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SECTION DE MÉDECINE MENTALE

Lu à la séance de la Société M édico- Psychologique du 27 octobre 1879.

Ayant eu l'honneur de représenter la Société médico-psychologique au congrès médical d'Amsterdam, je considère comme un devoir de rendre compte à cette Société des travaux de la section de psychiatrie à ce congrès, ainsi que de la part que j'y ai prise.

Je ferai, si elle veut bien me le permettre, suivre ce compte rendu de la relation de ma visite à plusieurs établissements d'aliénés de la Hollande.

L'ouverture du congrès a eu lieu au jour et à l'heure indiqués sur le programme, sous la présidence provisoire, d'abord, et, confirmée ensuite par les acclamations de l'assemblée, de M. le professeur Donders, d'Utrecht

Après avoir entendu : 1° un remarquable rapport de M. le docteur Guye, d'Amsterdam, secrétaire général du comité d'organisation du congrès ; 2° un magistral discours du président qu'elle venait d'élire, l'assemblée a constitué son bureau définitif.

Après avoir maintenu le docteur Guye dans ses fonctions de secrétaire général, elle nomma par acclamation des présidents d'honneur pour les diverses nations qui étaient représentées au congrès. Je n'ai pas à me préoccuper ici de ces nominations ; je tiens seulement à relever l'hommage rendu par le congrès à notre illustre confrère, M. le professeur Bouillaud. Après lui avoir conféré par acclamation le titre de président honoraire, il fut décidé qu'un télégramme lui serait immédiatement adressé pour lui faire connaître ce haut témoignage des respectueuses sympathies du congrès.

Le lendemain, à 9 heures du matin, les dix sections dans lesquelles était divisé le congrès se sont réunies dans leurs locaux respectifs. La sixième section, celle de psychiatrie, la seule dont les travaux doivent spécialement nous intéresser, a tenu cette réunion comme les suivantes dans une des salles de l'hospice des aliénés israélites.

Je dois dire ici en passant qu'à Amsterdam, les aliénés israélites sont reçus et traités, à l'exclusion de tout aliéné appartenant à une autre religion, dans un établissement spécial.

J'ai eu l'occasion de visiter cet établissement en me rendant aux séances de la section de psychiatrie, et si je m'abstiens d'en faire la critique, c'est que je sais ses administrateurs et son médecin non moins péné-

très que moi de ses vices et de ses insuffisances.

J'ai appris de plus qu'on avait décidé la mise à l'étude d'un projet de construction d'un nouvel asile, non plus à Amsterdam, mais dans son voisinage.

Les procès-verbaux complets des séances de toutes les sections se trouvant entre les mains du secrétaire général du congrès, je n'ai à ma disposition que les extraits qui ont été publiés au fur et à mesure des séances et qui ne contiennent que la mention pure et simple des questions traitées, ainsi que de la discussion qu'elles ont soulevée, sans analyse ou résumé d'aucune sorte.

Aussi, pour vous mettre à même de juger de l'importance des travaux de la section de médecine mentale au congrès médical d'Amsterdam, me proposé-je de faire suivre les extraits dont il s'agit d'un compte rendu analytique rédigé par moi de toutes les séances tenues par cette section.

VIe SECTION. — Psychiatrie Séance du 8 septembre 1879.

« M. le docteur Ramaër ouvre la séance et propose de nommer le bureau définitif. Le docteur Billod propose de continuer M. Ramaër comme président ; acclamations.

« Sont nommés présidents d'honneur : MM. Billod, Séguin, Rist, Émilio Goni et Van der Lith ; secrétaires, MM. V. Andel et de Jong.

« M. Van Andel communique une lettre de M. Niesse d'Andernacb.

ce M. Van Andel fait un discours sur l'usage des moyens coercitifs dans le traitement des maladies mentales, suivi d'une discussion à laquelle prennent part tous les membres présents.

« Discours de M. Van Der Swalme.

« La séance est levée.

« Signé : A. de Jong, Secrétaire. »

M. le docteur Ramaër, membre du comité d'organisation du congrès et président provisoire de la section de psychiatrie, prononce, en ouvrant la séance, un discours qui provoque les applaudissements de l'assemblée. Un passage de ce discours a été souligné, c'est celui dans lequel l'auteur constate que la section de psychiatrie, après avoir pris rang parmi les sections du congrès périodique international des sciences médicales dans la dernière réunion qu'il a tenue, il y a deux ans, à Genève, y figure, par conséquent, dans la session actuelle pour la deuxième fois.

Il exprime le vœu qu'elle y soit maintenue à titre définitif pour toutes les réunions ultérieures, et il fonde cette manière de voir sur les progrès réalisés par la médecine mentale, ainsi que sur l'importance des questions qui s'y rattachent et qui lui assignent un rang élevé parmi les diverses branches de la médecine.

Il émet à cette occasion une idée qui a séduit toute l'assemblée, c'est celle d'un lien en quelque sorte fédératif qui, s'établissant entre les sociétés psychiatriques de tous les pays, favoriserait par des échanges

périodiques d'idées, les progrès et la diffusion de leur science commune. Partant de cette idée, le docteur Ramaër pense que les réunions du congrès périodique international des sciences médicales devraient être pour ces sociétés l'occasion choisie de se réunir et que la section de psychiatrie de ce congrès deviendrait ainsi pour elle le plus naturel des traits d'union.

Sous l'impression causée par ce discours, j'ai proposé de nommer l'auteur président de la section, et cette motion a été adoptée par acclamations.

Après ce vote, M. Ramaër cède le fauteuil à M. Billod, un des présidents d'honneur de la section. Mais celui-ci, après l'avoir occupé un instant, demande à y être remplacé par M. le Dr Rist que sa connaissance de la langue allemande rendait plus apte à présider les séances dans lesquelles les communications doivent se faire dans cette langue. J'avais un autre motif pour décliner l'honneur qui m'était fait, c'était le désir de discuter les conclusions du discours qu'on allait entendre sur l'usage des moyens coercitifs dans le traitement des maladies mentales. Ces conclusions dont la traduction française était sous mes yeux, étaient les suivantes :

« L'application rationnelle des principes du no-restraint doit être adoptée comme règle générale dans le traitement des maladies mentales.

« 2. Les asiles d'aliénés doivent être construits en vue de ces principes et leur service médical et administratif organisé sur les mêmes bases.

« 3. Conditions principales :

(( Situation convenable de l'asile, extension, sections et divisions des quartiers appropriés au système du

?io -restraint. Le médecin doit être le directeur en chef du service intérieur. Nombre suffisant d'infirmiers et d'infirmières intelligents. Défense sévère d'encombrement des asiles d'aliénés. »

La discussion de ces conclusions n'impliquant pas l'adoption absolue du système, j'ai cru pouvoir les voter. Il m'a semblé, en effet, que, du moment où l'application du no-restraint se présentait avec la qualification de rationnelle, et alors surtout qu'elle était proposée comme règle générale et non comme règle absolue, elle pouvait être adoptée.

Mais avant le vote, j'ai tenu à poser mes réserves et à les justifier.

Voici en substance, quelle a été mon argumentation.

« A coup sûr, ai-je dit, rien n'est meilleur en principe que le système dit : du no-restraint, et rien ne me semble plus louable que les efforts tentés partout pour l'appliquer. Mais, je suis de ceux qui pensent que son application comporte quelques exceptions, et si je l'admets, c'est, je le répète, comme règle générale et non absolue.

« Je tiens, d'abord, à dire que, sans vouloir soulever ici une dispute de mots, il faut bien reconnaître que ce que l'on appelle le no-restraint n'est qu'une fiction, que ce système n'implique nullement l'abolition du restraint et qu'il ne tend qu'à la substitution d'un mode de restraint à un autre, c'est-à-dire au remplacement de la contention par la force musculaire ou par la séclusion en cellule (solitary confinement des Anglais), à la contention par la camisole. Gela étant, toute la question se réduit à savoir quel est celui des

deux modes de coercition, en d'autres termes quel est celui des deux restraint qui est préférable à l'autre. Sur ce point je crois pouvoir dire que les esprits sont partagés. Les uns, en effet, tout en admettant que, dans le plus grand nombre des cas, il importe de restreindre l'usage de la camisole, pensent qu'il est des cas dans lesquels on ne saurait se dispenser d'y recourir, sans un danger flagrant pour la sûreté des personnes, y compris celle de l'aliéné lui-même. Quelques-uns vont même jusqu'à prétendre que les services dans lesquels les aliénés sont le plus souvent l'objet de mauvais traitements de la part des infirmiers sont précisément ceux dans lesquels on y a le moins recours. »

Qu'il me soit permis à ce propos de citer le passage suivant du rapport de MM. les inspecteurs généraux du service des aliénés de la Hollande au Ministère de l'intérieur. « Ce qu'il y a de plus déplorable encore, » disent ces hauts fonctionnaires, après avoir fait ressortir dans un tableau spécial le nombre considérable de mutations du personnel domestique dans les treize établissements d'aliénés du royaume pendant une période de six ans, « c'est qu'il soit arrivé si souvent que le renvoi ait eu lieu pour mauvais traitements infligés aux aliénés. Dans la loi anglaise, de pareilles contraventions sont passibles de pénalités ; chez nous, elles tombent dans le domaine du droit commun dont l'action rencontre dans ces cas des obstacles considérables, probablement à cause de la difficulté de fournir des preuves valables en droit. Il importerait donc de ne pas perdre de vue cette circonstance dans les révisions de notre loi. »

Après avoir constaté, d'après cette citation, que les

infirmiers se rendent souvent coupables, clans les asiles de la Hollande, de mauvais traitements envers les aliénés, je me demande si ce fait ne serait pas la conséquence d'une application trop rigoureuse du no-restraint dans ces établissements.

La force musculaire est, suivant les adversaires du no-restraint dans son application trop absolue, une force dont il n'est pas toujours possible, dans un cas donné, de mesurer l'emploi et c'est toujours, suivant eux, dans les applications qui en sont faites pour contenir les aliénés furieux ou impulsifs, que les infirmiers peuvent être portés à dépasser la limite qui sépare la force de la violence. Ils ajoutent que l'emploi de la camisole qui permet à l'aliéné furieux ou agité de dépenser son agitation en plein air, dans un préau, est plus favorable à son hygiène générale et spéciale que son confinement dans une cellule. Les autres pensent que dans tous les cas il faut proscrire l'usage de la camisole ; ils n'admettent aucune exception, et dans les cas où l'aliéné présente un penchant très prononcé au suicide qui l'induit en un danger permanent pour sa personne, ils n'hésitent pas, pour assurer la surveillance de cet aliéné pendant la nuit, à faire coucher un infirmier, si c'est un homme, une gardienne, si c'est une femme, dans son lit.

J'ai raconté à la section l'histoire d'une malade appartenant à une classe élevée de la société française que j'avais fait admettre dans une maison anglaise où Je no-restraint était appliqué dans toute sa rigueur et où, pour la protéger contre une tendance très marquée au suicide, on faisait coucher une femme de chambre dans son lit.

Telle fut l'horreur que lui inspira cette mesure que, faisant trêve à son délire, la malade déclara à son père, dans sa plus prochaine visite, que, s'il ne la retirait pas d'une maison où on commettait un pareil oubli des plus simples convenances, elle trouverait certainement, quoi qu'on fît, le moyen de se tuer.

Le père, tenant compte de l'avertissement, la retira de cette maison pour la faire entrer dans la maison de santé de notre collègue Jules Falret, d'où elle sortit parfaitement guérie, trois mois après.

Entre les deux opinions que je viens d'exposer, je n'hésite pas à déclarer que je penche pour la première et que mon sentiment à l'égard du no-restraint est encore celui que j'ai exprimé en 1861, au retour d'un voyage en Angleterre.

Le temps ne m' ayant pas permis de donner à cette partie de mon argumentation les développements qu'elle eût comportés, je vous demande la permission de la compléter en dehors du compte rendu et d'ouvrir à cet effet une longue parenthèse. Aussi bien, la question présente un véritable intérêt, et cet intérêt est tel même que je voudrais la voir mettre à l'ordre du jour d'une des plus prochaines séances de la Société l.

« De l'exposé des opinions émises par les médecins anglais et français relativement au no-restraint, il me semble », dis-je alors, « résulter évidemment, que l'accord entre la France et l'Angleterre, sous ce

1 La Société donnaDt suite à ce vœu, la question du no-restraint a été l'objet d'une discussion très approfondie, dans laquelle les docteur? Magnan et Bouchereau se sont montrés seuls partisans du no-restraint dans son application absolue.

rapport, est beaucoup plus grand que l'on ne le croit iiénéralement.

« Il est évident, en effet, que non moins que leurs confrères d'Outre-Manche, les aliénistes français sont partisans du no-restraint ; que tous adhèrent au principe, s'efforcent de l'appliquer dans la mesure de leurs moyens et dans la limite du possible, et que c'est cette limite seule qui est différente en France et en Angleterre.

« Le no-restraint consiste beaucoup moins, nous l'avons dit, dans l'abolition des moyens coercitifs que dans une organisation des asiles telle que leur emploi devienne inutile, la principale raison des différences qui existent sous ce rapport entre les asiles des deux pays doit résulter de la différence de leur organisation.

« Nous ne voulons pas induire de là que l'organisation des asiles anglais soit supérieure à celle des bons asiles français; nous disons seulement qu'elle est différente.

« La principale différence porte sur le fait de la prédominance relative de la cellule sur le dortoir commun, prédominance qui est telle en Angleterre que, dans certains établissements présentés comme le nec plus ultra de l'organisation spéciale et comme le modèle du genre, il n'y a pas de dortoir et que chaque aliéné a sa cellule ou sa chambre d'isolement.

« Or, la substitution de la cellule au dortoir commun a pour résultat de supprimer pour la nuit la plus grande partie des dangers attachés aux manifestations du délire, et, pour le jour, permet de suppléer par une séclusion facile à l'emploi de la camisole. Chaque

aliéné ayant sa cellule, rien n'est plus simple, en effet, que de l'y taire entrer aussitôt que les manifestations de son délire revêtent un caractère dangereux.

« Une autre différence porte sur la composition du personnel de surveillance qui me paraît, de même qu'à M. Morel, supérieur comme niveau intellectuel et moral à celui des établissements français. Il résulte de cette différence que les fonctions ont plus de prestige et que les agents qui les exercent doivent inspirer aux aliénés plus de crainte et de respect que nos infirmiers français. Les médecins anglais comprennent si bien l'influence de ce prestige attaché à l'emploi de gardien, au point de vue de l'application du système du no-restraint, qu'ils s'efforcent de le relever aux yeux mêmes des aliénés, non seulement par le choix de ces employés subalternes, mais encore par la considération avec laquelle ils affectent de les traiter, et le nom même d'intendant qui leur est donné me paraît être une des meilleures preuves de cette préoccupation. Du reste, il est un trait du caractère anglais qui, se reflétant jusque chez l'aliéné, le dispose mieux que l'aliéné français à subir l'ascendant de l'infirmier.

« On sait, en effet, que tel est le respect de l'Anglais pour la loi et pour le principe de l'autorité, que leurs plus humbles représentants, tels que les policemen, par exemple, sont revêtus à ses yeux d'un caractère sacré, en quelque sorte, qui impose à tous le respect et la soumission.

« Or, il en est de l'infirmier ou intendant dans les asiles d'aliénés comme du policeman dans l'exercice

de ses fonctions. Il y représente le principe de l'autorité dont le respect est tellement entré dans les mœurs anglaises qu'il doit se retrouver plus ou moins jusque chez les aliénés, et l'on comprend dès lors qu'il prenne sur ces derniers un ascendant dont l'effet ne puisse que tourner au profit du système.

« Il importe, enfin, de ne pas oublier, dans l'appréciation des différences qui existent entre la France et l'Angleterre sous le rapport du no-restraint, que ce système n'est, à proprement parler, qu'une extension aux asiles d'aliénés du régime de liberté qui régit l'Angleterre tout entière,, en qu'en abolissant l'emploi de la contrainte dans leurs établissements, les Anglais n'ont été que conséquents avec eux-mêmes. Il est évident, en effet, que le no-restraint est partout en Angleterre, dans les lois, dans le parlement, dans la presse, dans les comices électoraux, dans les meetings, dans toutes les institutions enfin et dans l'organisation entière de la société, et qu'on ne pouvait plus longtemps l'exclure du régime des aliénés sans mentir en quelque sorte au génie de la nation et à ce caractère anglais ennemi de toute entrave et de toute restriction à la liberté. »

Ayant eu occasion de visiter en Hollande cinq établissements, je déclare n'y avoir pas vu un seul malade camisole. Il y a plus : à l'asile de Meerenberg, l'honorable directeur, M. le docteur Van Persijn m'a dit que si, par impossible, il avait besoin de recourir à la camisole, il se trouverait fort embarrassé, car il n'y en avait pas une seule dans son établissement. Il y a donc un fait que l'on ne saurait nier, c'est que dans tous les établissements de l'Angleterre, et je puis

ajouter dans la plupart de ceux de la Hollande, la suppression de la camisole comme moyen de contrainte est devenue possible, tandis que dans la plupart des établissements français, tout ce qu'il a été possible de faire, même dans les asiles de la Seine dont on ne peut cependant pas accuser la défectueuse organisation, c'a été d'en restreindre l'usage, sans arriver à le supprimer.

Je crois avoir, dans les passages qui précèdent, présenté les raisons de la différence qui, sous ce rapport, existent entre la France et l'Angleterre ; il me reste à dire un mot des causes que j'ai cru pouvoir assigner à la même différence entre notre pays et la Hollande.

Une de ces causes me paraît résider pour une part, faible sans doute, mais appréciable, suivant moi, dans le régime alimentaire. L'opinion que j'émets ici est assez originale et assez inattendue pour que je croie devoir la développer quelque peu.

Elle est née dans mon esprit pendant une visite que j'ai faite, en traversant la Suisse pour me rendre en Hollande, du petit asile d'aliénés du canton de Thurgovie, l'asile de Munsterlingen.

J'ai trouvé dans cet établissement un directeur, l'honorable docteur Waller, qui m'a semblé dominé par la préoccupation de n'avoir jamais dans son établissement un seul malade en camisole. Et de fait, il n'y en avait pas un seul au moment de ma visite. Il est vrai aussi que je n'y ai pas trouvé un seul aliéné agité.

C'est alors- que, recherchant la cause de cette absence d'agitation chez les malades de cet établis-

sèment, je me suis demandé si, pour l'expliquer, il ne convenait pas de faire intervenir pour une part l'influence d'un régime alimentaire très abondant.

J'ai appris, en effet, que les malades y faisaient par jour cinq repas dont deux principaux : à midi et à 7 heures du soir. Il m'a semblé devoir résulter de cette condition du régime que les aliénés étaient dans un état de digestion permanente peu favorable au développement de l'agitation. Ils venaient, lorsque je les ai visités, d'achever leur principal repas, et ils m'ont paru tellement alourdis, si l'on peut ainsi dire, par le travail d'une digestion commençante, qu'aucun n'avait encore songé à quitter la salle de réunion pour se promener dans le jardin qui est à leur disposition, bien que la beauté du temps dût les attirer au dehors.

Cette influence de l'alimentation sur le cerveau des aliénés n'est pas fictive, elle ressort d'un fait que je constate depuis bien des années, c'est que les repas calment et suspendent même souvent l'agitation dans nos services.

Il suffit de parcourir ces derniers pendant un repas et dans l'intervalle qui suit pour se convaincre de la réalité du fait que je relate.

Or, la situation que nous venons d'indiquer pour l'asile de Munsterlingen est à peu près celle des asiles de la Hollande, ainsi que j'en ai pu juger par les indications que contient à l'égard du régime alimentaire dans les établissements néerlandais le rapport adressé au Ministère de l'intérieur sur la situation de ces établissements pendant les années 1869, 1870, 1871, 1872, 1873 et 1874, par les inspecteurs généraux du service des aliénés de la Hollande.

Je ne prétends pas que le régime dont ce document présente le tableau soit excessif, et il n'entre nullement dans ma pensée d'en faire la critique. Outre qu'il est, sans doute, commandé par les exigences du climat humide de la Hollande, je sais qu'il est en rapport avec les usages du pays. Les Hollandais, en effet, mangent beaucoup et surtout souvent ; ils mangent, en général, cinq fois par jour.

Je tiens seulement à constater que le nombre des repas est tel que les malades y sont en état de digestion, pour ainsi dire, continue, et que les viandes noires sont les seules qui entrent dans leur composition.

Les réflexions qui précèdent s'appliquent également à l'Angleterre, où, sous les espèces bien connues de roast-beef, de beefsteack, etc., la viande de bœuf constitue l'aliment principal, et où elle se combine avec l'usage de boissons qui, telles que l'aie, le porter, produisent plutôt de la torpeur que de l'excitation.

De même que ce régime, commandé par les brumes de l'Angleterre, entre peut-être pour quelque chose dans le développement de ce que l'on est convenu d'appeler le phlegme britannique et qui n'est, à proprement parler, qu'une dépression, de même estil permis de croire que l'influence de ce régime s'exerce sur les aliénés d'Angleterre, de manière à imprimer à leur état mental des caractères exclusifs de toute disposition propre à rendre à leur égard l'emploi de la contrainte absolument nécessaire.

Après avoir fait la part des conditions du régime alimentaire dans l'annihilation des causes d'agitation

chez les aliénés néerlandais, part très restreinte, je le répète, je crois pouvoir me demander si l'usage qui se fait du tabac en Hollande ne contribue pas aussi quelque peu à cette annihilation.

Je ne connais pas, en effet, de pays où l'on fume plus et où, partant, l'influence du tabac doive plus s'exercer. Or, cette influence est, comme l'on sait, un peu stupéfiante, c'est-à-dire déprimante.

Mais, la principale raison de la différence qui peut exister entre la France et la Hollande, sous le rapport des applications à faire à leurs aliénés du système du no-restraint, est tirée du caractère respectif des deux nations, étant donné que le caractère d'un peuple se reflète jusque dans les formes de vésanies qui lui sont propres.

Or, rien n'est plus dissemblable, on en conviendra, que le caractère des deux peuples. Tandis, en effet, que le propre de l'un est l'excitation et, par suite l'excitabilité, le propre de l'autre, est la dépressivité ; tandis encore que l'imagination est la faculté dominante de l'un, la volonté est celle de l'autre.

Il résulte de la première de ces deux différences que la folie avec excitation doit être plus fréquente chez les Français et surtout chez les Parisiens, et que la folie avec dépression doit être, au contraire, la forme prédominante chez les Hollandais.

L'ignorance où je suis de. la langue hollandaise ne m'a pas permis, dans la visite que j'ai faite de plusieurs asiles néerlandais, d'étudier les caractères de la folie des aliénés dont ces établissements se recrutent. Mais, pour m'en tenir au seul caractère dont je pouvais juger sans avoir besoin de connaître la n. 8

langue, je veux dire de l'agitation, j'ai pu constater qu'elle était très rare, et que, quand elle existait, elle était loin d'avoir l'intensité de celle que présentent la plupart de nos agités dans les asiles de la Seine. C'est ainsi qu'en visitant, le 10 septembre dernier, avec les membres de la section de psychiatrie, l'asile de Meerenberg, je demandais continuellement à son honorable directeur, le docteur Van Persijn, ainsi qu'à l'éminent inspecteur général M. Ramaër où étaient les agités. « L'impression reçue par moi, » leur ai-je dit, « de ma visite à ce point de vue est que, dans le quartier dit : des agités de cet asile, j'ai trouvé moins d'agitation que dans notre quartier de malades tranquilles à l'asile de Vaucluse. »

J'avais fait la même remarque à l'asile d'Utrecht et il en a été ainsi de l'asile de Rosmalen que j'ai visité depuis.

Les asiles de la Hollande, en un mot, m'ont paru présenter avec les asiles de la Seine, sous le rapport de la proportion des folies excitées et des folies dépressives, la môme différence que celle qui existe en France entre ces mêmes asiles de la Seine où l'excitation est la règle, et ceux de l'ouest de la France, par exemple, où elle est Y exception.

Pour compléter la démonstration du. point de science qui m'occcupe, qu'il me soit permis de faire ressortir en peu de mots, les principaux traits du caractère hollandais.

Parmi les diverses opinions émises sur la Hollande, il en est une sur laquelle tout le monde est d'accord, c'est que la Hollande est une conquête de l'homme sur la mer : que, comme on Fa dit, c'est un pays

artificiel; que les Hollandais^ Font créé ; que, s'il continue d'exister, c'est parce que les Hollandais le conservent ; qu'il disparaîtrait si les Hollandais l'abandonnaient.

Il suffit pour se convaincre de cette vérité, de considérer que la Hollande est une plaine, sans forêts, sans pierres et sans sources d'eau vive , qui dut être primitivement couverte de sable, de marais et de tourbières et qui était continuellement submergée ou incessamment exposée à l'être, et que, pour créer leur pays et en faire ce qu'il est aujourd'hui, un des pays les plus riches et les plus florissants du monde, les Hollandais ont dû, en effet, le conquérir sur la mer et que, pour le conserver, ils sont obligés de soutenir une lutte de chaque jour contre cette dernière.

On sait que c'est par la construction de digues artificielles qu'ils ont engagé et qu'ils soutiennent cette lutte. Or, il s'agit là d'un travail que l'on peut qualifier de surhumain et qui -nécessite pour son entretien une continuité non interrompue d'efforts, car ceux de la mer pour ressaisir sa proie ne sont pas moins incessants. Il arrive même quelquefois qu'elle réussisse à rompre ses digues, ce qui nécessite un nouveau travail pour les rétablir.

On sait aussi que la mer n'est pas le seul ennemi que la Hollande ait eu à combattre et qu'elle a eu aussi à lutter contre les fleuves et les lacs. Pour ce qui est des fleuves, il suffit de rappeler ce qu'elle a fait pour le Rhin et pour la Meuse qu'elle a littéralement emprisonnés pour les empêcher de s'aller perdre dans les sables. Quant aux lacs, ils ont donné lieu à des opérations non moins prodigieuses en vue

de leur dessèchement et, par suite, de l'accroissement du territoire.

C'est ainsi qu'au xvne siècle vingt-six lacs furent desséchés en moins de quarante ans ; que, vers le commencement de ce siècle, dans la Nord-Hollande, plus de 6,000 hectares furent conquis sur l'eau ; que dans la Hollande méridionale , 29,000 le furent avant 1844, et qu'enfin, de 1500 à 1858 pour toute la Hollande, on en a conquis 355,000. La dernière opération de ce genre a été le dessèchement du lac de Harlem dont il me reste à dire quelques mots, en les empruntant à un très intéressant article publié dans les Annales des ponts et chaussées, tome V, 1863, par M. l'Ingénieur René Deloche :

« Malgré les gigantesques entreprises auxquelles nous a habitués l'industrie moderne, on ne comprenait pas, » dit M. Deloche, « qu'on pût concevoir et surtout exécuter un projet si grandiose. Dessécher une mer de 18,000 hectares de superficie, et de 4 mètres de profondeur moyenne ; mettre Amsterdam, Harlem et d'autres villes à l'abri de ces vagues qui, soulevées par le vent, menaçaient chaque année de les engloutir ; rendre à la culture des terrains immenses qui restaient forcément improductifs ; placer des fermes, des habitants, des troupeaux là où des flottes avaient manœuvré 1 : tel était, en effet, le programme qu'il s'agissait de réaliser.

« Un pareil programme soulevait des questions importantes, qu'il fallait résoudre préalablement à toute

1 En 1573, les flottes néerlandaise et espagnole se livrèrent un combat naval dans les eaux du lac de Harlem.

COiNGRÈS MEDICAL D'AMSTERDAM. 117

opération. Ne fallait-il pas songer à mettre le lac de Harlem à l'abri des inondations d'une mer dont le niveau est constamment plus élevé que celui des terres qu'elle baigne ? Ne fallait-il pas imaginer un système de pompes assez puissant pour élever toutes les eaux accumulées dans ce grand bassin et celles que les pluies y déposent annuellement? Ne fallait-il pas, enfin, chercher une machine motrice plus forte et plus régulière que les moulins à vent si généralement employés en Hollande, plus économique et plus simple que les anciennes machines à vapeur ?

« Toutes ces questions, à la solution desquelles il était difficile de croire, ont été abordées et résolues avec succès. Il n'entre point dans notre sujet de faire connaître l'ensemble des dispositions ingénieuses qui ont amené, en douze ans, le complet dessèchement du lac. Qu'il nous suffise de dire qu'en 1840 le lac de Harlem menaçait d'engloutir la Hollande, et qu'en 1852, il était complètement à sec ; qu'en 1856, toutes les terres conquises étaient vendues, et qu'en 1861, on y voyait des exploitations agricoles du plus grand intérêt, telles que Badhoëve, propriété de M. Amersfoort. »

J'ai visité cette dernière exploitation, en compagnie de M. Amersfoort lui-même qui m'en faisait les honneurs avec une courtoisie et une complaisance dont j'aime à le remercier ici, et je ne puis assez dire l'intérêt que j'ai pris à cette visite. Mais, comme la relation s'en écarte de mon sujet, je me borne à la mentionner en relevant ce détail qu'au milieu des explications qu'il me fournissait sur l'origine de son exploitation, M. Amersfoort s'interrompit pour me dire : « Là où nous sommes il y avait cinq mètres d'eau »,

et il ajouta en souriant : « En ce moment vous êtes poisson. »

Si l'on considère, enfin, que le dessèchement du lac de Harlem n'est pas le dernier mot de cette série d'opérations et que la Hollande médite aujourd'hui le dessèchement du golfe de Zuyderzée, on reste confondu d'étonnement et d'admiration.

Or, s'il est vrai qu'on puisse souvent déduire le génie d'un peuple de la constitution physique de son sol, on peut inférer avec certitude des détails dans lesquels nous venons d'entrer, que le fond du caractère des Hollandais doit être la ténacité et la patience et que leur faculté dominante est, à coup sûr, la volonté.

On conçoit, enfin, que, de l'application continue de cette faculté, tant à la préservation du territoire contre les envahissements de la mer qu'à son accroissement par la prodigieuse entreprise du dessèchement des lacs, ait dû résulter une habitude de concentration des forces morales et intellectuelles et, comme effet de cette concentration, une disposition au calme qui me semble devoir se refléter jusque dans la caractéristique de l'état mental des aliénés en Hollande. Il se peut aussi qu'en s'appliquant au norestraint, la ténacité de résolution et l'énergie de volonté qui distinguent les Hollandais rendent possible pour eux ce qui est impossible pour d'autres.

Sous les réserves que je viens de développer, j'ai cru pouvoir, je le répète, voter les conclusions du rapport de M. Van Andel.

J'ajoute que c'est dans le même esprit qu'elles l'ont été par la majorité de l'assemblée.

On a ajouté sur ma demande aux conditions principales énoncées dans le troisième paragraphe : ce un nombre suffisant de chambres d'isolement. »

Séance du 9 septembre 1879.

Bureau : le docteur Billod, président ; les docteurs Van Andel et de Jong, secrétaires.

M. Van der Swalme fait une communication sur l'aliénation mentale comme motif de divorce.

Discussion : MM. Billod, Ramaër, V. d. Bogaert, V. der Lith, V. Andel et V. d. Swalme.

M. Van der Lith prononce un discours sur la classification des maladies mentales, suivi d'une discussion entre MM. de Jong, Billod, Donkersloot, Ramaër, Rist et V. der Lith.

M. Donkersloot fait un discours sur l'étiologie et le traitement de la catatonie.

Discussion : MM. Billod, de Jong, Ramaër, Van Andel, Van Devonter et Donkersloot.

Sur la proposition de M. Ramaër, la motion suivante est adoptée : La section de psychiatrie désire exprimer sa reconnaissance au comité d'organisation du congrès de l'avoir ajoutée aux autres sections et prie le congrès de vouloir bien décider en séance générale, qu'à l'avenir toute session du congrès aura sa section de psychiatrie.

La séance est levée à midi.

La communication de M. Van der Swalme, de l'asile de Delft, se terminait par les conclusions suivantes :

« 1° Les raisons qui, au point de vue religieux, mora

ou pratique, semblent plaider en faveur de l'aliénation mentale comme motif de divorce, ne sont pas suffisantes;

« 2° Au point de vue médico-légal il faudrait lire, au lieu d'aliénation mentale : aliénation mentale chronique, incurable et avec perte de souvenir;

« 3° Les malades de cette catégorie seront d'autant plus rares que leur affection cause souvent une mort précoce;

« 4° Il paraît dangereux de fixer, pour le petit nombre de survivants, des conditions de divorce qui, quoique soigneusement posées, pourraient aisément aggraver la souflrance d'un plus grand nombre de malheureux ;

« 5° Il résulte de ces faits que l'aliénation mentale ne semble pas constituer un motif de divorce plus valable que plusieurs autres infirmités et maladies qui viennent troubler le bonheur conjugal. »

Avant d'ouvrir la discussion sur le travail de M. Van der Swalme, j'ai cru devoir faire observer, comme président, que, parmi les communications qui se font aux corps savants, les unes, personnelles à l'auteur, pouvaient être discutées, mais n'étaient pas de nature à motiver un vote qui engagerait la responsabilité du corps tout entier; que les autres, telles, par exemple, que des rapports de commission, pouvaient et devaient donner lieu, à une discussion d'abord, à un vote ensuite.

Après avoir établi cette distinction, je demandai auquel de ces deux ordres de communications l'assemblée entendait rattacher celle de M. Van der Swalme.

Après une discussion à laquelle ont pris part MM. Billod, Ramaër, Van der Bogaert, Van der Lith, Van Andel et Van der Swalme, il a été décidé que la communication de ce dernier pourrait être discutée, mais qu'elle ne donnerait lieu à aucun vote.

Personne n'ayant demandé la parole pour la discussion, il a été adressé des remerciements à l'auteur et l'on a passé à l'ordre du jour.

M. Van der Lith communique, ensuite, un travail sur la question suivante :

« Une classification des maladies mentales est-elle nécessaire et sur quelle base doit-elle être établie ? »

Les conclusions de son travail étaient celles-ci :

« 4° Une classification des maladies mentales est nécessaire, tant pour l'enseignement, l'étude et le traitement des aliénés que pour la médecine légale ;

« 2° Les difficultés inhérentes à toute classification de maladies ont pu faire naître quelques doutes à ce sujet, difficultés qui, pour les maladies mentales, deviennent infiniment plus graves par la structure compliquée, peu connue, des organes atteints, par la grande diversité de leurs fonctions importantes qui dominent toute notre existence, par les différences individuelles de disposition et de développement et par le grand nombre et la grande diversité des causes morbifiques ;

« 3° Une bonne classification, surtout simple et claire, doit répondre au but auquel elle est destinée ; pour l'étude et l'enseignement, elle peut être autre que pour le traitement des aliénés ou pour la médecine légale ;

« 4° Cette classification peut avoir le même fond

que celle d'autres maladies ; elle doit avoir pour base, en premier lieu, les troubles fonctionnels (classification symptomatique) ; en second lieu, les causes qui ont troublé ou qui troublent encore les fonctions normales ; enfin les lésions anatomiques dont ces symptômes morbides dépendent;

« 5° Il est utile de diviser les maladies mentales en quelques groupes bien caractérisés, mais il ne faut pas oublier que des transitions et des complications peuvent modifier les symptômes de la maladie. »

Après une discussion à laquelle ont pris part MM. de Jong, Donkersloot, Ramaër, Rist et Van der Lith, il a été adressé des remerciements à l'auteur pour son intéressante communication, sans qu'il ait été voté sur les conclusions.

Ne pouvant, comme président, prendre part à la discussion, je m'étais borné à dire que mon opinion relative à la question soulevée par l'honorable M. Van der Lith se trouvait d'avance formulée dans la communication relative à la question relative aux intervalles lucides que je devais faire dans la séance du 12 septembre et où je l'ai exposée incidemment.

M. Donkersloot fait ensuite une communication dont les conclusions suivent, sur Pédologie et le traitement de ce qu'il appelle la catatonie :

« 1° Il est utile de réunir sous le nom de catatonie un certain nombre de cas qui présentent, comme symptôme principal, une impuissance d'agir qui doit être attribuée à un dérangement dans la partie du cerveau qui préside au mouvement;

« 2° Comme la catatonie accompagne ou complique souvent diverses maladies nerveuses, comme la cata-

lepsie, l'hystérie, l'épilepsie et la mélancolie avec stupeur, il est impossible d'en faire une étiologie spéciale ou d'en indiquer un traitement à part. »

De la discussion à laquelle ont pris part MM. de Jong, Ramaër, Van Andel, Van Deventer, Billod et Donkersloot, il ressort que : ce que Fauteur de la communication appelle catatonie ne doit pas être considéré comme une forme spéciale de vésanie, mais bien comme un symptôme.

Pour ce qui me concerne, j'ai cru devoir rappeler que, dans un mémoire publié en 1847, sur les maladies de la volonté, je suis tombé dans le tort reproché à M. Donkersloot, d'avoir fait des lésions de la volonté une sorte d'entité spéciale, au lieu d'y voir ce qu'il y a réellement, un symptôme de l'entité générale dite : aliénation mentale.

Mais, en restituant à la lésion de la volonté qui est l'objet de la communication de M. Donkersloot, son caractère de symptôme, il est impossible de méconnaître l'importance de ce symptôme et par suite l'intérêt que présente son étude.

J'ai cru pouvoir rappeler que le fait qui a servi de base au mémoire plus haut cité, était précisément un cas dans lequel on observait à un degré extrême cette impuissance d'agir que M. Donkersloot désigne sous le nom de catatonie.

Ce qu'il y avait de particulier dans ce cas, ai-je dit, c'est que cette impuissance d'agir coexistant avec le désir d'agir, désir s' affirmant par le regret de ne le pouvoir, et avec l'absence de toute lésion du mouvement pouvant expliquer cette impossibilité, constituait une sorte de paralysie du vouloir.

J'ajoutai que l'aliénation mentale, dont cette lésion de la volonté était le symptôme, a duré plusieurs années et a été finalement guérie par une cause morale, à savoir : l'impression produite sur le malade par la nouvelle de la révolution de février 1848.

M. Donkersloot a été remercié de son intéressante communication.

Enfin, M. le Dr Ramaër, s'inspirant de l'idée émise par lui dans son discours d'ouverture, propose la motion suivante, qui a été adoptée à l'unanimité :

« La section de psychiatrie désire exprimer sa reconnaissance au comité d'organisation du congrès de l'avoir ajoutée aux autres sections et prie le congrès de vouloir bien décider, en séance générale, qu'à l'avenir toute, session du congrès aura sa section de psychiatrie. »

La séance est levée à midi.

Dans le compte rendu de la séance générale du même jour, on lit ce qui suit :

« Le secrétaire général fait différentes communications ; sur une proposition de la section de psychiatrie, le président demande que la séance générale émette le vœu que les comités des congrès suivants gardent l'institution d'une section de psychiatrie. (Applaudissements.) »

La journée du mercredi 10 ayant été consacrée à une excursion en bateau à vapeur à Ymuiden et à la mer du Nord par le nouveau canal maritime, il n'y a pas eu de séance ce jour-là, ni dans les sections, ni en assemblée générale.

Je n'ai pu prendre part à cette excursion. Mais je sais qu'elle a fourni aux membres du congrès, que n'a

pas effrayés une pluie battante, l'occasion d'admirer une nouvelle révélation du génie des Hollandais, un nouveau témoignage de leur énergique patience.

Le canal dont il s'agit a 32 kilomètres de longueur et son tirant d'eau lui permet de porter les plus grands navires. Il est protégé à son embouchure par une digue demi-circulaire de 3 kilomètres de développement ; cette digue, large de 10 mètres, plonge à 18 mètres dans la mer, et elle est protégée ellemême à sa base par des amoncellements de pierres énormes ; « les matériaux de construction d'une ville entière sous les flots », a dit un des excursionnistes.

La journée du jeudi 10 ayant été employée par la section de psychiatrie à une excursion à l'asile de Meerenberg, cette section n'a pas tenu non plus de séance ce jour-là. Je rendrai compte plus loin de cette excursion.

Séance du vendredi 12 septembre.

Bureau : Prof. V. D. Lith, président.

M. le Dr Billod : — 1° Démonstration d'un instrument (bouche d'argent) pour l'alimentation forcée chez les aliénés :

2° Communication sur la situation du service des aliénés en France ;

3° Sur les intervalles dits : lucides chez les aliénés.

M. le Dr Ramaër lit son rapport sur les devoirs de l'État envers les aliénés.

M. Seguin parle de l'éducation psycho-physiologique de la main d'un idiot.

Clôture de la séance à midi un quart.

A. de .Tong, Secrétaire.

Les trois communications, que j'ai faites à la section dans cette séance, l'ayant été en vue d'un auditoire de médecins étrangers, il serait sans intérêt pour la Société psychologique de me les voir reproduire ; aussi bien, elles doivent être publiées dans le recueil des actes du congrès. Je tiens seulement à dire dans quel esprit j'ai conçu ma note sur la situation du service des aliénés en France.

Il m'a semblé que, délégué du Ministère de l'intérieur en France, je ne devais pas perdre l'occasion qui m'était offerte de mettre en relief les progrès réalisés par l'administration française en matière d'assistance, non plus que le résultat de ses efforts pour améliorer le sort des aliénés. Mon amour-propre de Français et d'aliéniste m'y a paru engagé. L'attention avec laquelle cette communication a été écoutée m'a prouvé, du reste, que je n'avais pas trop préjugé de l'intérêt que devait y prendre mon auditoire.

M. Pvamaër fait ensuite sur les devoirs de l'État envers les aliénés une communication dont les conclusions suivent :

« Les devoirs de l'État au sujet des aliénés ont pour but : d'une part, la protection de ces malades contre les influences nuisibles de la vie sociale ; d'autre part, la défense de la société contre les effets perturbateurs de leur maladie.

« Quant à la protection des malades, l'État n'a qu'à s'occuper de ceux qui ne sont pas soignés par leurs parents, en ligne ascendante ou en ligne descendante, ou par leurs frères ou sœurs, excepté les cas où ces parents se permettent à leur égard des actes illégaux, tombant dans les termes du droit commun.

(( Les méfaits envers les aliénés doivent être punis plus sévèrement que les mêmes méfaits commis contre des gens sains d'esprit.

« Tout aliéné confié aux soins d'autres personnes que ses proches parents doit être commis à la surveillance de l'État.

« C'est par une loi spéciale que la surveillance des aliénés par l'État doit être réglée.

« Cette loi doit contenir :

« La défense de recevoir dans sa demeure des aliénés sans la permission de l'autorité indiquée ;

« Les conditions auxquelles doit se soumettre quiconque désire soigner des aliénés ;

« Les formalités à remplir pour l'admission dans un asile (maison de santé) ;

« Le mode de la surveillance par l'État.

« La surveillance de l'État doit se faire continuellement ; elle peut être exercée de diverses manières ; la meilleure semble être celle qui la confie, dans les petits pays, à un inspecteur général, choisi parmi les médecins aliénistes et se trouvant en relation directe avec le Ministre duquel ressort le service des aliénés ; — dans les grands pays, à des inspecteurs, dont chacun surveillera les aliénés dans une partie spéciale du pays et qui, pour cette partie, sera en relation directe avec le Ministre ; dans l'intérêt de l'unité du service, ces inspecteurs formeront, sous la présidence du Ministre, un conseil qui s'assemblera aussi souvent que le service l'exigera.

« Afin d'augmenter la surveillance des aliénés par l'État, les médecins des asiles publics devront être nommés par l'État et être subordonnés aux inspecteurs.

« En outre, toute maison où sont reçus des aliénés hors de leur famille doit être visitée à des intervalles irréguliers par le chef de la justice du lieu, pour s'assurer que des gens sains d'esprit n'y sont pas détenus.

« Il est du devoir de l'État de prendre soin que tous les aliénés qui ne peuvent être soignés dans leur famille puissent trouver un traitement convenable dans un asile public.

« Ce ne sont pas seulement les personnes des aliénés, mais aussi leurs biens sur lesquels la surveillance de l'État doit s'étendre.

« Un administrateur provisoire doit donc être adjoint à tout aliéné qui n'est pas incurable, du moment qu'il se trouve sous la surveillance de l'État, et qu'il est en possession de quelque bien. S'il est reconnu incurable, il faut le mettre sous curatelle.

« Les biens des aliénés ne pourront être expropriés, quand même ce serait pour subvenir aux frais de leur entretien.

« Les aliénés dont les revenus ne suffisent pas pour payer leur traitement dans un asile public, doivent y être admis aux frais communs, soit de l'État, soit de la communauté, et, selon les circonstances, en totalité ou en partie.

« En dernier lieu, l'État doit protéger l'aliéné contre ses propres lois ; en d'autres termes, l'État doit déclarer l'impunité de l'aliéné dans les cas où un fait punissable a été commis par lui sous l'influence de sa maladie, ce qui n'implique pas l'impunité de tout acte commis par un aliéné.

<( Il ne suffit pas de surveiller les intérêts des

aliénés, il faut aussi défendre la société contre les actes nuisibles que les aliénés pourraient commettre sous l'influence de leur maladie.

« C'est pourquoi tout aliéné qui est reconnu dangereux, soit pour l'ordre public, soit pour la sûreté des personnes, soit pour lui-même, doit être enfermé dans un asile d'aliénés ; c'est aussi pourquoi il doit être donné, aux officiers de la force publique, le pouvoir de mettre en lieu de sûreté de tels aliénés, et que doivent être punis ceux qui, s' étant chargés de garder ces malades, les laissent échapper par négligence ou par mauvais vouloir. »

La discussion du travail de M. Ramaër est remise à la séance suivante.

La séance s'est terminée par une communication de M. Séguin sur l'éducation de la main d'un idiot ; cette communication présentée à une heure très avancée n'a pas soulevé de discussion.

J'ai eu, toutefois, le temps de reprocher au travail de M. Séguin qui n'est pas médecin, que je sache, ou qui l'est devenu bien tard, car lorsqu'il a quitté la France pour l'Amérique il ne l'était pas, de pécher quelque peu par le côté scientifique.

Sous le mérite de" cette observation, sa communication m'a paru intéressante, ce qui ne m'a pas surpris de la part de l'auteur du traité bien connu de l' Éducation des idiots.

Séance du 13 septembre 1879.

« Bureau ; Dr Émilio R. Goni, président.

« Discussion sur le discours de M. Ramaër : Des devoirs de l'État envers les aliénés.

« MM. Ramaër, Billod, Van der Swalme, Van der Lith et de Jong.

« Les conclusions de M. Ramaër sont adoptées à

l'unanimité.

« M. le Dr Richer traite des contractures hystéroépileptiques.

« M. Ramaër reprend la présidence.

« M. le Dr Emilio R. Goni lit un rapport statistique sur la folie dans la province de Buenos-Ayres.

« Discussion : MM. Goni, Billod, Petithan, Van der Lith, Moller, Ramaër.

ce M. le Dr Petithan propose la motion suivante qui est adoptée à l'unanimité :

« La section de psychiatrie conclut qu'il y a lieu de faire une loi contre l'alcoolisme et d'instituer des asiles de tempérance pour traiter les cas d'alcoolisme chronique en vertu de cette loi. »

Les conclusions de M. Ramaër me semblant empreintes de la plus haute sagesse, et se trouvant, pour la plupart, implicitement contenues dans notre législation française, je n'ai pas hésité à les voter. Elles l'ont été, du reste, à l'unanimité par la section.

Un seul paragraphe a soulevé une objection de la part de M. de Jong, c'est celui dans lequel il est dit que : « En dernier lieu, l'État doit protéger l'aliéné

contre ses propres lois : en d'autres termes, que l'État doit déclarer l'impunité de l'aliéné dans le cas où un fait punissable a été commis par lui sous l'inlluence de sa maladie, ce qui n'implique pas l'impunité de tout acte commis par un aliéné. »

De l'explication fournie par M. Ramaër il résulte que, dans son esprit, l'irresponsabilité d'un aliéné, quant à un acte punissable, n'entraîne pas nécessairement l'incapacité de cet aliéné pour d'autres actes tels, par exemple, qu'un testament.

Cette thèse peut, en eftet, se soutenir. Mais, il faut reconnaître que la thèse contraire, c'est-à-dire celle de l'irresponsabilité générale et absolue des aliénés pour tous les actes, de quelque nature qu'ils soient, compte beaucoup d'adhérents.

M. le Dr Richer fait une communication sur les contractures hystéro-épileptiques.

Cette communication a été écoutée avec un vil' intérêt.

La publication du travail qui lui a servi de base étant annoncée dans le Progrès médical, je m'abstiens de l'analyser.

M. Ramaër ayant repris la présidence, M le Dr Emilio R. Coni lit un intéressant travail statistique sur la folie dans la province de Buenos- Ayres.

Ce travail ne se prêtant pas à l'analyse et devant d'ailleurs être publié, je me borne à signaler les points qui ont spécialement fourni matière à la discussion. Ce sont : l'encombrement des services d'aliénés, la rareté de l'aliénation mentale chez les Indiens et les progrès de l'alcoolisme s'exerçant surtout chez les étrangers.

L'auteur ayant, à propos des ravages causés par l'alcoolisme, émis le vœu qu'il soit créé comme en Amérique des asiles d'ivrognes, je lui ai fait observer que cette création serait sans objet, s'il n'était promulgué en même temps une loi qui donnât le droit d'y interner et d'y traiter les ivrognes.

A la suite de cette observation et après avoir insisté sur l'importance d'une telle loi, ainsi que sur l'institution à laquelle elle s'appliquerait, loi et institution dont la Belgique, son pays, serait la première à profiter, car l'alcoolisme y cause, dit-il, des ravages épouvantables jusque dans l'armée, M. le Dr Petithan propose la motion dont le libellé se trouve à la fin du compte rendu officiel.

La section de psychiatrie ayant terminé ses travaux, M. le Dr Ramaër, son président, adresse des remerciements à tous ses membres pour la part qu'ils y ont prise et prononce la clôture de la session.

Des remerciements ayant été votés au président et au bureau, les membres de la section se sont retirés en emportant le meilleur souvenir de l'accueil qu'ils avaient reçu, ainsi que des rapports qu'ils avaient eus les uns avec les autres.

Je ne crois pas devoir terminer ce compte rendu sans dire un mot de la . présence aux dernières séances d'une jeune doctoresse en médecine, la seule, m'a-t-on dit, qui se soit produite en Hollande. Mlle Aletta Henriette Jacob. Cette doctoresse est auteur d'un mémoire sur les localisations cérébrales dont je dépose deux exemplaires sur le bureau. Nos honorables confrères néerlandais m'ont dit que ce travail n'était pas sans valeur. Je les crois très volon-

tiers sur parole ; mais je n'ai pu en juger par moimême, car ce travail est en hollandais.

Bien qu'elle ne se rattache à notre spécialité que par un seul appareil, je crois devoir mentionner ici une exposition faite, pendant la durée du congrès, des appareils ou instruments nouveaux utiles en médecine, en chirurgie, en physiologie.

L'organisateur de cette exposition, qui a été un des succès du congrès, est M. le Dr Gori d'Amsterdam.

Le caractère exclusivement scientifique de cette communication ne me permettant pas d'y faire entrer le détail des réceptions et des fêtes qui ont agréablement entremêlé nos travaux, je me borne à les mentionner et j'en prends occasion pour adresser au corps médical d'Amsterdam ma part de remerciements pour l'excellente organisation qu'il a su donner au congrès, ainsi que pour les frais considérables qu'il n'a pas hésité à faire pour nous recevoir confortablement; je ne puis, d'ailleurs, pour cette partie de mon compte rendu, que renvoyer à une lettre fort intéressante publiée par M. le Dr Daremberg dans le Journal des Débals du 19 septembre dernier et à un non moins intéressant feuilleton de la Gazette hebdomadaire de médecine (n° du 10 octobre), dont le nom de l'auteur se dissimule vainement sous son initiale.

Messieurs, notre très honoré Secrétaire général, en terminant son exposé des travaux du congrès international de médecine mentale de 1878, nous disait, en parlant des savants étrangers qui avaient répondu dans cette circonstance à l'appel de la Société médicopsychologique : « Nous avons réuni autour de nous des collègues que nous sommes heureux de connaître,

qui venaient à nous pleins de confiance et de sympathie; espérons qu'ils garderont de notre Société un affectueux souvenir. » Le salut de bienvenue que leur adressait notre très honoré président, M. Baillarger, était l'expression sincère de notre sentiment à tous. Il me semble que nous aurions une chose encore à faire : notre règlement est d'accord avec notre désir, attachons-nous par une manifestation dont le caractère sympathique les touchera profondément, j'en suis sûr, ceux des médecins étrangers qui ont pris part à nos travaux et qui ne sont pas encore membres associés de la Société médico-psychologique.

J'ai l'honneur de vous proposer d'admettre au nombre des associés étrangers de la Société médicopsychologique MM. Echeverria, Mierzejewski, Giacchi, et Brosius.

Je vous demande, Messieurs, à l'issue du congrès médical d'Amsterdam, la permission de vous faire une proposition analogue et de la motiver en quelques mots.

Vous avez pu voir, par le compte rendu que j'ai eu l'honneur de vous présenter des travaux de la section de psychiatrie à ce congrès, la part si importante et si honorable que les aliénistes hollandais y ont prise. Par la relation de la visite- que j'ai faite à plusieurs des établissements qu'ils dirigent, vous pourrez, d'un autre côté, vous convaincre des progrès qui s'y réalisent sous leur inspiration.

A ces titres permettez-moi d'en ajouter un troisième qui m'est moins personnel qu'il ne le parait. La section de psychiatrie, dont les aliénistes hollandais formaient la grande majorité, m'a fait l'honneur de

me comprendre parmi ses présidents d'honneur, et j'ai eu de plus celui de présider une de ses quatre séances.

Or, quelle qu'ait pu être la bienveillance des membres de cette section à mon égard, j'ai lieu de penser que l'honneur qu'elle m'a fait s'adressait bien moins à ma personne qu'à la Société médico-psychologique, dont j'étais le représentant devant eux.

Pour ces divers motifs, j'ai l'honneur de vous proposer d'admettre au nombre des membres associés de la Société médico-psychologique :

MM. Van der Lith, Persijn,

Van den Bogaert, Van der Swalme, Van Andel, Donkersloot, de Jong,

J'aurais placé en tête de cette liste M. le Dr Ramaër, inspecteur général du service des aliénés de la Hollande, si son élection était encore à faire.

Il est, enfin, un nom que je n'hésite pas à vous proposer de joindre à ceux qui précèdent, c'est celui de M. Hubrecht, secrétaire général du ministère de l'intérieur. M. Hubrecht n'est pas médecin, mais il s'intéresse particulièrement au sort des aliénés, et, dans la haute position qu'il occupe, il ne cesse de donner au service auquel ces infortunés se rattachent, et qui rentre dans ses attributions, des preuves d'une sollicitude aussi active qu'éclairée. Son sympathique intérêt pour la cause des aliénés s'est affirmé, il y a

quelques années, par un voyage fait avec les inspecteurs généraux pour visiter nos principaux asiles d'aliénés, en vue de l'étude des améliorations à réaliser dans le service des aliénés de la Hollande.

M. Hubrecht est loin de s'attendre à l'honneur que je vous demande pour lui, et je ne doute pas qu'il y soit profondément sensible.

Nota. — Lorsque j'ai, dans la séance du 27 octobre dernier, fait la proposition ci-dessus formulée, et qui a été votée par acclamation, j'ignorais que la Société médico-psychologique néerlandaise eût pris déjà l'initiative d'une manifestation analogue à l'égard de la Société médico-psychologique française, en conférant dans sa séance du 15 octobre, le titre de membre honoraire, à celui de ses membres qui avait eu l'honneur de la représenter au congrès médical d'Amsterdam .

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