ADMISSIONS. MORTS
Bicêtre, pendant les années 1784 à 1794 i4o5.... 685
Salpêtrière (Pinel), 1801 à i8o5 1002.... 25o
Charenton , pendant l’année i8o3 499.... 8a
Salpêlrière, 1804 à 1814 2S04.... 790*
* Les 790 morts de la Salpêtrière, de 1804 à 1814, relativement aux admissions , out eu lieu dans la proportion suivante : 3S2 dans la première année, 227 dans la deuxième, et 18 1 dans les sept années suivantes.
N. 2. Mortalité relative aux saisons.
Pendant les dix années , de 1804 à 1814, les 790 morts de la Salpêtrière ont présenté les proportions suivantes, relativement aux saisons :
Mars, avril , mai 175
Juin , juillet , août 174
Septembre, octobre, novembre 234
Décembre, janvier, février 207
DE LA. FOLIE. 1 09
Tableau
de la
mortalité i
la Salpétrière
pendant dix ans.
IOI
ro
Aliénées mortes pendant cette période et dont l’admission avait eu lieu uvant 1804
Total
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Tableau des maladies auxquelles succombent les aliènes.
Fièvre adynamique 3 2
Fièvre ataxique 14
Fièvre cérébrale 28
Fièvre lente nerveuse 25
Pleurésie
Phthisie 28
Péritonite latente i3
Dévoiement colliquatif, scorbut 38
Hydropéricarde x r
Squirre du pylore 4
Lésions organiques du foie. 35
Apoplexies 33
Epilepsies
Total 277
Nous voilà conduits naturellement à l’ouverture des corps des aliénés. A ce mot, chacun espère que nous allons indiquer le siège de la folie, que nous allons faire connaître la nature et le siège de la lésion organique, dont la folie est la révélation. Nous sommes encore bien loin de ce but. Les ouvertures de corps faites jusqu’ici ont été stériles. Les faits observés par Willis, Mauget, Bonet, Morgagni, Gunz, Meckel, Greding, Vicq-d’Azyr, Camper, Cbaussier, Gall, etc. n’ont eu que des résultats négatifs ou contradictoires. Ces observateurs célèbres n’ont eu qu’un petit nombre de sujets soumis à leurs recherches. Tous les travaux sur l’anatomie du cerveau, n’ont eu d’autres résultats qu’une description plus exacte de cet organe, et la certitude désespérante de ne pouvoir jamais assigner à ces par-
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t it
ties des usages d’où l’on puisse tirer des connaissances applicables à l’exercice de la faculté pensante, soit dans l’état de santé, soit dans la maladie.
Avant de rien conclure des lésions organiques observées chez les fous, ne fallait-il pas connaître toutes les variétés du crâne et du cerveau compatibles avec l’intégrité des facultés de l’entendement? C’eût été là le véritable point de départ de toutes recherches pathologiques. Or, dit le savant Chaussier, il n’est pas d’organe dans lequel on trouve plus de Variétés pour le volume, le poids, la densité, les proportions respectives que dans l’organe encéphalique l. A-t-on bien distingué ce qui est le produit des maladies concomitantes ou des maladies auxquelles succombent les aliénés, d’avec ce qui appartient à l’aliénation mentale. Les lésions organiques du cerveau se révèlent par des signes qui ne sont pas la folie. Ainsi l’inflammation chronique des méninges produit la compression qui se révèle par la paralysie, le sang épanché de l’hémorragie cérébrale est manifesté par la paralysie. Les tubercules, les cancers, les ramollissemens ont des caractères propres qu’on ne peut confondre avec f aliénation mentale. A-ton réfléchi aux guérisons subites, instantanées de la folie: c’est pour avoir négligé ces considérations, qu’on a tant déraisonné sur le siège de la cette maladie.
La description minutieuse et détaillée des altérations, et des lésions organiques observées sur les ca-
' Exposition sommaire de la structure et des différentes parties de Venaé~ pliale. Paris, 1807, in-8, £ig.
lia
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davres des aliénés seraient trop longue, et d’autant plus superflue, quelles n’offre rien de positif. En traitant de la manie, de la monomanie, etc., je parlerai des ouvertures faites sur les individus qui ont succombé atteints de ces divers genres de folie. Je me contenterai ici de donner les conclusions qu’on peut tirer de toutes les ouvertures faites jusqu’à ce jour. Je ne prétends pas que ces corollaires soient d’une rigueur mathématique; mais ils sont vrais dans la généralité des faits observés :
1° Les vices de conformation du crâne ne se rencontrent que chez les imbécillcs, les idiots, les crétins;
2° Les lésions organiques de l’encéphale et de ses enveloppes n’ont été observées que sur des aliénés dont la folie était compliquée de paralysie, de convulsions, d’épilepsie, ou bien ces lésions appartenaient à la maladie à laquelle ces aliénés ont succombé;
3° Les épanchemens sanguins ou séreux; les injections ou les infiltrations qu’on rencontre dans la cavité crânienne; l’épaississement des méninges, leur adhérence entre elles, avec le crâne, avec la substance grise; le ramollissement partiel ou général du cerveau, la densité de cet organe, les tumeurs fibreuses, tubéreuses, cancéreuses, etc., observées dans le crâne; toutes ces altérations indiquent les causes ou les effets de la folie, ou mieux les effets d’une complication de la maladie à laquelle succombent les aliénés;
4° Les altérations du thorax , de l’abdomen , de la cavité pelvienne, sont évidemment indépendantes de la folie. Ces altérations peuvent néanmoins quelquefois indiquer le premier point de départ de l’aliénation
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mentale, en montrant l’organe primitivement malade qui a réagi sur le cerveau;
5° Toutes les lésions organiques observées chez les aliénés, se retrouvent dans les cadavres d’individus qui n’ont jamais eu de délire chronique;
6° Beaucoup d’ouvertures de corps d’aliénés n’ont présenté aucune altération , quoique la folie eût persisté pendant un grand nombre d’années;
7° L'anatomie pathologique nous montre chaque partie de l’organe encéphalique altérée, suppurée, détruite, sans lésion chronique de l’entendement;
8° De toutes ces données, on peut conclure qu’il est des folies dont la cause immédiate échappe à nos moyens d’investigation, que la folie dépend d’une modification inconnue du cerveau, qu’elle n’a pas toujours son point de départ dans le cerveau, mais bien dans les foyers de sensibilité, placés dans les diverses régions du corps; de même que les désordres de la circulation ne dépendent pas toujours des lésions du cœur, mais de celles de toute autre portion du système sanguin. Cette conclusion contrariera ceux qui prétendent, par le caractère du délire, pouvoir assigner la portion du cerveau qui est lésée; elle contrariera ceux qui veulent qu’il y ait des folies idéales ; j’avoue que je n’entends rien à cette dénomination ; je ne comprends pas davantage ce qu’on veut dire par folies intellectuelles, folies mentales ; je ne suis pas plus heureux pour l’intelligence de tous les systèmes qu’on a imaginés pour expliquer le délire et les symptômes de l’aliénation mentale. Heureusement, cette connaissance n’est
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pas indispensable pour la guérison des aliénés. Etudions les causes, les caractères, la marche, les terminaisons de la folie; tâchons de bien apprécier l’influence que les agens physiques, intellectuels et moraux, exercent sur cette maladie, et nous trouverons les moyens propres à la combattre. Pour guérir la folie, il n’est pas plus nécessaire d’en connaître la nature , qu’il n’est nécessaire de connaître la nature de la douleur, pour employer avec succès les caïmans et les sédatifs.
§ ÏY. Pronostic de la folie.
Pour établir le pronostic de la folie, il faut ne pas perdre de vue l’acception que je donne aux dénominations imposées aux cinq genres de cette maladie': sans cela on me trouverait en contradiction avec des auteurs dont je partage la manière de voir.
L’imbécillité, l’idiotisme ne guérissent jamais.
La monomanie et la lypémanie guérissent lorsqu’elles sont récentes , accidentelles , et qu’elles ne dépendent pas d’une lésion organique.
La manie guérit plus souvent que la monomanie et la lypémanie.
La démence aiguë guérit quelquefois, la démence chronique très rarement', la démence sénile jamais.
La folie héréditaire guérit; mais les rechutes sont plus à craindre que pour la folie accidentelle.
La folie chronique guérit difficilement, surtout après la deuxième année, elle guérit avec d’autant plus de
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difficulté, que les causes prédisposantes ont agi longtemps avant l’explosion du délire.
Quelque ancienne que soit l’aliénation mentale, on peut en espérer la guérison tant qu’il existe des dérangemens notables dans les fonctions de la vie de nutrition.
Les causes morales qui agissent promptement sont une circonstance favorable de guérison ; mais si leur action a été lente, on guérit difficilement.
Les excès d’étude qui jettent dans la folie doivent faire craindre qu’on ne guérisse pas, surtout lorsque avec ces excès, il y a eu des écarts de régime.'
Les folies causées ou entretenues par des idées religieuses, par l’orgueil , guérissent rarement.
Les folies entretenues par des hallucinations sont très difficiles à guérir.
Les folies dans lesquelles les malades jugent très bien leur état, offrent beaucoup de difficultés, si elles ne guérissent promptement.
Lorsque les aliénés ont recouvré l’intégrité des fonctions assimilatrices, l’appétit, le- sommeil, l’embonpoint, etc., sans diminution du délire, on doit peu compter sur la guérison.
Lorsque la sensibilité des aliénés est tellement affaiblie qu’ils peuvent fixer le soleily qu’ils ont perdu le goût et l’odorat, et qu’ils restent impassibles à toutes les intempéries, ils ne guérissent pas.
La folie-est incurable lorsqu’elle est la suite du scorbut, de l’épilepsie; la complication! avec ces maladies et avec la paralysie conduit inévitablement à la mort.
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§ Y. Traitement de la folie.
Il est sans doute plus facile de bâtir des systèmes , d’imaginer des hypothèses brillantes sur l’aliénation mentale, que d’observer les fous, que de dévorer les dégoûts de toute sorte auxquels sont exposés ceux qui veulent, par l’observation, étudier l’histoire de cette grande infirmité. La difficulté de saisir les formes
vai’iées et fugitives de la folie, la rudesse sauvage de quelques monomaniaques, le silence obstiné des uns, les dédains et les injures des autres, les menaces et les coups des maniaques, la malpropreté dégoûtante des imbécilles, les préjugés qui aggravent le sort de ces infortunés, ont découragé ceux qui voulaient cultiver cette branche de l’art de guérir. On évite les maniaques, ils effraient; on les laisse dans leurs chaînes : on néglige un peu moins les monomaniaques; ils se prêtent mieux à l’observation ; leur délire se ploie plus facilement aux théories et aux explications. Cependant il faut vivre avec les fous pour avoir des notions exactes sur les causes, les symptômes, la marche, les crises, les terminaisons de leur maladie : il faut vivre avec eux pour apprécier les soins infinis, les détails sans nombre qu’exige leur traitement. Quel bien ne retirent point ces malades d’une communication amicale et fréquente avec le médecin qui les traite! Que de leçons précieuses celui-ci ne recueille-t-il point relativement à l’influence de l’homme physique sur l’homme moral, et réciproquement! Dans les gestes,
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dans les mouvemens, dans les regards, dans le faciès, dans les propos, dans les actions, dans des nuances imperceptibles à tout autre , le médecin puise souvent la première pensée du traitement qui convient à chaque aliéné confié à ses soins.
L’aliénation mentale nous offre trois ordres de phénomènes, soit qu’on étudie les causes qui la produisent, soit qu’on étudie les symptômes qui la caractérisent. Nous avons vu des causes physiques, des causes intellectuelles et morales agissant sur le cerveau pour produire la folie, quelquefois isolément, quelquefois simultanément : ces causes ont une action tantôt générale, tantôt locale, tantôt primitive, immédiate, tantôt secondaire, sympathique.Leur action varie suivant lesindividus et leurs effets sont divers et même très opposés : nous avons vu des désordres physiques, des désordres moraux et intellectuels signalant toutes les périodes de la maladie à des degrés plus ou moins intenses : nous avons vu quelquefois la nature faire seule tous les frais de la guérison , et ramener les malades à la santé par des routes qui échappent à l’œil le plus exercé* Plus souvent l’aliénation mentale se juge par des crises sensibles.il n’est pas rare de voir des guérisons qui semblent tenir du prodige, et qui s’opèrent par l’influence morale , soit accidentelle , soit provoquée.
Ainsi, dans les vues générales du traitement des aliénés, on se proposera de faire cesser les désordres physiques, les aberrations de l’entendement et le trouble des passions. C’est donc à manier habilement l’intelligence, les passions et à user convenablement des
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moyens physiques, que doit tendre le traitement des fous. Il ne. faut jamais perdre de vue les causes qui ont préparé la folie et qui Font provoquée; on ne perdra pas de vue surtout les habitudes , les maladies anciennes , antérieures à l’aliénation mentale, et qui ont cessé peu avant où à l’instant que le délire a éclaté.
Les anciens faisaient consister le traitement de l’aliénation mentale dans l’usage de l’ellébore h Un accident servit d’occasion pour proposer le bain de surprise. La découverte de la circulation du sang fît prodiguer la saignée; les humoristes revinrent aux purgatifs; les Anglais mirent en vigueur les préceptes dont Arétée et Cœlius avaient posé les bpses, et dont Erasistrale et Galien avaient fait une si heureuse application : ils en firent un secret; Pinel trahit ce secret et changea le sort des aliénés. Les chaînes se brisèrent 1 2 ; on soigna les fous avec plus d’humanité; l’espérance gagna les cœurs, une thérapeutique plus rationnelle dirigea le traitement.
Souvent il faudra varier, combiner, modifier les moyens; car il n’y a point de traitement spécifique de la folie. De même que celte maladie n’est pas identique chez tous les individus; de même quelle a chez chacun des causes, des caractères différens, de même elle exige de nouvelles combinaisons , un nouveau problème à résoudre, pour chaque -aliéné qu’on doit traiter. Je me bornerai à des considérations géné-
1 Article Eliæborisme , Encyclop. méthod., par Pli. Pinel.
2 Bicêtre. en 1792, ou de l'abolition des chaînes (Mémoires de l’Académie royale de Médecine. Paris, x 8 36 , t. v, pag. 3i.
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raies qui conviennent à tous , et j’apprécierai quelques médicainens indiqués comme héroïques.
Dans l’étude des symptômes , nous avons vu que la lésion des sensations, celle de l’association des idées, delà volonté, causée par le défaut d’attention, produisait et entretenait le délire aussi bien que la perversion des passions. Tout ce qui pourra agir sur le cerveau directement ou indirectement et modifier notre être pensant, tout ce qui pourra dominer et diriger les passions, sera l’objet du traitement moral.
La première question qui se présente est relative à l’isolement : tout aliéné doit-il être soustrait à ses habitudes, à sa manière de vivre, séparé des personnes avec lesquelles il vit habituellement , pour être placé dans des lieux qui lui sont inconnus, et confié à des soins étrangers? Les médecins anglais, français, allemands, sont d’accord sur la nécessité et futilité de l’isolement. Willis, qu’on alla si long-temps et si chèrement trouver en Angleterre, pour guérir les aliénés, avait remarqué que les étrangers guérissaient plus sûrement que les Anglais. On en peut dire autant en France. Les guérisons sont plus fréquentes parmi les malades qui viennent à Paris pour y être traités, que parmi ceux qui habitent la capitale : ceux-ci ne sont point assez complètement isolés.
Le premier effet de l’isolement est de produire des sensations nouvelles, de changer et de rompre la série d’idées dont l’aliéné ne pouvait sortir : des impressions inattendues et nouvelles frappent, arrêtent, excitent son attention, et le rendent plus accessible aux conseils qui doivent le ramener à la raison. Aussi dès
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le premier moment qu’un aliéné est isolé, surpris, étonné, déconcerté, il éprouve toujours une rémission précieuse pour le médecin, qui, alors, trouvant le malade sans prévention, peut plus facilement acquérir sa confiance.
L’isolement n’est pas moins utile pour combattre le désordre des affections morales des aliénés. Le trouble survenu dans le système nerveux change la nature des sensations et les rend souvent douloureuses; les rapports naturels avec le monde extérieur ne sont plus les mêmes; au-deliors, tout semble bouleversé. Le malade qui ne croit pas que la cause de ces phénomènes soit en lui, est en désaccord avec tout ce qu’il voit et tout ce qu’il entend, ce qui exalte ses idées et le met en contradiction avec les autres et avec lui-même. Il se persuade qu’on yeut le contrarier, puisqu’on désapprouve ses excès et ses écarts. Ne comprenant pas ce qu’on lui dit, il s'impatiente, le plus souvent il interprète mal les paroles qu’on lui adresse; les témoignages de l’affection la plus tendre sont pris pour des injures , ou pour des énigmes qu’il ne peut deviner; les soins les plus empressés sont des vexations ; son cœur ne se nourrit bientôt plus que de défiance. L’aliéné devient timide, ombrageux; il craint tout ce qui l’approche ; ses soupçons s’étendent aux personnes qui lui étaient les plus chères. La conviction que chacun s’attache à le tourmenter, à le diffamer, à le rendre malheureux, à le perdre, à le ruiner, vient mettre le comble à cette perversion morale. De là ce soupçon symptomatique qui s’accroît souvent sans motif, quelquefois par des contrariétés inévitables, qui aug-
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mente en raison de l’altération des facultés intellectuelles, et qui se peint si bien sur la physionomie des aliénés.
Avec de semblables dispositions morales, laissez un aliéné au sein de sa famille, bientôt ce tendre fils, dont le bonheur consistait à vivre auprès de son père , désertera la maison paternelle. Cet amant désespéré croit, par ses conseils, ramener la raison égarée de celle qu’il adore; l’infortuné rend la plaie plus profonde ! Celle qui l’a tant aimé, bientôt ne verra plus en lui qu’un perfide, un infidèle qui affecte des dehors empressés pour mieux la trahir. Cet ami, le cœur gros de douleur et de soupirs , espère, par des soins affectueux, rendre à son ami celte sensibilité, cette raison, source de leur attachement et de leur bonheur. Bientôt, malheureux ami, tu seras compris dans la proscription générale, et tes soins seront, pour ton ami malade, des preuves que tu t’es laissé corrompre par ses ennemis. Qu’espérer, si l’on ne change la situation morale d’infortunés aussi fortement prévenus ? qui de nous n’a pas éprouvé la différence qu’il y a d’être trompé, contrarié, trahi par ses proches, ses amis, ou de l’être par des individus qui nous sont étrangers ou indifférens?
Ce malheureux devenu tout-à-coup le maître de la terre, dicte des ordres souverains à tout ce qui l’environne; il prétend être obéi aveuglément par ceux qui toujours avaient cédé à ses volontés, par respect ou par affection. Sa femme, ses enfans, ses amis, ses domestiques, sont des sujets; ils ont toujours obéi, comment osent-ils être désobéissans? Il est dans ses états; il com-
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mande en despote, il est prêt à punir avec la dernière sévérité quiconque osera faire la moindre remontrance; ce qu’il exige est impossible; n’importe; il veut; les volontés des grands doivent-elles rencontrer des obstacles invincibles? L’affliction de sa famille, le chagrin de ses amis, l’empressement de tous, leur déférence pour ses volontés et ses caprices ; la répugnance de chacun pour le contrarier, dans la crainte d’exaspérer ses fureurs; tout ne contribue- t-il point à confirmer cet aliéné dausses idées de puissance et de domination. Enlevez-le à ses prétentions, en le transportant hors de chez lui : hors de son empire, éloigné de ses sujets, il recueillera ses idées , dirigera son attention pour se reconnaître dans ce monde nouveau et pour se mettre en rapport avec ceux qui l’entourent.
Souvent la cause de l’aliénation mentale existe au sein de la famille; la maladie prend sa source dans des chagrins, des dissensions domestiques, des revers de fortune, des privations, etc., et la présence des parens, des amis de l’aliéné irrite le mal. Quelquefois un excès de tendresse entretient la maladie : un mari se persuade qu’il ne peut faire le bonheur de sa femme, il prend la résolution de la fuir ou de terminer son existence, puisque c’est le seul moyen de la rendre heureuse. Les pleurs de sa femme, sa contenance triste, sont autant de nouveaux motifs qui persuadent à cet infortuné qu’il n’a rien à faire de mieux qu’à se détruire. La première commotion donnée aux facultés intellectuelles et morales a-t-elle eu lieu dans la propre maison de l’aliéné, au milieu de ses proches? La vue de cette
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maison et des personnes qui l’habitent rappellera sans cesse au malade ses idées et scs sensations délirantes. Le seul moyen de détruire cette funeste association entre une impression reçue et les symptômes du délire, consiste à empêcher que cette impression ne se renouvelle, et, pour cela, il faut soustraire le malade aux causes qui la produisent.
On remarque généralement que les aliénés prennent en haine, en aversion, certains individus, sans le moindre motif, et sans que rien puisse les faire revenir à cet égard. L’objet de leur haine est presque toujours la personne qui, avant la maladie, avait toute leur tendresse; c’est ce qui rend ces malades ordinairement si indifférons, quelquefois si dangereux pour leurs parens, tandis que les étrangers leur sont agréables, suspendent leur délire, soit que la nouveauté des personnes et des choses leur soient toujours utiles, soit parce qu’ils n’ont aucun souvenir, aucune arrière-pensée fâcheuse à rattacher à la personne de cet étranger, soit que, par un sentiment secret d’amour-propre, ils veuillent cacher leur état. J’ai vu des malades paraître très calmes devant leur médecin et les étrangers, en même temps qu’ils injuriaient à voix basse leurs parens ou leurs amis, et qu’ils -se cachaient pour les pincer, les piquer , les déchirer, etc.
Tels sont les obstacles et les inconvéniens que présente le séjour des aliénés dans leurs familles, lorsqu’on veut les traiter. Voici les avantages que ces malades doivent retrouver dans une maison consacrée à leur traitement, où placés dans des circonstances inaccoutu-
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à surmonter toutes les répugnances , en même temps qu’il fournit à l’obéissance, des motifs qui répugnent moins que la volonté ou le caprice d’un chef. Tl y a dans nue maison semblable un mouvement, une activité, un tourbillon dans lequel entre peu-à-peu chaque commensal; le lypémaniaque le plus entêté, le plus défiant, se trouve à son insu forcé de vivre hors de lui , emporté par le mouvement général, par l’exemple, par les impressions, souvent bizarres, qui frappent perpétuellement ses sens; le maniaque, lui-même, retenu par l’harmonie, l’ordre et la règle de la maison, se défend mieux contre ses impulsions et s’abandonne moins à ses actions excentriques.
Dans une maison d’aliçnés, il doit y avoir un chef et rien qu’un chef de qui tout doit ressortir. Red, et ceux qui, après lui , ont voulu qu’une maison d’aliénés fût dirigée par un médecin, un psychologiste et un moraliste, n’avaient nulle expérience pratique, et n’avaient point apprécié les inconvéniens de la division des pouvoirs. Y a-t-il plusieurs chefs qui ordonnent , l’esprit des aliénés ne sait sur qui se reposer , il s’égare dans le vague; la confiance ne s’établit point: or, sans confiance , point de guérison. L’esprit d’indépendance trouve des faux-fuyans contre l’obéissance , lorsque l’autorité est divisée. C’est pour prévenir ces deux inconvéniens qu’on n’admet qu’avec réserve, auprès des aliénés, leurs parons et leurs amis. Les aliénés sont de grands enfans, et des enfans qui déjà ont reçu de fausses idées et de mauvaises directions; ils offrent tant de points de contact avec les enfans el les jeunes gens, qu’on
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ne sera pas surpris si les uns et les autres doivent être conduits d’après des principes semblables.
Le médecin qui donne l’impulsion à tout, dans un pareil établissement, auquel se réfère tout ce qui intéresse chaque individu , voit ses malades plus souvent, est plus souvent informé de tout ce qui les touche, intervient dans leurs dissensions , dans leurs querelles ; il les conduit par des principes plus éclairés et plus positifs; il dirige leurs actions, il les fait surveiller par des gens qui en ont l’habitude.
Les serviteurs doivent donner l’exemple de la déférence et de l’obéissance aux réglemenset aux chefs. Par leur nombre, ils présentent un grand appareil de force qui rend son emploi superflu et inutile, ils persuadent aux plus emportés que toute résistance serait vaine; enfin, vivant avec les malades, ceux-ci ne sont point seuls, ni toujours environnés de personnes déraisonnables.
L’exemple qui a tant de pouvoir sur les déterminations de l’homme, a une grande influence sur les aliénés. Il ne faut pas oublier ce que j’ai dit de la sagacité des fous, pour comprendre ce qui se passe autour d’eux. La guérison , la sortie d’un malade fait naître dans le cœur des autres la confiance, l’espoir de la guérison, la certitude d’être rendu à la liberté. Les convalescens , par leur contentement, leurs avis et leurs conseils, consolent et encouragent les malades et leur sont, par là, d’une grande utilité.
Ainsi les habitans d’une pareille maison réagissent utilement les uns sur les autres; ainsi tout concourt
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dans cet asile pour y favoriser le succès du traitement, parce que tout doit y être prévu pour que les malades ne puissent nuire ni à eux-mêmes, ni à leurs compagnons d’infirmités, ni à ceux qui les servent.
Le calme dont jouissent les aliénés, loin du tumulte et du bruit; le repos moral que leur procure l’éloignement de leurs habitudes, de leurs affaires, des soins domestiques, sont très favorables à leur rétablissement. Soumis à une vie régulière, à une discipline, à un régime bien ordonnés, ils sont contraints de réfléchir sur le changement de leur situation. La nécessité de se contenir, de se composer avec des étrangers, la cohabitation avec des compagnons d’infortune, sont de puissans auxiliaires pour faire retrouver la raison perdue.
Les soins qu’un aliéné reçoit au sein de sa famille sont comptés pour rien; chacun fait son devoir en s’empressant autour de lui : hors de chez lui, les soins qu’on lui prodigue, sont appréciés, parce qu’ils sont nouveaux, parce qu’ils ne sont pas rigoureusement dus. Les prévenances, les attentions, la douceur agiront sur lui, parce qu’il a moins le droit de les attendre de la part de gens qu’il ne connaît pas. Qu’un homme exercé et habile profite de cette disposition , qu’il commande la confiance et l’estime, bientôt l’aliéné trouvera dans cet inconnu un homme qu’il faut ménager, ou à la bonté duquel il faut s’abandonner. La nécessité d’une dépendance à laquelle on ne peut se soustraire, l’espérance, la crainte , l’ennui même commenceront à lui faire soupçonner qu’il est malade. S’il acquiert cette conviction , la guérison n’est pas éloignée.
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Quelques aliénés transportés clans un lieu nouveau, se croient abandonnés de leurs pareils, de leurs amis; qu’on leur prodigue des consolations, des égards; qu’on leur promette de les aider à renouer le fil qui les attachait à l’existence morale, ils passent de l’excès du désespoir à l’espérance : ce contraste de sentimens né de l’abandon présumé et des soins tendres et bienveillans donnés par clés inconnus, provoque une lutte intérieure de laquelle la raison sort quelquefois victorieuse. D’autres aliénés s’imaginent qu’ils n’ont été conduits clans leur nouvelle habitation, que pour être livrés à leurs ennemis ou au supplice. Si ces craintes sont vaincues par la conduite prévenante, affable, de ceux qui les entourent, la guérison ne se fera pas long-temps attendre.
Ainsi le raisonnement vient à l’appui de l’expérience, pour fortifier le précepte de l’isolement, comme condition préliminaire à tout traitement rationnel de l’aliénation mentale.
Mais de la cohabitation des aliénés, il peut résulter qu’ils se nuisent les uns les autres; l’homme le plus raisonnable deviendrait fou, s’il était arraché à toutes ses habitudes et contraint de vivre avec des fous ? mais, après la guérison, comment dissimuler au convalescent l’état clans lequel il a été? Mais comment arracher à toutes ses affections un malheureux que le chagrin dévore? Mais comment renfermer un homme qui craint qu’on ne le mette en prison ?... Mais.... que d’objections ne fait-on pas? Combien n’en peut- on pas faire encore? Ces objections ne détruisent pas les inconvéniens et les
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avantages que nous avons signalés plus haut, et l’expérience répond à toutes Mais il est des aliénés qui
guérissent au sein de leurs familles.... Cela est vrai, ces guérisons sont rares , elles ne peuvent détruire la règle générale, elles prouvent que l’isolement, comme tous les moyens curatifs , ne doit être prescrit que par des praticiens. Je dirai plus : l’isolement a été funeste à quelques aliénés. Que conclure? Qu’il faut être réservé quand on l’ordonne , surtout quand on le prolonge. Qu’il est de la nature des choses les meilleures et les plus utiles de n’être pas toujours exemptes d’inconvéniens : c’est au médecin sage, judicieux et expérimenté qu’il appartient de les prévoir et de les prévenir.
L’époque à laquelle l’isolement doit cesser n’est pas facile à déterminer; il faut un tact bien exercé pour ne pas se laisser abuser. Ici l’expérience est lente à se prononcer, et je ne sais rien de positif à cet égard, sinon que, lorsque l’isolement a été sans effet, il faut provoquer les visites des parens , des amis, en mettant un sage discernement dans le choix des premières personnes admises auprès du malade. Les visites, dans ce cas, seront instantanées et inattendues, afin de provoquer une vive impression sur le malade ; tandis qu’il faudra mettre beaucoup de prudence et de précautions, pour les visites à admettre auprès des convalescens. Il est d’expérience que la prolongation de l’isolement a des conséquences moins dangereuses que sa cessation prématurée.
Il faut bien savoir qu’au début de la folie, le délire de cette affection ressemble beaucoup au délire fébrile. Que l’erreur est facile, que l’isolement à contretemps peut
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compromettre la guérison cîu malade et la responsabilité morale du médecin. Il faut, dans les cas douteux et difficiles, laisser passer quelques jours avant de se prononcer, et attendre que les caractères de l’aliénation mentale soient évidens.
Dans la démence et l’idiotie, l’isolement n’est indiqué que pour prévenir des accidens qui peuvent être graves et pour le maintien de l’ordre et de la sûreté. Quelques lypémaniaques se trouvent mal de l’isolement , à cause de l’excès de leur susceptibilité. Les monomaniaques, les maniaques, doivent nécessairement être isolés. L’isolement est inévitable pour les aliénés pauvres, parce qu’ils manquent de secours suffisant en restant dans leurs familles, et parce qu’ils peuvent, par mille moyens, compromettre leur existence et celle de leurs parens.
L’isolement ne s’exécute pas de la même manière, pour tous les aliénés. Il est partiel, lorsque le malade reste chez lui et qu’il est isolé seulement des membres de sa famille et des personnes avec lesquelles il vit habituellement. On isole un aliéné, en le faisant voyager avec ses proches parens, ses amis, ou des étrangers. On isole un aliéné, en le plaçant seul dans une habitation qui lui est inconnue, ainsi que les personnes qui le servent. Enfin , on isole l’aliéné dans une maison publique ou privée, consacrée à recevoir plusieurs individus atteints d’aliénation mentale. 1
L’isolement agit directement sur le cerveau et force
1 Voyez tome n, Mémoire sur i Isolement,
cet organe au repos, en soustrayant l’aliéné aux impressions irritantes, en réprimant la vivacité et la mobilité des impressions, en modérant l’exaltation des idées et des affections. En réduisant le maniaque au plus petit nombre possible de sensations, on fixe son attention par des impressions inattendues et souvent répétées. Il faut, au contraire, arracher le monomaniaque et le lypémaniaque à leurs idées concentrées , et les forcer à détourner leur attention sur des objets étrangers à leurs méditations , à leurs inquiétudes, à leurs prétentions délirantes ; il faut exciter l’attention affaiblie de celui qui est en démence ; mais les heureux effets qu’on se propose ne s’obtiennent que par des secousses , tïes commotions , des évènemens imprévus, des conversations vives, animées et courtes, car ce n’est point par de longs argumens qu’on peut espérer d’être utile aux aliénés. Il faut toujours parler avec vérité, sincérité à ces malades, n’employer que le langage de la raison et de bienveillance ; mais vouloir guérir les aliénés par des syllogismes et des raisonnemens , c’est mal connaître l’histoire clinique de l’aliénation mentale. Je vous entends très bien , me disait un jeune lypémaniaque , je comprends vos raisonnemens ; si fêtais convaincu Je serais guéri. — Je sais tout cela , me disait un autre , je sais ce que je dois faire , je voudrais le faire , mais donnez-moi la force , la puissance dont je manque , et vous rn aurez guéri. C’est ici le cas d’appliquer la méthode perturbatrice, de briser le spasme par le spasme, en provoquant des secousses morales qui dissipent les nuages dont l’in tel*
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ligence est couverte , qui déchirent le voile interposé entre le inonde extérieur et l’homme, qui brisent la chaîne vicieuse des idées, qui fassent cesser l’habitude des mauvaises associations, qui détruisent leur fixité désespérante , qui rompent le charme qui retient dans l’inaction toutes les puissances actives de l’aliéné. On atteint ce but en agissant sur l’attention des malades, tantôt en leur présentant des objets nouveaux, tantôt en faisant naître autour d’eux des phénomènes qui les étonnent, tantôt en les mettant en contradiction avec eux-mêmes, quelquefois on doit abonder dans leurs idées , les caresser et les flatter. En se prêtant à leur désirs, on entre dans leur confiance , ce qui est le gage assuré d’une guérison prochaine : il faut subjuguer le caractère entier de quelques malades , vaincre leurs prétentions , dompter leurs cmportemens , briser leur orgueil, tandis qu’il faut exciter, encourager les autres. On réprime l’élan fougueux du maniaque; et l’on soutient l’esprit abattu du lypémaniaque; on oppose les passions les unes aux autres , et de cette lutte la raison sort quelquefois victorieuse. La crainte est une passion débilitante qui exerce une telle influence sur l’économie, qu’elle peut suspendre l’action de la vie, et même l’éteindre. Qu’espérer pour la guérison, si l’on ne rassure les aliénés que la frayeur poursuit et dévore ? plusieurs d’entre eux ne dorment point, éveillés par des terreurs paniques; rassurez-les en faisant coucher quelqu’un dans leur chambre, en leur laissant delà lumière pendant la nuit. Il importe surtout de substituer à une passion imaginaire, une passion réelle. Ce monomaniaque
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s'ennuie partout quoi qu’il use de tout avec profusion : séparez-le de ses habitudes, imposez-lui des privations réelles, alors l’ennui raisonnablement motivé sera un moyen puissant de guérison. Un lypémaniaque croit qu’il est abandonné de ses amis; privez-le des témoignages d’affection qu’il méconnaît , alors il les regrette , les desire , et cette inquiétude fondée, ces désirs raisonnables sont un acheminement à la raison. Pour combattre l’amour-propre, la vanité de quelques aliénés, quelques avertissemens sur la supériorité des autres, sur les embarras de leur propre position , quelque déplaisir , suscités à propos , ont été utiles ; mais il faut une grande habitude pour manier ces passions. Les passions excitantes^ l’amour, l’ambition, ont été appelés au secours des aliénés. Un mélancolique se désespère : on lui suppose un procès ; le désir de défendre ses intérêts lui rend son énergie intellectuelle. Un militaire devient maniaque; après quelques mois, on lui dit que la campagne va commencer; il demande la permission de rejoindre son général, il se rend à l’armée , et y arrive très bien portant.
Pinel donne des observations bien remarquables sur Part de diriger l’intelligence et les passions des aliénés; j’en ai rapporté plusieurs dans ma dissertation sur les passions, et j’ai prouvé par des faits, combien le traitement moral est précieux , soit qu’on veuille prévenir l’explosion d’un accès de folie, soit qu’on ait à traiter la maladie, soit qu’on se propose de confirmer la convalescence.
Ce traitement, au reste, n’est pas exclusif aux ma-
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ladies mentales ; il s’applique à toutes les autres. Il ne suffît pas de dire aux malades , courage , cela ira mieux; l’accent du cœur doit animer ces paroles consolantes, pour qu’elles arrivent jusqu’à l’âme et au cœur decelui qui souffre. Comment sefait-il que, dans un siècle où l’on a prouvé si victorieusement l’influence du moral sur le physique, comment, dis-je, n’a-t-on pas étendu ces recherches sur l’homme malade? Gaubius se plaint de la négligence des médecins à cet égard. Les anciens attachaient une grande importance à la thérapeutique morale, si négligée par les modernes. Dès la plus haute antiquité, l’art de guérir fut confié aux ministres des autels; il y eut des temples célèbres par les guérisons qui s’y opéraient. Un long voyage, un nouveau climat, la salubrité des lieux sacrés , le changement d’habitudes et de manière de vivre, les purifications , les marches processionnelles, l’usage des eaux thermales, la diète, préparaient à l’influence morale que les cérémonies et les pratiques mystérieuses devaient exercer sur le malade. Les Egyptiens, les Grecs, les Romains, eurent leurs Esculapes dont les prêtres conservaient la liturgie médicale, et auprès desquels on venait chercher la santé. Les modernes eurent leurs pèlerinages auprès des restes révérés de quelque saint. Dans quelques villes , on célébrait des fêtes , auxquelles étaient conduits avec pompe , les épileptiques, les aliénés, qui guérissaient quelquefois L De nos jours, on va trouver un grand médecin ; son nom , ses consolations, ses conseils sont plus
1 Voyez tonie n , Note sur le village de Gheel.
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utiles souvent que ses remèdes , parce que sa réputation commande la confiance et ne permet pas le doute sur la guérison.
Les moyens, les ressources propres au traitement moral, l’opportunité de son application, sont indiqués par les cii’constances; les exemples de cette application se trouvent dans tous les livres; j’en ai publié un grand nombre qu’on peut lire dans les divers mémoires dont se compose ce recueil.
Les anciens ont vanté les effets admirables de la musique. Hérodote et Pausanias assurent que la plupart des législateurs furent musiciens ; qu’ils se servaient de la musique pour civiliser les hommes. Le mode phrygien excitait la fureur; le lydien portait à la mélancolie ; 1 eolien était consacré aux passions amoureuses. Chaque passion avait un rhythme qui lui était propre, tandis que les modernes ont tout sacrifié à l’harmonie. Les Juifs, les Grecs, les Romains ont également connu l’influence de la musique. Tout le monde connaît l’effet que produit sur les Suisses le ranz des vaches. La musique agit sur le physique, en déterminant des secousses nerveuses , en activant la circulation , comme l’avait observé Grétry sur lui-même; elle agit sur le moral, en fixant l’attention par des impressions douces, par des souvenirs agréables en excitant l’imagination et même les passions : si l’on veut obtenir quelques succès sur les aliénés, on fera choix d’un petit nombre d’instrumens, on placera les musiciens hors de la vue du malade, on exécutera des airs familiers à son enfance, ou qui lui étaient agréables avant sa maladie.
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J’ai souvent employé la musique; j’ai très rarement obtenu quelques succès de ce moyen : il calme, il repose l’esprit, mais il ne guérit pas. J’ai vu des aliénés que la musique rendait furieux; l’un, parce que tous les tons lui paraissaient faux; l’autre, parce qu’il trouvait affreux qu’on s’amusât auprès d’un infortuné comme lui. En me résumant, je crois que les anciens ont exagéré les effets de la musique, comme ils ont exagéré tant d’autres choses. Les faits rapportés par les modernes ne sont pas assez nombreux pour servir à déterminer les circonstances dans lesquelles la musique peut être utile; cependant ce moyen est précieux particulièrement dans la convalescence , il ne doit pas être négligé, quelque indéterminés que soient les principes de son application et quelque incertaine que soit son efficacité. 1
Les moyens de distraction sont toutefois, après le travail, les agens les plus efficaces pour guérir les aliénés ; mais qu’on ne compte pas sur le succès des distractions qui exaltent l’imagination et les passions. Le lypémaniaque , toujours défiant, s’approprie ce qui frappe ses sens et le fait servir d’aliment à son délire; le maniaque s’exalte par la peinture des passions, par la vivacité du dialogue, par le jeu des acteurs, s’il assiste au spectacle. On s’est appuyé de l’exemple des Egyptiens et des Grecs; mais leurs spectacles avaient un caractère religieux, propre à calmer les passions , à imposer à l’imagination , en même temps
1 Voyez t. ii* , Mémoire statistique sur la maison royale de Charcnton.
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que l’esprit était disirait par la pompe des cérémonies. L’homme le moins réfléchi s’étonne qu’on ait autrefois permis l’établissement d’un spectacle à Charenton , et un auteur allemand regarde la multiplication des théâtres comme une des causes d’un grand nombre de folies , en Allemagne. Les maniaques ne pouvaient assister aux représentations théâtrales de Charenton; les monomaniaques rarement; les imbécilles n’en retiraient aucun profit. Les fous à qui le spectacle pouvait être utile étaient guéris, et il leur eût été plus profitable d’être rendus à la liberté , plutôt que d’être renfermés pendant trois heures dans un lieu clos, échauffé, bruyant, où tout portait à la céphalalgie. Aussi, il y avait peu de 'représentations qui ne fussent signalées par quelque explosion violente de délire ou par quelque rechute. Ce moyen avec lequel on abusa le public, en débitant que les fous eux-mêmes jouaient la comédie, n’obtint jamais l’assentiment du médecin en chef de cette maison , et Royer-Collard s’éleva avec énergie contre cet abus, qu’il était parvenu à faire cesser. J’ai conduit un jeune convalescent à l’Opéra-Comique. Il voyait partout sa femme causant avec des hommes. Un autre, après un quart d’heure, sentit la chaleur lui gagner la tête : Sortons } me dit-il, ou je vais retomber. Une demoiselle étant à l’Opéra , voyant les acteurs armés de sabres, crut qu’ils allaient se battre; il fallut sortir pour prévenir un éclat; et cependant j’avais choisi, et les individus que je conduisais, et les pièces qu’on devait jouer. Le spectacle ne saurait convenir aux aliénés, je le crains même pour les convalescens.
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Sénèque dit que les voyages sont très peu utiles dans les affections morales; il cite, à ce sujet, la re'ponse de Socrate à un mélancolique qui se plaignait d’avoir retiré peu de profit de ses voyages: Je lien suis pas surpris, ne voyagiez-vous pas avec vous. Cependant les anciens prescrivaient les voyages, ils envoyaient leurs malades prendre l’ellébore à Anticyre, ou faire le saut de Leucate. Les Anglais envoient leurs mélancoliques dans les provinces méridionales de la France, en Italie , et même dans les colonies. J’ai constamment observé que les aliénés sont soulagés après un long voyage, surtout s’ils ont visité des pays éloignés, dont le site et l’aspect aient saisi leur imagination; s’ils ont éprouvé les difficultés, les tracasseries, les contretemps , les fatigues ordinaires aux voyageurs. Les voyages agissent encore, en excitant toutes les fonctions assimilatrices; ils provoquent le sommeil, l’appétit , et les sécrétions. Les convalescens qui craignent de rentrer dans le monde, où ils redoutent d’avoir à parler de leur maladie, sont moins inquiets après un voyage qui est le sujet de leurs conversations avec leurs amis et leurs parens.
Tels sont les agens de traitement qui exercent une influence directe sur le cerveau et par conséquent sur les désordres intellectuelles et moraux des aliénés , telles sont les vues générales d’application que je devais indiquer. Ils ont pour but de contraindre le maniaque à vivre en lui-même , et de forcer le monomaniaque à vivre en dehors.
Les principes du traitement physique ne peuvent être
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ramenés à des propositions aussi générales; nul doute qu’il ne faille agir sur le cerveau , en combattant les causes qui ont produit et qui entretiennent la folie, mais la nature de ces causes nous échappe souvent. Le cerveau n’est pas toujours le siège primitif de leur action , et cette action n’a pas les mêmes résultats sur tous les individus; les moyens physiques propres à détruire les funestes effets de ces causes doivent être très variés ; ils sont hygiéniques ou pharmaceutiques.
La constitution des aliénés s’affaiblit promptement; ces malades contractent des affections de la peau , des engorgemens lymphatiques et le scorbut, ce qui prouve l’importance du site et du système de construction , pour leur habitation. On doit faire choix , pour une maison d’aliénés, d’un site bien exposé, au sud-est chez nous, à l’est dans les pays chauds, au midi dans le nord. Le sol doit être sec, bien aéré. Les logemens seront garantis de l’humidité, du froid, et favorablement disposés pour la ventilation. C’est une erreur grave de croire que les aliénés soient insensibles aux influences atmosphériques; la plupart évitent le froid, recherchent la chaleur.
Les anciens voulaient qu’on plaçât les maniaques dans un lieu frais et obscur, ce précepte est excellent dans la période d’acuité, mais lorsque la folie est passée à l’état chronique, Pinel veut qu’on les laisse se livrer à toute l’activité de leurs mouvemens, et en plein air. Les sites bien éclairés, gais, pittoresques conviendront aux lypémaniaques. Ceux qui sont tombés malades dans les pays chauds, auront beaucoup de chances pour recou-
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vrer la raison en retournant dans les climats froids et réciproquement ; les nostalgiques ne se rétablissent qu’en revoyant leur pays, les lieux qui les ont vus naître, et qui ont été les témoins de leur première enfance.
Les vêtemens , surtout ceux des lypémaniaques doivent être chauds; on se trouve bien de l’usage d’un vêtement de laine sur la peau, et des frictions sèches. Que la literie se compose d’un matelas, d’un sommier, d’un traversin , d’un oreiller en crin. Que le corps repose sur du crin. Que les couvertures soient légères, la tête nue ordinairement.
L’alimentation sera variée suivant la nature et la période de la maladie, suivant les circonstances individuelles et les complications : au début on prescrit la diète à laquelle d’ailleurs se condamnent la plupart des malades; plus tard la quantité et la qualité des alimens seront modifiées; les alimens seront toujours simples, préparés sans épices et de facile digestion. Pendant la convalescence, l’alimentation sera plus substantielle, sans être jamais excitante , dans quelques cas exceptionnels très rares, la nourriture sera plus abondante. Les alimens seront distribués avec discernement: on évitera de les donner tout à-la-fois, comme on fait dans beaucoup d’hospices, où ils sont distribués le matin pour toute la journée. Il en résulte que les malades ou dévorent ou détruisent leurs alimens pour la journée, dès qu’il les ont reçus; tourmentés par la faim le reste du jour, ils deviennent plus furieux ou plus tristes, persuadés qu’on leur refuse ce dont ils ont besoin, ou qu’on veut les
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faire mourir de faim. La plupart des maniaques et des momaniaques sont tourmentés par la soif; il faut satisfaire ce besoin, par des boissons appropriées mises à leur portée, ou distribuées à plusieurs heures du jour. Les alimens et les boissons qui excitent, seront proscrits dans toutes les périodes de la maladie: néanmoins, ils peuvent convenir dans quelques clémences, dans quelques monomanies et dans la convalescence, comme je viens de le dire.
Les sécrétions , les excrétions seront favorisées par tous les moyens possibles. On aura soin de surveiller la liberté du ventre; car la constipation est un symptôme fréquent et qui exasp re le délire.
Les exercices du corps, 'l’équitation, la paume, l’escrime, la natation, la gymnastique, les voyages , surtout dans la mélancolie, doivent concourir avec les autres moyens de traitement. La culture de la terre pour une certaine classe d’aliénés , remplace avec avantage tous les autres exercices. On connaît le parti qu’a retiré du travail, un fermier d’Ecosse, qui s’est rendu célèbre par la guérison de quelques aliénés qu’il contraignait cà travailler ses champs. Bourgoin, dans son Voyage en Espagne, fait remarquer que les fous riches de l’hôpital de Sarragosse, ne guérissaient pas, parce qu’on ne pouvait les obliger à travailler la terre, tandis que les pauvres guérissaient. Pinel veut qu’un établissement d’aliénés ait une ferme pour faire travailler ces malades. La culture du jardin m’a réussi chez quelques aliénés. A la Salpêtrière, on retire les meilleurs effets du travail manuel auquel sont soumises les femmes aliénées de
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cet hospice. Ces femmes sont réunies dans un grand atelier où elles se livrent à la couture, ou bien elles tricotent, quelques-unes font le service de la maison, quelques autres cultivent le jardin. Cette précieuse ressource du travail manque au traitement des hommes et des femmes riches. L’on n’y supplée qu’avec désavantage par les promenades, la musique, la lecture, les réunions, etc. Il y a chez les hommes et chez les femmes riches, une habitude de désœuvrement qui contre-balance les avantages que cette classe offre pour la guérison.
Pour établir la base d’une thérapeutique sûre dans le traitement de l’aliénation mentale , il faudrait connaître toutes les causes générales et individuelles de cette maladie; distinguer, par des signes certains, le foyer d’où partent tous les désordres, déterminer si c’est le physique qui réagit sur le moral, ou lemoral sur le physique; fixer les espèces qui guérissent spontanément, celles qui réclament les secours moraux, cellesqui exigent desmédicamens, enfin celles qui necèdent qu’à un traitement mixte. Que d’accidens , que d’obstacles ont dû rencontrerles praticiens qui n’ont voulu voir qu’une même maladie dans toutes les folies qu’ils ont eu à traiter ! Ils n’ignoraient point que le délire étant symptomatique de presque toutes les maladies à l’approche de leur terminaison fatale, la folie, aussi, pouvait bien être symptomatique; ils n’ignoraient pas qu’il y a des folies évidemment sympathiques, ils savaient que mille causes prédisposantes et excitantes conduisent à la folie, mais n’ayant égard qu’aux symptômes les plus apparens, ils se sont laissés imposer par l’impétuosité, la violence, la mobilité des
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symptômes, ils ont négligé l’étude des causes de la folie, et celle des rapports de ces causes avec les symptômes.
Entraînés par des théories, les uns n’ont vu que l’inflammation , ont accusé le sang et ont abusé de la saignée, les autres ont cru que la bile irritait, comprimait les organes et nuisait à leurs fonctions. Us ont prodigué les vomitifs et les drastiques, quelques-uns n’ont tenu compte que de l’influence nerveuse, ils ont donné avec excès les antispasmodiques ; les uns et les autres ont oublié que si le praticien doit avoir toujours présentes à' l’esprit les grandes vues générales , les notions systématiques qui prédominent, qui constituent la science médicale , l’art doit surtout s’attacher à bien connaître les circonstances et les symptômes qui peuvent faire connaître les causes, le siège, en un mol la nature de la maladie qu’il doit combattre.
Lorsqu’on est appelé auprès d’un aliéné, après avoir acquis la connaissance des commémoratifs, des prédispositions, des causes existantes , on doit examiner s’il n’y a pas d’indications urgentes à remplir. C’est principalement la cause de la maladie qui mettra sur la voie du meilleur mode de traitement. Rappeler les menstrues quand elles sont supprimées, rétablir des ulcères anciens, provoquer des maladies cutanées, placer des exutoires si le malade en avait eus auparavant.
S’il y a excitation vive et pléthore, il faudra combattre ces symptômes par des évacuations sanguines, des bains tièdes, émoliens, long- temps prolongés; des boissons rafraîchissantes, des laxatifs; quelquefois, il faudra appliquer sur la peau des dérivatifs rubéfians : en même
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temps , le malade sera mis à la diète ou à une alimentation très légère. Ainsi traitée comme une maladie aiguë, presque toujours au bout de 8, i5, ai, 3o jours, il y a une rémission, et quelquefois une intermission très marquée. Alors, tout en faisant concourir les moyens moraux appropriés au caractère du délire, il faut s’attacher à combattre les causes matérielles, hygiéniques ou pathologiques, qui ont précédé, préparé la maladie, il faut suivre les indications individuelles. Qu’il me suffise d’examiner quelques-unes de ces indications : un homme devient aliéné, il était sujet à des hémorrhagies qui n’ont plus coulé : le médecin s’efforce de rétablir cette évacuation. Des dartres disparaissent, un ulcère se dessèche, la manie ou la monomanie éclate; en rappelant les dartres à la peau, en rouvrant l’ulcère, il est presque certain que la folie cessera.
Lorsqu’on aura combattu et surmonté les dispositions générales, les funestes effets des causes particulières, si la folie ne guérit point, alors on pourra avoir recours à un traitement empyrique. Jusque-là , variez et variez sans cessé les moyens consacrés par l’expérience. Nous indiquerons ces moyens en parlant des différentes espèces de folie; nous nous contenterons , quant à présent, d’exposer notre opinion sur la manière d’agir de quelques médicamens regardés comme héroïques, dans le traitement de cette maladie.
L’eau a été administrée aux aliénés de toutes les maniérés et à toute température; les bains tièdes de vingt à vingt-cinq degrés sont les plus utiles, on peut même les prolonger pendant plusieurs heures de suite, chez D 10
les sujets maigres, nerveux, et très irritables. Lorsqu’il y a une grande impulsion du sang vers la tête, on se trouve bien d’appliquer des vessies pleines d’eau très froide, des linges trempés sur la tête, pendant la durée du bain. Le bain froid convient aux sujets jeunes, forts, robustes et qui sont dévorés par la chaleur ; le froid agit en soutirant, en quelque sorte, l’excès de calorique ou en excitant l’action tonique de la peau. Quelques auteurs ont prescrit les bains chauds; Prosper Alpin les conseille, peut-être les négligeons-nous trop. On a rendu les bains plus actifs , en mêlant à l’eau diverses substances plus ou moins médicamenteuses.
Le bain d’immersion consiste à plonger le malade dans l’eau froide et à le retirer aussitôt ; cette immersion peut être réitérée 3, 4? 5, 6 fois. Le bain d’affusion, suivant la méthode de Currie, s’administre en plaçant le malade dans une baignoire vide et en versant sur sa tête, de l’eau fraîche dont on baisse la température à chaque bain. Les bains d’immersion et les affusions sont utiles aux sujets affaiblis particulièrement par la masturbation, ou par de longs chagrins et chez lesquels on veut solliciter une réaction, en décentralisant l’innervation, et la ramenant à la périphérie. Ces bains diffèrent du bain de surprise: celui-ci consiste à plonger l’aliéné dans l’eau alors qu’il s’y attend le moins ; on l’administre en précipitant le malade dans un réservoir, ou dans une rivière, ou dans la mer. C’est la frayeur qui rend ce moyen efficace en bouleversant la sensibilité : on conçoit l’impression vive que doit ressentir un malade qui tombe inopinément dans l’eau, avec la crainte d’être noyé.
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Van Helmont veut qu’on laisse le malade sous l’eau, jusqu’à ce qu’il perde l’usage de ses sens; Van Swiéten , commentant Boerhaave, insiste sur ce moyen qui fut presque le seul avec la saignée, employé dans le dernier siècle. Cependant nous n’avons aucun fait qui puisse éclairer la pratique à cet égard. Pinel proscrit le bain de surprise, je n’en ai jamais fait usage; je sais qu’il a été funeste. Lorsque je l’entends prescrire, j’aimerais autant qu’on donnât le conseil de précipiter les aliénés d’un troisième étage , parce qu’on a vu quelques fous guérir après avoir fait une chute sur la tête.
La douche consiste à verser de l’eau sur la tête , en la faisant tomber de plus ou moins haut. Elle était connue des anciens : elle s’administre de différentes manières. A Avignon, le tuyau de la douche, terminé en bec de flûte, est placé à un pied au-dessus de la tête du malade. A Bordeaux, il est terminé en pomme d’arrosoir. A la Salpêtrière, les douches se terminent par un tube de quatre, six, douze lignes de diamètre, et l’eau tombe de différentes hauteurs (i). L’eau est ordinairement à la température atmosphérique. On a proposé d’employer l’eau chaude dans quelques démences. Le malade reçoit la douche placé dans un fauteuil , ou mieux plongé dans un bain d’eau tiède ou froide.
La douche agit et par l’action du froid et par la percussion ; elle exerce une action sympathique sur la région de l’épigastre; elle cause des cardialgies et des envies de vomir : après son action , les malades sont pâles
(i) Dans cct hospice, l’appareil îles douches a été singulièrement amélioré, en 18177
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et quelquefois jaunes. Elle agit aussi moralement comme moyen de répression, et souvent une douche suffit pour calmer la fureur, pour rompre des résolutions dangereuses, ou pour forcer un malade à l’obéissance. Il est des aliénés, jeunes et forts, actifs , qui réclament la douche; ils éprouvent, après l’avoir reçue, un sentiment de fraîcheur à la tête, qui leur est très agréable et souvent très utile. La douche convient principalement lorsqu’il y a céphalalgie. La douche doit être administrée avec discernement, jamais après les repas. Il faut avoir soin de débarrasser les premières voies, avant de la prescrire. Elle ne doit être continuée que pendant quelques minutes. Jamais son administration ne doit être abandon-
née aux serviteurs; ils peuvent en abuser, et il ne faut pas ignorer que la douche n’est pas toujours exempte d’accidens graves.
La glace a été appliquée sur la tête ; son application long-temps continuée calme la céphalalgie et la fureur qui a résisté aux saignées, aux bains généraux et à la douche, surtout au début de la manie, lorsqu’il y a rougeur et chaleur de la face, menace de congestion cérébrale. Cette application réussit d’autant mieux que les pieds du malade sont plongés dans l’eau très chaude ou enveloppés d’un cataplasme irritant.
Les pédiluves révulsifs produisent une irritation éloignée, souvent salutaire. On rend les pédiluves irritans par la température élevée de l’eau, par l’addition du muriate de soude, de l’ammoniaque, de la moutarde. Il faut être prévenu que si l’eau est trop chaude d’abord, elle cause une douleur qui réagit sur
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le cerveau. On plonge les jambes dans quelque décoction émolliente peu chaude, 011 les y laisse long-temps, afin de faire cesser les crampes.
On fait encore usage de l’eau que l’on projette, en petite quantité et à jets réitérés, sur la face de quelques individus plongés dans la stupeur. Ces légères excitations inattendues et i’épétées, ont quelquefois tiré les malades de leur engourdissement.
L’eau a été prescrite en laveinens , tantôt pure, tantôt combinée avec des substances purgatives, calmantes, antispasmodiques, suivant les indications. On a aussi conseillé la douche ascendante par le rectum, pour vaincre la constipation opiniâtre, pour débarrasser les gros intestins, pour changer le spasme du conduit intestinal, quelquefois pour donner du ton à ce conduit, ou pour provoquer une irritation dérivative.
Avenbrugger a conseillé l’eau froide à l’inférieur, bue en très grande quantité, à la dose d’un verre toutes les heures. Hufeland regarde ce moyen comme un médicament contre la manie. Leroi d’Anvers a publié une notice sur les avantages de l’eau froide, contre le suicide. Plusieurs faits semblent justifier cette pratique. Le plus intéressant est celui de Théden, chirurgien prussien très distingué, qui, ayant été hypocondriaque dans sa jeunesse, finit par tomber dans la mélancolie avec penchant au suicide; l’usage copieux de l’eau froide le rendit à la santé : il en buvait jusques à vingt-quatre et trente livres, en un jour. Par reconnaissance etpar habitude, Théden a publié qu’à l’âge de quatre-vingts ans, il buvait chaque jour plusieurs livres d’eau froide. Hu-
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feland confirme ce fait par deux observations qu’il a recueillies. On a particulièrement conseillé ce moyen contre le suicide.
Les évacuans ont été célébrés dès la plus haute antiquité, et pendant long-temps, ils ont fait la base du traitement de la folie, surtout de la lypémanie. Les évacuans loin de convenir dans tous les cas , peuvent augmenter le mal. Les modernes ont conseillé les vomitifs , qui doivent tenir une place distinguée pour combattre quelques monomanies, quelques lypémanies avec stupeur : les vomitifs conviennent aux sujets dont la sensibilité est émoussée , qui semblent frappés d’atonie, tandis qu’ils seraient nuisibles lorsqu’il y a éréthisme. Mason Cox place les vomitifs au premier rang des médicamens, dans toutes les périodes de la folie. Rush croit les vomitifs plus utiles dans la mélancolie hypocondriaque. On les répète plusieurs jours de suite : outre les évacuations sensibles qu’ils provoquent, ils excitent la transpiration, et causent des secousses utiles en brisant le spasme des viscères abdominaux; on a vanté aussi les purgatifs. Le choix des purgatifs n’est pas indifférent. Dans quelques cas, on préfère ceux qui ont une action spéciale sur le système hépatique, les vaisseaux hémorrhoïdaux , contre les vers intestinaux, etc. Les purgatifs causent souvent de l’irritation , ils suspendent l’activité de la peau : pour prévenir ces accidens ou ces effets consécutifs , on alterne les purgatifs avec les bains tièdes. Beaucoup d’aliénés se croient très bien portails, se refusent à toute médication; on triomphe de cette répugnance en leur
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faisant prendre à leur insu quelque substance qui , eu irritant l’estomac ou les intestins, provoque des douleurs, et même des évacuations. Ces accidens , en inquiétant les malades sur leur santé, les rendent dociles. L’ellébore, la gomme gulte, la bryone, l’aloès, le muriate de mercure, et surtout le tartrile antimonié de potasse, les eaux minérales purgatives sont des agens thérapeutiques dont on peut, alors, se servir avec avantage.
M. Chrestien, célèbre praticien de Montpellier, propose la coloquinte comme un purgatif sûr, administré en friction sur le ventre; il va jusqu’à conseiller cette substance comme un spécifique contre la folie. J’ai répété les expériences de M. Chrestien sur une vingtaine d’aliénés, et je n’ai point été aussi heureux que ce médecin. Non-seulement la coloquinte n’a pas guéri, mais elle n’a pas purgé, administré en friction, excepté deux fois à la suite de couches.
Lorsque la circulation du sang fut démontrée, on crut avoir trouvé la cause de toutes les maladies , et le remède à tous les maux ; on répandit le sang à grands flots. Le sang des aliénés fut d’autant moins épargné, qu’en les saignant jusqu’à défaillance , on crut les avoir guéris. On ne s’aperçut pas de l’erreur, parce que réellement ceux que l’on jugulait par la saignée, tombant dans la démence la plus profonde, passaient pour guéris. On étendit ce traitement à tous les aliénés; on établit dans chaque hospice ce qu’on appelait le traitement des fous, d’après ce principe que le sang trop abondant ou trop chaud, devait être évacué et rafraîchi. Aussi , dans les hos-
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pices de France où l’on accordait quelques soius aux aliénés, au printemps et à l’automne, on les saignait une ou deux fois, on les baignait à l’eau froide, on les jetait pieds et poings liés , dans une rivière ou dans un réservoir. Si quelques victimes de tant d’aveuglement échappaient, on criait au miracle. Le préjugé en faveur de la saignée était tel, il n’y a pas long-temps même à Paris, que nous recevions des femmes enceintes qui, devant être conduites à la Salpêtrière, étaient saignées par précaution , avant d’être envoyées dans une maison où Von proscrivait la saignée.
L’excès à cet égard a quelquefois été si grand , que j’ai donné des soins à un aliéné qui avait été saigné treize fois , en quarante-huit heures. Pinel s’élève con. tre cet abus, et il cite des exemples qui devraient être présens à l’esprit de tous les praticiens. Je puis ajouter que j’ai vu plusieurs fois la folie augmenter après des règles abondantes , après des hémorrhagies, après une, deux et même trois saignées; j’ai vu l’état de tristesse passer à la manie , à la fureur , aussitôt après la saignée , et réciproquement la démence remplacer la manie. Je ne crois pas qu’il faille proscrire la saignée dans le traitement des aliénés ; elle est indispensable aux sujets pléthoriques, lorsque la tête est fortement eongestionée , lorsque des hémorrhagies ou des évacuations sanguines habituelles ont été supprimées. Au début de la folie, s’il y a pléthore, si le sang se porte violemment à la tête, si quelque hémorrhagie habituelle est supprimée , on saigne largement, une deux, trois fois; on applique des sangsues aux jugulaires, aux
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temporales; on pose, à la base du crâne, des ventouses scarifiées; plus tard, les évacuations sanguines sont locales et employées comme révulsives ou comme supplémentaires des évacuations supprimées, etc.
L’usage des toniques énergiques, des antispasmodiques, doit aussi être apprécié. On a employé souvent, à des doses très élevées, le camphre, le musc, le fer, le quinquina, l’antimoine, comme spécifiques pour combattre la folie. Ces médicamens sont utiles, mais d’une utilité individuelle; ils réussissent merveilleusement lorsqu’on est assez heureux pour saisir l’indication que présente la maladie; mais ils sont dangereux et nuisibles, si on les applique à tous les malades.
Quelques aliénés donnent peu, ils passent des semaines, des mois sans dormir; ou a cherché à leur rendre le sommeil par les narcotiques; ces médicamens sont plus nuisibles que salutaires, surtout lorsqu’il y a pléthore ou congestion vers la tête. Depuis long-temps, Valsava et Morgagni avaient proscrit les opiacés, et la pratique journalière confirme le jugement de ces grands maîtres. Le régime, le travail, l’exercice sont les vrais remèdes contre l’insomnie; les bains tièdes ou frais provoquent le sommeil, sont vraiment efficaces et n’offrent aucun danger.
Les sétons, les moxas, le cautère actuel, les ventouses, les vésicatoires, les frictions irritantes, les frictions mercurielles ont été employés; ces moyens sont d’excellens auxiliaires pour provoquer une révulsion , remplacer une affection cutanée qui est supprimée , réveiller la sensibilité de la peau qui est souvent dans l’atonie, exciter
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une réaction générale, etc., etc. On a proposé d’envelopper la léte d’emplâtres épispastiques, ou de toute autre composition irritante; de faire sur la tête des lotions avec l’eau saturée de tartrite antimonié de potasse. Je dois avouer que je n’ai point vu réussir tous ces moyens qui augmentent l’éréthisme, qui tourmentent les malades , qui les irritent, qui leur persuadent qu’on veut les supplicier; c’est presque toujours aux monomaniaques ou aux individus en démence, qu’on a prescrit une médication aussi active et aussi perturbatrice. Je ne nie point que, dans quelques cas, on n’ait pu obtenir du succès; mais je crois ces cas très rares et les indications très difficiles à apprécier.
Je ne puis omettre de faire quelques remarques sur l’usage du feu, du moxa, appliqués sur le sommet de la tête, sur l’occipital ou sur la nuque, même dans la manie. Le docteur L. Yalentin a publié quelques observations précieuses de manie guérie par l’application du feu 1. J’ai plusieurs fois appliqué le fer rouge à la nuque, dans la manie compliquée de fureur , quelquefois avec succès. J’ai fait un grand nombre de tentatives toujours infructueuses, lorsque je m’adressais à des sujets qui présentaient des symptômes de paralysie. Le séton à la nuque m’a mieux réussi, mais lorsque je l’ai l’appliqué à des individus qui ne ressentaient pas la même complication, et qui étaient dans ce degré de démence qu’on a confondue avec l’idiotisme.
Gmelin et Perfect disent avoir guéri par l’électricité.
' Mémoire et Observations concernant les bons effets du cautère actuel appliqué sur la tête, dans plusieurs maladies, Naucy , i8i5, in-8.
Dli LA FOLIE.
À la Salpêtrière, pendant deux étés, i8a3 et 1824, j’ai soumis à l’électricité un grand nombre de nos femmes aliénées. Une seule a guéri pendant le cours de mes expérimentations. C’était une jeune fille, très forte, devenue maniaque à la suite d’une frayeur qui supprima les règles. Elle était aliénée depuis un mois , fut électrisée pendant quinze jours; à l’époque menstruelle, l’écoulement parut et la guérison eut lieu aussitôt. Wennolt a essayé le galvanisme; je l’ai employé aussi, de concert avec le professeur Aldini, en 1812; deux fois les règles furent rétablies, mais le délire persista. Le magnétisme a été expérimenté, surtout en Allemagne; les faits rapportés en France, à cet égard, ne sont ni exacts, ni bien observés. En 1 8 1 3 et 1816, j’ai fait des expériences avec feu M. Faria sur onze femmes aliénées, maniaques ou monomaniaques. Une seule, éminemment hystérique, a cédé à l’influence magnétique ; mais son délire n’a éprouvé aucun changement. Le magnétisme ne produisit aucun effet sur les dix autres aliénées. Ces expériences furent faites en présence de M. Desportes, administrateur des hôpitaux, d’autres personnes et de plusieurs médecins. J’ai répété plusieurs fois avec divers magnétiseurs, les mêmes essais, sans avoir obtenu plus de succès. 1
1 Georget a rapporté les expériences qu’il a faites à la Salpêtrière, sur le magnétisme , dans son ouvrage intitulé : De la Physiologie du système nerveux, Paris , 1821, tome ier, p. 267, et tome ii, p. 4o4- M. Dechambre qui a répété les expériences dont il s'agit, s’est convaincu que Georget avait été dupe de la fourberie de sa prétendue somnambule. Voy. Gazette médicale , année i835, la très spirituelle relation des expériences faites par M. Dechambre.
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Je dois dire un mot de la machine de Darwin. Cette machine qui ressemble assez au jeu de bague, a passé des arts à la médecine ; Mason Cox en a fait un grand usage; Hufeland et Horn l’emploient à Berlin; il en existe une à Genève qui a fourni à Odier l’occasion d’observer ses effets. Le docteur Martin, médecin de l’hospice de l’Antiquaille, où sont aujourd’hui traités les aliénés de Lyon, m’a dit avoir été effrayé des accidens qu’avaient éprouvés les aliénés qu’il avait soumis à l’action de cette machine. Ces personnes étaient tombées en syncope; elles avaient eu par haut et par bas, des évacuations très abondantes et qui les avaient jetées dans une faiblesse extrême. Ce moyen employé, avec prudence, peut être utile aux aliénés qui refusent toute sorte de médicament, et qui offrent des signes de gastricité. 1
Nous ne compléterions pas ce qui est relatif au traitement des aliénés, si nous négligions de parler des moyens préservatifs de la folie. Les moyens prophylactiques ont pour but de prévenir la maladie, ou d’empêcher le retour des accès. Ces moyens sont généraux ou individuels ; ils sont indiqués d’avance par l’exposition des causes de la folie.
On évitera les mariages entre individus issus de pareils aliénés. L’éducation de l’homme commence au berceau; on se gardera de faire aux enfans des contes, des fables qui ébranlent le cerveau, effraient l’imagination. En cultivant l’esprit de l’enfance, on doit en même temps former le cœur, et ne pas perdre de vue que l’é-
1 Depuis la première impression de cet article , la machine rotatoire a été abandonnée partout.
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ducation consiste moins dans ce qu’on apprend, que dans les bonnes habitudes de l’esprit, du cœur, et des actes de la vie. Si l’éducation n’est ni religieuse, ni morale; si l’enfant ne rencontre aucun obstacle à ses volontés, à ses caprices, si tout cède cà ses désirs, comment se faconnera-t-il aux contrariétés dont la vie est semée ? on ne forcera pas les ressorts de la sensibilité et de l’intelligence, en fatiguant de bonne heure le cerveau par des leçons trop fortes; on évitera les écarts de régime, qui souvent, dès l’âge le plus tendre, disposent à la folie; on réprimera, on dirigera les passions des jeunes gens, etc.
Pour ceux qui sont nés de parens affectés de cette maladie , l’éducation doit être moins intellectuelle, que physique et gymnastique. L’instituteur, prévenu d’avance des dispositions intellectuelles des parens, des égaremens de leurs passions, dirigera son élève d’après cette connaissance, modérera ses dispositions vicieuses ou exaltées, et le fortifiera contre l’entraînement des passions; tandis que le médecin , informé des causes physiques qui ont provoqué la maladie des ascendans, empêchera le développement de ces causes, en atténuera les déplorables effets, par le régime et par quelques médicamens convenables.
Comment assurer la convalescence , et prévenir les rechutes , si le convalescent n’est pas soumis pendant un temps plus ou moins long, à une manière de vivre appropriée à sa constitution, aux causes et aux caractères de la maladie dont il vient de guérir ? s’il n’évite l’influence des causes physiques et morales prédispo-
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santés, s’il n’est en garde contre les écarts de régime, contre les excès d’étude, contre l’emportement des passions? L’expérience a montré que les rechutes ont lieu souvent par le développement simultané de causes physiques et morales. Il faut combattre avec énergie ces causes dès qu’elles se manifestent, sans attendre l’explosion du délire. Un émétique, des purgatifs donnés à propos, font avorter un accès de folie. Des sangsues, des saignées au moindre désordre menstruel, préviennent l’accès qui eût éclaté. La disparition d’une dartre, de la goutte, d’un rhumatisme, dJune évacuation habituelle, a précédé un premier accès de folie; il faut être averti contre ces métastases, contre ces suppressions. Ce que je dis pour les précautions que réclame l’état physique de ceux qui out été aliénés, est également vrai pour l’état moral. Un homme est colère, il retombera s’il n’use de toute sa raison pour vaincre cette passion ; un autre a perdu la raison après des chagrins domestiques, on doit les lui épargner; celui-ci reste dans un état imminent de rechute, s’il ne réforme pas sa conduite et s’il s’abandonne aux excès qui ont précédé son premier accès. C’est pour avoir manqué de prévoyance que la folie est si souvent héréditaire; c’est pour être imprudentes que les personnes qui ont eu un accès de folie, sont sujettes au retour de la même maladie.
DES HALLUCINATIONS
BES HAEEUOINATIONS .
Un homme qui a la conviction intime d’une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n’est à portée de ses sens, est dans un état d’hallucination : c’est un visionnaire.
Sauvages a donné le nom d’hallucination aux erreurs d’un homme qui, ayant une lésion des sens, ne perçoit plus les sensations comme il les percevait avant cette lésion. La berlue, la bévue, le tintoin, sont rangés, par ce nosologiste, dans le premier ordre de la classe des folies; mais les autres sens, mais le raisonnement, pouvant rectifier ces illusions, ces erreurs , les phénomènes dont il s’agit ne doivent pas être confondus avec le délire.
Sagar appelle hallucinations les fausses perceptions qui forment le premier ordre des vésanies de sa Nosologie. Linnœus les fait entrer dans l’ordre des maladies de l’imagination (imaginarii). Cullen les range parmi les maladies locales.
Darwin, et depuis les médecins anglais, ont donné le nom d’hallucination au délire partiel qui n’affecte
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qu’un sens, et ils l’emploient neanmoins indifféremment comme synonyme de délire.
Ce symptôme du délire a été confondu par tous les auteurs, avec des lésions locales des sens, avec l’association vicieuse des idées, enfin avec les effets de l’imagination. Il n’a été étudié que lorsqu’il a pour objet les idées qui semblent appartenir à la vue, et nullement lorsqu’il reproduit des idées appartenant aux autres sens. Néanmoins considéré dans toutes ses variétés à quelque sens qu’il paraisse appartenir, ce symptôme est très fréquent; il est un des élémens de la folie et peut se rencontrer dans toutes les variétés de cette maladie.
Les livres ascétiques de tous les peuples, l’histoire de la magie, de la sorcellerie de tous les âges, les fastes de la médecine mentale, fournissent des faits nombreux d’hallucination; j’en ai moi-même recueilli et publié un grand nombre. Les observations suivantes montrent les hallucinations, aussi isolées que possible, des autres symptômes de la folie.
M. N., âgé de 5i ans, d’un tempérament biliososanguin, ayant la tête grosse, le cou court et la face colorée, était préfet, en 1812, d’une grande ville d’Allemagne; qui s’insurgea contre l’arrière-garde de l’armée française en retraite. Le désordre qui résulta de ces évènemens, la responsabilité qui pesait sur le préfet, bouleversèrent la tête de celui-ci; il se crut accusé de haute trahison, et, par conséquent, déshonoré. Dans cet état, il se coupe la gorge avec un rasoir; dès qu’il a repris ses sens, il entend des voix qui l’accusent; guéri de sa blessure, il entend les mêmes voix, se persuade qu’il
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est entouré d’espions, se croit dénoncé par scs domestiques. Ces voix lui répètent nuit et jour qu’il a trahi son devoir, qu’il est déshonoré, qu’il n’a rien de mieux à faire qu’à se tuer : elles se servent tour-àtour de toutes les langues de l’Europe, qui sont familières au malade : une seule de ces voix est entendue moins distinctement, parce qu’elle emprunte l’idiome russe, que M. N. parle moins facilement que les autres. Au travers de ces différentes voix, le malade distingue très bien celle d’une dame qui lui répète de prendre courage et d’avoir confiance. Souvent M. N. se met à l’écart pour mieux écouter et pour mieux entendre; il questionne, il répond, il provoque, il défie, il se met en colère, s'adressant aux personnes qu’il croit lui parler : il est convaincu que ses ennemis, à l’aide de moyens divers, peuvent deviner ses plus intimes pensées, et faire arriver jusqu’à lui les reproches, les menaces, les avis sinistres dont ils l’accablent; du reste, il raisonne parfaitement juste, toutes ses facultés intellectuelles sont d’une intégrité parfaite. Il suit la conversation sur divers sujets avec le même esprit , le même savoir, la même facilité qu’avant sa maladie.
Rentré dans son pays, M. N. passe l’été de 1812 dans un château, il y reçoit beaucoup de monde ; si la conversation l’intéresse, il n’entend plus les (voix; si elle languit, il les entend imparfaitement', et quitte la société, se met à l’écart pour mieux entendre ce que disent ces perfides voix; il devient alors inquiet et soucieux. L’automne suivant, il vient à Paris, les mêmes symptômes l’obsèdent pendant sa route, et s’ex&s-
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pèrent après son arrivée. Les voix lui répètent : « Tue-
toi, tu 11e peux survivre à ton déshonneur ÜNon,
non! répond le malade, je saurai terminer mon existence lorsque j’aurai été justifié; je ne léguerai pas une mémoire déshonorée à ma fille ». Il se rend chez le ministre de la police (Réal), qui l’accueille avec bienveillance, et cherche à le rassurer; mais à peine dans la rue , les voix l’obsèdent de nouveau.
Je suis invité à me rendre auprès du malade : je le trouve se promenant dans la cour de l’hôtel où il était logé avec sa fille unique. Sa figure était colorée, le teint jaune , le maintien inquiet, les yeux étaient hagards. Je fus reçu avec politesse; je n’obtins à toutes mes questions d’autre réponse que celle-ci :« Je ne suis point malade». Le lendemain même réception... Il me dit: « Je n’ai besoin ni demédecin, ni d’espion.» Agitation le reste de la journée. M. N... conduit sa fille, âgée de i5 ans, chez un de ses amis; le soir inquiétude plus grande, exaspération , insomnie, soif, constipation. Le jour suivant , M. N... se rend de bonne heure à la préfecture de police, où il déclare qu’il vient de mettre sa fille en pension, qu’il 11e cédera point aux ennemis acharnés qui l’excitent à se tuer avant de s’être pleinement justifié, qu’il vient se constituer prisonnier, qu’il doit être jugé incessamment. Le même jour le malade est confié à mes soins.
Pendant plus d’un mois, M. N... reste sans sortir de son appartement, ne dormant point, mangeant très peu, ne voulant recevoir personne, et se promenant à grands pas, comme uu homme soucieux, inquiet. Lui
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propose-t-on des remèdes, il répond avec un sourire ironique. Sa politesse d’ailleurs est parfaite, sa conversation est suivie, très spirituelle et quelquefois gaie; mais il ne trahit jamais son secret, il paraît très préoccupé , et surtout très défiant des personnes qui le servent. Pendant la conversation , il est distrait , quelquefois il s’arrête pour écouter et répond brièvement avec humeur et même avec emportement aux prétendues voix. Après deux mois environ, il paraît desirer que je prolonge mes visites; je m’avise d’appeler les voix qui le poursuivent des bavardes ; ce mot réussit, et , à l’avenir, il s’en sert pour exprimer leur horrible importunité. Je me hasarde à lui parler de sa maladie et des motifs de son séjour; il me donne beaucoup de détails sur tout ce qu’il éprouve depuis long-temps; il se prête un peu mieux à nies raisonnenaens , il discute mes objections; il réfute mon opinion sur les causes de ses voix, il me rappelle que l’on montrait, à Paris, une femme dite invisible, à laquelle on parlait, qui répondait à distance. « La physique, disait-il, a fait tant de progrès, qu’à l’aide de machines, elle peut transmettre la voix très loin.
— Vous avez fait cent lieues en poste et sur le pavé, le bruit de la voiture eût empêché vos bavardes d’être entendues...
— Oui, sans doute, mais avec leurs machines, je les entendais très distinctement.
Les nouvelles politiques, l’approche des armées étrangères sur Paris , lui paraissent des fables inventées pour surprendre ses opinions ; tout-à-coup, au milieu d’un de
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nos entretiens, il inc dit en élevant la voix et d’un ton solennel : «Puisque vous voulez les avoir, voici ma profession de foi. L’empereur m’a comblé de bienfaits, je l’ai servi avec zèle et dévoûment, je n’ai manqué ni au devoir ni à l’honneur, je le jure; qu’on fasse de moi ce qu’on voudra.» Vers la fin de mars i S r Zj, après un long entretien, j’engage M. N. à me faire une visite, afin de s’assurer, par l’inspection de ma bibliothèque, si je suis médecin; il me refuse; mais trois jours après, croyant me prendre au dépourvu , il me propose de venir aussitôt dans mon cabinet, j’accepte; après avoir longtemps parcouru mes livres : « Si ces livres, dit-il, ne sont point mis ici exprès pour moi, cette bibliothèque est celle d’un médecin. Quelques jours plus tard, le siège de Paris a lieu , le malade reste convaincu que ce n’est point une bataille, mais bien un exercice à feu. Le roi est proclamé, je remets à M. N. des journaux aux armes de France, il les lit et me les rend en ajoutant : « On a imprimé ces journaux pour moi. » Je lui objecte que ce serait un moyen non-seulement très dispendieux, mais très dangereux; cet argument ne le dissuade pas. Je l’engage, pour se convaincre, d’aller se promener dans Paris, il s’v refuse. Le 1 5 avril : « Sortons-nous ? » me
dit-il brusquement et sans être provoqué : à I instant nous nous rendons au Jardin des Plantes, où se trouvait un grand nombre de soldats, portant l’uniforme de toutes les nations. A peine avions-nous fait cent pas, que M. N. me serre vivement le bras en me disant : Rentrons, j’en ai assez vu, vous ne m’avez point trompé; j’étais malade, je suis guéri. Dès ce moment
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les bavU'des se taisent, ou r.e se font plus entendre quelle matin, aussitôt après le lever. Mon convalescent s’en distrait par le plus court entretien , par la plus courte lecture, par la promenade; mais alors il juge ce symptôme comme je le jugeais moi-meme. Il le regarde comme un phénomène nerveux, et exprime sa surprise d’en avoir été dupe aussi long-temps. Il consent à l’application de quelques sangsues, à prendre des pédiluves, à boire quelques verres d’eaux minérales purgatives. Au mois de mai , il habite la campagne, où il jouit d’une santé parfaite , malgré les chagrins qu’il éprouve et quoiqu’il ait le malheur d’y perdre sa fille unique. M. N. retourne dans sou pays en 1 8 1 5 , où il est appelé au ministère.
Cette observation offre l’exemple d’hallucination de l’ouïe la plus simple que j’aie observée. Seule, l’hallucination caractérisait l’affection cérébrale de ce malade; ses inquiétudes, ses défiances, ses craintes n’étaient que la conséquence de ce phénomène, qui a persisté pendant plus de deux mois, quoique le convalescent eût. recouvré entièrement le libre exercice de l’entendement. L’habitude était-elle la cause de cette persistance?1
M. P... âgé de soixante ans, appartient à une famille distinguée dans les sciences, il était un officier de marine très remarquable, il a la taille moyenne, le front saillant et l’occipital développé, les cheveux châtains, les yeux noirs, le teint pâle, l’intelligence très cultivée,
1 II est déjà fait mention de cette observation à la page 7, mais les détails qu’on vient de liie m’ayant paru d’un grand intérêt , j’ai cru ne pas devoir les passer sous silence.
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le caractère très doux, il s’est livré à l'onanisme dans sa jeunesse; un de ses frères s’est tué.
M. P..., à l’Age de 3o ans, fit en Prusse, la campagne de 1807, en qualité d’officier de marine. Il resta longtemps dans un cantonnement très humide et fut pris de fièvre intermittente avec délire. A 3i ans, pendant un congé de convalescence, M. P... se maria avec une femme charmante, et entra dans une famille qui le traita comme son propre fils; peu après, délire, tentative de suicide. Le malade confié à mes soins, se rétablit en trois mois. Rentré dans sa famille , il est le plus heureux des hommes. Il retourne à l’armée avec le grade de lieutenant de marine delà garde et fait les campagnes de 1 8 1 o à 1 8 1 1 . En juillet de cette dernière année, âgé de 34 ans, à la suite d’une contrariété qui est prise pour une injustice, retour de délire, qui cesse à la fin de l’année. Dans la campagne de 1814, M. P... est nommé chef d’escadron des marins de la garde; peu après, nouvel accès provoqué par l’abdication de Bonaparte. En i8r5, âgé de 38 ans, il reprend du service pendant les cent jours, contre l’opinion de la famille de sa femme. Après la seconde abdication , M. P... atteint de nouveau, prend sa femme et la famille de celle-ci, qu’il chérissait tant avant, dans une aversion affreuse que rien n’a pu détruire. Il déserte sa famille adoptive, et fait seul à pied le voyage de Rome , dominé qu’il est par des idées religieuses. A peine il a mis le pied sur le sol de l’Italie, qu’un jour harassé de fatigue, il s’asseoit sur une roche, éprouve quelque chose d’extraordinaire, Dieu lui apparaît, il a une première vision. Dès-lors, et
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pendant toute la route, il se croit suivi par son beaupère qui oppose sans cesse tous les obtacles possibles à l’accomplisment' du voyage; il le voit, il l’entend, il lutte avec lui, néanmoins il termine le voyage. Rentré en France, il est placé dans l’hospice d’Avignon où il laisse croître sa barbe, néglige les soins les plus ordinaires de la propreté, s’impose des jeûnes , parle rarement, ne s’occupe de rien , ne se prête à aucune distraction. Je visite cet hospice en 1821 , M. P... me reconnaît, m’aborde avec bonté et me fait plusieurs questions sur ma santé, sur quelques personnes qu’il a connues lorsque je lui donnais des soins, onze ans auparavant.
Ramené à Paris, M. P. entre cà Charenton, en 182Û. Son délire est religieux et mystique. Mille hallucinations, mille illusions des sens se jouent de sa raison, M. P. croit avoir des communications immédiates avec Dieu. Le fds de Dieu Lui apparaît quelquefois, il le voit porté sur des nuages, entouré de ses auges , une croix à la main ; il intime ses ordres à son humble serviteur P.... non par des paroles , mais par des signes qui paraissent dans les airs. M. P. n’exécute pas la chose la plus simple sans consulter le Dieu du ciel. Il répète des passages de la Bible, des évangiles qu’il oppose aux observations qui lui sont faites sur ce qu’il raconte de ses hallucinations et de ses illusions; Dieu s’exprime ainsi par les Saintes Ecritures et il cite le verset. Ayant exagéré le jeûne pendant le carême de 1827 , M. P. fut malade; je lui ordonnai de prendre des alimens, il n’obéit que après avoir obtenu de se mettre en contemplation, afin
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de consulter Dieu et de recevoir l’ordre d’en haut. Il me répète souvent, dans nos entretiens: autrefois je ne croyais pas ci Dieu , fêtais clans les ténèbres ; mais depuis que fai la foi , Dieu m’éclaire. M. P. est toujours dans les jardins, contemplant le ciel, les nuages, un cahier de papier et un crayon à la main ; il trace les figures symboliques qu’il voit dans l’air: ce sont tantôt des figures géométriques, tantôt des animaux, des ustensiles de ménage, des fleurs, des instrumens de musique , d’agriculture; tantôt des figures bizarres qui ne ressemblent à rien; ce sont autant de signes pour l’enseignement des hommes, car l’Ecriture a dit : il y aura des signes dans le ciel; il a vu tout créer, il comprend la création et les signes qu’il voit, il veut les expliquer, et dans ses explications la religion, la politique se mêlent sans cesse; il dessine toutes ses visions et écrit leurs explications.
Dans la vie ordinaire, M. P. est calme, poli, aimable; s’il parle de ses visions, le sourire est sur ses lèvres, son langage est doux, il s’exprime sans exaltation, ses termes sont très bien choisis; si on insiste, en le contrariant, ses yeux s’animent, son regard s’élève et se fixe sur les nuages, sa face se colore, mais jamais il n’a de fureur.
M. P. a l’extérieur de la meilleure société , il a pris de l’embonpoint, ses cheveux ont blanchis, sou appétit bon ainsi que son sommeil, il vit à l’écart et se tient habituellement au grand air; il parle peu, jamais n’a de dispute; je lui ai souvent parlé de sa femme et de sa famille , pour le ramener à ses anciennes affections; ils ont voulu, dit-il, me faire renier la foi, ce
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sont les ennemis tic Dieu, je les renie; son costume est bizarre par l’assortiment des couleurs.
On ne lira pas sans intérêt les étranges hallucinations d’un officier de marine très distingué, qui est à Charenton depuis 1 1 à 1 2 ans. Sa monomanie religieuse est portée à l’excès. Agé de 5o ans, ce malade est presque toujours dominé par des idées de mysticité et de pénitence. Il veut jeûner, il se met nu-pieds , il quitte ses vêtemens et s’étend nu sur le carreau de sa chambre. Tranquille habituellement, il a eu plusieurs accès de fureur, qui ont eu pour cause le refus de le laisser aller à Brest, reprendre son service. Au printemps de cette année, 1 836 , M. II... m’a remis plusieurs feuillets détachés , sur lesquelles il a écrit ses hallucinations : en voici quelques passages :
Premier feuillet, a Au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit;
« Signes de visions qui pronostiquent le règne de Dieu et la venue de N. S. J.-C.
« Depuis quelques années, il se passe des choses très extraordinaires dans le ciel et sur la terre. Le règne de Dieu et la venue de N. S. J.-C. sont proches. Dieu m’a favorisé de plusieurs visions qui le prouvent. C’est particulièrement depuis quelques années , que j’ai eu le bonheur de voir Dieu, et que j’ai vu plusieurs demeures des deux. Que je sais de choses !
« A l’Orient, en octobre 1821, vers minuit, j’entendis une voix très forte partant du ciel, qui prononça des paroles que je ne puis répéter; car je ne les compris pas. Peu après, j’entendis de grands cris , et je vis des
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démons (fui étaient châtiés par Dieu. A cette voix, je me levai précipitamment et je priai. Le lendemain, je donnai mon argent aux pauvres. Quelques jours après, avant le lever du soleil, je vis eu Orient le triangle, emblème de ses divinités. J’en parlai à plusieurs personnes, mais je n’avais pas alors une conduite assez religieuse pour être cru. J’aurais dû prier, faire pénitence, je ne le fis pas. Ce n’est que quelques années après, que je recommençai à m’instruire dans la religion; j’allais peu à la messe, par honte. J’ai vaincu cette honte, j’ai fait pénitence.»