‹ Des maladies mentales [electronic resource] (volume 3)Chapitre 10 sur 37 · IS · texte numérisé non relu

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TOTAUX

L’influence des saisons s’étend jusque sur la marche de la folie. Il est des individus qui passent l’été dans .l’affaissement ou l’agitation, tandis qu’ils sont pendant 1 hiver dans un état opposé. Le délire change de caractère avec les saisons. Une dame, âgée de vingtsix ans, à la suite de la petite-vérole, a un dépôt sous l’aisselle; ce dépôt est ouvert; la plaie se cicatrise; la folie éclate. Après deux ans , la malade est confiée à mes soins; son mari, cà chaque renouvellement de saison, m’annonçait le nouveau caractère qu’allait prendre le délire de sa femme , et cela se répéta exactement, pendant plusieurs années.

Les manies qui éclatent au printemps et en été, ont une marche aiguë; si elles ne guérissent promptement,

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elles se jugent dans l’hiver. Les monomanies et les manies d’automne ne se jugent qu’au printemps. L’été est plus favorable à la guérison de la démence. Les guérisons qui ont lieu pendant la saison chaude, sont plus rares mais plus durables. Les rechutes sont plus imminentes à l’époque de l’année qui a vu éclater le premier accès; elles sont plus fréquentes au printemps, en été, quoiqu’elles aient lieu aussi en hiver. Les rechutes , dans la même saison, quoique après plusieurs années d’intervalle, éclatent avec une régularité parfaite dans quelques folies intermittentes.

La lune a-t-elle quelque influence sur les aliénés? Les Allemands, les Italiens croient à cette influence; les Anglais et presque tous les peuples modernes donnent le nom de lunatiques aux fous. Daquin, de Chamberi % d’après quelques observations, conclut que la lune influe sur ces malades. Quelques faits isolés, les phénomènes observés dans plusieurs maladies nerveuses, sembleraient justifier cette opinion. Je n’ai pu vérifier si cette influence est réelle, quelque soin que j’aie pris pour m’en assurer. Il est vrai que les aliénés sont plus agités au plein de la lune, de même qu’ils le sont tous à la pointe du jour. Mais, n’est-ce pas la clarté de la lune qui les excite, comme celle du jour les excite tous les matins? Cette clarté ne produit-elle pas, dans leims habitations, un effet de lumière qui effraie l’un, qui réjouit l’autre , qui les agite tous ? Je me suis convaincu de ce dernier effet, en faisant clore soigneusement les croisées de

1 La Philosophie de la folie ; Chambéri , 1 S04 , in-8.

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quelques aliénés qu’on m’avait donnés pour lunatiques. Le docteur Hutchinson n’a jamais aperçu cette influence pendant plusieurs années qu’il est resté à l’hôpital de Pensylvanie, en qualité de médecin-apothicaire. Haslam n’a pas été plus heureux à Bedlam de Londres : à l’hospice de la Salpêtrière , où les vérités-pratiques sont devenues, en quelque sorte, populaires parmi les habitans de la maison , on n’y soupçonne pas encore l’influence de la lune. Je peux en dire autant de Bicêtre et de quelques maisons particulières delà capitale. Cependant une opinion qui a traversé les siècles, qui est répandue dans tous les pays, qui est consacrée par le langage vulgaire, réclame toute l’attention des observateurs 1. Aurais je, dans l’article clémonomariie, indiqué la vraie raison de cette opinion aussi ancienne que le monde?

Plusieurs auteurs assurent que l’aliénation mentale est épidémique. Il est certain qu’il est des années où, indépendamment des causes morales , la folie semble tout-àcoup s’étendre sur un grand nombre d’individus. Quant aux contagions morales, elles sont incontestables, et nous en parlerons plus bas.

3° Ages. — L’enfance est à l’abri de la folie , à moins qu’en naissant l’enfant n’apporte quelque vice de conformation, ou que des convulsions ne le jettent dans

1 MM. Leuret et Mitivié ont examiné si la lune influe sur le pouls des aliénés, et ils se prononcent pour la négative. Voyez leur ouvrage intitulé : De la fréquence du pouls chez les aliénés, etc. In-8°, Paris, iS32 ; avec gravures représentant les phases de la lune et le nombre des pulsations comptées jour par jour, pendant un mois d’été et un mois d’hiver, sur des aliénés de la Salpêtrière et d’Ivry.

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l’imbécillité ou l’idiotie. Cependant Joseph Franck trouva, en 1802, à Sainl-Luke à Londres, un enfant qui était maniaque depuis l’âge de deux ans. En i8i4> je donnai des soins à un enfant âgé de huit ans, d’une figure agréable, doué de facultés intellectuelles ordinaires, qui fut très effrayé par sa gouvernante lors du siège de Paris. Cet enfant parlait souvent juste ; rien ne pouvait le fixer: il s’échappa plusieurs fois d’auprès de sa mère et de sa gouvernante, et s’égara dans Paris. Il descendait dans la cour de l’hôtel, pour ordonner qu’on mît les chevaux, prétendant être le maître. Il assurait avoir gagné une grosse somme à la loterie. Allait-il chez un marchand , ou passait-il devant un magasin , il se précipitait sur l’argent que sa mère ou les chalands donnaient en paiement : souvent il injuriait, provoquait, frappait les personnes qu’il rencontrait, surtout celles qui allaient chez sa mère. Il dormait aussitôt qu’il s’asseyait; il mettait tout en désordre dès qu’il était debout, et faisait beaucoup de bruit. Il maltraitait sa maman , et ne voulait rien faire de ce qu’elle lui ordonnait.

Un enfant de neuf ans , échappé à une fièvre ataxique, devint maniaque ; il était méchant , injuriait son père, ses sœurs, frappait tout le monde, pleurait souvent, ne voulait point manger, ne dormait pas, faisait du bruit: il était très maigre et avait le dévoiement. U me fut confié le i3 août 1814, vers le huitième jour de sa nouvelle maladie: on le laissa se livrer à toutes ses divagations; on le portait au grand air pendant toute la journée; on lui prescrivit le quinquina, un régime tonique, et en deux mois il fut rétabli.

DIS LA FOLIE

En décembre i8i5, je fus consulté pour un enfant doué d’une intelligence précoce, âgé de onze ans, ayant la tête volumineuse, très appliqué pour son âge : il était mélancolique, avec des hallucinations du goût et de la vue, et était tombé dans le marasme. Il refusait souvent à manger, ne voulant aucun aliment, dès qu’il avait vu ou cru voir de la fumée. Il avait pris un ton de commandement et d’autorité sur ses parens. L’isolement a commencé par diminuer sa répugnance pour les aîimens, sans changer le délire. Ces exemples, qui ne sont pas tout-à-fait des exceptions, si on les joint à ceux qui sont causés par la jalousie des enfans et par la masturbation dès le premier âge, ces exemples, dis-je, sont néanmoins très rares.

Ce n’est qu’à la puberté, pendant les efforts de la première menstruation, ou pendant et après une croissance trop rapide, que l’on commence à observer quelques aliénés; mais, après la puberté, on voit beaucoup de folies érotiques, hystériques et religieuses. Dans la jeunesse, la manie et la monomanie éclatent avec toutes leurs variétés et leurs nuances. La lypémanie est plutôt le partage de l’âge consistant, la démence attaque l’âge avancé et la vieillesse. Dans la jeunesse, la folie a une marche plus aiguë; elle se juge par des crises plus apparentes; dans l’âge adulte, elle est plus chronique; elle se complique avec les affections abdominales, les hémorrhagies cérébrales, avec la paralysie; elle se termine plus lentement, et se juge parles hémorrhoïdes, les déjections alvines ; sa guérison est plus incertaine. Ce n’est pas que la démence ne se montre quelquefois chez les jeunes gens;

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ce n’est pas que la manie et la mélancolie n’éclatent dans un âge avancé. Greding, Rush, etc., ont vu des maniaques âgés de quatre-vingts ans. Nous avons eu à la Salpêtrière deux femmes âgées, l'une de quatre-vingt, l’autre de quatre-vingt-un ans, atteintes de manie avec fureur, et se guérir. J’ai donné des soins à un homme âgé de soixante-dix-huit ans, qui avait une mélancolie compliquée de manie. Mais ces individus avaient conservé la force de l’âge consistant.

L’aliénation mentale pourrait donc être divisée, relativement aux âges , en imbécillité pour l’enfance , en manie et en monomanie pour la jeunesse, en lypémanie ou mélancolie pour l’âge consistant, en démence pour l’âge avancé.

Ce n’est rien dire que de répéter avec Haslam que, sur seize cent soixante- quatre aliénés admis à l’hospice de Bedlam, depuis 1 784 jusqu’à j 794? neuf cent dix étaient âgés depuis vingt jusqu’à cinquante ans. Rush n’est pas plus exact, en disant que, sur soixante-dix aliénés qui étaient dans l’hospice de Pensylvanie en J 8 12, soixantequatre étaient âgés de vingt à cinquante ans. Il est tout simple que, dans une période de trente ans et dans une période de la vie où l’homme est le plus exposé à toutes les maladies, il y ait une plus grande proportion d’aliénés. Nousferons remarquer cependant que le nombredes aliénés âgés de vingt à cinquante ans, est bien plus considérable proportionnellement en Pensylvanie qu’à Londres.!: aurait-il en Angleterre plus d’idiots et d’individus en démence qu’en Pensylvanie? L’hérédité qui prédispose si souvent à la folie en Angleterre, les mœurs qui ont tant

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d’influence sur celle maladie, fournissent des motifs suffisais pour que Ton puisse croire à une semblable différence.

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