le préau à l'aspect du levant. Les trois autres s'ouvrent au couchant sur le chemin de ronde {l,fiig. 2). Ces dernières sont garnies de treillages en fil do fer. De celte salle, on communique à une chambre dans laquelle loge une fille de service, et oii l'on renferme tous les ustensiles de 2 31

HISTOIRE ET STATISTIQUE

ménage appartenant à cette salle. Cette salle est meublée de rideaux aux croisées, d'un très-grand poêle en faïence avec sa colonne, de quatre canapés couverts en crin, de trois grandes tables , de plusieurs chaises et fauteuils : tous ces meubles sont en bois de chêne ; elle sert de salle de réunion et de travail pour les dames qui habitent ce quartier. Autour de chacune des trois tables, servies proprement en linge et en faïence, les malades se réunissent pour prendre leurs repas. Hors des repas, une dame préside, surveille cette réunion, et distribue à chacune des dames, suivant leurs goûts, quelques ouvrages à l'aiguille, de broderie, de tapisserie.

Toujours sous la même galerie {fig. 1,2-4") ouest du préau, et au rez-dechaussée , s'ouvre une porte vitrée qui éclaire des pièces de dégagement {fig. 2), dont l'une conduit au bas d'un escalier qui sert à monter au deuxième étage et au haut d'un grand escalier qui conduit au bâtiment neuf dont nous parlons. Les trois baies qui suivent éclairent un très-beau dortoir (11, fig. 2). Ce dortoir a sept croisées, trois à l'es/ et trois au nord; une plus grande à l'exposition du midi ; il communique, par une porte vitrée, avec la chambre où couchent les fliles de service, et avec la galerie du midi ( 1, fig. 2). 11 est meublé d'un grand poêle avec sa colonne en faïence, d'une table, de deux armoires, d'un grand buffet sous la croisée du midi ; tous ces meubles sont en bois de chêne; il contient douze lits à couchettes de fer, avec table de nuit, fauteuils et literie complète, rideaux aux lits et aux croisées.

L'étage supérieur a été divisé comme le rez-de-chaussée, en deux grandes salles. Les croisées qui ont l'aspect de l'est et du préau , donnent sur une terrasse qui règne le long et au-dessus de la galerie. Les deux salles de cet étage ont les mêmes dimensions, les mêmes lits, les mêmes meubles que le dortoir du rez-de-chaussée*, le deuxième étage n'a pas de distribution et n'est ni meublé, ni habité.

Dans l'angle nord-ouest, formé par les galeries nord et ouest, il a été construit un très-large escalier qui conduit du rez-de-chaussée au second et au troisième étage. La crainte des accidents a forcé d'entourer cet escalier d'un treillage, soutenu par des tringles en fer, ce qui nuit au bon effet et justifie mes principes contre les étages élevés au-dessus du rez-de-chaussée, dans une maison d'aliénés.

Derrière cet escalier, dont elles sont séparées par un mur, se trouvent les latrines {fig. 2) qui, malgré toutes les précautions, donnent de l'odeur; cette odeur se répand dans les chambres et les corridors qui les avoisinent, quoiqu'elles en soient séparées , mais elles n'en sont pas isolées par un large courant d'air.

En face des masses de constructions 24 et 25 , qui séparent les deux préaux (27 et 22), on trouve une cloison vitrée qui laisse apercevoir le réservoir et les fourneaux pour l'eau des bains {fig. 2, 6); la salle des bains est derrière le réservoir et les fourneaux (6, fig. 2); elle est demi-circulaire; elle lie la partie des bâtiments inachevés (27), avec la partie qui est terminée et habitée (22). Elle est éclairée par six croisées, plafonnée, dallée en pierres ; dans les dalles, il a été creusé un caniveau peu profond pour l'écoulement des eaux.

DE CHARENTON

Les baignoires en cuivre, au nombre de 10 (fig. 2), sonlparfaitemenl isolées des murs, séparées les unes des autres par des rideaux en tissu de coton blanc, les dalles sont recouvertes en bois de chêne, afin qu'au sortir du bain, les malades ne posent pas les pieds sur la pierre. Les baignoires sont fixées au sol par leur empâtement dans l'épaisseur des dalles. L'eau chaude et l'eau froide jaillissent dans les baignoires, à travers une ouverture circulaire pratiquée à l'une des extrémités ; on peut, au besoin, recouvrir les baignoires par un couvercle en cuivre, qui glisse sur les bords parallèles et qui est fixé par des clavettes ; en dehors des baignoires et au pied de chacune, la dalle reçoit une planche en chêne, carrée, percée de deux ouvertures qui laissent passer deux tiges en fer ; ces deux liges font tourner la clef des robinets qui permet à l'eau de surgir dans la baignoire.

Ces dispositions, imitées de ce qui a été fait, il y a plus de quinze ans, dans la salle des bains des loges de la Salpètrière, ont plusieurs avantages. Les robinets n'étant pas à la portée des aliénés, sont soustraits aux ébranlements réitérés que leur font éprouver les malades qui se baignent ; ils se dégradent moins souvent et ne communiquent pas de rudes secousses aux tuyaux de conduite. Les aliénés difficiles ne peuvent se cramponner aux robinets, pour mieux résister aux personnes chargées de les mettre dans les bains ou de les en retirer ; ne voyant pas les robinets, ne les ayant pas à leur portée, ils n'ont pas la pensée de faire couler l'eau chaude ou l'eau froide pour changer la température du bain. L'eau chaude et l'eau froide, surgissant par la même ouverture dans les baignoires, s'y mêlent mieux. Enfin l'on peut, à l'insu du malade, refroidir ou réchauffer l'eau du bain, sans contrariété ni opposition.

Au milieu de la salle des bains, l'on a établi un long tuyau terminé par un robinet. Ce tuyau est en cuir, flexible et assez long pour porter à volonté de l'eau froide sur la tête des aliénés qui sont dans les baignoires.

Au-dessous de la salle des bains, des réservoirs et des fourneaux, il existe une curieuse construction où l'on voit très-bien la disposition de tout l'appareil hydraulique, et du départ du calorifère qui rampe h fleur du carreau du corridor couvert [fig. 2,8) au nord du bâtiment central. Ce calorifère apporte de la chaleur dans toutes les chambres du rez-de-chaussée de ce même bâtiment.

Au-dessus de la salle des bains, il y a un petit entresol, demi-circulaire, éclairé au nord par six baies. Cette salle a un escalier particulier, et peut recevoir dix à douze lits.

Cette portion terminée (2-4) du bâtiment neuf, contient, au rez-de-chaussée et au premier étage, une salle de bains, deux salles de réunion, cinq dortoirs et vingt-quatre chambres. Toutes ces différentes pièces ont la vue sur le préau (22), et reçoivent l'air et la lumière par de grandes croisées. Toutes sont plafonnées ; le sol des dortoirs et des chambres du rez-de-chaussée est planchéié en bois de chêne ; les chambres et les dortoirs du premier étage sont carrelés ; parquet et carreau , tout est peint à l'huile, ciré et frotté.

Toutes les couchettes sont en fer, tous les lits ont une paillasse, deux matelas, un traversin, un oreiller, deux couvertures, des rideaux en tissu de

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colon blanc soutenus par une tringle en fer circulaire, formant couronne; auprès de chaque lit une chaise ou un fauteuil , une table de nuit , le tout en bois de chêne vernis et ciré. Dans les chambres particulières, il y a des rideaux blancs aux croisées, une glace sur la cheminée, une commode et des fauteuils en étoffe.

Ce nouveau quartier attire justement l'admiration des personnes qui le visitent, tant par la belle vue dont on y jouit, tant par sa bonne distribution, que par l'élégance du mobilier et par la propreté qui est maintenue avec le plus grand soin.

De quelque beauté, de quelque utilité que soit cette grande et belle construction, pour le bien-être et pour le traitement des femmes aliénées de Charenton, nous ne pouvons en dissimuler quelques défauts; si nous signalons ces défauts, ce n'est point par le ridicule désir de critiquer, mais pour qu'on les évite si l'on bâtit un jour un nouveau quartier pour les hommes.

Pour asseoir cette construction, il a été nécessaire de faire une vaste aire sur le flanc du coteau, en enlevant une énorme masse de terre égalant plusieurs mille mètres cubes ; force a été, pour soutenir les terres, d'élever des murs d'une grande épaisseur. Ces travaux préparatoires ont augmenté la dépense de près d'un quart. Ce surcroît de dépense n'est paS le seul résultat fâcheux du choix qui a été fait de cette position des bâtiments neufs. Dominés qu'ils sont par le coteau qui s'élève encore derrière à plus de 12 mètres, l'humidité s'emparera tôt ou tard des murs, pénétrera les habitations et renfîra les uns et les autres moins sains et moins durables. Ces constructions ont encore le grave défaut d'avoir deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. Pour prévenir les accidents, quoique ce quartier soit destiné aux femmes tranquilles, on a été obligé d'entourer de treillage en fil de fer, l'escalier qui conduit aux étages supérieurs; on a été forcé de garantir les croisées de ces étages par des treillages; enfin , craignant de loger les aliénées dans le troisième étage, on l'a abandonné aux employés, ce qui n'est pas sans grands inconvénients à cause de l'inévitable communication des employés avec les malades. Les latrines, retirées dans un angle du bâtiment, sont trop éloignées de l'habitation d€s malades qui occupent l'angle opposé. Elles exhalent une odeur, souvent fâcheuse, quelque soin qu'on ait pris de les ventiler; elles ne sont pas placées de manière à ce que les malades qui s'y rendent puissent facilement être observées. Cette surveillance est d'autant plus importante, que les latrines sont choisies souvent par les aliénées qui ont du penchant au suicide, comme un lieu favorable à l'accomplissement de leur dessein , espérant y être moins surveillées.

Depuis vingt-cinq ans, j'ai si souvent exposé les inconvénients des bâtiments à plusieurs étages , j'ai proclamé si haut les avantages du rez-dechaussée pour l'habitation des aliénés, que je m'abstiendrai d'en parler ici, d'autant plus qu'en France et à l'étranger on a accueilli et l'on a mis en pratique mes principes sur la construction des maisons d'aliénés (1). On peut

(1) Foyez Brière de Boisiiionl, Mémoire pour l'étahlisscmcnl d'un hospice d'aliénés (Annales d'hygiène piibli(inc cl de médecine légale, Paris. 1830).

DE CIIARENTON.

voir l'applicalion de ces principes dans rétablissement d'Ivry, dirigé par !M. le docteur IMitivic.

Malgré ces défauts qu'il fallait signaler, dans l'espoir de les prévenir plus tard , le nouveau quartier des dames , que nous venons de décrire , est une des meilleures constructions bAties pour les aliénés ; elles sont la preuve des efforts de M. Rouillac Dumaupas, pour améliorer l'établissement confié à sa direction. L'ordre et l'économie que ce sage administrateur avait introduits dans l'administration de Cliarenlon, lui permirent d'entreprendre une pareille dépense sans l'assistance de secours étrangers. -

En 1830, M. Rouillac Dumaupas obtint sa retaite et fut remplacé par M. Palluy. La bonté, la douceur de caractère, la justice administrative de M. Dumaupas ont fait vivement regretter ce vertueux directeur qui avait rendu de si grands services à la maison de Charenlon ; après avoir établi les bases d'une bonne administration, d'une facile et loyale comptabilité; après avoir fait toutes les améliorations dont les anciens bâtiments étaient susceptibles, iM. Daumaupas avait conçu l'espoir de rebâtir en entier tous les quartiers de l'établissement dont il connaissait les inconvénients et les vices. Il commença celte grande entreprise en faisant élever le nouveau quartier des femmes, la dépense dépassa beaucoup toutes les prévisions ; les économies et les ressources que procurèrent quelques propriétés improductives furent absorbées; les vœux de M. Dumaupas, pour l'entière reconstruction des bâtiments, seraient restés sans effet, si le nouveau directeur, M. Palluy, familier avec les difficultés administratives , au milieu desquelles il a vécu pendant vingt-cinq ans, n'avait apporté dans la direction de Charenton le zèle, l'activité , le savoir et l'intelligence qui l'avaient fait distinguer dans les hautes fonctions qu'il avait déjà remplies et qui lui méritèrent la direction de ce grand établissement.

Depuis l'année 1830 jusqu'à celle de 1834, cet habile administrateur a fait exécuter de nombreuses améliorations.

Des murs de clôture ont été élevés dans les portions qui pouvaient favoriser les évasions.

La salle Notre-Dame (i) a été presque entièrement refaite en 1832. Elle a été mise en communication avec le jardin (18) de la salle Sainte-Anne (19), et elle est devenue une des habitations les plus saines et les plus agréables.

Dès l'année 1833, cent couchettes en fer ont été substitu(^es aux couchettes en bois ; cette heureuse substitution continuera jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que des lits en fer partout oii ces lits seront sans danger pour les aliénés. Les énormes couchettes, scellées dans les murs, dont nous avons parlé en décrivant les corridors et les cellules du quartier des hommes, ont presque toutes été détruites eu 1834, et ont été remplacées par des couchettes moins effrayantes par leur masse, plus commodes, plus meublantes et surtout plus faciles à maintenir propres.

La lingerie a été pourvue d'une plus grande quantité de linge.

Le régime alimentaire des pensionnaires de troisième classe s'est amélioré.

La masse de terre de plusieurs raille pieds cubes, rapportée pour préparer

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l'assise du nouveau bùliment des femmes, et qui forme à l'ouest du jardin général comme un avant-corps de terrasse, a pris une forme régulière. Les talus ont été aplanis et consolidés par des semis ; des rampes douces ont été pratiquées sur les flancs de ces talus et ont été plantées d'arbres ; des haies vives, des allées ont été aussi plantées sur le sommet de ces terres nivelées. Ces heureuses dispositions ont contribué à rendre la promenade du jardin général plus étendue, plus variée et plus ombragée.

Le projet de bâtir la division des hommes a vivement excité la sollicitude du nouveau directeur ; un examen attentif des localités a été fait ; l'emplacement le plus convenable pour les nouvelles constructions a été discuté et choisi ; le programme a été rédigé ; les plans ont été étudiés avec les architectes, tracés par eux et soumis à l'approbation du gouvernement. Des inspec" teurs généraux des bâtiments civils , le ministre de l'intérieur, après avoir visité, au mois d'octobre 1833, tout l'établissement dans les plus grands détails , ont reconnu l'impossibilité d'améliorer le quartier des hommes , l'urgence de faire disparaître tous les bâtiments de ce quartier, et la nécessité d'élever des constructions mieux appropriées aux besoins des aliénés. En satisfaisant à un devoir de justice et d'humanité , le' gouvernement mettra enGn l'établissement de Charenton en état de remplir entièrement sa haute destination.

Après fait avoir connaître les constructions de cet établissement, sa partie matérielle, nous devons exposer les principes qui dirigent l'administration. Nous ne saurions mieux faire que de suivre le règlement qui organisa, en 181-4 , toutes les parties du service ; ce guide nous empêchera de nous égarer.

Le besoin de créer, pour Charenton, une administration régulière, négligée sous la direction de M. de Coulmier, était vivement senti depuis longtemps. Depuis longtemps on sentait la nécessité d'un règlement qui concentrât la direction administrative entre les mains du directeur, tandis que le médecin en chef dirigerait les moyens curatifs et la police médicale des aliénés. Après de justes réclamations delà part de M. Dumaupas, directeur, etdeM. Royer- Collard , médecin en chef, le 25 octobre 1814, M. de Montesquieu, alors ministre de l'intérieur , donna un règlement qui pourvut à tous les services administratifs et sanitaires. Je publie les principales dispositions de ce règlement qui, depuis vingt ans, est exécuté, sauf quelques modifications partielles , quelques changements de détail. Cette publication pourra être de quelque utilité pour d'autres établissements semblables qui manquent encore de règlement.

TiTiiE PREMIER. La maison de Charenton, conformément à sa fondation, se compose d'un hôpital de quatorze lits pour les pauvres du canton : on y reçoit les aliénés des deux sexes , les uns payant pension , les autres îi titre de pension gratuite. Les admissions gratuites sont réservées à la nomination du ministre. Le nombre des places gratuites est fixé à vingt-quatre. Le ministre se réserve d'accorder à vingt pensionnaires une réduction ou remise du quart ou de la moitié des pensions de troisième classe ; ces réductions ne peuvent être au-dessous de 300 fr. Le nombre de ces pensions gratuites ou

DE CHARENTON

réchiîtes a beaucoup varie; nous indiquons ces variations pour faire mieux apprécier l'utilité de la maison de Charenton , et les services qu'elle rend particulièrement aux classes les pins intéressantes de la société, car ces pensions sont ordinairement accordées à des littérateurs, h des professeurs , à ^ des artistes, à des peintres, à des négociants , h des ecclésiastiques et à des employés dahs les divers ministères , ou à leurs femmes et à leurs enfants.

1" décembre 1815, pensions gratuites 21

réduites -48

l'"' décembre 1816, pensions gratuites 23

réduites 43

1" décembre 1827, pensions gratuites 27

réduites 32

l" décembre 1828, pensions gratuites 37

réduites 32

Celte augmentation dans le nombre des pensions gratuites , pour l'année 1828, provient de dix nouvelles places créées , par décision du ministre , le 8 avril 1828; une somme de 6000 francs est appliquée à cette dépense annuelle et payée mensuellement sur les fonds de secours du ministère de l'intérieur.

1830, pensions gratuites 8-4 réduites 2-4

Quinze nouvelles places gratuites ont été créées par décision du 18 janvier 1830, payables sur les fonds de secours du ministère de l'intérieur, à raison de 700 fr. pour chaque place.

1838, pensions gratuites 6S réduites 38

Sur la proposition de M. le directeur, et par décision du 31 décembre 1832, qi>atorze nouvelles places ont été créées ; la dépense est imputée sur un excédant de 10,000 fr. que présente l'allocation de -40,000 fr. votée tous les ans au budget de l'Élai, et qui est destinée au payement des pensions gratuites ou réduites accordées par le ministre de l'intérieur, conformément aux règlements. Le ministre a créé en outre, dans la même année, trois places à raison de 700 fr. chacune.

Nous voyons ainsi augmenter successivement le nombre des pensions gratuites ou réduites. Elles étaient fixées , par le règlement de 1814, h 2-4 pensions gratuites et à 20 réduites ; elles s'élèvent , au l"' janvier 1834, à 68 gratuites et h 38 réduites. Ainsi , au 31 décembre 1818, ces pensions n'étaient qu'au nombre de 69, elles s'élevèrent à 103 au 31 décembre 1838.

L'article 4 du règlement porte qu'il y aura trois classes de pension :

La première de 1200 fr. et au-dessus ;

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La deuxième de 900 fr.; La troisième de 600 fr.

En sus de celte fixation , il doit être payé pour chaque pensionnaire un supplément additionnel de 5 pour 100.

Le renchérissement de toutes choses, surtout celui des comestibles, a rendu insuffisant, particulièrement pour les pensionnaires de troisièfne classe , le prix des pensions fixé en 1814; les dépenses de chaque malade étant bien supérieures à ce prix , force a été de l'augmenter sur la demande du directeur, approuvée par la commission de surveillance ; le ministre de l'intérieur a décidé, le 10 janvier 1831, que le prix des pensions serait fixé à l'avenir ainsi qu'il suit :

Première classe, 1,300 Deuxième, 1,000 Troisième, 720

Nul pensionnaire, dit le règlement , ne peut être admis dans la maison qu'autant qu'il est payé d'avance un mois au moins de sa pension , et qu'il a été souscrit par ses parents , tuteurs ou amis, un engagement en bonne forme de payer exactement , et aux termes convenus , les mois de pensions suivants , et de retirer le malade lorsque le directeur le requiert. Un mois commencé doit être payé en entier, soit que le malade meure, soit qu'il quitte la maison avant l'expiration de ce mois.

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