‹ Des maladies mentales et nerveuses (volume 3)Chapitre 32 sur 46 · AFFAIRE LACOSTE · texte numérisé non relu

AFFAIRE LACOSTE

La grave affaire qui a fait l'objet du rapport ci-après ayant soulevé une des questions les plus délicates que le médecin légiste soit appelé à résoudre, celle des caractères distinctifs de la passion et de la folie considérées comme élément de causalité dans la perpétration de certains crimes, nous avons pensé qu'il ne serait pas sans intérêt d'en publier la relation. D'un autre côté, on comprendra que nous soyons désireux de soumettre au jugement de nos confrères le résultat d'appréciations qui engageaient notre responsabilité au point de faire dépendre l'existence d'un homme de l'avis que nous allions exprimer. Il nous a semblé, d'ailleurs, que l'accueil fait à nos conclusions, en conformité desquelles la cour a rendu une ordonnance de non-lieu en faveur de l'inculpé, et provoqué la séquestration dudit dans un asile d'aliénés, n'était pas un résultat indifférent pour l'honneur et le prestige de notre profession.

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Assassinat.

Nous, soussignés, docteurs en médecine de la faculté de Paris, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu d'Angers, directeur, médecin en chef et médecin adjoint de l'asile public d'aliénés du département de Maine-et-Loire, commis par ordonnance de M. le juge d'instruction, en date du 24 mai 1860, à l'effet de constater l'état mental du nommé Lacoste (Jean), prévenu d'assassinat sur la personne de sa femme, après nous être transportés aussi souvent que cela nous a été nécessaire pour remplir notre mission à la prison d'Angers, où nous avons été chaque fois mis en présence de l'inculpé, soit dans sa cellule, soit dans la chambre d'instruction, avons consigné le résultat de notre examen dans le rapport ci-après, qui se divise en cinq parties, à savoir :

1° Historique l'affaire;

2° Antécédents de l'inculpé et commémoratifs ;

3° Examen direct de l'inculpé ;

4° Appréciation médicale ;

5° Conclusions.

HISTORIQUE DE L' AFFAIRE

Pour cette partie de notre rapport, nous ne pouvons que reproduire ici le récit que fait de son crime l'inculpé lui-même, dans l'interrogatoire qu'il a subi le 14 mai devant M. le juge d'instruction, et la déposition du nommé Emmanuel Couet, son ouvrier.

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Interrogatoire de Lacoste.

D. Racontez-nous ce qui s'est passé hier soir chez vous.

R. Il y a vingt et un mois que je suis marié ; j'ai fait bon ménage avec ma femme, si ce n'est depuis trois semaines que je suis comme fou par suite des misères qu'elle me fait; elle voulait toujours avoir le dernier mot dans les discussions.

Vendredi dernier, M. le curé, auquel j'étais allé conter mes peines, est venu à la maison pendant que ma femme était en haut, et il m'a demandé si je voulais qu'il allât lui parler; je lui ai répondu avec colère que je ne savais pas s'il voulait donner de bons ou de

mauvais conseils, et je lui ai dit de f le camp. Ma

femme avait dû entendre cette scène ; elle m'a dit que je pouvais bien empêcher M. le curé de monter, mais que je n'aurais pas dû le faire aussi insolemment. Notre mauvaise humeur a duré toute la soirée ; mais il n'y a pas eu de violences. Samedi matin, je suis parti pour Angers, pour chercher un ouvrier, et aussi avec la pensée d'aller trouver mon frère à Chantenay, près de Nantes, pour lui conter mes peines. Étant auprès de la gare, j'ai vomi de la bile ; puis j'ai rencontré Bêché, marchand de faïence à Brissac, qui m'a fait quelques observations, et je suis revenu ici en rapportant 40 centimes d'huile de ricin. Samedi soir, nous avons encore eu, ma femme et moi, quelques explications. J'ai dit à ma femme que, puisque nous ne pouvions plus vivre ensemble, il fallait que l'un de nous deux s'en allât; elle s'est mise à pleurer en me

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priant de parler moins haut. Comme je ne crains pas que ce que je fais soit connu de tous, je suis allé à la fenêtre que j'ai ouverte. Ce qui prouve que ma femme est une filouse, c'est que, pendant que j'étais à la fenêtre, et qu'elle était restée dans son lit, elle jetait des cris comme si je lui avais fait du mal. Elle s'est levée, alors je l'ai poussée par derrière vers la fenêtre; puis, comme j'en ai la force, je l'ai soulevée, mais très peu haut, en lui penchant la tête et les épaules en dehors de la fenêtre. Je ne songeais pas le moins du monde à la jeter dans la rue ; c'est dans ce moment que, sans le vouloir, j'ai cassé le carreau avec mon coude.

Hier, ma femme me dit, dans un moment de discussion, que je passerais entre quatre- z-y eux \ mon ouvrier a dû entendre ces mots ; cela m'a fait supposer qu'elle s'entendait avec quelqu'un qui lui donnait de mauvais conseils, et qu'on pourrait bien venir se jeter sur moi la nuit. De peur qu'il n'y eût quelqu'un dans le grenier au-dessus de notre chambre, j'avais mis un bois au travers de la trappe ; de plus, j'avais mis sur ce bois plusieurs morceaux de verre, afin de savoir si quelqu'un ne chercherait pas à lever la trappe pour descendre dans la chambre.

Environ dix minutes avant le crime, étant couché à côté de ma femme depuis environ un quart d'heure, j'ai entendu tomber un des morceaux de verre; je me suis levé et je suis descendu; j'ai pris un verre de boisson, et je suis remonté avec un de mes tranchets que j'ai placé par terre auprès du lit, puis je me suis recouché, bien décidé à la tuer. Elle m'a demandé ce que j'étais allé faire en bas ; je lui ai dit que j'étais

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allé boire ; j'ai mis le pied hors du lit afin de prendre mon tranchet et un bouchon en bois, que j'avais également pris. J'ai mis le tranchet dans le bouchon, afin de ne pas me blesser et de ne pas déchirer les draps. Je ne sais pas bien ce que ma femme m'a dit en ce moment-là. Vous pensez bien que, quand on va faire un coup comme cela, on n'a pas bien la tête à soi. Je ne crois pas qu'elle ait vu mon tranchet. Je ne lui ai pas dit que j'allais la tuer, parce que je me défiais d'elle. Je ne sais pas bien comment je l'ai attirée hors du lit, ni si elle s'y est prêtée dans une intention que j'ignore; mais c'est par terre que je l'ai frappée au cou avec mon tranchet. Je ne sais pas combien de coups j'ai portés; je crois bien que c'est après le premier coup que je lui ai porté qu'elle m'a saisi à la main, et m'a fait les égratignures que vous voyez; elle a crié un peu, mais pas bien haut, ni longtemps. Ma femme avait* perdu ma confiance depuis quinze jours ; c'était une filouse, et si je ne l'avais pas tuée, c'est elle qui m'aurait tué. »

Durant cette partie de son interrogatoire, l'inculpé a fait entendre à plusieurs reprises des gémissements, en se plaignant qu'il allait perdre sa clientèle, et qu'il ne pourrait retrouver un pareil établissement.

« Après que j'ai eu fait le coup, » reprit-il, « j'ai pensé que r homme entre quatre-z-yeux pourrait bien être là et me tuer d'un coup de pistolet, et, comme je voulais vivre pour élever mon enfant, j'ai eu peur. Alors j'ai vidé en partie le coffre qui est au pied de mon lit, et je me suis enfermé dedans, puis je me suis décidé à en sortir. C'est en levant le couvercle que j'ai cassé ou décloué une des charnières; alors je suis descendu ayant h 25

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mon tranchet à la main ; j'ai demandé à mon ouvrier s'il avait entendu un cri, et je lui ai dit que j'avais tué ma femme. Il a eu très grand'peur, et il s'est enfui, après toutefois m'avoir recommandé de changer de chemise ; j'ai mis un pantalon et une chemise blanche, et je suis sorti. J'ai d'abord frappé à la porte de M. Dénécheau, premier conseiller municipal; il est venu à sa porte, et je lui ai dit que j'avais tué ma femme. Il m'a dit : « Malheureux, qu'avez-vous fait là?» Je suis parti courant comme un fou sur la route de Brissac; je songeais à prévenir la gendarmerie; mais, au bout de 4 ou 500 mètres, j'ai changé d'avis, et je suis revenu, toujours courant comme un fou, avec la pensée d'aller voir mon enfant, qui est chez mon beaupère à Thouarcé. Je n'ai jamais pu trouver ma route, et j'ai couru toute la nuit. Vers le milieu de la nuit, j'ai aperçu un homme qui m'a semblé vêtu en noir ; j'ai cru qu'il fonçait sur moi ; je me suis alors penché pour bien suivre ses mouvements; j'avais à la main un tranchet, non pas celui avec lequel j'ai tué ma femme, mais un autre que j'avais pris en partant de chez moi, afin de me défendre si j'étais attaqué; je me suis caché derrière des bâtiments et blotti sous des madriers ; mais le chien m'ayant senti, j'ai craint qu'on ne me donnât un coup de fourche, et je suis parti. En ce moment, j'étais sans pantalon et sans souliers, parce que, auparavant, j'étais tombé dans un fossé plein d'eau, et que j'avais quitté mon pantalon qui me gênait pour marcher. J'étais parti de chez moi sans souliers.

« Lorsque le jour est venu, j'ai frappé à deux portes en demandant à boire et un pantalon. A la première»,

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on m'a refusé; mais à Ghavagnes, on m'a donné un verre d'eau et le pantalon que vous voyez. Je crois que c'est dans cette maison que j'ai raconté le mauvais coup que je venais de faire. Enfin, je me suis rendu chez M. le juge de paix de Thouarcé. »

D. Nous avons remarqué à la saignée de votre bras gauche une incision qui paraît faite avec un tranchet, et que le médecin dit avoir été faite intentionnellement. Quand et comment cela s'est-il fait?

R. Je vous affirme que je ne l'ai pas fait exprès: c'est en descendant l'escalier après le crime, que je me suis touché le bras avec mon tranchet ; il est vrai que j'ai songé à me tuer, mais le courage m'a manqué. D'ailleurs, ce n'était pas de cette façon que je l'aurais fait : je me serais tiré un coup de pistolet dans la tête ou donné un coup de tranchet dans le cou. »

A ce moment, l'inculpé nous a, pour la seconde fois, dit qu'il se trouvait très faible et avait besoin de manger, et il termine en disant :

« Je n'ai jamais été condamné. »

Nota. — A deux reprises différentes, vers le commencement de son interrogatoire, Lacoste, qui nous regardait, ainsi que les gendarmes, avec une agitation mêlée d'inquiétude, a dit : « Si on me condamne à mort, qu'on me le dise, pour que je m'arrange de manière à ne pas souffrir. »

Déposition de Couet [Emmanuel).

« Je suis, depuis samedi, ouvrier chez Lacoste; mon lit était en bas, et celui des époux Lacoste au premier étage. Dans la nuit de samedi à dimanche, j'ai entendu

presque constamment parler dans la chambre. Hier matin, la femme m'a dit que son mari Pavait menacée de la jeter par la fenêtre.

« Hier, je les ai entendus se quereller à propos de l'enfant de Lacoste. Le père reprochait à sa femme d'avoir frappé son fils, et elle disait qu'elle le frapperait encore pour le corriger. C'est la seule réponse un peu vive que j'ai entendu faire à la femme. Hier matin, vers quatre heures, et ensuite vers six heures, Lacoste a pris de l'huile qu'il m'a dit être de l'huile de ricin ; vers huit ou neuf heures, il m'a demandé du tabac qu'il a mis dans sa bouche, afin, m'a-t-il dit, de se faire vomir. Je l'ai vu aussi se mettre les doigts dans la gorge pour se faire renverser, et, après qu'il a eu vomi, il m'a dit que sa femme avait mis quelque chose dans une bouteille à liqueur pour l'empoisonner, et que c'était cela qui occasionnait ces vomissements. Gomme il cherchait souvent querelle à sa femme, elle lui a répondu une fois qu'il était fou; il lui dit qu'il lui ferait voir s'il était fou, et qu'il la mordrait d'une drôle de manière.

« Hier soir, les époux Lacoste sont allés après souper chez un voisin qu'on m'a dit être M. Dénécheau. Ils sont rentrés vers neuf heures et demie, et sont montés dans leur chambre. Environ une demi-heure après, Lacoste est descendu avec une lumière, m'a demandé si je dormais; il a bu un verre de boisson, puis il est allé, sous prétexte de prendre des allumettes, vers la cheminée, et c'est à ce moment qu'il a dû prendre un des tranchets qui s'y trouvaient repassés. Il est remonté; à peine était-il rentré dans la chambre que j'ai entendu deux cris pas très forts et un troisième cri

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étouffé. J'ai encore écouté quelques instants, et n'entendant plus rien, je me suis levé tout tremblant. J'ai cherché mon pantalon, et je venais de le mettre quand Lacoste est redescendu, ayant dans sa main gauche la chandelle et dans sa main droite son tranchet. Sa chemise était couverte de sang ; il m'a dit qu'il venait de tuer sa femme, ajoutant : « Elle a bien voulu m'empoisonner ; je périrai sur l'échafaud ; mais elle est morte la première. Est-ce que je n'ai pas bien fait ?» — J'avoue que j'avais très grand'peur, et que j'ai répondu qu'il avait bien fait de la tuer si elle le méritait ; puis il m'a dit de l'aider à l'emporter sans me dire où. N'ayant qu'un désir, celui de m'échapper, je l'ai engagé à commencer par changer de chemise, en lui disant que, pendant ce temps, j'allais aller gâter de l'eau. Je suis sorti sous ce prétexte, et me suis sauvé jusque chez M. Cerisier. Lacoste y est venu quelques instants après, il a voulu entrer, mais nous nous sommes mis trois à tenir la porte en dedans, et il a fini par s'en aller. »

Nous croyons devoir compléter l'exposé historique de l'affaire par un extrait du rapport du Dr Reullié, constatant l'état du cadavre de la femme Lacoste, et par un extrait du procès-verbal dans lequel M. le juge d'instruction, accompagné de M. le procureur impérial, a constaté l'état des lieux où le crime a été commis.

Extrait du rapport de M. Reullié.

« Introduit, ainsi que les autorités civiles et militaires requises à ce sujet, dans la chambre à coucher des époux Lacoste, située au premier étage, j'ai trouvé le

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cadavre de la femme Lacoste étendu sur le dos, dans un état de rigidité cadavérique complet, sur le pavé de l'appartement, recouvert seulement de sa chemise et d'un manteau de nuit, au milieu d'une vaste mare de sang à demi-coagulé. Après l'avoir déshabillée, j'ai pu m'assurer qu'il n'existait sur le corps et les membres aucune blessure récente ou ancienne. La partie inférieure du visage, le cou (sur les quatre faces) portaient les blessures suivantes, au nombre de huit :

« 1° A la partie moyenne de la lèvre inférieure existe une blessure large d'un centimètre et longue de six à sept centimètres, se prolongeant sur la partie moyenne de la branche droite de l'os maxillaire inférieur jusqu'au-dessous de l'angle de la mâchoire, où existe une petite plaie, qui paraît avoir été faite par la pointe de l'instrument qui a glissé sous la peau, depuis l'os jusqu'à la partie moyenne et latérale du cou.

« 2° A la partie antérieure et inférieure de la gorge (au niveau de la trachée), au-dessus du bord supérieur du sternum, on voit une blessure à ouverture béante, d'une largeur de quatre centimètres et d'une profondeur à peu près égale.

« 3° Au-dessous du lobule de l'oreille (à droite et à gauche) et au-dessus de l'.angle de l'os de la mâchoire inférieure, existent deux blessures larges au moins de trois centimètres et d'une profondeur de cinq ou sept centimètres, et dont les deux extrémités internes ont dû se rencontrer à peu près à la partie moyenne du cou, en passant devant les vertèbres cervicales. Les veines jugulaires, les artères carotides, à droite et à gauche, coupées par l'instrument dont on s'est servi, ont laissé échapper une quantité de sang tellement

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considérable, à cause de la grosseur de leur calibre, que la mort a dû être pour ainsi dire instantanée.

« 4° Enfin, trois blessures, larges de trois centimètres environ, existent à la partie postérieure du cou, depuis la racine des cheveux jusqu'aux premières vertèbres dorsales. Une de ces blessures pénètre jusqu'aux vertèbres cervicales et les autres dans les muscles des faces latérales du cou.

« Il est raisonnable de supposer que c'est en portant ces derniers coups que l'assassin a ébréché son tranchet par la rencontre des surfaces osseuses.

« De la nature de ces blessures, qui toutes ont été faites avec un instrument pointu et très tranchant, et dont la conformation se rapporte parfaitement à la forme d'un tranchet, de leur position à chacune, je conclus que la femme Lacoste n'a pu se suicider, et que sa mort est le résultat d'un crime. »

Extrait du procès-verbal de M. le juge d'instruction constatant ïètat des lieux.

« La maison des époux Lacoste est située au milieu du bourg de Vauchrétien. Au rez-de-chaussée se trouve une chambre dont la porte et la fenêtre donnent directement sur la rue; elle contient un lit où couchait l'ouvrier de Lacoste ; le drap recouvrant le traversin, au bord extérieur, est taché de sang, ce qui peut s'expliquer par cette circonstance que Lacoste s'y serait couché un instant après le crime et le départ de son ouvrier

« A gauche en entrant, et en face de la fenêtre, est placé un lit, celui des époux Lacoste. Entre le pied du lit et la porte est placé un coffre aux trois quarts

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vide, dont le dessus, se levant au moyen de charnières, est placé de travers ; une des charnières en est détachée. Devant ce coffre et vers le milieu de la chambre, nous voyons une grande quantité d'effets que Lacoste nous a dit avoir jetés hors du coffre, afin de s'y cacher après le crime.

« En face de la porte d'entrée, au plancher qui domine cette chambre, on voit une trappe destinée à se soulever et à donner accès au grenier, au moyen d'une échelle que nous avons trouvée dans une autre partie de l'habitation.

« Au-dessous de cette trappe, on voyait fixée horizontalement à des clous et à l'aide d'un fil de fer, une trique dont les deux bouts, dépassant la trappe, ne permettaient pas à une personne placée dans le grenier de la soulever. Sur cette trique, Lacoste nous a dit avoir placé des morceaux de vitre qui, ainsi peu solidement posés, devaient tomber à la première secousse de la trappe, et même au moindre ébranlement de la maison; quelques morceaux étaient déjà tombés sur le sol, et d'autres sont tombés sur l'un des gendarmes.

« Le grenier est séparé de celui d'une des maisons voisines par une sorte de treillage de bois peu solide, et au milieu duquel, à la hauteur de près de deux mètres, se trouve une ouverture pouvant donner passage à une personne assez mince. »

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