SEANCE DU 28 FEVRIER
M. Blanche observe que la conduite du médecin doit varier suivant qu'il se trouve en présence d'un malade atteint d'une forme curable ou bien d'une forme incurable d'aliénation mentale. Toutes les fois qu'il y a urgence, et si le mal abandonné à lui-même doit entraîner la mort du patient, dans un cas de hernie étranglée, par exemple, la règle est d'opérer.
D'après M. Lunier, la question principale consiste à savoir quel est le droit du médecin en présence d'un aliéné qui se refuse à être opéré, quand il y a nécessité.
Dans le cas de placement volontaire, on doit consulter la famille ; pour les placements d'office le médecin est le juge de la situation et décide conformément aux règles scientifiques. Si l'affection chirurgicale est antérieure au début de l'aliénation et l'opération facultative, on doit hésiter; dans un asile public, le droit du médecin en pareil cas est absolu ; quant à son devoir il varie selon les circonstances.
M. Voisin s'étonne que l'on ait voulu faire prévaloir l'opinion que chez les aliénés une pneumonie pouvait exister sans fièvre ; en effet, si le pouls est parfois peu fréquent, en plaçant un thermomètre dans l'aisselle, on trouve une élévation de la température, ce qui caractérise la fièvre ; il y a une seule exception à
cette règle, c'est quand une pneumonie se présente chez un individu urémique : alors il peut y avoir un abaissement notable de la température.
M. Lunier fait observer que le sens du mot fièvre a varié Autrefois, pour que Ton reconnût l'existence de la fièvre , il fallait qu'il y eût à la fois une élévation de la température de la peau et une accélération du pouls ; or il est certain que chez des aliénés atteints de pneumonie, on a noté quelquefois que le pouls donnait 60 à 65 pulsations à la minute, et que la température de la peau appréciée au toucher paraissait normale.
M. Delasiauve a remarqué que dans l'engouement pulmonaire il y avait peu de fièvre.
M. Loiseau se souvient avoir traité des malades, chez lesquels le pouls était peu élevé, la peau fraîche, avec une pneumonie évidente ; entres autres, un soldat du Val-de-Grâce, atteint de lièvre typhoïde avec pneumonie double, avait 66 pulsations par minute, et le tégument cutané était frais au toucher ; en un mot, rien n'indiquait chez lui la fièvre ; on n'a pas placé de thermomètre dans l'aisselle ou dans le rectum pour apprécier la température.
Suivant M. Falret les deux faits sont conciliables : chez les aliénés, les maladies aiguës peuvent suivre leurs cours sans réaction fébrile notable ; mais depuis la découverte de Laennec, l'auscultation permet de reconnaître les caractères physiques d'une inflammation aiguë des poumons sans fréquence du pouls et chaleur cutanée : chez quelques aliénés, les maladies internes ne suivent pas toujours la même marche que chez les personnes arrivées à la période moyenne de la vie : on sait que la pneumonie des vieillards diffère en plusieurs points de la pneumonie des adultes : il en est de même pour les aliénés.