TABLEAU DU SEXE. N. III
1756 Raymond à Marseille
hommes à
49 femmes.
1786 Tenon à Paris
5oo
178 6 à 1794 à Bedlam. .......
1807 àSaint-Luke
Bicètre et Salpêtrière. (Au-
née moyenne)
Vienne «
à la Retraite près d’York..
1807 à 1812. Plusieurs hospices
de France.
1S02 à x 8 14 Mon établissement.
TOTAL
En rapprochant ces divers relevés, en les additionnant, en les comparant, on peut conclure, sans prétendre être arrivé à une appréciation rigoureuse de 1 influence des sexe: i° que, sur un nombre très considérable d’aliénés, pris en divers pays et dans diverses conditions, la différence des hommes aux femmes est bien moins considérable qu’on ne le croit communément; 2° que cette différence se rapproche beaucoup de
1 Nouvelles recherches sur la différence du sexe dans le mémoire histori-
que sur Charcnton 1 1. u.
DE LA FOLIE
]a proportion qui existe entre les deux sexes, clans 1 état général de la population ; 3° que la différence n’est point la meme danstous les pays; 4° qu’en France, laproporlion, des femmes est plus forte qu’en Angleterre. Quant aux relevés des autres pays, ils ne portent que sur un trop petit nombre d’individus, et ne s’étendent pas à un assez grand nombre d’années pour que j’en puisse rien conclure ni absolument pour ces pays, ni relativement à la France et à l’Angleterre. Qu’on n’imagine pas que celte question soit indifférente; elle peut faire naître des réflexions graves sur les moeurs publiques , et sur l’influence que les femmes y exercent. Sa solution doit fournir une des données préliminaires à toute construction cl’hospice d’aliénés.
Les femmes succombent à des causes de folie qui sont propres à leur sexe : les causes physiques agissent plus souvent chez elles que chez les hommes; elles sont plus souvent aliénées avant l’âge de vingt ans, elles sont plus sujettes à la démence; leur délire est religieux ou érotique h Presque toutes leurs folies se compliquent d’hystérie. Les femmes conservent , pendant leur maladie, un caractère plus caché que les hommes; elles parlent avec plus de répugnance de leur état , tâchent de le dissimuler à elles-mêmes et aux autres. Les hommes sont, au contraire, plus maniaques, plus furieux; ils sont plus francs, plus confians dans leur délire qui se complique souvent avec l’hypocondrie. Leur traitement n’est pas interrompu; il en guérit proportionnellement da-
1 Thomas, Essai sur les femmes.
DE LA FOLIE
vantage; ils sont moins sujets aux rechutes que les femmes.
5° Tempérament. — Les tempéramens simples se rencontrent si rarement clans la pratique, qu’il n’est pas facile d’indiquer avec précision celui de tel ou tel individu, à plus forte raison celui de tel ou tel aliéné.
Le tempérament sanguin est une des prédispositions à la manie. Le tempérament nerveux caractérisé par une susceptibilité que tout irrite et exaspère , par un besoin de sentir qui prive de la faculté cle raisonner, est favorable à la production de la manie et de la monomanie. Les individus d’un tempérament sec, sur lesquels prédominent les viscères abdominaux, qui sont méticuleux, timides , inquiets, sont prédisposés à la lypémanie. Le tempérament lymphatique peut se rencontrer avec la manie et la monomanie, mais on doit alors redouter la démence. Les imbécilles, les idiots n’offrent point cle tempérament dont on puisse assigner le caractère.
Sur deux cent soixante-cinq aliénés, Haslam en a trouvé deux cent cinquante dont les cheveux étaient foncés , et soixante -qui avaient les cheveux clairs.
En PensyLanie, sur soixante-dix aliénés, un seul avait les cheveux clairs-, cinquante-six avaient les yeux bleus ou clairs.
Les cheveux et les yeux châtains sont les plus nombreux à la Salpétrière parce que c’est la couleur générale des cheveux et des yeux dans le nord delà France. Plus d’un dixième des aliénées admises ont les cheveux gris ou blancs, à raison de leur âge avancé. Les yeux bleus sont en bien grand nombre comparativement aux yeux noirs.
DE LA. FOLIE
N. IY.
embonpoint médiocre
Habitudes'exlérieures du corps, j
maigreur
Go
obésité
Taille
élevée
petite
châtains ou bruns
Yeux
bleusou d’uue couleur claire.
noirs
châtains
blonds
fîViPvenx
gris ou blancs
noirs
blonds foncés
En général ceux, qui ont les cheveux noirs, qui sont forts, robustes, d’un tempérament sanguin, sont maniaques et furieux, la marche de leur folie est plus aiguë, les crises sont plus sensibles. Ceux dont les cheveux sont blonds, qui ont les yeux bleus, un tempérament lymphatique, deviennent maniaques , monomaniaques, mais leur folie passe facilement à l’état chronique et dégénère en démence. Ceux qui ont les cheveux et les yeux noirs, qui sont d’un tempérament sec, nerveux, sont plus souvent lypémaniaques. Les individus qui ont les cheveux d’un blond ardent, sont furieux, traîtres et dangereux.
6° Profession , manière de vivre. — Les personnes qui se livrent à des études très opiniâtres, qui s’abandonnent à la fougue de leur imagination , qui fatiguent
DE LA. FOLIE
leur intelligence, soit par une curiosité inquiète, soit par un entraînement, pour les théories et les hypothèses; soit par attrait pour leurs idées spéculatives, présentent une condition favorable au développement de l’aliénation mentale. Les unes sont d’une mobilité d’esprit incoercible, effleurent tout, sont incapables de rien approfondir; d’autres n’ont d’intelligence que pour certains objets, et elles ont une ténacité opiniâtre pour les mêmes méditations , les mêmes conceptions. Ces personnes, placées dans des extrêmes opposés, touchent de près à l’aliénation si elles ne se tiennent pas en garde contre ces dispositions natives.
Dryden a dit que les hommes de génie et les fous se tiennent de très près : si on a voulu dire par là que les hommes qui ont l’imagination très active et très désordonnée, qui ont une grande exaltation et une grande mobilité dans les idées, offrent de grandes analogies avec les fous , on a eu raison ; mais si l’on a voulu dire qu’une grande capacité d’intelligence est une prédisposition à la folie, on s’est trompé. Les plus vastes génies, dans les sciences et dans les arts, les plus grands poètes, les plus habiles peintres ont conservé la raison jusqu’à leur extrême vieillesse. Si l’on a vu des peintres, des poètes, des musiciens, des artistes devenir aliénés, c’est qu’à une imagination très active, ces individus associaient de grands écarts de régime, auxquels leur organisation les exposait plus que les autres hommes. Ce n’est point parce qu’ils exercent leur intelligence qu’ils pei’dent la raison; ce n’est point la culture des sciences, des arts et des lettres qu’il
DE LA FOLIE
faut accuser: les hommes, qui sont doués d’une grande puissance de pensée et d’imagination, ont un grand besoin de sensations : aussi la plupart des peintres, des poêles, des musiciens , pressés par le besoin de sentir , s’abandonnent-ils à de nombreux écarts de régime, et ce sont ces écarts, plus encore que les excès d’étude, qui sont chez eux la vraie cause de la folie.
Dans d’autres cas, l’intelligence prend une direction exclusive , l’homme médite sans cesse sur des sujets métaphysiques spéculatifs; et il se livre à la contemplation avec d’autant plus d’opiniâtreté qu’il ne peut en appeler à ses sens et à sa raison ; toutes ses facultés physiques et morales sont absorbées; il néglige les premiers soins de sa conservation ; il se condamne à des pratiques qui altèrent sa constitution. Des spasmes épigastriques sont bientôt suivis de l’inertie du système nutritif, les digestions se dérangent, les sécrétions se font mal , la transpiration se supprime ; de là l’hypocondrie, la mélancolie si familière aux savans méditatifs qui pâlissent nuit et jour sur leurs livres. Le danger est bien plus grand , bien plus imminent si l’attention se concentre sur les idées religieuses; quand le fanatisme est la cause de tous ces désordres , la lypémanie religieuse éclate avec tous ses travers et tous ses excès ; c’est ce qu’on a vu chez les gymnosophistes , c’est ce qu’on voit chez les bramines , les faquirs, chez les méthodistes en Angleterre, les martinistes en Allemagne. J’ai vu plusieurs étudians qui,
animés du désir d’atteindre leurs camarades ou de
les surpasser, après des études opiniâtres, sont deve-
DE LA FOLIE
nus aliénés ; ils étaient presque tous masturbateurs. J’ai donné des soins à quelques administrateurs et à des employés qui étaient tombés dans la folie après s’être épuisés par des veilles, ou par le travail monotone du bureau, et je dois ajouter par les plaisirs. J’en peux dire autant des littérateurs, des musiciens, des artistes, pour lesquels on a réclamé mes conseils.
Ainsi les excès, les écarts de régime, doivent entrer pour beaucoup dans l’appréciation des causes de l’aliénation mentale.
Les idées dominantes dans chaque siècle influent puissamment et sur la fréquence et sur le caractère de la folie- il semble que les esprits s’emparant de nouvelles conceptions ne peuvent s’en dégager. Ce que la réflexion trop prolongée opère sur les individus, elle le produit aussi sur les populations entières : ainsi les monumens historiques prouvent qu’à la naissance du christianisme , il y eut beaucoup de mélancolies religieuses; l’esprit chevaleresque qui suivit les croisades multiplia la mélancolie érotique; les discordes civiles et religieuses excitées par le calvinisme firent reparaître les mélancolies religieuses; la magie et la sorcellerie eurent aussi leur vogue; les idées de liberté et de réforme ont égaré bien des têtes en France, et il est remarquable que les folies qui ont éclaté depuis trente ans , ont eu pour caractère celui des différons oriiges qui ont troublé notre patrie.
Enfin, il n’est point de découvertes, il n’est point d institution nouvelle qui n’ait été cause de quelque folie. Une dame voit la fantasmagorie , elle se persuade
DE LA FOLIE
qu’elle est entourée de fantômes. Une autre voit la pétendue femme invisible, dès lors elle croit que, par de semblables moyens, on entend ce qu’elle dit à voix très basse et à distance. Un jeune homme assiste à des expériences de physique et se croit soumis à l’action électrique qui cause ses douleurs. Une dame entend parler de magnétisme, et attribue son insomnie, ses souffrances aux magnétiseurs, etc., etc.
La fréquence de la folie est toujours en rapport avec les professions qui rendent l'homme plus dépendant des vicissitudes sociales : ainsi , loin d’épargner le palais des rois, l’aliénation mentale y est plus fréquente qu’ailleurs. Aristote demande pourquoi les grands législateurs sont tous mélancoliques. Les courtisans , les hommes éminens de la société , les riches sont plus sujets à cette maladie que le pauvre. Les militaires, jouets des caprices de la fortune, les négocians, surtout ceux qui font des spéculations hasardeuses, les employés, dont l’existence dépend de la volonté de leurs chefs, courent le même danger.
UE LA FOLIE. 4