MAISON ROYALE DE CHARENTON
Prospectus.
Cet établissement, placé lors de la suppression des communautés religieuses sous l'autorité du gouvernement, a subi, depuis celte époque, une complète métamorphose. Objet de la constante sollicitude de MM. les ministres chargés du département de l'intérieur, sous l'autorité desquels il est administré; surveillé par une commission composée des hommes les plus honorables, il a dû participer, et a participé en effet, non-seulement aux progrès des sciences médicales, mais encore aux améliorations de tout genre qui ont été introduites, depuis un certain nombre d'années, dans l'organisation et le régime des établissements affectes au soulagement de l'humanité. Sa position n'est pas le moindre de ses avantages : des plantations pittorcsquement groupées et au milieu desquelles serpentent les eaux de la Marne, en ornent les accès ; une plaine riante et couverte, découpée par les sinuosités de la Seine , en Forme la perspective. A l'intérieur, de vastes jardins dominant le paysage offrent aux aliénés, auxquels une entière séquestration n'est pas indispensable, une promenade récréative et salutaire. Un salon spacieux leur fournit un point de réunion agréable. Les Jeux de société, la musique, des impressions douces, reconnues favorables dans le traitement des maladies mentales, s'y partagent l'intérêt dont leur esprit est susceptible. Une salle de
HISTOIRE ET STATISTIQUE
Titre x. Service médical. Le service médical est soiis l'autorité du médecin en chef, secondé par le médecin-adjoint, l'inspecteur du service de santé, <ii les élôves en médecine.
billard esien outre h la disposition des hommes. On distribue aux pensionnaires qui peuvent se livrer à la lecture, des livres d'histoire, de voyages, de littérature et d'agrément.
L'ancienne distribution des bâtiments ne se prêtait que difficilement à des divisions qui permissent de xlasser les malades suivant les progrès de leur guérison et le caractère de leur délire. Ils VifFrcnt aujourd'hui des habitations séparées pour les convalescents et les convalescentes, des promenoirs particulièrement affectés à ces classes de pensionnaires; des infirmeries spéciales pour les maladies accidentelles, pour les aliénés violents, pour les suicides. Mais c'est surtout dans le nouveau bâtiment récemment construit sur la hauteur qui domine l'ancien quartier des dames, que les dispositions utiles, agréables et commodes, ont été portées à un degré de recherche dont aucun autre établissement public du même genre n'offre le modèle, u Cette construction, dit M. Esquirol (1), que le conseil des bâtiments » civils a fait graver pour ses collections, est dans une superbe exposition, d'où la vue s'étend » sur les belles plaines d'Ivry et de Maisons ; des corridors ouverts régnent autour des » préaux plantés d'arbres ; de grandes salles de réunion sont disposées pour le travail, pour » les repas , pour la récréation. Les chambres des pensionnaires sont grandes , bien aérées; » plusieurs ont des cabinets pour les domestiques particuliers ; toutes ont des cheminées. « Les corridors couverts sur lesquels s'ouvrent les portes des chambres sont chauffés par un « calorifère. L'appareil des bains et des douches est construit d'après d'excellents principes."
La nourriture de la maison varie suivant les classes des pensions : elle est suffisante et saine dans la troisième classe, plus variée dans la seconde, abondante et choisie dans la première. Les pensionnaires de la première classe sont, suivant leur état mental, ou servis dans leurs chambres ou admis à la table du directeur.
Les soins médicaux sont les mêmes pour tous les pensionnaires, à quelque classe qu'ils appartiennent. M. Esquirol, médecin en chef de l'établissement, et qui s'est acquis une réputation européenne dans le traitement des maladies mentales, fait assidûment la visite des malades , et le grand nombre de guérisons constaté chaque année dans ses rapports médicaux sur la maison de Charenton , atteste les soins qu'il leur porte ; il est suppléé par un médecin-adjoint, résidant dans l'établissement, par un médecin inspecteur du service de santé et par un certain nombre d'élèves , qui tous y résident également. Dn chirurgien en chef, M. le docteur de Guise , est de plus attaché à la maison où il est suppléé au besoin par un chirurgien-adjoint et par un élève en chirurgie.
Conditions sous lesquelles les aliénés sont admis : prix des pensions ^ mode de payement j
garantie, etc.
Le prix des pensions est fixé comme suit :
Ire classe 1,300 fr. (2)
2" classe 1,000
5e classe 720
Les pensions se payent d'avance par mois ou par trimestre. Le mois de la sortie ou du décès est dû en totalité.
Le chef de famille, tuteur ou parent , notoirement solvable, doit, en amenant un malade,
(1) Statistique de la M.iison royale de Cliareuton, publiée dans les Annales d'Hygiène et df Médecine légale; l\iris, 1829, tora. i"'', pag. 101 et suiv.
(2) Quand on demande pour un malade de i)remière classe une chambre à feu, un ou plusieurs domestiques à part et d'autres avantages semblables, le loyer de l'appartemeul, le chauffage et l'éclairage particulier, les gages et la pension du domestique se payent en sus de la pensiou du malade et sont l'objet d'une convention particulière avec le directeur.
DE CIIAUEISTOIN.
Le médecin eu chef n'est point, obligé de résider dans la maison, il est chargé du traitement des aliénés de l'un et de l'autre sexe ; ainsi que du traitement des maladies internes, soit dans les différents quartiers, soit dans les infirmeries, soit dans la salle des indigents du canton.
souscrire dans les mains du directeur rengagement de payer sa pension. Le directeur peut, dans le cas où les parents du malade ne lui sont pas connus, exiger l'engagement solidaire d'un tiers dont la solidarité ne soit pas équivoque.
Les parents et tuteurs des aliénés peuvent s'abonner annuellement s-vee la maison pour la Fourniture du tabac, du café, du chocolat, etc.
Les familles éloignées de Paris doivent autant que possible indiquer un correspondant qui y réside.
Celles qui n'en ont pas payent les pensions de leurs malades en effets sur Paris ou en mandats des receveurs généraux des départements sur la caisse du trésor royal.
Les familles fournissent le linge et les habits à l'usage de leurs malades.
Ce trousseau (1) est déposé et enregistré à la lingerie de la maison qui en délivre un reçu détaillé. Elle en délivre de même de tous les effets qui y sont ensuite déposés pour entretenir et renouveler le trousseau. Tout ce qui en reste à la sortie ou au décès du malade est rendu à la famille, de bonne foi et dans l'état où il se trouve.
La marque du linge, le raccommodage et l'entretien ou renouvellement du trousseau peuvent être mis à la charge de la maison moyennant un abonnemeiîl de 300 fr. par an pour les malades de première classe , de 230 fr. pour ceux de seconde, et de 200 fr. pour ceux de troisième. Ces abonnements n'ont lieu que pour les hommes.
Les pertes et dégâts sont au compte des familles.
Le blanchissage du gros linge est à la charge de la maison.
Le trousseau et les effets de toute nature qui ne sont pas retirés dans l'année de la sortie ou du décès des malades sont acquis à l'établissement.
Formalités relatives à l'admission des aliénés.
Pour faire admettre un aliéné dans l'établissement, il faut représenter avec son e.xtraît de naissance légalisé, un certificat de médecin également légalisé constatant son aliénation, et une réquisition du maire de son domicile. Ces réquisitions, à l'exception de celles de MM. les maires de Paris , doivent être visées par le sous-préfet de l'arrondissement.
Lorsque l'aliéné est interdit, on doit, au lieu de la réquisition du maire, représenter le jugement d'interdiction et l'acte de tutelle.
Ceux qui présentent un aliéné doivent connaître assez son état pour pouvoir donner aux médecins de la maison des renseignements certains sur les causes connues ou présumées de la maladie, et les circonstances de son invasion et de ses progrès ; les habitudes, le caractère et le tempérament du malade et les remèdes qui ont pu lui être administrés.
Régime inténettr.
Les malades peuvent recevoir les visites de leurs parents , tuteurs ou correspondants,
^i) Le trousseau pour un Iiommc doit, autant qu'il est possible, se composer comme il suit : 3 paires de draps, I2 chemises , i a mouchoirs de poche , 6 bonnets de coton, 6 cravates, 6 piiires de l>as, 6 caleçons (pour ceux qui en font usage), la serviettes, a haljillements complets, dont un propre et l'autre plus commun, suivant la saison, a ou 3 paires de souliers, i chapeau ou une casquette, I oreiller et 4 taies (pour ceux qui en font usage).
Le trousseau d'une Temmc doit, de même, s'il est possible, comprendre : 3 paires de draps, •j peignoirs pour les bains, ta chemises, ii mouchoires de poche, la serviettes, ra petites serviettes, 6 bonnets ou fichus de téte pour la nuit, 4 fichus ou C/iAles pour le jour, 6"paires de bas, les objets d'habillement convcuahles, comme rohes, jupons, camisoles, et de quoi en uhauger, i ou a chapeaux, bonucU garnis, etc., i oreiller et 4 taies, i sac ou ridicule; des souliers.
HISTOIRE ET STATISTIQUE
Le médecin en chef ordonne tout ce qui est relatif au régime physique et moral des aliénés. Il dirige la police médicale, prescrit le classement des malades, soit à leur arrivée, soit pendant leur séjour; il détermine le degré de liberté intérieure ou extérieure dont chacun doit jouir; il autorise la visite des parents; indique les récompenses, les punitions, le mode de travail et de distractions convenables à chacun. Il délivre tous les certificats de sortie, et constate si les sortants sont guéris ou non. Il signe les bulletins médicaux envoyés aux parents des malades tous les quinze jours; je joins un modèle de ce bulletin.