‹ Des maladies mentales et des asiles d'aliénés. Leçons cliniques et considérations généralesChapitre 41 sur 45 · PRONONCÉ SUR LA TOMBE D’ESQÜIROL · texte numérisé non relu

PRONONCÉ SUR LA TOMBE D’ESQÜIROL

LE 14 DÉCEMBRE 1840 (l';.

Le nom d’Esquirol réveille de suite dans tous les esprits la pensée des maladies mentales. Gette association d’idées que fait irrésistiblement la conscience publique et qui témoigne de la grandeur du bienfait et de l’étendue de la reconnaissance, est la plus haute récompense que puissent espérer les hommes qui se dévouent au service de la science et de l’humanité. Mais cette noble espérance n’est permise qu’à la con-

(1) La publication de ce discours que nous avons prononcé sur la tombe d'Esquirol, notre maître vénéré, est pour nous l’accomplissement d’un devoir. En mêlant ainsi notre voix au concert d’éloges auquel nous avons assisté le 22 novembre dernier, lors de l’inaHguration de la statue d’Esquirol à la maison impériale de Chaienton, nous n’avons certainement pas la prétention de rien ajouter aux discours si remarquables prononcés en cette circonstance par nos honorables Confrères MM. Parchappe, Calmeil, Baillarger et Delasiauve. Mais nous sommes heureux de saisir cette occasion „ pour joindre notre tribut de reconnaissance envers notre illustre maître, à celui de ses élèves réunis à Charenton dans cette touchante solennité! Qu’il nous soit permis aussi, pour compléter cet hommage rendu à la mémoire de nos maîires, de profiter de cette circonstance pour exprimer ici le voeu, déjà émi s par plusieurs de nos confrères et en particulier par le docteur Delasiauve, de voir bientôt s’élever, en l’honneur de l’illustre Pinel, lin monument analogue à celui que l’on vient d’inaugurer en faveur d’Esquirol, son élève le plus éminent!

DISCOURS PRONONCÉ SUR LA TOMBE d’eSQUJROL. 775 dition de diriger vers un but déterminé toute l’activité de notre nature intellectuelle- Parcourez, en effet, la vie des hommes illustres, voyez quels sont ceux qui ont concouru le plus efficacement à l’agrandissement des sciences, des savants qui en ont mené de front toutes les parties, ou de ceux qui ont circonscrit l’objet de leurs investigations; à un très-petit nombre d’exceptions près, vous trouverez que les forces des esprits même puissants ont été dissipées sans résultat important, lorsqu’elles ont été appliquées à des sujets trop variés, et que la découverte des plus grandes vérités a été le fruit de méditations prolongées sur un objet spécial. Combien d’ailleurs est vaste et ardue la spécialité que M. Esquirol a si heureusement cultivée! Sans parler des études anatomiques et physiologiques du système nerveux, sans parler de ses affections si complexes et des difficultés multipliées qu’elles présentent, en nous restreignant même aux maladies mentales , que d’obstacles à surmonter , que de connaissances à posséder pour remplir dignement la tâche que cette spécialité impose ! Le médecin qui s’y livre ne doit-il pas avoir médité les ouvrages des psychologues et des physiologistes qui s’attachent à faire connaître le nombre, l’origine de nos facultés intellectuelles, morales, et les lois de leur manifestation régulière? peut 41 rester étranger à l’étude des passions qui sont la cause la plus fréquente de l’aliénation mentale, à l’appréciation de l’influence des croyances religieuses, des institutions politiques, des habitudes sôciales, auxquelles le délire emprunte si souvent ses formes variées ?

Elle résiste d’ailleurs énergiquement à l’observation, cette infirmité lamentable qui n’offre tantôt que

DISCOURS

désordre, confusion, tantôt que persistance, fixité désespérante des mêmes phénomènes. Comment démêler les causes, les principes • des troubles intellectuels et; affectifs chez des malades qui emploient tout ce qui leur reste d’intelligence pour déjouer les plans d’étude et d’investigation les mieux combinés, qui joignent à une mobilité insaisissable, à une loquacité exubérante, les gestes les plus insolites, les travestissements les plus bizarres?

Esquirpl a vivement senti toutes ces difficultés et en a heureusement triomphé ; il a embrassé toute la spécialité des maladies mentales, et les questions les plus importantes ont été par lui éclairées dans une série de monographies insérées dans le dictionnaire des Sciences médicales, ou dans d’autres collections; monographies qui, dès leur apparition, ont été traduites en allemand, en russe et en italien. Dans ces derniers temps, Esquirol a réuni ses principaux travaux en deux volumes qui sont entre les mains de tous les médecins désireux d’acquérir, en ce genre, une instruction approfondie.

Tous les mémoires d’Esquirol ont été rédigés d’après un plan à peu près uniforme; ils contiennent un grand nombre de faits particuliers sur les diverses parties de l’histoire des maladies mentales, qui servent de base à leur classification et conduisent à des vues pratiques de l’ordre le plus élevé. Esquirol a mieux analysé qu’on ne l’avait fait avant lui, les phénomènes du délire; il a mieux signalé, mieux précisé plusieurs symptômes ; il a mieux fait connaître les passions des aliénés, qui tantôt subjuguent l’intelligence de ces malades, tantôt sont dominées par le désordre des, facultés intellectuelles. Ses devanciers avaient prescrit

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