‹ Des maladies mentales [electronic resource] (volume 3)Chapitre 14 sur 37 · TOTAL 1G7I · texte numérisé non relu

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Revers de fortune

Les causes morales sont beaucoup plus fréquentes que les causes physiques. C’est ce que prouve la comparaison du relevé des causes morales, fait dans mon établissement et à la Salpêtrière ; c’est ce que conlirmeut les relevés que j’ai faits depuis dans le même hospice et à Charenton ; c’est ce que démontre aussi le Mémoire lu par Pinel à l’Institut, en 1807. Un relevé fait en Peusyl* vanie, en 1812, donne le même résultat, puisque, sur cinquante aliénées sur lesquelles on a pu prendre des renseignemens, trente-quatre l’étaient devenues à la suite d’affections morales, et seize par causes physiques. L’expérience a prouvé la même chose à M. Tuek, créateur et directeur de la retraite près d’York; enfin, c’est ce qui a été observé partout, parce que l’homme est partout le même. En comparant les deux relevés relatifs

DE LA FOI.IE

à la fortune et au rang dans la société, on peut conclure que les causes morales sont plus nombreuses chez les riches, puisque la première colonne comprend six cents aliénées pauvres, et la seconde trois cent trente-sept. Les causes physiques agissent plus fréquemment sur les femmes que sur les hommes, on se persuadera sans peine qu’il doive en être ainsi si on se rappelle les nombreux accidens auxquels les femmes sont assujéties lors de la menstruation , de la grossesse , de l’allaitement : ces causes ont une influence très grande sur les p sonnes des classes inférieures. Le genre de folie quelles produisent est ordinairement la démence.

De même qu’il existe certaines conslit utions atmosphériques qui rendent les maladies épidémiques ou contagieuses plus ou moins fréquentes, de même il existe dans les esprits certaines dispositions générales, qui font que l’aliénation mentale s’étend , se propage , se communique sur un grand nombre d’individus par une sorte de contagion morale. C’est ce que l’on a observé dans tous les temps, dans tous les pays : l’exemple des filles de Prœtus fut contagieux; les femmes de Lyon tombaient dans la lypémanie suicide, à l’imitation les unes des autres; les diverses possessions du démon, qui ont affligé diverses contrées de l’Europe, jusques au commencement du dernier siècle, prouvent suffisamment cette influence, qui , au reste, se lie à tous les phénomènes de la sensibilité. Les exemples se multiplieront, lorsque je parlerai de la monomanie et du suicide.

Les causes dont nous avons parlé jusqu’ici, et qu’on pourrait appeler générales, diffèrent des suivantes, en

DE LA FOLIE

ce que celles-ci sont plus individuelles; elles agissent plus immédiatement sur l’organisme; leur action est plus facilement appréciable, et peut être prévenue jusqu’à un certain point; les moyens propres à en combattre les résultats doivent être empruntés à la pharmacie. Ce sont les causes qu’on a appelées plus particulièrement causes physiques, tandis que les précédentes sont hygiéniques, intellectuelles ou morales.

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