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chons moins d’importance qu’autrefois aux recherches nécroscopiques chez les aliénés et que nous concentrons toute notre attention sur l’étude clinique des phénomènes psychiques.
Le pronostic de la folie se ressentira, comme les autres branches de la médecine mentale, de la doctrine générale que nous venons d’exposer. A l’époque actuelle, le praticien exercé arrive certainement, par son observation personnelle et par un tact médical qu’il acquiert à la longue en vivant au milieu des aliénés, à prévoir avec assez de certitude la marche probable d’une maladie mentale. Mais cette expérience, tout individuelle, n’est basée le plus souvent que sur des données vagues et incertaines; elle est, de plus, impossible à transmettre à d’autres par la parole ou par les écrits. Or, une science véritable doit chercher à découvrir des moyens plus positifs de prédire la marche des maladies. La condition la plus essentielle pour arriver à ce résultat consistera à ne pas faire le pronostic de la folie en général, comme on le fait aujourd’hui. La folie comprend en effet, dans sa -vague généralité, les espèces les plus différentes, dont les unes peuvent guérir, tandis que les autres aboutissent presque fatalement à la chronicité ou à la mort. Dire, par exemple, comme l’a fait Esquirol, qu’il guérit autant d’aliénés dans la seconde que dans la première année de la maladie, c’est poser sans doute un aphorisme habituellement vrai, et qui ne manque pas d’utilité en l’absence d’un critérium plus certain; mais c’est énoncer un fait trop général pour qu’il puisse s’appliquer avec une égale vérité à toutes les formes de la folie. Il en est de même lorsqu’on veut établir aujourd’hui le pronostic de la manie, de la mélancolie, de la monomanie ou de la démence. Ces états symptomatiques, ainsi que nous l’avons montré précédemment, renferment dans leur cadre des faits trop disparates, ayant une marche et des modes de terminaison trop différents, pour que le pronostic appliqué à l’une de ces catégories puisse s’adapter également à l’autre avec vérité. Quand on dit, par exemple, que la manie est plus curable que la mélancolie, que la monomanie est moins curable que les autres formes de maladies mentales, et que la démence est incurable, on énonce assurément des faits généralement vrais ; combien cependant il existe d’exceptions qu’il importerait de mieux préciser!
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Ge n’est donc que lorsqu’on aura découvert des formes réellement naturelles, ayant une marche déterminée, que l’on pourra faire reposer le pronostic des maladies mentales sur un fondement vraiment scientifique. Les données que nous possédons déjà sur la paralysie générale et ses diverses variétés, sur la folie alcoolique et épileptique, sur la folie circulaire et sur les folies à courts accès, dont nous avons parlé tout à l’heure; les caractères que nous avons assignés aux folies intermittentes, et qui permettent de les reconnaître et de prévoir la guérison de leurs accès, sont certainement des signes pronostiques plus vrais et plus précis que les généralités si vagues de la science actuelle. A ces exemples généraux, nous devons ajouter le signe que nous avons tiré de la systématisation des idées délirantes, qui indique un degré déjà avancé de la maladie, et du délire stéréotypé, signe certain d’une affection mentale arrivée à la période de chronicité. I ■
Dans cette voie de progrès doivent être dirigées à l’avenir les observations à instituer sur le pronostic des maladies mentales. Il ne pourra acquérir une véritable certitude qu’à la condition de s’appuyer sur la connaissance préalable des espèces et des variétés de la folie, dont on puisse à l’avance prévoir la marche et déterminer les diverses phases de développement.
Nous voici maintenant arrivés à la thérapeutique des maladies mentales . C’est ici surtout que nous pourrons faire ressortir les conséquences nombreuses et fécondes de la doctrine que nous avons développée dans cette introduction.
De tout temps, le traitement des maladies mentales a été divisé en traitement physique et en traitement moral. Chacun a préconisé l’un ou l’autre de ces modes de traitement, d’une manière exclusive, selon qu’il appartenait à l’école somatique ou à l’école psychologique. Les médecins de l’école organicienne, par exemple, ont déversé le ridicule sur les psychologues, qui avaient la prétention de guérir des lésions cérébrales à l’aide du traitement moral, et les médecins psychologues, de leur côté, se sont moqués des médecins de l’autre école, qui prétendaient, avec des purgatifs ou des vésicatoires, détourner le cours des idées délirantes ou des sentiments altérés. Ces deux écoles exclusives, qui ont eu tour à tour leurs représentants dans tous les pays, depuis l’antiquité jusqu’à nos
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jours, ont reproduit sans cesse les mêmes arguments, et continué les mêmes discussions, sans jamais arriver à se convaincre réciproquement. Quant à nous, la doctrine mixte, que nous avons exposée au commencement de cette introduction, nous permet de concilier ces deux opinions en apparence contradictoires, et nous admettons sans peine les arguments des organiciens, comme ceux des psychologues. Nous croyons que tout moyen dit moral agit en même temps sur le physique, et que tout moyen dit physique, agissant sur le système nerveux, réagit en même temps sur le moral, ou sur les facultés intellectuelles et affectives. Nous croyons donc, en principe, à la valeur des deux ordres de moyens, physiques et moraux, tout eh accordant, selon les circonstances, la prééminence aux uns ou aux autres. Cette opinion mixte nous conduit à ne repousser aucun moyen thérapeutique, dont l’efficacité a été démontrée par l’expérience. Mais la théorie particulière que nous avons développée précédemment, relativement à la réaction de l’esprit sur lui-même, pour la production des idées raisonnables à l’état normal, et pour la génération des délires à l’état maladif, nous fournit un élément de plus, et un élément capital, pour comprendre le mode d’action du traitement moral chez les aliénés. Elle nous permet d’étendre la sphère de ce traitement au delà de la limite habituelle à laquelle s’arrêtent les médecins de l’école organicienne. C’est comme un monde nouveau, ouvert à l’influence de l’idée sur l’idée, et du sentiment sur le sentiment, partant, à l’action du délire sur le délire, pour la production et l’aggravation des maladies mentales, de même qu’à la réaction de la partie de l’intelligence restée saine sur la partie maladive pour la guérison ou l’amélioration de la folie. Sans cette théorie, nous aurions peine à concevoir l’efficacité possible du traitement moral sur une affection dont la condition organique première réside dans une lésion du cerveau ou des antres parties de l’organisme. Mais, comme nous l’avons déjà dit, cette lésion initiale, inconnue dans son essence, est susceptible d’être modifiée elle-même par l’exercice des facultés intellectuelles et affectives. Déplus, cette modification organique, véritable cause première de la maladie mentale, rie produit, selon nous, que l 'aptitude à délirer. C’est le travail de l’esprit sur lui-même, mis en mouve- Falret. e
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ment par cette altération organique primitive, qui donne lieu ultérieurement à la production du délire qui engendre le délire. Or, de môme que certaines séries d’idées fausses ou de sentiments pervertis, cultivées ou favorisées dans leur développement par le travail intérieur de la pensée, peuvent aggraver successivement le délire, et partant la modification organique correspondante; de même, certaines tendances de l’esprit ou du cœur, favorisées et entretenues dans le for intérieur parle malade lui-même, ou avec l’aide des conseils du médecin, peuvent lutter avec avantage contre la persistance des dispositions morbides, et modifier parallèlement la Condition organique, liée intimement à ces séries d’idées maladives. Dans cette réaction continuelle des éléments psychiques restés sains sur les éléments morbides, dans ce combat, en un mot, du malade contre lui-même, et de la santé contre la maladie, réside en réalité tout le traitement moral, dont l’aliéné lui-même est l’agent le plus actif. Le médecin ne peut intervenir qu’en l’aidant de ses- conseils ou de son appui, ou bien en développant à son insu, par le placement dans un nouveau milieu, des dispositions de l’esprit et du cœur, destinées à contre-balance? les impulsions maladives qui, sans ce contre-poids, tendraient à dominer son être tout entier. Telle est la manière dont pous comprenons la théorie du traitement moral chez les aliénés. C’est assez dire que nous croyons peu à l’efficacité des émotions fortes, instantanées et peu durables, ou bien à l’influence du raisonnement et de l’intimidation pour guérir la folie. L’action de ces moyens est trop temporaire, trop éphémère, pour pouvoir lutter avec avantage contre l’intensité et la ténacité des impulsions maladives. Nous avons, il est vrai, dans le cours de notre longue pratique, constaté quelquefois, dans des cas exceptionnels, l’efficacité des émotions vives, du raisonnement ou de l’intimidation, pour guérir la folie : nous nous rappelons surtout deux circonstances mémorables, qui sont restées profondément gravées dans notre souvenir, dans lesquelles, en employant envers des aliénés les moyens violents qui nous répugnent habituellement au plus haut degré, nous avons vu survenir, en quelque sorte sous nos yeux, une modification radicale de leur état mental, qui est devenue depuis le point de départ de leur guérison. Mais, contrairement à
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