EXAMEN DIRECT
L'inculpé est un homme de vingt-huit ans, d'un tempérament nervoso-sanguin, d'une bonne constitution et d'une force physique qui paraît être peu ordinaire ; sa physionomie est intelligente et d'une mobilité qui trahit l'habitude d'une certaine excitation ; elle paraît empreinte d'une véritable énergie brutale, et l'égarement qu'elle nous présente d'abord me paraît trahir l'effort et n'avoir rien de réel et de spontané. Le regard, d'ailleurs, semble éviter de se fixer sur l'interlocuteur.
Vu d'abord à travers le judas de la porte de sa cellule, il nous paraît agité. Tourné vers la fenêtre, il semble s'adresser à un être imaginaire auquel il montre le poing; puis il se promène avec agitation en secouant de temps en temps la tête et en frappant du pied. Dans le moment, son excitation ne porte que sur les actes, mais les gardiens m'assurent qu'on l'entend souvent vociférer, et que cela lui arrive aussi bien la nuit que le jour. Il semble, disent-ils, s'adresser le plus ordinairement à une femme invisible, qu'il nomme Gésarine, par laquelle il se dit poursuivi, dont il dit entendre la voix et qui l'excite à agir irrésistiblement S
L'agitation redouble toutes les fois que l'on pénètre dans sa cellule et qu'on lui adresse la parole : elle se
1 N'ayant manifesté cette conception délirante que pendant une quinzaine de jours, je n'ai pas besoin de faire ressortir ce qu'il y a eu de significatif dans le fait de son rapide abandon, au point de vue de la simulation.
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traduit alors à la fois par des mouvements extraordinaires et des propos incohérents. Cette agitation aurait été telle, paraît-il, une fois, qu'on aurait dû le mettre au cachot et lui appliquer les menottes. Immédiatement après cette application, il se serait couché par terre en chantant la Marseillaise et aurait continué à s'agiter. Mais, après avoir subi deux jours de cette coercition, il aurait demandé grâce au gardien chef, lui promettant d'être calme et disant, pour s'excuser, qu'il avait eu une fièvre cérébrale. Ce changement subit, motivé par l'effet d'une peine disciplinaire, n'a pas laissé que de surprendre les gardiens et de leur paraître suspect, et leur étonnement n'a pu qu'augmenter lorsqu'ils ont vu que J... faisait plus encore que de leur tenir parole, puisqu'en persistant dans son délire et son agitation, il en réglait les manifestations au point de les maintenir dans des limites qui ne nécessitassent plus le retour à la coercition.
Il avait, tout d'abord, et plusieurs fois, déchiré ses vêtements; mais il a cessé cet ordre de manifestations à la suite de la même circonstance. La manière même dont il avait opéré les déchirures que nous avons vues m'a paru suspecte, car je ne lui ai pas trouvé ce caractère franchement et naturellement désordonné de la tendance à déchirer qui distingue certains maniaques ou déments. En les opérant, l'inculpé semblait même s'être préoccupé du dommage qui allait en résulter pour lui et s'être arrangé de manière à ce que le raccommodage en fût facile, car les solutions existaient bien plus dans la contiguïté des morceaux que dans la continuité de l'étoffe des vêtements lesquels étaient plutôt décousus que déchirés.
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Du reste, il n'existe et n'a jamais existé dans aucun moment la moindre trace de désordre dans la cellule, et J..., dans ces lacérations, avait toujours eu le soin d'excepter les draps, couvertures et matelas de la prison. Il fait lui-même son lit, se déshabille et s'habille seul, et règle normalement toutes ses excrétions.
Il mange à ses heures et proprement. Toutefois, il lui est arrivé un jour de renverser sa soupe dans un coin, de la recouvrir de pain divisé en petits morceaux et d'étendre sur le tout son mouchoir.
Le gardien ayant voulu, en ma présence, enlever ce mouchoir pour me montrer ce qu'il recouvrait, J..., qui était comme toujours, lorsqu'on pénétrait dans sa cellule, beaucoup plus agité, s'interposa tout à coup et s'écria : « Ne touchez pas à cela, c'est pour ma femme et mes enfants. »
D. Vous êtes donc marié?
R. Oui.
D. Depuis combien de temps?
R. Depuis douze ans.
D. Combien avez-vous d'enfants?
R. Vingt-quatre.
D. Vous avez eu vingt-quatre enfants en douze ans?
R. Oui.
J... était depuis quinze jours à la prison, lorsqu'il a été mis pour la première fois en ma présence, et son trouble mental avait commencé, paraît-il, dès le lendemain.
Dans la série des entrevues que j'ai eues avec l'inculpé, j'ai constaté dans les manifestations de ce trouble mental les phases ci-après :
J'ai été frappé d'abord d'une différence dans la ma-
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nière d'être de J..., suivant que je l'observais dans sa cellule, à travers le judas, ou suivant qu'il était en ma présence dans la chambre d'instruction; cette différence peut se résumer ainsi :
Dans la cellule, excitation plutôt agie que parlée, c'est-à-dire se traduisant plutôt par des gestes et mouvements désordonnés que par des paroles; en ma présence, excitation à la fois agie et parlée, c'est-à-dire caractérisée simultanément par des mouvements désordonnés et des propos incohérents, avec redoublement dans certains moments, et effort pour élever l'excitation jusqu'au degré de l'exaltation la plus violente. Les mouvements consistent dans une déambulation rapide et dans une circumduction saccadée des deux mains l'une autour de l'autre.
Je constate, pendant toute la durée de mes entrevues avec J..., la cessation constante et permanente du mouvement prédominant dans la cellule, qui le porte à se tourner d'un côté pour s'adresser à son interlocuteur imaginaire. Pendant qu'il exécute, d'ailleurs, tous ses mouvements désordonnés, il évite, avec un soin suspect, de diriger son regard vers la personne présente.
Quant aux propos incohérents, la manière dont il les prononce trahit un effort visible de volubilité, effort qu'il ne peut, d'ailleurs, continuer longtemps, ainsi qu'on en peut juger par le spécimen ci-après, emprunté à ma deuxième entrevue avec lui.
A peine est-il en ma présence, qu'après avoir été vu calme dans sa cellule, il s'exalte et s'écrie, en marchant avec une extrême vivacité : « Qu'est-ce que
c'est..., je ne veux pas voir ce monsieur. Qu'est-ce qu'il me veut ? Non, je ne veux pas le voir, je veux aller à l'échafaud, nous le mettrons à la cave, plus haut, plus haut, 40, 42, 43, n'importe quoi, n'importe quoi, n'importe quoi, invite', invité, invite', refusé, refusé, refusé. »
Cessant ensuite de parler, il continue à marcher avec vivacité, et je crois alors remarquer qu'il jette de temps en temps un regard en dessous.
Au bout de quelques instants, et à la suite d'une question que je lui adresse, il se monte de nouveau et dit : « Voyez-vous cette femme, elle est toujours après moi; qu'elle me laisse tranquille, elle me bat, elle me parle toujours, toujours, toujours, d'un côté ou de l'autre, d'un côté ou de l'autre..., sur un point, sur un point, aïe donc, die donc..., tape donc..., tu me suivras donc toujours..., tortille donc, tortille donc,.., va donc toujours, toujours, toujours... »
Ramené dans sa cellule, il continue à marcher avec vivacité, mais il ne parle plus que pour prononcer quelques mots de loin en loin.
Dans l'intervalle de ma première et de ma deuxième entrevue avec lui, il avait dit aux gardiens que je m'étais joint à Césarine pour le persécuter, qu'il entendait ma voix comme celle de son interlocutrice ordinaire, et qu'au lieu d'un seul persécuteur il en avait deux maintenant.
Je rattache à cette partie de mon expertise l'interrogatoire subi par J... le 6 septembre dernier devant M. le juge d'instruction.
Aux questions relatives aux nom, prénoms, à l'âge, à la profession, l'inculpé a fait les réponses absurdes
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et grossièrement contradictoires qui suivent et que n'eût certainement pas faites un véritable aliéné dont on eût pu fixer l'attention :
« Je me nomme Anna Benoist, âgé de quarante-trois ans, charcutier, né à Rennes en 1854 ou 1855, fils de Bébi Leroy et Marie-Jeanne Ledubie, marié avec Joséphine Gravaut, vingt-quatre enfants, ne sais ni lire ni écrire. »
D. Depuis quand avez-vous quitté Rennes?
R. Depuis six mois.
D. Le livret que je vous présente vous appartient-il?
R. Non.
D. Ne sortez-vous pas de l'asile de...?
R. Je n'y suis jamais allé.
D. N'avez-vous pas volé hier à Angers un pantalon en drap noir, une paire de brodequins et un chapeau appartenant au sieur Delaunay?
R. Je ne me rappelle pas avoir couché avant-hier à Angers. Je ne crois pas avoir volé les objets dont vous me parlez, car j'étais vêtu et chaussé. J'étais hier à Nantes, l'où on a assassiné ma sœur.
D. N'avez-vous pas volé hier, commune de Sainte- Gemmes, 20 francs et divers effets d'habillement au préjudice du sieur Planchenault?
R. J'avais de l'argent sur moi. J'ai volé 60,000 francs à Nantes et j'ai tué deux canards.
Nous croyons inutile de continuer le présent interrogatoire.
Dans les premiers interrogatoires que j'ai fait subir à l'inculpé, il a fait à la plupart de mes questions des réponses analogues.
D'après les données qui précèdent, le doute ne me
semblant plus possible sur le caractère simulé de l'aliénation mentale offerte par J..., j'ai cru devoir, avant de m'engager dans une nouvelle phase d'examen, écrire à M. le juge d'instruction la lettre ciaprès :
« Sainte-Gemmes, 28 septembre 1866.
« A M. Peltier, juge au tribunal, y remplissant les fonctions de juge d'instruction, pour le titulaire en congé.
« Monsieur,
« Il résulte du premier examen auquel je me suis livré, suivant votre ordonnance, de l'état mental de l'inculpé J..., que cet individu simule la folie. Mais, avant de pouvoir déduire dans un rapport les raisons qui ne me semblent laisser aucun doute à cet égard, et de manière à éclairer complètement votre religion, j'ai besoin de l'observer encore une quinzaine de jours. Il ne serait pas impossible, d'ailleurs, que, dans ce délai, le prévenu, à qui je crois avoir fait comprendre déjà que la science ne pouvait pas être dupe de ses efforts, jetât le masque et renonçât à son système.
« Je crois pouvoir affirmer, en tout cas, dès à présent, qu'27 n'est nullement aliéné, et j'ajoute même que rien ne me sera plus facile que de le prouver.
« J'ai l'honneur d'être, etc. »
Changeant de système dans les entrevues que j'ai eues avec l'inculpé, après l'envoi de cette lettre, je me suis attaché tout d'abord, par des déclarations fermes
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et appuyées sur des raisonnements que je me suis efforcé de rendre simples et faciles à saisir, que je n'étais pas dupe de son jeu; que sa folie n'était et ne pouvait être que simulée; que l'expérience acquise par moi dans l'exercice prolongé de mes fonctions spéciales ne pouvait me laisser aucun doute à cet égard: que, mon rapport devant conclure dans ce sens, le fait d'avoir simulé la folie ne pourrait être considéré que comme une circonstance aggravante; qu'il devait renoncer à l'espoir d'obtenir une ordonnance de non-lieu et d'être transféré dans une maison d'aliénés d'où il lui eût été, on le sait par l'expérience, plus facile de s'évader; qu'il s'exposait d'ailleurs, par la longue et forte tension d'esprit qu'exigerait de lui la continuation de son rôle de simulateur, à devenir réellement fou.
Pendant que je lui parlais ainsi, l'inculpé continuait, il est vrai, son jeu; mais il était évident pour moi, d'après une certaine expression de sa physionomie, que, tout en s'y livrant, il ne perdait pas une seule de mes paroles, qu'il se livrait même un combat intérieur et n'était retenu sur la pente des aveux que par la crainte de tomber dans un piège.
Après m'avoir prêté une fois une attention soutenue, il s'exalte tout à coup en disant : Je veux être condamné, qu'on me condamne, je veux aller à l'échafaud, qu'on m'y conduise, je le veux, je le veux.
Trois entrevues ayant eu lieu sans que l'inculpé modifiât plus sensiblement que je viens de le dire sa manière d'être, j'eus recours à l'expédient suivant qui m'a parfaitement réussi, pour l'amener à jeter le masque.
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Ayant prié M. le Dr Faucher, médecin-adjoint de l'asile, et MM. Chauvin et Fabre, mes internes, de m'accompagner à la prison, suivant le désir qu'ils m'en avaient d'ailleurs témoigné, je profitai de leur présence pour m'étendre devant l'inculpé , mais en m'adressant spécialement à eux, sur les raisons qui ne me semblaient laisser aucun doute sur la simulation et qui ne les frappaient, d'ailleurs, pas moins que moi.
Je reproduisis dans cette circonstance, en leur donnant un caractère plus scientifique, les observations que j'avais plusieurs fois adressées à J..., et j'insistai surtout, en citant des exemples vrais ou fictifs, sur le danger que courait la raison des simulateurs de folie et sur l'impossibilité pour lui de continuer son rôle pendant une expertise peut-être fort longue, car mon intention était d'attendre qu'il eût jeté le masque pour faire mon rapport.
La forme nouvelle sous laquelle ces réflexions étaient présentées, jointe à l'adhésion qu'elles recevaient de mes interlocuteurs, nous sembla, à de certains signes, produire un tel effet sur l'esprit de l'inculpé, que nous partîmes avec la conviction que, dans l'entrevue suivante, et lorsque je serais seul avec lui, il me ferait l'aveu de sa simulation et la cesserait au moins vis-à-vis de moi. Je me hâte d'ajouter que nos prévisions se sont pleinement réalisées, ainsi que l'on peut en juger par les détails qui suivent :
Dans l'entrevue suivante, je retrouvai un tout autre homme, et si je fus moins frappé du changement qui s'était opéré dans la physionomie de J..., c'est que l'égarement des traits chez les simulateurs de folie
n'ayant rien que de factice et d'apparent, le changement d'expression qui résulte de la cessation du rôle est moins frappant que celui qui s'opère chez le véritable aliéné, sous l'influence du retour à la raison.
J... convient de la simulation, tout en cherchant à soutenir que sa tête n'est pas bien normale, et me fait plusieurs raisonnements qui témoignent évidemment de l'intégrité de sa raison.
J'ajoute que, tout en se montrant prolixe et diffus dans ses paroles, J..., dans toutes les entrevues que j'ai eues avec lui depuis qu'il a cessé son rôle de simulateur, m'a donné toutes les preuves de la plus parfaite lucidité.
Je reproduis ici la partie essentielle des interrogatoires que je lui ai fait subir, et dont le résultat contraste si visiblement avec celui des précédents.
D. Quels sont vos nom et prénoms?
R. J... Armand.
D. Où êtes-vous né?
R. A Vitré (Ille-et-Vilaine).
D. Quel âge avez -vous?
R. De vingt-sept à vingt-huit ans. Je ne me rappelle pas exactement l'année de ma naissance; je sais seulement que c'était au mois de mai.
D. Quelle est votre profession?
R. Jardinier-fleuriste d'abord, puis domestique, garçon d'hôtel.
D. Savez-vous lire et écrire?
R. Un peu.
D. Avez-vous votre père et votre mère?
R. Non, ils sont morts.
D. De quelle maladie?
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R. Ma mère est morte d'une maladie comme une autre. « Mais, » ajoute-t-il après quelques moments d'hésitation et de réflexion qui me prouvent que l'assertion suivante est préméditée pour corroborer le fait d'une folie réelle par l'existence d'antécédents héréditaires, « mon père est mort, m'a-t-on dit, d'une fièvre cérébrale. »
D. Avez-vous des frères et des sœurs?
R. Six frères et cinq sœurs. Il sont tous mariés. J'en ai à Laval, à Rennes, à Paris. J'ai une sœur dont le mari est chef de gare au chemin de fer de Lyon. Ce dernier est venu me voir à l'asile de...
D. Y a-t-il eu des aliénés ou des épileptiques dans votre famille?
R. Je ne l'ai pas entendu dire.
D. Expliquez-moi comment vous avez été placé dans des asiles d'aliénés?
R. J'étais garçon à l'hôtel de l'Europe, au Havre, lorsque j'ai été entraîné par une femme de charge et le chef de cuisine du même hôtel qui s'étaient emparés d'une certaine quantité de vin et d'autres objets. Arrivé à Paris avec eux, je m'en suis séparé pour aller au Mans, où j'ai été arrêté pour m'être introduit dans des voitures de chemin de fer, sans billet; de là j'ai été conduit à Angers, puis d'Angers à..., et de là à..., dans la prison de cette ville. J'ai été examiné par M. le docteur..., et j'ai été placé ensuite à l'asile de... J'ai entendu dire que mes deux complices ont été condamnés plus tard, l'homme à cinq ans de prison, la femme à un an.
Je borne là cette reproduction de réponses dont je suis loin dé garantir la sincérité, mais qui témoignent tout au moins d'une parfaite lucidité.
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L'inculpé me confesse, d'ailleurs, ses désordres de conduite en disant : « C'est le vin qui me perd; quand j'ai bu je ne me connais plus. » Il m'a paru enfin très préoccupé de la suite qui allait être donnée à son affaire, et m'a demandé plusieurs fois si je pensais que ce fût une affaire de cour d'assises et qu'il dût comparaître bientôt.
Ayant appris qu'en dehors de ses entrevues avec moi, J... manifestait encore dans sa cellule une certaine agitation, je lui en parlai en faisant ressortir ce qu'il y avait d'inconséquent à faire le fou vis-à-vis des gardiens et à être raisonnable et conscient devant moi. Il opposa à mes assertions des dénégations absolues en convenant, toutefois, d'un certain degré d'excitation, mais en l'attribuant aux préoccupations légitimes que lui causait sa situation. Toutefois, il persista dans son. système, et il y a lieu de présumer que J... espérait encore exploiter le stratagème de sa folie simulée visà-vis du médecin de la prison, des gardiens et même peut-être aussi vis-à-vis du tribunal. Il serait possible aussi qu'à défaut de toute illusion sur le résultat de son jugement, il se fût bercé de l'espoir que son antécédent de folie lui servît après sa condamnation à obtenir son transfèrement de sa prison dans un asile, d'où il s'évaderait plus facilement. (On verra plus loin que cette prévision s'est réalisée.)
Notons, en terminant ce qui se rapporte à l'examen direct de l'inculpé, que, tout en continuant à jouer le rôle de la simulation dans sa cellule, il l'avait prudemment réduit à un degré qui n'avait plus rien de très pénible et de très fatigant.
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