SÉANCE DU 16 DÉCEMBRE
Première communication.
L'idée première de l'épilepsie larvée procède de l'opinion émise par M. Jules Falret, dans son. mémoire sur l'état mental des épileptiques {Archives générales de médecine, numéro de décembre 1860 et suivants), et que nous avons nous-même exprimée incidemment dans un travail sur la paralysie générale, publié dix ans auparavant.
Jusque-là, il en avait été de la folie, dans ses rapports avec l'épilepsie, comme de cette même folie dans ses rapports avec la paralysie générale. On avait considéré l'une comme jouant, par rapport à l'autre, le rôle de complication; et elles apparaissaient toutes deux comme des entités distinctes, pouvant se compliquer mutuellement.
Après avoir réagi contre cette manière de voir, M. Jules Falret s'exprime ainsi : « Quand on se place, au contraire, au point de vue que nous avons cherché à faire prévaloir, on n'envisage plus de la même façon les relations qui existent entre l'épilepsie et la folie. On admet l'existence d'une folie ou d'un délire épileptique, ayant des caractères spéciaux, et l'on croit qu'il est possible de remonter de la connaissance de ce délire à celle de l'affection convulsive elle-même. Dès lors on ne considère plus le délire et la convulsion
1 Annales Médico-Psychologiques de 1873.
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comme deux maladies distinctes, mais comme deux manifestations diverses d'un même état morbide, qui peuvent exister séparément ou simultanément, alterner ou se succéder à courts intervalles, mais qui ont au fond la même signification pathologique. »
Cet honorable collègue a bien voulu rappeler à cette occasion que je m'étais exprimé moi-même à cet égard de la manière suivante dans le mémoire précité : « Quels sont les rapports qui existent entre les attaques d'épilepsie et les accès de fureur? Ces accès de fureur, au lieu d'être consécutifs à l'accès d'épilepsie, ne seraient-ils pas une des formes multiples que peut revêtir l'atteinte du mal épileptique? . En d'autres termes, les accès d'épilepsie et de fureur ne seraientils pas deux formes d'accès du même mal, deux effets différents de la même cause, au lieu d'être unis entre eux par une relation de cause à effet? » {Annales Médico-Psychologiques, 2e série, t. II, p. 611, 1850.)
Le lien qui unit l'épilepsie larvée à une telle manière d'envisager les rapports de l'épilepsie et de la folie, est facile à apercevoir.
Du moment, en effet, où l'on admet que le délire et la convulsion constituent deux expressions symptomatiques d'un même mal, ce qui a conduit M. Jules Falret à admettre un mal intellectuel qu'il distingue, comme le mal convulsif, en grand et petit mal, et de même qu'il existe des cas d'épilepsie dans lesquels la maladie est indéfiniment caractérisée par des attaques du mal convulsif, on se demande pourquoi il n'en existerait pas dans lesquelles elle ne le serait pendant très longtemps, si ce n'est toujours, que par le mal intellectuel, c'est-à-dire par le délire.
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De là l'épilepsie larvée.
J'admets donc, pour ce qui me concerne, l'existence de cette sorte d'épilepsie, mais j'estime que son histoire est encore à faire.
Le mémoire de M. Morel constitue sans doute déjà un jalon très important; mais il faut bien reconnaître qu'il ne suffit pas, puisque l'étude si attentive que ce savant a faite de cette affection, ne l'a pas mis à l'abri d'une erreur dans le diagnostic de la folie de Chorinski. On se rappelle en effet que, dans le discours qu'il a prononcé à l'occasion de la discussion sur les aliénés dangereux, dans la séance du 26 octobre 1868, M. Morel, appelant spécialement l'attention de la Société sur les aliénés épileptiques, et choisissant dans cette catégorie les épileptiques larvés, a présenté le comte Chorinski comme un exemple type de ce genre de maladie.
La Société se souviendra peut-être aussi que, dans la séance du 30 novembre de la même année, j'ai élevé quelques doutes à l'endroit de ce diagnostic. Je lui demande, dans tous les cas, la permission d'emprunter au procès-verbal de cette séance le paragraphe dans lequel ces doutes ont été exprimés, avec la courte réplique de M. Morel.
« Je ne veux pas, disais-je, discuter ici l'intéressant discours de M. Morel, avec lequel je me trouve presque à tous égards en parfait accord; mais je demande à faire une restriction en ce qui concerne Chorinski. Je ne songe pas, après les détails qui viennent de nous être donnés, à mettre en doute son état de folie; seulement, je mè demande si M. Morel est autorisé à dire qu'il est atteint d'épilepsie larvée, et s'il nous a fourni
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La preuve de cette assertion. Quant à moi, cela me paraît douteux; l'accès de fureur maniaque qui vient do se déclarer ne me paraît pas une démonstration suffisante, et la moindre attaque d'épilepsie jugerait bien mieux, à mon avis, la question.
c M. Morel. — Je n'ai pas encore reçu tous les renseignements nécessaires pour pouvoir répondre à M. Billod; j'ai écrit en Allemagne pour avoir plus de détails, et je ne manquerai pas de communiquer à la Société la réponse, dès qu'elle me sera parvenue. Pour aujourd'hui, je me contenterai de renvoyer M. Billod, à la première partie de ma communication, à celle que j'ai faite à une séance précédente, et dans laquelle j'ai surtout insisté sur les caractères de l'enfance de Chorinski, qui a ressemblé, traits pour traits, à celle des gens qui plus tard deviennent épileptiques. Du reste, je tiens de la mère de ce malade que souvent, à cette époque, il se roulait à terre, en proie à des convulsions générales. L'accès maniaque actuel est l'un des accidents qu'il est le plus fréquent d'observer pendant l'évolution de la maladie, chez cette catégorie de dégénérés. »
Il n'est donc pas douteux que, pour M. Morel, le comte Chorinski ne fût un épileptique au type larvé, et le diagnostic de la paralysie générale ne se dégage d'aucune partie de son argumentation. C'est, si je ne me trompe, son collègue, le Dr Meyer, qui, le premier, a ébauché ce diagnostic, en soutenant que l'accusé était atteint d'une affection cérébrale qui se manifesterait un jour avec des caractères indubitables pour tous : la congestion cérébrale et probablement le ramollissement cérébral.
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Si l'événement a pleinement justifié le diagnostic de M. Meyer, et s'il n'a pas précisément confirmé celui de M. Morel, il n'en reste pas moins à ce dernier le mérite d'avoir reconnu la folie dans des conditions où son diagnostic présentait. de grandes incertitudes.
Le reste est une question de détail dont la solution n'importait guère qu'au point de vue scientifique.
Qu'il me soit permis seulement d'évoquer, à propos de Ghorinski et de l'épilepsie larvée dont M. Morel l'avait cru atteint, un souvenir de la séance du 28 octobre dernier et de la communication faite dans cette séance par notre savant confrère, M. Morel, relativement à l'accusé de Kermel.
Il nous a dit, vous vous en souvenez, que, dans le cours de son argumentation devant la Cour de Munich, il s'était exprimé ainsi : « Cet homme mourra avant trois ans, » et que cette prophétie lui avait même attiré une apostrophe assez vive du président, lequel se serait exclamé, en termes quelque peu emphatiques, que « Dieu seul pouvait assigner un terme aux existences. »
Après avoir fait observer, en passant, que le comté Ghorinski n'était, sans doute, pas présent à l'audience dans laquelle le médecin rendait à son égard un arrêt qui n'était guère plus avantageux pour lui que celui auquel on voulait le faire échapper, je me demande, et si M. Morel était ici je lui demanderais comment il concilie le pronostic, porté par lui en plein tribunal, avec son diagnostic d'épilepsie larvée.
Qu'on dise d'un paralysé général : « Il mourra avant trois ans, » cela se concevrait, encore que ce fût un peu téméraire, car les rémissions ne sont pas rares
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dans la paralysie générale, et on en voit assez souvent dont la durée excède trois ans. Mais dire cela d'un épileptique larvé, voilà ce que je ne saurais concevoir, alors surtout qu'on fait remonter le commencement de l'affection, chez Chorinski, à l'âge de trois ans. Cela résulte, du moins, des attestations, reproduites par M. Morel, du professeur Turklein, qui avait prononcé cet arrêt : t Cet enfant devra être traité toute sa vie comme aliéné. »
Dans les conditions du diagnostic porté par M. Morel, son pronostic me paraît, je le répète, bien extraordinaire, pour ne pas dire incompréhensible.
Peut-être serait-ce le lieu de rappeler le désir exprimé par M. Brierre de Boismont, et appuyé par plusieurs d'entre nous, dans la séance du 26 février 1872, à propos de la présentation d'une brochure intitulée : Le cas de Chorinski, par le Dr Hagen, de voir M. Jules Falret faire un rapport sur cette intéressante observation.
Je ne pouvais, la Société le reconnaîtra, choisir un meilleur exemple que celui de Chorinski et de l'erreur commise, à son endroit, par celui-là même qui devait être le plus compétent pour reconnaître l'épilepsie larvée, puisque c'est lui qui, le premier, l'a signalée et étudiée, pour montrer l'incertitude que présente le diagnostic de cette affection.
L'histoire de Chorinski fait d'ailleurs ressortir un des points essentiels de l'étude à faire de l'épilepsie larvée, je veux parler de son diagnostic différentiel avec la paralysie générale.
Je suis très porté à croire, pour ma part, que la plupart des symptômes attribués à l'épilepsie larvée
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peuvent se rapporter à la période prodromique de certaines paralysies générales, à savoir, de celles que j'appellerai : à longue incubation. Il n'est pas même jusqu'à l'accès convulsif qui semblerait devoir juger l'affection dans le sens épileptique, qui ne confirme, au contraire, le diagnostic de la paralysie générale.
Ce n'est pas seulement, comme on l'a cru longtemps, dans la période ultime de cette dernière affection que l'on observe ces accès sub-intrants auxquels on a donné le nom d'attaques épileptif ormes, et qui ne sont, à proprement parler, que de véritables accès d'épilepsie symptomatique.
C'est également au début de cette même paralysie générale, dans sa période prodromique, plusieurs années même avant l'apparition des symptômes, que l'on peut appeler pathognomoniques, et sous forme d'accès isolé ayant tous les caractères de l'accès d'épilepsie idiopathique, qu'on observe des attaques épileptiques.
J'en ai cité un exemple remarquable dans une communication faite à la Société, dans la séance du 24 novembre 1862.
Je vous demande la permission d'emprunter au compte-rendu les passages qui me semblent avoir une véritable importance au point de vue qui nous occupe.
Après avoir, dans un court préambule, déclaré que les opinions émises par MM. Jules Falret, Morel et moi n'en faisaient, pour ainsi dire, qu'une, puisqu'elles tendaient toutes trois à établir que l'épilepsie pouvait ne se manifester, pendant quelque temps, que sous sa forme larvée, je m'exprimais ainsi : « A l'appui de ces opinions, je crois devoir citer l'observation suivante,
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sous cette réserve que l'épilepsie larvée, dans l'espèce, se montre dans des conditions autres que celles où l'a signalée M. Morel et où je l'avais observée moi-même, c'est-à-dire qu'au lieu d'être idiopathique, elle me semble symptomatique d'une congestion cérébrale, ce qui la rapproche des attaques épileptiformes des paralysés généraux. Ces dernières attaques constituant, suivant moi, chez mon malade une véritable épilepsie symptomatique, seraient à cette dernière ce que la variété décrite par M. Morel est à l'épilepsie idiopatique ou nerveuse proprement dite.
« Le nommé B..., entrepreneur de travaux publics dans un arrondissement voisin, âgé de quarante-sept ans, marié, d'un tempérament lymphatico-sanguin, aujourd'hui un peu anémique, d'une haute stature, d'une constitution naturellement assez robuste, mais affaiblie par des excès vénériens et autres, est entré à l'asile le 2 septembre 1862.
« M. B... a reçu une éducation primaire assez étendue pour sa profession ; il est intelligent et reconnu pour un entrepreneur habile.
« Son caractère est naturellement vif; depuis quelques années, il s'est graduellement modifié; dans l'intimité surtout, sans motif sérieux, il devenait irascible.
« Dans ces conditions, M. B..., obligé de satisfaire aux exigences de grands travaux d'entreprise de construction, et se livrant avec trop d'ardeur à l'exécution de travaux graphiques, a vu sa santé s'affaiblir peu à peu, et des troubles cérébraux survenir.
« Ainsi, depuis huit à dix mois, il accuse lui-même qu'il ressent des sensations fausses dans les mains et
dans les pieds; il croit serrer un objet qui n'est pas dans sa main; son pied repose sur un terrain mouvant, etc., etc. Son écriture n'est plus aussi régulière; ses calculs, ses plans, quoique exactement faits, nécessitent un travail très long, très pénible, parce que la mémoire fait souvent défaut; enfin la parole est parfois embarrassée et certains mots ne peuvent être prononcés. Vers le milieu de juillet, une congestion cérébrale survient avec perte complète de connaissance pendant vingt-quatre heures environ; quelques jours de traitement débarrassent le cerveau, et, malgré les conseils médicaux les plus pressants, M. B... reprend ses travaux.
« Le 13 août dernier, après un travail longtemps soutenu dans son cabinet, une nouvelle congestion avec hémiplégie incomplète se manifeste et s'accompagne d'une perte de connaissance plus longue encore que la première fois. Depuis cette époque, le délire n'a pas cessé d'exister et est parfois porté jusqu'à la fureur, au point d'avoir nécessité, plusieurs fois par jour, l'intervention de la force...
« Au moment de l'admission, le malade est complètement lucide. Il ne manifeste, pendant quinze jours, aucune conception délirante. Toutefois, des contractions spasmodiques des muscles de la face, ainsi que l'ensemble de la physionomie et l'attitude font naître, en dehors même de tout embarras dans la parole et de toute hésitation dans la démarche, des présomptions de paralysie générale progressive.
« Tel était l'état de M. B..., lorsqu'un matin, à la visite, il me prie de lui faire donner un peu d'argent, afin de restituer à un pensionnaire du même service,
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son compatriote, une somme de cinq francs que celuici lui aurait prêtée quelques jours après son arrivée dans l'établissement; il aurait, dit-il, employé cet argent au paiement de la location du cheval et de la voiture qui l'ont amené dans l'établissement, et il tiendrait d'autant plus à faire cette restitution que son créancier le menace de voies de fait, s'il ne s'acquitte pas immédiatement envers lui.
« Toutes ces circonstances, étant purement imaginaires, ont naturellement le caractère d'une conception délirante, qui est restée unique jusque vers le 11 octobre 1862. Le soir de ce jour, le malade cesse tout à coup de parler; la face est un peu congestionnée, le pouls est plein et l'expression de la physionomie est celle de l'hébétude la plus complète ; les pupilles sont dilatées. L'employé, qui vient me requérir, me signale le malade comme étant en enfance; on ne constate d'ailleurs aucune apparence de convulsions ni de paralysie.
« Je prescris une saignée du bras, des sinapismes aux extrémités inférieures, un lavement purgatif. Vers le milieu de la nuit l'excitation s'empare du malade et se traduit par des tentatives incessantes pour se lever et sortir du lit, et par un balbutiement continuel de mots inintelligibles. M. B... ne répond à aucune des questions qui lui sont adressées; il ne semble reconnaître personne. Ses pupilles conservent la dilatation qu'elles ont présentée dès le début de l'accès, et cet état se prolonge pendant six jours. Vers le septième, l'excitation va en diminuant. Le malade commence à articuler quelques mots, mais encore sans suite, et trois ou quatre jours après, nous le trouvons dans un h. U
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état de lucidité absolument complète; le malade semble sortir d'un rêve, pour me servir de sa propre expression. Je dois noter, toutefois, qu'il a complètement perdu le souvenir de toutes les circonstances qui se sont passées depuis son entrée dans l'établissement jusqu'à l'accès qu'il vient d'éprouver : il ne se rappelle nullement, par exemple, avoir eu un séton, avoir reçu les visites de sa femme, de ses sœurs et de plusieurs amis, et il ne croit être à l'asile que depuis deux jours.
« En rapprochant les accidents que je viens de décrire de ceux qu'il a présentés à deux reprises différentes, avant son entrée dans l'établissement; en considérant d'ailleurs les intermissions à peu près complètes qui séparent ces divers accès, ainsi que l'oubli absolu des circonstances qui se produisent dans les intervalles, et l'évolution à peu près régulière des phénomènes qui semblent caractériser chaque accès, je n'hésite nullement à rattacher l'affection dont M. JB... est atteint à une forme d'épilepsie se manifestant, jusqu'à présent, sous forme intellectuelle et exempte de tout accès convulsif. L'épilepsie, dans ce cas, me paraît être liée à un état de congestion cérébrale manifeste dont elle serait symptomatique, et tout me donne lieu de craindre qu'elle ne soit, dans l'espèce, un prodrome de paralysie générale.
« Appelé, le 22 novembre, auprès de M. B..., je le trouve encore à table, où il venait de déjeuner. Sa figure est sans expression, ses yeux sont égarés, ses lèvres animées de mouvements fibrillaires ; il tourne machinalement un morceau de pain dans ses mains. Quand je lui adresse la parole, il me regarde avec
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étonnement et ne me répond pas. Le pouls est plein; les pupilles sont dilatées ; la face est un peu injectée.
« J'ordonne de faire coucher le malade, et je prescris des révulsifs cutanés et intestinaux.
« Moins d'une heure après, malgré l'emploi immédiat des révulsifs, M. B... est pris d'un véritable accès d'épilepsie. Le globe oculaire est porté en haut et en dedans ; il y a, du côté droit seulement, des contractions toniques dans les muscles du cou; les contractions s'étendent aux muscles des membres supérieurs; les mains sont énergiquement fermées.
« Cet état persiste quelques secondes, puis les muscles se détendent, la face se colore, surtout du côté droit, et une stupeur plus prononcée s'empare du malade.
« Il commençait à balbutier quelques mots, lorsque, vers trois heures, il est pris d'un nouvel accès en tout semblable au précédent.
« Dans la soirée on observe deux nouveaux accès, mais d'intensité moindre; un autre, à peine manifeste, apparaît dans la matinée du 23... »
J'ai fait suivre la relation de ce fait, dans la même communication, d'une autre observation que je crois pouvoir présenter aujourd'hui comme un exemple type d'épilepsie larvée, l'épilepsie, dans l'espèce, ayant bien le caractère idiopathique.
M. Jules Falret l'a citée dans son mémoire sur l'état mental des épileptiques, mais à un autre point de vue que celui de l'épilepsie larvée. Il s'agit d'un ancien notaire de Saumur, qui présentait régulièrement des accès maniaques à la suite de ses accès d'épilepsie.
Les renseignements que j'ai recueillis depuis la pu-
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blication de cette observation, ne me permettent pas de douter un seul instant que le premier accès d'épilepsie survenu chez ce malade n'ait été précédé d'une période de surexcitation nerveuse avec tendance à des paroxysmes de violence et de fureur, et réunissant tous les caractères assignés par M. Morel à l'épilepsie larvée. J'ajoute que cette période n'a pas été de moins de trois ans.
Cette observation a cela de remarquable que le diagnostic de l'épilepsie a été confirmé chez le malade par ' l'explosion des attaques convulsives , et qu'après cette explosion le délire n'a pas cessé de se combiner avec la convulsion dans la manifestation des attaques successives, c'est-à-dire que l'épilepsie a conservé un caractère mixte, mi-partie convulsif et mipartie intellectuel.
En compulsant les nombreuses observations que j'ai recueillies dans ma déjà longue pratique, je pourrais, sans nul doute, en trouver d'autres aussi caractéristiques.
Je me borne à en citer une dernière qui, comme la première des deux que je viens de citer, se rapporte à la paralysie générale.
Il s'agit d'un individu qui avait préludé, pendant plusieurs années, à l'épilepsie par des actes d'une violence extrême, auxquels il était entraîné irrésistiblement par intervalles.
Les derniers auxquels il se soit livré ayant occasionné des blessures, il fut arrêté et conduit en prison.
Commis avec le Dr Daviers, à l'effet d'examiner son état mental, nous n'avons constaté tout d'abord que les signes d'une surexcitation nerveuse extrême, sans délire appréciable.
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Bien que, dans notre opinion, l'inculpé ne nous parût pas responsable, son état mental ne nous paraissait pas assez défini pour que nous osions conclure, lorsque survint un accès véritable d'épilepsie.
Conduit à l'asile de Sainte- Gemmes, il y a tout d'abord, avec la continuation de la surexcitation nerveuse compliquée d'hallucinations de l'ouïe, présenté quelques accès isolés d'épilepsie; puis il est survenu un peu d'embarras dans la parole, de l'inégalité pupillaire, et enfin quelques idées de grandeur. A partir de ce moment la paralysie générale s'est de plus en plus accentuée, et la marche en a été assez rapide pour que la mort survînt quelques mois après. *
Je note cette particularité que le délire des richesses s'est maintenu jusqu'au dernier moment, et s'est affirmé tout à fait à l'extrémité de la vie par ce fait que le malade, venant de recevoir les derniers secours de la religion, promit plusieurs millions à l'aumônier qui venait de les lui administrer, en disant que toute peine méritait salaire.
J'ajoute que l'autopsie a pleinement confirmé le diagnostic.
La donnée que je viens d'établir, sous réserve d'une étude plus attentive de la question, expliquerait et justifierait parfaitement l'erreur commise par M. Morel, et par cette erreur encore ce savant collègue se trouverait avoir rendu un service réel à la science, si elle devait conduire à fixer le diagnostic différentiel de l'épilepsie larvée et de la paralysie générale, dans quelques-unes de ses formes.
En résumé, j'estime que, dans l'état actuel de la science, le diagnostic de l'épilepsie larvée ne peut
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être fixé, la plupart du temps, que par l'apparition, chez les individus présumés atteints de cette affection, d'une attaque d'épilepsie de forme convulsive.
Cette observation s'applique naturellement aux cas cités par M. Berthier dans son importante communication, quelles que soient les raisons qui me semblent militer en faveur de son diagnostic. La question, dans tous les cas, est du plus haut intérêt et mériterait, suivant moi, d'être proposée pour le concours au prix Aubanel.
L'intérêt que cette question me semble offrir est tel que je ne serais pas éloigné, pour ce qui me concerne, de rattacher à l'épilepsie larvée certains cas de manie intermittente et de folie circulaire ou à double forme.
Je devais borner, à ce que je viens de dire, mon argumentation sur l'épilepsie larvée, lorsque M. Morel, par le discours qu'il a prononcé dans la dernière séance, m'a fait, en quelque sorte, une obligation d'y revenir et de la compléter.
En revenant lui-même, à propos de l'épilepsie larvée, sur l'affaire Chorinski, notre honorable collègue a maintenu, à l'égard de ce personnage, le diagnostic qu'il avait porté, à savoir : celui de l'épilepsie larvée.
Or, comme il nous a dit qu'il admettait également dans ce cas la paralysie générale, je me suis demandé comment il pouvait concilier ces deux diagnostics.
Il nous a dit même, vous vous en souvenez, qu'encore bien qu'il crût à l'épilepsie larvée chez Chorinski, il n'avait parlé à l'audience que de la paralysie générale.
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Je pense que cette déclaration ne vous a pas moins embarrassés que moi-même, et j'aurais certainement prié M. Morel de nous fournir, à cet égard, quelques explications, si j'avais pu rester jusqu'à la fin de sa communication.
Il vous semble, sans doute, comme à moi que, dès que M. Morel croyait à l'épilepsie larvée, il n'avait aucune raison de passer ce diagnostic sous silence, pour lui substituer celui de la paralysie générale. Ces deux diagnostics devaient naturellement s'exclure, et, du moment où Ghorinski était épileptique au type larvé, il ne pouvait être en même temps paralysé général. Je rappelle, d'ailleurs, que la paralysie générale, dans l'espèce, n'était pas, à l'époque du procès, considérée comme existante, mais bien comme imminente. Or, M. Morel n'aurait pas pu baser une appréciation qui tendait à présenter Chorinski comme irresponsable à raison de son état mental, sur la simple imminence d'une affection entraînant la perte du libre arbitre, c'est-à-dire sur une folie qui n'existait pas encore.
Il ne me paraît donc pas douteux que le diagnostic de M. Morel ait été celui de l'épilepsie larvée. Pour dissiper jusqu'au moindre doute à cet égard, je ne puis que reproduire ici le passage qui se rapporte à Chorinski, dans la communication faite par notre collègue dans la séance du 26 octobre 1868 :
« Permettez-moi, Messieurs, de vous citer un dernier exemple du danger que font courir à la famille et à la société ces sortes de malades (épileptiques larvés). Le comte Ghorinski, pour lequel j'ai été appelé à Munich, à titre de médecin expert, a été classé
par moi dans cette catégorie de malades. Outre ses dispositions héréditaires, il s'était signalé dans son enfance, par des convulsions de nature épileptique. Dans les temps d'orage et alors que le ciel était sillonné d'éclairs, il tombait dans des terreurs indicibles. 11 était nécessaire de fermer les volets des appartements; il se roulait par terre, criant que le feu était partout. Son émotivité était extraordinaire; ses accès d'irritabilité et de colère se résumaient dans des actes agressifs vis-à-vis de ses frères et sœurs. On dut lui donner un précepteur particulier, qui certifia devant le tribunal qu'il n'avait jamais vu un enfant aussi fantasque, aussi extraordinaire. La mère de cet infortuné me raconta qu'il lui est plus d'une fois arrivé, dans le salon de son père, de se précipiter, sans motifs aucuns, sur les personnes présentes et de les mordre cruellement. Ce n'était plus cependant un enfant alors; il avait vingt-cinq ans et son existence tout entière, jusqu'au moment de sa condamnation, se résume, non seulement dans des actes excentriques, insensés, désordonnés, mais dans des actes de violence subite, instantanée, comme cela s'observe chez les épileptiques.
« Dans la prison où j'ai pu l'observer, je l'ai vu avoir des accès de colère à se rouler par terre, à mordre les draps de son lit.. Sa figure était alors vultueuse, congestionnée. Il ne manquait que l'ictus épileptique pour rendre le diagnostic inattaquable. Le gardien de la prison a déposé à l'audience qu'il avait été témoin de nombre d'accès de ce genre, souvent suivis d'un' accès syncopal. Des femmes, qui avaient été ses maîtresses, ont déposé qu'elles avaient souvent
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été terrifiées par les colères indicibles du comte, colères furieuses pendant lesquelles il se roulait sur le parquet, mordant les meubles, déchirant ses vêtements, etc.
« Je me crus autorisé à prédire, dans un temps plus ou moins rapproché, un cataclysme final et le Dr Meyer partagea mon opinion en soutenant que l'accusé était atteint d'une affection cérébrale qui se manifesterait un jour avec des caractères indubitables pour tous : la congestion cérébrale et probablement le ramollissement cérébral. »
Il résulte bien de ce que je viens de lire que, de l'aveu même de M. Morel, c'est M. Meyer qui a parlé le premier de la paralysie générale, comme devant se manifester un jour. M. Morel, lui, aurait bien parlé d'un cataclysme final devant survenir dans un temps plus ou moins rapproché (d'après une autre déclaration faite par lui ultérieurement, vous savez qu'il a précisé un délai de trois ans); mais il ne s'est pas expliqué à l'égard de ce cataclysme final, qui peut être de natures diverses chez un individu présumé épileptique, sans que l'on ait besoin de faire intervenir la paralysie générale, laquelle constitue une entité pathologique distincte.
Je ne puis enfin, à propos de ce cataclysme, comprendre comment M. Morel a pu se croire fondé à le prédire avec une telle précision, en se plaçant au point de vue de l'épilepsie larvée.
Je ne m'arrête pas sur les contradictions que je viens de relever entre les diverses assertions de M. Morel, relatives à Chorinski, et je ne les ai fait ressortir que pour bien établir que Chorinski devait
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être, à l'époque du procès, un paralysé général dans la période prodrornique de son affection, période dans laquelle les symptômes moraux se présentent à l'exclusion des symptômes physiques, et que, si Ghorinski a paru à M. Morel être atteint d'épilepsie larvée, c'est qu'il a dû en présenter tous les symptômes.
La conclusion à tirer de ceci, c'est que les caractères attribués par M. Morel à l'épilepsie larvée peuvent se rencontrer dans la période prodrornique de certaines paralysies générales, et que l'illusion peut être telle, dans certains cas, que les plus compétents puissent s'y tromper.
J'avoue, d'ailleurs, que la plupart des exemples cités par M. Morel, dans la dernière séance, me semblent porter l'empreinte de la paralysie générale et corroborent par suite, suivant moi, cette opinion que bon nombre des cas cités, comme se rapportant à l'épilepsie larvée, ne sont que des cas de paralysie générale.
Je suis le premier à reconnaître que ces cas diffèrent de la plupart de ceux qu'on est appelé à observer, et que les caractères qui les distinguent sont assez spéciaux pour en faire une classe à part. Ce sont, pour la plupart, des cas dans lesquels la vie presque entière n'est qu'une longue évolution des symptômes qui doivent caractériser un jour la paralysie générale, dans lesquels les malades préludent, pendant un temps indéterminé, par des troubles moraux et névropathiques encore mal définis, aux manifestations qui ne doivent plus laisser aucun doute sur la nature paralytique de l'affection.
Ces malades se rapprocheraient, suivant moi, de
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ceux dont parle M. Jules Falret dans son travail sur la paralysie générale, travail dont la valeur, pour le dire en passant, fait regretter à tous les amis de notre science qu'il ne soit pas complété par un traité ex professo du même auteur sur la matière; je veux parler des paralysés généraux, chez lesquels l'affection n'est caractérisée, pendant plusieurs années, que par des symptômes moraux, et à l'exclusion de tout symptôme physique.
La conclusion à tirer de tout ce que je viens de dire est, je le répète, que l'histoire de l'épilepsie larvée est encore à faire et doit être proposée comme but aux investigations de notre science.
Je prie bien instamment M. Morel de ne pas prendre en mauvaise part la discussion à laquelle j'ai cru devoir soumettre son diagnostic dans le cas de Chorinski, et d'être bien convaincu que je n'ai pas eu d'autre mobile, dans cette discussion, que l'amour de notre science et que le désir de la faire progresser, en appelant la lumière sur les obscurités qui l'enveloppent encore.
L'erreur commise par lui, dans le diagnostic de détail de l'affection de Ghorinski, est dans le cas de ces erreurs qui servent aux progrès de la science, et dont on peut tirer un enseignement. Elle n'altère en rien, d'ailleurs, le mérite qu'il a eu de reconnaître la folie là où elle était méconnue et même contestée par d'autres. J'ai trop applaudi, pour ce qui me concerne, au triomphe remporté par la médecine française, dans la personne de notre collègue, pour vouloir chercher à la diminuer en aucune façon.
Discussion sur l'Épilepsie larvée \