‹ Des maladies mentales [electronic resource] (volume 2)Chapitre 26 sur 63 · MAISON ROYALE DE CHARENTON · texte numérisé non relu

MAISON ROYALE DE CHARENTON

DDLLETIH MÉDICAL.

Etat mrntal. . .

État phtsiqdb.

PnONOSTic

Charenton, le 183 Le Médecin en chef,

pourvu que le médecin en chef ne les leur interdise pas comme nuisibles on dangereuses.

Les étrangers qui veulent parler à un malade doivent, en outre , rapporter l'autorisation de leurs parents ou tuteurs.

Il ne peut être apporté aux malades aucune espèce d'ali.raent ou de boisson quelconque.

Les parents ou amis, qui viennent proposer ou amener un malade ou le retirer de l'établissement, sont reçus dans la maison tous les jours et à toutes les heures. Ces cas exceptés le public n'est admis à parler au directeur, au surveillant général et aux malades que les dimanches, mardis et jeudis, depuis neuf heures jusqu'à quatre.

La caisse et la lingerie sont ouvertes tous les jours de la semaine, depuis neuf heures jusqu'à quatre; cependant les dimanches et jours de fêtes, on n'est point admis pendant l'office divin depuis neuf jusqu'à dix , et le soir depuis deux jusqu'à trois.

Le public et les parents mêmes des malades ne sont jamais admis dans l'intérieur des bâtiments occupés par les aliénés.

Formalités des sorties.

Les formalités des sorties sont les mêmes que celles des admissions. L'état des malades, guéris ou non , est constaté par un certificat du médecin en chef de la maison , sur le vu duquel l'autorité qui a régularisé l'admission permet la sortie.

Les aliénés interdits et tous ceux qui ont été admis en vertu d'un jugement ou d'une délibération de famille, ne sortent que sur l'autorisation de M. le procureur du roi de leur domicile.

DE CUARENTON.

La visite des aliénés est faite tons les jours par le médecin en chef, ou par le médecin-adjoint. Le médecin inspecteur du service de santé et l'élève de garde font une visite tous les soirs.

Pendant la visite, le médecin en chef ou le médecin adjoint est assiste par l'inspecteur du service de santé, par le pharmacien, par les élèves en médecine, par l'infirmier eu chef dans la division des hommes; et par la première surveillante, les sous-surveillantes et les infirmières dans la division des femmes. Les cahiers de visite sont tenus par un élève en médecine et par le pharmacien.

Le médecin fait inscrire sur le cahier de visite les médicaments, le régime alimentaire, le nom des pensionnaires qui doivent manger à la table commune : toutefois, on n'inscrit sur le cahier de visite que le nom des aliénés pour lesquels il est fait des prescriptions alimentaires particulières. Les autres sont portés en masse au bas de la feuille de chaque jour comme ayant droit à la portion entière.

Tous les ans le médecin en chef rend un compte statistique et moral sur les aliénés admis à Charenton pendant l'exercice précédent (1). Ce compte est lu à la commission de surveillance , et ensuite il est envoyé au ministre de l'intérieur.

Le médecin en chef a la haute surveillance sur les élèves en médecine, sur les infirmiers et les infirmières, sur le surveillant de la division des hommes, et sur les surveillantes de la division des femmes. Il fait la visite de la pharmacie et des médicaments toutes les fois qu'il le juge convenable. Il est consulté lorsque des changements dans les bâtiments et dans leur distribution intérieure, sont jugés utiles : il est aussi consulté lorsqu'on doit faire des constructions nouvelles.

La salle des bains, l'appareil des douches, sont inspectés tous les six mois par le directeur, l'architecte et le médecin en chef. Sur la demande de celui-ci, il est fait les changements et améliorations jugés favorables à une meilleure administration de ces moyens du traitement.

Le médecin-adjoint doit résider dans l'établissement. Il remplace le médecin en chef dans toutes les parties du service médical toutes les fois que celui-ci est absent. Il a la surveillance spéciale de la pharmacie.

Le chirurgien en chef, créé par le règlement de 1814, est chargé du traitement des maladies externes des aliénés, et des pauvres du canton. En 1833, il lui a été donné un adjoint, par arrêté du ministre.

Le chirurgien en chef prescrit le régime des malades qu'il traite dans les infirmeries des aliénés et dans l'hôpital des indigents. L'élève en chirurgie suit sa visite et inscrit le régime et les prescriptions sur les cahiers des visites de chaque jour. M. Déguise, qui a remplacé M. Déguise père, remplit honorablement les fonctions de chirurgien en chef.

Tous les six mois le médecin en chef, le chirurgien en chef, le médecinadjoint, l'inspecteur du service de sanlc, le pharmacien se réunissent che?: le directeur pour lui communiquer leurs vues sur les moyens d'améliorer le service médical.

(1) A'oyea plus bas les comptes moraux cl slalisliqucs, depuis 182Gjusques à 183 î.

HISTOIRE ET STATISTIQUE

Le règlement de 18H, en créant quatre élèves en médecine, donna des attributions particulières au premier de ces élèves. Mais le 14 janvier 1820, sur la demande de Royer-Collard, alors médecin en chef, les attributions du premier élève furent supprimées et il est créé un médecin inspecteur du service de santé. Le médecin inspecteur doit être choisi parmi les jeunes docteurs. Il est nommé par le ministre, sur la présentation du médecin en chef. 11 réside dans la maison. La place d'inspecteur du service de santé fut donnée le 8 février 1820 au docteur Rob. Roche, qui mourut en 1823 et ne fut pas remplacé. En 1827 je réclamai la nomination d'un inspecteur du service de santé, M. le docteur Calmeil fut nommé. Sa nomination, d'abord temporaire, devint permanente par décision ministérielle du 7 août 1882.

L'inspecteur du service de santé est sous l'autorité immédiate du médecin en chef ; il reçoit ses instructions , lui rend compte jour par jour de ce qu'il observe , l'inforrtie de tout ce qui est relatif au service médical 5 il l'aide dans ses recherches , il observe les changements qui ont lieu dans la marche du délire de chaque aliéné , il tient note des maladies accideptelles qui se manifestent et viennent compliquer les affections cérébrales, afin d'en instruire le médecin lors de sa visite. 11 s'assure de l'exacte administration des médicaments et des autres prescriptions, il accompagne les médecins dans leurs visites, il est présent toutes les fois que la douche est administrée ou que des moyens de répression sont mis en usage , il ordonne dans l'intervalle d'une visite à l'autre , lorsque cela est nécessaire, mais il doit en rendre compte à la visite du lendemain. 11 fait pendant la journée plusieurs visites dans les différents quartiers, particulièrement auprès des aliénés qui sont actuellement en traitement.

L'inspecteur du service de santé a la surveillance directe des élèves-, il les dirige dans leurs fonctions, dans la rédaction des observations dont ils sont chargés, dans celle des ouvertures des cadavres qu'il fait ou fait faire en sa présence lorsque le médecin est absent; il inspecte la tenue des cahiers de visite , du registre médical et des feuilles de régime.

Le règlement de 181-4 avait confié le service de la pharmacie à un élève , plus tard on créa un pharmacien et un élève ; enfin, en 1828, par décision du 9 août, il n'y eut plus qu'un pharmacien. La tenue de la pharmacie, la garde des médicaments , leur préparation et leur distribution , appartiennent au pharmacien sous l'autorité du médecin en chef, et sous la surveillance du médecin-adjoint. Les médicaments ne sont reçus qu'après la visite du médecin-adjoint et celle du pharmacien. Celui-ci tient un registre de recette où sont portées, jour par jour, les substances reçues pour la pharmacie, indiquant la date de la livraison, le nom du fournisseur, la quantité et la qualité des substances consommées. Ces registres sont arrêtés tous les mois par le directeur, et paraphés tous les trois mois par un membre de la commission de surveillance. Un double de ces registres est déposé chaque mois chez le directeur. Le pharmacien suit la visite des médecins et des chirurgiens, et écrit les prescriptions sur le cahier de visite ; les boissons simples sont administrées aux malades par les infirmiers, les médicaments du matin sont distribues par le pharmacien ; celui-ci fait prendre devant lui et devant le sur-

DF CIIAREKTON.

veillant du service de sanlé, ou l'élève de garde, les mcdicamenis qu'il serait dangereux de confier aux infirmiers.

Un infirmier, garçon de pharmacie, est spécialement nommé pour l'oflice de la pharmacie.

Des élèves en médecine et en chirurgie sont attachés au service sanitaire. Le règlement de 1814 avait fixé leur nombre à quatre et avait assigné des fondions spéciales au premier élève. L'art. 136 du règlement dit que, indépendamment des élèves internes, il pourra être admis dans la maison des élèves externes, nommés parle directeur sur la présentation du médecin en chef; que la durée de leurs fonctions est de deux ans, et qu'ils doivent élre choisis de préférence pour les places d'élèves internes devenues vacantes. Il résultait de ces dispositions que les mêmes élèves passaient cinq ans dans la maison, ce qui donnait lieu à plusieurs inconvénients que je signalai à l'autorité. D'après mes observations, appuyées par le directeur, le ministre adopta, le 9 août 1832, une nouvelle organisation pour les élèves en médecine et en chirurgie. Il n'y a plus à l'avenir, dans la maison, que trois élèves ayant le titre d'élèves internes, et des attributions semblables; ils ne sont nommés que pour trois ans. L'un d'eux est attaché à la chirurgie, et sous les ordres du chirurgien en chef; les deux autres appartiennent à la médecine. Ils sont nommés les uns et les autres par le directeur, sur la présentation du médecin en chef ; ils doivent avoir pris douze inscriptions dans l'une des facultés de médecine.

Les élèves en médecine et l'élève en chirurgie suivent les visites des médecins et des chirurgiens, et tiennent les cahiers de visite. Les cahiers de visite sont divisés en plusieurs colonnes ; sur chacune d'elles sont inscrits le nom des malades , la date de leur entrée , le caractère de leur délire, le régime gras ou maigre , la prescription des médicaments internes ou externes , les bains, les douches, les récompenses, les visites des parents, la permission de se promener hors de la maison, le mode et degré de surveillance qu'exige chaque malade.

Les élèves, après les visites, rédigent les feuilles de la journée ; ils font le bulletin pour le bouillon, la viande, les légumes, le pain, le vin, la somme des portions entières, demi-portions, quart de portion de chaque classe de malades, et le remettent à l'économe. Le bulletin des médicaments est déposé à la pharmacie ; le bulletin des pansements et secours chirurgicaux est remis à l'élève en chirurgie ; enfin, le bulletin pour les objets de police et de direction médicale est donné au médecin surveillant du service de santé.

Les trois élèves montent la garde à tour de rôle pendant les vingt-quatre heures; l'élève de garde ne peut s'absenter de la maison sans une permission expresse du directeur; et après lui avoir indiqué celui de ses collègues qui doit le remplacer, il fait tous les soirs, seul ou avec le surveillant du service de sanlé, une visite dans tous les quartiers; s'il survient quelque changement important ou quelque accident grave, il en informe aussitôt le médecininspecteur ; il doit Se rendre auprès des malades dès que les infirmiers viennent le chercher.

Par cette sage disposition du règlement , à toute heure du jour et de la nuit, s'il survient des accidents imprévus, les malades sont assistés, d'abord

HISTOIRE ET STATISTIQUE

par l'élève de garde, et, s'il y a lieu, par le médecin-adjoint, par le chirurgien-adjoint et par l'inspecteur du service de santé.

Averti de l'entrée d'un malade, l'élève de garde doit se rendre auprès des parents ou tuteurs qui le conduisent, afin de recueillir tout ce qui peut faire connaître les causes de la maladie et de sa nature ; il prend des notes sur la date de l'invasion de la maladie, sur sa marche, sur les moyens employés jusque-là pour la combattre, etc., etc., il doit ensuite visiter le malade, décrire son état physique, intellectuel et moral, s'assurer soigneusement s'il a des plaies, des exutoires, des impulsions dangereuses pour lui-même ou pour ceux qui l'entourent, etc., etc. Tous ces documents sont remis à la visite du médecin et communiqués à l'élève chargé par le médecin de la tenue du registre médical.

Les élèves assistent les médecins et l'inspecteur du service de santé dans les ouvertures des cadavres ; le procès-verbal de toute nécropsie est transcrit sur le registre médical par l'élève qui est chargé de la tenue de ce registre. En faisant cette transcription, l'élève a soin de compléter les documents qui ont été recueillis à l'époque de l'admission , par tout ce qui a été appris depuis, par ce qui a été observé sur la marche de l'affection cérébrale, sur sa durée et sur la maladie qui a précédé ou causé la mort de l'aliéné. A cet effet, un registre est mis, au commencement de chaque année, à la disposition du médecin en chef, qui fait inscrire dans ce registre toutes les notes qu'il a recueillies, par lui-même ou par les élèves, sur chaque aliéné, lors de son entrée dans la maison, pendant le séjour qu'il y a fait, et à l'époque de sa sortie ou de son décès. Ce registre sert de base au compte moral que le médecin en chef rédige tous les ans.

Les élèves ne peuvent venir à Paris qu'après avoir obtenu l'autorisation du médecin et la permission du directeur.

Le surveillant général est l'intermédiaire entre les malades , les médecins . les élèves et l'administration. Il est spécialement chargé de la surveillance du matériel de l'établissement, relativement au bien-être des malades; il surveille tout ce qui a rapport à la propreté des cours, des promenoirs, des corridors, des chambres, de la literie, du linge, des habits, des chaussures, etc., etc. 11 s'adresse au directeur ou à l'économe pour tous ces objets ; il fait plusieurs tournées dans les différents quartiers, constate les plaintes des malades, informe le directeur de tous les abus , particulièrement de la conduite des infirmiers ; il avertit le médecin des négligences , des erreurs et des fautes relatives à la santé des aliénés, et à la conduite des infirmiers envers ces malheureux.

Il exerce la surveillance immédiate sur l'infirmier en chef de la division des hommes, sur les surveillantes des femmes et sur les infirmiers et infirmières ; tous les jours il reçoit les rapports de l'infirmier en chef et de h. première surveillante; il préside aux visites que les parents, les tuteurs ou les amis font aux aliénés, afin d'empêcher qu'il ne soit dit ni fait rien qui puisse nuire h ces malades.

Il veille aussi à la bonne tenue de la salle des indigents du canton.

Il est chargé de la conservation et de la distribution des livres que la

DE CHARENTON

maison achète pour les pensionnaires, s'en référant au médecin pour le choix des livres qui conviennent à chacun d'eux.

Les aliénés sont servis par des infirmiers et des infirmières choisis par l'inspecteur général et acceptés par le directeur. Les infirmiers ont à leur téte un infirmier en chef pour la division des hommes. Dans la division des femmes, il y a une surveillante et deux sous-surveillantes.

L'infirmier en chef et la surveillante en chef dirioent et surveillent les infirmiers et les infirmières, les invitant, par leur exemple et leurs discours, à traiter les malades avec douceur, politesse et bienveillance. Pour cela, ils doivent se tenir sans cesse dans leur division et en parcourir continuellement les différents quartiers.

Ils président au balayage des chambres, des corridors, des chaufFoirs, des escaliers, des latrines, des cours; ils s'assurent que les lits sont faits avec soin ; que les malades sales sont lavés et changés de linge ; que le linge et les draps de lit sont renouvelés lorsqu'ils sont salis.

Ils doivent être présents aux visites des médecins , de l'inspecteur du service de santé et de l'élève de garde; ils doivent accompagner les infirmiers lorsque ceux-ci.conduisent un maniaque furieux au bain, ou mettent à exécution l'ordre de faire passer un aliéné d'un quartier dans un autre ; de le renfermer dans sa cellule ou de lui mettre le gilet de force, afin de prévenir tout acte de violence ou de brutalité de la part des infirmiers.

Ils assistent au lever et au coucher des aliénés agités, difficiles ; à la distribution des aliments , afin d'empêcher les abus et les soustractions , afin de faire manger les malades qui refusent de prendre des aliments. Ils font une tournée dans tous les quar-tiers après l'heure du coucher, pour s'assurer que les lumières et le feu sont éteints; que chaque malade est dans son lit, chaque infirmier dans sa chambre, et que les portes sont fermées.

Le règlement veut qu'il y ait un infirmier pour dix aliénés. Il est évident que ce nombre de serviteurs est insuffisant ; si l'on se pénétrait bien de tous les besoins des aliénés et de la minutieuse surveillance qu'ils exigent , on acquerrait bientôt la conviction que ces malades, plus que tous les autres , réclament un plus grand nombre d'infirmiers. Cette vérité est d'autant plus applicable à la maison de Charenton , que celte maison se compose d'un grand Rombre de bâtiments séparés, la plupart élevés de plusieurs élages; que les infirmiers perdent beaucoup de temps à monter et à descendre de nombreux escaliers, ce qui rend le service plus lo*ng, plus difficile, plds pénible, et par conséquent ce qu^ exige un plus grand nombre de serviteurs. Les divisions en dortoirs, corridors, infirmeries , sont telles que tel dortoir, telle infirmerie, n'a que six à huit lits, et ne peut cependant pas être desservie par un seul infirmier; en effet, pendant que l'infirmier va chercher les aliments, le linge des malades, pendant les absences qu'il est forcé de faire pour son propre compte, les aliénés resteraient nécessairement seuls , sans secours et sans surveillance : aussi le nombre des infirmiers et des infirmières dépasse- 1- il de beaucoup le nombre fixé par le règlement.

Ces infirmiers attachés immédiatement au service des aliénés sont au 2 8/*

IIISTOIRE ET STATISTIQUE

nombre de 73 : savoir, hommes et §2 femmes. Ce qui fait un infirmier et un tiers pour six malades, distribués ainsi qu'il suit :

Infirmiers de 1" classe. JQ

Idem de 2° classe. 15

Idem surnuméraires. 6

Idem pour un seul malade. g

Idem pris parmi les pensionnaires. 1

Infirmières de 1" classe. 10

Idem de 2° classe. 18

Idem surnuméraires. 6

Idem pour une seule pensionnaire. 2

Deux infirmiers sont tenus de rester dans les jardins pour surveiller les malades qui se promènent.

Les infirmiers sont divisés en trois classes. Dans chaque corridor, dans chaque infirmerie, il y a un infirmier de première classe , aidé par des infirmiers de deuxième classe et des infirmiers surnuméraires.

L'infirmier de première classe a des gages plus forts que les infirmiers de deuxième classe. Les infirmiers surnuméraires ne sont pas payés. L'infirmier de première classe est responsable du mobilier de la maison , des effets appartenant aux pensionnaires, de la tenue, de l'ordre, de la propreté du quartier qui lui est confié ; il surveille et dirige les infirmiers de deuxième classe et les surnuméraires ; il veille à ce qu'ils ne s'absentent point, à ce qu'ils traitent bien les malades ; il fait la distribution des aliments aux malades du quartier dont il est chargé.

Les infirmiers de deuxième classe et les surnuméraires sont attachés à chaque quartier, sous la direction de Tinûrmier de première classe, dans la proportion du nombre et du caractère des malades qui habitent le quartier dont ils font le service. Ainsi, un dortoir, un corridor, habités par un même nombre d'aliénés paisibles et propres, ne réclame point un auÂi^grand nombre de serviteurs qu'un quartier occupé par des aliénés agités, furieux, malpropres ou infirmes. Mais il reste toujours vrai que, quelque soin que l'on ait de proportionner le nombre des serviteurs aux exigences des malades, ce nombre dépasse beaucoup celui qui est accordé par le règlement.

L'admission des infirmiers surnuméraires est un moyen économique de pourvoir au service. Mais, qu'il me soit permis de le dire, ces surnuméraires sont ordinairement des individus réduits à la plus grande détresse, qui ne demandent à entrer dans la maison de Charenton qu'au défaut de travail et de tout moyen d'existence. Or, un individu qui ne trouve point de l'ouvrage pour satisfaire aux premiers besoins de la vie est ordinairement vicieux ou paresseux. Quelques soins que l'on mette dans le choix de ces surnuméraires, il est impossible d'échapper à cette alternative. Il résulte encore de là que , pendant leur surnumérariat, ces infirmiers, au lieu de rester à leur poste,

DE CIIARENTON.

emploient leur temps à chercher une place, et qu'ils quittent la maison dès qu'i.ls en trouvent une meilleure. Je dois ajouter que les gages des infirmiers, particulièrement ceux qui desservent les quartiers des aliénés furieux, sont généralement trop faibles , ce qui empêche les bons sujets de se présenter, et décourage même ceux qui déjà sont employés dans la maison. En augmentant les gages, on pourrait obliger les infirmiers à déposer tous les mois une petite somme fixe, entre les mains de l'économe, on créerait une caisse d'épargne pour ceux qui, après un long service, auraient besoin de repos ou deviendraient infirmes ; ce serait un puissant moyen pour encourager les serviteurs dans leur service et pour les fixer dans la maison.

Lorsqu'un infirmier est admis dans l'établissement, il lui est délivré, comme à tous les domestiques et ouvriers de Paris, un livret, sur lequel'est inscrit lenom, l'Age, la profession, le lieu de, naissance , l'habitation antérieure de l'infirmier, la date de son entrée. S'il sort de la maison, un certificat, inscrit sur ce même livret, constate la durée de son séjour et sa bonne conduite. Ce même livret contient une instruction courte et simple sur les devoirs de chaque infirmier, sur sa conduite avec les chefs et les malades.

On se ferait une idée fausse de tout ce qu'exige le service d'une maison d'aliénés et de toute la dépense que nécessite ce service , si l'on ne tenait compte que du nombre des serviteurs immédiatement attachés au service de ces malades; il faut aussi compter les serviteurs attachés aux services généraux de la maison, et les employés qui coacourent à son administration. L'addition du nombre des infirmiers, de celui des employés et des chefs de l'établissement, prouve qu'au lieu de six malades pour un serviteur , nous avons un individu bien portant pour moins de trois aliénés , ainsi que le confirme l'état suivant de tous les employés de la maison.

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