EN FRANCE
înips immémorial, les médecins de V Hôtel-Dieu visi- ;îient tous les mois les indigens de l'Hôpital général ; îmais ils n'allaient dans le quartier de force oi:i les fous liaient enchaînés.
10" Les administrateurs, trompés parles préjugés si unestes au bien-être des insensés , effrayés par leur agiîtion, par leurs cris, et surtout par les craintes que les lerviteurs intéressés ont soin d'inspirer, ne visitent que arement les aliénés. La plupart des administrateurs, si haritables, si zélés pour les autres malades , regardent -;s fous comme atteints d'une maladie incurable, comme ;es êtres malfaisans pour lesquels ils croient avoir tout ait lorsqu'ils les ont mis hors d'état de nuire et qu'ils 3ur ont fait distribuer du pain et de l'eau pour les em- 'êcher de mourir de faim.
Tant que les aliénés seront logés, soignés et traités lomme ils le sont aujourd'hui dans les hospices, dans >js dépôts de mendicité, dans les prisons , on ne peut |spérer pour eux, ni un meilleur régime, ni plus de oins , ni plus d'égard, ni plus de bienveillance, ni une lus utile assistance de la part des médecins et des adiiinistrateurs.
Comment restituer à ces infortunés la part des soins lui leur sont dus par la charité publique? Comment atisfaire aux réclamations des administrations locales \m se plaignent de l'état d'abandon dans lequel gémis- 'ent les aliénés, et qui sollicitent les moyens d'ameiorer leur sort? Comment répondre aux vœux du gouernemeut?
Tout le monde est convaincu de l'inconvenance du
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séjour des aliénés clans les prisons et dans les maisoi de force, tout le monde sent la nécessité de les retire de ces demeures du crime et de l'immoralité. Mais h opinions sont incertaines entre deux projets à adoptei laissera-t-on les aliénés dans les hospices, dans l. dépôts de mendicité, en agrandissant, en améliorai les bdtimens qui leur sont consacrés ? ou bien coi struira-on des hôpitaux spéciaux pour eux ?
Ce qui précède me laisse peu de chose à dire coiiti le premier projet. En conservant les aliénés dans L hospices, dans les dépôts, on espère se servir de ce qi est déjà fait et utiliser d'anciens bâtimens qu'on acconj modéra pour leur usage : ce qui est déjà faife est mai vais, et les anciens bâtimens nuiront à ceux qu'on prc jette; les uns et les autres manqueront de symétrie, t subdivisions nécessaires. lisseront mal distribués, parc qu'il faudra les coor-donner avec le reste des bâtinu r déjà existans.
Les aliénés seront soumis au régime de l'hospice o du dépôt de mendicité; si on leur assigne un régime ( un service particulier, il n'y aura plus d'ensemble i d'unité dans l'établissement; les deux services en sou friront. On n'aura pour les aliénés que de mauvais infii miers; car les meilleurs serviteurs préféreront lesei vic plus facile, moins pénible, moins dangereux du rest de l'hospice ou du dépôt. Le service de santé sera faî avec moins de zèle; car le médecin de l'hospice ou d dépôt aura trop à faire ; il négligera les aliénés dont 1 traitement offre moins de chance de guérison que ceh des individus atteints de maladies aiguës. La porlio
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de rétablissement destinée aux aliénés deviendra un Ijépouvantail; elle servira de prison, de lieu de punition ipour les habitans du reste de la maison, ce qui exercera une influence funeste à la guérison des aliénés qui I seraient dans des conditions de curabilité. Les familles qui peuvent payer une pension placeront leurs parens iavec plus de répugnance dans ces maisons, ce qui pri- (vera ces maisons d'une ressource importante. Les dihrecteurs, les administrateurs, repoussés par les dégoûts iet les dangers, porteront à ces infortunés moins d'intérêt qu'aux autres habitans. La division des aliénés n'attirera qu'une portion de la surveillance , n'obtiendra qii'une portion de zèle; tandis qu'il faut, pour une maison d'aliénés , la surveillance et le zèle tout entier 'd'hommes très actifs.
Donc, en consacrant ainsi pour les aliénés des scellions particulières dans les établissemens de charité , il en résultera des inconvéniens si graves que les vues bienfaisantes des administrations locales et du gouvernement en faveur de ces malheureux ne seront point remplies, les espérances des familles seront déçues.
D'où résulte la nécessité de créer des hôpitaux spéciaux. Et comment la France n'aurait-elle point des hôpitaux spéciaux pour l'aliénation mentale, elle qui possède dans les grandes villes des hôpitaux spéciaux pour lies maladies des enfans, pour la gale, pour la maladie vénérienne, etc. ?
La nécessité de ces hôpitaux étant bien démontrée, il est deux autres questions à résoudre. Fondera~t-on des hôpitaux pour les aliénés curables et pour les m-
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curables? Etablira-t-on ua hôpital dans chaque dépar-tement, ou bien n'y aura-t-il qu'un hôpital pour plu- • sieurs départeniens ? J'ai déjà répondu à la première question , page 404. L'établissement d'un hôpital dans chaque déparlement peut offrir quelques avantages; 2 mais ces avantages ne peuvent prévaloir, mis en corn- -: paraison avec ceux que présente la formation d'un petit : nombre d'hôpitaux.
1° La dépense sera énorme si l'on crée un hôpital 1 par département; il faudra de grands frais pour acquérir ■ le terrain, pour construire un aussi grand nombre* d'édifices. Et qu'on n'espère point faire usage d'anciens ; bâtimens pour les adapter au service des aliénés; on . manquerait le but qu'on se propose; c'est pour avoir • voulu utiliser les constructions qui existaient à Charen- • ton du temps des Frères de la Charité, que, malgré beaucoup de dépenses, on n'a fait de Charentou qu'un mau- ■ vais établissement, dont on ne pourra jamais rien faire • de bon, à moins qu'on ne reconstruise à neuf; la même chose est arrivée à Mareville, etc.
En créant un hôpital par département, chaque hôpital devra être bâti pour un petit nombre d'aliénés, par exemple, pour trente, quarante, soixante, comme on veut le faire à Poitiei's , comme le projette pour Albi le préfet du Tarn. Or, comment établir les divisions nécessaires dans un hôpital de trente ou soixante aliénés ? Il faut un quartier pour les hommes et un quartier pour les femmes ; chacun de ces quartiers est un véritable hôpital destiné à quinze ou trente individus; dans I chaque quartier, il faudra des subdivisions pour les fu-.
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lieux en traitement, pour les furieux incurables, pour les mélancoliques calmes, pour les mélancoliques agités, pour les déments, pour les convalescens, pour les aliénés qui salissent ; il faudra des promenoirs couverts, des ateliers, des réfectoires, une infirmerie, une salle de bains, etc. Ces subdivisions, indispensables aujourd'hui pour tout hospice d'aliénés bien ordonné, nepourlont se faire dans un asile destiné à un petit nombre d'individus; car il y aurait presque autant de subdivisions que d'habitans. Il faudra pour chacune de ces subdivisions au moins un serviteur; il y aura donc presque autant de serviteurs que de malades. Si l'on n'adopte pas la subdivision des bâtimens , on retombera dans le système actuel; on se contentera de séparer les furieux, et d'entasser pêle-mêle les autres aliénés, système contre lequel réclame hautement la raison et l'expérience de tous les pays où les aliénés ont excité quelques sentiinens d'intérêt et de pitié.
En laissant les aliénés dans leur département, ils 'resteront toujours victimes des préjugés qui , dans beau- •coup de provinces , font regarder ces malades comme incurables. Il existe presque partout l'opinion malheureuse, que les fous ne peuvent être contenus que par 'de sévères traitemens; il existe, dans la plupart des maisons où sont reçus les aliénés , des dénominations humiliantes, de vieilles habitudes, d'anciens usages qui •leur sont funestes et que la routine et les préventions perpétueront. Il importe de soustraire ces malades à ces influences locales. Je voudrais qu'on donnât a ces clablissemens un nom spécifique qui n'offrît à 1 esprit au-
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cune idée pénible; je voudrais qu'on les nommât asile, ou qu'on leur imposât un nom propre. Les habllalions particulières ne s'appelleraient plus des loges, des cages, des cachots , mais bien des cellules, etc. Ceux qui savent combien les mots ont d'influence sur l'esprit des hommes, ne seront point étonnes que j'attache de l'importance à cette indication.
3° En multipliant les asiles, on les privera de cet intérêt qui s'attache aux grands établissemens; en leur donnant un caractère de grandeur, on en fera des monumens pour les départemens où ils seront construits; ils inspireront plus de confiance, ils attirciout un plus grand nombre de pensionnaires.
4o Espère-t-on trouver dans chaque département des hommes assez instruits et en môme temps assez dévoués pour se sacrifier aux soins, à la surveillance qu'exige un pareil établissement? Qu'on ne s"y trompe point, il ést peu d'hommes capables qui veuillent vivre avec des aliénés; il est peu de médecins qui consentent à passer leur vie dans de pareils asiles , à moins que, par leur importance, ils n'offrent un aliment à l'amour-propre et à rinstruclion.
5° Les médecins recommandables ne manquent point à notre patrie; mais tous peuvent-ils être à la tête des maisons de fous? îl faut une trempe d'esprit particulière pour cultiver avec fruit celte branche de l'art de guérir; il faut avoir beaucoup de temps à sa disposition, et faire, en quelque sorte, abnégation de soi-même. Un médecin qui jouit d'une grande réputation, qui par conséquent a une pratique nombreuse, se chargera-t-il