QUATRIÈME LEÇON
Des illusions chez les aliénés.
Sommaire. — Les illusions et les hallucinations sont des phénomènes intellectuels. — Opinion d’Esquirol ; il a attaché trop d’importance à la lésion des sens dans l’illusion. — Illusions d’optique, des senset de l’intelligence. — Exemples analogues dans l’état normal. — Trois espèces d’illusions chez les aliénés : 1° par lésion des sens; 2° par substitution d’une image ancienne à une impression actuelle; 3° par erreur de jugement, à l’occasion d’une impression réelle. — Illusions de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût et du toucher ; illusions internes. — Longue persistance de certaines illusions. — Conclusion.
Nous venons de faire la pathologie générale des troubles de la sensibilité et de l’intelligence dans les maladies mentales, et cependant nous allons vous parler longuement de deux phénomènes psychiques, les illusions et les hallucinations. Ces faits seraient-ils tellement spéciaux, qu’ils n’appartiendraient ni à l’une ni à l’autre des deux catégories de symptômes précédemment examinées ? Non sans doute. Ces phénomènes, que la plupart des auteurs ont rapportés à la lésion des sensations, et que nous rattachons à celle des facultés intellectuelles, n’auraient pas dû, selon les lois de la logique, être séparés des autres désordres de l’intelligence, dont ils ne diffèrent que par leur objet, qui est une sensation , au lieu d’être une idée ou un sentiment ; mais, l’usage ayant prévalu de les décrire isolément, nous allons payer ce tribut aux habitudes ordinaires de la science. Toutefois, dans l’examen détaillé que nous allons faire des illusions et des hallucinations.
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nous nous efforcerons de rendre manifestes les liens nombreux qui les rattachent à tous les autres symptômes du délire, et nous aurons pour but de vous démontrer que la science doit tendre actuellement à fondre ces phénomènes dans l’ensemble des perturbations de l’intelligence, bien loin de chercher à les en séparer, comme on l’a fait généralement jusqu’à ce jour.
On a tout à la fois désigné par le mot d’illusion certaines erreurs des sens et certaines déceptions de l’esprit. Le mot hallucination a été employé par des auteurs, tels que Sauvages, pour indiquer les erreurs de jugement qui sont l’effet d’une lésion des sens ; c’est ainsi que ce nosologiste a mis les erreurs, consécutives à la bévue, à la berlue, au tintouin, dans le premier ordre de la classe des folies. Sagar les regarde comme de fausses perceptions, et les place dans le premier ordre des vésanies. Linné, au contraire, les range dans l’ordre des maladies de l’imagination. Cullen place les hallucinations parmi les maladies locales. Darwin, et, sous son influence, les médecins anglais, donnent le nom d’hallucination au délire restreint à un sens, ou bien ils en font le synonyme de délire. Enfin le phénomène appelé actuellement hallucination a été anciennement désigné sous le titre générique de vision.
C’est à Esquirol que revient l’honneur d’avoir établi une ligne de démarcation entre les illusions et les hallucinations. Voici comment il s’exprime : « Dans l’hallucination, tout se passe dans le cerveau; l’halluciné donne un corps et de l’actualité aux images, aux idées, que la mémoire reproduit sans l’intervention des sens. Dans les illusions, au contraire, la sensibilité des extrémités nerveuses est altérée ; elle est exaltée, affaiblie ou pervertie ; les sens sont actifs, les impres-
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sions actuelles sollicitent la réaction du cerveau. Les effets de cette réaction étant soumis à l’influence des idées et des passions qui dominent la raison des aliénés, ces malades se trompent sur la nature et sur la cause de leurs sensations actuelles. » D’après Esquirol, il existe donc deux différences très-tranchées entre l’illusion et l’hallucination dans l’illusion, il y a lésion des sens et impression actuelle ; dans l’hallucination, au contraire, lésion du cerveau et absence d’impression extérieure. Pour nous, nous n’admettons qu’un seul de ces caractères distinctifs. Nous ne croyons pas, du moins dans l’immense majorité des cas, à la lésion des sens dans l’illusion; mais nous admettons l’existence d’une impression extérieure dans un cas et son absence dans l’autre. Nous pensons, contrairement à Esquirol, que l’illusion est, comme l’hallucination elle-même, un phénomène cérébral, dont il faut rechercher la cause et l’interprétation dans la lésion des facultés intellectuelles. Mais, nous dira-t-on, Esquirol ne se borne pas à admettre la lésion des sens dans l’illusion ; il reconnaît aussi que cette sensation maladive, pour devenir une illusion, doit être faussement appréciée par l’esprit. A cela nous répondons : 1° admettre la lésion des sens dans l’illusion, c’est prendre une rare exception pour la règle générale; 2? faire de cette participation du sens le caractère essentiel de l’illusion, au préjudice de l’action de l’intelligence et du cerveau, c’est transformer le fait secondaire en fait principal : c’est ne pas accorder à l’intelligence son importance relative dans le phénomène de l’illusion.
Démêler les caractères psychiques des illusions et des hallucinations, négligés ou incomplètement ap-
préciés par Esquirol; à l’aide de ces distinctions, parvenir à préciser leurs différences et leurs analogies, et arriver ainsi à la connaissance plus complète de leur nature, tel est le but que nous nous proposons dans cette leçon et dans les leçons suivantes.
Mais, avant d’entrer dans cette discussion, abordons les détails relatifs à chacun de ces deux phénomènes, et préparons ainsi l’exposé de leurs caractères différentiels et de leurs caractères communs.
Commençons par les illusions.
Nous n’avons pas à parler des illusions des sens qui dérivent des lois de l’optique, illusions normales, quoique la perception soit constamment une erreur. C’est ainsi que, vue de loin, une tour carrée paraît ronde, qu’un bâton plongé dans l’eau limpide semble coupé au point d’immersion, que le rivage paraît fuir quand on est dans un bateau, que dans les pays montagneux, on prend souvent des nuages pour des montagnes, et que les panoramas, les dicramas bien faits, nous illusionnent merveilleusement sur les distances et la grandeur des objets, au point de mettre le témoignage des sens et de la raison dans une opposition des plus extraordinaires.
Il ne doit être question ici que des illusions anormales qui dénotent un état maladif, ou tout au moins une indisposition passagère, du cerveau qui perçoit ou du sens qui est impressionné. Parmi les illusions qui tiennent à la lésion des organes des sens, nous citerons le tintouin , la paracousie, la berlue, la nyetalopie. Dans la berlue, on croit voir des filaments, des lignes droites; tortueuses, en spirales ou en anneaux, interposés entre l’œil et les objets. Quelquefois ce sont des taches, diverses par leurs dimensions, par leurs couleurs, par
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leurs formes, qui imitent certains animaux, par exemple les mouches, les araignées et les serpents; ces taches paraissent fixes ou d’une mobile rapidité. Le plus souvent, ces images sont noires, quelquefois demitransparentes; d’autres fois, l’œil est ébloui par leur clarté étincelante, et, lorsque le mouvement se joint à cet éclat de lumière, les malades croient voir des flammes, des croissants lumineux, des étoiles, des soleils, des gerbes de feu; d’autres fois enfin, apparaît, chez ces mêmes personnes, une clarté soudaine au milieu d’un brouillard plus ou moins épais.
Dans certaines ophthalmies, tous les objets semblent revêtir la couleur pourpre. Dans quelques maladies de l’oreille interne, les malades croient entendre le bruit du soufflet, des cloches, etc. Dans les affections de la muqueuse nasale, des impressions singulières sont souvent éprouvées. Enfin, sous l’influence de boissons excitantes, il n’est pas rare de voir se produire, au milieu de la nuit, des lueurs comme phosphorescentes, qui présentent les formes les plus fantastiques.
Dans tous ces cas, pour que l’illusion devienne un symptôme de délire, il faut que le jugement soit complice de l’impression produite par le sens. Lorsqu’il y a simple modification maladive des appareils sensoriaux et que les illusions sont rectifiées par le jugement, elles ne sont plus du domaine de la pathologie mentale. Ces phénomènes ont reçu, dans la science, le nom de perceptions subjectives.
Ainsi il y a des illusions des sens et des illusions de l’intelligence. Si cette distinction avait été toujours présente à l’esprit, on n’aurait jamais pu confondre les illusions des sens avec les hallucinations, et les illusions de l’intelligence, au contraire, en auraient été
naturellement rapprochées. Nous venons de rapporter quelques exemples d’illusions des sens. Comme illusion de l’intelligence, nous pouvons citer la vue d’un géant dans un moulin à vent. Comment a lieu, en effet, cette dernière illusion, ou du moins comment la concevoir? La chevalerie est pour Don Quichotte une idée fixe; il ne rêve que torts à redresser, que combats à livrer. Dans cette disposition d’esprit, l’idée de géant lui apparaît comme celle d’un adversaire digne de son courage, et bientôt le moulin à vent qui est devant lui est transformé en géant. Il est séduit sans doute par quelques faibles apparences ; la hauteur du moulin lui retrace celle du géant, et les ailes du moulin les cent bras attribués aux géants. Il est même possible que Don Quichotte ait la sensation confuse d’un moulin à vent, qu’il en ait une vague conscience ; mais que peut la faiblesse de cette sensation contre la force de l’idée fixe? La sensation n’est donc alors que l’occasion d’une erreur dont la cause est dans l’esprit.
Avant de décrire les illusions chez les aliénés, rappelons les phénomènes qui s’en rapprochent dans l’état normal, afin de mieux faire comprendre l’état pathologique.
Ce n’est pas seulement chez les aliénés que l’on observe des illusions sensoriales. Elles ne sont pas rares ehez les personnes faciles à émouvoir, dont l’imagination est vive et féconde, surtout quand leur esprit est dans l’attente et sous l’influence de la prévention, du désir ou de la crainte. Alors un objet vaguement tracé pourra revêtir la forme d’un homme, d’un animal ; un bruit confus en imposera quelques instants pour le son lointain du canon, pour l’harmonie d’un concert; et cela, toujours conformément à quelque préoccupa-
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tion ou bien à l’image qui s’offre la première à la pensée, au moment où les sens reçoivent l’impression. Avec son esprit et sa grâce accoutumée, Fontenelle a donné un exemple de ces illusions dans son livre De la pluralité des mondes : « Un prêtre et une jeune dame, dit-il, causant au clair de lune, examinent simultanément des ombres qui apparaissent dans cet astre. « Ne vous semblé-t-il pas apercevoir des clochers? dit le prêtre. — Oh ! mais non, repartit la dame, il n’y a aucune ressemblance ; on dirait plutôt deux amants. »
Qu’arrive-t-il aux personnes nerveuses et pusillanimes laissées seules pendant la nuit, dans un lieu où elles ne se croient pas en sûreté? Si leurs sens ne reçoivent aucune impression, elles restent sous le poids d’un sentiment vague de frayeur; mais que tout à coup un objet mal dessiné frappe leur vue, qu’un bruit se fasse entendre, alors l’imagination s’emparera de cette sensation réelle, et bientôt, suivant la préoccupation craintive dominante, il semblera que ce sont des malfaiteurs qui s’avancent, des animaux redoutables qui se découvrent aux yeux. En un mot, toutes les impressions faites sur les sens recevront le coloris de la prévention. Mais tout ce monde fantastique qui subjugue l’esprit, comme autant de réalités présentes, ne pourrait surgir sans une impression, et c’est en cela que les perceptions illusoires diffèrent 'des hallucinations.
On peut, selon nous, admettre trois espèces d’illusions chez les aliénés.
Dans l’une, les sens sont névrosés, troublés d’une manière quelconque ; alors les sensations arrivent confuses, imparfaites à l’esprit, qui, troublé lui-même, ne peut les rectifier, comme il le ferait à l’état nor-
mal : de là l’illusion qui paraîtrait devoir être la plus fréquente, et que cependant on peut rarement diagnostiquer dans la pratique. Comment, en effet, s’assurer de la participation des sens dans cette illusion, puisqu’il n’y à pas de moyen direct de s’en convaincre, et qu’on ne peut ajouter foi aux rapports des malades? On peut toutefois l’induire de ce qui a lieu dans les sens névrosés, comme dans la nÿctalùpie, la paracousie .
Dans les deux autres espèces d’illusions, où la part de l’esprit malade est presque tout, la constatation est bien plus facile, puisqu’il suffit de remarquer la cause d’impression extérieure. Dans l’un de ces cas, l’idée prédominante donne son empreinte à l’ impression faite sur le sens, et s’y substitue en totalité ou en partie. Le sens devient alors tributaire de la pensée, et subit l’action de l’esprit. Dans cette catégorie d’illusions, où il y a lésion de l’imagination et du jugement, et qui ne diffère de l’ hallucination, comme nous le verrons plus tard, que par le point de départ, se groupent tous les faits dans lesquels l’esprit, s’exerçant sur des images anciennes, s’y complaît avec tant de vivacité, que l’actualité des impressions, loin de l’en distraire, y ajoute une nouvelle force, et rend même la croyance plus profonde. Tels sont les faits du géant substitué au moulin à vent, de personnes anciennement connues que des aliénés croient voir dans des visiteurs qui se présentent devant eux pour la première fois, et auxquels ils adressent leurs discours, comme si elles étaient réellement présentes. Ici le plus simple trait de ressemblance, qui souvent même, pour être aperçue, demande un esprit altéré, suffit à la reproduction d’images assez vives pour obscurcir l’actualité et s’v substituer.
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Dans la troisième catégorie d’illusions, se rangent tous les faits dans lesquels les malades jugent mal de la nature de l’impression. Cette espèce d’illusion a lieu toutes les fois qu’à l’occasion d’une impression normale, l’aliéné s’en émeut au point de la revêtir de toutes les idées fausses qui le préoccupent. Ici l’imagination n’a aucune part dans le délire. Le jugement et toutes les facultés qui y coopèrent sont surtout altérés, et en cela cette espèce d’illusions se distingue nettement des hallucinations. De ce genre, sont presque toutes les illusions internes dans lesquelles les douleurs réveillent les idées les plus diverses, les plus bizarres, précisément selon les dispositions si variées dans lesquelles peut se trouver l’esprit des aliénés. Ces fausses interprétations ont quelquefois un certain caractère de fixité ; d’autres fois, au contraire, elles sont plus ou moins mobiles et se reproduisent, après avoir cessé pendant un temps plus ou moins long.
Les sens auxquels nous devons le plus de sensations sont aussi les plus féconds en illusions ; c’est ainsi que les illusions se rattachent le plus souvent à la vue et à l’ouïe, puis à l’odorat, au goût et au toucher.
La vue, par exemple, est l’occasion d’une foule d’illusions chez les aliénés ; elles sont innombrables chez les maniaques. De là la nécessité de les placer dans des appartements dont les murs, parfaitement unis, 11e sollicitent pas les fausses interprétations, et dans un lieu agréable, mais dont l’horizon soit borné, afin d’éviter la multiplicité des impressions, et par suite, la fréquence des illusions. Malgré cette précaution, ces infortunés trouvent encore de nombreuses causes d’illusions ; la moindre nuance, dans le ton des couleurs de leur appartement ou des objets d’aïneu-
blement, est saisie par eux avec vivacité, et donne lieu aux interprétations les plus étranges.
Parmi les illusions de la vue, nous nous bornerons à citer un petit nombre d’exemples, propres à bien faire sentir la ligne de démarcation que nous avons établie entre les trois genres d’illusions.
Comme exemple d’illusions du premier genre, nous mentionnerons un fait dont nous avons été témoin plusieurs fois. 11 est relatif à des malades qui, en lisant ou en écrivant, croyaient voir les lettres se mouvoir, chevaucher les unes sur les autres, à des degrés différents. L’une de ces malades, auprès de laquelle j’avais fait de vives instances pour qu’elle écrivît à sa famille, m’interpella violemment en me disant : « Comment voulez- vous que j’écrive? mes ennemis s’y opposent ; à mesure que je forme les lettres, ils les enlèvent de sur le papier et me narguent à plaisir, en les faisant voltiger devant mes yeux. »
Comme exemples des deux autres espèces d’illusions, nous rapporterons les faits suivants.
Nous avons eu dans l’établissement de Vanves un capitaine dont le délire partiel était surtout remarquable par l’impuissance de la volonté, qui voyait dans le marbre de sa cheminée une foule d’objets plus fantastiques les uns que les autres. En général, il appréciait cette fantasmagorie comme elle devait l’être ; mais quelquefois il était tellement convaincu de la réalité de ce qu’il croyait voir, qu’il quittait sa chambre avec effroi et précipitation.
D’autres fois, la vue du ciel suffît pour donner lieu à des illusions. Nous avons vu plusieurs aliénés qui, comme ceux dont parle Esquirol, prenaient des nuages tantôt pour un corps d’armée, tantôt pour des
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ballons dirigés par des aéronau tes. Nous avons aussi observé, et il y a dans tous les asiles d’aliénés, beaucoup de malades qui font des collections de cailloux, de coquillages, et qui voient dans ces objets des paillettes d’or, des pierreries, des diamants ; leur conviction, à cet égard, ne saurait être ébranlée.
Une femme qui a occupé longtemps le premier chalet de notre section des agitées, à la Salpêtrière, et auprès de laquelle nous avions l’habitude de nous arrêter, parce qu’elle réunissait tous les phénomènes du délire, éprouvait souvent dés illusions de la vue. Chacun des visiteurs lui retraçait le souvenir de l’un de ses parents ou d’une personne dont elle avait à se plaindre ; quelques-uns d’entre vous peuvent même se rappeler de quelles invectives nous étions accablés, ou combien elle s’attendrissait sur le sort de ceux qu’elle regardait comme des victimes.
En examinant psychologiquement ces divers faits, on trouve qu’il y a substitution d’un produit de l’imagination à une impression, dans lé fait du nuage pris pour un corps d’armée et dans celui de cette femme qui nous injurie ou nous donne des témoignages d’intérêt, selon qu’elle voit en nous une personne amie ou ennemie qu’elle a connue anciennement. Mais, dans les faits relatifs aux collections de cailloux et d’objets d’histoire naturelle, qui sont regardés comme trèsprécieux et comme contenant de l’or ou des pierreries, on ne peut distinguer si les malades ont simplement l’idée que le caillou contient de l’or, ou s’ils croient voir réellement de l’or dans le caillou. Ces deux sortes d’erreurs ne peuvent donc être constatées que par le rapport des malades, et chacune d’elles exprime un genre particulier d’illusion.
L’ouïe présente aussi un grand nombre d’illusions,
qui souvent en imposent pour des hallucinations, comme nous le verrons ultérieurement.
L’aliénation générale avec excitation, et en particulier le delirium tremens , sont les formes dans lesquelles on observe le plus d’illusions de l’ouïe. G’est que, dans ces espèces de maladies mentales, l’énergie des sens correspond à l’activité désordonnée de l’intelligence. L’ouïe acquiert une telle impressionnabilité, que le plus léger bruit produit sur les malades de ce genre l’effet du canon ou de la tempête. J’en ai vu qui, pour éviter la douloureuse impression que leur occasionnaient leurs propres cris, se bouchaient hermétiquement les oreilles. Pendant leur convalescence, ils me racontaient qu’ils avaient cherché à contenir leurs paroles, et que, n’ayant pu y parvenir, ils avaient pris le seul parti qui fût en leur pouvoir pour se prémunir contre les impressions qui leur étaient insupportables. Ils ajoutaient que souvent leurs propres paroles leur paraissaient être celles d’interlocuteurs animés contre eux. D’autres m’ont assuré que le son, même éloigné, des cloches, avait été pour eux, pendant leur maladie, un véritable supplice, et avait produit un surcroît d’irritation qui allait quelquefois jusqu’à la fureur ; ils s’imaginaient que leurs ennemis agitaient des cymbales à leurs oreilles pour les empêcher de dormir. Plusieurs autres aliénés se sont plaints d’avoir entendu avec la plus vive peine le roulement du tambour, qui leur paraissait être celui du tonnerre, et le son du cor de chasse, qu’ils prenaient pour le hurlement des bêtes féroces. Dans tous ces faits, la vivacité maladive du sens de l’ouïe était tellement accrue, qu’elle devenait aisément un aliment pour le délire; elle appelait l’erreur du jugement, et de là l’espèce
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d’illusion que nous avons rangée dans la première catégorie, et dans laquelle le sens et l’esprit paraissent prendre part, à des degrés différents.
Lorsque le jugement est faussé, à l’occasion d’une impression normale, c’est l’illusion mentale. Comme exemple de ce genre d’illusion de l’ouïe, je choisirai celui d’une malade, atteinte d’aliénation partielle, actuellement dans mon service, qui, ayant des habitudes de réserve et de décence, juge que ses compagnes sont des hommes, parce qu’à ses yeux des hommes seuls peuvent tenir le langage qu’elle entend autour d’elle. On le voit donc, cette espèce d’illusion se rapproche de tous les autres phénomènes du délire, avec prédominance de lésion du jugement. La seule différence, c’est que dans ce cas le délire a pour cause une sensation, au lieu de se passer tout à fait dans le domaine des idées.
Parmi les illusions dans lesquelles le malade substitue sa préoccupation aux sons qu’il vient d’entendre, je rangerai celle de plusieurs aliénés qui, lorsqu’on leur parle, s’imaginent entendre des paroles tout autres que celles que l’on prononce. Ils affirment que vous leur avez dit telle et telle chose, qui est en rapport avec les idées qu’ils avaient dans le moment même; souvent ils croient que vous leur avez fait des promesses, et il est impossible de les désabuser. Fréquemment aussi ces illusions deviennent la cause de leur colère et de leur vengeance. Lorsque de semblables illusions se manifestent, par l’intermédiaire du sens de la vue, la lecture devient un aliment pour le délire.
Cette espèce d’illusion s’observe dans les deux formes principales d’aliénation mentale. Elle tient, dans la manie, à l’incessante mobilité des idées, qui
ne permet de saisir que quelques-unes des paroles de l’interlocuteur ; et, dans l’aliénation partielle, à la concentration des idées, qui ne laisse que peu de place aux impressions du dehors. Dans les deux cas, le monde intérieur prévaut sur le monde extérieur, et de cette prééminence résulte la substitution d’une idée personnelle à une sensation faible et confuse.
L 'odorat, dont la sensibilité est souvent exaltée dans les maladies cérébrales, ne donne pas lieu néanmoins chez les aliénés à un aussi grand nombre d’illusions que la vue et l’ouïe. Au commencement et dans le cours de l’aliénation mentale, on voit les malades refuser les aliments, et quelquefois ce refus tient aux mauvaises odeurs qu’ils y trouvent, odeurs qui restent indéterminées , ou sont rapportées à certaines substances malfaisantes, dont ils attribuent la présence à leurs ennemis. Dans ces circonstances, l’impression est dénaturée, et avec elle le jugement, ou bien il y a substitution de l’odeur imaginaire de la substance qu’ils redoutent; ou bien encore, à l’occasion d’une sensation réellement normale, le jugement faux intervient et imprime son cachet. Ainsi donc, dans le refus des aliments que font les aliénés, se trouve tantôt Fun, tantôt l’autre des trois genres d’illusions.
Le même fait du refus des aliments, appliqué au goût , donne les mêmes résultats. Il suffit d’ajouter que le goût et l’odorat entrent souvent dans la même sphère d’illusions.
L’organe cutané éprouve de notables changements chez les aliénés. Tantôt sa sensibilité, rendue plus exquise par la maladie, fait mal apprécier les rapports des choses, et cette fausse appréciation donne lieu à l’illusion du premier genre : cela a lieu, par exemple, Falrst. 14
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lorsque l’aliéné, au plus léger contact, s’écrie qu’on Jui a fait un mal affreux, et se révolte comme si on avait voulu le tuer.
Comme exemples d 'illusions du tact , par suite d’interprétations délirantes , je puis citer celui de certaines malades qui, éprouvant une chaleur brûlante à la peau, prétendent qu’elles sont victimes de chauffeurs placés sous leur lit. Je puis rapporter également celui d’une femme qui, ressentant de la douleur dans une cuisse, sur laquelle existaient d’ailleurs des taches scorbutiques, se plaignait des mauvais traitements qu’on lui avait fait subir pendant la nuit. Je mentionnerai encore celui d’une autre aliénée qui, éprouvant des douleurs par suite d’hémorrhoïdes enflammées , se croyait l’objet de coupables manœuvres de la part d’un de ses ennemis, qu’elle supposait logé en face de son dortoir. Enfin d’autres aliénés attribuent à l’influerfce de la physique les diverses sensations dont l’organe cutané est le siège.
Parlons maintenant des illusions internes , qui presque toutes se rapportent à notre troisième genre d’illusions. La douleur éprouvée par lés malades, dans l’une ou l’autre des cavités splanchniques, est interprétée par eux à travers le prisme de leur délire. En un mot, c’est dans l’intelligence seule, et principalement dans le jugement, que réside la cause de l’illusion.
Citons d’abord plusieurs exemples :
Une malade, d’une constitution très-débile, qui a des hallucinations de l’ouïe, de la vue et du tact, presque toujours relatives au maire ou au curé de son village, éprouve fréquemment des douleurs dans le bas-ventre et dans la poitrine. Ces douleurs ne sont
jamais rapportées par elle à leur cause naturelle ; elle croit que les mêmes personnes , qui lui disent tant d'injures et qui la frappent, se plaisent à la tourmenter de toutes les manières, et que M. le curé surtout, qui peut chasser le diable, peut aussi le loger dans son ventre. Lorsque les douleurs de poitrine et de bas-ventre se manifestaient simultanément, cette malade s’est plusieurs fois infatuée de l’idée que le diable se tenait debout pour s’en aller, et que M. le curé cherchait toujours à le retenir.
Une autre femme, qui ressentait une grande pesanteur et une grande gêne dans les parties génitales, s’imagina qu’elle avait un loup dans son corps, et cette idée était pour elle le sujet de tourments et de frayeurs continuels. L’examen dont elle fut l’objet nous fît constater un prolapsus de l’utérus ; mais ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’un pessaire, soigneusement appliqué, pendant plusieurs années, fit disparaître pour toujours cette illusion, quoique la malade n’ait pas guéri de son délire prédominant, qui roulait sur des iddes mystiques.
Une autre aliénée, qui avait tout à la fois une phthisie pulmonaire et un anévrysme du cœur, éprouvait souvent des douleurs dans la région précordiale, accompagnées de battements de cœur tellement violents qu’elle s’imagina avoir un animal dans la poitrine. Sa conviction à eet égard était si forte, qu’elle essaya plusieurs fois de lui donner issue, pour se délivrer des angoisses qu’elle attribuait à sa présence. L’ouverture du corps montra les caractères anatomiques de la phthisie pulmonaire la plus avancée et un cœur volumineux, sans être énorme, mais avec adhérences du péricarde à la plèvre costale.
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Un homme, très-distingué par sa position sociale et par son intelligence, fut atteint de mélancolie hypochondriaque. Parmi les phénomènes du délire trèscomplexe qu’il présentait, se trouvait une illusion bien étrange; les déplacements de gaz qui avaient lieu fréquemment dans ses intestins le jetaient dans l’anxiété la plus grande. Étonné qu’une si petite cause donnât lieu à un si triste résultat, nous lui en demandâmes l’explication, avec le témoignage du plus vif intérêt, et pendant longtemps il garda à cet égard le silence le plus obstiné. Plus tard, il nous avoua qu’il croyait avoir des oiseaux dans le ventre, et qu’il craignait de les voir s’échapper et de dévoiler ainsi cette déplorable infirmité.
Terminons tous ces détails par le fait suivant : M.***, dans un état de mélancolie profonde avec hallucinations de l’ouïe, éprouvait des frayeurs continuelles; elles allaient quelquefois jusqu’à la terreur, qu’exprimait tout son corps au plus haut degré. Les aliments lui inspiraient de vives inquiétudes, dès sou entrée dans notre établissement. x4.u commencement du repas, il mangeait sans hésitation ; mais, pendant son cours, il s’arrêtait fréquemment, et portant ses mains vers son estomac, il s’écriait : Holà ! oh ! oh ! Nous avons essayé de le faire manger seul, et son hésitation à manger a continué avec les mêmes exclamations ; bientôt il a refusé toute espèce de nourriture. Lorsqu’il portait les mains vers l’estomac, il ouvrait de grands yeux, paraissait absorbé et dans l’effroi. Ce n’est que lorsqu’il a fallu le contraindre à manger qu’il a fait l’aveu que sa femme lui avait fait avaler des vipères qui le dévoraient ; c’était dans l’intention de les faire mourir qu’il refusait de prendre des aliments. Il a persisté dans sou refus jusqu’à sa mort, tant sa conviction était profonde.
et il répétait toujours que les vipères lui dévoraient les intestins. L’autopsie cadavérique n’a pas pu être faite.
Comme on le voit, d’après ces exemples, la sensation douloureuse qui provient d’une maladie, apparente ou non, des organes du bas-ventre ou de la poitrine, donne lieu chez les aliénés à une foule d’illusions. C’est un fait bien connu dans la science que la douleur, perçue par un esprit malade, peut devenir la source de nombreuses associations d’idées délirantes ; qu’un aliéné, par exemple, qui s’imagine avoir le diable dans le corps, attribuera à sa présence toutes les douleurs qu’il ressentira dans le bas-ventre : mais on n’a pas assez remarqué que le même malade croira sentir des douleurs 'dans le bas-ventre ou dans la poitrine, alors même qu’il n’y aura aucune altération de ces organes, par cela seul qu’il sera pénétré fortement de l’idée que le diable ne peut résider en lui, sans le faire souffrir. Le médecin doit donc être attentif pour discerner s’il y a réellement maladie ; car la faire cesser, c’est ôter un aliment au délire.
Un exemple de délire particulier, provoqué par la douleur, est celui que nous a offert un officier, confié à nos soins, et qui, ayant eu un abcès considérable dans les parois de l’abdomen, s’imagina avoir dans le basventre deux chiens de Terre-Neuve, éclatants de blancheur. Lorsque les douleurs étaient plus intenses, il croyait qu’ils se battaient dans son ventre, et cherchait à les apaiser, en passant doucement la main sur les parois abdomioales, comme pour les caresser. Sa conviction était si profonde, que lorsque l’abcès fut ouvert, il se mit à appeler ces chiens, sans faire la moindre attention à la douleur ni à la quantité énorme de pus qui s’écoulait. Le même malade croyait grandir à volonté, faire grandir ou rapetisser les personnes qui l’entou-
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raient; mais l’idée prédominante chez lui était qu’il construisait une flotte, et il manifestait une grande joie lorsqu’après des manœuvres réitérées des bras et de tout le corps, il croyait avoir fait un bâtiment et le lancer sur l’Océan. L’idée des chiens de Terre-Neuve surgit avec la formation de l’abcès et disparut à son ouverture, preuve évidente, selon nous, que la douleur donna lieu à une nouvelle association d’idées délirantes, au lieu d’être interprétée conformément à la préoccupation dominante du malade. Lorsqu’on lui en parlait plus tard, il répondait que ces chiens s’étaient échappés, et qu’il ignorait ce qu’ils étaient devenus.
Ainsi donc les aliénés éprouvent ou croient éprouver dans la poitrine et dans le bas-ventre des sensations diverses, alors que leur esprit est seulement préoccupé d’une idée fixe, ou bien ils sentent réellement des douleurs, ce qui est très -fréquent, et ces sensations douloureuses se transforment en leur délire habituel ou deviennentla source d’un délire particulier, qui n’a aucun rapport avec leurs idées prédominantes.
Les illusions ne sont pas seulement nombreuses chez les aliénés, elles sont souvent opiniâtres ; il est tout aussi difficile de les. en désabuser que de les convaincre d’une erreur purement intellectuelle. Du moment qu’ils ont pris une personne ou un lieu pour un autre, qu’ils ont donné à un objet quelconque une nature, une qualité, une valeur qu’il n’a pas, vainement, dans le plusgrand nombre des cas, fait-on appelàune application plus attentive des sens ; leur témoignage reste invinciblement illusoire. A plus forte raison s’il s’agit d’illusions occasionnées par des sensations internes ou organiques, si des spasmes intérieurs font croire à un malade qu’il a dans le ventre un animal, un poison ou une lésion
grave; i] faut même que ces illusions de source interne soient bien nombreuses, bien exagérées, bien persévérantes, pour qu’on puisse en inférer l’existence du délire. Quelque grandes, quelque obstinées qu’elles soient, de semblables erreurs donnent difficilement la conviction de l’existence de la folie, tandis que la plupart des illusions externes dénotent manifestement un dérangement de cerveau. En effet, malgré les innombrables phénomènes psychiques anormaux qu’ils présentent, les hypochondriaques, que tyrannisent des illusions d’origine organique, ne passent pas pour délirer; c’est que la plupart de leurs appréhensions sont possibles. Passé cette limite, il y a délire et non pas erreur. Ainsi, par exemple, le jugement ne pouvait être équivoque relativement à tous les faits que nous avons cités, ainsi qu’à l’égard d’un général aliéné dont parle Esquirol, qui, éprouvant quelquefois de la douleur dans un genou, frappait et apostrophait cette articulation, comme si elle eût recélé un voleur.
La longue persévérance des illusions chez les aliénés qui ne délirent que partiellement est un fait étonnant, et néanmoins constaté par l’observation la plus répétée. Parmi les exemples que nous pourrions citer, nous choisissons le suivant, observé par Guislain; nous le rapportons en abrégé. Une mère, dont la fortune s’était épuisée en vaines démarches pour soustraire son fils au service militaire, tombe dans une profonde mélancolie ; jour et nuit, elle pleure et appelle à grands cris son fils, dont elle ne reçoit plus de nouvelles. L’égarement était à son comble, lorsqu’une idiote entre dans l’hospice qu’elle habitait. A sa vue, elle s’écrie : C’est mon Frédéric ! Et dès ce moment, elle cesse de se lamenter; elle recouvre sa santé physique et s’adonne au travail.
216 SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE
Elle prodigue, pendant plusieurs années, les soins les plus touchants à cette fille, qu’elle prend pour son fils. Enfin, cette idiote ayant été atteinte de phthisie pulmonaire, ses soins deviennent de tous les instants ; l’idiote succombe, et notre mélancolique se console de la mort de ce fils imaginaire, mais en répétant sans cesse qu’elle ne tardera pas à le rejoindre. En dehors de Cette idée, ajoute Guislain, point d’autre aliénation mentale. Pour nous, quoiqu’à nos yeux cette illusion soit déjà un symptôme complexe, nous pensons que cette mélancolique présentait d’autres phénomènes de délire, et que Guislain a jugé suffisant de rapporter l’idée dominante. Qui croirait, en effet, que dans un délire si restreint, une illusion aussi étrange et aussi complète ait pu durer plusieurs années sans interruption, et que les impressions produites par le corps de l’idiote et le souvenir de l’image si différente de Frédéric ne se soient pas trouvées une seule fois en opposition, pour dissiper l’illusion de cette tendre mère?
Les considérations générales que nous venons de présenter sur les illusions, et les faits particuliers que nous avons cités, doivent, selon nous, entraîner la conviction que l'illusion est un phénomène ayant son siège et sa cause dans l’intelligence et le cerveau, et que c’est aux altérations du jugement et de l’imagination qu’il faut s’élever pour apprécier sa véritable nature.
C’est assez dire combien notre théorie des illusions diffère de la doctrine d’Esquirol (lf. Vous savez, en effet, que, selon cet illustre médecin, la différence essentielle entre l’illusion et l’hallucination consiste dans l’altération des sens ou des nerfs destinés à transmettre les
Des Maladies mentales, Paris, 1838, tome 1er.
impressions, dans l’illusion, tandis que dans l’hallucination le cerveau seul est lésé. Pour nous, nous soutenons que rien n’est plus difficile, pour ne pas dire impossible, que de constater, dans la très-grande généralité des cas, l’intervention maladive des sens dans l’illusion. Comment s’assurer, en effet, qu’il y a lésion de ces parties, alors que rien n’est apparent, comme dans les affections nerveuses (et c’est le cas le plus fréquent), tandis que les phénomènes psychologiques sont toujours manifestes, et suffisent pour en donner une explication satisfaisante. Néanmoins la difficulté de reconnaître, dans la pratique, l’altération des sens ne doit pas faire rejeter toute influence de ces organes sur la production des illusions ; aussi avons-nous cherché, dans notre théorie, à apprécier cette influence, en établissant un genre particulier d’illusions basé sur cette participation des sens. Mais ce que nous soutenons, c’est d’abord que ce genre d’illusions est loin d’être fréquent, et ensuite que, dans ces cas mêmes, comme dans tous, la lésion de l’intelligence est indispensable pour caractériser le phénomène maladif ; qu’elle seule constitue l’illusion, et que l’impression, le plus souvent normale, n’en est que la cause occasionnelle.