EN FRANCE. ^3 I
I d'autres malades, avec des indigens, encore moins avec 1 des prisonniers.
De grands asiles sont préférables, sous tous les rapports, à quatre-vingt-trois hôpitaux départementaux.
En conservant et en améliorant les asiles actuels, il n'en resterait que huit à dix nouveaux à bâtir.
Dix asiles, à 5oo,ooo fr. chacun, coûteront cinq millions, taudis que soixante-douze hôpitaux spéciaux, qu'il faut bâtir pour qu'il y en ait un par département, estimés seulement à i5o,ooo fr. chacun, coûteront dix millions cinq cent raille francs.
Je ne saurais prévoir si les résultats des recherches et des réflexions consignées dans ce mémoire atteindront le but que je me suis proposé ; peut-être n'aurai-je écrit que pour moi. Si je ne puis être utile en espérant l'être, si je n'ai fait qu'un beau rêve, ce rêve du moins m'a laissé l'espérance. Nul doute qu'il suffit de faire connaître l'état déplorable dans lequel gémissent la plupart des aliénés, pour faire restituer à ces infortunés celle portion de soins et d'intérêt que la charité publique dispense, particulièrement en France, avec tant de munificence et de sollicitude, dans tous les établissemeus ouverts aux malades et aux indigens.
Dans ce qui va suivre se trouvent modifiés plusieurs passages qu'on prendrait pour des erreurs, si on jugeait ce résumé de l'état des aliénés en Fi ance d'après les nombreux changemens et les améliorations qui ont eu heu depuis vingt ans. Ce mémoire, au reste, ne fut pas sans quelque utilité plus tard.
DES MAISONS d'aLIÉNÉS
Avant de formuler les principes qui doivent présider à la construction des maisons d'aliénés , je crois devoir présenter un aperçu de ce qui existait autrefois et de ce qui existe aujourd'hui, j'indiquerai ce qui est mauvais, je signalerai ce qui est bon. On m'accusera de partialité nationale , j'affirme que je n'avance rien que je n'aie vu, ou que je ne puisse justifier par des documens manuscrits ou imprimés.
Platon admet une folie qui vient des dieux. Les
' Dans le mémoire qui précède, j'ai dit que je n'avais rien négligé pour connaître les établisseniens d'aliénés de la France; depuis l'époque à laquelle je l'ai publié, c'esl-à-dire depuis 1818 , j'ai de nouveau visité ces établissemens , j'ai vu ceux de la Belgique et de l'Italie, je me suis procuré le plan , la description et les réglemens des établissemens principaux consacrés aux aliénés, en Europe et en Amérique. Ces documens ne sauraient trouver place ici; toutefois ce que j'en dirai suffira pour indiquer ce qu'il reste à faire en faveur des aliénés, et poser les principes qui doivent présider à la construction des hospices destinés à ces malades. C'est d'après les principes que j'ai posés qu'ont été construits les hospices d'aliénés de RoueOi de Nantes , de Toulouse et de plusieui's autres villes de France et de l'étranger; on en a fait l'application aux hospices de Bicètre et de la Salpêtrière, c!t j'ai moi-même fait construite, d'après ces principes, une maison destinée ù uti petit nombre de malades.
médecins grecs, partagèrent cette opinion qui était populaire en Grèce. Hippocrate la combattit ainsi que les pratiques bizarres et superstitieuses de ses contemporains, Platon avait reçu cette croyance des prêtres égyptiens. Aux deux extrémités de l'Egypte, il y avait des temples dédiés à Saturne, où les monomaniaques se rendaient en foule et ou des prêtres secondaient la guérison de ces malades, par tous les moyens que l'hygiène peut suggérer. Ces sages institutions pour la guérison des aliénés firent la gloire des prêtres d'Egypte. Jamais peut-être, dit Pinel, on n'a déployé pour un but plus louable toutes les ressources industrieuses des arts, les objets de pompe et de magnificence, les plaisirs des sens, l'ascendant puissant et les prestiges du culte ^ Les Grecs et les Romains eurent aussi leur cérémonie religieuse pour combattre la folie. ^'
Le sensualisme du pagnanisme, ayant fait place aux principes sévères et presque mélancoliques du christia- , nisme , les idées religieuses et dominantes des peuples ayant changé, le délire de la plupart des fous changea de caractèrf^. Ces malades ne se montraient plus couronnés de fleurs, se disant inspirés des dieux, prédisant l'avenir; les fous devinrent plus malheureux, ils étaient frappés de terreur, déchiraient leurs vêtemens, s'enfonçaient dans les lieux solitaires erraient sur les tombeaux, criant qu'ils étaient au pouvoir du démon. On ne regarda plus les aliénés comme les favoris des
Trahd médico-philosoph. de l'aliénation mentale.
434 DES ivrAi^îfs p'a];iénés.
dieux, on les traita comme victimes du pouvoir des esprits malfaisans, dont les ministres de la religion se chargèrent de les délivrer. Il y eut des lieux consacrép au culte qui acquirent une grande célébrité pour la guérison des possédés. On trouve des traces de ces institutions jusqu'à nos jours, A la fia de cet article qn lira avec intérêt des délails sur |{\ singulière colonie des fous, établie de temps immémorial à Géélh en Belgique , où l'on se rendait, et où l!on se rend encore pour obtenir la guérison des insensés, par l'intercession de la ^a'inle Njmjj'ina. En lao-y ou J209, fut fondé à Paris le couvent, pour la rédemption des captifs. Saint Mathurin , patron de ce couvent long-temps avant cette époque , jouissait d'une grande renommée pour la guévison dç ces malades. Le docteur Haldat, médecin très distingué de Nancy, a publié un mémoire sur la guérison des aliénés opérée de tout temps par les curés de paroisse de Bonnet , village des Vosges. De tout temps on a conduit dans l'église de Caslel-Sarrasin, petite ville du Haut-Languedoc , des fous pour y être exorcisés, et guéris par les desservaus de cette église. «On sait qu'autrefois à Besançon, la fête du saint - suaire était célèbre par le concours nombreux d'aliénés sous le titre de démonomaniaques, qu'oa amenait de très loin pour être guéris, dans lidée que le démon ne pouvait manquer d'être chassé du corps 4es possédés par celte cérémonie religieuse. Une foui/e iffîmem^e de spectateurs placés en amphithéâtre autour d'un lieu élevé, quelques prétendus démoniaques contenus par des soldats, agités par de^ mouvcmeus de
DES MAISONS DAÊÎÉJr^g. 45^[
fureur, avec des contorsions effrayantes, des prêtrêsj en habits de cérémonie procédant gravement atix exorcismes ; dans l'intérieur de l'église, et hors àë la vue du vulgaire , les accens d'une musiquë guerrière ; à un signal donné une sorte d'étendard élevé dans les airs sous le nonï de saint-suaire, qu'on montrait à trois reprises au bruit du canon de la eu tadelle, la commotion profonde communiquée au peuple rassemblé qui criaif dans un excès d'enthousiasmer miracle! miraclel tel était le spectacle pompeux et sô'-" lennel qu'on donnait chaque année comme les effets d'une présence surnaturelle pour la guérison des démoniaques. Il est permis d'écarter tout ce qui peut tenir ail merveilleux dans cette ancienne coutume , s'il y a èti quelques guérisons, et de ne voir là que le résultat combiné de plusieurs impressions fortes, propres à produire sur quelques aliénés un« révolution profonde, et à faire dissiper les illusions d'une imagiriâition égarée ^ 5>
Les documens qui précèdent ne uotis disent pas à\ les fous étaient renferiTMîs; ils ne nous apprennent pas comment ces malheureux étaient logés, sefvis et traités. Ce n'est qu'en Orient qu-'on trouve les prémièi'es notions sur la séquestration des aliénés.
Dans Léon l'africain , se trouve la nomeriekfure dès divers hôpilaux qui existaient dans la ville dé Feez en Afrique pondant le vu' siècle. On Ht dans cette nomenclature qu'il existait à Feez, un quartier spécial pour les
' Pincl , /oco c/7,, pag. 354.
436 DES MA.ISONS d'aLIÉNÉS.
fous qui étaient contenus par des chaînes; il ne reste point d'autres traces à cet égard ni dans les temps antiques, ni dans les temps modernes, et ce n'est que vers le commencement du xvu^ siècle, qu'on s'occupa de ces infortunés d'une manière toute particulière.
On ne sait trop ce que devenaient aulrefois les aliénés; il est vraisemblable qu'il en périssait un très grand nombre. Les plus furieux étaient renfermés dans les cachots, les autres dans les couvens, dans les donjons, lorsqu'ils n'étaient point brûlés comme sorciers ou comme possédés du démon; les plus tranquilles erraient librement dans les villes, dans les hameaux, dans les campagnes, abandonnés, comme ils le sont aujourd'hui dans quelques contrées, à la risée, aux injiu'es, à la pitié ou à la vénération ridicule de leurs concitoyens.
Les chaleureuses prédications de saint Vincent de Paule, sur la chûrité, servirent puissamment la cause de l'humanité; partout à sa voix entraînante s'ouvrirent des asiles pour l'infortune; on fonda des hôpitaux généraux pour l'extirpation de la mendicité; les fous étaient vagabonds, on les arrêta; ils troublèrent l'hôpital général, on les retira dans un coin de la maison, et dans chaque hôpital il y eut un quartier pour ces malades; on fît de même dans les dépôts de mendicité créés vers le milieu du dernier siècle, et rétablis en 1808; on consacra un local particulier pour les malheureux atteints de folie.
Dans quelques provinces , on abandonna à ces malades d'anciennes maiadreries devenues inutiles. En 1600,
un prêtre dirigeait la maison des fous de Marseille : les désordres qui s'y commetlaient déterminèrent le corps municipal de cette ville à mettre cette maison sous la direction de magistrats nommés pour cet office; il en fut de même dans plusieurs autres provinces. En 1667, il y avait quarante»quatre fous déclarés incurables dans les petites maisons de Paris, retenus dans autant de cellules. Un arrêt du parlement de Paris du 7 septembre 1660 ordonna que l'hôpital général serait pourvu d'un lieu pour le renfermement des fous et folles qui sont ci-apres audit hôpital. Ces malades étaient encore reçus dans les Hôtels-Dieu, d'où, guéris ou non, ils étaient renvoyés. Dans beaucoup de provinces, les aliénés étaient renfermés dans des maisons religieuses, souvent confondus avec des libertins et des mauvais sujets; plusieurs congrégations religieuses tenaient de véritables pensionnats de fous; les frères de la charité en possédaient plusieurs. Dans le nord de la France , les frères Bonfils jouissaient en quelque sorte du privilège exclusif de soigner les fous; ils envoyaient dans les grandes maisons, auprès des personnes atteintes de folie, des frères pour les surveiller. Ils avaient de grands pensionnats à Lille, Armenlières, Mareville près Nancy, à Saint- Venant e» Artois. Dans un grand nombre de maisons religieuses disséminées sur tous les points de la France , on recevait quelques aliénés. Ces malades n affluaient point, comme aujourd'hui dans quelques villes, et particulièrement dans la capitale.
Howard, vers 1780, parcourut l'Europe, allant à la recherche xlc la manière dont étaient logés (!t traités les
433 DES a^AisoNs d'aliénks.
prisonniers Il donna une grande impulsion aux. idées philantropiques et aux sentiraens d'humanité; Howard *ivait rencontré des aliéiiés dans presque toutes les prisons, ilexprirna énergiquement son indignation contre une pareille commensalit:é. Le gouvernement de nos rois, qui ne resta jamais en arrière poifr tout ce qui était utilité, seconda ces ic|ées de bienfaisance.
La mauvaise tenue des hôpitaux die Paris, l'état déplorable des aliénés avaient depuis long-temps fixé l'attentiop publique. Une noble émulation pour le soula- .gement de toutes les infirmités humaines s'empara des esprits, il s'établit une sorte de concours pour l'améliof ^ition des hôpitaux, de grands noms figurèrent dans la lice; un grand nombre de mémoires furent publiés, des commissaires furent envoyés en Angleterre-. En 1774? Antoine Petit avait proposé la translation de l'Hôtel- Dieu de Paris, plus tard l'architectePoyet publia un vaste projet; l'hôpital B^aujon fut bâti d'après les vues indiiquées darjs le§ divers écrits qui parurent à cette époque ; le spft des aliénés ne changea point. On continua à ne voir dans ces malades que des forcenés dont il
• ^itae des priions, des hôpitaux, et des maisons de force, Paris, 1788, a vol. in-8, flg.
^ En 1787 , Soulavie, qui était allé en Angleterre pour des objets d'histoire naturelle, en rapporta une brochure ayant pour liire du Traitement des insensés dans l'hôpital de Bedlnm à Londres. Cette brochure fut traduite par l'abbé Robin, chapelain du roi, et publiée avec des remarques comparatives sur les soins donnés au\ insensés de Bicètre cl de ;a Salpètrière. Ces observations ne sont point i'avprables aux établisscmens de Paris, tandis que fauteur a exagéré la perfection dB ceux de Londres. Cet écrit cependant fixa l'attention publique sur nos aliénés, et ne laissa pas de produire aussi quelque i)ieu.
DEâ MAISONS D'ALIÉNiîS. /jScj
fallait se garer; on les laissa clans des cachots, des cabanons, et même sous des hangars, enchaînes sur là pierre.
Cependant, Louis XVI rendit une ordonnancé pour là réforme de l'Hôtel-Dieu et fit publier, en 1785, une instruction sur là manière de gouverner les insensés. Cette instruction avait été rédigée par Colombier. Les établissemens nombreux qui existaient à cette époque, n'avaient pour but, dit Colombier, que de rassurer le public contre la fureur des insensés, ces malades étaient renfermés dans des maisons de force pêle et mêle, les fous ftanquilles confondus avec les furieux enchaînés, sans qu'on songeât a administrer à ces malades le moindre; remède. Colombiersc plaint de ce que les aliénés sont errans , il accuse de cela le manque d'établissemens pour placer les foui;, le mauvais vouloir des communes, qui dans la crainte de payer des frais, ne éè hâtent point de prévenir l'autorité. Il reconnaît cependant que, dans chaque dépôt fie mendicité , on se proposait d'établir des quartiers séparés oîi devaiehl être admis et traités les insensés. Il est intéressant dé connaître où en étaient alors les idées sur les habitations convenables aux fous. L'instruction rédigée par Colombier se divise en deux parties. La première a pour objet, la nécessité de suivre pour le logement, et les soins à d.>nher aux insensés, un plan différent de ce qui se faisait jusque^ là. La seconde traite de la marche générale à suivre dans le traitement.
Ce médecin veut qu'un pareil établissement èoit en bon air, pourvu (Veau salubre , de pi'omenoirs plantés
44o DES MAISONS d'aLIÉNKS.
d'arbres , qu'il soit divisé eu quatre corps de logis afin de jjouvoir séparer les différentes classes des fous. Il demande un quartier pour les furieux, un autre pour les tranquilles, un troisième pour les imbécilles et le quatrième pour les convalescens. Chaque quartier aura une formé carrée, avec une cour au centre dont les quatre côtés seront bâtis à rez-de-chaussée , ayant intérieurement une galerie couverte sur laquelle s'ouvriront les logemens. Aux. quatre angles de chaque quartiers seront des salles de réunion. Le reste sera divisé eu cellules de huit pieds carrés éclairées par une lanterne grillée placé dans la voûte de chaque cellule. Au centre de la cour s'élèvera un bâtiment pour les bains. Sous chaque cellule régnera un conduit pour recevoir les immondices des latrines qu'il doit y avoir dans chaque cellule. En outre au milieu de cbaque face des carrés, on établira des latrines communes. A la porte de chaque cellule on doit sceller un blanc en piêi're et dans l'intérieur, il doit s'en trouver un autre également en pierre et scellé. Chaque cellule sera meublé d'un lit en bois scellé dans le mur ; la literie se composera d'une paillasse et d'un traversin en paille d'avoine et d'une couverture. On fixera aux lits quelques anneaux de fer en cas de besoin.
On s'étonne de lire dans celte instruction que la plupart des gens qui gardent les fous après un certain temps deviennent imbécilles et même maniaques, ainsi qu'on peut s'en assurer, ilit Colombier , à Biccire et à la Salpêtrière. Je n'ai observé, depuis /|0 ans, rien qui confirme celte opinion (jui néatunoins a quel([ue cicdit
DES MAISONS d'aLTÉNÉS. 44 1
encore dans plusieurs pays , particulièrement en Allemagne.
La boisson habituelle des aliénés, continue l'instruction, sera la décoction d'orge édulcorée avec la réglisse, ou acidulée avec la créine de tartre. Le vin ne sera permis que par exception. L'eau-de-vie jamais. Les fous auront de la viande deux fois par semaine , les autres jours leur nourriture se composera de légumes, tel que carottes , concombres, oseille, chicorée, fèves, lentilles, en observant de ne pas donner deux fois par jour des légumes farineux. Chacun recevra une livre et demie de pain par jour, et ceux qui refuseront les alimens solides, auront droit à une pinte de lait. Ce régime devrait aujourd'hui être adopté dans beaucoup déniaisons.
On donnera une chemise blanche tous les huit jours, les hommes et les femmes seront vêtus d'une robe longue fermée par le bas , d'une camisole , d'un pantalon et d'un bonnet d'hommes. Ces vêtemens seront en toile, doublés en laine pendant l'hiver. I^a tête des malades sera rasée, soit pour prévenir la vermine, soit pour que les lotions d'eau froide soient plus efficaces.
Les officiers de santé feront la visite tous les jours, et prescriront à chaque malade le régime et les médicamens. Les heures du coucher , du lever, des bains, des repas seront fixées par un règlement. Pendant l'hiver les salles de réunion seront chauffées. J'ai insisté sur cette instruction, publiée en 1786, parce qu'elle est l'expression de ce qu'on avait imaginé de mieux à cette cpo([ue, en faveur des malades aliénés.
44^^ DES MA.ÎSOICS d'aliénés»
Malgré tant de recherches, tant de travaux, tant de dissensions et tant de projets, le sort des ahénés ne changea pas.
En 1786, Tenon dit que les seuls hôpitaux les plus proches de la capitale où l'on traitât les maniaques étaient Lyon et Rouen. Au grand Hôtel-Dieu de Lyon, on s'était ménagé trente-huit chambres où l'on recevait les fous pendant leur traitement, après quoi ils étaient renvoyés. A l'hôpital général de Rouen , on s'était procuré quatre - vingt-cinq loges, trente - cinq pour les hommes et cinquante pour les femmes.
A Paris , les riches et les pauvres étaient traités à l'Hôtel-Dieu, dans deux salles situées au premier étage^ une salle pour les hommes, une pour les femmes : on y plaçait même 1rs hydrophobes.
« Comment a-t-on pu espérer, s'érrie Tenon , qu'on pourrait Irailer des aliénés dans des lits où l'on couché trois à quatre furieux qui se pressent, s'agitent, sé battent, qu'on garrotte, qu'on contrarie, dans des salles infiniment resserrées, à quatre rangs de hts, où) par un malheur inconcevable, on rencontre une clie* minée qui n'éteint jamais, un fourneau pour chaufier les bains , etc. ? » '
Le traitement de l'Hôtel-Dieu consistait en saignées copieuses, douches, bains froids; quelquefois aussi Ott employait l'ellébore, les purgatifs, les autispasmodi^ques : après un ou deux mois^ ces malheureux étaietit rendus à leurs familles, ou dislrihués dans quatre msm-
' Mémoires su f' Ibs ftdfrilMeX eii Parts. PWis, i';Sf6 , » ^è' ^
DÈS MAISONS d'aLIÉNI^S. 443
;ons publiques et dans dix-huit maisons particulières dans les proportions suivantes :
Hôtel-Dieu y 4
Salpêtrière 3oo
Bicôtre aSo
Charenton y 8
Petites-Maisons 44
Dix-huit maisons particulières. 283
Total. . . 1009
Ainsi, il n'existait, à proprement parler, à Paris, i aucun établissement pour le traitement des aliénés, lorsjquc Tenon , ce respectable ami des pauvres, proposait ide retirer les fous de l'Hôtel-Dieu, et de disposer dans l'hôpital projeté un pavillon pour deux cents aliénés, 'Savoir: quatre-vingts lits pour les hommes, cent vingt pour les femmes. Tenon était loin d'avoir atteint le :but qu'on doit se proposer lorsqu'on veut loger, contenir, diriger, soigner et traiter des aliénés. Car il proposait un long corridor avec des loges et des chaînes à chaque côté. Cependant Tenon avait visité les plus beaux et les plus renommés hospices de Londres et de l'Angleterre, mais depuis lors, nous avons dépassé les Anglais , qui viennent étudier chez nous, aujourd'hui, ce que nous allions chercher chez eux il * y a plus d'un demi-sièrle.
Alors fut déterminée la construction de la portion de l'hospice de la Salpêtrière consacrée aux femmes aliénés; et en même temps que Louis XVT faisait en- ! fouir sous les ruines des cachots souterrains, dont il
444 DES MAISONS d'alignés.
avait ordonné la destruction , les instrumens de la Ion ture qu'il venait d'abolir , ce monarque ordonna lî construction des loges de la Salpêtrière. M. Viel , ar< cliitecte des hôpitaux civils de Paris, fut chargé d( cette grande entreprise, nouvelle en France, dont i n'existait nulle part de modèle. Cet habile arcliitecU devina en quelque sorte ce qui convenait à une maisoD d'aliénés, et s'il ne construisit pas un établissement sans reproche, il faut s'en prendre au temps, car on ignorail alors les vrais besoins des fous; en ne renfermait que les furieux, contre lesquels on réclamait des moyens d( force. Aussi fit-il sceller un anneau pour y suspendre des chaînes, au mur des loges ^ contre lequel sont adossés et fixés les lits. M. Viel avait compris les avan-t tages des bâtimens isolés, des rez-de-chaussée, des petits dortoirs ; il n'avait rien prévu pour le chauffage,' mais à l'époque à laquelle il bâiissait, on ne soupçonnait pas que les fous pussent avoir froid. M. de Liancourtj loin d'avoir donné le çlan ou le programme de cette construction, comme on l'a écrit, se montra sévère contre l'œuvre de l'architecte.
En 179T, le duc de Liancourt fit, à l'assemblée constituante*, au nom du comité de mendicité, plu-: sieurs rapports qui ont fait honneur à la philanthropie de cet homme de bien , qui n'a cessé depuis de servir la cause de l'humanité. Dans ses rapports, les maisons et les hospices des aliénés ne sont pas oubliés. Mais
* Plan de travail et rapport du comité pour l'extinction de mendicité, sut les prisons cl les hôpitaux, présentés à l'Assemblée nationale, Paris, 1 79<\ iu-8".
DES MAISONS d'alIÉNI^S. 445
icoutons le rapporteur qui, en quelques mots, résume mauvais état des élablissemens d'aliénés : « Aux vices de localités, à l'absence de tout traitement, au trop ^rand nombre d'individus réunis dans un trop petit espace, il faut ajouter les contradictions continuelles qu'éprouvent les fous entièrement livrés à l'agacerie des curieux qui les visitent, et aux mauvais traitemens des iSinployés qui devraient les servir. «
Le plan de Tenon, les projets plus étendus de Lianxourt, les aperçus législatifs de Cabanis furent négligés, on perdit de vue les uns et les autres; d'autres 5oins occupaient les esprits et le gouvernement, les amis de l'humanité eurent à gémir et sur le bien qui me se faisait pas, et sur les maux qui menaçaient la patrie.
Cependant Piuel fut nommé médecin en chef de Eicêtre, en 1792. Une inspiration heureuse porta ce célèbre médecin à donner ses soins aux fous qui, après avoir été déclarés incurables, étaient admis dans cette maison. Pinel fut secondé par le zèle de Pussin, excité par Thouret, qui sera long- temps regretté de tous les amis des sciences médicales. L'administration accorda lune infirmerie particulière pour les insensés malades, iqui auparavant étaient transportés dans l'infirmerie de la prison. Elle améliora leur régime alimentaire. Quatrevingts maniaques habituellement enchaînés furent délivrés de leurs chaînes; rendus à un traitement plus
' Quelques principes et quelques 'vues sur les secours publics, — Observations sur les hôpitaux, t. 2 , de ses OEiivies, Paris, 1 823, iu-S°, p. « 88 et suivantes.
DES MAISONS d' ALIÉNÉS.
doux et plus bienveillant, plusieurs furent gue'ris. Les idées du temps dénaturèrent l'importance de la rupture des chaînes qui accablaient et irritaient les fous de Bicêtre, le succès obtenu par le médecin savant et arûi du malheur, devint un trophée pour les agitateurs; mais ce succès fut un grand et bel exemple qui servit puissamment la cause des aliénés.
Quelque temps après, en 1797, le Lycée des arts de 1 Paris, sur le rapport d'un médecin recommandable , mais mal informé, accorda une médaille d'encouragement h un ancien administrateur de l'hôpital des insen-' ses d'Avignon. Ce fut une petite comédie jouée poiïri réjouir les patriotes du midi. Jamais cet hospice n'avait joui, même à Avignon , d'une réputation qui jusfi*fiât une pareille distinction. Fodéré, qui a long-temps 1 habité dans ces contrées, est loin de le penser. Lorsque 1 j'ai visité cet hospice, tout m'y a paru contraire crtti succès du traitement des aliénés; mais je dois ajoutei^i que depuis, des améliorations de tous genres ont fait de cette maison un bon établissement. Nous regrettans que ce ne soit pas ici le lieu d'en donner kl description. v
La tourmente révolutionnaire qui détruisit toutéSi les institutions de bienfaisance, n'épargna point l'étal* S blissement de Charenton, dirigé par les frères de ht Charité. Un arrêté du directoire ( 1 5 juin 1797) ré-'^ tablit cette maison ; les bàtimens furent disposes poUrt recevoir et traiter les aliénés des deux sexes ; l'administration fut confiée à un directeur ; M. Gastaldi futi nommé médecin de cette maison, Pinel n'ayant
DES MAISONS d'aLIÉNIÉS. 44^
ise décider à quitter ses pauvres, ses élèves et l'hospice de la Salpêtrière, dont il était devenu médecin en chef. Ipeux jours après un nouvel arrêté défendit l'admission ià l'Hôtel-Dieu des aliénés, qui jusque-là étaient trai"tés dans cet hôpital; cet arrêté prescrivit l'évacuation dos fous qui étaient renfermés dans l'hospice des Petites- Maisons, et ordonna que trente femmes et cinquante hommes pauvres et aliénés , seraient traités à Charenton aux frais des hôpitaux civils de Paris , et qu'après trois mois de traitement, les aliénés qui ne seraient point guéris seraient transférés les hommes à Bicètre, et les femmes à la Salpêtrière. Vainement le conseil général des hôpitaux de Paris, réclaraa-t-il un local spécial pour le traitement des aliénés des deux sexes pauvres et à la charge publique. Dans l'impuissance de mieux faire , ce conseil dirigea tous ses soins à améliorer les quartiers de Bicêtre et de la Salpêtrière destinés aux aliénés de ces hospices. Pinel organisa à la Salpêtrière le traitement des folles, et y fit l'apphcation de ses principes. Les épileptiques de cet hospice furent séparées des femmes aliénées, et placées dans un bâtiment indépendant des constructions de M. Viel.
Le terrain du quartier des loges fut augmenté de quatre arpens plantés pour un promenoir ; on établit une salle de bains et de douches , une infirmerie pour les maladies accidentelles , des dortoirs pour les mcurables tranquilles et propres, pour les convalescentes, un ouvroir, etc.; le traitement des folles prit une forme pus régulière, une marche plus assurée sous la directioû de Pinel, secondé par feU Pnssm , qu> était
448 DES MAISONS d'aLIÉNÉS.
passé en qualité de surveillant , de Bicêtre à la Salpêtrière.
En 1806, les aliénés pauvres cessèrent d'être reçus à Charenton, les femmes continuèrent à être traitées à la Salpêtrière, les hommes le furent à l'avenir à Bicêtre; on fit construire dans cet hôpital un hdtiment, dit du conseil, élevé de trois étages; chaque étage était divisé en deux salles séparées par un escalier qu'il fallut entourer d'une grille pour prévenir les accidens. On joignit à ce bâtiment une salle pour les bains et les douches, une salle pour les réunions, une rangée de dix cellules pour les aliénés furieux. Le préfet de la Seine , à la fin de 1 8 1 2,fot^ma une commission spéciale, qui eut pour mission de constater l'état des maisons où étaient reçu les aliénés et le nombre de ces malades dans le département de la Seine; lesévènemens de cette époque rendirent inutiles le zèle et les premiers travaux de cette commission; mais en 18 19 le ministre de l'intérieur, dans le rapport annuel fait au roi, expose le mauvais état des aliénés en France et propose des moyens pour améliorer le sort de ces malheureux.
L'année suivante, le successeur de ce minisire nomma une commission qui cessa de se réunir en 1821 ; cette commission ne fut pas sans utilité pour les aliénés , elle rédigea une suite de questions sur chaque établissement de France où les fous étaient reçus, elle rédigea une instruction sur le régime el la direction qui convenaient à ces malades; les questions et l'instruction furent envoyées à tous les préfets; l'instruction fut mise à exécution partout où les localités le permirent. Un grand
DES MAISONS d'aLIÉNÉS. 44()
nombre de préfets répondirent aux questions; mais le rapport qui devait résumer les réponses ne fut point hi[. La commission prépara le programme d'un établissement d'aliénés , tant pour le matériel que pour le personnel. Cette commission imprima une nouvelle impulsion en faveur des aliénés. De grands établissemens furent projetés et bâtis dans plusieurs provinces; des améliorations immenses furent commencées et cbangèrent totalement les divisions des aliénés de Bicêtre et de la Salpêtrière : le terrain de ces divisions a été agrandi de plusieurs arpens, les anciens bâtimens ont presque tous disparu , de nouvelles consiructions plus vastes, mieux distribuées, plus commodes, plus aérées, plus saines ; des galeries , des promenoirs couverts, des cours nombreuses plantées d'arbres, ont remplacé les cacliots humides, privés d'air, de lumière, et les cours étroites, à tel point que ces divisions ne seraient plus reconnaiisables pour celui qui les aurait vues il y a lyo ans. Autrefois ces deux divisions avaient l'aspect d'une prison et d'une prison affreuse; aujourd'hui on les visite sans effroi, sans terreur, sans avoir le cœur brisé, et on se retire consolé en voyant tant de soins prodigués au malheur, tant d'heureiuses dispositions favorables au soulagement et à la guérison de la plus affligeante des maladies. Des changemens égalementjieurcux se sont opérés dans la division des femmes aliénées de la maison de Charenlon , et le gouvernement a sous les yeux , dans ce moment, des projets étudiés depuis long-temps pour la division des hommes aliénés de cette maison qui réclame une reconstruction entière.
Ce serait ici le lieu de donner la description de ces
45o DÉS MÀIéONS D'ÀLÏlÎPrlKS.
trois établlssemens , mais je sferais entraîné trop loin. Je renvoie à l'ouvrage sur les établissemcns d'aliénés iea général que j'espère publier incessamment; je conserve VHistoire statistique de Charcnton , parce qu'on pourra y consulter avec utilité le règlement qui légit ce grand établissement.
Les notices suivantes sur les principaux établissémens de France feront connaître l'étal ancien des aliénés chez nous, et apprécier les améliorations de tout genre dont les malades sont l'objet depuis l\o ans.
Avignon. — L'influence qu'eurent les premiers travaux de Pinel ne s'est pas bornée à Paris. Depuis l'an i 800, l'hospice d'x\vignon s'améliora d'un quartier neiif, et plus tard de l'addition de la maison des Pénitens de la Miséricorde, qui devint le quartier des femmes. Depuis dix ans, cette maison s'est agrandie de beaucoup de terrains et de vieux bâtimens eoutigus destinés à recevoir des constructions nouvelles. La situation de cet établissement , àU pied d'un rocher, l'expose à des accidens fâcheux et lui donne un aspect pénible. Le sol pierreux, ingrat, laissé peu d'espoir de faire des plantations et d'y voir une végétation abondante qui gdrantisse des ardeurs du soleil. Les cellules, au rez-rlëchaussée, s'ouvrent sur une galerie, mais ne sont pas suffisamment ventilées. En général, les portes sont a^^ mées de trop de fer. Cet établissement, du reste, est remarquable par la propreté, par la bonne tenue et j)ar son excellente direction.
' Rouen. — Les aliénés de Rouen étaient re nfermés dans la prison appelée Bicétre et dans l'hôpital général ou biiveau des pàui'rcs. Dans \a prison, cesmàladesbabitaient
BES MAISONS d'aLIÉNÉS, 45 1.
deux bâtimens à rez-rle-chaussée,ayaut chacun une cour: ils avaient été construits sous l'administration de M. de Crône. Toutes mauvaises qu'étaient ces habitations, le docteur Vjntrigné , médecin de la prison, fit dès 1819 plusieurs tentatives heureuses pour la guérison dës aliénés détenus à Bicêtre de Rouen. En 1802, on bâtit deux cours nouvelles dans l'hôpital général; cês coufs humides offraient une double rangée de cellules en bôis on ne peut pas plus mal faites. Elles étaient destinées pour les furieux. Les efforts souveht renouvelés du doèteur Vigné , médecin distingué de Rouen, et alors médecin en chef à l'hôpital général, avaient obtenu en 181 5 deux baignoires et un appareil de douches pour le traitement des aliénés. Ce médecin zélé introduisit la camisole de force , fit de grands efforts pour organiser uh traitement régulier; il obtint dés succès, mais il fiit contrarié et donna sa démission. Le conseil général de la Seine-Inférieure, sur l'invitation de M. Siniéon préfet, vota des fonds considérables jDcJur une niaisoh destinée à recueillir et à traiter leâ aliénés du dépàrleméiil. On fit choix de l'ancienne abbaye dès religieuse^ Ûe Saint- Amand , dans laquelle M. de La Salle , fondatédr des frères des écoles clit'étiennes, avait transporté sbh noviciat vers la fin du mois d'hbût 1705. Outi-e lë Noviciat des religieux , Saint-Yoii réunissait dahs sôh éàceinte des pensionnaires de différentes classes, hek âltênés et les épileptiques étaient reçus datls iine paHic de l'établissement. Supprimée en 1792, la maison de Saint- Yon servit successivement de prison révolutionnàiré, d'arsenal, de maison de détention pour les Espagnols. En 181 5t , elle devint un dépôt de mendicité, et èrl i8i4 ,
45a DES MAISONS d' ALIÉNÉS.
un hôpital militaire. Saint-Yon fut définitivement consacré à un asile pour les aliénés du département de la Seine-Inférieure en 182 1 .M. Desportes et moi nous fûmes invités, par l'administration, à nous rendre à Rouen pour prendre connaissance des localités et pour étudier les plans rédigés par M. Jouannin architecte du département, et qui était chargé de diriger les consti'uctions. M. de Vanssay, successeur de M. Siméon , activa les constructions avec tant de zèle , que l'asile de Saint- Yon, commencé en 1811 , fut ouvert le 1 1 juillet iSaS. Cinq cours, destinées à renfermer les aliénés les plus agités des deux sexes, chacune entourée de trois côtés par des cellules à rez-de-chaussée qui s'ouvrent sur une galerie intérieure soutenue par des colonnes, furent d'abord construites. Ces cinq cours ou préaux sont fermés d'un côté par une grille élégante qui laisse errer la vue sur les j^irdins. Un bâtiment contenant deux salles de bain, de^ appareils de douches, une machine à vapeur, les réservoirs qui doivent fournir l'eau à tout l'établissement , sont élevés au point central de l'ancienne abbaye et des cinq préaux nouvellement construits. On arrive à ce bâtiment , et par conséquent aux salles de bain, par des galeries. L'ancien couvent de Saint- Yon fut réparé, approprié et distribué en dortoirs, en réfectoirs , en ouvroirs et salles communes pour les aliénés tranquilles ou paralytiques. Il est fâcheux que par des vues d'économie on ait conservé ces derniers bâtimens au préjudice de l'exécution du plan général tracé par l'architecte. Ce bel établissement manque ainsi d'harmonie, d'ensemble, et est moins favoiable pour k service et pour la surveillance. Néanmoins l'asile de
DES MAISONS d'aliénés. 4 53
Saint- Yoa est un des meilleurs établissemens d'aliénés. On y admire l'ordre et la discipline qui furent introduits dès le début par le docteur Foville, élève de la Salpêtrière, nommé médecin en cbef del'asile, sur la présentation que j'en fîs,d'après l'invitation de M.le préfet.
Cet asile est administré par un directeur, sous la surveillance d'une commission nommée par le préfet. Des religieuses dirigent les services; des élèves en médecine secondent le médecin en chef. Un chirurgien est chargé des maladies externes. Le docteur Parchappe remplace M. FoviUe. Ces deux médecins ont publié, l'un et l'autre, d'excellens travaux sur les affections cérébrales \ Si M. Foville a donné une excellente impulsion à cet établissement , M. Parchappe^ l'a honorablement continuée. M. le docteur de Boutteville, directeur de l'établissement, a fait connaître en 1 835, dans une excellente notice statistique l'asile départemental des aliénés de la Seine-Inférieure. D'après cette statistique , cet établissement a acquis un accroissement si rapide que, au i"' décembre iSsô, on comptait, à Saint-Yon, 8i malades aliénés, savoir : 89 hommes et 4*2 femmes; tandis que, au 3i décembre i834, l'asile renfermait 455 aliénés, savoir: 221 hommes et aS/j femmes. M. J3outteville fait remarquer que le choléra n'épargna pas les aliénés en i832, que 2 hommes et I r femmes succombèrent à l'épidémie. Dans ce même espace de te.nps, de 1 8^5 à 1 834, il a «té admis dans
' Voyez k's cxcclleiis articles sur les maladies meululcs faits par M. Foville dans le Dictionnaire de médecine eC do c'iiruroic ppaliques. ^ l'iuchappi;, Recherches sur l'encéphale, Parii, i8.-!6,
^^^^ MAISONS bVlIÉNÉS.
cet établissement i/|38 aliénés, savoir: 737 hommes çt 701 femmes.
Les aliénés admis à Saint-Yon se divisent en quatre catégories : 1° Jes pensionnaires payant de 4^° à i5oo fr. par an; 2" les aliénés envoyés des départeinens voisins, moyennant 4^0 fr. de pension; 3° les malades placés par les communes ou hospices de la Seine-Inférieure, au prix de 35o fr. ; 4° enfin , les indigens appartenant à des communes ayant moins de 10,000 fr. de revenus et n'ayant point d'hospice.
bordeaux. — L'hôpital des aliénés de Bordeaux est situé au sud-est de la ville , dans une belle exposition et isolé des quartiers populeux. Il est généralement connu sous le nom de Couuent de Force; cette maison était anciennement destinée à la répression des filles et des femmes arrêtées par la police. Les fous y avaient un quartier, ainsi que dans l'hospice des En fans-Trouvés. Ces malheureux étî^ient aussi renfermés à l'Hôtel-de- Ville et au fort duHâ. En i8o3, les aliénésfurent réunis au Couvent de Force. Les anciens bâtimens furent occupés par les religieuses, la pharmacie, l'église, deux dortoirs et quelques chambres pour des aliénés pensionnaires et tranquilles. Les deux dortoirs plafonnés et bien aérés contiennent vingt-six lits. On bâtit d'abord des cellules des quatre côtés d'une grande cour carrée, plantée, divisée en deux par une grille et par un pavillon au centre pour les bains et les douches; plus tard, on ajouta à cette première construction trois cours entourées de cellules. Chaque cour a son chauffoir vaste et bien aéré, elle est plantée d'arbres. Ce premier quartier fut cjéfini-
DES BIAISONS d'aLIÇNÉS. 455
tivement réservé pour les hommes, lorsqu'on eut construit, en 1819 et 1820, une division pour les femmes, composée aussi de quatre préaux, entourés de cellules. La division des hommes est séparée de celle des femmes par un grand jardin et par les anciennes constructions dont j'ai parlé plus haut. Toutes les cellules sont au rez-de-chaussée; elles sont grandes, remarquables en ceci , que , au-dessous de l'appui de chaque croisée , on a établi un siège d'aisance qui, s'ouvrant sur la cour, est débarrassé du vase en dehors de la chambre.
Les religieuses qui dirigent l'établissement appartiennent à la congrégation de Nevers; ces dames ont établi et maintiennent i;n ordre, une propreté admirables; et loin de permettre que les serviteurs abusent des moyens de répression , elles font régner partout la douceur , l'humanité, la bienfaisance. Les malades y jouissent de toute la liberté possible. Un médecin en chef, M. Révolat, et un adjoint, deux chirurgiens, sont chargés du service médical. La nourriture est bonne et abondante, elle est la même pour tous les habitans de la maison; les pensionnaires ont du vin. Les alimens sont distribués à six heures du matin, à midi et à cinq heures du soir pendant Tété; à sept heures, à onze heures et à quatre heures en hiver. Les pauvres sont servis dan,s des vases d'éluin et de ferblauc; les pensionnaires dans la faïence, ceux-ci doivent avoir une coupe d'argent.
On reçoit dans cette maison, oulri; I03 pauvres, des pensionnaires à divers prix de pt;nsion : a^a payaient luoo fr. en i^i'j. Pendant long-temps les aliénés ne pouvaient être admis qu'après avoir été interdits; i
résultait de là des accidens graves, plusieurs d'entre eux étaient forcés d'aller au loin pour chercher un asile, et les pauvres étaient enfermés dans le fort du Hâ ou à l'Hôtel-de -Ville, jusqu'à ce que le procureur du roi ou la famille de ces malheureux eussent fait prononcer leur interdiction. Maintenant les parens s^adressent au maire du domicile de l'aliénéjunc enquête est faite pour constater l'état mental du malade, les pièces sont envoyées au préfet, qui ordonne l'admission, laquelle n'est définitive qu'après le vu des membres de la commission, chargés de la maison des aliénés. Eu 1809, on comptait dans le couvent do Force de Bordeaux 58 aliénés, savoir: ^'j homines et 3i femmes. En 18 17, laS aliénés, savoir: 47 hommes et 78 femmes. En 1826, les aliénés du département de la Gironde qui ne pouvaient être admis dans la maison de Bordeaux, les pauvres, les furieux , les infirmes étaient renvoyés à l'hospice de Cadilhac, petite ville à 7 lieues de Bordeaux. Ces malades, jusqu'à ces derniers temps étaient très mal dans cette maison. J'ai souvent entendu e;émir les excellentes sœurs de la Sagesse qui le dirigent. On y a fait des améliorations considérables depuis quelques années. Les anciens bâtimens ont été restaurés et blanchis ; ils sont occupés par l'administration, les religieuses et quelques aliénés : au-delà se trouve un jardin; sur les côtés, on a bâti deux préaux pour chaque sexe, avec des cellules d'une seule rangée, avec un étage. L'un de ces préaux est occupé par les pensionnaires, l'autre p;u" les pauvres. Cet établissenient contenait, le 3i décembre t835, 209 aliénés. Le docteur Villain est le médecin des aliénés.
DES MAISONS d'aLIÉJTÉS. 4^7
Montpellier. — Les aliénés à Montpellier élaienl ren- I fermés dans l'hôpital Saint-Eloy, dans l'hospice du Saint- ! Esprit et dans le dépôt de Mendicité. Dans l'hôpital Saint- ! Eloy, qui sert à la clinique de la Faculté , il y avait dix- 1 huit loges bâties autoui- de deux petites cours cachées ( derrière les grands bâtimens de l'hôpital. Les furieux, en- 1 voyés dans l'hospice , étaient enchaînés , les fous tran- !. quilles étaient confondus avec les pauvres de l'hospice. : Les aliénés de Saint-Eloy, occupaient deux cours ex- I trêmement étroites et recouvertes d'un vitrage. Rare- 1 meut les hommes pouvaient sortir de leurs cellules, les 1 femmes habitant les mêmes cours. Ces malheureux t étaient d'ailleurs bien soignés, traités avec douceur par 1 une religieuse, qui vivait au milieu d'eux. L'adminis- I tration des hospices de Montpellier ordonna la con- : struction d'un quartier spécialement destiné aux aliénés, ( dans l'hospice du Saint-Esprit. La première pierre fut I posée en 1821. Les hommes furent transférés, en 1822, ' dans le quartier qui leur avait été destiné. Ce quartier se I compose d'un préau entouré d'une galerie élégante, : soutenue par des colonnes en pierre, et sur les quatre ' côtés de laquelle s'ouvraient les cellules. Il fut augmenté ' en 1823 d'un dortoir pour les aliénés tranquilles et de salles communes. Les femmes, en 182/1, prirent possession de leur quartier, semblable à celui des hommes. On y ajouta des dortoirs, des salles communes et de travail; enfin, on établit pour les deux quartiers des salles de bain, de douches, des promenoirs, etc., etc. Les cellules ont trois mètres vingt centimètres de longueur. Elles sont voijtées; malheureusement les teriê-
4^8 DES MAisoirs d'aliénés. l
très sont petites à côté des portes; depuis peu on a fait ' une contre-ouverture en face de la porte, les cellules i sont meublées d'une couchette en bois , d'une table et t d'une chaise. La couchette des furieux a la forme d'une & caisse fixée au mur et au pavé. On avait primitivement > établi des latrines dans chaque cellule, on les a suppri- mées. M. Rech, professeur à la faculté de Montpellier, fut chargé du service médical de cet établissement. Il organisa le service qu'il a dirigé depuis avec autant de savoir et de dévoûment que de succès. Ce professeur fait 4es leçons cliniques sur les maladies mentales, et ajoute ainsi un enseignement de plus à celui de la célèbre école de Montpellier. Il a eu le bonheur de détruire dos préjugés funestes aux aliénés dans un pays où les uns regardaient ces malades comme des maudits de Dieu, d'autres comme des protégés du ciel, et où tout le monde les croyait incurables. L'établissement a prospéré à tel point que M. Rech n'avait trouvé d'abord que 29 aliénés; il constata qu'au 29 décembre 18^5, il en existait -yô; il y eut 106 admissions pendant les troisi aunées suivantes. Sur ce total de 181 aliénés, savoir: 1 10 hommes et 7 1 ft-mmes. Au mois de décembre 1 835,, la population s'était élevée à i58 aliénés, 76 hommes, et 63 femmes. M. Rech a publié dans les Ephéniéridest médicales de 1826, la d{'scri|)tion et le plan du quarr tier des aliénés de l'hospice du Saint-Esprit^ ainsi que les résultats de sa praliqne. M. Crcuzé de Lesser fils, dans sa belle Statistique du département de V Hérault^ donne aussi de grands détails sur cet établissement. *
' Statistiiiue du département de PHérault, i8a4.
Marseille. Depuis plusieurs siècles, la capitale de la Provence avait un hôpital où étaient reçus les insensés et divers autres malades qui ne pouvaient être admis dans les hôpitaux de la ville. Après plusieurs vicissitudes, cet hôpital fut fixé où il est aujourd'hui, dans une ancienne maladrerie, dans le fauhourg nord, qui porte, comme lui , le nom de Saint-Lazare. Cet hôpital longe la grande route d'Àix , fait façade sur le chemin , et occupe cinq arpens et huit perches. En 1698, époque de sa dernière fondation, le piaire et les échevins de Mar-
;seille rédigèrent un règlement qui fut confirmé ainsi que la fondation de l'hôpital par lettres-patentes de 1699. Le bureau tenu le mai 1729, ajouta quelques
: nouvelles dispositions au règlement qui a ceci de remarquable : H n'y est nullement question des soins
i médicaux à donner aux aliénés, ni de l'intervention judiciaire pour l'admission de ces malades dans l'hospice; l'administration municipale intervenant seule. Kaymond ' constata qu'il existait 96 aliénés dans cet établissement, en 1769. Cette maison, qui était dans un état déplorable a été augmentée en 1816 de deux
I maisons contiguës aux anciens bâtimens qui donnent sur la voie publique. Elle se compose de deux préaux bâtis de deux côtps au rez-de-chaussée avec un étage. Lps cellules sont tantôt voûtées, tantôt plafonnées; elles s ouvrent sur une galerie dans la cour des femmes. L'étage supérieur est immédiatement sous le loil. La cha-
< Içur et la sécheresse s'y font vivement sentir pendant
' 'topographie médicale de Marseille , dans les Mémoires de la société «•«yale de Médecine.
46o ©ES MAISONS d'aliénés.
l'été. Quelques cellules sont dallées en pierre, quelque autres carrelées, plusieurs sont planchéiées. Chaqui Gour a deux grands arbres et une fontaine. Dans 1 quartier des femmes se trouvent la cuisine, la buanderi assez mal construites. Les maisons acquises depuis ving ans environ ont deux étages. Chaque étage est divisé pa*^ un corridor à double rang de cellules. Cbaque malad couche seul, quelquefois on en met deux dans une seul cellule. La couchette se compose de tréteaux tantôt e bois, tantôt en fer sur lesquels on assujétit des plan chi>s; la literie consiste en paillasse, matelas, traversin draps et couvertures. Pour ceux qui salissent, on r donne que de la paille. Le docteur Liotard est dejni près de trente ans médecin de cette maison. Depuis di ans le nombre des aliénés ayant augmenté considérr|| blement, l'administration de Marseille a fait disposer M maison de Saint-Joseph , dans le faubourg de ce non : pour les idiots, les épileptiques et les aliénés tranqui les. M. Guiaud en est le médecin. Les furieux , ! aliénés agités sont restés à Saint-Lazare. Ces deux ma sons sont desservies par des religieuses, sous la su veillance de l'administration des hôpitaux dcMarseill Le maire, le préfet, le procureur du roi prononce l'admission, et le séjour des malades n'est définitif qu près leur interdiction. I/on y reçoit des pensionnair f pauvres, des départemeiis voisins, aux frais de ces ni mes départemens; des pensionnaires pour lesquels I familles paient, après être convenues du prix avec l'a ministration des hospices. Ce prix est variable. L'( distribue aux malades, matin et soir, une soupe; ai
BES MAISONS d'aLIÉNKS. 4^1
i hommes, sept hectogrammes et demi de pain; aux femmes, six hectogrammes. Douze décagrammes de ^^iaude sont donnés à chaque malade trois fois la semaine, et tous les jours douze décilitres de vin. I En i8ii, il y avait à l'hôpital Saint-Lazare lar aliénés, savoir : 70 hommes et 5i femmes.
En 1819, 119, savoir : 56 hommes et 53 femmes. . Depuis 1797 à 181 8, il est entré dans l'établissement 696 aliénés, savoir: 345 hommes et 35 1 femmes. Le terme moyen des admissions annuelles pendant cette période a été de 33, savoir : 16 hommes et 1 7 femmes.
Dès l'année 1823, appréciant le mauvais état de l'hospice de Saint-Lazare , l'administration forma le projet de fonder un nouvel établissement. Elle mit au concours le plan d'un programme pour un établissement d'environ 3oo aliénés. M. Pinchot, architecte idu déparlement, à qui la ville de Marseille est redevable de plusieurs beaux monumens, obtint le prix, qui consistait en une médaille et dans la certitude de faire exécuter le plan. M. Pinchot revit avec le plus grand soin ce premier projet, fît plusieurs voyages à Paris pour le comparer avec ce qui existait alors dans la capitale, !il en conféra plusieurs fois avec moi. En 1824 > M. de Villeneuve me conduisit avec l'architecte sur le terrain où est construit le nouvel établissement; enfin M. Pinchot vint présenter son plan définitivement arrêté au ministre de l'intérieur en i83o, il fut approuvé et allait être mis à exécution , lorsque les évènemens politiques en suspendirent les travaux. En i833, l'adminislration a fait exécuter les plans de cet architecte, et
DÈS MAISONS d'aliénés.
les constructions, au moment où j'écris, sont plus qu'à ] moitié terminées. La ville de Marseille pourra se gld-:: rifier d'avoir érigé l'établissement le plus complet, él, le mieux distribué qui existe pour la séquestration el'( le traitement des aliénés. 11 ne lui manquera plus qiu > de lui donner un règlement propre à lui faire remplii ] son utile destination,
Aix. — Le département des Bouches-du-Rhône possède à Aix un troisième établissement pour les aliénés. Celte > maison , voisine de l'hospice , est située sur le penchai™' d'un coteau qui domine la ville. Elle se compose d'ubi. bâtiment qui sert de logement aux employés, à quelques aliénés paisibles et aux services généraux; le reste de l'établissement se compose de quatre cours plus 6b moins irrégulièrement carrées et entourées déloges au rez-de-chaussée; ces loges sont vieilles, mal entretenu Si au milieu des cours il existe une fosse avec un miit d'appui, destinée à recevoir les immondices des cellulèS; Les aliénés, agités ou furieux, sont retenus par uiic longue chaîne, fixée au mur de leurs cellules et au Bâs de la jambe de ces malheureux. Cette maison est line annexe de l'hospice d'où lui sont envoyées toutes lêi provisiôns. D'ailleurs elle est sous la direction des a(î< ministrateurs de.s hospices de la ville; on y reçoit des pensionnaires à divers prix du département et des (î^-i partemens voisins. L'administration locale projette (iës améliorations pour cet établissement, il est desirabld qu'elle ne se laisse pas décourager ni par les difficultés.ni par la dépense.
Lyon. — <t On ne traitait les aliénés en Fiancé,
DES MAISONS d'aLIÉjIVÉS. 4^3
dit Tenon dans ses beaux Mémoires sur les hôpitaux de Paris, qu'à l'Hôtel-Dieu de Paris, à celui de Lyon et à l'hôpital général de Rouen. » Lorsque je visitai pour la première fois les aliénés de Lyoti , en 1809, ces malades étaient reçus à l'Hôtel-Dieu et à l'hospice de la Chanté. A la Charité , ils habitaient des souterrains; à l'Hôtel-Dieu , il y avait trente-huit chambres occupant trois étages , bâties sur les trois côtés d'une cour étroite, irrégulière, et excessivement humide, reléguée à une des extrémités de cet hôpital , au milieu de laquelle on avait pratiqué un puits. Les aliénés ne sortaient point de leurs loges; on les voyait la face collée contre les barreaux des fenêtres. Ceux auxquels on voulait donner le bain de surprise , étaient conduits jusqu'au Rhône par des souterrains. Un mémoire du docteur Amard ^, détermina la translation et la réunion des aliénés dans un ancien couvent, situé à mihauteur de la montagne de Fourvières , bâti sur les débris d'une ancienne construction romaine. Le choix de cette position ne fut pas heureux , il a été impossible de donner aux bâtimens les développemens convenables : les cours sont étroites , les promenoirs manquent, le sol y est aride, et la végétation ne peut ni récréer la vue, ni rafraîchir l'air. L'eau est peu abondante, tandis qu'elle est si nécessaire dans une maison semblable. La vue est très étendue sans doute, mais les croisées, les cours, ne prenant l'air et la lumière que du côté de la ville, les aliénés voient sans cesse leuf-s
' Traiti analytique de la folie ^ Lyon, 1807, in-8.
464 DES MAISONS d'aLIÉNIÎS.
concitoyens aller et venir sur les quais de la Saône , et dans les rues voisines. Ils entendent le brouaha de la cité; n'en voilà-t-il pas assez pour provoquer des impressions irritantes, propres à augmenter et à entretenir le délire?
On a fait disparaître de l'Antiquaille d'anciens cachots qui avaient été creusés dans l'épaisseur des fondations de la construction romaine. On a construit pour les femmes une demi-rotonde , qui d'abord n'avait qu'un rez-de-chaussée sur lequel on a élevé un étage. Un corridor règne au centre de la rotonde, et sur ce corridor s'ouvrent les cellules , en face desquelles est une baie grillée qui permet à la vue de s'étendre jusque sur la ville. Dans chaque cellule et dans un des angles opposés à la porte, on a scellé à fleur du carreau une pierre qui ressemble assez bien à un quart de cercle, ayant un pied de diamètre. Cette pierre est creusée de deux pouces environ, et sert de latrines dont les matières s'échappent par un trou pratiqué dans le mur, là où est scellé l'angle de la pierre , pour tomber sur un terrain ouvert qui est au-dessous et en dehors de la rotonde. Cette disposition semi-circulaire est sans doute très élégante, mais elle a de fâcheux inconvéniens. Pas une cellule n'est d'équerre; la surveillance du corridor est difficile', et ne peut se faire d'un coup-d'œil. Dans la cour il y a une fontaine; de cette cour on monte à des dortoirs qui sont à droite et à gauche d'une cour sur laquelle on se propose d'élever un bâtiment à plusieurs étages. Plus tard on a construit le quartier des hommes; ce quartier offre une longue suite de cellules
DES MAISONS d'aLTÉNÉS. 465
au rez-de-chaussée, dont les portes s'ouvrent sur une cour étroite dominée par de grands biltimens et dont les croisées donnent, comme celles des femmes, sur la ville de Lyon. Ce sont les habitations des furieux. Les biltimens de l'ancien couvent ont été disposés, le rezde-chaussée en salles communes, réfectoires, salles de réunion et de travail, et les étages supérieurs en dortoirs pour les aliénés tranquilles. Dans ce même établissement de l'Antiquaille , mais dans un bâtiment séparé, on reçoit les malades des deux sexes, atteints de maladies cutanées et syphilitiques. On y admet aussi quelques pensionnaires infirmes et incurables. La population de tout l'établissement est de 600 individus, dont 3oo environ sont aliénés.
11 y avait, en 1821 , au mois de juin, i85 aliénés, savoir : 60 hommes et laS femmes. En rSaa, a35; 94 hommes et i4i femmes. En décembre 1829, 236; 94 hommes, i^a femmes. En i836, 291 ; 122 hommes, 169 femmes.
, Le conseil d'administration des hospices civils de Lyon administre cet établissement, qui est desservi par des sœurs soumises à la règle des religieuses de l'hôpital général. Des servans vêtus de noir, appelés frères de V Anliquaille, soignent les hommes. J'ignore s'ils appartiennent à la même congrégation qui dessert l'Hôtel- Dicu. Ils ont sous leurs ordres des hommes de peine. Un aumônier et un sous-aumônier sont attachés à l'établissement.
Un direcleur, un économe, dirigent l'administration intérieure. Un médecin adjoint, un chirurgien, un phar-
IT. 3o
466 ©Bs MAISONS d'aliénés.
macien, deux élèves en chirurgie, sont chargés du seiv vice médical sous la direction d'un médecin en chef, ^ M. le docteur Martin jeune a été long-temps le médecia | f de cette maison, et il a le premier introduit en Fraqe^ ^ la machine rplatoire de Darwin , à laquelle il a renoncd plus lard. %a i835 , le docteur R. Pasquiep ' a rendu compte du service dont il fut chargé au i"" juin i8ai. Le docteur Bottex , qui a remplacé M. Pasquier depui;? quelques années, fait des leçons cliniques sur les maladies mentales. Ces trois médecins ont, par leur zèle, j singulièrement secondé les vues bienfoisantes de l'ad-» ministration de Lyon en faveur des aliénés confiés à sa soUicilude.
Les malades se lèvent à six heijrçs en été, à sept heures en hiver.
A huit heures du malin : distribution d'une portioa de pain et de fromage.
A midi : soupe , viande, quatre onces pour les pen-; j sionnaires, deux onces pour les indigeus, pain.
A quatre heures ; légumes, fruits crus ou cuits, nouvelle portion de pain. Chaque malade reçoit un« livre et demie de pain par jour. Quatre fois l'année 1» portion des mets est double.
Lorsque les parens d'un aliéné réclament l'admissioa d'un malade, l'économe leur envoie un imprimé à mi- ! marge, contenant plusieurs questions sur les diverses
1 Essaisur les dislributions et le mode d'organisation , d'après un syS" time physiologique d'un hôpital d'aliénés pour quatre à einq cents malades, Hyon, i835; iii-8, avec iiu jilan.
BfS M4.ISODfS D'ALIÉiîrÉS. 46^
1 circonstances qui peuvent faire connaître les causes et 1 la nature de la folie. Les réponses doivent être mises à ( côté des questions. Cette sage mesure devrait être or»- I donnée pour toutes les maisons d'aliénés.
Saumur. — L'élablissement le plus singulier qui existe I en France et même en Europe est, sans contredit, l'hos'pire de la Providence de Saumur, destiné à recevoir des vieillards, des enfans, des épileptiques, des aliénés, etc. Cet hospice est situé à l'est de la ville de Saumur, à l'extrémité du faubourg de Fénet, séparé de la Loire par la grande route. 11 est bâti au pied et sur les flancs d'un coteau qui a 5o mètres de hauteur, qui louge la Loire et qui circonscrit la ville au nord. Les habif tations de cet hospice se divisent en deux sections bien distinctes : i" les bâlimens servant autrefois de maisoa »ux Pères de l'Oratoire; 2° les caves.
L'ancienne n)aison des pères de l'Oratoire, bâtie au pie4 ducoteau,forme un carré sur les troiscDtésduquels'élèvent de beaux bdtimens à trois étages. Là sont réunis les services généraux, les dortoirs, les salles communes, le* infirme-» ries pour les vieillards et les iflfîrroos, l'habitstiojï des sœurs et la chapelle. On y a Q^énagé ^ix chambres pour des aliénés qui paient une forte pension. Il existe un vaste jardin à l'est d« ce bâtimient; après avoir traversé ce jardin, on arrive à un large fscajier creusé dans le roc sur la pente du coteau. Cet escalier se termine pjir une rampe taillée sur les flancs du rocher ; cette rampe est de 3 à 4 mètres do largeur et loo mètres environ de longueur, elle est bornée au nord par une rangée de hêtres,
au sud par le rocher taillé à pic; dans toute son étendue,
468 BÈS MAISONS d'aLIÉWIÎS.
d'où l'on jouit d'une vue magnifique et très variée, on a creusé dans le roc un grand nombre de petites cellules ou loges plus ou moins profondes fermées par des portes pleines ou à dairvoies. Quelques-unes de ces loges sont assez profondes pour recevoir plusieurs lits , dont la couchette n'est quelquefois que la roche elle-même. Dans ces cellules habitent des maniaques, des aliénés paisibles, et quelques vieillards pensionnaires. A droite de l'escalier, on trouve une cour de laquelle on se rend aux. caves. Au fond et à gauche de cette cour, fermée par une muraille, est une cat^e creusée dans le rocher, large de 8 mètres, longue de 80 et haute de 5. A l'entrée, on voit un vestibule avec une grande cheminée également taillés dans le roc, où les femmes qui habitent la cai^e s'occupent à broyer le chanvre ou à tricoter; à côté, on a creusé une chambre pour la religieuse chargée de la surveillance. Au milieu de cette cave, on a fait un soupirail circulaire qui perce la roche et prend le jour au milieu du bois qui couronne le coteau. Ce soupirail était fermé en hiver par une natte de paille qu'on soulève une ou deux fois par jour pour renouveler l'air : on l'enlève pendant l'été.
Depuis ma première visite, ce soupirail a été couvert par une lanterne. On rencontre aussi, au milieu de cette cai^e, un puits peu profond qui communique dans une cwe inférieure à celle que je viens de décrire. Cette cai^e est meublée de trois rangs de lits occupés par plus de soixante femmes imbécilles, en démence, épileptiques ou paralytiques.
A côté de cette première ccii-e s'en trouvent plusieurs
DES MAISONS d'aLI1£N]ÉS. 4^9
autres plus petites, où demeurent des folles et des épileptiques qui ont besoin d'être plus isolées. A droite encore, on a creusé une seconde grande cave plus profonde : des décombres, on a construit deux petits pavillons ayant chacun quatre à cinq cellules et une petite cour soutenue par un mur incliné d'une grande épaisseur dont la base repose sur le roc, et dont le faîte est surmonté d'une clairvoie. Il existe enfin encore une troisième cave semblable aux précédentes. Au premier aspect, on serait tenté de croire que de pareilles demeures sont malsaines; cependant ces cellules et ces caves sont parfaitement sèches. Quoique recevant peu de lumière, et quoique l'air y soit peu renouvelé, les maladies graves sont rares dans cet hospice, la mortalité n'y est pas plus considérable qu'ailleurs. L'air vif qu'on respire dans ce lieu, le spectacle d'une belle campagne arrosée par la Loire, l'abri et la fraîcheur que procurent les arbres qui ombragent ce coteau, le bon régime, la grande propreté, concourent à rendre salubres ces pittoresques habitations. Deux fois la semaine les malades changent de linge, les draps sont renouvelés tous les mois; on donne des alimens gras deux jours la semaine. Un médecin visite l'établissement, des religieuses le dirigent, l'administration des hôpitaux de Saumur le surveille. Le docteur Gaulay est chargé du service médical, et s'en acquitte avec autant de savoir que de zèle.
Il y a habituellement 3oo habitans dans la maison de la Providence; sur ce nombre 70 à 80 aliénés des deux sexes; plusieurs sont pensionnaires et étrangers au
47<^ ïttAisoirs d'aliénés,
département. Les prix de pension varient de 200 à à 3oo, 600 francs et plus.
£n entrant dans ces demeures tristes et sombres, on est saisi d'une odeur pénétrante, c'est celle du chanvre. Les paillasses et les couchettes des malades qui déchi' reiit et qui salissent sont garnis avec les tiges du chanvre. Cette literie, ce séjour dans des creux de rocher qui paraissent si singuliers aux étrangers, ne le sont point dans un pays où les habitans font usage des tiges de chanvre pour leur couchette, et où les vignerons ont creusé, sur les flancs du coteau qui borde la Loire, des habitations qui n'entraînent aucun inconvénient pour leur santé.
Angers, — Les autres aliénés du département de Maine-et-^Loire sont reçus à Angers dans plusieurs établissemens : au château, à la Maison des Pénitentes, à l'hospice où ils ne peuvent être admis qu'avec un certificat d'ineurabilité , à l'Hôtel-Dieu, il y a cinq cellules et un cabinet de bain avec un appareil de dourhe pour le traitement de ces malades. En 1 835, les aliénés , renfermés dans le château de Saumur, ont été transférés dans le b^ établissement de Nantes. Plusieurs honorables habitans d'Angers, parmi lesquels trois médecins, ont formé le projet de fonder un établissement d'aliénés dans un ancien couvent. Il est certain que ce département, plus que tout autre, réunissant un grand nombred'aliénés, soit à Saumur, soit à Angers, soit à Baugé, semble réclamer une institution spéciale pour les aliénés, à moins qu'an ne préfère, par économie, envo3?er ces malheureux à Nantes et au Mans, qui ont de beaux et de bons établissemens.
DES MAISONS d'aLT^WÉS. 4171
. Saint 'Venant. — Les Charitains, appelés frères Bon-fils, possédaient à Saint- Venant, petite place forte de l'Artois, sur la frontière de Flandre, une maison de correction où l'on recevait des aliénés. Cette maison , eônvertie après la révolution en dépôt de mendicité j fut destinée pàr M. Siméon, préfet du département du Pas-de-Calais, à recevoir les aliénés de ce département; de nombreux agrandissemens et d'utiles améliorations furent faits aux bâtimens, et, en 1824, M. Siméon lui donna un règlement. C'est le premier règlement qui ait été imprimé de nos jours pour un établissement d'aliénés; depuis lors, les aliénés ne furent plus reçus à Arras, où ils étaient confondus avec les prisonniers.
Dans le département du Nord, les aliénés sont admis dans deux maisons, l'une à Lille pour les femmes, l'autre à Armentières pour les honuncs. Ces deux maisons, ainsi que celle de Saint- Venant, appartenaient aux frères Boiifils; elles sont bâties sur le même plan. Celle d'Armentières était lermitiée, taudis que celles de Saint- Venai)t et de Lille ne l'étaient qu'en pai'tic à l'époque de la révolution. Cette construction ressemble assez bien à Bediam et à Saint-Luc de Londres, mais dans des proportions infiniment plus petites et avec beaucoup moins de luxe.
Armentières. — La maison d'Armentières forme un carré long bâti sur les quatre côtés : l'im des côtés, celui par le(|ucl on entre, cl qui longe la rucd'Armontières, servait de couvent aux frères, avec sa cb ipelle, son cloîtrë, etc. Il sert -fujourd'lmi au logoment du directeur éconoihc, aux salles communes, au réfectoire dcs aliénés tran
DES MAISOJSS d'aliénés-,
quilles et convalescens, aux offices générales de la maison : lingerie, magasin, cuisine, etc., etc. Le colé du carré, opposé à celui-ci et le coté droit ont deux étages et un souterrain.On descend à ce souterrain par dix marches; il se compose d'un corridor d'un mètre et demi de largeur, éclairé par des soupiraux qui s'éclairent sur la cour. Le long du corridor et du côté des soupiraux, on a pratiqué au plancher inférieur un caniveau pour recevoir l'urine et l'eau répandues dans les cellules ou dans le corridor. Les loges s'ouvrent sur ce corridor; elles ont une porte pleine avec un guichet, une grosse serrure et des ver- *"ous. A coté de la porte se trouve une ouverture haute de 3o pouces et large de 18. Cette ouverture est armée de cinq harreaux de fer, dont un est légèrement coudé pour laisser passer une bouteille ou un paquet. Audessous de la traverse inférieure qui supporte les barl eaux, il exisîe un espace de 5 pouces de hauteur et de la largeur de la ci'oisée; par cette ouverture on introduit les alimens dans la cellule. Cette double ouverture est fermée par un volet en bois maintenu par un verrou. La loge est meublée d'un banc scellé et d'une couchette posée en travers contre le mur qui fait face à la porte; la couchette est scellée par ses deux extrémités aux deux murs latéraux de la loge. Les loges ont 6 pieds 6 pouces de largeur, 7 pieds de longueur, 8 pieds de hauteur, elles sont voûtées. Les deux étages supérieurs de ce corps de bâtiment, où l'on monte par des escaliers voûtés, ont la même disposition, savoir: un corridor éclairé par de petites croisées à hauteur d'appui, ayant la vue sur la cour, sur lequel s'ouvrent les
DïîS MAISOPiS D'ALIliWÉS. 473-
portes, les croisées des cellules, en tout semblables à celles que je viens de décrire. Le cote droit offre les mêmes dispositions. Le quatrième côté est distribué en cliambres, appartemens et salles communes pour les pensionnaires.
L'espace circonscrit par ces quati'e côtés est divisé . en trois parties : l'une sert de cour aux furieux et aux malades agités qui logent dans la portion du bâtiment I que j'ai décrite, et est fermée par un mur parallèle à ce : même bâtiment; le reste de l'espace est divisé dans sa 1 longueur par un couloir couvert percé à droite et à ; gaucbe de plusieurs ouvertures, partant de cette cour et : se terminant au bâtiment où est la cuisine. Ce couloir : sert de communication entre le quartier des furieux t et celui oii sont réunis les services généraux ; il sert 1 aussi à inspecter ce qui se passe dans les deux cours I latérales.
Caen. — Les aliénés à Caen étaient, il y a vingt ans,
I dans un état déplorable; on se souvient encore dans < cette ville de ce qu'on appelait jadis la tour d'Hautcouit " ou la Tour des Fous, qui existait en lySS, près du lieu !' où l'on a bâti le palais de justice. Cette tour avait deux i" étages, les furieux étaient enchaînés dans les cachots du
II rez-de-chaussée, les autres étaient exposés aux brutales ïi railleries et aux provocations des passans. Ces nialhcu- [1 reux furent transférés à la prison de Beaulieu, confon- I dus avec des prisonniers, et renfermés dans des cachots
souterrains lorsqu'ils étaient furieux. La maison du Bon- ' Sauveur, dont la fondation remonte vers 1720, n'a pris quelque extension qu'en 1 8o5. Les religieuses du Bon-
474 I>Ï!S MAISONS D'ALi^Érris.
Sauveur, qui avaient été dispersées par la révolution, s'étaient réunies de nouveau, achetèrent l'ancien couvent des capucins, et s'y établirent définitivement eâ 1804. M. Montlivault, préfet du Calvados, détermina le conseil général à accorder des fonds aux religieuses pour l'agrandissement des bâtimens, et décida, en 1818, que les aliénés du déparlement seraient confiés aux dames du Bon-Sauveur; cet établissement s'accrut , dèslors, rapidement; les hommes aliénés y furent admis pour la première fois et un local spécial leur fut affecté. Les aliénés de ce département doivent une reconnaissance éternelle à M. l'abbé Jamet, supérieur des religieuses, qui, a été le créateur de ce vaste et bel établissement.
La portion de la maison du Bon-Sauveur, consacrée aux aliénés, est divisée en deux sections: l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. La section des hommes se compose de deux corps de bâtimens : le plus considérable, destiné aux aliénés paisibles, esi précédé d'une grande enceinte plantée de tilleuls; des arcades soutenant les ailes du bâtiment offrent une 1 promenade agréable pendant les chaleurs de l'été ( t pendant les jours pluvieux. La seconde section est exclusivement destinée aux idiots, aux aliénés en démence et aux épileptiques. L'on a bâti pour les aliénés furieux un troisième quartier qui a aussi un jardin La division des femmes se compose d'un immense bâtiment qui se développe sur une ligne de cent toisos et qui est élevé de trois étages, l^e jardin qui longe • ( bâtiœont est divisé en quatre parties servant d'autant
DES MAISONS d' ALIÉNÉS.
de promenoirs isolés pour chaque variété de folie. Derrière toute la longueur de ce bâtiment régnent des cours destinées au service de chaque division, dans l'une desquelles se trouve un grand bassiu d'eau courante. Ce vaste bàlimeut offre au rez-de-chaussée, une large galerie soutenue par des piliers qui portent les étages supérieurs, sur laquelle s'ouvrent des cellules. Ces cellules ont une porte pleine, qui donne sur la galerie; au bas de cette porte, on a pratiqué une échancrure de quatre à cinq pouces, pour servir sans doute de moyen de ventilation; cette ouverture a de fâcheux inconvéniens. En face de cette porte, il en est une seconde qui s'ouvre sur la cour de service , et par laquelle les serviteurs entrent dans les cellules pour les nettoyer ou pour faire les lits; ces cellules sont généralement trop sombres. Plusieurs couchettes de ces cellules sont entourées d'une clairvoie, afin d'empêcher les malades de quitter leurs lits. Les deux étages supérieurs offrent chacun un immense corridor qui règne sur toute la longueur du bâtiment. Ce corridor s'éclaire par des croisées qui s'ouvrent sur les jardins, et est divisé , par des claires-voies , en quatre sections. Sur ce vaste corridor s'ouvrent des chambres de différentes grandeurs, éclairées par des croisées qui permettent à la vue de s'étendre au loin dans la campagne. T-es portes de ces chambres n'offrent rien de pénible à la vue. Les croisées sont grillées avec un treillage en fer. Les habitations sont grandes, plauchéiées, quelques-unes ont un cabinet pour un domestique, et quelques autres forment un appartement; plusieurs ont des lits entourés de barreaux de bois en
47^ DES MAISONS d'aLI^NÉS.
forme de cage , quelquefois la même cellule a trois couchettes, placées en travers bout à bout contre le mur, ayant une claire-voie qui les sépare du reste de U chambre.
Dans chaque section se trouvent une salle de bains et de douches , des salles de réunion pour les repas et travail. Les hommes ont un billard. Une chapelle oc« Gupe le centre de l'établissement, et les hommes peu™ vent y assister aux cérémonies religieuses, séparés enn tièrement des femmes. L'établissement est pourvu d'un^ bibliothèque. Les malades peuvent se livrer à la culture du jardin , à la promenade même extérieure. Des veïigieuses de la congrégation du Bon-Sauveur administrent la maison, elles sont chargées du soin des aliénés; ces dames sont secondées par des domestiques pour le service des hommes. Le docteur Trouvé , qui est mort eu 1837, a long-temps été le médecin de cet établissement. Il était depuis quelques années secondé par le docteur Vaslel , quia déjà fait un ample recueil d'observations sur les aliénés. Ce médecin , si instruit , si dévoué à ses malades , a publié une statistique de la maison du Bon-Sauveur Au 1*' janvier 1829, il y avait, au Bon-Sauveur, i5i aliénés; pendant cette année et la suivante, il y a eu 74 admissions; sur ce nombre total de 32 5, on comptait 146 hommes et 179 femmes. Au 1" juillet i833, on comptait 3oo aliénés; il est entré 1 22 malades jusqu'au i" janvier i835, total : 422, 199 hommes et 223 femmes.
' Annales d' Hygiène publique et de Médecine légale, Paris, i83a; tom. VIII, p. 223 etsuiv.
DES MAISONS d' ALIÈNES.
Cet établissement est remarquable par son étendue et par sa bonne tenue. Il est fâcheux que, possédant un si vaste terrain, les bâtimens aient autant d'étages. Je lui reprocherai encore d'avoir conservé des couchettes à clairvoies. Si des études plus médicales présidaient à la direction de cet établissement, on aurait apprécié les inconvéniens d'un pareil moyen pour empêcher les aliénés de quitter leur lit. Une seule observation justifiera cette critique. Un malheureux aliéné croit qu'il y a dans la couchette des serpens, des crapauds et toutes sortes d'animaux malfaisans, il quitte son lit. N'y a-t-il pas barbarie à l'obliger d'y rester toute une nuit, convaincu qu'il est d'être entouré d'objets qui l'effraient, qui le terrifient, et qui lui font craindre la mort la plus horrible ? Des nuits passées dans de pareilles angoisses ne sont-elles pas un obstacle invincible à la guérison? Ne vaut-il pas mille fois mieux qu'un aliéné, torturé par ses illusions, couche sur le plancher de sa cellule, surtout si les précautions sont prises pour le garantir du froid et de l'humidité? Je livre cette observation, à laquelle j'en pourrais ajouter beaucoup d'autres, aux méditations de M. l'abbé Jamel, auquel les aliénés du département du Calvados sont si redevables.
L'établissement du Bon-Sauveur n'est pas seulement une bonne maison d'aliénés, l'on y trouve encore plusieurs autres institutions qui sont du plus haut intérêt : le couvent dos dames de lîon-Sauvour avec uti noviciat considérable; un pensionnat de jeunes demoiselles; un pensionnat pour des sourds et muets des deux
473 »ES MAISONS o'ALiÉrr^s-
sçxes, qui reçoivent l'instruction d'après une méthode particulière à M. l'abbé Jamet. L'établissement se conip posait, au i*"" janvier i835, d'après un rapport du dj» recteur de ce vaste établissement, de 678 personnes,
savoir :
Religieuses g4
Novices 40
Filles associées. ....... 7
Prêtres 6
Dames de chambre
Demoiselles pour l'éducation. ... 82
Sourds et muets 3a
Sourdes et muettes
Aliénés 147
Femmes aliénées ï 8a
Domestiques, gens de peine. ... 74
Total . 6^
Toulouse. — Les aliénés à Toulouse n'ont point été ^ cpmme on l'a imprimé, transférés des prisons dans l'hQt pital de la Grave de cette ville; ce sont, au contraire, le§ prisonniers qui ont été retirés de cet hospice. Il y avait dans l'hospice de Toulouse, comme dans presque tou^ les hôpitaux généraux de France, un quartier de forcg où les épileptiques, les aliénés des deux sexes, les mauvais sujets, les filles publiques, les condamnés étaiefli| enfermés ; les aliénés furieux , les condamnés habitaient dans des cachots, sur des lits bâtis en maçonnerie, sw lesquels ils étaient enchaînés. Ce fut en 1819, que l'administration municipale obtint que les prisonniers d^
DBS MAISONS D ALIÉNAS. 479
cet hospice fussent envoyés dans la maison centrale de iEisses près Villeneuve d'Agen. L'administration des hôpitaux ordonna la destruction des cachots et fit . construire de nouvelles habitations pour les aliénés. En 1 ^826 et 1827, elle ajouta à ce quartier un ancien coUf 1 vent de religieuses. On recula les murs de clôture de l'hospice, on construisit des cellules plus grandes et 1 mieux disposées que celles qui existaient avant. Les i, cellules furent distribuées sur les côtés de quatre ( préaux et bâties au rez-de-chaussée. Dans de grands bâ- :tifnens à étages, on fit des salles de réunion, des réfec* toires, et dans les étages supérieurs des dortoirs. On rétablit une salle de bains pour chaque sexe, avec des appareils de douches ; enfin, M. le docteur Délaye , qui avait été mon élève à la Salpêtrière, et que je signalai à l'administration, fut nommé médecin de la division des aliénés de l'hospice de la Grave de Toulouse. Un élève en médecine fut attaché à ce service. Quelquesunes des sœurs de la charité qui desservent l'hospice furent spécialement chargées de la division des aliénés. Cette division laisse encore beaucoup à désirer; mais il y a eu tant de vieilles habitudes à déraciner, tant de préjugés à vaincre; ce qu'on a fait doit paraître si beau comparativement à ce qui existait autrefois, que je ne saurais m'appesantir sur les imperfections et même sur les vices de cette maison. Le zèle des religieuses qui prodiguent leurs soins aux malheureux qui rhabilent, i la botme volonté de l'administration du pays, font esi pcrer que Toulouse, qui a tant de ressources pour les ! indigens et les malades, qui a élevé depuis quelques
48o DES MAISONS D^ALlÉlfÉS.
années tant de beaux monumens d'utilité publi(|ue, nei tardera pas à ériger un bon établissement pour les alié-nés. II y avait autrefois dans l'hôpital de la Grave de: Toulouse 80 à 90 aliénés. Depuis 1 5 ans , époque des! premières améliorations, la population do cet hospice: s'est élevée jusqu'à près de 3oo. On y comptait 298 î aliénés en i836.
Albj. — Depuis long-temps M. Decazes, préfet d'Alby,, méditait la construction d'une maison d'aliénés pour le: département du Tarn. En i83o, ce projet a été re-pris avec une grande activité, et, dès l'année i832, les; constructions ont commencé. Le programme a été demandé à M. l'abbé Jamet, supérieur des dames du Bon-- Sauveur de Caen. Cet établissement est situé dans un. faubourg d'Alby, sur la route deToulouse. Outre un an-cien château, qui a 22 mètres de longueur, et trois maisons voisines, habitées par huit religieuses du Bon-Sau- • veur, par dix novices, par une trentaine de sourdes et: muettes, six demoiselles et deux aliénés; on a construit un bâtiment qui a 83 mètres de longueur, deux étages destinés aux aliénés : un second corps de bâtiment, parallèle à celui-ci, complétera le quartier réservé à ces malades. Je ne peux approuver les étages qu'offrent ces constructions, la disposition des bâtimens rendra presque impossible l'isolement des fous, d'après le caractère de leur délire.
JSantes. — Le Sanitat, hôpital général de la ville de Nantes, destiné à recevoir des vieillards , des infirmes, des enfans et des aliénés des deux sexes, avait son entrée sur le beau quai qu'on nomme la Fosse. Les ha-
DES MAISONS d'aLU^IVÉS. 48 l
bitations des aliénés étaient affreuses. Nulle part, je n'ai vu plus de luxe de serrures , de verroux , de barres de fer pour raffermir les portes des cachots. Ces cachots étaient pavées en grès comme les rues. De petites ouvertures pratiquées à côté de la porte, étaient garnies de barres de fer et d'un volet. Tout près de cette ouverture , il appendait une chaîne scellée au mur par un bout, et portant à son autre extrémité un vase en fonte, ressemblant assez bien à un sabot , dans lequel les alimens étaient déposés et passés à travers les barreaux des ouvertures. Ce déplorable état avait depuis long-temps éveillé la sollicitude du pays; depuis long-temps l'administration voulait le voir cesser, et faire construire un établissement d'aliénés digne de la ville de Nantes. Le docleur Tréluyel, médecin en chef du Sanitat, ne fut pas le dernier à entrer dans cette voie d'humanité et de réforme. Il sollicita l'administration locale, et adressa plusieurs mémoires au ministre de l'intérieur. Mon honorable confrère et moi , accompagnés de plusieurs membres de l'administration, visitâmes en 1821 l'ancien couvent de Saint-Jacques , qui avait été considérablement augmenté avant de le convertir en dépôt de mendicité. Ce dépôt venait d'être 'supprimé. On ne cessa, depuis, de s'occuper de la translation du Sanitat dans ce local si favorablement situé. M. deTollenare, receveur des hospices, fut un des plus ardens promoteurs du nouvel établissement. Il vint à Paris, et se rendit en Angleterre pour étudier les établissemens d'aliénés. Il traça un programme et en développa les détails. Enfin en i832, on
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disposa les anciens bâtimens du couvent et du dépôt, pour recevoir les pauvres, les infirmes, les vieillards, les épileptiques, les orphelins, etc. La division des aliénés fut faite à neuf, elle est située sur un vaste terrain au nord des bâlimens de l'hospice dont elle est séparée dans toute son étendue, par un espace de lo à 1:2 mètres de longueur. Dans toute la longueur de cet espace, s'élève une galerie, et sur cette galerie s'adossent perpendiculairement huit pavillons parallèles entre eux, séparés par autant de préaux, n'ayaiït qu'un rez-de-chaussée, à l'exposition du sud-est. De ces pavillons, la vue s'étend sur la Loire et sur une vaste campagne à travers des jardins qui servent de promenoirs aux aliénés qui les ont plantés. Chaque sexe habite quatre de ces pavillons qui forment une section. La section des hommes est séparée de celle des femmes par une grande prairie qui unit à la Loire les bâtimens centraux de l'hospice. Chaque corps de bâtiment est desservi par un préau planté d'arbres, orné d'une pelouse et terminé par une galerie dont les grillages n'arrêtent ni l'air ni la lumière. Chacun se compose : 1° d'un réfectoire servant d'ouvroir, entouré d'armoires, de tables et de sièges; 1" d'ua dortoir contenant 24 lits , dont quatre affectés à des demi-pensionnaires; 3° d'un petit pavillon qui contient quatre chambres pour des pensionnaires, une autre chambre pour les domestiques, et d'un salon de réunion, d'où l'on descend par un escalier dans les jardins. Ces huit pavillons sont destinés à recevoir les aliénés tranquilles. Les aliénés agités, malades, gâteux, devraient habiter des constructions dont on a jeté les foft«
DES MAISONS d'aLIÉUÉS. 483
démens à l'extrémité de chaque section. En attendant, les aliénés n'ont à leur usage que les huit corps de bâtiment dont j'ai parlé plus haut. Nul doute que l'administration ne termine bientôt ce magnifique établissement. Un parloir spécial à chaque sexe, un atelier couvert, complètent les deux divisions. La chapelle où les aliénés ont des places réservées , les cuisines , la lingerie , en un mot les services généraux sont communs à tout l'hospice , dont le quartier des aliénés est une division. M. le docteur Bouchet, ancien élève de la Salpêtrière, nommé en j834 médecin en chef de Saint-Jacques, a établi dans cette maison un ordre admirable. Un règlement, en fixant les attributions de chacun, a laissé un grand pouvoir au médecin qui est secondé par un élève. Un infirmier-major a la direction du personnel; il surveille les infirmiers, il surveille et dirige les travaux des aliénés. Il doit se conformer aux ordres du médecin dont il est l'agent immédiat. Une sœur pour chaque section a le soin des malades, des alimens et des vêtemens. Dans la section des femmes, la sœur distribue et dirige les travaux. Les gens de service sont pris hors de la maison et parmi les aUénés convalescenSi Les principaux devoirs des serviteurs sont tracés dans le livret qui est remis à chacun d'eux.
La première pensée du médecin qui a si utilement organisé le service de cette maison, celle qui domine toutes ses vues de traitement , a été d'assujétir les malades à une grande habitude dVîrdre, et aies appliquer à tous les travaux dont ils sont capables; pour les encourager, il est donné une récompense aux travailleur» :
484 DES MAISONS d'aLIÉNÉS.
aussi est-il peu de maisons où les aliénés travaillent en plus grand nombre et paraissent jouir de plus de liberté. La population moyenne pendant l'année i835, ayant été de 207 aliénés, le terme moyen des ouvriers a été de l'ji.
Au i'^*' janvier i835, il existait i-ji aliénés à l'hospice Saint-Jacques, il en est entré 106 dans le cours de l'année. Sur ce nombre il y avait ii?> hommes, i54 femmes.
jdurillac. — Le nouvel établissement des aliénés du département du Cantal, fondé en i836, mérite d'être mentionné à la suite de l'hospice de Saint-Jacques de Nantes, avec lequel il a une giande analogie; il est construit sur les terrains de l'hospice civil, dont il est une grande division. Le plan adopté réunit les conditions les plus favorables pour rendre faciles le service, la surveillance et la propreté. Sur un bâtiment d'une très grande étendue, on a élevé perpendiculairement huit pavillons , formant deux sections : une pour les liommes; l'autre, pour les femmes , séparés les uns des autres par un préau. Chaque préau , bâti sur trois côtés , à rez-de-chaussée , est fermé d'un côté par une grille qui laisse échapper la vue sur de vastes jardins plantés de 5,000 mûriers et sur la campagne. Il est semé en gazon, et a une fontaine jaillissante. Ces deux sections sont ellesmêmes séparées par un bâtiment central, qui renferme des salles de bains pour les deux sexes, des parloirs, des salles communes, un cabinet pour le médecin , etc. Elles sont abondamment pourvues d'eau , à l'aide d'une retenue faite en çimont de la rivière. M. de J^a IMarrc, pré-
DES MAISONS d'aLIIÉNÉS. 485
fet du Cantal, de concert avec l'administrateur des hospices d'Aurillac, et le conseil général du département, a réalisé la généreuse pensée de ce bel établissement, qui pourra recevoir jusqu'à 200 malades. Un médecin-économe administre; des sœurs de la charité prodiguent leurs soins aux malades et sont secondées par un nombre suffisant d'infirmiers. Les services généraux, établis dans l'hôpital , desservent la division des aliénés.
Rennes. — Les aliénés de Rennes étaient reçus dans la maison de force qui est devenue une maison centrale de détention, et à Saint-Méen. Dans la maison de force , l'on voyait et l'on voit encore deux préaux carrés, entourés chacun de trente cellules, bâties sur leurs quatre côtés. Ces loges n'ont que 7 pieds en tout sens, les murs ont 18 pouces; elles sont pavées comme les rues. Au centre de chacune, et à fleur du sol, il existe un trou qui sert de latrines; ce trou est bouché avec un moellon ou avec un tampon de paille , il conduit les matières dans un égout qui rampe sous les loges. La plupart des malades, lorsque je les visitai pour la première fois, n'avaient que de la paille, et une couverture. L'aspect sombre et triste de ces habitations, la mauvaise odeur qu'elles exhalaient, les mauvais soins que recevaient les aliénés confiés à un geôlier, avaient depuis long-temps fait désirer que les aliénés fussent retirés d'un lieu plus capable d'augmenter la maladie que de la guérir. Dès l'année 1826, on songea sérieusement à améliorer le sort des aliénés de ce département. Enfin , en 1 835 , ces malheureux furent tous réunis dans la maison de Saint-Méen.
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Saint-Méen est un ancien établissement situé au levant, dans un des faubourgs de la ville de Rennes, des- |iné autrefois à recevoir des individus renfermés par lettres de cachet et quelques aliénés. Depuis la révolution, cet établissement fut confié à des sœurs de la Charité qui traitaient les teigneux, élevaient des petits enfans et recevaient des aliénés payant pension.
Le logement des employés, des religieuses, les cuisines, les réfectoires, des salles communes occupaient les divers étages des bâtimens qui entourent la cour d'entrée. Quelques aliénés tranquilles habitaient des chambres à un ou à plusieurs lits , quelques couchettes étaient entourées de clairvoies pour empêcher les malades de quitter leur lit ; c'est ce qu'on appelle des cages. Les furieux occupaient des cellules irrégulièrement distribuées au rez-de-chaussée de divers bâtimens de la maison. Elles prenaient jour sur les jardins, quelques-unes étaient fermées par une grille de fer et par une porte pleine en bois. A l'entrée du jardin, à droite, on avait construit, en bois très épais, six cellules, trois de chaque côté d'un corridor commun. Ces cellules étaient extrêmement sombres , ne recevant le jour pour toutes que par une seule croisée et par la porte du corridor. Cet état de choses heureusement n'existe plus; des agrandissemens considérables et d'utiles améliorations ont été faits à la maison de Saint-Méen, devenue maison unique d'aliénés pour la ville de Rennes et le département d'Ile-et-Vilaine. On a adossé sur les côtés de la façade des anciennes constructions, donnant sur les jardins, deux corps de bâtimens en retour et en ailes,
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réunis par un troisième bâtiment. L'on a ainsi formé une vaste cour entourée d'un portique d'un aspect élégant ; d'où l'on communique à droite et à gauche avec la division des hommes et des femmes. De ce portique, on se rend dans les préaux des aliénés furieux. On doit regretter que l'architecte n'ait point vu ce qui a été fait ailleurs. Il aurait beaucoup moins rapproché les habitations les unes des autres, il n'aurait point formé des cellules avec des cloisons en planche. Il n'aurait pas construit un escalier tout en bois et extrêmement sonore. Il est évident que le moindre bruit, le moindre mouvement qui se font dans les cellules, que les pas des personnes qui montent ou descendent les escaliers, troublent la tranquillité des malades et leur causent de l'effroi. Les salles de bains sont élevées d'un étage, relativement aux habilations des furieux; elles sont au rez-de-chaussée des anciennes constructions. On aura souvent beaucoup de difficulté pour conduire les furieux au bain , à cause de l'éloignenient et de l'es^ calier. Les cris de ces malades se feront entendre de tout l'établissement. Au reste, les aliénés tranquilles sont dans des dortoirs très propres, mangent dans des réfectoires , ont des salles de réunion et peuvent se rendre dans un très grand jardin. On reçoit des pensionnaires à divers prix de pension. L'on distribue du cidre aux pauvres et du vin aux pensionnaires. Un économe est chargé de la partie matérielle de la maison et de la tenue des écritures. On admire ici comme partout le zèle et le dévoûmcnt des sœurs de la Charité, qui le dirigent sous la surveillance de la commission administrative des
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hospices. Il y avait en 1 833 j i 76 aliénés des deux sexes. Le docteur Chambeyron , ancien élève de la Salpêtrière, nommé médecin en chef de cette maison , est entré en fonctions le 1" janvier i836. Nul doute que ce médecin ne rivalise de zèle avec ses collègues de Ptouen, de Nantes, de Toulouse , qui comme lui sont sortis de la même école.
Si je me suis permis de critiquer quelques dispositions de l'établissement de Saint-Méen , je l'ai fait parce que les vues qui ont dirigé les constructions nouvelles étaient excellentes; parce que, malgré ces imperfections, l'établissement de Saint-Méen n'en honore pas moins la ville de Renues , et n'en est pas moins un grand bienfait pour le pays.
Lafond. — Les aliénés de la Charente-Inférieureétaient reçus dans l'hôpital général de La Rochelle, où ils habitaient deux préaux bâtis et entourés de cellules à rez-dechaussée. Le mauvais état de ces habitations n'était point compensé par l'effet des bons soins que les aliénés recevaient des religieuses directrices de cet hospice. Les loges étaient étroites, pavées connue les rues, humides; la literie n'était guère meilleure, surtout pour les malades agités et sales. Les furieux étaient quelquefois mis aux chaînes. L'administration départementale a créé un bel établissement spécial dans le petit village de Lafond, près La Rochelle. Un bon système de distribution générale et de construction a présidé à l'érection de cet établissement. On y voit plusieurs quartiers, chacun avec une cour plantée el une fontaine au milieu. On y voit dos salles communes, des salles do
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itravail, des promenoirs couverts. Les latrines sont iso- ,lées des bâtimens. Non-seulement les sexes, mais les dififérentes espèces de folie, et les convalescens peuvent facilement être séparés. Le service et la surveillance y sont extrêmement faciles. Cet établissement fut ouvert (le i" décembre 1829, non-seulement aux aliénés pau- \ vres des hôpitaux et aux aliénés riches du département de la Charente-Inférieure, mais aussi aux aliénés des départemens voisins. Le docteur Fromentin Despeux, nommé médecin de cette maison, la dirige avec autant d'habileté que de zèle. Elle avait reçu du i'" décembre i 1829 au 1" novembre i834, 171 aliénés, ce qui donne . 34 pour la moyenne des admissions annuelles. Des sucicès déjà obtenus par le médecin ont augmenté la popu- I lation qui ne tardera pas à s'élever à 200. Des religieuses ^ dirigent les services sous la surveillance d'une coramis- • sion administrative ; au médecin seul appartient la ( direction du service médical.
Le Mans. — On se ferait difficilement une idée de I l'état des aliénés dans la ville du Mans tel qu'il était au- I trefois; qu'il me suffise de dire qu'ils habitaient de vrais I cachots, qu'ils étaient confondus avec des prisonniers, qu'ils étaient enchaînés et qu'ils ne pouvaient entrer ' dans l'hôpital qu'après un séjour plus ou moins prolongé dans la prison, où ils étaient retenus pour être traités et pour être interdits. Ces malheureux sont aujourd'hui dans une belle maison de santé bâtie depuis quelques années par les soins de l'administration départementale. Il est impossible d'offrir une ordonnance de construction plus simple, plus saine et plus favorable
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au service , à la surveillance et au bien-être des aliénés.i A l'ouest de la ville du Mans, à une petite demi-lieue, baigné par la petite rivière de THuyne, sur un tr^i grand carré clos de murs, isolé de toute habilation,i on a construit cet établissement. L'entrée en est irapo-i santé, les bâtimens sont précédés d'une grande cour demi circulaire entourée d'une galerie; au centre s'é-i lève un bâtiment à deux étages pour le logement desi sœurs, de l'économe, de la lingerie, de la pharmacie, des cuisines; la chapelle y est admirablement bieni distribuée pour une maison semblable. Derrière ce premier bâtiment, on a construit l'appareil hydraulique et les bains. Les habitations des malades sont dispo-i sées sur les côtés de ces bâtimens et forment deux divisionSy l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes.. Chaque division se subdivise en quatre pavillons perpendiculaires aux constructions centrales , parallèles! entre eux , séparés par des cours plantées, réunis pan une galerie couverte, les rez-de-chaussée sont destinés: à des réfectoires, des salles communes, des salles de travail, et l'étage au-dessus forme des dortoirs de douze i lits; ces dortoirs, plafonnés, sont éclairés par de grandes: baies de croisées, garnies de treillages en fer. Deux desi quartiers, un pour les hommes et l'autre pour les fem-mes, sont disposés en cellules à rez-de-chaussée. Lesbaies sont fermées par des croisée vitrées et par un i volet. Elles s'ouvrent en dehors par la galerie. La mai- ■; son du médecin est indépendante et séparée par le mur ? des jardins, qu'il suffît de traverser pour être auprèsdes malades. M. le docteur Etoc, élève de la Salpê- •
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: trière , a été nommé médecin en chef de cette maison ouverte en 1 834- Le savoir, l'activité, le zèle de ce jeune
I médecin , répondaient de l'excellente direction don»
1 née à ce bel établissement, qui doit consoler ceux qui ont connu l'état déplorable des aliénés dans la ville du Mans. Un élève en médecine seconde M. Etoc. Un
I règlement qui détermine les attributions de tous les employés, et règle tous les services, a été rédigé. Une
. commission présidée par le préfet delà Sarthe, administre cette maison ; un receveur-économe pourvoit aux besoins matériels de tous les services. Trois sœurs de Charité, ayant à leurs ordres des infirmiers et des infirmières , dirigent , surveillent les soins donnés aux malades. Elles sont chargées de la pharmacie, de la cuisine, du maintien de l'ordre et de la propreté, et de la conservation des vêtemens. Les infirmiers reçoivent les ordres immédiats du médecin, qui peut les suspendre de leurs fonctions. Le préfet ordonne l'admission des pauvres. Les pensionnaires doivent être pourvus d'un certificat de médecin, constatant leur état de folie, visé par le maire du domicile du malade. Le prix des pensions varie de ^oo, 700 à 1200 fr.
Strasbourg. — On a lieu d'être surpris qu'à Strasbourg, ville de science, ville de Faculté de Médecine, les aliénés aient été si long-temps dans l'état le plus déplorable. Dans l'enclos de l'hôpital civil de Strasbourg, à l'extrémité d'une grande cour, à cinquante pas des salles des malades , un peu au-delà d'une petite plantation , se trouve un vieux bâtiment ayant un rez-de-chaussée et un étage. Là sont les aliénés
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au rez-de chaussée , tandis que les malades de la cl* nique de la Faculté, occupent le premier étage. L aliénés sont répartis dans plusieurs salles, ils n'ont n' jardins, ni promenoirs, ni salles communes , en sort que les furieux ne peuvent quitter leurs loges. Les alié nés tranquilles jouissent seuls de la liberté de se pro mener pêle-mêle avec les autres habitans de l'hôpital Les aliénés occupent quatre salles ; deux pour les hom mes, deux pour les femmes; il y a de plus une petit salle garnie de cinq loges , et une autre de quatre. Enfin un petit local appelé la Tour, dont le premier étage est occupé par neuf folles incurables, et le rezde-chaussée par des fous bruyans renfermés dans cinq loges. La salle destinée aux fous incurables contient vingt-trois lits; à côté de cette salle, il y aune chambre garnie de quatre loges ou cages vieilles, mal closes et mal placées ; à la gauche de cette salle et à vingt pas de distance, tout près d'un dépôt de fumier , se trouve la tour dont il a été question plus haut; à la droite et. à peu de distance de la grande salle des fous incurables, se trouve la salle des bains qui sert pour tous les malades de l'hôpital. A côté de la salle des bains, ou a placé dans un petit local cinq loges neuves; à ce petit local touche une salle destinée aux folles incurables et qui contient onze lits. De celle-ci on passe dans une autre salle de sept lits , commune aux folles récemment malades; à côlé se trouve la salle des fous en traitement, elle n'a que cinq lits.
Les loges au nombre de cinq récemment bâties, offrent les dispositions suivantes. Dans un corridor étroit,
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1 dallé et mal éclairé, on a élevé d'un pied au-dessus i du sol , cinq loges dont les parois sont en bois plein à la hauteur de cinq pieds, et à clairvoie au-dessus jusqu'au plafond. Les portes onl un guichet et sont couvertes de fer; à côté de la porte est appendue une chaîne, supportant une écuelle de ferblanc dans laquelle les alimens sont servis. Chaque loge n'a que : six pieds et demi de profondeur, quatre pieds et demi ide longueur et neuf pieds et demi de hauteur. Dans un ides coins de chaque loge, près la porte, on a placé des sièges de latriue, les matières tombent dans un vase qui est au-dessous, et qui peut être vidé sans entrer dans la cellule. Les aliénés qui déchirent , ou qui salissent , n'ont que de la paille. Si un pareil état n'a pas été plus tôt changé, la faute n'en est point aux médecins. Les docteurs Schahl et Ristelhueber ont souvent réitéré leurs réclamations , ont > souvent exposé le mauvais état des habitations , et ont déclaré l'impuissance de la médecine contre une maladie traitée dans de pareils locaux. Ce n'est qu'en 1816 que, retirant les malades vénériens de quelques-unes des > salles dont je viens de parler, on put mettre plus au large les malheureux aliénés, et séparer complètement les hommes des femmes. Plusieurs projets ont été émis : les uns voulaient que le nouvel établissement -spécial fût dans la ville, et désignaient un ancien couvent; d'autres proposaient de créer l'établissement dans un ancien couvent à 3 ou lieues de Strasbourg. Ce dernier projet a prévalu ; les batimens ont été distribués et disposés pour leur novive] usa^e,
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La situation de cet établissement est belle; en les aliénés y ont été transférés, M. Ristelhueber , qui en a été nommé le médecin, a impiimé une bonna direction, établi l'ordre et la discipline, et fait l'application des bons principes au traitement des alié^ nés confiés à ses soins et à son savoir.
Poitiers. — Les frères de la Charité , et d'au très religieux recevaient dans leur couvent des aliénés. De* puis la révolution, ces malades étaient envoyés dans l'hôpital général, à l'hospice des incurables, et dans M prison. Dans la prison ces malheureux étaient confoni dus avec les autres prisonniers qui se jouaient d'euxi et leur faisaient subir toutes sortes d'ignobles brutalités Ils étaient soumis au même régime alimentaire, le paii leur était distribué pour deux jours , et j'y ai vu ui malheureux aliéné qui n'avait point mangé depuis vingt quatre heures , son pain lui avait été volé. A l'hôpital on avait construit et adossé aux murs d'enceinte de deui longues cours, des habitations ou mieux des cachot en bois. Je me rappelle avoir été obligé de traverser ui de ces cachots, pour pénétrer dans un autre, qo ne recevait la lumière que du premier. Des espaces vî des laissés entre les cachots , servaient à recevoir le fa mier. Rarement ces malades avaient-ils des couchettes et la paille était jetée sur le sol avec une couverture sal et usée. Il y avait aussi quelques loges bâties dans u« petite cour très étroite, qui précédait celles dont je viea de parler. En 1817 , il y avait dans cet hôpital 17 hoffli mes, a8 femmes et 8 idiots, ou ahénés en démenée A celte époque on se proposait de réunir tous le
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Wîénés daus le dépôt de meudicité , où l'on devait faire des constructions nouvelles. Des plans furent dressés, on renonça bientôt à ce projet, et l'année suivante il fut décidé qu'on supprimerait les mauvaises habitations de l'hôpital général , et que, dans les jardins qui séparent les bâtimens de la rivière , on forait un quartier neuf. On se mit à l'œuvre en 1821, et au 1" janvier iSaS, on relira les aliénés des cachots de la prison, de l'hospice des incurables, et on liles réunit dans ce nouveau quartier. Là sont plusieurs ^subdivisions pour chaque sexe , des cellules bien faites ss'ouvrant sur des galeries , des dortoirs, des chauffoirs, ides salles de bain, des préaux. En 1826, ou comptait :33 hommes et 16 femmes, plus 7 aliénés paisibles ( dans les bâtimens de l'hôpital. La commission adminisitrative, les religieuses de Saint-Laurent et les services ! généraux sont les mêmes pour la division des aliénés ique pour l'hôpital, niais un médecin spécial est attat ché à cette division. Le docteur Lamarque , chargé I du service médical, lui a donné une très bonne di- ! rection , et a recueilli sur les maladies mentales de précieuses observations. Les indigens font deux repas par jour; au dîner on leur sert de la viande excepté les jours maigres ; le soir on leur distribue des légumes. Les pensionnaires ont du vin à leurs repas. Le préfet ordonne l'admission des indigens , les parens des pensionnaires traitent avec les administrateurs de l'hôpital.
Maréville. — Léopold, duc de Lorraine, fit construire au commencement du xvni' siècle, une maison pour
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la correction des mauvais sujets du duché. Dans la suite on construisit des casemates pour des fous. Eii 1 749» leroi Stanislas, qui couvrit la Lorraine d'établisse* mens de bienfaisance, agrandit la maison de Marévilleelt y appela les frères des écoles chrétiennes. Cet établisses ment avait la triple destination de recueillir des fous, des jeunes gens en correction et des prisonniers. En 1793: le bâtiment principal fut incendié, les habitans furenl dispersés, il ne resta plus que 10 aliénés abandonnés presque à eux-mêmes. En 1 802, M. Marquis, préfet de la Meurthe , ordonna que tous les fous du département^ seraient réunis à Maréville. On fit alors quelques aug-. menlations dans les bâtimens; à cette époque jusqu'en i8i4) Maréville recevait les aliénés de 11 départemens, aussi leur nombre s'éleva-t-il à plus de 5oo : mais la perte des provinces rhénanes diminua considérablement cette population. Jusqu'à l'année i8i8, Maréville avait été livré à un entrepreneur, auquel on payait un prix de journée pour chaque aliéné; depuis, les soins et l'administration de la maison furent confiés aux sœurs de Saint-Charles.
L'établissement de Maréville est situé dans la commune de Laxou, à une petite lieue ouest de Nancy; il occupe un grand terrain au pied d'un coteau incliné au levant, couronné par un bois d'où la vue s'étend sur une vaste plaine. En entrant on voit, à droite, de petites' constructions habitées par des pauvres , par des aliénés en démence , par des idiots. Plus loin se trouvent les bâtimens échappés à l'incendie. Dans les caves appelées JmillCere^^ i'pn avjiit construit avec des ma-
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driers debout , scellés au sol et au plafond , des habitations ressemblant à des cages dont elles portaient Je nom , dans lesquelles on renfermait les furieux ; au travers les espaces laissés entre les madriers l'on passait la nourriture aux malades, qui n'avaient que de la paille pour se coucher. Les étages supérieurs seuls habités aujourd'hui, sont divisés par un corridor sur lequel, à droite et à gauche, s'ouvrent des chambres éclairées par une croisée grillée. Ces divisions sont en bois, par conséquent très sonores au plus léger bruit; : sur le plancher des corridors rampent des caniveaux pour recevoir l'urine et l'eau lépandue dans les chambres. A droite et à quelque distance du bâtiment I qu'habitent les religieuses, où sont établis les services généraux, il existe un quartier comj)osé de petites con- : structions irrégulières, divisées eu cellules à rez de chaus- : sée, avec de petites cours. Tout ce quartier, destiné aux : furieux et aux aliénés sales, est mal bâti, sombre et hu- 1 mide. Depuis quelques années on a construit de nouvelles cellules, mieux entendues , mieux aérées et plus ! saines que les anciennes. M. le docteur Bonfils père a ' été pendant un grand nombre d'années médecin de Maréville. Il a été remplacé par son fils aîné qui, très ! jeune, a été viclime de son amour pour la science. La ^ commission des hospices de Nancy, dont les maires de i Laxou et de VjUcrs sont membres nés, surveille l'administration de xMaréville.
Je m'arrête aux. notices qui précèdent. Elles font connaître les principaux établissemens d'aliénés en France; elles coiislatont que partout dans notre pays, depuis
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quarante ans, les aliénés sont devenus l'objet de la sollicitude du public et de l'administration; que partout ces malades reçoivent des soins plus éclairés, plus actifs; qu'ils sont mieux logés, mieux vêtus, mieux jiourris, mieux servis qu'autrefois; que partout, enfin, ils sont régulièrement visités par des médecins instruits, qui jie négligent rien pour guérir ces malheureux si délaissés jadis, parce qu'ils étaient si mal connus. Dans les ctablissemens moins importans dont je ne parle point, qui appartiennent presque tous aux hospices, on re>. trouve les mêmes défauts, les mêmes vices , et les mêmes améliorations. Je ne parlerai pas des maisons privées, dirigées par des particuliers ou par des corporations religieuses. Ces maisons sont peu nombreuses, reçoivent peu de malades comparativement aux établissemens publiés. Ainsi dans le département de la Seine, on compte yingt maisons particulières qui ne réunissent pas plus de aliénés, tandis qu'il y en a près 3ooo dans les trois maisons publiques de Paris; à Toulouse on compte 3oo aliénés à l'hospice, il n'y en a pas plus de 3o malades dans la seule maison particulière de cette ville. Il en est tout autrement en Angleterre. Le docteur Halliday m'écrivait en i832, qu'il y avait en Angleterre et le pays de Galles 4077 aliénés dans les établissemens publics, et 2453 seulement dans les maisons privées. Cependant il faut faire une exception pour la maison du Bon-Sauveur de Caen et pour celle des fous de Saint-Jean-Dieu à la Guillotière, près Lyon, ces deux établissemens étant considérables. Que dirai-je des prisons ? Si l'on y trouve encore des aliénés, ces malades
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1 n'y sont reçus que temporairement et en très petit inombre. L'article 6 de la loi des finances de i836, : surtout le projet de loi soumis aux Chambres en iBS^, : feront cesser le scandale de cette commensalité du crime , avec la plus affligeante des maladies.
J'ai assiste aux premières améliorations apportées I au régime ec au traitement des aliénés; j'ai suivi depuis I quarante ans le progrès de ces améliorations auxquelles je n'ai point été tout-à-fait étranger. Je les ai secondées ■ de tous mes efforts par mes publications, par mon en- ; seignement, et par mes voyages. Consulté parle gouvernement, les préfets, les administrations locales, les [. architectes, je me suis empressé de livrer les résultats de mes observations, de mes essais et de ma longue pratique; j'ai vu mes principes et mes conseils accueillis et appliqués dans plusieurs élabllssemens consacrés aux aliénés.
L'exemple donné par la France ne fut point perdu pour le reste de l'Europe, et nous avons vu s'élever partout des élablissemens destinés à recueillir et à traiter les malheureux atteints de maladies mentales.
§ I". Du matériel des ètahlissemens d'aliénés.
Je m'étais proposé de faire connaître les principaux ctablissemens destinés aux aliénés. J'aurais pu donner sur chacun d'eux des détails nombreux et intéressans avec une description exacte de leur plan. Je voulais comparer ce qui existait et ce qui existe chez nous avec ce qui se faisait et ce qui se fait chez les étrangers. J'ai recueilli d'immenses matériaux; mais,
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lorsque j'ai voulu les melivo en œuvre , nieine en les réduisant à des proporlioiis très limitées, il est résulté un travail iinmetise que j'ai dû renvoyer à l'ouvrage sur les établisseniens d'aliénés que j'ai annoneé page 45o. Jusqu'au commencement de ce siècle, même dans les pays les plus fiers de leur civilisatioo avancée, les aliénés étaient daris un état déplorable. On ne voyait en eux que des êtres raalfaisans et dangereux dont il fallait se garer; on bâtit pour leur usage des cachots, on les mit dans les prisons , on les chargea de chaînes, on crut avoir assez f;iit pour eux en les empêchant de mourir de faim; partout ils étaient les victimes de l'ignorance, des préjugés, delà frayeur, etc. Il suffit pour s'en convaincre de lire les écrits de Daquin, de Chiarruggi, de Joseph Frank, deReil, de Max. Andrée. Ces médecins sont unanimes dans leurs plaintes sur la inanièi'e dont les aliénés étaient soignés en Italie et en Allemagne, ainsi que dans leurs réclamations en faveur de ces malades. Les enquêtes du parlement démontrent que les lunatiques se trouvaient en Angleterre dans des conditions bien plus déplorables encore.
Malgré tant d'amélioralions dont les aliénés sont l'objet, il n'existe encore qu'un très petit nombre d'e'« tablissemens exclusivement consacrés à ces malades; nulle part on ne trouve d'hôpital spécial et clinique pour l'mstruction des jeunes médecins. Notre pays donnera-t-il l'exemple? (lomment se fait-il que la maladie qui attaque l'iiomme dans la jjartie la plus précieuse de son être, qui n'épargne ni le pauvre ni le riche, qui sévit plus ordinairement sur les membres les pliis esti-
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niables de la société, dont l'étude offre les sujets des plus profondes médita (ionSj n'ait point un asile où ceux iqui en sont atteints soient seuls accueillis et traités honorablement? Dans les grandes villes de France et de l'Europe, il existe des hôpitaux pour le traitement des galeux et des vénériens, rarement pour les aliénés, encore ceux-ci ne sont-ils point exclusivement réservés pour les fous qui peuvent guérir; et cependant, «de tous les malheurs qui affligent l'humanité, dit le duc de Liancourt dans ses beaux rapports sur les secours publics, l'état de folie est un de ceux qui appellent, à plus de titres, la pitié et le respect. C'est à cet état que plus de soins devraient être prodigués. Quand la guérison est sans espoir, que de moyens il reste encore de douceur, de bons traitemens qui peuvent procurer à ces malheureux au moins une existence supportable !»
De ce défaut d'hôpitaux spéciaux, de cette cohabitation avec toutes sortes d'infirmités, que d'inconvéniens plus graves les uns que les autres ne résultent-ils point!
i" Rien n'est disposé pour une habitation appropriée à l'état de ces malades, tout est contraire à la situation de leur esprit. Dans les hôpitaux généraux, dans les dépôts de mendicité, les aliénés sont dans le plus grand abandon, laissés dans leurs loges, leurs cellules, leurs cachots, leurs cages, sans que personne s'occupe d eux, ils sont condamnés aux travaux les plus vils de la maison, et au mépris le plus accablant. Dans les prisons , dans les maisons de force , on est révolté des railleries
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dégoûtantes auxquelles sont en butte ces malades, entourés de misérables, de libertins, de malfaiteurs qui se font un jeu brutal de leur délire, qui se rient des injures grossières , des coups , des mauvais tx'aitemen^ qu'on prodigue à des malbeureux; livrés à des geôliers durs et barbares, souvent plus redoutables pour eux que leurs commensaux, les fous sont soumis au régime sévère des prisonniers , sans pouvoir profiter des douceurs que ceux-ci peuvent se procurer par le travail. Quel sentiment pénible ne doivent pas éprouver les aliénés d'un séjour qui les irrite, les avilit et les dégrade! Ont-ils quelque intervalle lucide, à quelles accablantes réflexions ne doivent-ils pas s'abandonner? Ils ne retrouvent dans le retour au calme que d'affligeans souvenirs, dans ces souvenirs qu'un affreux réveil , et le sujet du plus affreux désespoir; cet état n'est-il point un obstacle à toute réaction morale, si utile pour le retour à la raison; et si l'aliéné échappe comme par miracle à tant d'influences funestes, s'il guérit, que de pénibles pensées le poursuivront lorsqu'il s'essaiera ~ dans le monde ?
1° Un grand nombre de maisons d'aliénés, établies dans des couvens, sont sans plan généi'al, sans distribution convenable pour ceux qui les habitent, sans commodité pour le service, sans facilité pour la surveillance.
Dans les établissemens bâtis expi'ès, les constructions sont trop rapprochées; il manque de divisions pour séparer les fous d'après le caractère et la période de leur délire : ce vice est très remarquable dans les établissemens les plus vantés d'Angleten-e, et
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dans plusieurs maisons d'Allemagne et d'Amérique. Il n'y a que très peu de maisons où les furieux soient rigoureusement isolés des insensés tranquilles : on se contente de mettre les premiei's au rez-de-chaussée, on superpose les autres dans les étages supérieurs : les convalescens ne sont pas toujours séparés de ceux qui restent en traiteiflent ; les épileptiques n'ont pas de locaux particuliers , pas plus que les aliénés qui ont des: maladies incidentes. Au nouveau Bedlam à Londres on a été obligé de faire une infirmerie à l'étage le plus élevé de l'édifice.
Dans beaucoup de maisons, particulièrement en Angleterre , c'est le prix que paie chaque individu qui détermine son placement ; cette différence n'est réelle que pour les fous tranqmlles et propres; car les furieux, ceux qui sont sales, quelque prix qu'il paient pour être mieux soignés, mieux logés, subissent le sort général. En Angleterre, la division des bâtimens est fondée sur le prix de la pension. A Glasgow, à Wakefield, à Prague, à Siegbourg, etc., il y a deux divisions, l'une pour les riches , l'autre pour les pauvres ; disposition injuste pour ne pas dire mieux; mais s'il faut des distinctions pour les riches pourquoi en rendre témoins les pauvres ? Le caractère et la période de la maladie devraient seuls servir de base pour le classement des aliénés et par conséquent pour la distribution des constructions.
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§ II. Qu'ont de commun entre eux les divers établissemens d'aliénés? qu'offrent- ils de contraire ou defavorahle à leur destination ?
1° La plupart sont situés dans les villes, quelquesuns dans les campagnes, dans les plaines ou dans les hauteurs. Dans les villes, l'espace manque, les malades sont excités par le brouhaha et le tapage de la population; les visites sont plus nombreuses et plus fréquentes; les infirmiers sont plus distraits, plus disposés à sortir de la maison , tandis qu'à la campagne, il y a plus d'espace, les malades jouissent de plus de calme, peuvent sortir pour se promener au loin ou pour se livrer à la culture; les visiteurs sont plus rares; enfin, il y a des avantages économiques. Les constructions sur un plateau un peu élevé sont plus favorablement situées ; mais si le plateau n'est pas assez étendu , les bâtimens ne peuvent se développer de plain-pied ni être suffisamment espacés; les terrasses, les escaliers sont alors nécessaires à cause de l'inégalité du sol. Le succès de l'établissement de Pyrna, en Saxe, établi dans un ancien châîeau-fort, n'a-t-il point été, sous ce rapport, d'un funeste exemple pour l'Allemagne, oîi les meilleurs établissemens, fondés depuis quelque temps dans des couvens anciens, sont perchés sur des hauteurs?
1° La forme des bâtimens est très variable : généralement ils sont trop groupés, et les malades trop rapprochés les uns des autres. Tantôt les constructions se développent sur une même ligne, comme Saint-Luc,
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tantôt les constructions forment un bâtiment central sur lequel rayonnent quatre ailes à trois étages; tels sont la maison de Glascow et le nouvel hôpital de Gênes. A Turin, sur le bâtiment central, s'élèvent de chaque côté, et parallèlement entre elles, deux ailes qui ne dépassent pas les lignes du bâtiment central. En Norwège, l'on a adopté la forme rayonnante de Giascow, à Wakefield , les bâlimens ont la forme d'un H; à Vienne, dans le jardin de l'hôpital, on a élevé une rotonde à cinq étages; enfin, autour du bâtiment central, sont disposés symétriquement des pavillons, ayant chacun une cour ou un préau, et liés ensemble par des galeries.
3" Les cours manquent , quelquefois les femmes ne peuvent se promener que lorsque les hommes ont quitté la seule cour de l'établissement. Presque jamais les cours ne sont assez grandes ni assez nombreuses pour que, dans tous les temps de la journée, les malades des différentes classes puissent s'y promener. Les cours sombres, enfermées par de hauts murs, sont humides et froides en hiver, brûlantes en été. Elles devraient être pourvues d'un promenoir couvert, plantées d'arbres, pour garantir les malades de l'ardeur du soleil. G'est surtout en Angleterre que se fait remarquer le manque de cours et d'espaces suffisant pour que les malades puissent se livrer à l'exercice.
Ce défaut de cours oblige à laisser les aliénés furieux, les tapageurs, ceux qui déchirent, constamment renfermés, et ce sont les malades qui ont le plus besoin de grand air et d'exercice. Dans quelques hospi-
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ces, on voit encore des chaînes appendues aux murs des cours, pour y enchaîner ceux à qui, par humanité, on permet de prendre l'air. Dans les temps pluvieux, les aliénés n'ont pour promenoir que des corridors souvent étroits et sombres; il faut en excepter les vastes galeries, sur lesquelles s'ouvrent les cellules au nouveau Bedlam et dans la plupart des hospices ou hôpitaux construits d'après le même système, tels que Saint- Luc à Londres et les établissemens nouveaux de Caen, Gênes , Turin , etc.
Je n'appelle pas promenoirs des salles de réunion qu'on trouve dans un grand nombre de maisons d'aliénés; ces salles servent de chauffoir pendant l'hiver; mais elles sont généralement trop petites et trop emcombrées de malades , pour qu'on puisse s'y promener.
4° Que les bâtimens soient groupés en un seul corps ou qu'ils soient divisés lorsqu'ils sont à plusieurs étages, ils offrent des inconvéniens sans nombre. Dans quelques tî) établissemens , l'étage le plus inférieur est à moitié de sa hauteur sous terre, et les habitations ne sont éclairées et ne reçoivent l'air que par les soupiraux des corridors sur lesquels|s'ouvrent les cellules. C'est ainsi que sont logés les furieuxTdans la plupart des établissemens d'Angleterre, à Lille, à Armentières, oîi l'on a imité les constructions anglaises, mais dans de très petites proportions. Les aliénés tranquilles occupent le premier, le second et même le troisième étage de presque tous les anciens établissemens, et dans plusieurs, les hommes sont au rez-de-chaussée et les femmes au-dessus. Cette fâcheuse disposition n'a pu être évitée à Siegbourg, ni
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à Prague. Ces étages offrent un corridor plus ou moins large , sur lequel s'ouvrent des cellules ordinairement d'un seul côté et quelquefois des deux. Les aliénés qui habitent des étages supérieurs sont casaniers , se décident difficilement à se promener à cause de la peine qu'ils ont à descendre et à remonter. Les serviteurs perdent beaucoup de temps et se fatiguent. Les portes des galeries, des corridors étant fermées, les infirmiers sont seuls, loin de toute assistance, se battent à leur corps défendant contre un aliéné pris tout-<à-coup d'un accès de fureur. Faut-il conduire un malade au bain , faut-il le descendre dans la cour ou *Ie promenoir, ou est obligé de recourir non-seulement à l'appareil de la force, mais on est contraint d'y avoir recours; dès-lors que d'irritations, que de violence, que d'injures, que de mauvais traitemens. Lorsque les habitations sont au rez-de-chaussée, les malades sortent plus volontiers de leurs cellules ou de leurs dortoirs, ils sont sollicités par l'exemple de leurs commensaux qui vont et viennent; ils se croient et sont réellement plus libres, parce que la surveillance est moins apparente; ils n'entendent point perpétuellement ouvrir et fermer des verroux, ils peuvent sortir sans demander de permissions , sans avoir eu besoin d'obtenir qu'on leur ouvre les portes, dépendance qui répugne au plus grand nombre. Les habitations restant ouvertes, les malades sont facilement observés, les infirmiers sont à portée les uns des autres, ils peuvent s'assister plus facilement, en même temps qu'ils se surveillent réciproquement. Cette facilité prévient
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beaucoup d'accidens , beaucoup de inécontentemens.
Dans les maisons à plusieurs étages, la surveillance est presque impossible; elle est plus sûre, plus facile dans un rez-de-chaussée. En effet, peut-on exiger d'un chef, d'un directeur d'établissement , de monter et descendre sans cesse des escaliers nombreux? les forces physiques se refuseraient à leur zèle, tandis que, dans notre système, en se promenant et sans fatigue, le directeur peut surveiller les malades, et surtout les gens de service. Il arrive auprès de chacun d'eux alors qu'on l'attend le moins; chacun alors reste à son poste, personne ne peut abuser de l'état des malheureux qui lui sont confiés. De combien d'abus sont victimes les aliénés livrés en quelque sorte à la surveillance seule de gens de service : je regarde les étages comme la cause d'un grand nombre de suicides qui ont lieu dans quelques établissemens.
5° Les habitations de chaque aliéné ne doivent pas moins attirer l'attention, elles sont souvent mauvaises. Dans quelques couvens transformés en maisons d'aliénés et dans quelques hospices, on a utilisé d'anciens bâtimens dont on a fait des dortoirs, des salles, des chambres à deux, à trois, à plusieurs lits, enfin des cellules. Les habitations du premier et du second étage sont destinées aux aliénés tranquilles propres et aux pensionnaires. Ces salles, ces cellules sont irrégulièrenient distribuées dans divers quartiers. On a construit des loges, des cachots au rez-de-chaussée, quelquefois audessous du sol. Les furieux, les aliénés qui sont sales, sont renfermés dans une véritable cage, formée de
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Imvi'cs (.le bois disposées en claires- voies sur les six faces. Ces cages sont posées dans de grandes salles; au travers des barreaux, on jette la paille et les alimens à ces infortunés. Les cages, élevées d'un pied au-dessus chi sol, sont quelquefois en bois plein, à la hauteur de cinq pieds, à claire-voie, jusqu'au plancher supérieur. Ces cages étaient dans des caves formées avec des madrieis debout, à Mareville. A Saumur, les cellules, les >alles communes sont creusées dans le roc : les unes et les autres ne reçoivent l'air et la lumière que par la porte. Dans les prisons, les furieux sont dans des cachots, quelquefois souterrains, éclairés par un soupirail, ou même ])ar la porte.
6" Les cellules, les loges , dans les établissemens bâtis evprès, ne sont pas toujours bien entendues. Ces cellules, ces loges, s'ouvrent sur des cours, sans précaution pour les préserver des eaux pluviales qui jaillissent sur le pavé, augmentent l'humidité de l'intérieur ; on prévient cet accident par des galeries au devant des portes. Dans les étages supérieurs, les cellules ^s'ouvrent sur des corridors, souvent étroits et mal éclairés, à un ou à deux rangs de cellules, quelquefois les «ellules sont adossées. Cette dernière disposition est peu favorable au renouvellement de l'air, etles malades s'excitent en frappant sur le mur qui sépare les deux cellules. Les corridors à deux rangs de cellules n'isolant jjoint assez les malades qui sont entassés, le bruit qu'un malade fait dans sa cellule, est entendu presque autant par ceux qui sont logés vis-à-vis que par ses voi- Mus. A Londi-es, et dans tous les hospices d'aliénés bâtis
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d'après les mêmes principes, les cellules ne s'ouvrent que d'un côté des corridors. Ces corridors sont larges, hauts, planchéiés, éclairés par de grandes baies; mais ces ouvertures sont horriblement chargées de fer. Ces cellules sont voûtées, plus profondes que larges; la croisée est grillée et élevée sous plafond, en face de la porte, le lit est en travers sous la croisée. Toutes les constructions présentent les mêmes moyens de force et de sûreté; elles sont uniformes dans tous les étages du même établissement , elles sont toutes faites pour des furieux; tandis que, sur cent aliénés, à peine y en a-til dix. dont le délire réclame des précautions.
Autrefois les portes des cellules étaient généralement petites et très basses; les serrures en étaient (énormes et toujours à pêne dormant , elles avaient de gros verroux. Tout cet appareil a été abandonné dans les établissemens nouveaux ; les portes se ferment à tour et demi, ce qui est beaucoup plus commode et épargne aux aliénés l'effroi que cause le bruit des trousseaux de clef A la Salpêtrière, les verroux sont plats, on peut en faire qui se perdent dans l'épaisseur des hois.
Les portes étaient et sont encore généralement percées d'une ouverture carrée de quatre à cinq pouces, munie d'un volet avec son verrou et sa clef ; au travers de ce guichet on passé la nourriture : c'est par là qu'on montrait les aliénés aux curieux.
Les cellules, les loges, sont éclairées et ventilées par une croisée. Cette croisée est contre la porte, rarement vis-à-vis, au moins en France; en Angleterre,
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• en Améi'iqiio, ca Allemagne, elle est très élevée et opposée à la porte. Les loges demi souterraines . [de Bedlam, d'Armentières et autres, ne sont éclairées que par les soupiraux qui donnent du jour aux corridors. Les cages l'ecoivent l'air et la lumière de la salle £oii elles sont établies. Quelquefois les croisées nianiquent, les loges ne sont éclairées que par la porte. La ! baie qui est à côté de la porte est ordinairement petite, - armée de barres de fer, munie d'un volet , sans carreaux je de vitre. Quelquefois aussi l'ouverture est au-dessus de la porte. Dans quelques anciens établissemens , on a ; pratiqué des contre-ouvertures en face des portes. Les i croisées percées à côté des portes ne sont pas favora- ) bles au renouvellement de l'air ; les croisées qui sont ; très élevées et en face ou au-dessus de la porte, si elles V ont des vitres ou des volets, s'ouvrent ou se ferment T rarement. Leur élévation rend les cellules tristes, som- Ibres, ceux qui les liabitent ne sont distraits par aucun < objet extérieur. Il semble qu'on ait pris à tâche de pri- ' ver les aliénés de l'air qui leur est si nécessaire, de la i lumière qui pourrait les récréer et de la vue de l'cxté- 1 rieur; en croirait, à voir certaines maisons, qu'on a voulu asphyxier ceux qui sont condamnés à les habiter.
Ces dispositions des ouvertures, non-sculement sont ' contraires aux premières lois de l'hygiène, mais elles ' exposent les serviteurs à des dangers ; elles sont un grand obstacle pour la surveillance; à moins d'avoir à sa disposition une échelle où l'on monte pour voir ce qui se passe dans la cellule, au travers d'une petite ouverture que le docteur Jacobi veut qu'on pratique au-dessus de la porte.
•yo De grandes croisées basses et en face de la porte, offrent des avantages nombreux; les cellules sont mieu» éclairées, mieux ventilées, plus propres. Le malade est surveillé sans qu'il s'en aperçoive. Un aliéné, qui est renfermé depuis le coucher du soleil jusqu'au lendemain , qui ne peut être surveillé qu'en ouvrant sa; porte j n'esl-il point exposé à tous les dangers auxquels; le livre une pareille solitude ? La concentration des idées, la masturbation, le suicide, etc., ne sont-ils pas à re-douler? Un aliéné est-il momentanément agité , laissez-le sortir de sa cellule en franchissant la croisée,, puisque la porte est fermée, il se calmera; il fût devenu i furieux par la réclusion. De petites ou de grandes croi-sées grillées s'opposent à ce qu'on pénètre dans les ha-bilalions de ces malades; et si un furieux s'est renfermé, , s'il -s'est emparé d'une arme dangereuse pour lui et pour les autres, qui osera pénétrer dans sa cellule? Deux hommes forts et courageux, dit M. Jacobi. Si ces deux hommes évitent un danger grave, préviendront-ils une lutte? Dans un cas semblable, lorsque de grandes croisées sont basses et opposées aux portes, des domestiques feignent de vouloir entrer par l'une des ouvertures, par la croisée, par exemple: alors le •furieux, toujours imprévoyant, dirige sur ce point tous SOS moyens de défense, tandis qu'on arrive jusqu'à lui par la porte, sans danger pour lui-même et pour les serviteurs, surtout si les serrures, bien entretenues, s'ouvrent sans bruit et facilement. J'ai vu la fureur ces- f ?cr inslantanément par la surprise.
La surveillance pendant la nuit devient plus facile.
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Le médecin pourra au travers la croisée acquérir des connaissances précieuses, non-seulcraenl utiles au malade qu'il observe , mais il obliendra des révélations qui tourneront au bien de tous. Il s'instruira des causes irritantes qui entretiennent le délire de tel ou de tel aliéné, des négligences et des mauvais traitemens des serviteurs. Pendant le jour le médeein, en se promenant, voit et observe ce que fait l'aliéné resté dans sa cellule: le mouvement qui se fait au-devant des croisées contribue à arracber quelques malades à la concentration de leurs idées.
Les furieux, et quelquefois les monomauiaques, trouvent le moyen de démolir les murs les plus épais; un os^ un clou, un couteau, les chaînes dont on les accable, sont autant d'instrumens employés avec une patience, une opiniâtreté incroyables pour ruiner le mur le plus solide. On a revêtu en bois les cellules , aHn de les rendre plus sûres. Ces cellules sont plus chaudes , moins humides, mais une fois pénétrcci de mauvaise odeur il n'est pas facile de les désinfecter, lorsque l'urine a pénétré les bois, loi'sque les insectes se sont établis dans les fentes, il faut à nouveaux frais doubler la cellule? Quelques aliénés démolissent les murs, détruisent le plancher inférieur, plusieurs cassent les vitres et peuvent se blesser avec les débris. Le professeur Autenrieth a proposé d'entourer les chambres avec des barreaux de bois de sapin, placés dibout et scellés à leurs extrémités aux dtuv phifonds tt peints. Cette espèce de palissade l'emplit- .:11c bien le but? ne retientelle pas facilement les ordures ([ue Ks aUcnés jellen. 33
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ront derrière ou entre les barreaux. Pour garantir les carreaux de vitres, ou emploie dans quelques établis semens d'Allemagne le même moyen. M. Jacobi veut que les croisées soient à neuf pieds au-dessus du sol et que le mur soit incliné, pour empêcher les malades d'atteindre aux croisées. Nous avons à Charenton, il y a à Gaen , à Bordeaux et dans plusieurs autres élablissemens de grandes croisées basses et à portée des malades , les carreaux sont rarement cassés, et cet accident aura lieu bien rarement si les malades ont la faculté de sortir librement de leur cellule.
Il est des aliénés qui se donnent de la tête eonire les murs pour se tuer. Plutôt que de les lier, on a imaginé de les renfermer dans une chambre privée de toute lumière et entourée de matelas. Ce moyen est excellent, mais son usage ne peut être que momentané. Car si on laissait long-temps les malades dans une pareille cellule, elle serait bientôt salie, de manière à n'être plus habitable.
Les furieux ne sont pas toujours dans des celUiIes; nous les avons vus, autrefois, réunis dans une même salle à l'Hôtel-Dieu de Paris; ea Italie, le même usage existe encore dans plusieurs établissemens d'aliénés , d'ailleurs bien ordonnées et bien tenues.
8° Le plancher supérieur est ordinairement plafonné, souvent voûté. A la Salpêtrière, une voûte en ogive s'étend sur tout une rangée de cellules. A Annenlières, à Lille , toute la maison est voûtée.
Le plancher inférieur des rez-de-chaussée est tantôt én terre battue, tantôt carrelé en brique, tantôt dallé eo larges pierres, ou bien pavé en moellon; assez souvent
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il est planchéié. En Angleterre, en Hollande, en Belgique, le plancher inférieur est en bois. Le plancher en bois peut faire craindre le feu; mais il est plus chaud, et convient aux étages supérieurs et aux. aliénés tranquilles et propres. Le plus détestable plancher est le pavé. Les matières dont il est sali pénètrent bientôt les joints des moellons, le ciment s'imprègne de ces substances fétides , il s'étabht dans chaque cellule un foyer d'odeur infecte qui s'attache aux vêtemens; en outre, il est impossible de rendre ce pavé sec et propre. Ainsi, le plancher inférieur d'un très petit nombre de cellules pour les furieux sales doit être dallé en grande pierre, et avoir une pente vers la porte. M. Desportes veut que ce plancher soit en chêne et mobile. Dans les dortoirs, où sont couchés les paralytiques, l'on a placé à la Salpêtrière et à Bicêtre chaque lit sur une dalle large, légèrement creusée, pour recevoir l'urine qui s'échappe par un trou pratiqué au point le plus déclive de la dalle, d'oîi l'urine s'écoule dans un conduit souterrain. Cette dalle peut être lavée à volonté.
La meilleure cellule est celle qui ressemble le plus aux chambres ordinaires du pays qu'on habite.
9° Tout ce qui intéresse la propreté des aliénés est trop important pour que les sièges d'aisances ne m'ar» rêtent pas un instant; on avait établi de ces sièges presque partout, dans les loges, dans les cellules, même dans les étages supérieurs. Cet usage, qui paraît utile au premier abord, est superflu. Il est beaucoup d'établisseraens qui n'en ont point. La plupart des aliénés s'habituent à se rendre dans des lieux communs. Les alié-
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nés tranquilles et propres pour se garantir du froid et de la mauvaise odeur bouchent ces sièges soigneusement, quelques-uns s'en servent comme d'une cachette pour serrer tout ce qu'ils ramassent. C'est ce que j'ai vu à Charenton avant qu'on eût détruit tous les sièges, c'est ce que j'ai remarqué dans beaucoup de cellules de de Florence et d'autres établissemens. Les aliénés dont la raison est si égarée qu'ils sont indifférens sur leur situation , salissent les sièges ou à côté. 11 en est qui quittent les corridors, les cours, pour salir leur lil et le plancher de leur logement. Ceux que leurs infirmités empêchent de marcher ou de quitter leur lit, ne se servent pas de ces sièges. A Bordeaux , les sièges sont placés au-dessous des croisées et ont une ouverture fermée d'un volet sur la cour, par laquelle on enlève les vases sans entrer dans la cellule. Ailleurs ces sièges s'ouvrent sur les galeries ou sur les corridors. Souvent les vases ne sont pas bien placés, l'urine se répand à côté et coule hors de la cellule, sur les galeries ou les corridors; à moins que comme dans l'établissement de Sienne, les sièges ne soient en marbre et creusés en gouttières dans le fond pour recevoir et conduire l'urine dans un caniveau couvert qui rampe devant les cellules. Ces sièges sont autant de foyers de mauvaise odeur; il faudrait supposer un service très actif, pour croire qu'on vide les vases chaque fois qu'ils sont salis. Dans plusieurs établissemens les sièges d'aisances des habitations à rez-de-chaussée se dégorgent dans im égout qui rampe sous ces mêmes habitations. Il résulte de là que pendant l'hiver, par les ouvertures
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des sièges d'aisances, un air froid et humide pénètre dans les cellules, tandis qu'en été il s'exale une odeur infecte, parce que les égouts sont engorgés, n'étant ni suffisamment, ni habituellement pourvus d'eau. Il arrive aussi que des rats s'introduisent par les ouvertures, effraient les aliénés et même les mutilent lorsque ces infortunés sont tombés dans l'insensibilité la plus profonde. Je signale cet accident, parce que j'en ai été le témoin.
Il est certain que partout où beaucoup d'hommes sont réunis, il est très difficile de maintenir propres les latrines; cela sera impossible avec des aliénés insoucians ou disposés à toutes sortes de saletés. Tous les essais que j'ai vu faire et que j'ai tentés moi-même m'ont conduit à cette conséquence que les lieux d'aisances doivent être isolés des bâtimens; à cette condition, on se délivre de la mauvaise odeur et on obtient la propreté; les aliénés, doivent y arriver par des corridors ouverts: avec une bonne surveillance, ils contractent l'habitude de s'y rendre tous. Mais ces privés doivent avoir une forme telle, qu'ils puissent facilement être nettoyés. Dans quelques établissemens d'Angleterre , chaque fois qu'un, aliéné sort des cabinets d'aisances, en se fermant, la porte fait ouvrir un robinet qui fournit une quantité d'eau suffisante pour entraîner les matières. A Florence, lorsque l'aliéné monte sur une marche qui est au pied du siège d'aisances, il s'abaisse une soupape qui donne passage aux matières, et lorsque le malade descend du siège, la soupape se relevant ferme l'accès au froid et à la mauvaise odeur. En adossant les chemir-
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nées des lieux d'aisances aux poêles qui chauffent les cellules et les galeries, on remplit une des principales conditions du procédé de désinfection proposé par M. d'Arcet. Il serait trop long d'entrer dans de plus grands détails à cet égard, il me suffît d'indiquer ce qu'il faut éviter et ce qu'on peut faire.
io°Les lits manquaient souvent; les furieux étaient couchés sur la paille et quelquefois sur le sol, n'ayant point de paille pour se garantir de Thumidilé. Quel moyen pour solliciter le sommeil des individus que l'insomnie dévore? Lorsqu'il y avait des lits, ils étaient de toute sorte de forme. Là, il avait suffi de deux planches; posées de champ sur le plancher inférieur, parallèlement aux deux murs qui font un des angles de la loge, pour contenir la paille : ici , c'était un hâti, d'un pied d'élévation au-dessus du sol, large de trois pieds, long de six , sur lequel on jetait la paille. Plus généralement c'était des pièces de bois scellées aux deux murs eu forme de mangeoire. Dans quelques maisons, les couchettes ressemblaient aux lits-de-camp de nos corps-degarde. A la Salpêtrière , les couchettes des femmes furieuses sont en bois de forme carrée de six pieds de longueur, de deux pieds et demi de largeur et de dixhuit pouces de profondeur avec un fond plein , montées sur des pieds; placées dans un coin de la cellule , scellés aux deux murs par des bandes de fer. Les aliénés tranquilles, les convalescens , ont presque partout des lits ordinaires et en bois ou en fer.En général , les couchettes sont adossées contre un des murs et même contre deux. Celte disposition n'est pas sans inconvé-
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nient , ainsi posées il séjourne entre le bois et le mur des ordures qui sont un foyer de mauvaise odeur. S'il faut coucher un furieux, un malade obstiné, les infirmiers, les domestiques jettent le malade sur son lit, au risque de le blesser; celui-ci se sert des murs comme d'un point d'appui pour repousser les gens de service; tandis que les couchettes étant isolées, il est facile de coucher les plus furieux , sans compromettre leur propre sûreté et celle des infirmiers; l'aliéné peut être assisté plus commodément, parce qu'on peut tourner autour de lui: ses mouvemens sont mieux surveillés; lui-même, ayant h se mettre en garde de tout côté ne concentre pas ses moyens de résistance; il est plus facile à contenir. En général, des couchettes ordinaires suffisent pour les coavalescens et les aliénés tranquilles. Les couchettes des furieux devraient être scellées au plancher inférieur par les quatre pieds; isolées des murs, pour qu'on puisse circuler autour facilement. Poui- les aliénés qui salissent, je voudrais des couchettes à double fond; le fond inférieur en bois plein doublé en plomb, incliné de la tête aux pieds, avec un trou à la partie la phis déclive, pour laisser couler l'urine dans un vase placé au-dessous ou dans une boîte à tiroir, doublée en plomb, fixée à la paroi inférieure du fond de la coucliette; le second fond à clairc-voie sera séparé de deux pouces du fond inférieur, recevra la paille et les autres fournitures da lit.
Les fournitures de lit, leur ameuWenient font pitié presque partout, excepté dans les nouveaux établisse*mens, dans lesquels les aliénés tranquilles, propres, con-
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valescens ont d'excellentes fournitures de lit, avec des rideaux ; dans quelques-uns les chambres et les dortoirs sont meublés avec recherche. Les furieux n'ont que de la paille et des haillons , la paille n'est point assez souvent renouvelée. A Saumur, on fait usage de chenevotte , qui répand une od( ur désagréable pour ceux qui n'y sont point accoutumés ; en Espagne on se sert de gousses de haricots ; dans le Midi , des feuilles de la tige de maïs. La paille doit être renouvelée tous les jours, et chaque fois qu'elle est salie.
1 1" Le linge de corps et les vetemens sont presque partout insuffisans. Les aliénés qui déchirent , qui sont sales, sont couverts de haillons et même quelquefois tout nus. Dans les maisons bien dirigées, on maintient ces malheureux vêtus avec le gilet de force ou la longue camisole. Assez généralement, les parens fournissent les vetemens à ceux qui peuvent les conserver. Les vetemens que portent les aliénés en entrant à Bicêtre et à la Salpêtrière leur sont retirés; ces effets sont lavés, nettoyés et mis dans un magasin , pour être rendus aux malades quand ils sortent de la maison. A Bicêtre, oû a adopté de grandes capotes pour ces infortunés. Il en est de même à Londres. En Espagne, ils portent une blouse en drap vert. Dans beaucoup d'établissemens étrangers, les aliénés ont un uniforme, à Aver»sa, dans le royaume de Naples, chaque classe de malade porte une marque distinctive. On se plaint de l'état de nudité de quelques furieux, malgré la plus grande surveillance et les soins les mieux entendus, il est impossible de conserver vêtus certains malades,
DES MArSONS d'aLIKNIÎS. 521
; à moins de les lier; le remède me paraît pire que le mal. I C'est une exception très rare.
12° Les moyens de chauffage manquent presque partout en France, surtout pour les furieux; les loges des , rez-de-chaussée ne sont nulle part chauffées. Dans I quelques établisscmens les maniaques étaient établis . dans les caves pour les préserver du froid. Dans quelques ! maisons du Nord , les chambres sont chauffées par des I poêles qui s'allument dans les corridors. A Londres et 1 dans presque toute l'Angleterre, des tuyaux de chaleur, I dont le foyer est dans l'étage souterrain , chauffent i les galeries d'où l'air chaud pénètre dans les cellules. Ce I mode de chauffage est adopté dans le nord de l'Alle- I magne. Dans beaucoup d'élablissemens quelques chami bres ont des cheminées ; à Charenton , à Caen, il en est ; ainsi pour quelques pensionnaires. Ceux qui jouissent ' de ce privilège, ceux qui peuvent aller dans les chauf- I foirs, ne sont pas les aliénés qui réclament le plus de : soin pour être garantis du froid. Les furieux qui ne peuvent sortir de leurs cellules , les mélancoliques qui restent couchés, les idiots qui ne bougent pas du lieu ' où on les a mis, sont exposés à toutes les rigueurs de 1 la saison froide. Parce que quelques maniaques résistent ; au froid le plus rij^oureux, on s'est hâté de conclure que ' tous les aliénés n'avaient pas besoin de se chauffer. Cependant, ces malades recherchent le soleil, craignent le ' froid; se chauffent avec empressemerit. Croit-on parce ' que les cellules sont étroites et petites, que les mania- I ques doivent vaincre la rigueur des frimas ? S'ils y 1 réussissent, ce n'est qu'en surchargeant l'air de leurs
Saa rvES maisons b'auénés.
habitations de miasmes, d'émanations délétères, qui, saturant l'air, deviennent funestes pour la vie. Peut-on croire que le dégagement spontané du calorique soit assez abondant pour réchauffer le pavé humide sur lequel se roule ce maniaque ? Non sans doute. Aussi , pour peu que l'hiver soit rigoureux , même dans nos climats , quelques malheureux ont les exti'émités gelées. Les cellules restant fermées, l'air ne se renouvelle pas, les maladies graves, le scorbut ajoutent à tous les maux qu'entraîne la perte de la raison-
Des tuyaux de chaleur, qui maintiennent à une douce température les galeries , les corridors sur lesquels s'ouvrent les cellules, sont les meilleurs moyens de chauffage; les aliénés ouvrent plus volontiers leurs cellules; ils ne restent pas blottis sur leur lit, engourdis par le froid; ils font des mouvemens plus volontiers. Ces sages dispositions préviennent les accidens funestes dont je viens de parler.
Mais il faut surveiller le degré de température ; car les serviteurs, par insouciance, consommeront en tout temps la même quantité de combustible ; alors il fera trop chaud ou trop froid. Un thermomèti'e suffira pour prévenir toute négligence.
Les chauffoirs communs pourront servir de salle de travail, tous les travailleui's doivent s'y rendre; mais ces lieux de réunion ne seront point échauffés avec des poêles en fonte, ni avec des tuyaux de tôle. La fonte, la tole exhalent une odeur qui fatigue; les malades, en s'approchant , peuvent se brûler : des poêles do poterie, ou bâtis, sont préféi^ables. Une bonne admi-
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iislration, ayant pourvu convenablement aux moyens le chauffage, doit sévèrement proscrire fous les intrumens inventés pour se garantir individuellement lu froid. Ainsi, point de chaufferettes, d'un usage si géléral en France. Ces chaufferettes donnent de l'odeur, shalentune vapeur de charbon nuisible; elles peuvent nettre le feu ; les personnes qui s'en servent peuvent se )rûler: je ne parle pas des effets fâcheux pour la santé, .ignalés par tous les médecins, par l'usage des chauffe- •ettes.
I II doit y avoir au moins autant de cliauffoirs que Je divisions dans l'hospice. Les poêles ne seront pas en- 'Ourés d'une énorme cage de fer, ni de bancs scellés -lU plancher, sur lesquels sont enchaînés des furieux, quelquefois presque nus ou couverts d'ordures. Dans ;ette même salle, et pêle-mêle avec ces malheureux irrités l'un pareil traitement, on ne trouvera point des aliélés tranquilles, propres, et même des convalescens. Tel était le spectacle que présentaient les cliauffoirs en Angleterre. Il arrive qu'on chauffe le poêle au L'ouge ; à Manchester, les aliénés étaient pris par es pieds avec une chaîne , assez courte pour les emoêcher de s'approcher de trop près. L'enchaînement des aliénés autour des poêles autrefois commun dans oute l'Angleterre est sans doute proscrit aujouril'hui.
13° Je viens de dire que les chauffoirs servent de salles de travail; on ne peut trop les multiplier. A la Salpêtrière,
mot travail retentit sans cesse à l'oreille des femmes diénées, qui s'excitent les unes les autres; c'est une idée
5a4 DES MAISONS d'aliénés.
(jominante. En rappelant au travail les aliènes, on dis trait ces malades, on arrête leur attention sur des sujet raisonnables , on les ramène à des habitudes d'ordre on active leur intelligence , et l'on améliore le sort dii plus indigens. H n'est pas i^are de voir des infortunées que l'excès de la misère avait rendues folles et conduite dans l'hospice, en sortir avec leur raison et une petit somme d'argent qui les aide à parer à leurs premiec besoins, ou à commencer un petit établissement. Que d bien peut faire l'administration éclairée par l'expérience Les ateliers pour les hommes sont organisés dans beau coup de maisons d'aliénés. On y réunit plusieurs mé tiers? Chacun peut choisir celui qui a plus de rappon avec ses goûts, avec ses habitudes; on occupe les alié nés aux travaux domestiques, à la culture des jardins,, l'agriculture; comme on le faisait, dit M. Bourgoin, Sarragosse; comme le faisait faire Langcrmann à Ba; reulh; comme le faisait un fermier d'Ecosse, dont pari .1 Pinel ; comme cela se pratique à Harnvel , à Bicêtre , Nantes depuis 3 ans; comme le conseillent tous les mé decins qui ont écrit sur l'aliénation mentale. Si ces oc cupatious ne conviennent pas aux gens riches, on doi lettr procurer des distractions analogues à leur éduca tion; leur faii e faire de la gymnastique et des jeux qu exercent leurs muscles.
i4° Le régime alimentaire des aliénés était autrefoii celui des prisonniers, c'est-à-dire du pain et de l'eau ; tou au plus ce régime était celui des bons pauvres des hospi ces. Il est devenu meilleur depuis l'ordonnance de i8ig qui veut que ces malheureux soient nourris comme le;
DES MAISONS d'aLIÉïNÉS. Si 5
joialados pauvres. On leur distribue tous les jours un ipotagc gras ou maigre, de la viande et des légumes; on leur donne du vin à Paris, du cidre en Normandie, 1 :1e la bière dans le Nord, du vin dans le Midi. Dans quel- :jues établissemens, on n'accorde encore du vin qu'aux oensionnaires, à moins que le médecin ne l'ait prescrit, 1 moins qu'un visiteur charitable n'ait déposé quelque I offrande pour ces infortunés. Si l'avide concierge ne i'approprie pas celte aumône, si elle est confiée à des mains pures, alors on fait une dislributiourde vin. Dans quelques maisons, le vin n'est donné qu'étendue d'eau. En Allemagne, il est des jours solennels où les alimens Jiont plus abondans et plus recherchés. Dans les maiaons spéciales, la nourriture est généralement très oonne et analogue aux habitudes de chaque pays, i La quantité, la qualité, la préparation et la distrioution des alimens réclament encore des améliorations. Le régime alimentaire est trop uniforme, les mets ne r>ont point assez vari s; on donne trop souvent des léi'^umes secs; la viande cuite d'avance est dure et froide quand on la sert; il en est de même des légumes, qui .rarement sont assez cuits. Si le dégoût, si quelque iniquiélude ou quelque défiance spontanés font rejeter les liliniens, ils sont perdus, el , à l'instant de la faim, il a'y a rien pour l'apaiser. Les furieux, qui détruisent les ' alimens qui leur sont servis, n'ont souvent que du pain. .Que de totirmens, que de contrariétés, que de plaintes, I que de ci'is, que d'actes de violence sont prévenus dans les établissemens bien ordonnés, où les alimens, bien -uits, bien pn'parés, servis proprement, sont man-
DES MAISONS d'aLIÉNE's.
gés à des tables communes que l'on peut surveillen Les aliénés mangeaient jadis dans leur cachot; leK imbécilles, après avoir reçus leur nourriture dans leur» in înains ou dans des vases de bois, d'étain ou de fer blaoo |i erraient dans les escaliers, dans les corridors, dans lei cours, dévorant leurs vivres de la manière la plus dé-^ goûtante. Aujourd'hui, presque partout les aliénés se réunissent dans des réfectoires et s'asseoient à des tables communes. Il est des maisons où on leur confie de.' couteaux. En Angleterre, on leur donne des couteauxiit minces, arrondis du bout, dont la lame n'est traiwf chante qu'au milieu, dans l'étendue de deux à trois, pouces.
§ III. Du personnel des maisons d'aliénés.
1° Dans toute maison d'aliénés, les fonctions supérieures se divisent en deux ordi*es bien distincts. Au, directeur, à l'économe ou à l'agent de surveillance aps^ partiennent l'administration générale du matériel dï l'établissement, la comptabilité, le maintien, et l'exécu?tion des réglemens relatifs à l'admission et à la sortie des malades, ainsi que la surveillance de la conduite des divers employés. Les chefs de ces établisseniens doivenh avoir des rapports fréquens avec le médecin en chef eU s'entendre avec lui pour tous les changemens et pouri toutes les améliorations qui peuvent être rcclamési ^ans l'intérêt des malades confiés à leur haute surveiH lance. Au médecin doit être réservé la direction sUri prême de tout, ce qui intéresse immédiatement les malades et le service médical.
DES MA.1SOISS D'ALtÉNÉS^ SlJ
2° Presque partout les aliénés étaient victimes du fia^ iieste préjugé qui les fait passer pour des êtres dangereux, malfaisans et surtout incurables. Ils n'étaient traités médicalement que dans quelques grandes villes. Appellera-t-on traitement de la folie les saignées faites aux mois de mai et juin , les vomitifs pris ensuite toutes les semaines, jusqu'au mois de novembre, et les poudres distribuées par un apothicaire, ou bien des saignées, des bains, des douches administrées à tous les aliénés à certaines saisons de l'année. Le médecin ou le chirurgien n'étaient réclamés que pour les maladies incidentes, lorsque les malades étaient près d'expirer. Il n'y avait de visites médicales régulières que dans un très petit nombre d'établissemens. A Bedlara , la visite n'était faite que deux fois par semaine. Les visites journa-
I lières ont commencé à Bicêtre et à la Salpètrière ; depuis
I elles se font presque partout, parculièrement dans les
I établissemens spéciaux.
Dans toutes les villes de France, dans toute l'Eu-
:rope, l'indigent malade est secouru, est traité par des médecins éclairés. Le zèle et le savoir de ces médecins est perdu pour les aliénés. Qu'on n'accuse pas nos confrères. de négligence, mais ils ont été découragés; tout leur manquait : ils étaient privés des premiers secours de l'hygiène. Partout ils avaient réclamé de nouvelles habitations, un meilleur régime, des moyens de guérison, rarement ils ont été écoutés.
Le médecin doit être , en quelque sorte , le principe de vie d'un hôpital d'aliénés. C'est par lui que tout doit être mis en mouvement; il dirige toutes les actionsi,
5a8 DES MAISONS d'aliiînés.
appelé qu'il est à être le régulateur de toules les pensées. C'est à lui, comme au centre d'action, que doit se ren-dre tout qui intéresse les habitans de rétablissement, J non-seulement ce qui a trait aux médicamens, mais en-core "e qui est relatif à l'hygiène. î^'action de l'adminis- ■ tration qui gouverne le matériel de l'établissement , la i surveillance que doit exercer cette même administration i sur tous les employés, doivent êire cachées : jamais le • directeur n'en appellera d'une décision portée parle; médecin , jamais il ne s'inierposera entre lui elles aliénés ou les serviteurs. Le médecin doit être invesli d'une : autorité à laquelle personne ne puisse se soustraire. En : Allemagne, en Prusse et dans les Etats-Autrichiens, le • médecin en chef est directeur de l'hospice. Je ne connais en France que le médecin d'Aurillac qui soit en même temps adm.inistrateur. Je ne reviendrai pas ici (vcyez page 126, tom. I), sur les qualités du médecin d'un pareil asile, encore moins insistorai-je sur ses devoirs; il n'est aucun médecin qui n'aille au-delà. La dignité de notre profession nous impose de plus sévères devoirs que tous les réglemens.
Le médecin, à sa visite, dicte les prescriptions à un élève en médecine et à un élève en pharrn<icie; le sur- ^-eillant des hommes et la surveillante des femmes, chacun dai>s sa division assistent le médecin.; chaque domestique est auprès de ses malades pour en rendre compte, et pour répondre aux questions qui lui sont faites. Le médecin coiistate l'élat de chaque aliéné, lors de son admission , ordonne son placement; c'est lui qui le fait passer d'un quartier h un antre; à lui .seul appar-
DES MAISONS d' ALIÉNÉS. Sag
lient la police médicale de la maison ; il prescrit l'usage du gilet, la restreinte ou la coercition , les bains, les douches, il indique le genre de distraction, de travail qui convient à chaque malade, il accorde les récompenses , etc. ; il permet les visites auprès des malades ; il délivre les certificats de guérison et de sortie; il donne la permission aux étrangers de pénétrer dans l'intérieur de l'hospice.
3° Dans plusieurs établissemens de France, des religieuses sont chargées de présider au service que réclament les aliénés , de diriger les soins qui leur sont dus, de veiller au maintien de l'ordre, de la propreté, de surveiller tout ce qui est relatif à la distribution de la nourriture, du linge et des vêtemens. Ces malheui reux malades trouvent dans ces respectables sœurs dé- : sintéressement , bienveillance et cliarifé; qui, mieux. 1 qu'elles, peut offrir des garanties de zèle et de dévoû- I inent, de patience et de douceur ? Renonçant au monde .et aux douceurs delà vie . espérant une récompense que lies hommes ne sauraient donner, la charité qui anime !les religieuses vouées au service des pauvres, les rend (Capables du plus héroïque dévoument pour le soulageiment de toutes sortes de souffrances. Quelques mason s d'Italie, de l'Allemagne méridionale, sont desserviCsS par les frères appartenant à diverses congrégations religieuses.
Dans toute l'Europe catholique ou protestante, des ■ecclésiastiques ou des ministres sont attachés aux étaiblissemens des aliénés ; ces ecclésiastiques ou ces ministres secondent h; médecin dans la direction religieuse M. 3i
53o DES MAISONS d'aLIÉNÉS.
que celui-ci croit favorable à la guérison de quelques aliénés. Les impressions l'eligieuses donnent à la pensée et aux affections, une énergique impression qui est quelquefois très utile à ces malades.
4° Le manque d'infirmiers se fait sentir partout. Leur nombre n'est pas proportionné aux besoins infinis et sans cesse ranaissans des malades. Les rapporteurs du comité de recberclies de la Chambre des communes d'Angleterre se plaignent de ce défaut d'infirmiers, ce qui , ajoutent-ils, oblige les gardiens à tenir ces malades en réclusion plus qu'il ne convient. Au vieux Bedlam, il n'y avait que cinq infirmiers pour cent vingt hommes insensés, et deux pour cent dix femmes; on en a augmenté le nombre dans le nouveau Bedlam. En France, les administrations accordent un infirmier pour dix aliénés. En Allemagne, on emploie souvent des invalides dans les maisons d'aliénés ; au Sonnenstein, on se sert de condamnés à de légères peines correctionnelles. Reil, Josepli Frank, Andrée, se plaignent de l'insuffisance et de la brutalité des serviteurs. Les infirmiers, ignorans, durs et barbares, ont un costume révoltant; ils devraient avoir des vêtemens uniformes, qui les fit distinguer des malades*, ils sont armés d'un trousseau de clefs , avec lesquelles ils frappent. Ils se font un jeu de l'état des malheureux auxquels ils doivent des soins , il^ calomnient les malades, pour avoir le prétexte de leu^* imposer des privations, de les tenir enfermés, de les mettre aux chaînes. Les serviteurs, n'étant pas assez nombreux, ont trop à faire et ne font rien; ils ouvrent les cellules et les corridors le plus tard qu'ils peuvent, et les re-
DES MAISONS d'aLIÉNÉS. 53 1
ferment dès que le soleil se couche ; ils ne peuvent être auprès des malades qui ont besoin d'eux et qui les réclament : un mélancolique est-il tourmenté par le désir du suicide, il a tout le temps de préparer ses moyens. Un aliéné a>t-il un accès de fureur, il faut que l'infirmier se batte à son corps défendant, n'ayant personne pour l'aider à en imposer ou à contenir les furieux.
Les gardiens grossiers ne parlent à ces infortunés timides , craintifs , qu'avec rudesse et menace : au lieu de les attirer, de gagner leur confiance par des manières douces, par de bons procédés, ils les irritent, les repoussent par la terreur qu'ils leur inspirent. On veut que les aliénés, satisfaits ou non, soient tranquilles; on s'assure de cette tranquillité par la réclusion , les chaînes, les injures et les coups. C'est le moyen le plus sûr, c'est le plus commode. Survient-il une rixe, l'infirmier ne vient l'apaiser que lorsqu'il est arrivé des suites fâcheuses.
Peut-on attendre des soins de propreté d'un infirmier qui est chargé de vingt, de trente, de cinquante aliénés plus ou moins sales, plus ou moins portés au désordre ? Pout-on vouloir qu'il s'assure que chaque malade a satisfait à sa soif, à son appétit? Plus les serviteurs seront nombreux , plus il leur sera facile de se réunir pour présenter un grand appareil de force , moins il faudra en faire usage. Un aliéné se bat contre un gardien, contre deux; mais si plusieurs s'offrent à sa fureur, la crainte le fait rentrer en lui-même, il se calme; si son délire est tellement aveugle que la fureur ne cède pas, plusieurs individus se rendront maîtres de
532 DES MAISONS d'aLIÉJXÉS.
lui, sans être obligés de lutter au risque de le blesser.
Les serviteurs ne seront point pris dans la dernière classe; ils sont généralement trop mal payés; ils doivent avoir un extérieur bienveillant, un ton affectueux, et être proprement et décemment vêtus. Jamais ils ne seront armés de bâton, ni d'autre instrument offensif, ni de faisceau de clefs qui épouvante, et qui sert d'arme de défense, et ([uelquefois d'attaque. On se trouvera généralement bien de cboisir parmi les couvalescens ou les aliénés guéris ceux qui peuvent remplir cet emploi. Ces serviteurs sont plus dociles, plus bienveillans. Ils ont appris à compatir aux maux qu'ils ont connus, ils secondent mieux les efforts du médecin; leur exemple ranime la confiance des malades.
Les serviteurs doivent être soumis à une discipline sévère, ils doivent être d'une obéissance passive et absolue, lorsqu'ils reçoivent un ordre devant les aliénés, et ne rendre jamais compte de l'état de ceux-ci en leur présence; ils ne doivent pas vieillir dans la même division de l'hospice.
Dans quelques établissemens , les infirmiers ordonnent les bains, les douches, le bain de surprise, ils enferment^ mettent le gilet de force ou font usage d'autres instrumens de répression sans faire de rapport, ou bien le rapport est mensonger, et le malade n'en a pas moins été victime du caprice ou de la barbarie. On imposera aux infirmiers des survcilians immédiats qui les commandent, les dirigent , les surveillent sans cesse. Ces surveillans seront choisis parmi des personnes instruites, et d'une moralité éprouvée.
DES MA.1SONS d'aLIÉNÉS. 533
5' Ces surveillans exerceront une grande autorité sur les serviteurs. Ceux-ci, dans aucun cas, ne doivent réprimer un malade, encore moins le renfermer, sans l'ordre exprès du surveillant. Si un aliéné oblige d'user de la force envers lui, le surveillant doit être toujours présent. C'est à lui qu'il appartient de faire exécuter les réglemens et les prescriptions médicales. Les surveillans doivent tout voir, i-endre compte aux médecins et au directeur. Je veux qu'ils soient instruits, parce que, vivant avec les aliénés, à toute heure du jour, ils doivent les entretenir, écouter leurs plaintes, les consoler, les encourager.
6° 11 n'est que trop vrai que quelques aliénés très violenSjlrès dangereux doivent être mis hors d'état de nuire aux autres et à eux-mêmes. Cette nécessité a été la source d'un grand nombre d'abus. Ce n'est point ici le lieu de discuter les avnntagfes ou les inconvéniens de la réclusion solitaire et de la coercition qui prive ces malades de l'usage de leurs membres. Je répète que le nombi'e de ces malheureux est beaucoup plus limité qu'on ne le pense, depuis surtout qu'on leur accorde des soins plus actifs, plus éclairés et plus humains. Le' nombre d'aliénés renfermés ou privés de l'usage de leurs membres doit servir de critérium à l'administration , à la direction et même à la distribution des bAti mens d'un établissement consacré aux aliénés
Quelques fous sont bruyans, il faut tous les enfermer; quelques-uns déchirent, il faut tous les laisser nus ou les couvrir de haillons; quelques-uns sont dangereux, il faut les enchaîner. Voilà comment on a rai-
534 DES MAISONS d'aLIÉNÉS.
sonné, et comment on a agi envers ces infortunés. Avant de généraliser, il fallait observer : on eût vu que, sur cent aliénés, à peine dix sont furieux, destructeurs, sales. Au lieu de cachots, on n'eût demandé aux architectes que quelques cellules un peu fortes; au lieu d'enchaîner tous les fous , on eût accordé plus de liberté aux furieux, on les eût traités avec douceur, on les eût rendus plus calmes, l'on n'eût pas eu besoin de recourir à des moyens barbares pour contenir les plus difficiles.
7° L'usage des chaînes est très ancien, Alexandre de Tralles veut qu'on lie les fous ; Cœlius Aurelianus , Celse, Galien , autorisent les chaînes; dans la description que Léon l'Africain a laissée de la ville de Feez, on trouve un hospice pour les fous, avec des cachots et des chaînes. Jusqu'à l'année 1794» les fous étaient enchaînés partout en Europe. On n'imaginait pas qu'on dût mieux faire. Piuel brisa les chaînes qui flétrissaient, qui mutilaient, qui irritaient ces malheureux. Quatre-vingts aliénés de Bicêtre furent déchaînés ; tous les autres aliénés furent traités avec plus de douceur; on ne distribua plus des nerfs de bœuf aux garçons de service. De ce changement, il résulta que plusieurs fous, regardés comme incurables, guérirent, et que tous les autres furent plus tranquilles et plus faciles à diriger. La France est la première nation qui présenta et qui offre encore la réunion de près de trois raille aliénés renfermés dans les trois établissemens publics et dans les maisons de Pai'is, contenus sans chaînes, sans coups, sans mauvais traitemens. Cependant le doc-
DES MAISONS D'ALlÉNÉSi 535
leur Monro, interrogé devant le comité de la Chambre des communes , s'il convenait d'enchaîner les fous , répondit que les gentilshommes ne devaient point être enchaînés, mais que les chaînes étaient nécessaires pour les pauvres et dans les étabhssemens publics. Et c'est en Angleterre que pareille réponse et pareille distinction ont été faites ! Un administrateur de Bedlam m'a assuré que les chaînes étaient, de tous les moyens pour contenir les furieux , le plus sûr, et celui qui les gênait le moins. Aussi , dans le nouveau Bedlam , on avait établi une chaîne à chaque lit: heureusement qu'après avoir visité les établissemens de Paris, les visiteurs firent ordonner la suppression des chaînes. Qu'est-il arrivé , lorsqu'on brisa les chaînes à Bedlam ? ce qui avait eu lieu dix-huit ans avant à Bicêtre : les aliénés de Bedlam sont devenus plus calmes, plus dociles, et plusieurs ont guéri. I/usage et l'abus des chaînes n'ont été portés, nulle part, plus loin qu'en Angleterre. Un officier de marine N... , convalescent, avait menacé Haslam , il fut enchaîné : il se débarrassait des menottes et des liens ordinaires; on fit venir, de Newgate, une machine en fer du poids de vingttrois livres. Cet infortuné était pris par le cou, par les pieds; le tronc était contenu par une ceinture de fer, à laquelle les mains étaient fixées; le collier et la ceinture, à l'aide d'un anneau soudé à une chaîne de dix pouces, glissaient le long d'une barre de fer scellée perpendiculairement au plafond et au plancher. Ce malheureux ne pouvait s'étendre sur son lit et a vécu ainsi pendant neuf ans. La planche XXV représente cet hor-
536 DES MAISONS d'aLIÉITÉS.
rible appareil. Faut-il s'étonner de l'exclamation de sir Bennet contre le vieux Bedlam que j'ai rapportée ailleurs et de la sévérité du bill de 1828 sur les établissemens d'aliénés.
Aux chaînes brisées partout , on a substitué des moyens plus doux : ces moyens sont nombreux. Macbride, le premier, a décrit lé gilet de force , CuUcn en préfère l'usage à tout autre, Pinel n'employait que la camisole : elle m'a toujours suffi. Les Allemands appellent ce gilet, camisole espagnole; les Anglais, veste étroite. La camisole ressemble assez bien à une brassière d'enfant dont les manches sont réunies à leurs extrémités, ou dont les extrémités, isolées l'une de l'autre, sont assez longues pour être croisées autour du corps et nouées derrière. Plusieurs reproches sont faits à la camisole Un aliéné, dit-on, s'en débarrasse lui même; il peut être détaché par ses compagnons; il ne peut se servir de ses mains pour prendre ses alimens, essuyer son nez, satisfaire à ses besoins; il devient sale, il ne peut se gratter pour dissiper les irritations accidentelles de la peau , ni chasser les mouches. Enfin la camisole échauffe, gêne la respiration et pi'ovoque les sueurs, etc.
A toutes ces objections je réponds qu'à Paris ce moyeu nous suffit, et que les inconvéniens dont on l'accuse tiennent à ce qu'on ne sait pas en faire usage, à ce qu'on en abuse.
On préfère les menottes en fer ou en cuir garni de fer. On a proposé une ceinture qui embrasse le bas du
2 The moral management of insane persans , J. Haslam.
DES MAISONS d'aLIÉNÉS.
f aorps, qui est fermée derrière le dos par un ressort, une \ vis ou un cadenas. Sur les deux côtés de la ceinture, les I bras sont fixés par des bracelets qui entourent les poi- I. gnets et qui sont fermes comme la ceinture. Cet appareil est en cuir garni de fer. Haslam fait soutenir la ceinture par deux lanières qui passent en sautoir sur les épaules. On se sert aussi d'un manchon en cuir épais dans lequel sont renfermées les mains. Les deux ouvertures du manchon se terminent par un bracelet qui embrasse Us deux poignets et empêche que les mains ne se dégagent. Ces appareils sont plus difficiles à détruire que la camisole ordinaire , sont plus économiques ; mais ils ne maintiennent pas aussi sûrement un malade très furieux, sans exercer d'impressions fâcheuses. Rush de Pensylvanie a proposé un fauteuil qu'il appelle tran- 'juiliser. Au-dessus du large dossier de ce fauteuil , on établit une espèce de boîte qui maintient la tête. D'ailleurs, le tronc, les membres sont fixés au fauteuil par Ides liens immédiatement appliqués sur les membres. Je n'émumérerai pas tous les instrumens inventés pour
t contenir les furieux, les Allemands, à cet égard, sont d'une fécondité incroyable.
Des auteurs d'ailleurs tl'ès estimables ont conseillé l'usage des coups pour vaincre la résistance des aliéne's, et pour les rendre dociles; ce moyen est trop humiliant et trop dangereux pour qu'il soit nécessaire de donner d'autres motifs de proscription. La machine rotatoirc, qui était d'abord un agent thérapeutique, n'est plus qu'un instrument de répression. J'ai dit ce que l'on devait en penser du bain de surprise,en parlant du trai-
538 DES MAISONS d'aLIÉNIÊS.
tement général de la Folie. La réclusion momentanée, la camisole appliquée pendant quelques instans, le fauteuil de force, la douche, les bains prolongés, les affusions d'eau froide, la privation de quelques- distractions sont plus que suffisons comme moyen de répression , lorsqu'un médecin habile sait les employer tour à tour en temps favorable et avec modération. Jamais, sous aucun prétexte, les divers moyens de répression ne doivent être ordonnés que par le médecin, jamais ils ne doivent être mis en usage qu'en présence du médecin, ou des surveillans en chef.
Pour compléter ce que j'aurais à dire sur les établissemens d'aliénés, relativement à leur utilité, à leurs constructions et à leur discipline intérieure, je renvoie au § IV, page 1 16 et suivantes, tome I; à la page 899 tome II , et au mémoire suivant sur Charenton.
DES MAISONS d'aLIÉNÉS. S3çf
MÉMOIRE HISTOHIQUE ET STATISTIQUE SUR IiA MAISON ROTAXE DE CHARENTON.
Une position admirable, de vastes jardins, des proiraenoirs spacieux, de belles constructions nouvellement itermiuées, une pharmacie dans la maison, une chapelle Idesservie par un aumônier résidant, un service médical largement pourvu, une administration paternelle, iplacent la maison de Charenlon au nombre des meilleurs établissemens consacrés au traitement des aliénés.
L'établissement de Charenton est situé à l'est et à deux lieues de Paris ; il est bâti sur le revers méridional du coteau qui longe la Marne. Ce coteau a 22 mètres d'élévation et 24" d'inclinaison. Après avoir suivi la rive droite de la Marne, il se prolonge sur la rive de la Seine, au-dessous du confluent de ces deux rivières, m est formé de carbonate de chaux, recouvert d'une ! très mince couche de terre végétale , et rendu fertile I par la culture et par les engrais abondans que fournit 1 la capitale.
Du haut du coteau et des habitations, la vue se pro-
54o HISTOIRE ET STATISTIQUE
mène sur les riches plaines de Maisons- Alfort et d'Ivi" qu'arrosent la Seine et la Marne. Elle est bornée ?u mid par de rians coteaux; à l'ouest par la masse imposant des édifices de la capitale , avec leurs dômes et leur coupoles.
L'établissement se compose d'un grand nombre d bâtimeus élevés au pied du coteau et bâtis successivement. Les habitations des aliénés sont séparées du bâtiment occupé pas l'administration et les services généraux. Le quartier des hommes, en entrant dans la maison, se présente à gauche, et celui des femmes à droite Les jardins, les promenades rampent sur les flancs du coteau, couronné par de belles plantations qui dominent toutes les constructions.
Je ne prétends point donner une histoire complète de la maison de Charenton, depuis sa création, il y a deux siècles, jusqu'à nos jours. Je me contenterai de raconter brièvement ce que j'ai recueilli sur sa fondation, ses accroissemens, ses succès, ses levers et sur son état actuel. Je signalerai ce qui est bien; je ne dissimulerai pas le mal qui existe, afin de conclure à ce qu'il reste à faire , pour rendre ce grand et bel établissement de plus en plus digne de son immense renommée.
Cette notice est divisée en trois périodes; la première commence à l'année i6/}i, époque de la fondation de l'établissement, et s'étend jusqu'à l'année 179^, lors delà dispersion des frères de la Charité, de la destruction de l'hôpital pour les malades pauvres et du pensionnat pour les aliénés; dans la seconde période, je
i?ais connaître l'aclministralion de M. deCoulmicr, nomiii'ï, en 1797, premier directeur, lors du rétablissement ■le l'hôpital et du pensionnai, jusqu'à la retraite de ce lirecleur; enfin la troisième période comprend l'admiistralion de M. Rouillac Dumaupas et de M. Palluy, i:irecteur actuel , depuis i8i5 jusqu'à i835.
Après avoir donné la description des bàtimens, des bàngemens et des améliorations qui ont eu lieu dans haque période, je tâche de faire connaître les priaipès qui ont présidé à l'administration, et l'esprit qui Idirigé l'établissement dans chacune d'elles. Je termine ar la statistique médicale, pendant les huit années de )on service, depuis 1826 jusqu'à i833 inclusivement, lans des conclusions, je fais ressortir l'urgente nécesité de constructions nouvelles pour les quartiers des ouunes.
PREMIÈRE PÉRIODE, DE l64l A 1795.
I Catherine de Médicis, eu 1602, avait fait venir de lorence à Paris sept religieux de l'ordre des frères de iut-Jean de Dieu , fondé en Espagne depuis j 54o , >\xr le service des malades pauvres. Ces frères furent ablis dans le faubourg Saint-Germain, ce fut le comfiûcement de l'hôpital de la Charité de Paris. [Quelque temps après, deux frères du même ordre îlablirent à Charenton dans un fonds du prix de joo livres, sur un fief, dit La Rwiere. ■ Par contrat du 12 et i3 septembre 1 64 1 1 Sébastien ■'.blanc, sieur de Saint- Jean, contrôleur général des
-guerres, donna aux frères de la Charité une maisa toute meublée, sise au village de Chareuton, sur le fi de Besançon , en la censive de Cliarenton-Saint-Mauricc avec jardin, terres labourables, clos de vignes, de | contenance de lo arpens, et 400 livres pour avo Vautres meubles, le tout pour fonder un hôpital ( quatorze lits, destiné aux malades pauvres du pays, . desservi par les frères de la Charité de l'ordre de Saini Jean de Dieu.
L'année suivante 1642, le même Sébastien Leblan fit don aux frères de la Charité d'une maison qu'il po sédait à Paris, rue des Noyers, à la charge par eux ( fournir au sieur Leblanc et à son domestiqua , leur t durant, un logement convenable dans l'hôpital de Cllt renton ou dans celui de la Chaxnté de Paris. D'autw donations furent faites en 1646, 1662 et 1664.
Les religieux obtinrent de l'archevêque de Paris, , i3 février 1644? l'autorisation de s'établir à Charer ton-Saint-Maurice, avec la permission de quêter dai les environs , et de bâtir une chapelle sous l'invocatia de Notre-Dame-de-la-Paix.
Cet établissement fut confirmé par lettres-patent» du mois de février 1 645 , enregistrées le 1 9 août sui vaut, à la cour des comptes, en même temps que l'ac quit de l'amortissement; les frères de la Charité furet installés dans le nouvel hôpital, le 10 mai i645, < l'acte de prise de possession fut signé le 1.6 du mêm mois.
En 1658, le roi ayant ordonné l'agrandissement d. parc de Yiucennes, l'alignement tracé par les commis;
saires royaux, enleva aux jardins des frères de la Charité, quatre arpens soixante-quinze perches; mais des acquisitions successives jusqu'en 1716, portèrent à vingt-trois arpens seize perches l'étendue du clos de l'hôpital. Des acquisitions postérieures ont élevé la contenance actuelle (i834) à quarante arpens. D'après des I ordonnances de 1716, 1735, 1739 qui prescrivaient de 1 nouveaux embellissemens au château et au parc de Vin- I cennes, d'après des arrangemens définitifs et de justes c compensations , les frères. de la Charité firent abattre, I dans leur clos , des murs , des pavillons , des arbres qui . gênaient la vue du château de Vincennes; ils obtinrent i entre autres dédommageraensla somme de 35oo liv. qui servit à terminer la. clôture de la Cerisaie , à l'extrémité ouest de leur clos. L'hospice de Chai'entonrSaint-Maurice, le couvent et la possession des frères de la Charité, furent de nouveau confirmés par lettres-patentes de 1735 et 1740, à la suite, sans doute, de longues contestations suscitées aux frères par le sieur de Laurière , seigneur de Charenton-Saint-Maurice.
Dès la fin du dix-septième siècle, à l'hôpital fut ajouté un quartier destiné à des hommes malades d'esprit, qui avaient besoin d'être renfermés. Ou construisit pour cet objet un bâtiment séparé de l'hôpital et^du couvent, avec une chapelle particulière. Les fi'ères de la Charité, voués au service des malades,^ recevaient, dans les divers hôpitaux confiés à leurs soins , outre des pauvres atteints de maladies ordinaires, des fous, sans avoir eu besoin d'autorisation spéciale, d'autant qu'à cette époque on admettait les fous dans les couvens,
dans les prisons dans les hôpitaux. II n'existait point l d'hôpital ou d'établissement spécialement destiné à recevoir des aliénés.
Le logement des religieux et l'hôpital étaient situés à gauche des bâtiinens (5) disposés pour les services généraux, et occupaient les construclions 19, 4» tandis que le pensionnat dos aliénés était à droite, 34, 35, 36, 38.
Toutes ces constructions sont élevées au revers méridional et au pied du coteau qui longe la rive droite d'un des bras de la Marne. Elles étaient autrefois séparées de la rivière par une pente douce (berge) qui a été remblayée depuis, par les terres retirées des fouilles faites pour construire les caves de l'établissement. Ces caves furent bâties vers l'année 17^3 ; le transport nés terres, en élevant le sol qui bordait la rivière, fit substituer à la berge un chemin qui, depuis 1809 à i8io, est devenu la route pavée de Paris par Charenton , au canal Saint-Maur. Aujourd'hui les constructions de l'ancien hôpital et du pensionnat sont séparées de la rivière par le chemin dont nous venons de parler, et par les cours (10, 3) qui, par tolérance, servaient, de place publique à la commune, avant d'avoir été enfermées dans les murs qui séparent l'établissement de Chai cnton de la voie publique. Ces constructions anciennes sont la plupart adossées aux murs de terrasse qui soutiennent les terres du coteau : les autres ne sont séparées de ces mêmes murs que par trois petites cours Si, 33, 37.
Le quartier des aliénés et des détenus construit pour cet usage, est eu partie parallèle et en partie perpendi-
culaire au coteau qui le domine de plusieurs mètres. Au reste cette direction opposée des batimeiis du pensionnat, vicieuse, défavorable au renouvellement de l'air, avait été commandée sans doute par l'espace: elle avait été adoptée pour la construction du couvent et de l'hôpital qui se rencontrent à angle droit.
Les trois bdtimens 34, ""^S , 38 communiquent entre eux avec le bâtiment 3o, et avec l'ancien couvent et l'hôpital 4j P'ir ^l^s corridors et des escaliers; ils ont chacun trois étages et un grenier en mansarde. Chaque étage offre, dans sa plus longue dimension, un corridor sur lequel s'ouvrent de chaque côtelés cellules ou chambres; les portes des cellules sont en regard des unes des autres, et les croisées sont en face des portes. Les cellules n'ont pas rigoureusement la même grandeur, elles ont généralement 4 niètres de profondeur et 2 5o à 3oo centimètres de largeur. Les murs ont 4^ centimètres d'épaisseur.
Les baies des croisées ont i mètre de largeur et i5o centimètres de hauleur; elles sont armées de barres de fer qui s'en! recroisent quelquefois pour rendre leur arrachement plus difficile et pour mieux prévenir les évasions. Ces baies sont fermées en dedans des chambres par des châssis en bois, vitrés; ces châssis étaient primitivement à coulisse s'élevant de bas en haut; la plupart sont aujourd'hui remplacés par des croisées à deux vantaux. Les baies des croisées du rez-de-chaussée ont encore des volets en bois qui s'ouvrent et se ferment -en dehors, par 1rs cours 33, 3i, 37.
Les portes sont en chêne de 5 centimètres d'épaisa, 35
546 HISTOÎttB ÊT STATISTIQUE
seur ; elles s'ouvrent en dedans; elles ont chacune ua verrou avec serrure; à i mètre environ de hauteur les portes sont percées d'un guichet carré avec son volet retenu par un verrou plat.
Les corridors , les cellules sont plafonnés , les murs sont revêtus de plâtre , le sous-pied est carrelé en briques. Le sous-pied des cellules au rez-de-chaussée est pavé en inoellons. Au premier et au second étage, quelques cellules ont des cheminées.
Dans l'un des angles des cellules, du côté de la porte, étaient bâtis des sièges d'aisances qui s'ouvraient sur le corridor, et étaient fermés par une porte eu chêne carrée, maintenue par un verrou plat, laquelle s'ouvrant sur le corridor, laissait introduire ou retirer les vases placés dans ces sièges. Ces sièges s'appelaient souches et n'ont entièrement disparu qu'en 1827.
Les lits , placés à l'un des angles à côté des croisées étaient scellés; la couchette se composait généralement de madriers de 6 centimètres d'équarrissage , scellés aux deux murs par une de leurs extrémités , et fixée par l'autre bout à un montant en bois et de même épaisseur, scellé au plancher intérieur. Sur ces madriers ainsi disposés et formant le bâti de la couchette, sont clouées des planches pour faire le fond, sur lequel sont placés les objets de literie; les couchettes ont disparu presque partout.
Il y avait dans ce quartier une chapelle parliculière à l'usage des pensionnaires (4® étage de 3o) , une salle de bains, deux infirmeries établies en 1782, conformément aux capitulaires du 29 juin de la mêttie année.
Ces deux infirmeries, qui servent encore au même usage, s'ouvrent sur deux galeries superposées dans le bâtiment 34; elles s'éclairent sur la cour 09, tandis que les deux galeries prennent le jour sur la cour 29. Ces deux galeries fiervaient et servent de moyen de communication entre le bâtimemt 3o, les divers corridors 35 , 38, etc.
Les aliénés et les détenus arrivaient à leurs logemens par d^s escaliers séparés; ils n'avaient, pour se promener, que les trois cours 33 , 3'] , 39. Le jardin n'était accessible qu'au plus petit nombre, les murs étant trop bas pour que les aliénés et les détenus ne fussent pas tentés de les franchir.
L'hôpital et l'iiabitation des frères occupaient les bâtimens 4» 19, 2 r. L'bôpital était dans la salle du rez-dechaussée 4» on y montait de la place publique qui est aujourd'hui la cour 10, par le perron 9. Les quatorze lits étaient rangés des deux côtés de cette grande salle. On avait élevé l'autel servant de chapelle au-delà des lils; au bout de cette chapelle, à l'extrémité 32, du côté des jardins, régnait une tribune pour les i-eligieux. Audessus de la salle de l'hôpital et de la chapelle dont nous venons de parler, se trouvaient les habitations des frères, distribuées à droite et à gauche d'un corridor, les unes ayant l'aspect du couchant , s'éclairaient sur la cour 3 ; les autres recevaient le jour du levant. Un petit bâtiment indiqué entre les cours 8 et 18, étroit, bas, n'ayant qu'un entresol, servait de décharge et d'office pour l'hôpital : il a été détruit.
Le bâtiment 19 est élevé de trois étages au-dessus du
rez-de-chaussée. Au rez-de-chaussée il y avait, du temps des frères, deux billards, La salle de billard était de plain-pied avec le jardin 8, qui, lors de la fondation, servait de cimetière, lequel fut transféré à l'ouest du pensionnat. Les étages supérieurs, divisés en chambres, étaient réservés aux pensionnaires qui vivaient plus intimement avec les frères , et jouissaient de plus de liberté.
Le petit bâtiment 21 était et est encore une serre exposée au midi, s'ouvrant sur le jardin du prieur (20).
Les cuisines et leurs dépendances (^5) étaient, comme aujourd'hui, en face de la grille d'entrée, séparant le couvent et l'hôpital du quartier des aliénés comme aujourd'hui elles séparent la section des hommes de celle des femmes. Le rez-de-chaussée du bâtiment 5, au-dessous des cuisines, sert de magasins divers pour les comestibles. Au-dessus des cuisines, les deux étages supérieurs sont distribués en logemens occupés maintenant par quelques employés. Ces logemens s'ouvrent sur des corridors qui s'éclairent sur la cour 3 1 , les croisées de ces logemens donnent sur la cour d'eatrée 3. Un pont (32) à la hauteur de l'étage au-dessus de la cuisine, jeté sur la terrasse, servait et sert de passage pour aller des bâtimens [\, 5 et 3o , dans les jardins ou promenoirs, disposés sur la pente et le haut du coteau.
Les religieux se rendaient à leur réfectoire (3o) par un corridor qui longeait les cuisines; ce corridor s'éclairait sur la cour d'entrée 3 , il a été réuni à là cuisine, dont il n'était séparé que par de légères cloisons. Le réfectoire occupait le premier étage du bâtiment,
devenu la chapelle acluelle où l'on arrive par le perron (7). Au-dessus du réfectoire des frères, il existait une très grande salle (jui servait de salle de réception pour les autorités et les magistrats qui venaient visiter l'établissement et pour les repas solennels donnés par les religieux. Cette salle sert aujourd'hui de salle à manger pour les employés et pour les pensionnaires admis à la table commune. Au-dessus de cette ancienne salle de réception se voyait la chapelle des pensionnaires dans laquelle ceux-ci se rendaient par des escaliers intérieurs. Ce bâtiment (3o) était terminé par un comble en mansarde.
Le bâtiment i6, s'étendant à 17, ne se prolongeait point au-delà de ce dernier chiffre, il se composait du rez-de-chaussée et d'un premier étage et servait de buanderie du temps des frères.
La petite construction (m), qui est en dehors des murs de clôture, qui baigne dans la rivière, faisait partie de l'ancien château de Charenton-Saint-Maurice, dont le propriétaire, M. de Lauricre, suscita de si longues et si nombreuses contrariétés aux frères de la Charité.
Le rez-de-chaussée du bâtiment 49 était el est encore destiné à la vacherie et aux écuries. Il était surmonté, dans toute sa longueur, par une immense salle servant de magasin à fourrage, dont le plafond est en ogive.
Si je suis eniré dans tous les détails sur les anciens bàtimens de Charenton et sur leur distribution pendant l'administration des frères de la Charilé, c'est pour faire ressortir les changemens qui ont été faits depuis qua-
55o HISTOIRE ET STATISTIQUE
rante ans, et pour qu« l'on juge mieux les améliorations successives qui ont eu lieu pendant cette longue période.
L'établissement de Charenton-Saint-Maurice se composait donc d'un hôpital pour quatorze malades pauvres, d'un pensionnat pour des aliénés et pour des détenus, d'un couvent pour dix frères de la Charité, desservant l'hôpital et le pensionnat. Les frères avaient à leur tête un prieur, un procureur; ils étaient attachés, les uns au service des malades, les autres à celui des pensionnaires. Le frère directeur de la maison des fous avait son habitation près de ce quartier, l'un des frères présidait à la cuisine, un autre à la dépense, un troisième à la pharmacie , dont le bâtiment élevé près le perron de la cour d'entrée n'existe plus. Tous les frères se réunissaient en chapitre, convoqués et présidés par le prieur qui ne pouvait jamais être prêtre, quelquefois le provincial résidant à l'hôpital de la Charité de Paris convoquait et présidait le chapitre. Réunis en chapitre, les frères délibéraient sur les intérêts de l'hôpital et de la communauté, sur les améliorations à introduire en faveur des malades, des pensionnaires et des détenus, sur les réparations, sur les constructions nouvelles. Tout était décidé à la majorité des suffrages : il en était de même pour les dons que recevait la communauté et pour ceux que la communauté de Charenton envoyait aux différentes maisons du même ordre établies dans plusieurs villes de France, et qui éprouvaient des besoins. On lit dans plusieurs capitulaires que les frères de Chal'entou ont souvent envoyé des secours en argent aux
PE CHAREWTON. 55 I
maisons de Cadillac, de Vizilles, de Clermont et autres». J'ai extrait du registre de ces assemblées conventuelles quelques faits qui ne sont pas sans inléret, quelques détails qui font connaître les divers prix de pension , le nombre des pensionnaires , les améliorations ordonnées pour le régime et le service. Je n'ai pu y trouver l'époque fixe et précise à laquelle les aliénés ont été admis pour la première fois dans cet établissement, pas plus que celle où l'on a commencé à recevoir les détenus; mais il est certain qu'on admit des aliénés avant la fin du XVII siècle.
Dans le chapitre capitulaire du i février 1722, on recommande au prieur de visiter au moins une fois par semaine tous les pensionnaires , tant pour les consoler que pour connaître leur situation, leurs besoins et pour s'assurer s'ils sont bien traités, par ce même capitulaire, il est ordonné de pourvoir V apothicairerie des drogues simples et composées nécessaires à l'usage des religieux, des malades pauvres et des fous. Le capitulaire du 23 décembre 1724 ^t celui du 9 décembre i^SG s'otccupenl du régime alimentaire des pensionnaires, des améliorations qu'il doit recevoir suivant le prix des pensions ; ainsi, les pensionnaires qui paient 800 fi". par an , doivent avoir de la volaille, le soix', le jeudi let le dimanche; ceux qui paient i20ofr. , tous les jours.
Le 4 mars 17^0, le provincial prescrit aux frètes de Charenton de laver les pieds des malades du canton à leur arrivée et de leur laver les mains après leurs rcipas; il est ordonné aux religieux attachés au service iles pensionnaires de veiller à ce que le pain, le vin, les
mets, le dessert, soient distribues eu leur présence, pour qu'il n'y ait point d'abus , de faire la tournée chez chaque pensionnaire, à l'heure des repas , pour s'assurer qu'ils ont reçu ce qui leur a été envoyé, et pour faire manger les aliénés qui s'y refusent, les traitant avec douceur, engageant les domestiques à les traiter de même ; il est défendu à ceux-ci de découcher sans la permission du prieur ou du procureur.
Ce n'est que dans le capitulaire de i^oi qu'il est parlé d'une chapelle bâtie séparément pour les aliénés; laquelle fut bénite cette même année i '701 ; ce qui semble prouver que vers cette époque seulement les fous furent admis à Charenton-Saint-Maurice, quoique des arrêts et des jugemens dès 1695 condamnent les familles même titrées à payer sur leur bien les pensions des aliénés, placés dans la maison tant par leurs parens que par les ordres du roi.
Dans un capitulaire de l'jao il est question, pour la première fois, des réclusionnaires. On lit dans le capitulaire du 29 juin de cette année 1720, qu'outre les pauvres malades de l'hôpital, il y avait habituellement dans la maison 120 pensionnaires, la plupart retenus par ordre du roi , souvent par évacuation de la Bastille, du château de Vincennes ou d'autres lieux. Il est ordonné de construire une salle de bains, de prendre des dispositions pour empêcher les communications entre les différentes classes de pensionnaires. Les réclusionnaires doivent avoir des logemens, des escaliers, des cours, une infirmerie, une salle de bains séparée des autres habitans de la maison. Cet ordre ne fut
I donné qu'en 1782, il semble indiquer que l'époque où il l'on commença à recevoir des détenus pour toute autre H cause que pour la folie n'était pas ancienne, puisque , alors seulement on prit des précautions pour isoler ri* ;. goureusement les détenus des aliénés.
En 1762 , il est défendu aux frères de Chareuton de i faire manger des étrangers dans la maison, et cela par (économie. En 1668 et 1724, les frères furent obligés I d'avoir un médecin pour le traitement des pensionnaires : atteints des maladies ordinaires, et les lettres-patentes (de 1761 leur ordonnent d'avoir un chirurgien pour le I traitement des maladies externes, les frères de la Ghairité ne pouvant, d'après ces lettres-patentes, exercer la (chirurgie que dans les hôpitaux militaires qui leur I étaient confiés et dans leurs hôpitaux situés dans les ('campagnes éloignées de tout médecin ou chirurgien.
Les aliénés étaient admis à Charentou au prix de I pension annuelle payée par les familles, et quelquefois ipar le roi. Le prix de la pension variait de 600 à 800 à
1200 à 3ooo liv. On trouve, à la date de 1789, une :| pension de 4ooo livres par an. C'était celle du fameux tde Sade, dont nous aurons à reparler plus tard. Les (frais d'entretien étaient ordinairement en dehors du
prix de la pension. L'on trouve dans les capitulaires ique, dans quelques cas rares à la vérité, les frères consentirent à recevoir des pensionnaires pour 3oo fr*
par an.
Les familles plaçaient quelquefois à Charenton les malades pour la vie et à forfait. La somme convenue :quelquefois 5ooo livres , plus souvent de 6000 , rare»
ment au-dessus , une fois payée , le malade devait être logé, nourri, servi, soigué ea sanlé et en maladie, et enseveli aux frais de l'établissement; outre ce capital, le plus ordinairement les parens s'engageaient à payer tous les ans 60, 80, 110 livres, sans doute pour l'entretien des malades.
Les réclusionnaires étalent admis par ordre du ministre, du lieutenant de police ou du procureur du roi; tantôt la pension du détenu était payée par les parens , tantôt par le trésor ou par le roi.
Les bénéfices que les frères faisaient sur les prix des pensions des aliénés et des réclusionnaires étaient considérables, puisqu'ils n'avaient à payer ni les droits d'entrée, ni les frais d'administration, ni les gages d'un grand nombre de domestiques; la prospérité de la maison était d'autant plus croissante que la communauté possédait des revenus considérables, et que les terres et leur clos fournissaient en grande partie à la consommation de l'établissement.
Aussi la communauté des frères de Charenton payait annuellement à la maison de Paris, comme maison provinciale, vme somme qui s'est progressivement élevée à celle de 4800 livres; en outre elle envoyait souvent, à titre de secours , des sommes plus ou moins considérables aux diverses communautés des frères de Saint- Jeande-Dieu, établies dans diverses villes du royaume et dans lesquelles on recevait, comme à Saint-Maurice, des aliénés avec les autres malades.
D'après les relevés des registres d'admission, d'ailleurs très mal tenus, il résulte que depuis l'année J ']5j
DE CHAREWTON. 555
jusqu'à celle de 179!*» c'est-à-dire pendant l'espace de I trente-cinq ans, il a été reçu à Charenton j^'j hommes ii aliénés ou réclusionnaires ; il nous a été impossible de 1 fixer le nombre des aliénés et celui des détenus. Nous aurions voulu aussi pouvoir indiquer le nombe des aliénés et des détenus, relativement aux saisons, à l'âge, à la mortalité. Nous ne pouvons donc présenter, qu'en masse, le nombre des admissions, quels qu'en soient les motifs , en séparant néanmoins les pensionnaires ou détenus dont les familles payaient la pension, d'avec ceux pour lesquels le trésor ou le roi payaient :
Fenaion • payées Pensions payées
Années par par
les parens, le roi.
Cet établissement dut acquérir un grand développeiment de 1776 à 1781, puisque les admissions se sont laccrues pendant cinq ans, de 1776 à 1781, de 4o 7 !c'est-à-dire de 8 par an terme moyen.
Dans cet établissement si incomplet, quoique dan* lime situation si admirable, on consultait plutôt la sûreté publique que le devoir de guérir les malades; on me tentait jamais sur eux aucun traitement rationnelj
556 HISTOJRE ET STATISTIQUE
les soins que l'on donnait à ces malheureux se bornaient à leur rendre la vie aussi supportable et aussi doué que le comportait leur état : c'était beaucoup sans dont pour un temps où les fous étaient regardés comme incurables, et étaient si mal soignés partout ailleurs.
a Les prisonniers de Charenton , dit Mercier, sont des fous, des imbécilles, des libertins, dos débauchés, des prodigues : l'amour et l'ambition , voilà les deux maladies qui désorganisent la tête humaine! La maison est agréablement située; elle n'était point de sa nature une prison d'état, elle l'est devenue puisqu'on y enferme par lettres de cachet. Il y a un jour dans l'année où les magistrats visitent la maison de force, c'est au mois de septembre On regarde comme une extension condamnable de leur statut, l'usage où sont les frères de la Charité de recevoir par lettres de cachet. On est fâché de voir des frères de la Charité métamorphosés en geôliers et les hospices transformés en petites bastilles. » i On ne traitait les aliénés^ dit le vénérable Tenon, qu'à r Hôtel-Dieu de Paris , à celui de Lyon et à t hôpital général de Rouen. Tenon, si exact et si juste, n'eût pas manqué d'indiquer la mairon de Saint-Maurice comme une maison où l'on traitait les aliénés, alors qu'il indiquait la population de cet établissement en lySô. Cette population était de 82 individus, savoir : I furieux, 'j'j imbécilles (idiots ou en démence) et 4 épileptiques. L'auteur des beaux Mémoires sur les liopitaux de Paris ne parle point des réclusionnaires
* Tableau de Paris, tom. xii, 1788.
! DE CUARENTON. 55^
Idétpnus à Charenton le jour de sa visite. Il n'y en avait Lsans doute plus à celte époque, car depuis l'avènement Ide Louis XVI an trône, on ne délivrait plus de lettres Ijde cachet. '
, a Un des établissemens le plus intéressans qui aprpartiennent aux frères de la Charité, c'est l'hôpital de .Charenton, » dit M. le duc de Liancourt, ce Le revenu : total de cet établissement, en i644j ^tait de 1208 liv. [L'économie et le zèle d'une bonne administration le ^portèrent en 1670 à la somme de 2cii4 livres, et en '11740 ^ celle de 12,042; enfin , en 1790 à celle de |i29,2o6 livres, de laquelle somme il faut distraire [7928 livres de charge; le principal article de ces char- ^gesest une rente de 4636, constituée aU profit Je l'ordre (de la Charité; ainsi le revenu net et fixe de l'hôpital de Charenton n'est que de 21,278 livres. Les dépenses annuelles sont celles qu'exigent 584o journées de malades en supposant les lits de l'hôpital constamment occupés, celle que coûte l'entretien de dix religieux, idont trois infirmiers, les appointemens de deux aumôiniers, la réparation des bâtimens, la régie des biens, lies secours répandus dans le pays et les environs pour iles pauvres tant en santé qu'en maladie, enfin les impo- ■silions publiques.
' a Les malades reçus à cet hôpital y sont soignés ; chaleun d'eux est couché dans un lit séparément; la maison ( et l'enclos sont très considérables et la situation est Ifort belle; l'état des malades reçus dans celle maison,
Mémoires sur les hôpitaux de Paris.
5SS HISTOmE ET STATISTIQUE
idepuisle janvier 1780 jusqu'au 3i décembre 1789 ,4onae le nombre cle i3j36; de ce nombre, il n'est mor que 37 malades. La mortalité est donc moindre de i à i5.
« Mais , ce n'est point ni sur le rapport d'hôpital , n' sur celui de communauté religieuse, que l'établissemen de Cbarenton présente le plus grand intérêt, il fauti considérer sous un autre point de yue non moins che à l'humanité et à la religion : c'est un asile ouvert » des infortunés que leur état de démence, d'imbécillit" ou de fureur , a fait séparer de la société et relégu dans cette retraite. La maison contenait, lors de no visite (1790), 87 pensionnaires logés, soignés, su veillés par les religieux ; la moindre pension est de ^00 fr.; il y en a de 100 louis par an; le montant des pensions reçues produit, année commune, i25,ooo fr.' (i4oo fr. par individu). Chacun de ces infortunés est gardé dans une chambre à part, et 52 domestiques, sans compter les religieux, sont employés à les servir. Il y a dans cette maison de force une infirmerie pour les fous malades ; les religieux en ont le plus grand soin et cherchent tous les moyens de rendre leur captivité aussi ^ouce qu'il est possible et que l'état des personnes l'exige et le permet. Cet établissement mérite la plus grande •faveur. » 1
Le comité des lettres de cachet de l'Assemblée nationale, par une lettre de Barrère, du 22 décembre 1 790^ chargea la municipalité de Paris de visiter la maison
* Rapportait comité de mendicité, d^etAssembUe constituante, 1790.
DE CnARENTOîr. 55^
; des frères delà Charité deCharenton, les prisonniers I qui y étaient détenus et de s'informer srrupuleusement de la manière dont on y traitait ces infortunés, l'MM. Étienne Le Roux, Maugis et Raigneau, après avoir visité plusieurs fois cette maison , firent à la commune de Paris le rapport le plus favorable , déclarant formellement calomnieux les faits dénoncés.
« Il n'est point, disent les rapporteurs, de situation plus pittoresque cpie celle du pensionnat de Charenlon- C est un clos considérable qui va toujours en s'élevant, qui domine la campagne au loin, la Marne qui baigne ses murs et la Seine qui coule à quelque distance. Pourquoi la nation ne formerait-elle pas un établissement digne de sa grandeur et surtout de l'humanité dans un lieu si propre au rétablissement de la raison? Il n'est pas vrai que les casemates où sont logés les pensionnaires soient des cachots de 5o pietls au-dessous de l'habitation des religieux. Ce qui a pu donner lieu à cette assertion , c'est que le sol s'élève en amphithéâtre , mais toutes les demeures sont strictement au-dessus de la superficie du sol. Les hautes murailles des cours, qui soutiennent le terrain, auront servi à l'exagéra- '\on de ces prétendus cachots. Nous avons vu dans un état de folie, ceux qu'on avait présentés comme victimes de l'autorité arbitraire : sur 89 individus qui composent le pensionnat, il n'y en avait que 6 dont la raison ne fût pas altérée, ceux-ci restent librement, 2 exceptés; l'un par commutation de peine; l'autre, est un étranger. Les frères de la maison portent le plus vif intérêt à cet homme presque sexng'énaire...
56o HISTOIRE ET STATISTIQUE
XJne infirmerie pour les aliénés malades, des médecins toutes les fois que le cas le requiert, un chirurgien ré-i sidant dans la maison, des appartemens commodes et agréables, la jouissance des jardins pour ceux dont l'ai Jiéuation d'espril ne peut être préjudiciable aux autres;, des endroits séparés pour les fui-ieux; des promenades,? des lieux de réunion et d'amusemens pour ceux quii en sont susceptibles, une chapelle vaste et commode, avec des tribunes pour ceux qui peuvent encore reon plir et aimer les devoirs religieux; des domestiques nombreux pour subvenir aux besoins et à la surveil- Jance d'un pensionnat considérable; des religieux zélés, formés à l'exercice du soin et du devoir, victimes quel-l xjuefois de leur zèle et d'évènemens que leur sagesse n'?w -vait pu prévoir; une nourriture saine, variée et aboa-. dante. » Telle était la maison des frères de Saint-Jeande-Dieu de Charenton d'après les commissaires-rapporteurs de la commission de Paris {jnanuscrit).
Quelque favorables qu'ils fussent, ces témoignages donnés dnns un temps aussi contraire aux institutions religieuses, par des hommes qui ne pouvaient être suspects, n'empêchèrent point l'hôpital et le pensionnat ^'aliénés de Charenton de subir le sort commun à toutes Jes institutions publiques, quels que fussent leur bail et leur utilité. Avec le couvent des fi'ères de la Charité, disparurent l'hôpital des malades pauvres et le pensionnat des aliénés; les biens furent acquis à la nation, les s religieux, les malades, les aliénés furent renvoyés et i dispersés. Ce ne fut cependant que le 3o juillet lygS, qu'un arrêté du comité de salut public ordonna que la
maison de Cliarentoii serait définilivement évacuée. Trois à quatre religieux emmenèrent avec eux quelj ques pensionnaires , se réfugièrent d'abord à Villejuif |i et de là à Choisy, où la plupart des aliénés très vieux
et très infirmes succombèrent.
SECO:?îDE PJÎRIODE, DE IVQS A iSl^.
î^ous venons de faire connaître l'élablissenient de Charenton tel qu'il avait été fondé, tel qu'il s'était accru, tel qu'il existait lors de sa suppression en lygS. Nous allons indiquer dans la seconde période, qui commence à l'année 1797, les changemens, les agrandissemens, les améliorations qui ont eu lieu dans cet établissement jusqu'à l'année 181 5, pendant l'administration de M. de Coulmier nommé régisseur , lorsque le Directoire rétablit la maison de Charenton.
Deux ans après la suppression de rétablissement, le t5 juin 1797 , le Directoire exécutif ordonna que l'hôpital de la charité de Cliarenton serait rendu à sa pre- ; mière destination, qu'il serait pris, dans l'ancien local I des frères de la Charité, toutes les dispositions néces- ; spires pour établir des moyens de traitement complet pour la guérison de la folie; que les aliénés des deux ! sexes y seraient admis; enfin, que l'établissement serait :sous la surveillance immédiate du ministre de l'inté- I rieur, autorisé à faire tel règlement qu'il jugerait con- ■ "venable, pour l'organisation du nouvel établissement I de Charenton.
La gestion de l'établissement fut confiée, sous le titre
de régisseur général à M. de Coulmier , ancien religieux préniontré, membre des Assemblées conslituantes et législatives. M. Gastaldy , ancien médecin de la maison, des insensés d'Avignon , dite de la Providence , fut nommé médecin de Charenton, M. Dumontier eut la place d'écononie-surveillant el feu M. Déguise remplit les fonctions de chirurgien. Ces nominations sont du 2 1 septembre i ■ygS.
Le mauvais état des salles de l'Hotel-Dieu où étaient . reçus les aliénés, l'imperfection du traitement que ces malades recevaient dans cet hôpital, avaient provoqué un arrêté du Directoire exécutif du 17 juin 1797, portant que la folie ne serait plus traitée à l'Holel-Dieu. Un arrêté pris par le ministre de l'intérieur, le 17 juin 1 802 , de concert avec l'administration des hospices de Paris et avec le directeur de Charenton, porte qu'il sera établi à l'hospice de Charenton, 4o lits d'hommes et 3o lits de femmes pour les indigens attaqués de folie ■ qui étaient à la charge des hôpitaux de Paris; il est alloué au directeur i fr. 5o c. par journée de malade pour tous les frais, même pour les transports des insensés à Charenton. l! est réservé à l'administration des hospices la faculté de visiter les malades et de prendre connaissance de la manière dont ils sont traités à Charenton.
Le même arrêté ordonne que les aliénés qui habitent, dans l'hospice des Petites-Maisons, des loges humides el malsaines , seront transférés : ceux qui paient pension, à Charenton , les pauvres à Bicêtrc et à la SaU pêtrière. Un autre arrêté du i5 septembre tSoa oblige l'administration des hospices de Paris, au rembourse-
DE CHAREIO'OIN-J 563
ment du prix de journée des insensés transférés à Charenton , en vertu de l'ordre immédiat du préfet de police agissant conformément à la loi du 24 août 1790, sur le vagabondage. Les insensés, avant d'être envoyés par la police à Charenton ou dans les hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière, doivent être conduits au bureau central d'admission des hospices, pour y être examinés par les officiers de santé de ce bureau, et faire constater l'état mental des individus , dont la police ordonne le renfermement dans l'une de ces trois maisons.
Aux termes de l'article 5 du même arrêté du i5 septembre 1802 , les indigens qui étaient placés à Charenton, et qui après 3 mois de traitement dans cette maison , étaient jugés sans espoir de guérison , étaient transférés dans les maisons de Bicêtre et de la Salpêtrière. * .
En 1807, l'administration des hôpitaux de Paris cessa d'envoyer à Charenton les indigens aliénés; les femmes continuèrent à être traitées à la Salpêtrière et les hommes le furent à Bicêtre, depuis cette même époque.
r,a grande publicité donnée à la restauration de la maison des insensés de Charenton, la beauté du site, l'habileté du directeur, homme d'esprit et adroit, attirèrent des insensés de tous les points de la France. Cette affluence fut telle, que les admissions, qui n'avaient été dans les cinq premières années que de 202 , furent doublées dans les cinq années suivantes, et s'élevèrent de 1802 à 1807 au nombre de 435.
' Apport de Camus, sur les hospices et hôpitaux de Paris, 1804.
La maison de Charenton acquit une nouvelle source de prospérilé dans l'exécution de la loi de septembre 1797 qui rendit les biens non vendus aux établisseniens de bienfaisance et aux hôpitaux ; qui voulait qu'il fût donné à ces établissemens des biens nationaux, en compensation des biens qu'ils avaient perdus et qui avaient été vendus à l'époque de la spoliation des établissemens publics. La maison de Charenton rentra dans plusieurs de ses anciennes propriétés. Un décret du mois de septembre 1807, constitua à celte maison un revenu en immeubles de la somme de 93i5 fr. , équivalant aux valeurs et aux propriétés dont elle avait été dépouillée par la loi de 1792. Parmi ses immeubles figurent les restes des anciens Thermes de Julien , situés rue de la Harpe.
Afin de pouvoir loger les aliénés des deux sexes, dans une maison où l'on n'avait reçu que des hommes du temps des frères de la Charité, afin de pouvoir recevoir les aliénés qui affluaient de toutes parts , il fut indispensable de créer une division pour les femmes. Le nombre des hommes admis, augmentant tous les jours, il fallut agrandir les bâtimens du pensionnat, que les frères avaient laissés. Les anciens bâtimens, resserrés, insuffisans, mal distribués et dévastés par le torrent révolutionnaire, furent restaurés et agrandis. Ils furent mis en état pour recevoir les hommes aliénés; nous en avons donné plus haut, page 10 et suivantes, la description. A ce que nous avons dit, il faut ajouter que le quatrième étage des bâtimens 35 et 38, fut divisé comme les étages inférieurs, en un corridor cora-
DE CHA.RENTON. 565
mun sur lequel s'ouvrent de chaque côté des cellules.
En i8o3, à l'extrémité ouest des anciens bâtimens du pensionnat, il fut construit une rangée de loges et une galerie avec un étage au-dessus; sous la galerie s'ouvrent les portes et les croisées des loges (43).
La galerie est exposée au midi; elle a 76 mètres de longueur, i5o centimètres de largeur et 290 centimèmètres de hauteur ; elle est soutenue par 26 pilastres séparés par un espace de Sgo centimètres formant travée. Les loges sont carrées, elles ont aSo centimètres de largeur, autant de profondeur et a8o centimètres de hauteur; elles sont fermées par une porte en chêne de 48 centimètres d'épaisseur, avec un verrou à serrure et un guichet carré, fermé par un volet retenu par un verrou plat. Au-dessus de la porte se trouve une baie qui a 80 à 100 centimètres. A côté de la porte, et à hauteur d'appui, est pratiquée la baie d'une croisée. Cette baie a 1 mètre de hauteur et 65 centimètres de largeur; ces deux baies sont armées de barreaux en fer et sont fermées par un châssis en bois garni de toile, qui glisse dans une double coulisse fixée au mur.
Ces loges sont adossées au mur de terrasse, en sorte que ce mur forme la paroi de la loge opposée à la porte, les trois autres parois sont en pans de bois. Le plafond, les parois des loges et de la galerie , les piliers qui supportent la galerie sont revêtus en plâtre, le sous-pied de la galerie et des loges est pavé en moellons.
Dans chaque loge le lit est placé en face de la porte, contre le mur de terrasse qui est revêtu en bois pour prévenir l'humidité. Les couchettes sont faites avec de
fortes planches de 48 centimètres d'épaisseur, posées^ de champ à i5o centimètres au-dessus du sol et scellées par les deux bouts aux murs; entre ces planches, sont fixées des planches plus minces , qui servent de fond à la couchette, sur ce fond on pose la literie.
A l'extrémité 44 de la galerie 43 , se trouve un chauffoir 45, qui est éclairé par deux baies munies de barres de fer et fermées par deux croisées vitrées , à deux vantaux , l'une de ces croisées s'ouvre au midi, et l'autre à l'ouest. Ce chauffoir est meublé d'un poêle en faïence, entouré d'un fort treillage en fil de fer; il est destiné aux aliénés maniaques, agités et brujans qui habitent les loges dont nous venons de donner la description.
La galerie, les loges et le chauffoir de ce quartier se développent et s'élèvent sur une cour très longue ( 1 4) plantée d'une allée d'arbres. Ce promenoir offre quelques inconvéniens , quoique d'une grande étendue et bien aéré : il est divisé pour ainsi dire, en deux parties, haute et basse, séparées par un talus au milieu duquel se trouve un escalier. Les malades y font quelquefois des chutes , particulièrement dans la mauvaise saison.
Il était impossible d'imaginer une construction plus mauvaise ; elle était néanmoins montrée avec ostentation, tant on la trouvait magnifique. On ne connaissait point alors les vrais besoins des aliénés, on ignorait les principes qui doivent présider à la construction des habitations destinées à ces malades. La galerie est beaucoup trop étroite, trop basse, les piliers qui la soutiennent sont trop épais, trop faciles à dégrader, ils interceptent la lumière, laissent aux malades la faculté
DE CHARENTOJV. 567
de se cacher et de se soustraire à la surveillance.
L'adossement des loges contre la montagne qui les domine, cause leur extrême humidilé, l'eau sourd à travers le mur qui soutient les terres , aussi a-t-on été forcé de revêtir ce mur avec des planches. Ce revêtisseraent masque l'humidité , mais ne la détruit pas.
L'air et la lumière ne pénétrant que d'un seul côté dans les loges, ne se renouvellent pas, ne dessèchent pas l'humidité et ne remplacent pas l'air vicié. Le souspied de la galerie et des cellules étant pavé en moellon, se pénètre d'ordure, d'urine, qui augmentent l'humidité et les causes d'infection de chaque loge.
Les portes s'ouvrent en dedans : cette disposition est la même dans toute la maison , soit dans les anciens bâtimens, soit dans les nouveaux dont nous venons de parler. Cette disposition des portes rend impossible ou du moins très dangereuse l'entrée des loges, dans lesquelles un aliéné furieux s'est barricadé ou armé.
Les baies des croisées faites à côté des portes favorisent mal le renouvellement de l'air qui manque de courant; l'ouverture qui est au-dessus des portes ne s'ouvre presque jamais, parce que n'étant point sous la main des domestiquis, cela demanderait des soins et tuie attention dont les serviteurs ne sont pas susceptibles.
Au-dessus de la galerie et des loges (43) , s'élève Un étage, dont le sol est de niveau avec celui de la première terrasse des jardins; cet étage se compose d'un corridor et de 27 cellules rangées d'un seul côté.
Ce corridor a (56 mètres de longueur, 210 centimètres de largeur et 265 centimètres de hauteur; il est
éclairé au nord par cinq baies garnies de barres de fer et fermées par des croisées vitrées à deux vantaux; sur le côté méridional de ce corridor où l'on arrive par l'escalier (42), et par la porte de la première terrasse (4^), s'ouvrent les portes des cellules. Ces portes s'ouvrent en dedans, sont maintenues fermées par un verrou à serrure, et n'ont point de guichet, elles ont 195 centimètres de hauteur et 75 de largeur.
Chaque cellule a 4o centimètres en carré et aôS centimètres de hauteur. En face de la porte sont les baies des croisées qui ont i4o centimètres de hauteur et 90 centimètres de largeur.
Les baies sont garnies de barres de fer et d'une croisée vitrée à deux vantaux. Le plancher supérieur, les parois du corridor et des cellules , sont revêtus en plâtre, le sous-pied est carrelé en brique. Dans l'un des angles de chaque cellule, il y avait un lit scellé qui a été remplacé d'abord par des couchettes ordinaires en bois. Depuis 1 833 les couchettes sont en fer. La literie se compose d'une paillasse, de doux matelas, d'un traversin , d'un oreiller et de deux couvertures.
A l'extrémité ouest du corridor, se trouve un chauffoir (45) qui reçoit l'air et la lumière par une croisée ouverte à l'aspect dû midi. Ce chauffoir sert de salle de réunion aux aliénés qui habitent les cellules de ce corridor, il est meublé d'un poète, d'une table, de bancs. Comme celui qui est au-dessous, il est petit relativement au nombre des malados qui s'y réunissent , surtout pendant l'hiver.
Par une fatalité inconcevable, les croisées des cellules
du corridor dont nous parlons, s'ouvrent au midi, ce qui rend ces cellules, d'ailleurs petites, Irès chaudes en été. Ces croisées dominent la cour des aliénés agités, furieux, tapageurs, sales; quel spectacle pour des aliénés convalescens ou du moins paisibles ! Lorsqu'ils veulent regarder par leurs croisées, ils sont excités, affligés par les cris, les vociférations, les menaces, les querelles des maniaques qui s'agitent ou gisent dans la cour. Pendant la nuit, les mêmes aliénés paisibles sont éveillés et effrayés par les maniaques couchés au-dessous d'eux dans les loges inférieures. Ces inconvéniens sont d'autant plus fâcheux, que les cellules de ce corridor sont réservées pour les aliénés les plus propres, les plus tranquilles et même pour les convalescens.
Une section tout entière fut créée pour les femmes. La salle de l'ancien hôpital (4), qui servait en même temps de chapelle , pour le couvent et les malades pauvres du canton, fut divisée dans sa hauteur.
La salle inférieure, résultant de cette division, fut elle-même distribuée dans sa longueur, en une double rangée de cellules séparées par un corridor, sur lequel s'ouvraient des deux côtés les portes des cellules. Afin de favoriser l'accès de la lumière et le renouvellement de l'air, on n'éleva les cloisons, d'ailleurs minces et en bois, qu'à la hauteur de six pieds; en sorte que l'air et le jour pénétraient dans la plupart des cellules, par le haut des cloisons. Le sous-pied du corridor et des cellules était carrelé en briques. A l'extrémité méridionale du corridor, une grande baie conduisait par ua perron (9) dans la cour (10) des femmes furieuses.
Dans un petit bâtiment parallèle à la chapelle , don il n'était séparé que par un étroit passage (8), on avait placé quelques baignoires pour le service des femme aliénées. Ces baignoires disparurent lorsqu'on fit, pou les femmes, la salle de bains dont nous parlerons pl tard.
Le perron (9) fut, dans la suite, remplacé par une baie, formant croisée, et reconstruit à l'extrémité du passage (8), d'où l'on se rend dans la cour des femme furieuses ( r o).
La cour (10) destinée aux femmes furieuses fut faite, en grande partie , aux dépens d'une place qui était restée jusqu'alors en dehors de la clôture de l'établisse ment. A l'extrémité est de cette cour (10), il existait une maison (16, 17) dépendante du couvent, qui fut réparée et disposée pour recevoir les femmes aliénées.
Le bâtiment (ly) qui, du temps des frères, avait deux billards au rez-de-chaussée, tandis que les étages supérieurs étaient réservés aux prisonniers privilégiés , fut restauré et destiné pour les femmes tranquilles. La cour (18), sur laquelle s'ouvrent les croisées du bâtiment (19), avait servi autrefois de cimetière ainsi que^ nous l'avons indiqué plus hautj c'est aujourd'hui un joli promenoir bien planté. /
Le i5 germinal an xii (5 avi'il i8o4) , le ministre dfe l'intérieur visita l'établissement de Charenton tel qud^ M. de Goulmier l'avait compris, ordonnancé et con-struit. La maison fut montrée à son excellence sous les? rapports les plus séduisans ; un tableau du mouvement i lui fut remis j un mémoire sur celte maison , rédigé par ^
DE CHAKElVTOÎf. 57 T
ftï. le docteur Glraudy, fut offert au ministre , le 4 floréal an XII (24 avril i8o4). Le rédacteur, pressé sars^ dbute, a mal coordonné les chiffres , les conclusions cf sfes pensées qui composent ce mémoire. Il a prodigué Ta Jouange aux constructions ordonnées par M. de Coulunier. Quant aux détails statistiques de ce mémoire, ils^ offrent tant de confusion, qu'il m'a été impossible de im'y reconnaître. Voici les tableaux tels qu'on les lit dans cette brochure, avec les conséquences que Fauteur en a déduites, les uns et les autres sont copiés textuel-' lement :
Tableau des différentes espèces d'aliénation observées dans la maison nationale de Charenton pendant le cours de Van xrr.
Hypocondrie simple. . .
— avec manie.
Mélancolie
Folie ou démence
simple.
avec hypocondrie. . . • □Tcc bysiérie. ... . , avec accès de manie, livec accès de folie. , . .
avec disposition au suicide.
simple. . .
avec hysléric.
avec épilepsie,
continue
{ simple . .
\ nvcc liistérie.
délirante
Manie
périodique
I simple. • .
j aven épilcpsii
cumalcusc.
avec hystérie.
\ nop délirante
{ continue simple. .
( avitc accès de manie.
Jdiotism*
simple
avec épilepsie. . .
avr^c hyslérie. . . • avec accès de manie.
Totaux.
en
ts
ai
« Il résulte de ce tableau que, pendant une anne'e, Iç rapport des gue'risons , à la totalité des malades mis e traitement, est de 161 .'499» c'est-à-dire environ dui tiers ; 2" que le rapport de l'incurabilité est de 3 1 , c'est à-dire de i : 16; que le rapport de la mortalité est dei 22, c'est-à-dire, de 1 à 24. » (P^ige 23 du mémoire.)
Le rédacteur se plaint de ne pouvoir donner le mouvement des malades que pour une année; cependant, il dit (page 24) , qu'après avoir compulsé avec exactitude un tableau général qu'il a dressé lui-même, il a trouvé que « le rapport des guérisons à la totalité des malades, traités dans la maison de Charenton durant près de six ans, est de 269; celui de l'incurabilité 5i et celui de la mortalité 69 : 564- »
Un tableau, qui commence à la page 35, établit les diverses variétés de délire observées dans la même année, dans les proportions suivantes :
H^'poncodrie 8
Mélancolie 171
Folie ou démence 62
Manie i65
Idiotisme. ....... 4 5
L'auteur du mémoire cité résume ainsi les résultats de ses recberches, sur les causes occasionnelles de la folie, comparées auxjdi/férenles espèces de délire.
« On voit que sur 476 aliénés, dont on a pu se procurer des rcnseignemens certains , 1 5 1 sont tombés malades, par suite des affections vives de l'âme, telles que la jalousie, l'amour contrarié, la joie portée à l'excès.
j DE CHAREWTOIV. S']3
l'ambition, la crainte, la terreur, les chagrins violens; 52 pai' disposition héréditaire; 28 par l'onanisme; 3 par virus syphililique; 12 par abus des plaisirs de Véinus; 3î par abus des liqueurs alcooliques; 12 par Jabus des facultés intellectuelles; 2 par la présence des svers dans les intestins ; 1 par répercussion de la Igale; 5 par répercussion des dartres; 529 par métastase , laiteuse; 2 par insolation. »
I En 1808 et 1 8 10, on construisit, pour les femmes lagitées, des loges sur les trois côtés de la cour (10), dans laquelle on arrive par le passage (3'), à la droite de la grille en entrant dans la maison.
Le sol de celte cour est incliné dans toute sa lonjgueur, du nord au midi; elle a 108 mètres de longueur !et i4 de largeur, elle est plantée d'arbres. Cette cour, lies galeries , et les cellules ont été remises à neuf d'aiprès un très bon système de restauration en i836.
La rangée de loges (11) qui régnent du côté nord de :cetle cour, au nombre de 3i , est adossée contre les imurs de terrasse et s'ouvrent sous une galerie exposée lau midi. Cette galerie a 72 mètres de longueur, 180 icentimètres de largeur et 35o centimètres de hauteur, lelle est soutenue par 3 1 piliers , ces piliers sont séparés lies uns des autres par un espace de a8o centimètres. !Chaque loge a 270 centimètres de profondeur, 210 icentimètres de largeur et 3ôo centimètres de hauteur, lel est planchéiée en bois de chêne et éclairée par une grande contre-ouverture , en face de la porte, donnant isur le nord , avec croisée à vitres.
A l'extrémité est de la galerie se trouve un chauf-
i)74 HISTOIRE ET STATISTIQUE
«foir (12). Ce chauffoir a 4 mètres de longueur, 3 /<:entimètres de largeur, a6o centimètres de hauteur il est éclairé par trois croisées d'inégale grandeur, do <leux s'ouvrent à l'est et la troisième à l'ouesl : il est iouré de bancs scellés aux murs , dallé et chauffé p ma poêle de fonte protégé par une grille.
Derrière ce chauffoir, il y a une petite cour (i3) sur laquelle s'ouvrent cinq loges destinées à des femna furieuses excessivement agitées.
Sur le côté sud de la même cour (10), à la plac .<l'un ancien bâtiment élevé d'un premier étage et d mansardes , servant de buanderie du temps des frères qui avait été restauré en 1802 pour y loger des femme* aliénées , on a construit une seconde rangée de 3i ioges (17, 17') avec galerie qui s'éclaire au nord. L loges étaient faites aux dépens du mur de clôture qu' sépare rétablissement du chemin et de la rivière. Lv^ loges ont été isolées du mur de clôture par un chemin -de ronde, sur lequel s'ouvrent les contre-ouvertures, en -face des portes, à l'exposition du midi. La galerie a 80 mètres de longueur. A son extrémité ouest, il a élé ménagé un chauffoir (17") qui a j5 mètres de longueur, 4a5 ceiîtimctres de largeur et Sao centimètres de hauteur. Un poêle, entouré d'une grille, sert à chauffer cette salle de réunion qui est éclairée par quatre gran- ■des baies , fermées par des croisées à deux vantaux et |>ar autant de contre-ouvertures exposées au midi. Ces jceJjliules sont généralement planchéiées en bois de chêne, quelques-unes sont dallées et réservées pour les femmes .aliénées les plus sales.
DE CHARENTOIT. 5'] 5
Les deux galeries du sud et du nord , qui régnent idans la longueur de la cour (lo), sont réunies par une troisième galerie semblable aux pre'ce'dentes pour la iforme, mais sous laquelle s'ouvrent 6 loges seulement (i5). Derrière ces loges se trouve un espace (i 5') idans lequel on avait creusé autrefois un puits avec un imanège qui n'a jamais servi.
A l'extrémité est de la galerie du sud, on disposa une salle de bains pour les femmes (i6). Cette salle est rplafonnée, dallée, meublée de baignoires séparées par :des rideaux supportés par des tringles. L'appareil à -chauffer l'eau , les moyens pour la distribuer dans les baignoires ; le système de douches ont fait de cette salle une excellente salle de bains.
La galerie et les loges du nord (i i) sont surmontées par un étage qui se compose d'un corridor et de cellules. Le corridor a 'ji mètres de longueur, 190 centimètres de largeur, 260 centimètres de hauteur : il est éclairé par sept baies, trois petites et quati'e grandes, garnies de barres de fer et fermées par des croisées vitrées, à deux vantaux. Sur ce corridor s'ouvrent les portes de 3i cellules; les baies des fenêtres sont rondes, avec barres de fer et croisées vitrées. Ces baies sont en face de la porte et s'éclairent sur la cour (i o) des femmes furieuses.
Ce corridor se termine à l'est par une salle (12) éclairée par deux croisées. Cette salle est meublée d'un poêle et sert de salle de réunion , de chauffoir aux dames qui habitent ce corridor.
Au-dessus de la galerie et des loges (i5), à l'est de la même cour (10), s'élève un étage composé d'un corn-
dor éclairé par trois baies qui prennent le jour sur la cour (12') ; sur ce pelit corridor s'ouvrent quatre cellules d'inégale grandeur, dont les baies s'éclairent sur la cour (10). Ce petit corridor est terminé par une salle ; meublée de dix lits, d'un poêle en faïence, d'une table, , de chaises, et est destinée aux lypémaniaques qui ont. du penchant au suicide.
Les galeries, les loges, ainsi que le premier étage de ce quartier, offrent les mêmes dispositions, les mêmes proportions , les mêmes vices que les loges et les galeries bâties six à sept ans auparavant dans le quartier des hommes. (Voyez page 3 1.)
Les loges du rez-de-chaussée, dont il serait superflu de donner la description, ont toutes des baies opposées aux portes, n'ont point de courant d'air. Celles du nord, adossées d'abord au mur de terrasse , en ont été isolées depuis 181 5 par un fossé dont le sol est pavé et i sert à l'écoulement des eaux pluviales. Les galeries, sou- \ tenues par des piliers,, sont, ainsi que les loges, carrelées en briques : les croisées des étages supérieurs qu'habitent les femmes paisibles , s'ouvrent sur la cour des furieuses. Depuis les premières constructions éle- ■çées sept ans auparavant dans la section des hommes, ûuUe amélioration n'avait été imaginée. Le directeur ii'avait rien étudié, ni rien appris; il n'avait consulté J)ersonne sur les vices de ses premiers bâtimens, il n'a-. Tait point d'architecte et s'en rapportait à un maçon qui n'en savait pas plus que celui qui lui commandait. ;
En 1806 on construisit dans la cour (3), à la gauche du logement du portier (a), un long bâtiment avec uii'
DK CHARENTON. Oy-y
étage (5o); le rez-dc-chaussée destiné primitivement pour une infirmerie, devint une salle de danse.
Ainsi, des sommes considérables furent employées en constructions vicieuses, qui ne pourront jamais remplir leur destination, quelques dépenses que l'on ait faites et que l'on fasse pour cela. Il faut l'avouer, l'inégalité des terrains, la mauvaise disposition des anciens bâtimens des frères, qui ont jusqu'à quatre étages, les vices des constructions nouvelles ne permettront jamais de rendre symétriques les divers quartiers de la maison, de les adapter aux vrais besoins des aliénés, de faire qu'ils soient favorables à la classification des malades, au service des infirmiers et à la surveillance des chefs.
Le ministre de l'intérieur, en jélabiissant la maison de Charenton, fît une faute grave eu se conlentantde nommer les principaux chefs de rétablissement tels que le régisseur, le receveur, le médecin et le chirurgien, sans donner de règlement ni de mode de comptabilité, sans déterminer les attributions des divers fonctionnaires, enfin sans établir une surveillance régulière. 11 résulta de là que que M. de Coulmier fut administrateur absolu sous le nom , d'abord de r(''gii)Seur , et puis sous celui de directeur.
Le directeur percevait les revenus de la maison, sans tendre compte; il administrait, disait-il, paternelle» ment, nommant ou prisentant à toutes les places, démolissant et bâtissant sans principes, ordonnant tout, se faisant obéir par tout le monde, depuis le dernier
infirmier jusqu'au médecin en chef. Désireux seulement II. 37
d'augmenter le nombre des pensionnaires, il s'occupait peu qu'ils fussent logés convenablement.
L'art. 4 fie l'arrêté du 5 juin 1797, disait bien que le régisseur de Charenton rendrait immédiatement , au ministre de l'intérieur, compte de l'administration économique de cet établissement. Ce compte ne fut jamais rendu et ne put jamais l'être. L'art. 5 du même arrêté porte que l'école de médecine de Paris rédigera un règlement propre h régulariser les divers services de Charenton; ce règlement ne fut point fait, et M. de Coulmier resta indépendant, maître absolu, surveillant suprême de l'administration et du service médical. '
Aussi, lorsque M. Gastaldi fut mort, au commencement de i8o5, M. de Coulmier ne voulait point qu'on donnât un successeur à ce médecin , il fallut que l'école de médecine intervînt pour faire nommer M. le docteur Royer-Collard médecin en chef de la maison de Charenton.
Dans l'absence de tout règlement, le médecin en chef fut sans autorité réelle à cause de la suprématie que le directeur s'était arrogée. Regardant l'application des. moyens moraux comme l'une de ses attributions les plus importantes, le directeur crut avoir trouvé, dans les représentations théâtrales et dans la danse , un remède souverain contre la folie. Il établit dans la maison, les bals et le spectacle. On disposa, au-dessus de l'ancienne salle de l'hôpital du canton , devenue une salle pour les femmes aliénées (4) , un théâtre , un orchestre, un parterre, et en face de la scène une loge ('^a') réservée pour le directeur et ses amis. En face du théâtre
et de chaque côté de cette loge, qui faisait saillie sur le parterre, s'élevaient des gradins destinés pour recevoir à droite quinze à vingt femmes, et h gauche autant d'hommes, privés plus ou moins de la raison, presque tous dans la démence et habituellement tranquilles. Le xeste de la salle ou parterre était rempli d'étrangers et d'un très petit nombre de convalescens. Le trop fameux de Sade était l'ordonnateur de ces fêtes, de ces représentations, de ces danses auxquelles on ne rougissait .pas d'appeler des danseuses et des actrices des petits théâtres de Paris, On jouait une fois par mois des comédies, des opéras et des drames, ordinairement deux pièces. On ajoutait quelquefois un ballet. A la fêle du directeur, on chantait des couplets inspirés par la circonstance et l'on tirait un feu d'artifice.
Ce spectacle fut un mensonge, les fous ne jouaient point la comédie, le directeur se jouait du public, tout le monde y fut pris; grands et petits, savans et ighorans voulurent assister au spectacle donné par les fous de Charenton . Tout Paris y courut pendant plusieurs années. Les uns par curiosité, les autres pour juger des effets prodigieux de cet admirable moyen de guérir les aliénés; la vérité est que ce moyen ne guérissait pas.
Les aliénés qui assistaient à ces représentations th(î;itrales étaient l'objet de l'attention , de la curiosité d'un public léger, inconséquent et quelquefois méchant. Les attitudes bizarres do ces malheureux, leur maintien provoquaient le rire moqueur , la pitié insultante^des assistans, en fallait-il davantage pour blesser l'orgueil et la susceptibilité de ces infortunés, pour déconcerter l'es-
58o HISTOIRE ET STATISTIQUE
prit et la liaison de ceux qui, on petit noinhio, conservaient la faculté d'être altenlifs. La lavoiir désignait ceux qui devaient assister au spectacle, elle excitait les jalousies, les querelles et les rancunes; de là les explosions subites de délire, des retours de manie et de fureur. ISous venons de voir quelques-uns des inconvéniens auxquels étaient exposés les aliénés de Charentoii à l'occasion du spectacle et avant la levée du rideau, voyons ce qui se passait après que le rideau était levé. Une intrigue d'amour se développe en présence d'une femme hystérique et folle, toutes ses facultés affectives sont mises en émoi. Le lypémaniaque (mélancolique), si défiant, si soupçonneux, si craintif, ne se fait-il pas l'application de tout ce qu'il voit et de tout ce qu'il entend? Que n'avait-on point à craindre pour les convaiescens, encore si impressionnables, de l'action vive et forte qu'exerçaient sur eux les intrigues, les dénoùmens , les coups de théâtre, les danses, la musique, l'ensemble et le brouhaha des spectateurs. Ce qui se passait à Charenton nous l'apprend assez; que de rechutes, que d'accès de fureur provoqués par les représentations théâtrales! jamais on n'a montré les individus guéris par ce mode de traitement.
Pour rendre le spectacle plus piquant, on s'avisa une année de faire figurer dans un ballet un mononianiaque très célèbre dans Paris pour la grâce et la perfection de sa danse. Ce malheureux voyageant en Italie avec un seigneur russe, fut contrarié dans une inclination; la jalousie le l'endit furieux; il fut conduit en France où, après un excès de manie, il resta pei'suadé d'abord qu'il
était très riche cl grand seigneur ; plus tard qu'il était roi et empereur. Il passait paisiblement sa vie dans ce délire de la grandeur, rajustant de son mieux ses vêtemens pour se donner de l'importance, ramassant tous les objets brillans qu'il rencontrait pour s'en parer, parlant souvent de sa puissance et de son bonheur, etc. Le bonheur de cet infortuné fut troublé : on l'affuble d'un costume royal, on lui ceint Tépée; ainsi accoutré, on le produit sur le théâtre de Charenton; notre choréographe danse avec la dignité d'un potentat, et chacun des spectateui's d'applaudir; mais lorsque retiré derrière la toile, on veut dépouiller ce malheureux de son costume, il s'irrite, fait résistance, devient furieux, tire l'épée; met en danger ceux qui l'entourent; enfin les infirmiers ont beaucoup de peine pour le désarmer et pour le conduire dans son quartier.
Ce furent des médecins étrangers, Frank, en 1802, et Max. Andrée, en 1808, qui, dans leur voyage médical en France, élevèrent les premiers la voix contre une pareille déception. Les abus et les suilcs funestes de cet étrange moyen de guérir la folie frappèrent enfin les bons esprits, et, sur les réclamations pressantes et réitérées de Royer-GoUard , médecin en chef, le ministre, par décision du mois de juillet 181 i , interdit toute comédie et tout bal dans la maison de Charenton.
Pour que les représentai ions théâtrales fussent utiles aux aliénés, il faudrait un théâtre, des pièces, une musique, des spectateurs, faits exprès pour chaque malade, car les applications de l'influence morale au traitement des aliénés, doivent être aussi variées qu'il y a
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de modes différens de sentir. J'ai conduit au spectacle plusieurs aliénés confiés à mes soins, des maniaques tranquilles, des monomaniaques paisibles, des Ijpémaniaques -, je choisissais des pièces gaies, propres à émouvoir de douces impressions, mais qui ne pouvaient provoquer ni des idées, ni des passions dangereuses; je consultais le goiit de chaque malade, et lui faisais longi temps désirer celte distraction; jamais je n'ai vu que le spectacle ait guéri. Panni mes malades, les uns s'iftilaient, les autres étaient plus profondément tristes, presque tous desiraient sortir de la salle; Tun d'eux croyait voir sa femme dans toutes les dames qui entraient dans la salle, et des rivaux dans tous les hommes. Un autre m'avertit de sortir au plus tôt, sentant que le délire allait s'emparer de lui. Un troisième m'avouait qu'il prêtait son attention aux jeux de la scène, mais que rien n'allait à son cœur. Une fois, je faillis être surpris, à l'Opéra, par l'explosion d'un accès de manie, provoqué par un acle pendant lequel les acteurs simulaient un combat au sabre. Le spectacle n'est réellement utile que dans la convalescence parfaite, et alors un ami, la famille, la campagne, les voyages sont bien préférables. J'ai dit ce que l'expérience m'avait appris sur les spectacles et la musique, comme agens thérapeur' tiques contre la folie. Mais puisque l'occasion s'en présente , je vais rendre compte du résultat de mes nombreux essais sur la musique.
Je viens de dire que l'on donnait à Charenton des bals et des concerts une fois par semaine : ce moyen est moins dangereux que le spectacle, quoiqu'il ne soit pas
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sans inconvéniens; la musique doit être choisie. Les étrangers ne sauraient être admis dans ces réunions qui doivent avoir lieu en famille, entre les malades et les personnes qui les dirigent et les soignent habituellemenl, afin d'éviter toute excitation nerveuse, tout réveil des passions.
Je sais que quelques auteurs, les anciens surtout, ont écrit sur le pouvoir de la musique. J'ai lu des faits rappor-tés par des médecins dignes de foi. J'ai dû essayer de la musique comme moyen de guérir les aliénés. J'en ai essayé de toutes les manières, et dans les circonstances les plus favorables au succès. Quelquefois elle a irrité jusqu'à provoquer la fureur, souvent elle a paru distraire, mais je ne peux dire qu'elle ait contribué à guérir : elle a été avantageuse aux convalescens.
Un lypémaniaque, pour lequel son frère faisait de la musique avec les meilleurs maîtres de Paris, devenait furieux quoique les musiciens fussent dans un appartement séparé du sien; il répétait aux personnes qui étaient auprès de lui : Cesi exécrable de chercher à se réjouir, lorsque je suis dans un état aussi affreux. Ge frère tendrement aimé fut pris en aversion par le malade. J'ai observé plusieurs aliénés très habiles musiciens, qui, pendant la maladie , n'entendaient plus que des tons faux, la meilleure musique les agaçait d'abord, les contrariait, et finissait par les irriter. Une dame qui avait été passionnée pour la musique, commençait par jouer et par chanter des airs qui lui étaient familiers; mais quelques instans après, le chant cessait et la malade continuait à toucher quelques notes sur le piano ,
répétées sur le ton le plus monotone et le plus fatigant pendant plusieurs heures de suite , à moins que l'on n'eût le soin de la distraire et de lui faire quitter l'instrument.
L'hospice de le Salpétrière m'offrait un champ im» mense pour des essais thérapeutiques; je n'ai pas à me reprocher de l'avoir négligé. Plus de douze cents femmes aliénées sont réunies dans cet hospice ; plus de deux cents sont soumises tous les jours à une observation particulière , et subissent un traitement plus ou moins actif. J'avais fait tant d'applications partielles de la musique , je voulus en essayer sur des masses. Mes expérimentations furent faites pendant l'été de 1824 et celui de 1 826. Plusieurs musiciens très distingués de la capitale, M. Henry, professeur au Conservatoire. M. Brod, etc., secondés parles élèves du Conservatoire de musique, se réunirent plusieurs dimanches de suite dans notre hospice. La harpe, le piano, le violon, quelques in strumens à vent et des voix excellentes, concouraient à rendre nos concerts aussi agréables qu'intéressans.
Quatre-vingts femmes aliénées choisies par moi parmi les convalescentes, les maniaques, les monomaniaques tranquilles et quelques lypémaniaques , étaient assises commodément dans le dortoir dit dos convalescentes y en face des musiciens réunis dans une pièce qui précède ce dortoir et qui sert d'atelier. L'élève en médecine de la division, M. le docteur Chambeyron, m'assistait dans mes essais , nul étranger n'y était admis , l'amour de la science et de l'humanité nous animait tous d'une même
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ardeur, surtout les artistes qui voulurent bien se prêter à ces expériences. Des airs sur tous les tous, sur tous les modes, sur toutes les mesures , furent joués et chantés en variant et le nombre et la nature des instrumens; plusieurs grands morceaux de musique furent aussi exécutés. Mes aliénées étaient très attentives, leurs physionomies s'animaient , les yeux de plusieurs devenaient brillans, mais toutes restaient tranquilles; quelques larmes coulèrent, deux d'entre elles demandèrent à chanter un air et à être accompagnées : on se prêta à ce désir.
Ce spectacle nouveau pour nos malheureuses malades, ne fut point sans influence, mais nous n'obtînmes point de guérison , pas même d'améhoration dans leur état mental. Après ces concerts qui avaient duré deux heures , les musiciens se rendaient dans l'intérieur de la division; ils exécutaient avec les instrumens à vent des airs connus, populaires, guerriers ou tendres ; un grand nombre de nos femmes s'excitaient, s'exaltaient au son des instrumens , plusieurs même, parmi les furieuses, formaient des rondes pour danser. Cette excitation était passagère et cessait presque aussitôt que la musique ne Se faisait plus entendre. On en causait un peu dans la soirée; à la visite médicale du lendemain il n'en était plus question. On me dira peut-être, que la iiuisi({ue n'étant point à l'usage des femmes de la Salpétrière, devait produire peu d'effet sur elles; mais j'avais essayé et j'ai essayé constamment de la musiqui; sur des aliénés qui l'avaient cultivée avec succès pendant toute leur vie, et même sur des musiciens très habiles. Je n'ai point
été plus heureux ; je ne conclurai pas de ces Insuccès qu'il soit inutile de faire de la musique aux aliénés ou de les exciter à en faire eux-mêmes : si la musique ne guérit pas, elle distrait, et, par conséquent, ellesoulage; ^Ue apporte quelque allégement à la douleui* physique et morale; elle est évidemment utile aux convalescens, il ne faut donc pas en repousser l'usage.
Qu'on nous pardonne cette longue digression , je reviens aux moyens de traitement , employés depuis la restauration de l'établissement de Charenton , introduits pendant l'administration de M. de Coulmier. La douche était fréquemment donnée; l'aliéné conduit dans la salle de bains , était préalablement fixé sur un fauteuil. Ce fauteuil était placé au-dessous d'une cuve ou réservoir rempli d'eau froide, de laquelle sortait perpendiculairement un tuyau destiné à conduire sur la têle du malade l'eau dont cette cuve était remplie.
Dans chaque salle de bains, on avait disposé aussi un appareil pour la douche ascendanle, quelquefois utile pour combattre la constipation opiniâtre de quelques aliénés qui se refusent à tout autre moyen.
Ou faisait usage aussi de bains de surprise; la malade descendait des corridors au rez-de-chaussée et arrivait dans une salle carrée, voûtée, dans laquelle on avait construit un bassin de six pieds de profondeur , de lo de longueur , de de largeur. Ce bassin étant rempli d'eau , après avoir bandé les yeux de l'aliéné , après l'avoir fait asseoir sur le bord du bassin, on le renversait en arrière pour le précipiter dans l'eau. Etait-ce bien un bain de surprise? N'était-ce pas plutôt un
DE CHAUENTON. BSj
ibain de terreur? Eoyer-CoUard en fît bientôt cesser [l'usage.
Aux ceintures, aux entraves, aux menottes, aux colliers de fer, moyens pour contenir les fui^eux , proscrits par Pinel, on substitua le gilet de force; on inventa des mannequins en osier dans lesquels le malade était renfermé depuis le cou jusqu'aux cuisses; ce moyen bizarre maintenait les bras pendans des deux côtés du tronc, mais n'empêcbait pas de se promener. On imagina aussi des paniers en osier, des boîtes en bois pour mieux contenir les lypémaniaques portés au suicide. Ces paniers en osier et ces boîtes ont S ï\i pieds de longueur, 1 8 pouces de profondeur, 2 pieds de largeur, l'intérieur est matelassé et garni de paille dans le fond; l'aliéné est étendu dan? ce panier, y est renfermé par un :couvercle, écbancré à l'une de ses extrémités, afin de [maintenir la tête et de l'empêcher de rentrer dans le panier ou dans la hoîle. L'emploi de tous ces moyens a :cessé, le gilet de force nous suffit.
La promenade dans les jardins , sous la surveillance ides infirmiers, était: permise plusieurs fois dans la seimaine. Quelques convalescens et même quelques malanaien t la permission de sortir seuls hors de la I maison. Pouvant se répandre dans le village et dans les (Communes environnantes, cette permission n'était pas Itoujours sans quelque inconivénient; il est des aliénés (qui en ont abusé el se sont livrés à des écarts de réjghne; il en est d'antres qui, allant seuls à Paris, y ont tacheté des instrumens nuisibles à ceux qtii les servaient i€* à eiiix-mêmcs.
Sous le prétexte exagéré que la présence des otrao-j gers peut nuire aux aliénés , les visites dans Tintérieuri de l'établissement n'étaient jamais permises. Il régnait sur cette maison une sorte de secret qui ne permettait à personne d'en apprécier ni la direction, ni l'administration , ni la tenue générale, ni la régularité du service.' Sans doute un hospice, une maison d'aliénés, doivent être des asiles sacrés, où ne pénètre jamais l'œil d'unei vaine curiosité, ils ne doivent point être accessibles auxi étrangers oisifs, qui se font un jeu et se prometlenti une distraction, de la vue de la plus affligeante des misères humaines; mais ces maisons peuvent et doiventi s'ouvrir pour l'homme instruit, ami de I humanifé, qui vient chercher dans ces asiles des leçons et des exem-pies. On abusait ainsi d'un principe salutaire pour écarter toute sorte de contrôle; l'administration quli remplaça celle de M. Coulmier fut moins sévère, et sii les curieux fui ent toujours exclus , les hommes éclairés i et guidés par des sentimens d'humanité et d'utilité pu-blique, purent visiter l'établissement.
Le service médical était partagé entre le médecin en. chef et un chirurgien, à qui l'on donna le nom de médecin-chirurgien, ce dernier était obligé à résidence. Il y avait en outre un élève en médecine et un élève en pharmacie. Nous verrons plus tard les heureux changemens qui s'opérèrent dans l'organisation de ce service.
Je ne dirai pas toutes les luttes qu'eut à soutenir le successeur de Gastaldi : nul registre do visites n'était tenu ; on fit un crime au nouveau médecin en chef de vouloir établir un registre médical; on s'opposa à ce
DE CHAIIENTOIV. ÔOQ
qu'il put connaître le nom des malades, leurs familles , leur pays, leur position sociale, leur manière de vivre, la cause de leur maladie, en un mot tout ce qui intéressait le plus le médecin et importait le plus à ses malades.
Le savoir, le zèle, les bonnes dispositions de Royer- (Coilard ne purent surmonter tous les obstacles qu'il I rencontra pour la suppression des abus et pour l'adop- Ition des améliorations qu'il voulait faire introduire. Sa i constance, ses efforts, la fermeté de son caractère duircnt fléchir devant la domination du directeur. Celte I lutte déplorable fut signalée par Pinel i , comme une ides circonstances les plus funestes dans une maison d'aliénés, dans laquelle, dit ce grand maître, plus que idans tout autre établissement, l'harmonie, entre l'admi- : nibtraleur et le chef du service de santé, est de pre- I mièrc nécessité.
Le directeur s'était érigé en surveillant-général des imalades; il dirigeait la police intérieure, accordait les ! récompenses , les permissions de sortie ; il infligeait des ipunitions, il se chargeait de ce qu'il appelait le traiteimcnt moral comme d'un acccssoiie qui devait lui être •soumis. Il partagea la surveillance des détails entre (deux surveillans pour les hommes, et une surveillante ipour les femmes; brisant ainsi, pour les premiers, l'uinitési utile, si importante dans une maison d'aliénés.
Quels que fussent les vices des anciens batimens, (quels que fussent les défauls des batimens ajoutes par
' Traité médico-pUilosoplitqiie de. l'Aliénation mentale, Paris, iSog.
Sqo histoire et statistique
M. de Coulmicr, quelque abus qui pût résulter de l'ab-' sence de toute administration régulière, de toute comp- ■ tabilité,de toute surveillance; quelque vicieux que fût 1 le régime intérieur, qu'elle que fût l'indifférence dei Gastaldi, quel que fût le découragement de M. Royer-- Collard sous la direction de M. de Coulmier , homme : doué de beaucoup d'esprit, favorisé parles chefs de l'ad- 4 rainistration publique, ses anciens collègues, la maison i de Cbai-enton prit un accroissement rapide et considé- ■ rable.
Les admissions, d'abord très peu nombreuses dans . les trois premières années, s'élevèrent progressivement, les années suivantes , dans les proportions qui suivent :
i8to — j8i4 722
La moyenne des admissions., dans les trois premières années, n'avait été que de 67 i/3; dans les cinq années suivantes la proportion s'est élevée à 87; dans les cinq années de i8o5 à 1810 la proportion annuelle des admissions a été de 201 ; dans les quatre années suivantes, de 181 1 à i8i4, la proportion moyenne n'a été que de 1 80 t^2 ; la difterence de ces quatre dernières années est assez remarquable pour être notée. Nous n'avons pu en connaître la cause. Tient-elle à des évèuemens généraux, qui, à cette époque, exercèrent unq grande influence sur toute la France?
Les registres mal tenus n'ont pas permis de consta- '
DE CBrA.RENTON. Bgî
ter les sorties, les guérisons et les morts; cette statistique nti pu être rédigée par le médecin en chef, le directeur ue se prêtait point à de pareilles recherches, . Le nombre des pensionnaires hommes a toujours été beaucoup plus considérable que celui des femmes. Cette [différence doit être attribuée essentiellement aux millitaires et aux marins qui sont envoyés à la maison par IJes ministres de la marine et de la guerre.
Le manuscrit que nous avons di'jà cité présente la [population suivante pour l'année 1 8 lo, pendant laquelle I l'auteur du mémoire faisait ses recherches sur la maison (de Charenton.
170 hommes. \ 55 invalides. 1 . . . 235 10 militaires. ) g3 femmes g3
Total. . . 328
Le prix de la pension était variable depuis 800, i5oo, 2000 fr. et au-dessus. Le prix moyen était de ■700 fr. par individu. Le directeur , par bienveillance , admettait des pensionnaires à un prix bien inférieur ' et même gratuitement. 11 y avait i5 pensionnaires qui ne payaient point de pension en i8i/|.
Le ministre de la guerre payait 2 francs la journée d'un militaire et 2 francs centimes pour les officiers. L'administration des invalides payait un franc 5o centimes par journée de séjour.
La maison reçut des sommes plus ou moins considérables sur les fonds de secours du ministre de l'ia-
^iji HISTOIRE Eï STATISTIQUE
lérieur. De l'an vi à l'an xi ces sommes s'élevèrent à 164,699 francs; de iSiaà i8i4 à la somme de 69,698; plus, depuis 1812 jusqu'à i8j4, par allocations portées au budget, la maison recevait 4o,ooo fi-ancs tous les ans, çn représentation des pensions gratuites et réduites, accordées par le ministre de l'intérieur.
TROISIÈME PÉRIODE, DE l8l5 A l834-
Pendant celte dernière période, la maison de Charenton ne cessa de grandir. L'administration prit une marche régulière et put rendre des comptes. Le service médical ne fut plus illusoire et reposa sur des principes et sur l'expérience.
M. RouUiac Dumaupas, directeur, et M. Royer- Collard , médecin en chef, dirigés par les mêmes principes, animés du même zèle, concoururent l'un et l'autre aux améliorations réclamées depuis long-temps par ceux qui connaissaient l'intérieur de la maison de Chareuton. Une commission de surveillance fut créée, la direction administrative devint régulière, des registres furent ouverts pour tous les services , la comptabilité fui oi'ganisée et devint facile. I^es registres des admissions, dessorlics, des guérisons, des morts permirent (l'en extraire la statistique médicale de l'établissement; les cahiers de visites des médecins furent tenus avec, exactitude, et les feuilles de régime furent rédigées tous K's jouiS. Un règlement fut donné par le ministre (!<• Tiiitérieur et détermina les attributions de chaque cniploy(?. ,
DE CHARENTON. OqS
Avant de faire connaître les résultats de l'administration de M.Duniaupas et de son successeur, M. Palluy, il convient d'indiquer les changeniens et les améliorations qui ont été faits dans les anciens bâtimens , et de décrire les constructions nouvelles.
Au premier étage du bâtiment (3o) , dans une salle servant de réfectoire du temps des frères, l'on disposa un autel et tous les accessoires nécessaires à l'exercice du culte religieux. On arrive à cette chapelle par le perron (7) qui est en face du perron (6); celui-ci conduit dans les bureaux de l'administration.
Les pauvres du canton, jusqu'à l'année 1 8 f4, avaient occupé la grande salle (49) , dite Saint-Michel , au-dessus de la vacherie; à l'une des extrémités de cette grande salle, quelques lits avaient été réservés pour les élèves de l'école vétérinaire d'x\lfort; mais à cette époque on fit une infirmerie dans les bâtimens de l'école, les pauvres du canton furent définitivement et d'une manière très' convenable, établis dans un bâtiment isolé des habitations des aliénés. Ce bâtiment (5o) est situé, en entrant dans l'établissement, à la gauche du logement du portier, sur lecôlé méridional d'une longue cour (3) qui s'élend de l'est à l'ouest et qui est plantée d'une double rangée d'iirbres; il se compose d'un rez-de-chaussée; est fait aux dépens du mur de clôture qui sépare la. maison delà rivière et de la route qui conduit de Paris,, par Charenton , à Saint-Maur.
La salle des pauvres du canton est au rez-de-chaussée de ce bâtiment; elle a 3o mètres de longueur, et G mètres de largeur; est éclairée par [)lusieurs grandes baies
avec, croisées vitrées à deux vantaux s'ouvrant sur la cour (3). En face de chaque croisée au-dessous du plafond, et à 35o centimètres du sol, on a pratiqué des, baies avec croisées vitrées , qui s'éclairent au midi et. sur la route. Le plancher supérieur est plafonné , le souS'pied est planchéié. A l'entrée de cette salle, on a ménagé deux cabinets de desserte, dans le milieu sont établis deux poêles en faïence.
Quatorze lits en fer, avec rideaux soutenus par des tringles en fer, sont rangés d'un seul côté de la salle en face des grandes croisées qui s'ouvrent sur la cour (3). La literie se compose d'une paillasse,, de deux matelas, d'un traversin, d'un oreiller ^ de deux couvertures; à, côté de chaque lit ilj a une table de nuit et une chaise.
Sept lits sont réservés pour la médecine et sept pour la chirurgie. Le médecin fait la visite des individus atteints de maladies internes, et le chirurgien visite les pauvres qui ont des maladies externes. Les élèves en médecine et en chirurgie suivent et écrivent la visite de leur chef respectif Le pharmacien tient le cahier des médicamens. L'élève en chirurgie est chargé des pausemens.
Cet hôpital est très bien tenu, très propre ; les malades y sont commodément, bien soignes, bien servis; ils sont chacun couchés dans un bon lit, bien chauffés eu hiver et peuvent se promener de plain-pied dans une cour plantée d'arbres. Cet hôpital est entretenu par les revenus de l'établissement, il remplit parfaitement sa destination et il est d'un grand secours pour les pauvres du pays ; on n'y reçoit point de maladie
DJE CHAREKTON. ÔQD
chronique. On n'y observe point de maladies endémiques ; mais il est des années pendant lesquelles les fièvres intermittentes sont fréquentes. Ces fièvres cèdent facilement au sulfate de quinine. La chirurgie a souvent à s'exercer sur des cas très graves que présentent les carriers, les charretiers et les ouvriers attachés aux fabriques du pays.
La salle du canton assiste annuellement ] 5o malades pauvres. La moyenne des journées de séjour dans le cours d'une année varie de 45oo à 4700. Les médecins donnent des consultations gratuites à tous les malades pauvres qui se présentent.
L'étage élevé au-dessus de la salle du canton est occupé par la lingerie générale et le surveillant de la lingerie. Cette lingerie est éclairée par des croisées qui s'ouvrent au midi sur la route et au nord sur la cour (3). Les murs de la lingerie sont entourés de larges tablettes divisées en un grand nombre de compartiniens destinés à recevoir le linge de chaque malade.
En 1816, conformément au règlement^ ont fit les constructions nécessaires pour la boulangerie de la maison (47)- Ce ne fut qu'en 1820 qu'on disposa un magasin pour les farines (47)-
En i8i5, à la salle de spectacle, placée, comme je l'ai dit, à l'étage au-dessus de la salle Notre-Dame (4), on substitua une salle de réunion spacieuse, voisine du logement du directeur. Ce salon s'éclaire par deux croisées cintrées sur le jardin (18) et est précédé d'une antichambre commune avec l'appartement du directeur.
On voit, dans cette antichambre, un marbre noir sur
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lequel sont gravés le nom du fondateur de l'hôpital, du couvent, et la date de la fondation. Nous donnons cette inscription telle qu'on peut la lire sur le marbre. ^
' Deffunct Sébastien Le Blanc, S/ de S.' de Jean, Con^"" du Roy, Con."" prov..»' des Guerres par plusieurs conlracls des 12. et i3. Sep-l"" i64i. 10, Sep.i'" 1642. 2. mars 1646. 4 may 1662. et 10. Janv.'"' 1664. A fôdé cet hospital , sovbz le tillre de Nre Dame de la paix , et ordôné qvicy seroit mis le nombre de sept Licts en L'honue des sept allégresses de la vierge, et des sept œwvres des mi£ericordes spir-i^"" et corp/'"** po.'' y recevoir, et traicter les pavvres mallades
Et avx charges de dire six messes basses, chvn an, avx six festes de la S.^" vierge, devx avires messes basses, l'vne tovs les Dimanches de lanée appellée la messe du fondateur, et lavelejovrde S.^ Barihelemy apo."* en Ihone de la translâon des S.'*"'* Reliques qu.'à dônées. Plus vn service chvn an, à pareil jo.'^ de son deceds à son intetion, et de ses pere, et mere, parens, et amis,
Côme avssy tous les jovrs après les Grâces dv sovper des malades , de dire l'oraison, et chanter à havlle voix, devant l'avtel de l'Infirmerie, le salvt du memorarc , avec l'âne , et l'oraison concède nos et le Deprofvndis , à voix basse, l'oraison fidelivm , et Reqviescant in pace, et de mettre uu troisiesme cierge d'vne livre, devant l'image, qui demevrera allvmé des l'entrée jusques U la fin de la d. oraison, ce qui sera pareilem.*^ observé le S" sepbre, je.'' et feste du patron, pandant la G."^'' messe et les vespres.
Qvavât les repas des malades , on les exhortera de prier Diev po."" le Roy les Reynes, luy, fondatevr, lesd. Religievx, et les biefaiclevrs le lovl à perpétuité, et sellon qvil est plvs av long porté, par lesd. contracrs, et le testam.' dud s.'"fondale, qvi a doûé po subvenir à lad. hospitalité, acq^ictem.' desd charges
Scavoir, la maison et dependâces avec les mevbles y estant po."" lors laqvelle a esté restablie côme elle se Irovve apût, tât par larget q.' a fovrny, que par la coniribvôn , et les avmosnts de qvelq : par."^'* gens de piété,
Plvs vne maison, ov est lenseigne de la Fannicr de France, avd Charanton, plvs 100. nr de renie raclieptab, de iSoo.ff deve par Denis Lovbert , po.^' esire emploiée a l'achapt de la maison du Barillet, avx cairiers dud. Charenlon.
Plvs vne maison, à Paris, rvc des Noyers q.' avoit acqvise.
DE CIIAREINTOJV. 5gy
Le salon meublé d'an piano , de plusieurs tables à jeu, de plusieurs fauteuils, d'un grand nombre de chaises, sert à réunir tous les soirs les aliénés et les convalescens qui peuvent participer à la vie commune et qui sont désignés par le médecin. Le surveillant général, l'infirmier en chef les surveillantes des femmes, l'inspecteur du service de santé, doivent assister à ces réunions, surveiller les malades, les exciter à la distraction. Le directeur, les employés viennent souvent animer de leur présence celte nombreuse assemblée.
La pharmacie, quia son entrée près du perron (5 [) et qui est conliguë au logement du pharmacien, est au rez-de-chaussée à la suite de la salle du canton; elle fut établie et meublée en 1819, elle se compose d'une boutique, d'un laboratoire et d'un magasin. Le médecin-adjoint est logé au-dessus et monte à son logement par le perron
Dans la même année 18 19, on disposa une salle de billard (Sa') , au troisième étage et à l'extrémité nord du bâtiment (4), cette salle formée aux dépens de l'ancienne chapelle des frères, est au-dessus de la chambre des archives de la maison, qui fait suite au salon de
Plvs en argent, jSoo.'T' d'vne pari, et 418.^" dâve, povrestie mis ea fôds d'héritages.
Plvs le prin.'' et arrérages de loo.^ de rente, qvi estoient devbz par les Uers de la vevve Tronchot.
Et finallement, par son teslaraent, vne partie de ses mcvblcs, et la sôme de 1088.
Ceci a esté cy apposé, après le deceds dvd S/ de S.' Jean arrive le a3 Aovst 1670. en L'hopilal de la Charité de Paris ov il est enterré.
Priez Diev pour son ame.
6g8 [histoire et statistique
réunion dont nous venons de parler, on s'y rend du jardin et de l'intérieur.
De iSa/j à 1827 à droite de la grille d'entrée, on éleva un bâtiment qui s'étend du midi au nord depuis le mur de clôture, jusqu'aux anciennes constructions. Ce bâtiment (4') est divisé par un passage (3') qui conduit dans la cour (10) des femmes ; à la droite de ce passage (3') et au rez-de-chaussée par le parloir général. Ce parloir, éclairé au levant et au couchant, est planchéié , le plancher supérieur est plafonné. Il est entouré de sièges rembourrés , meublé d'un poêle en cuivre, d'une grande table et de plusieurs sièges; il communique avec le cabinet de l'inspecteur général; les parens des pensionnaires sont reçus dans ce parloir lorsqu'ils visitent les malades, après en avoir obtenu l'autorisation du médecin 1. A la gauche du même passage (3'), se trouve un vaste garde-meuble, le premier étage de ce bâtiment sert de grenier et de magasin.
En 1827 et 1828, il fut confectionné 100 armoires en bois de chêne, qui furent placées dans les chambres des corridors des hommes (43) et des femmes (11) ainsi que dans l'infirmerie (49).
Après avoir fait connaître les améliorations générales qui ont eu lieu depuis l'année 181 5, nous devons signaler celles qui ont été faites dans les différens quartiers des deux divisions , des hommes et des femmes.
Les latrines qui répandaient une odeur infecte dans
' Les jours d'entrée , à Chareiitoii, sont les dimanches, mardis et jeudis, depuis neuf lieures jusqu'à qualre.
DE CIIARENTON. frgg
'les corridors des hommes, ont été isolées des bâtimens. Cette importante amélioration eut lieu en 182/ ; une coBStruction en belle pierre fut élevée du rez-dechaussée de la cour (37), jusqu'aux étages supérieurs, séparée entièrement des balimens; d'où il résulte qu'un grand courant d'air circule à chaque étage, entre les latrines et les habitations; ce ne fut qu'après beaucoup d'essais, qu'après avoir tenté beaucoup d'autres moyenc plus ou moins ingénieux, qu'on se délivra, en les isolant.^ de l'odeur que les latrines exhalaient. Les latrines accessibles à un grand nombre d'individus répandent toujours une odeur très désagréable, particulièrement si ces individus sont aliénés ; ces malheureux peu soigneux et peu propres, contribuent au mauvais état de propreté des sièges d'aisances, et il n'y a que l'isolement absolu de toute construction habitée, qu'un grand courant d'air, qui soient efficaces contres ces graves inconvéniens des latrines lorsque , je le répète , elles sont fréquentées par un grand nombre d'individus. Les fosses inodores et mobiles, les sièges que l'on peut facileincnt laver à grande eau, même à l'aide d'ingénieux moyens itidcpendansxle la volonté des personnes qui entrent dans les latrines et qui en sortent, ne sont d'une application véritablement utile que dans les maisons parliculières ou dans les 'étabhssemens soumis à une discipline très sévère.
Quelques cages qui existaient encore, dans les loges du rez-de-chaussee , et qui ('taient destinéi's contenir les fous les plus violens, ont été détruites. 'Gomment avait-on imaginé de renfermer des hommes et des 'hommes furieux dans des cagci? Qui pourrait donner une
6oO HISTOIRE ET STATISTIQUE
bonne description de ces cages, dont on retrouve les vestiges dans plusieurs ëlablissemens , où l'on recevait anciennement des fous? J'ai vu de ces cages à Tours, à Nancy, à Rennes, à Strasbourg, à Caen, etc.! Croirait-on que, dans un des plus considérables établissemens de France, nouvellement bâti et jouissant d'une grande célébrité, les aliénés agités sont renfermés dans des cages? On y voit une et même plusieurs cages dans une même salle; ces cages furent sans doute inventées pour empêcher les aliénés de quitter leur lit et d'errer pendant la nuit. Ce moyen est détestable, sujet à des inconvéniens très graves que j'ai signalés ailleurs et que je fci'ai connaître plus en délail dans mon travail sur les hôpitaux d'aliénés, dont je termine la rédaction.
Des chauffoirs furent établis dans les quartiers qui en manquaient, ceux qui existaient furent mieux aéi'és, par conséquent assainis; les chauffoirs de la maison de Charenton sont généralement beaucoup trop petits pour le nombre des personnes qui s'y réunissent; ils sont obscurs, peu aérés et bas de plafond, quelques-uns sont pavés en moellons; il en est un, au bâtiment (35), qui est au-dessous du sol et n'est éclairé que par deux portes. Les lieux destinés à la réunion des aliénés ne sauraient être ni trop grands ni trop facilement ventilés, ni trop éclairés; l'accès doit en être facile et libre, les malades qui s'y réunissent sont ordinairement peu propres, et lorsque l'espace manque, l'air s'altère rapidement et se charge de mauvaise odeur; ces malades sont irascibles, ne pouvant marcher commodément dans des chauffoirs étroits, ils se coudoient, se heurtent
DE CHAUENTOIN. 6oi
les uns les autres, ce qui provoque clés rixes, des actes de brusquerie et quelquefois des violences.
En montant le perron (5i), on arrive dans une salle qui, du temps des frères de la Charité, servait de magasin au fourrage. Cette salle, dite Saint-Michel, est voûtée en ogive, elle a 36 mètres de longueur, 5io centimètres de largeur. Elle est éclaii'ée par dix croisées, quatre s'ouvrent à l'ouest sur les cours (53 56); cinq s'éclairent sur la cour (3), à l'aspect du levant; enfin une croisée s'ouvre au midi à l'une des extrémités de celte salle ; de cette dernière croisée la vue s'étend sur la campagne. Après avoir été convertie en hôpital pour les pauvres du canton, par M. de Coulmier, cette salle fut plus tard divisée en cellules à l'aide de cloisons en bois, séparées par un corridor commun; en 1828, les cloisons furent détruites, le sol de cette grande et belle salle fut solidifié et carrelé à neuf. Les baies des (Croisées furent un peu agrandies; à l'extrémité méri- I dionale de la salle, on ménagea deux cabinets pour les i infirmiers; cette salle, chauffée par deux poêles en faïence, est meublée de vingt-cinq couchettes en bois garnies d'une paillasse, de deux matelas, d'un oreiller, ' d'un traversin et de deux couvertures. Entre chaque I deux lits, au-dessous des baies des croisées, on a fixé une tablette, et au-dessus de cette tablette, une armoire dans laquelle les malades peuvent serrer leur linge; près de chaque lit, on trouve une chaise percée, un fauteuil. Deux tables placées entre les deux poêles sont destiinées à servir les repas aux malades qui habitent cette linfirmerie, consacrée aux ali'nés tranquilles, pro-
602, HISTOIRE irr STATISTIQUE
près, atteints d'infirmités ou de maladies accidentelles Les croisées de cette salle ne descendent point assez; bas, le voisinage de la cour de la vacherie (55) y ap porte quelquefois une odeur de fumier qui est au moins incommode.
On arrive aussi à cette infirmerie de l'intérieur, en passant par le corridor (47)-
Les bains du quartier des hommes, qui du temps de M. de Coulmier occupaient au rez-de-chaussée (38) les loges qui prenaient le jour sur la cour (37), furent établis dans une salle commune (36). Cette salle de bains s'éclaire sur les cours (33 et 3^); elle est grande, dalléei en pierre , divisée par des cloisons en bois de 2 mètres de hauteur, qui séparent les baignoires les unes des», autres. La chaudière à chauffer l'eau des bains, en facej de la porte, s'élève dans le fond de la salle , entre les:| deux rangées de cellules qui reçoivent les baignoires. .'. On monte par un escalier en bois, pour mettre le feui) au fourneau, dont l'ouverture est vue de tous les points? de la salle; des tuyaux de plomb conduisent l'eau chaude: et froide à chaque baignoire, dans laquelle l'eau est versée par des robinets en cuivre.
A la droite de la chaudière est un réservoir d'eau froide et un fauteuil pour la douche; depuis 1827, il a été adapté au réservoir un long tuyau en cuir terminé par un robinet : à l'aide de ce tuyau , l'eau froide est portée au-dessus de chaque baignoire lorsqu'on veut donner la douche; les malades reçoivent ainsi l'eau froide sur la tête pendant qu'ils sont dans la baignoire, sans qu'il soit nccfSSQire de les attacher sur un fauteuil
DE CHARENTON. 6o"3
jointne cela se pratiquait autrefois. Sous le siège de ce même fauteuil on a pratiqué un appareil pour la douche fiscendaiite.
L'importance d'un quartier bien séparé des autres aabitations, pour loger les convalescens, détermina, en i8i7, l'achat d'une maison (58) avec un jardin; c'était une amélioration bien essentielle. Cependant le peu de îolidité de cette maison, la nécessité d'y faire des disoositions et des distributions adaptées à sa nouvelle destination, effrayèrent sans doute le directeur : on ne it pas de réparations, la maison fut envahie par les employés de l'administration, et nos convalescens sont festés dans le quartier 43, privés d'un quartier isolé jui serait si favorable à leur complet rétablissement.
Si la section des hommes a reçu un ffrand nombre i'améliorations , celles des femmes a été bien mieux traitée: on y a construit un vaste bâtiment qui, à lui seul, serait partout ailleurs un grand et bel établisseiment d'aliénés.
Un des premiers soins de M. Dumaupas fut d'assainir lies loges destinées aux femmes agitées, qui forment les Ideux côtés de la grande cour (ro). Les loges qui s'ouvrent sur la galerie du nord étaient adossées au mur du .jardin (i8), elles ont été isolées par un fossé profond iqul est pavé. En face de la porte et au-dessus du lit , isous le plafond , on a percé une petite ouverture carrée pour faciliter le renouvellement de l'air ; cette [ou- -verturc est fermée par un volet en bois.
La rangée des loges du côté méridional de la même :cour (lo), a été isolée du mur de clôture par un cort-
If
6o4 HISTOIRE ET STATISTIQUE
tre-mur, il en est résulté un espace pour un chemin di ronde et pour un grand courant d'air entre le mur d clôture et le mur qui fait le fond de chaque loge. On r pu aussi pratiquer en face de la porte une coiitre-ou-^ verture. "
Le chauffoir (12), qui est au hout de la galerie du^, nord, a été dallé ; étant destiné aux femmes les plus a^, tées et qui sont tenues le plus long-lemps au fauteuiliP'' il est devenu plus sain par la facilité de tenir très proj pre le plancher inférieur.
A l'extrémité ouest de la galerie du midi, on a faij un second chauffoir (19") pour les femmes agitées.'jr aux dépens de deux loges et de la galerie qui se prolon '' geait devant ces deux loges. IF
Un jardin spécial pour les femmes (28) a été plantéf' à l'est de l'étahlissement. . |r
Ces améliorations n'ont point atteint lout-à-fait le buh'' qu'on s'était proposé: les loges sont restées sombres, hu-i f'* mides,maraérées, la contro-ouverture pratiquée en faceff' des portes n'est point à la portée des serviteurs , il eul^ résulte qu'elle n'est point ouverte, ou que si on l'ouvre j' on néglige de la fermer. Ce double inconvénient est '' inévitable toutes les fois qu'on exigera des serviteurs T un service qui demande quelque attention et de la bonne"' volonté; les volels de ces contre-ouvertures seraient ouvets et fermés s'ils étaient sous la main des serviteurs/
La salle qui est au-dessus de la galerie ( 1 5), à l'est de la cour des femmes agitées et qui sert à lier les deu» galeries latérales de cette cour, fut meublée de dix lits' complets ayant couchettes en bois, deux matelas, nmj^
DE CriARENTON. 6o5
rversin, un oreiller, deux couvertures; un poêle en ence; elle fut destinée spécialement aux femmes qui : du penchant au suicide. Ainsi réunies, les aliénées i sont cntraîiiées à leur destruction, se surveillent lunos les autres et peuvent être plus facilement surlllée par les filles de service. La chambre des infîrères communique directement avec celle infirmerie, réunion, dans un dortoir commun, des aliénés poussés suicide, et une surveillance active et permanente, son£ n préférables aux cages, aux paniers, aux liens, à camisole, et aux autres moyens employés pour mainir un malade dans son lit, et pour le préserver des tes de la prompte impulsion qui le porte à se déire.
De la cour (lo), on arrive par le perron (9), dans un ien passage (8) qui conduit à gauche, dans la salle trc'-Dame (4) , dont nous avons parlé plusieurs fois. 3ette salle , qui dès la fondation de l'établissement yait d'hôpital pour les pauvres du canton, qui avait :diviséc en cellules par M. de Coulmier , est devenue,
i832, une grande et belle salle une des meilres de la maison. Elle était obstruée, au levant ,
des masures qui tombaient en ruines, par vête et par humidité, qui s'opposaient à l'accès de l'air Je la lumière : ces masures ont été détruites et remcécs par deux gazons séparés'par un perron en pierre, sorte que le jardin (18) s'est agrandi de l'espace oc- )é par ces masures et du passage (8). Il résulte de le heureuse disposition que la salle Notre-Dame (4) la salle Jaune (19), ont aujourd'hui un jardin com-
6q6 histoire et sta,tistiqde
muu bien plante et forment un des meilleurs et des plui •agréables quartiers de l'établissement.
La salle (4), dite Notre-Dame, a 28 mètresde longueu' ^ mètres 3o centimètres de largeur et 5 mètres de hau leur; elle est éclairée à l'est par trois baies et une grandi porte vitrées ces baies sont fermées par des croisées vi trées à deux vantaux. L'extrémité de la salle est éclair par une grande baie. Le plancher supérieur est soi tenu dans le milieu par plusieurs piliers en bois de chên le sous pied est parqueté en sapin de Hollande. Cette bell , salle est chauffée par deux poêles en faïence, elle est meid blée de vingt lits rangés, des deux côtés de sa lougueu.| Les couchettes sont en fer.
Contiguës à cette salle sont deux ou trois chambr(| qui communiquent directement avec elle et qui serven de desserte et de logement pour les infirmières.
Après avoir traversé le jardin de la salle dont nov,
venons de parler, l'on arrive au bâtiment (19). Lei
de-chaussée de ce bâtiment a également été assaini
pour le rendre moins humide on l'a rétréci dans touj
sa longueur en élevant un mur qui le sépare du nu
des terrasses, contre lequel il était immédiatemeil]
adossé ; on a ménagé ainsi entre le mur de terrasse
le mur de cette salle, un espace de 18 ce 'imètres
permet à l'air de circuler librement dans cet espac
Cette salle, dite salle Jaune , est carrelée en briqueij
elle a quatre grandes baies et une baie de porte; ci
ouvertures sont à l'aspect du midi, fermées par dlT
croisées à double vantaux. Cette salle est meublée d'ill
poêle, de dix lits sur une seule rangée en face des cpo»j
(ées,. les couchettes sont en bois avec rideaux et literie lomplète.
La salle Jaune et la salle Notre-Dame , dont nous "^'enons de parler sont réservées aux aliénées calmes, )aisibles et propres.
Les deux étages supérieurs sont distribués en logenens pour divers employés. Un de ces logemens est îabité par l'aumônier. Au troisième étage on a disposé me belle infirmerie pour les femmes aliénées, atteintes le maladies externes. Cette infirmerie est éclairée d'un ^rand nombre de baies qui s'ouvrent au nord et au midi : qui sont garnies par des barreaux de fer et fermées par des croisées vitrées à deux vantaux. Un poêle en faïence sert à la chauffer. Les lits , au nom,bre de dix, sont rangés sur un seul côté de la salle. Les couchettes sont en bois , les rideaux en percale la literie est complète.
La plus grande, la plus importante, la plus salubre de touies les améliorations faites sous l'administration de M. Dumaupas, a été exécutée de i8a4 à 1828 dans la division des femmes : c'est une belle et vaste construC" tien (22, 23, 27), élevée à l'est du jardin général, assise sur le flanc méridional du coteau, dominant les anciennes constructions de la section des femmes. Ler roux , architecte de la maison de Charenton , fut chargé
' de cette grande construction. M. Badcnier dirigea et
! inspecta les travaux.
Ce quartier, d'un extérieur imposant, composé de deux bâtimens semblables, élevés sur une même ligne, a 120 mètres de développement, à l'exposition du midi.
Qo8 HISTOIRE ET STATfSTIQUE
A l'extrémité est de la terrasse se trouve une grille doublée en planches; au-delà de celte grille la terrasse se continue à l'est plantée d'une double rangée de tilleuls. Sur cette terrasse, qui se termine au jardin particulier des dames, s'élève le bâtiment dont nous allons parler.
On monte au quartier neuf des dames par un large escalier en pierre, qui rampe le long des fondations sur lesquelles s'élève le bâtiment (aZj). Ce quartier se compose de deux préaux (ii. et 27). Le préau (27) n'est bâti que jusqu'au niveau des fondations. Le préau (22) est terminé.
De ce préau (22) planté de beaux arbres (^fig. 2), qui sert de cour et de promenoir, on jouit d'une vue superbe. Au cenlre,est l'ouverture d'un égout pour l'écoulement des eaux pluviales. Cette ouverture est recouverte et masquée par une borne-fontaine qui fournit de l'eau abondamment, au-dessus de laquelle s'élève un réverbère. Le préau est entouré des quatre côtés d'une galerie soutenue par des piliers carrés en pierre nue. Le côté méridional de la galerie est plus large que les autres côtés; il est surmonté d'une terrasse formant attique et borné au midi par une longue grille on fonte qui a ses attaches aux piliers , dont les espaces forment des travées (2 3).
De cette galerie {fig. 2, i), la vue se promène agréablement sur la campagne la plus variée, la plus riche, la mieux cultivée, et s'étend jusqu'à Paris.
A l'extrémité est de cette galerie, s'ouvre une grande porte vitrée derrière laquelle est un chauffoir [ fig. 2, 2).
DE CHAllENTON. 6oÇ)
I Eclairée aa midi par deux baies munies de barres de I fer, pour prévenir les accidens , et fermée par deux I croisées vitrées à deux vantaux, cette salle est meublée I d'u» poêle en faïence, d'une table, de chaises, de I fauteuils en bois de chêne et sert de réfectoire et de ! salle de réunion pour les dames qui habitent les deux I dortoirs suivans.
De cette première salle l'on passe dans deux petits doi'toirs {^^.2 4), dont les croisées s'ouvrent à Vouesl. sous la galerie est du préau. Cette galerie est couverte d'une toiture en tuiles, masquée par un attique. Chacun des deux petits dortoirs a i5 mètres de longueur, 3 de largeur, 4 Je hauteur. Chacun d'eux est éclairé par quatre baies, et meublé d'un poêle et de sept couchettes en fer avec literie complète. Entre les couchettes, on a ménagé une armoire à hauteur d'appui. Ces armoires sont en bois de chêne, à l'usage de chaque malade qui a, auprès de son lit , une table do nuit et une chaise du même bois.
La galerie nord du préau, outre le rez-de-chaussée, est surmontée de deux étages (/ig. i). Au rez-de-chaussée, s'ouvrent sous la galerie, à l'aspect du midi, dix baies fermées par des croisées à deux vantaux, à grands carreaux de vitre, et par un volet en bois qui s'ouvre et se ferme par la galerie, et qui est maintenu ouvert par une serrure perdue dans l'épaisseur du bois. Chacune de ces dix baies éclaire une chambre dont la porte s'ouvre sur un corridor couvert (^fiff. i, 8) (]ui règne, au nord, dans toute la longueur de ce bâtimciit. Ce corridor, large de a mètres, éclairé par dix baies, à l'aspect Il 39
5io HISTOIRE ET STATISTIQUE
du nord, est séparé du coteau qui domine la construction par un chemin de l'onde [fig. 2, 7); ce chemin a 2 mètres de largeur et n'est pas couvert. Ces chambres du | rez-de-chaussée sont planchéiées en chêne. Elles ont « chacune une cheminée en marbre ; elles sont meublées d'une couchette en fer avec literie complète, d'une i commode , d'une table de nuit , d'un fauteuil et d'une 1 petite table courante. Une glace ^ posée sur la chemi- i née, complète leur ameublement.
Les deux étages supérieurs de ce même bâtiment sout 1 divisés comme le rez-de-chaussée. Le corridor, interrompa au rez-de-chaussée par l'appareil des bains, se . prolonge jusqu'au-delà de l'ancien escalier (2 5 fig-i), ' jusque sur le préau (27). Au lieu de dix chambres comme au rez-de-chaussée, il y en a quatorze au premier étage. Les chambres des étages supérieurs s'avan-' çant sur la galerie, on a pu ménager à chacune , sur leM corridor (8 Jîg. 2) , un petit antichambre qui peut re-cevoir un lit pour un domestique. D'ailleurs, les chatn " ibres des étages supérieurs ont les mêmes dimension! que celles du rez-de-chaussée. Les portes s'ouvrent sul le corridor {/ig. 2, 8) qui donne au nord et sur le co' teau. Les croisées ont l'aspect du midi. La literie et l reste de l'ameublement sont les mêmes ejuedans les cham' bres du rez-de-chaussée. Le premier de ces deux étagei est occupé par des malades, le second par des employés.
Sous la galerie, à l'ouest du préau [1^, Jig. i) s'ouvrent dix baies avec croisées vitrées à deux vantaux de la même grandeur que les baies des deux autres galeries. Les trois premières baies éclairent une grande salle de
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réunion (lo, Jig. 2), ayant quatre portes et six croisées. Trois croisées s'ouvrent sous la galerie et sur le préau à l'aspect du levant. Les trois autres s'ouvrent au couchant sur le chemin de ronde {jifig. 2). Ces dernières sont garnies de treillages en fil de fer. De celte salle , on communique à une chamhre dans laquelle loge une fille de service, et où l'on renferme tous les ustensiles de ménage appartenant à cette salle. Cette salle est meublée de rideaux aux croisées, d'un très grand poèle en faïence avec sa colonne, de quatre canapés couverts en crin, de trois grandes tables, de plusieurs chaises et fauteuils : tous ces meubles sont en bois de chêne; elle sert de salle de réunion et de travail pour les dames qui habitent ce quartier. Autour de chacune des trois tables, servies proprement en linge et en faïence, les malades se réunissent pour prendre leurs repas. Hors des repas, une dame préside, surveille cette réunion, et distribue à chacune des dames, suivant leurs goûts, quelques ouvrages à l'aiguille, de broderie, de tapisserie.
Toujours sous la même galerie (Jîg. i,24") ouest du préau, et au rez-de-chaussée, s'ouvre une porte vitrée qui éclaire des pièces de dégagement {Jïg. 2), dont l'une conduit au bas d'un escalier qui sert à monter au deuxième étage et au haut d'un grand escalier qui conduit au bâtiment neuf dont nous parlons. Les trois baies qui suivent éclairent un très beau dortoir (ri, fig. 2). Ce dortoir a sept croisées , trois à Vest et trois au nord ; une plus grande à l'exposition du midi; il communique, par une porte vitrée, avec la chambre où couchent les filles de service, et avec la galerie du midi
6l2 HrSïOlRE ET STATISTIQUE
{x^Jîg. 2). Il est meublé d'un graiiil po^Ie avec sa colonne en faïence, d'une table, de deux armoires, d'un grand buffet sous la croisée du midi; tous ces meubles sont en bois de chêne; il contient douze lits h couchettes de fer, avec table de nuit, fauteuils el literie complète, rideaux aux lits et aux croisées.
L'étage supérieur a été divisé comme le rez-dechaussée , en deux grandes salles. Les croisées qui ont l'aspect de l'est el du préau, donnent sur une terrasse qui|règne le long et au-dessus de la galerie. Les deux salles de cet étage ont les mêmes dimensions, les mêmes lits, les mêmes meubles que le dortoir du rez-de-chaussée; le deuxième étage n'a pas de distribution et n'est ni meublé, ni habité.
Dans l'angle nord-ouest, formé par les galeries nord et ouest, il a été construit un très large escalier qui conduit du rez-de-chaussée au second et au troisième étage, La crainte des accidens a forcé d'entourer cet escalier d'un treillage, soutenu par des tringles en fer, ce qui nuit^au bon effet et justifie mes principes contre les étages élevés au-dessus du rez-de-chaussée, dans une Tnaison d'aliénés.
Derrière cet escalier, dont elles sont séparées par un mur, se trouvent les latrines ifig. 2) qui , malgré toutes les précautions , donnent de l'odeur ; cette odeur se répand dans les chambres et les cori-idors qui les avoisinent, quoiqu'elles en soient séparées, mais elles n'en sont pas isolées par un large courant d'air.
En face des masses de constructions 24 et a5, qui séparent les deux préaux (a'7 el 22), on trouve une cloi*
DE CHARENTON. 6l3
son vitrée qui laisse apercevoir le réservoir et les fourneaux pour l'oau des bains {Jig- 2, 6); la salle des bains est derrière le réservoir et les fourneaux {6,J(g. 2 ; elle est demi circulaire ; elle lie la partie des bàtimens inachevés (27), avec la partie qui est terminée et habitée (22). Elle est éclairée par six croisées, plafonnée, dallée en pierres ; dans les dalles , il a été creusé un canive^iu peu profond pour l'écoulement des eaux.
Les baignoires en cuivre, au nombre de 10 (Jig. 2) sont parfaitement isolées des murs , séparées les unes des autres par des rideaux en tissu de coton blanc , les dalles sont recouvertes en bois de chêne, afin qu'au sortir du bain , les malades ne posent pas les pieds sur la pierre. Les baignoires sont fixées au sol par leurempatement dans l'épaisseur des dalles. L'eau chaude et l'eau froide jaillissent dans les baignoires, à travers une ouverture circulaire pratiquée à l'une des extrémités ; on peut , au besoin , recouvrir les baignoires par un couvercle en cuivre, qui glisse sur les bords parallèles et qui est fixé par des clavettes; en dehors des baignoires et au pied de chacune, la dalle reçoit une planche en chêne, carrée , percée de deux ouvertures qui laissent passer deux tiges en fer; ces deux tiges font tourner la clef des robinets qui permet à l'eau de surgir dans la baignoire.
Ces dispositions, imitées de ce qui a été fait, il y a plus de quinze ans , dans la salle des bains des loges de la Salpclrière, ont plusieurs avantages. Les robinets n'étant pas à la portée des aliénés, sont soustraits aux., ébranlemens réitérés que leur font éprouver les malades
6l4 HISTOIRE ET STATISTIQUE
qui se baignent ; ils se dégradent moins souvent et ne communiquent pas de rudes secousses aux tuyaux de conduite. Les aliénés difficiles ne peuvent se cramponner aux robinets , pour mieux résister aux personnes chargées de les mettre dans les bains ou de les en retirer; ne voyant pas les l'obinets , ne les ayant pas à leur portée, ils n'ont pas la pensée de faire couler l'eau chaude ou l'eau froide pour changer la température du bain. L'eau chaude et l'eau froide, surgissant par la même ouverture dans les baignoires, s'y mêlent mieux. Enfin l'on peut, à l'insu du malade, refroidir ou réchauffer l'eau du bain, sans contrariété ni opposition.
Au milieu de la salle des bains , l'on a établi un long tuyau terminé par un robinet. Ce tuyau est en cuir, flexible et assez long pour porter à volonté de l'eau froide sur la tête des aliénés qui sont dans les baignoires.
Au-dessous de la salle des bains , des réservoirs et des fourneaux, il existe une cuiieuse construction où l'on voit très bien la disposition de tout l'appareil hydraulique, et du départ du calorifère qui rampe à fleur du carreau du corridor couvert 2, 8) au nord du
bâtiment central. Ce calorifère apporte de !a chaleur dans toutes les chambres du rez-de-chaussée de ce même bâtiment.
Au-dessus de la salle des bains, il y a un petit entresol, demi circulaire, éclairé au nord par six baies. Cette salle a un escalier particulier , et peut recevoir dix à douze lits.
Cette portion terminée (24) du bâtiment neuf, con-
DE CHARENTON. 6l5
I tient, au rez-de-chaussée et au premier étage, une salle I de bains, deux salles de réunion, cinq dortoirs et vingt* ( quatre chambres. Toutes ces différentes pièces ont la ' vue sur le préau (22), et- reçoivent l'air et la lumière I par de grandes croisées. Toutes sont plafonnées; le sol I des dortoirs et des chambres du rez-de-chaussée est I planchéié eu bois de chêne; les dortoirs et les chambres ( du premier étage sont carrelés ; parquet et carreau tout I est peint à l'huile , ciré et frotté.
Toutes les couchettes sont en fer, tous les lits ont une I paillasse, deux matelas, un traversin, un oreiller, deux I couvertures , des rideaux en tissu de coton blanc sou- I tenus par une tringle en fer circulaire, formant cou* I renne; auprès de chaque lit une chaise ou un fauteuil,, I une table de nuit, le tout en bois de chêne vernis et ciré. I Dans les chambres particulières, il y a des rideaux I blancs aux croisées, une glace sur la cheminée, une ( commode et des fauteuils en étoffe.
Ce nouveau quartier attire justement l'admiration ( des personnes qui le visitent, tant par la belle vue dont on jouit, tant par sa bonne distribution, que par l'élégance du mobilier et par la propreté qui est maintenue avec le plus grand soin.
De quelque beauté, de quelque utilité que soit cette grande est belle construction, pour le bien-être et pour le traitement des femmes aliénées de Charenton , nous ne pouvons en dissimuler quelques défauts ; si nous signalons ces défauts, ce n'est point par le ridicule dcsir de critiquer, mais pour qu'on les évite si l'on bdtit un jour un nouveau quartier pour les hommes.
6l6 HISTOIRE ET STATISTIQUE
Pour asseoir celle construction , il a élé nécessaire de faire une vaste aire sur le flanc du coteau, en enlevant une énorme masse de terre égalant plusieurs mille mètres cubes; force a élé , pour soutenir les terres, d'élever des murs d'une grande épaisseur. Ces travaux préparatoires ont augmenté la dépense de près d'un quart. Ce surcroît de dépenses n'est pas le seul résultat fâcheux du choix qui a été fait de cette position des bâtimens neufs. Dominés qu'ils sont par le coteau qui s'élève encore derrière à plus de 12 mètres, l'humidité s'emparera tôt ou tard des murs, pénétrera les habitations et rendra les uns et les autres moins sains et moins durables. Ces constructions ont encore le grave défaut d'avoir deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. Pour prévenir les accidens, quoique ce quartier soit destiné aux femmes tranquilles , on a été obligé d'entourer de treillage en fil de fer, l'escalier qui conduit aux étages supérieurs ; on a élé forcé de garantir les croisées de ces étages par des treillages ; enfin , craignant de loger les aHénés dans le troisième étage, on l'a abandonné aux employés, ce qui n'est pas sans grands incoiivéniens à cause de l'inévitable communication des employés avec les malades. Les latrines, retirées dans un des angles du bâtiment, sont trop éloignées de l'habitation des malades qui occupent l'angle opposé. Elles exhalent une odeur, souvent fâcheuse, quelque soin qu'on ait pris de les ventiler; elles ne sont pas placées de manière à ce que les malades qui s'y rendent, puissent facilement être observés. Cette surveillance est d'autant plus importante, que les latrines sont choisies souvent
parles aliénés qui ont du penchant au suicide, comme un lieu favorable h l'accomplissement de leur dessein ,
. espérant y être moins surveillés.
. Depuis vingt-cinq ans, j'ai si souvent exposé les in-
. convéniens des bâtimens à plusieurs étages , j'ai proclamé si haut les avantages du rez-de-chaussée pour l'habitation des aliénés, queje m'abstiendrai d'en parler ici,
. d'autant plus qu'en France et à l'étranger on a accueilli et l'on a mis en pratique mes principes sur la construction des maisons d'aliénés. On peut voir l'application
• de ces principes dans l'établissement d'Ivry dirigé par M. le docteur Mitivié.
Malgré ces défauts qu'il fallait signaler, dans l'espoir de les prévenir plus tard, le nouveau quartier des dames, que nous venons de décrire, est une des meilleures constructions bâties pour les aliénés; elles sont la preuve des efforts de M. Rouillac Dumaupas , pour améliorer l'établisssement confié à sa direction. L'ordre
' et l'économie que ce sage administrateur avait introduit
' dans l'administration de Charenton , lui permirent d'en."
' treprendre une pareille dépense sans l'assistance de se-
' cours étrangers.
En i83o, M. Rouillac Dumaupas obtint sa retaite
' et fut remplacé par M. Palluy. La bonté, la douceur du
' caractère, la justice administrative de M. Dumaupas
' Ont fait vivement legretter ce vertueux directeur qui avait rendu de si grands services à la maison de Charenton; après avoir établi les bases d'une bonne administration, d'une facile et loyale comptabilité; après
■ avoir fait toutes les améliorations dont les anciens bâti-
mens étaient susceptibles , M. Dumaupas avait conçu l'espoir de rebâtir en entier tous les quartiers de l'établissement dont il connaissait les inconvéniens et les ■ vices. 11 commença cette grande entreprise en faisant ilever le nouveau quartier des femmes, la dépense dé- • passa beaucoup toutes les prévisions ; les économies et les ressources que procurèrent quelques propriétés improductives furent absorbées; les vœux de M. Dumaui- ■ pas, pour l'entière reconstruction des bâtimens, seraient restés sans effet, si le nouveau directeur, M. Palluy, familier avec les difficultés administratives, au milieu | desquelles il a vécu pendant vingt-cinq ans, n'avait apporté dans la direction de Charenton le zèle, l'activité, le savoir et l'intelligence qui l'avaient fait distinguer dans les hautes fonctions qu'il avait déjà remplies et qui lui méritèrent la direction de ce grand établisse^ ment.
Depuis l'année j83o jusqu'à celle de i834, cet habile administrateur a fait exécuter de nombreuses améliorations.
Les murs de clôture ont été élevés dans les portions • qui pouvaient favoriser les évasions.
La salle Notre-Dame (4) a été presque entièrement . refaite en i832. Elle a été mise en communication! avec le jardin (i8) de la salle Sainte-Anne (19), et elle! est devenue une des habitations les plus saines et les 1 plus agréables. Ç
Dès l'année i833, cent couchettes en fer ont été! substituées aux couchettes en bois ; cette heureuse subrStitution continuera jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que
des lits en fer partout où ces lits seront sans danger pour les aliénés. Les énormes couchettes , scellées dans les murs, dont nous avons parlé en décrivant les corridors et les cellules du quartier des hommes, ont presque toutes été détruites en i834, et ont été remplacées par des couchettes moins effrayantes par leut* masse, plus commodes, plus meublantes et surtout plus faciles à maintenir propres.
La lingerie a été pourvue d'une plus grande quan tité de linge.
Le régime alimentaire des pensionnaires de troisième classe s'est amélioré.
La masse de terre de plusieurs mille pieds cubes, rapportée pour préparer l'assise du nouveau bâtiment Jes femmes, et qui forme à l'ouest du jardin général comme un avant-corps de terrasse, a pris une forme régulière. Les talus ont été aplanis et consolidés par 3es semis; des rampes douces ont été pratiquées sur les ilancs de ces talus et ont été plantés d'arbres; des haies ■nves, des allées ont été aussi plantées sur le sommet le ces terres nivelées. Ces heureuses dispositions ont contribué à rendre la promenade du jardin général plus -tendue, plus varice et plus ombragée.
Le projet de bâtir la division des hommes a vivement 'Xcité la sollicitude du nouveau directeur; un examen attentif des localités a été fait; l'emplacement le plus 'Onvenable pour les nouvelles constructions a été dis- '•ite et choisi; le programme a été rédigé; les plans ^nt eie étudiés avec les architectes, tracés par eux et 'Oumis à l'approbation du gouvernement. Des inspec-
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leurs généraux des bâtimens civils, le ministre de l'îin térieur, après avoir visité, au mois d'octobre !833: tout l'établissement dans les plus grands détails, oni reconnu l'impossibilité d'améliorer le quartier des honn mes, l'urgence de faire disparaître tous les bâtimeni de ce quartier, et la nécessité d'élever des conslructioni mieux appropriées aux besoins des aliénés. En satisfaisant à un devoir de justice et d'humanité, le gou-, vernement mettra enfin l'établissement de Charenlot en état de remplir entièrement sa haute destination.
Après avoir fait connaître les constructions de ce! établissement, sa partie matérielle, nous devons expoi ser les principes qui dirigent l'administration. Nom ne saurions mieux faire que de suivre le règlement qii organisa, en i8 14, toutes les parties du service; ce guid( nous empêchera de nous égarer. |||
Le besoin de créer, pour Charenton, une administration régulière, négligée sous la direction de M. d< Coulmier, était vivement senti depuis long-temps. De puis long-temps on sentait la nécessité d'un réglemen qui concentrât la direction administrative entre le mains du directeur, tandis que le médecm en chef diri gérait les moyens curatifs et la police médicale des allé nés. Après de justes réclamations de la part de M. Du maupas, directeur, et de M. Royer-Collard, médecii en chef, le 2 5 octobre i8i4, M. de Montesquieu, alor ministre de l'intérieur, donna un règlement qui pourvu à tous les services administratifs et sanitaires. Je publi les principales dispositions de ce règlement qui, tiepui vingt ans, est exécuté, sauf quelques modification
DK CHAUEJNTOÎV. 6î3! I
^lartielles, quelques cliangemens de détail. Cette publijcalioii pourra être de quelque utilité pour d'autres éta- Jblissonicns semblables qui manquent encore de réglemient.
TiTRK PREMIER. La niaisoH de Charenton , conforanément à sa fondation , se compose d'un hôpital de [(quatorze lilc pour les pauvres du canton : on y reçoit les aliénés des deux sexes, les uns payant pension, les autres à titre de pension gratuite. Les admissions graituitcs sont réservées à la nomination du ministre. Le «ombre des places gratuites est fixé à vingt-quatre. Le nmiiiistre se réserve d'accorder à vingt pensionnaires une ' réduction ou remise du quart ou de la moitié des pensions ide troisième classe; ces réductions ne peuvent être audessous de 3oo fr. Le nombre de ces pensions gratuites ou réduites a beaucoup varié; nous indiquons ces variations pour faire mieux apprécier l'utilité de la maison de Charenton, et les services qu'elle rend particulièrement aux classes les plus intéressantes de la société, car hces pensions sont ordinairement accordées à des littéï rateurs, à des professeurs, à des artistes, à des peintres, à des négocians, à des ecclésiastiques et à des employés dans les divers ministères, ou à leurs femmes et à leurs enfans.
1°'- décembre i8i5, pensions gratuites 21
réduites 48
I" décembre 1816, pensions gratuites 23
réduites ^3
i" décembre 1827, pensions gratuites 27
réduites 32
i" décembre 1828, pensions gratuites 87
réduites 82 ,
Cette augmentation dans le nombre des pension gratuites, pour l'année 1828, provient de dix nouvelle! places créées, par décision du ministre, le 8 avril 1 828 une somme de 6000 francs est appliquée à celte dépensi annuelle et payée mensuellement sur les fonds de secoun du ministère de l'intérieur.
i83o, pensions gratuites 54 réduites i[\
Quinze nouvelles places gratuites ont été créées décision du 18 janvier i83o, payables sur les fonds di secours du ministère de l'intérieur, à raison de 700 fi pour chaque place.
1 833 , pensions gratuites 65 réduites 38
Sur la proposition de M. le directeur, et par décisior du 3i décembre i832, quatorze nouvelles places oni été créées; la dépense est imputée sur un excédant de 10,000 fr. que présente l'allocation de 4o,ooo fr. voté tous les ans au budget de l'état, et qui est destinée au paiement des pensions gratuites ou réduites accordées par le ministre de l'intérieui*, conformément aux régler mens. Le ministre a créé en outre, dans la même année/ trois places à raison de 700 fr. chacune.
Nous voyons ainsi augmenter successivement le nonn bre des pensions gratuites ou réduites. Elles étaienlf fixées, par le règlement de i8i4, à 24 pensions gra-s
I tuites et à 20 réduites; elles s'élèvent, au i"^ janvier j834, à 65 graluites et à 38 réduites. Ainsi, au 3i dé-
i cembre 18 1 5, ces pensions n'étaient qu'au nombre de 6g, elles s'élevèrent à io3 au 3i décembre i833.
L'article 4 du règlement porte qu'il y aura trois classe*
f. de pension :
La première de 1200 fr. et au-dessus; La deuxième de 900 fr. ; La troisième de 600 fr.
En sus de celte fixation, il doit être payé pour chaquer pensionnaire un supplément additionnel de 5 pour 100,
Le renchérissement de toutes choses, surtout celui ides comestibles, a rendu insuffisant, particulièrement ;pour les pensionnaires de troisième classe , le prix des ;pensions fixé en i8i4; les dépenses de chaque malade iétaut bien supérieures à ce prix, force a été de l'augimenter sur la demande du directeur, approuvée par la :commission de surveillance; le ministre de l'intérieur a Idécidé, le 10 janvier i83i, que le prix des pensions' •serait fixé à l'avenir ainsi qu'il suit :
Première classe i,3oo Deuxième j,ooo Troisième "720
Gïul pensionnaire, dit le règlement, ne peut être admis idans la maison qu'autant qu'il est payé d'avance un nnois au moins de sa pension , et qu'il a été souscrit par ■ses parens, tuteurs ou amis , un engagement en bonne Sforme de payer exactement, et aux termes convenus ^
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les Dlois de pension suivans, et de retirer le malade lorsque le directeur le requiert. Un mois commencé doit être payé en entier, soit que le malade meure, soit qu'il quitte la maison avant l'expiration de ce mois.