SUR LA
PARALTSIE GÉNÉRALE
DES âUÉNÉS
^e Mémoire a été publié dans lé cahier des Armàles médico- P^U<^logique$ d*octobre 1850. Nous relevons cette date parce 90 elle résout en notre faveur une question de priorité relativement à ridée première de Tépilepsie larvée, idée première ^^^ Se trouve implicitement contenue dans le passage ci-après : ^ Ce n*est point le lieu de rechercher, malgré Tintérôt que ^Urrait offrir un semblable travail : quels sont les rapports qui ^^stent entre les attaques d*épilepsie et les accès de fureur ; si, ^me j'espère le démontrer dans un prochain Mémoire, ces ^^^8 de fureur, au lieu d'être consécutifs & l'accès d'épilepsie, ^ seraient pas souvent une des formes multiples que peut ^^ètir Tatteinte du mal épileptique ; en d*autres termes, si les J^<^ d'épilepsie et de fureur ne seraient pas deux formes ^ ^ccès du même mal, deux effets différents de la même cause, ^^ lieu d'être unis entre eux par une relation de cause &
M. Jules Falret, exprimait quelques années plus tard, la même
donnée dans les termes qui suivent après avoir réagi contre la
^'^^^iôre de voir qui avait prévalu jusqu'alors : « Quand on se
PWe, au contraire, » dit ce savant médecin, « au point de vue
que nous avons cherché à faire prévaloir, on n*envisage plus de la môme façon les relations qui existent entre Tépilepsie et la ^ folie. On admet l'existence d'une folie ou d'un délire épileptique, ayant des caractères spéciaux, et Ton croit qu'il est possible de remonter de la connaissance de ce délire & celle .de Taffection convulsive elle-même. Dès lors, on ne considère plus le délire et la convulsion comme deux maladies distinctes, mais, comme deux manifestations diverses d*un môme état morbide, qui peuvent exister séparément ou simultanément, alternent ou se succèdent à courts intervalles, mais qui ont au fond la môme signification pathologique. »
Le lien qui unit l'épilepsie larvée que Morel devait plus tard signaler et étudier, à une telle manière d'envisager les rapports de l'épilepsie et de la folie considérée dans la fureur qui en est la plus haute expression, est facile à apercevoir.
Du moment, en effet, où l'on admet que le délire et la convulsion constituent deux expressions symptomatiques d'un môme mal, ce qui a conduit M. Jules Falret à admettre un mal intellectuel qu'il distingue, comme le mal convulsif, en grand et petit mal ; et de môme qu'il existe des cas d'épilepsie dans lesquels la maladie est indéfiniment caractérisée, par des attaques du mal convulsif, on se demande pourquoi il n'en existerait pas dans lesquelles elle ne le serait pendant très longtemps, si ce n*est toujours, par le mal intellectuel, c'est-à-dire par le délire. De là l'épilepsie larvée.
Le mérite de Morel a été d'établir qu'il existait une variété d*épilepsie dans laquelle les accès, au lieu de revêtir la forme convulsive ou la forme mixte comme dans l'épilepsie ordinaire, revôient4oujours la forme exclusivement délirante ou mentale, et d'avoir fait, en quelque sorte» de cette variété d'épilepsie une entité spéciale.
Nous aurons occasion de revenir sur cette question dans un autre travail, à propos de la discussion qui s'est ouverte au sein de la Société médico-psychologique sur l'épilepsie larvée, dans la séance du 31 mars 1873.
Ce Mémoire se divise en deux parties : la première a pour objet l'étude de Tétat mental qui accompagne d*ordinaire la paralysie générale. La deuxième est relative à un cas de paralysie générale, suivi de guérison.
t» De VéUiÈ VÊcnUd qol accompagne d'ordinaire
la paralysie générale*
Malgré les importants travaux qui ont été publiés sur la paralysie générale, et en tête desquels il faut toujours citer le livre de M. Calmeil, le dernier mot n'a pas encore été dit, même sur la symptomatologie de cette affection qui est cependant la partie la plus a.vancée de son histoire, et il reste encore quelques points à élucider ou à compléter : telle est entre a.utres l'étude de l'état mental co existant. C'est ce que nous allons tenter dans le cours de ce Mémoire.
Mais, avant tout propos, et malgré notre désir de nous renfermer exclusivement dans notre objet, nous ne pouvons nous dispenser de faire quelques réflexions sur la dénomination de paralysie générale des aliénés que nous avons conservée. Nous n'ignorons pas que, dans ces derniers temps, on a proposé de lui substituer celle de paralysie générale progressive; nous nous empresserions même d'adopter cette dernière dénomination, car elle nous semble préférable à plusieurs égards, si elle n'avait à nos yeux le tort grave d'ôter à la maladie à laquelle on l'applique, ce caractère de spécialité qui semble en faire une complication essentiellement inhérente à la marche de la folie. Nous sommes loin, cependant, de contester l'existence de la paralysie générale chez des individus parfaitement sains d'esprit, nous croyons même que cela est incontestable ; mais il nous sera bien permis, je pense, d'admettre que la paralysie générale sans déhre n'est pas la paralysie générale des aliénés. Or, les auteurs qui ont écrit sur cette dernière affection, ont eu pour
but d'appeler Tattention des aliénistes sur un état morbide qui surgit incidemment dans le cours de la folie, ou qui coexiste ordinairement avec elle, et dont la fréquence, surtout dans les pays septentrionaux, leur a paru telle, que la description de cette maladie devait former un chapitre à part et tout spécial dans Thistoire de l'aliénation mentale. Mais, nous ne croyons pas qu'aucun d'eux ait eu la pensée, leurs travaux, du moins, ne l'impliquent en aucune façon, de contester l'existence d'un état morbide analogue, disons mieux, identique, en dehors de toute aliénation mentale ; et s'il était besoin d'ajouter quelques faits à l'appui de la démonstration qui en a été faite dans ces Annales par M. Lunier, avec un soin peut-être trop minutieux, pour un point qui ne nous paraît pas contesté, nous en trouverions dans notre propre pratique. Cela posé, la dénomination de paralysie générale progressive laisse très peu à désirer, et nous sommes fout disposés à l'adopter, si l'on en fait une expression générale servant à désigner à la fois les cas de paralysie générale qui s'observent incidemment dans le cours de la folie, et ceux qui se présentent en dehors de toute aliénation mentale chez des individus parfaitement sains d'esprit. Mais, alors cette expression devrait être divisée, et il faudrait toujours conserver ime dénomination qui, division de la paralysie générale progressive, s'appliquât spécialement aux paralytiques aliénés. Il est inutile de dire que nous n'aurons égard, dans ce qui va suivre, qu'à la paralysie générale des aliénés.
Les aliénistes sont assez généralement d'accord sur la coïncidence habituelle d'un délire , en quelque sorte,
spécial avec la paralysie générale des aliénés. Les divergences ne portent aujourd'hui que sur le nombre des exceptions. Cette coïncidence de certaines manifestations de l'ordre moral avec certains états morbides bien déterminés de l'ordre matériel, n'est pas un des chapitres les moins intéressants de l'histoire des rapports du physique et du moral, et il n'est peut-être j>as hors de propos de démontrer qu'on en trouve plusieurs exemples dans la nosographie des délires s ym ptomatiques .
Lies médecins qui ont observé la pellagre dans le pays où elle règne endémiquement, ont été amenés à reconnaître qu'elle s'accompagne d'un état mental particulier, et en quelque sorte spécial, auquel on a donné le nom de folie pellagreuse *. Les documents et les observations que nous avons recueillis dans les lnôpitaux de Milan, de Venise et de Florence, tendent à. faire considérer cette folie comme une lypémanie sivec prédominance d'idées reUgieuses, et penchant au suicide par submersion. La plupart de ces malades sont sous le coup de terreurs religieuses ; ils se croient damnés et menacés des feux de l'enfer dont ils croient sentir les atteintes anticipées dans une chaleur bi-ûlante intérieure, qui les pousserait instinctivement, suivant l'explication du docteur Fassetta, de Venise, à rechercher la sensation de fraîcheur que donne l'immersion dans les liquides. Il ne répugne nullement d'admettre cette explication, dans certains cas au moins. Mais, en tout état de^ cause, la folie pella-
i M. Brierre de Boismont a le premier appelé rattention sur ce point il y a Tingt ans, dans son mémoire : De la pellagre et de la folie pellagreuse^ observations recueillies au grand hôpital de Milan, Paris, 1830.
greuse est, nous l'avons dit, une lypémanie religieuse avec penchant au suicide. Il resterait, toutefois, à se demander si, dans cette spécialité du délire qui accompagne la pellagre, il n'y a pas lieu de faire la part des causes morales, et de faire intervenir un élément dont la puissance ne saurait être contestée dans des pays tels que l'Espagne et l'Italie, où la religion n'est jamais exempte d'une teinte de superstition et de mysticisme, et où la folie religieuse, pour se produire, semble n'avoir à dépasser qu'une certaine limite de l'état physiologique. Quelle que soit la cause de cette coïncidence, elle existe incontestablement, et c'est là ce que je voulais établir.
Il est encore d'autres affections que la paralysie générale et la pellagre, dans lesquelles, à un moindre degré, il est vrai, le délire tend à revêtir un caractère spécial.
L'hystérie et l'épilepsie me paraissent être de ce nombre. La première de ces deux affections tend à s'accompagner d'une certaine excitation de l'instinct génésique, qui imprime assez souvent aux idées et aux volitions ce caractère d'obscénité et de lubricité que l'on est souvent étonné de rencontrer en même temps qu'un délire religieux ; alliance monstrueuse, contradictoire, que l'on ne peut expliquer qu'en admettant que la folie a relâché chez ces malades le lien de toute morale, qu'elle a étouffé le sentiment des bienséances et anéanti cette précieuse virtualité de la femme, la pudeur, qui lui donne l'idée et la force de lutter avec efficacité contre les suggestions de ses instincts. On comprend que ces instincts, ne sentant plus le frein qui les contenait naguère, fassent une
irruption désordonnée. J'ajoute que l'état mental des hystériques tend à s'accompagner de l'extase.
Quant à Tépilepsie, je ne connais rien de spécial dans Tordre d'idées qui constituent le délire qui lui est propre. J'écrivais même, en 1843, dans un mémoire sur la symptomatologie de Vépilepsie^ que a les malades peuvent présenter à la suite de leurs accès toutes les Arariétés des maladies mentales, depuis le délire le plus général avec excitation, jusqu'au délire le plus partiel. Des hallucinations de tous les sens et des illusions figurent au nombre des symptômes conséoutifs. > Mais une expérience plus longue, acquise dans plusieurs établissements, et notamment à Sainte- Gemmes-sur-Loire et dans l'asile de Blois, où le xxombre des épileptiques est relativement très considérable, me permet aujourd'hui d'affirmer que le délire de ces malades se complique assez souvent de fureur et de penchants homicides. Ce n'est point le lieu de rechercher, malgré l'intérêt que pourrait offrir \an semblable travail, quels sont les rapports qui existent entre les attaques d'épilepsie et ces accès de fureur ; si, comme j'espère le démontrer dans un prochain Mémoire, ces accès de fureur, au lieu d'être consécutifs à l'accès d'épilepsie, ne seraient pas souvent une des formes multiples que peut revêtir l'atteinte du mal épileptique ; en d'autres termes, si les accès d'épilepsie et de fureur ne seraient pas deux formes d'accès du même mal, deux effets différents de la même cause, au lieu d'être unis entre eux par une relation de cause à effet ? Je le répète, ce n'est point ici le lieu : je tenais seulement à établir que le délire
épileptique, lui aussi, tendait à revêtir parfois un caractère spécial.
Dans aucune des affections que nous venons d'énumérer, la spécialité du délire n'est aussi frappantCi aussi générale que dans la paralysie. En quoi consiste donc ce délire? Mais, ici je me sens arrêté tout d'abord : il me parait impossible de le caractériser d'un mot ; les adjectifs divers qu'on lui a successivement appliqués dans ce but, méritent tous de graves reproches : chacun d'eux ne renferme qu'un côté de la chose définie ; le véritable adjectif est encore à chercher et, en attendant que la langue s'en enrichisse, nous devons y suppléer par des développements.
L'état mental des paralytiques est spécialement caractérisé par une prédominance d'idées de bonheur, par une tendance à se glorifier, à se vanter des possessions les plus imaginaires ; par une sorte de béatitude, de jubilation, d'épanouissement entretenue par une fausse croyance à des éléments de bonheur dont la menteuse chimère fait, avec l'affreuse réalité, un contraste si navrant. Le paralytique, on le sait, nage dans un océan de volupté ; le sourire est stéréotypé sur sa figure et s'y conserve jusqu'au dernier soupir ; car, jusqu'à cette heure suprême, il ne cesse d'être inondé de ces effluves d'un bonheur infini. Inutile de dire qu'il n'a pas, en général, la moindre conscience de son état, et qu'il reste dans l'illusion la plus complète sur sa gravité. Loin de s'affecter, la plupart de ces malades croient jouir d'une véritable exubérance de santé, aberration mentale qui paraît être précisément l'opposé de celle qui caractérise l'hypocondrici Rien
de plus varié, ou le sait, que le monde des illusions qui peuplent Fesprit de ces pauvres insensés, et forment les éléments de ce bonheur chimérique dont nous parlions tout à l'heure. Mais, s'il est vrai que la population d'un asile d'aliénés forme, de par le délire, tine sorte de société imaginaire avec les distinctions de castes et de classes qui s'observent dans la société j[*éputée raisonnable, les paralytiques en forment à ooup sûr l'aristocratie avec toutes ses nuances, fmanoière, nobiliaire, de robe et d'épée. Celui-ci se croit possesseur de tous les trésors de la terre, et la Californie ouvre aussi ses mines d'or dans nos établissements. Tel s'imagine que tout ce qu'il touche se -transforme en or. Un malade^ de Vanves, croyait que tout son corps et ses excréments étaient de ce métal ; un autre, de Bicêtre, se disait pourvu d'un anus et d'un bassin en argent; un troisième, de Sainte- Gemmes, croyait faire du diamant. Tel autre se croit grand dignitaire, Dieu, roi, etc. ; et, sous ce rapport, les grands événements qui agitent ou impressionnent vivement la société, tendent à imprimer leur cachet au délire des paralytiques \ La révolution de juillet a fait surgir les ducs d'Orléans, les Louis-Philippe, les Lafayette. J'ai vu à Bicêtre, peu de temps après le vote des fortifications de Paris, un paralytique qui se disait directeur des fortifications de France. La révélation de février a multiplié, dans nos étabUssements, les miniatures des divers personnages qui ont, à des
* Cette remarque a été faite par la plupart des aliénistes et elle est spécialement consignée dans les œuvres d'Esquirol. Elle n^offre de nooreau id que son application toute spéciale à Tétat mental des paralysés généraux.
degrés divers, occupé rattention. J*ai eu dans mc^^"^ service un paralytique qui s'est dit successivemenl^P^ *• général en chef, commandant de l'armée d'Itali^^-®» Proudhon, Blanqui, Pierre Leroux, Louis Blanc, pr^^ résident de tous les clubs, secrétaire de M. Ledrwi*"^- Rollin, et qui, sur mon refus de lui faire ouvrir le^^ ^es portes, se nomma directeur de l'établissement, aprè^^'èj m'avoir destitué. Plusieurs de ces malades ayant le^^ es idées les plus saines sur leur fortune, sur leur positio: ^^=^d sociale, se font des illusions sur leurs capacités, leurr«r rs aptitudes, leurs forces, leur santé, leur puissance, leu^c->ir beauté, etc. Je me rappelle à ce propos un fait domr^*^' j'ai été témoin, au début de mes études sur les maladie ^^s mentales. M. Moreau, médecin de Bicétre, interrogeai-Sfc i^ en ma présence un paralytique. Il lui avait adressa -*^ toutes les questions propres à s'éclairer sur le délire ""^ qui devait accompagner la paralysie. Le malade répon -.^^" dait à toutes avec modestie, raison et vérité ; il s'avouai -•^^ pauvre, d'une simple origine, sans dignités, d'un^^^ -® intelligence plus qu'ordinaire, et n'avait, disait-ilic; "' d'autres ressources pour vivre que son métier de tailleur. L'habile médecin de Bicêtre désespérait de 1 trouver en défaut, lorsqu'il eut l'idée de lui demande s'il connaissait bien son état. « Oh ! oui répondit-il, avec cette emphase propre aux paralytiques, je suis le plus grand tailleur du monde. » L'impression que j'ai reçue de ce fait ne s'est point effacée, et m'a mis en garde contre une cause d'erreur dans l'appréciation de l'état mental des paralytiques. Les paralysés ont, en général, en eux-mêmes cette foi qui transporte des montagnes, et aucun d'eux ne serait effrayé des' difficultés que peut offrir la transformation de l'océan en
une vaste limonade. Un malade de Vanves, ancien
magistrat éminent du barreau du Clermont-Ferrand,
se disait possesseur de rétablissement, pour lequel il
projetait les embellissements les plus merveilleux. Il
devait y faire venir la mer. Ce même malade était
devenu, c'est lui qui le disait, un homme de génie. Il
s'en était aperçu à la suite d'un bain. Son intelligence
s'était soudainement illuminée, et il s'était reconnu
j)oète, orateur, musicien, compositeur, peintre. Tous
les aliénistes savent quel luxe d'adjectifs au superlatif
^t d'épithètes pompeuses ces malades ont l'habitude
c3e déployer dans leur style.
Dans le tableau varié, mais nécessairement incomplet que je viens de présenter, les éléments du bonheur des paralytiques sont tirés du monde des chimères ; ils sont produits de toutes pièces parle déUre, et sont, partant, essentiellement contraires à la réalité. Sous oe rapport, les aliénés paralytiques pourraient former un premier groupe distinct. Mais, à côté de ces malades, il n'est pas très rare d'en rencontrer qui empruntent au monde réel tous les éléments de leur l^onheur, mais qui en jouissent autrement que dans l'état de santé. Cette jouissance est quintuplée. Le xnalade a bien, comme les précédents, une tendance â se vanter avec une emphase toute particulière, mais il se vante cette fois de choses réelles, dont le prix Seulement s'est rehaussé à ses yeux. Un médecin, atteint de paralysie générale et admis à l'asile des ^énés de Sainte-Gemmes-sur-Loire, m'a offert le ^•ype de cet état mental. Je n'ai constaté, en effet, chez Ce malade, après une interrogation répétée sur tous les points, aucune conception délirante. Modeste officier
de santé, sans fortune, d'une capacité sur laquelle ^^ ne se faisait aucune illusion, il avait cependant un— ^^ tendance à se vanter. « Mon année 1844, disait-il ass^^^^ souvent, a été très bonne, j'ai gagné beaucoup d'ar'"^*''* gent. » Combien avez- vous donc gagné ? lui demandaic^^' je. « Dix-huit cents francs, répondait-il avec eixr^^^ti phase. »
Il n'y avait, certes, rien d'exagéré dans ce gain^c:^3D. dont l'exactitude, au surplus, m'a été confirmée. Un» -^kh autre fois, il me dit avec la même emphase, avec 1 ^Kc même épanouissement de bonheur et la même sati^^sfaction de lui-même : « En 1846, j'ai traité beaucoup -«P de fluxions de poitrine ; j^ combien à peu près ? liKZ--9ii dis-je : « au moins vingt, i me répondit-il, « et je le^^s ai presque toutes guéries. ]» Le fait fut reconnu exac=^t et même au-dessous de la vérité.
Un autre paralytique, ancien marchand, ne se van -^^' tait aussi que de choses réelles, n Je faisais au moin ^^ pour tant de mille francs d'affaires par an, » disait-K^ "^ parfois, et son chiffre était au-dessous de la réalité^^* « J'ai gagné quelquefois telle somme dans un jour, i^ * me disait-il encore, et sa réponse était tout aussi mo— ^' deste et exacte. Il en était de même de tout ce don -^^^ il se vantait. Du reste, l'affection est identique dan^ -^ sa marche, dans ses symptômes, dans sa et sa durée, à celle des paralytiques délirants. Ces malades n'ont point, il est vrai, de conceptions délirantes; mais, on ne peut pas dire, cependant, que h état mental soit normal. L'intelligence, au surplus, que la mémoire et l'association des idées, subissenl les mêmes altérations que dans les autres formes. Ce^^ malades forment un second groupe distinct de para-
lysés dont l'état mental est caractérisé par une prédominance d'idées de bonheur, mais dont les éléments sont puisés à la source des réalités. Un autre caractère distinctif de ce groupe, c'est que la jouissance, c'est que la vanité est hors de toute proportion avec son objet.
Un troisième groupe de pamlysés se composerait de malades qui ne présenteraient aucune aberration de rintelligence, aucune tendance à se glorifier de biens réels ou imaginaires ; dont l'intelligence s'altère dans le sens de la quantité, si l'on peut ainsi dire, pour arriver àla démence, sans la moindre déviation,, sans délire, d'idées du moins, mais, chez lesquels on constate une lésion évidente de la sensibilité, et une excitation extraordinaire avec aberration de la volonté. Je puis en citer un exemple dont l'observation est toute récente. Le fait qu'elle consacre est assez important pour que je croie devoir lui donner quelques développements. Le sujet de cette observation est un nommé Av. Barthélémy, charpentier, admis à l'asile d'aliénés de Blois, le 19 janvier 1849. Le certificat déUvré par mon prédécesseur caractérise la maladie de la manière suivante : « Aliéuation mentale caractérisée par une manie aiguë, avec trouble dans les idées, les paroles, les actions et les niouvements. » On ne mentionne aucune prédominance d'idées de grandeur, aucun embarras dans la parole, qui aient pu laisser pressentir l'imminence de la paralysie générale. Cet accès de manie n'a pas ^î'dé à s'amender, car le certificat de quinzaine mentionne une amélioration telle qu'elle a pu faire espérer ^ïie guérison prochaine. Mais, dans une note du mois <le mars 4849, le malade est présenté comme « préoccupé
sans cesse de la pensée et du désir de s'évader, ce qu'il a déjà fait quatre fois. » Les certificats de médecins, joints à la demande d'admission, attestent a que depuis quelque temps, il avait quitté sa maison, paicourant la campagne ; tantôt menaçant les personnes qu'il rencontre, tantôt, au contraire, jetant à tout venant l'argent qu'il a sur lui ; hier, se trouvant avec sa femme chez une de ses connaissances, il s'est précipité sur elle pour la frapper. » Suivant une autre attestation, « il casse et brise tout ce qui se trouve sous sa main. » C'est un homme de quarante ans, d'un tempérament nervoso-bilieux, d'une constitution forte, sans développement considérable du système musculaire ; la taille est bien prise, la physionomie expressive. Lorsque je pris le service le 4 juin 1849, je constatai chez ce malade une mobilité extraordinaire des muscles de la face, un tremblement des cils et un léger embarras dans la parole. La paralysie générale me parut imminente, malgré l'absence de tout autre signe. Interrogé avec soin, ce -malade ne manifeste aucune conception délirante, aucune fausse croyance. On est frappé, toutefois, de son extrême insouciance. Aucune punition ne l'affecte. Quand, après une évasion, je le menace de la douche ou du pain sec, il me répond : « Je veux bien ; je crois que cela me fera du bien. ^ Il est facile aussi de constater une facilité assez grande à s'émouvoir, d'une émotion d'ailleurs éphémère. Ce malade ment et dissimule avec une assurance imperturbable, mais ses parents m'ont affirmé que c'était son défaut habituel dans l'état de santé. La mémoire est parfaitement intacte : Âv. se souvient des faits les plus anciens comme des
plus récents *. Ce malade a parfaitement intacte Tidée du temps ; tous ses souvenirs sont précis ; l'association des idées et toutes les autres facultés intellectuelles participent de la même intégrité et la conservent, comme la mémoire, jusqu'à la mort. Av. n'a pas cependant la conscience de son état ; malgré les progrès évidents de la paralysie, il ne cesse de paraître heureux et gai, et, sous le rapport de cet état de bonheur, il rentre à juste titre dans ce groupe de malades. Mais, s'il existe chez lui une intégrité relative de Tintelligence et de la mémoire, il n'en est pas de même de la volonté et de la motilité. Tout le système musculaire est dans un état de mobilité spasmodique, et cependant la débilité est progressive. Elle est, d'ailleurs, singulièrement bâtée par chacune de ses évasions. Tous les muscles sont agités par des contractions spasmodiques ; le malade paraît ressentir un l)esoin incessant et irrésistible d'exercer son activité musculaire ; on le dirait poussé par une force invincible à se mouvoir, à agir déraisonnablement, à commettre des extravagances. Il a trouvé le moyen de s'évader plus de dix fois, depuis son admission, malgré la surveillance la plus étroite, aidée des moyens contentifs les plus énergiques V A chacune de ces évasions, il s'est rendu chez lui; mais il n'y restait qu'un instant, et se mettait à courir la campagne
1 Cette distinction est loin d*être oiseuse, car les pathologistes «ETent fort bien que la lésion de la mémoire a cela de particulier chez ces malades que le souvenir des faits les plus anciens est parfaitement vivace, tandis que le souvenir des faits les plus récents est entièrement effacé. Un de mes malades a la conscience de cette particularité; il me la signale spontanément, et m*en exprime son étonnement.
* 11 avait, quand je suis arrivé, une camisole cadenassée.
comme poussé toujours par le même besoin irrésistible de locomotion. A ce besoin immodéré d'agir qui persiste malgré l'affaiblissement progressif du système musculaire, à ce délire d'actions, il est impossible de méconnaître une de ces lésions de la volonté sur lesquelles j'ai appelé l'attention des aliénistes dans un Mémoire sur les maladies de cette faculté, publié il y trois ans dans ce recueil *. Malgré cette excitation de la volonté qui constitue, sans contredit, le caractère prédominant de cet état mental, la force musculaire diminue sensiblement ; le malade vacille, mais il est toujours pétulant ; l'embarras dans la parole est de plus en plus prononcé. Av. est dans un état de mouvement perpétuel, il se baisse et il se relève, il ôte et remet tous ses vêtements, se déboutonne et se reboutonne avec une difficulté et pourtant avec une fougue toujours croissantes. Il ne peut tenir en place, et cependant il se tient à peine. La paralysie générale, chaque jour progressive, amène enfin la mort le 21 mars, sans que les souvenirs et les idées eussent rien perdu jusque-là de leur précision, de leur exactitude, en un mot de leur intégrité.
Autopsie. — Je borne ici mon examen aux lésions offertes par le système nerveux cérébro-spinal, l'ensemble des autres appareils d'organes n'ayant rien offert qui fût digne d'être noté.
Il était intéressant de rechercher si cette forme de paralysie générale, qui avait tant différé des formes ordinaires sous le rapport de l'état mental, n'en diffé-
* Annales médico-psych., année 1847 : Des maladies de la voUmtét eu Étude des lésions de cette faculté dans Valiénation mentale.
rait pas aussi au point de vue de l'anatomie pathologique. Cette prévision s'est trouvée en partie fondée. Comme chez la plupart des paralytiques, j'ai bien trouvé un certain degré d'opacité et d'adhérence des méninges cérébrales à la surface des hémisphères, mais cette lésion était très peu prononcée. Il en était de même de cette couche de sérosité concrétée, d'aspect gélatineux que l'on rencontre si souvent chez les individus qui ont succombé à la suite de la paralysie générale. Il n'y avait pas la moindre apparence de ce ramollissement de la substance grise, mentionné par M. Calmeil et confirmé depuis par les savantes recherches de M. Parchappe. Les ventricules renfermaient une médiocre quantité de sérosité. L'état ^oijgestif du cerveau était en général peu considé- ^ble ; la pression sur les coupes ne développait qu'un très léger piqueté. Les couches optiques et les corps striés ne présentaient rien de remarquable ; mais il ^'en était pas de même de la protubérance annulaire ^t de la moelle allongée, de la première principaletnent'. Elles étaient recouvertes d'un réseau vasculaire, d'une injection extrêmement fine et serrée, et d'un rouge presque vermillon.
Cette injection se prolongeait inférieurement sur la moelle' épinière, allait en s'affaiblissant, et disparaissait complètement à six centimètres de la moelle allongée. La substance cérébrale de ces deux parties se montrait, à la coupe, d'un rose très vif, et la pression y développait un piqueté très considérable dont
i Nous retrouYerons cette môme lésion chez un nommé G..., dont nous faisons connaître plus loin Tautopsie.
le suintement était très abondant. L'état congestif de cette substance ne pouvait être mis en doute. Elle ne paraissait ramollie dans aucun point de la surface, mais le ramollissement de la substance grise dans l'épaisseur nous parut incontestable.
La forme de paralysie générale dont le sujet de cette observation vient de nous offrir le type, s'éloigne des formes précédemment admises par des caractères assez tranchés, sous le rapport de Tétat mental et de Tanatomie pathologique, pour justifier les détails dans lesquels nous venons d'entrer, et pour motiver la distinction d'un troisième groupe de paralysies générales.
Dans un quatrième groupe de paralysies nous trouvons des individus qui, loin d'avoir cette sorte de monomanie heureuse qui est le propre des paralysies du premier groupe, sont, au contraire, plus ou moins lypémaniaques avec ou sans penchant au suicide. Ces malades, pour former, il est vrai, l'exception, ne sont cependant pas très rares. J'en ai observé des exemples à Bicêtre et à la Salpêtrière. Le plus récent, et aussi le plus saillant qui se soit offert à mon observation, est celui d'un ancien capitaine d'infanterie de ligne, admis à l'asile d'aliénés de Sainte-Gemmes-sur-Loire. La paralysie générale ne pouvait être mieux caractérisée, et cependant l'état mental avait revêtu le caractère de la démence lypémaniaque avec un penchant très prononcé au suicide, qui s'est traduit deux fois par des tentatives de strangulation au moyen d'une ficelle. Sous le rapport de la stupeur et de la réaction do tristesse, ce malade est bien l'opposé de ceux qui composent les précédentes catégories. Je ne multi-
plierai pas les exemples de cette forme d'affection, la plupart des médecins spéciaux en comptent quelquesuns dans leur pratique. Je dois dire, cependant, avant d'en finir avec ce quatrième groupe, que la paralysie générale avec lypémanie est asez rare pour faire exception, mais qu'elle l'est beaucoup moins chez la femme que chez l'homme.
n y aurait peut-être lieu d'admettre un cinquième groupe de paralysés appartenant à peu près exclusivement au sexe féminin, et dont l'état mental revêt tous les caractères de l'érotomanie la plus cynique. J'en ai un exemple dans mon service, chez une femme de cinquante-trois ans, dont l'affection qui date de huit mois, reconnaît sans doute pour cause le chagrin éprouvé par suite de la perte d'une fille unique, combiné avec les conditions physiologiques nouvelles d'un veuvage prématuré, et plus tard, de l'âge critique. Le délire, maniaque d'abord, n'a pas tardé à revêtir le caractère de la démence avec affaiblissement de la mémoire et prédominance de penchants erotiques. Cette tendance coïncidant avec l'apparition des premiers symptômes de paralysie générale, tels : qu'embarras dans la parole, débilité musculaire progressive, anesthésie, etc., s'est dessinée chaque jour davantage, et aujourd'hui elle forme le caractère, sinon exclusif, du moins très fortement accusé de toutes les manifestations agios ou parlées de cette malade.
Je considère comme très rare chez les hommes paralysés la prédominance des instincts erotiques. Le sens génital de ces malades serait plutôt en général afiaibli qu'excité; et, si l'amour a quelquefois sa place dans les préoccupations du paralysé, il faut recon-
nadtre qu'il est le plus souvent platonique, qu'il plutôt à Tétat d'idée que de passion, et qu'il n'est, "T^ plupart du temps, qu'une des formes que peut revêfc::^^ l'idée de grandeur qui forme la préoccupation hab^»^' tuelle des paralysés. Peut-il en être autrement ? Cette monomanie de bonheur qui tient le paraly^^é
sous son charme prestigieux , et qui lui fait ui ^^
agonie si voluptueuse, n'est que l'expression très rec^ dforcée, expression maladive si l'on veut, d'un sent — *i' ment naturel à toute âme humaine ; car toute ânrrr^e humaine a des aspirations vagues, indéfinies, ma — ^^ ardentes vers le bonheur; l'espérance est une dc^^s révélations de ce sentiment, révélation bienfaisanU don précieux de la sollicitude divine, qui a l'ina] préciable vertu de montrer à l'homme le plus ma^--^" heureux un lendemain meilleur. Cette perspectiir^^^^^ toujours souriante d'un bonheur qui fuit toujoui n'est sans doute qu'un long mirage, mais ce miraj est un bienfait. Or, nous croyons que la monomani heureuse des paralysés a sa source dans ce senti ment; que le mirage pour eux est tel, qu'ils croiei posséder les biens vers lesquels ils aspirent, et qu'il; tiennent pour réalisés leurs rêves de bonheur. Mais h bonheur, tel du moins qu'il est envisagé par la plupart des hommes, à part son acception chrétienne, n'exprime-t-il pas implicitement la satisfaction d'un( passion prédominante, chez celui-ci l'orgueil, ches celui-là l'ambition, soif d'honneurs ou de richesses. La monomanie des paralysés doit nécessairement aussL s'appuyer sur une passion. Or, les passions sont très absorbantes de leur nature, et Hippocrate eût pu dire d'elles aussi : Vehementior obscurat aUeram. Telle est
peut-être rexplication de rafîaiblissement des instincts erotiques chez les paralysés généraux : ils se sont effacés devant la passion la plus véhémente. Cet affaiblissement, toutefois, ne constitue pas une règle sans exception. On peut rencontrer, je le reconnais, des hommes paralysés qui présentent, au contraire, une excitation de ces mêmes instincts. J'en ai même observé un exemple chez un aliéné d'Orléans, qui, après avoir été soigné par diverses notabilités médicales en maison de santé et dans le monde, est venu mourir à Charenton par suite de la paralysie générale. L'aliénation mentale, avant de dégénérer en démence et de se compliquer de paralysie générale, avait été caractérisée par des tendances erotiques très prononcées qui avaient eu pour conséquence des outrages à la pudeur ; la lubricité la plus impétueuse s'éveillait en lui à la vue d'une femme. J'ai observé ce malade alors que la paralysie générale n'était encore que pressentie ou n'en était tout au moins qu'à ses premiers symptômes, et je ne puis dire si, cette complication déclarée, les tendances erotiques ont persisté. Les auteurs ont signalé la rareté des hallucinations chez les paralysés ; c'est un fait qui me paraît incontestable. Lorsqu'il m'est arrivé de constater ce double sensorial, c'était presque toujours dans la période prodromique, et, en général, on le voyait disparaître à mesure que se développait la paralysie. Les aliénistes ne sont pas moins unanimes sur l'exaltation de la sensibilité morale que l'on constate ordinairement chez les paralysés, et qui les porte à s'émouvoir avec une extrême facilité, sur ces lueurs dé tristesse qui sillonnent parfois leur horizon de bonheur.
Dans tout ce qui précède je me suis particulièrement attaché à l'étude des aberrations, des déviations de l'intelligence, qui accompagnent, d'ordinaire, la paralysie générale ; mais, il est évident que les facultés du paralysé subissent un autre genre d'altération dont l'histoire devrait trouver sa place ici, si nous pouvions ajouter quelque chose aux travaux si remarquables publiés sur cette matière : je veux parler de l'affaiblissement graduel des facultés intellectuelles qui caractérise la démence. Je me bornerai à quelques considérations extrêmement succinctes sur celles dont lu lésion me paraît plus spécialement pathognomonique dans la paralysie générale. Les plus manifestement et aussi les plus grièvement lésées de toutes les facultés intellectuelles, ce sont les facultés reproductives d'idées, et particulièrement la mémoire et l'association des idées. Un mot de chacune d'elles. L'affaiblissement de la mémoire a lieu progressivement et d'une manière générale. Il est rare de rencontrer chez les paralysés généraux ces lésions partielles de la mémoiie que l'on observe à la suite de certaines hémorragies cérébrales et d'autres aflections organiques, et qui portent, par exemple, sur la mémoire des mots^ celle des choses restant intacte, ou réciproquement. Mais, comme cela s'observe pour la plupart des autres lésions de mémoire, résultat de
* Je donnais, il y a trois ans, des soins à une dame qui, à la suite de plusieurs coups de sang, avait perdu la mémoire des mots, et n'avait perdu qu'elle. Cette dame prenait toujours un mot pour un autre. Pour demander à sa fille ses lunettes, elle lui dit un jour en ma présence : « Donne-moi mon chapeau. » Mais elle suppléait par ses gestes à ce vice d'élocuiion. Plusieurs malades ont la conscience de cette difficulté à trouver le mot propre, et disent : « Aidez-moi donc I •
l'âge OU d'une affection organique^ les malades, ainsi que nous Tavons dit plus haut, ne perdent que le souvenir des faits récents. Tel paralysé dira ce qu'il a fait il y a cinquante ans, et ne pourra dire ce qu'il faisait il y a un quart d'heure. Cet affaiblissement de la mémoire ne tarde pas à faire perdre aux malades l'idée du temps. On les voit alors confondre soir et matin, déjeuner et dîner. J'en ai cité un, dans un autre travail, qui se déshabillait complètement aux lieux d'aisances comme pour se coucher. Ils ne connaissent plus ni le jour, ni le mois, ni l'année où Ton se trouve. Ils reconnaissent, en effet, presque jusqu'au dernier moment, leurs parents et leurs amis, et, en général, les personnes connues antérieurement à leur état inental. La lésion de la mémoire implique nécessairement une lésion qui la précède et qui la produit subsidiairement. Cette lésion est celle de l'association des idées. Le rôle psychologique respectif de cette faculté et de la mémoire, permettait de l'établir a priori ; mais l'observation le démontre d'une manière complète. La lésion de l'association des idées précède celle de la mémoire. Les rapports d'idées qui incitent celte faculté à la reproduction , n'étant plus perçus par l'intelligence, son exercice devient partant impossible. Cette même lésion nous rend compte d'un autre caractère pathognomonique de la démence, l'incohérence dans les idées, car, c'est par elle que ce phénomène tend à se produire. Je n'ai pas besoin d'ajouter que les autres divisions et sous-divisions de l'intelligence participent de l'affaiblissement général. La volition n'étant, d'après nous, qu'une idée traduite ou à traduire en action, on peut lui appliquer ce que
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nous venons de dire des idées. La volonté se trouve donc ainsi consécutivement lésée, indépendamment de ces lésions qui peuvent former le caractère prédominant de l'état mental de certains paralysés, comnie nous l'avons vu chez le nommé Av., dont nous avons cité plus haut l'observation.
Si le temps et le cadre de ce recueil nous l'eussent permis, nous nous serions plu à nous étendre sur ce sujet ; mais nous croyons devoir consacrer ce qui nous est laissé d'espace à l'histoire d'un cas de paralysie générale dont la guérison nous a paru démontrée.
ft'» Cas de paralysie générale des aliénés^ soM de i^oérison.
Réflexions à l'appui.
Je sais avec quelle réserve on doit énoncer de pareils faits, dont la rareté est telle, que l'on ose à peine admettre le très petit nombre d'exemples que l'on en rencontre chez les auteurs les plus dignes de foi. Je n'ignore pas que, dans le cours de cette terrible affection, on observe quelquefois des rémissions d'une assez longue durée ; je sais, en outre, que les causes d'erreur sont assez fréquentes et assez insidieuses. Si, malgré tout cela, je me décide à annoncer un cas de guérison de la paralysie générale des aliénés, il faut que ce cas m'ait paru réunir toutes les conditions que l'on est en droit d'exiger d'un fait scientifique. Mais, avant de rapporter ce fait, je dois, afin d'en établir b vraisemblance, m'empresser de déclarer qu'il s'agit à la vérité, non pas d'une paralysie générale à la dernière période, dans cette phase de la maladie où les désordres anatomiques se traduisent à l'extérieur par
des troubles fonctionnels tellement graves que la guérison parait absolument impossible, mais d'une paralysie générale au contraire à son début, c'est-àdire à cette période où les lésions anatomiques ont un caractère tel que Ton peut encore en espérer la résolution complète. Qu'on ne croie pas, cependant, que la maladie fût si peu avancée, que le diagnostic en pût être douteux, La paralysie générale n'était, il est vrai, qu'à son début ; mais elle était confirmée. On en pourra juger au surplus.
Le 3 août dernier, le Procureur de la république dû tribunal de Blois, dirigea de la prison sur l'asile d'aliénés de cette ville le nommé N... Léopold, né à Saint-Calais (Sarthe), dont l'aliénation mentale était constatée par un certificat du médecin de la prison, mais sur laquelle le parquet désirait avoir mon avis. Cet individu avait été condamné récemment à un an de prison, pour délits de vol et d'escroquerie commis dans divers lieux, et notamment à Mondoubleau et à Vendôme, et il attendait la décision d'un appel du jugement qui le condamnait. Les renseignements les plus positifs n'ayant pas permis de douter qu'il fût dans un état mental qui le privait de son libre arbitre lorsqu'il avait commis ces divers délits, le jugement fut cassé, et le tribunal rendit un verdict d'acquittement. Nous apprîmes, en effet, que cet individu, marchand de nouveautés à Mondoubleau, avait fait de mauvaises affaires, et qu'aussitôt après sa déclaration de faillite, il n'avait pas tardé à donner tous les signes d'une aliénation mentale qui avait revêtu parfois le caractère de la violence et de la fureur; qu'en proie à une agitation extraordinaire, il avait quitté le toit
conjugal; qu*il l'avait regagné après quelques jours d'absence, pour venir tout casser chez lui et maltraiter sa femme qui ne peut, à ce qu'il paraît, revenir de la frayeur qu'il lui a causée, et refuse absolument de le reprendre, malgré toutes nos assurances de guérison; que, se rendant ensuite à Vendôme, il y commit en plein jour, et sans prendre aucunement le soin d^ se cacher, divers délits de vol; qu'il vola notamment, dans un hôtel bien connu, des couverts d'argent qu'il alla vendre à un orfèvre voisin qui devait nécessairement découvrir le vol, et qui le découvrit, en effet, car les couverts portaient le nom du maître d'hôtel.
N... est un homme de trente-trois ans, d'un tempérament nervoso-sanguin, d'une bonne constitution. Sa physionomie est ouverte, douce et intelligente; il est atteint de la manie aiguë la mieux caractérisée; l'agitation est extrême, le délire général, mais avec prédominance d'idées ambitieuses et politiques. Il est tour à tour général en chef, commandant l'armée d'Italie, président de la république, secrétaire da MM. Ledru-RoUin , Proudhon, Blanqui, etc. Il est attendu à Paris pour sa proclamation. Il croit être, au milieu des malades, en plein club, et il prononce continuellement des discours. C'est un jet continui d'éloquence maniaque. Il veut régénérer la société et Tenrichir; sa fortune est incalculable; ses créanciers seront payés le lendemain, et il sera donné à chacun d'eux 50,000 fr. en sus de sa créance. Triple excitation de l'intelligence, de la sensibilité et de la volonté; insomnie complète; urine sans s'en apercevoir, au lit et dans ses vêtements. Dix jours après son entrée dans l'établissement, il est facile de cons-
tater un notable embarras dans la prononciation, mais cet embarras, cette hésitation propres aux paralysés généraux; la langue est tremblante, les muscles de la face agités de contractions spasmodiques ; la démarche est vacillante, quoique toujours remuante. Ce malade ne serre pas la main avec la force d'un homme de cette stature, et dont l'énergie musculaire serait t^^iplée par la manie, si la pamlysie générale n'était venue lui faire un antagonisme neutralisateur. Il y a ^^ plus chez ce malade anesthésie à peu près complète. Il ne lui manque aucune dent, et mes renseignements ultérieurs m'ont appris qu'il avait eu tou- Purs la prononciation très nette et très pure. L'hési- ^tion dans la parole ne pouvait pas davantage être attribuée à un delirium tremens.
Lorsque N... entra dans l'asile de Blois, le choléra y sévissait avec une grande fureur. Il fut frappé à son tour dans la nuit du 18 au 19 août de la manière la plus grave. Le malade paraissait devoir être foudroyé, i en juger par le degré de véhémence des symptômes l^s plus caractéristiques, tels que : cyanose, algidité, Crampes, vomissements blancs et selles riziformes, Suppression des urines, anéantissement du pouls, excavation des yeux, etc. L'invasion avait eu lieu sans prodromes appréciables à trois heures du matin; huit keures après, le malade, dont le délire s'était pendant tout ce temps suspendu, fit un effort sur lui-même, se leva tout cyanose et tout froid encore, en déclarant qu'il allait secouer soïi choléra; le délire reparut, et, une heure après, il ne restait pas la moindre trace de l'alTection cholérique. N... resta pendant plusieurs jours dans la même agitation; puis* cette agitation
diminuant un peu, je lui proposai de travail] terre, exigeant sa parole qu'il ne tenterait p s'évader. Il accepta avec empressement, et le fa qu'il travailla avec une ardeur fébrile; il dépen travail cet excès d'innervation qui entretenait 1 tion et le délire. Le travail , en rythmant, en r^ risant l'exercice musculaire, dut concourir puiî ment à l'amélioration de cette santé si compro les idées fausses disparurent une à une. L'eml dans la parole existait encore au même degré, la démarche se trouva plus assurée, la main avec plus de force. Le malade écrivit à sa fe mais sa lettre contenait plusieurs de ces omissio lettres et de syllabes qui distinguent l'écritur déments. Il présenta encore cette exaltation sensibilité, cette facile émission de larmes p aux paralysés. A partir de ce moment, on coi chaque jour un progrès dans le mieux; la me s'affermit, l'intelligence s'épura et se débarrasi toutes les conceptions délirantes dont la faussel appréciée du malade lui-même. La mémoire se blit, et les lettres écrites par N... ne renferm désormais aucune omission. Il ne resta qu'un léger embarras dans la parole, qui persiste e persistera sans doute; à cela près, et malgré ce rétablissement me paraît complet. N... est un g doux, modeste et intelligent; il apprécie très s ment sa situation; il sait de quel poids pèserai toutes les carrières qu'il voudrait embrasser la circonstance d'avoir été aliéné. Il accepte avec pressement l'emploi d'infirmier, et je dois reconi qu'il le remplit d'une manière irréprochable. J
crois pas qu'après la lecture de Tobservation qui précède, il puisse rester le moindre doute dans l'esprit sur la nature de l'affection dont N... a été atteint; c'était une paralysie générale parfaitement caractérisée. La question de pronostic n'est, sans doute, pas aussi nettement résolue, et il y aurait peut-être lieu de se demander : si ce qui nous paraît être une guérison ne serait pas une de ces rémissions qu'il n'est pas très rare de rencontrer dans le cours de la paralysie générale. Cette question mérite d'être discutée. Je dois dire, d'abord, que, comme la plupart des aliénistes, j'ai constaté de ces rémissions ; il nous a été donné même d'en observer un exemple assez remarquable dans le service de M. Voisin, à Bicêtre. Le paralysé qui nous l'a offert était un nommé G..., et présentait au plus haut degré ce type de mononianie heureuse dont il a été parlé plus haut. Il était devenu, de par le délire, tout à la fois possesseur des richesses les plus fabuleuses et homme de génie. Il croyait, en outre, avoir inspiré une passion très vive à une noble et riche princesse que son imagination dotait des qualités les plus merveilleuses. La lésion des mouvements était déjà avancée et la mémoire afiaiblie. S'étant évadé un soir de l'établissement et rendu nu-pieds et à peine vêtu, par une pluie battante, aux BatignoUes, où demeurait sa femme, il offrit, à partir de ce moment, une rémission qui dura deux ans au moins, et pendant laquelle, la paralysie restant stationnaire, le malade cessa d'exprimer ses idées de grandeur; mais il ne vint à la pensée de personne de le considérer comme guéri. A son exaltation de la sensibilité, à son émotion facile, à son
regard, à sa parole tremblante et embarrassée, il était, au contraire, facile de voir que la paralysie générale était loin de lui avoir pardonné. Le délire lui-même n'avait cessé que d'être eïprimé : par un effort de volonté soutenu par la demi-conscience de la fausseté et de l'invraisemblance des idées qui l'alimentent, il restait en quelque sorte intérieur. Le malade, interrogé sur l'existence de ses idées, niait, à la vérité, qu'il les eût, mais, il le niait avec une hésitation, avec un effort visibles qui ne témoignaienl tout au moins que d'une demi-conviction. Au bout de deux ans, la maladie reprit sa marche croissante, et C... vint mourir à Bicêtre. Je pense donc que, dans cet exemple comme dans la plupart de ceux qu'on pourrait citer, il y a eu plutôt une période stationnaire, un stade plus ou moins persistant de la maladie, qu'une rémission complète, et que l'issue fatale, pour être retardée, n'en était pas moins inévitable. Les malades qui offrent ces rémissions conservent la plupart des symptômes de la paralysie générale; seulement la marche en paraît momentanément arrêtée. Peut-être, cependant, observe-t-on un amendement dans tel ou tel symptôme, dans le délire, par exemple; mais, à l'aide d'un examen attentif, on ne tarde pas à se convaincre que cet amendement ne tient à rien, que le déhre existe, si je puis ainsi m'exprimer, à l'état de tendance plus ou moins comprimée. L'intelligence et la sensibilité s'exaltent à la moindre cause; la mémoire est très souvent en défaut; le style, empreint d'incohérence, est parsemé d'omissions; il reste, en un mot, assez de symptômes pour que le doute ne puisse pas être permis. Chez notre
malade, au contraire, tous ces symptômes, hormis un seul, ont complètement disparu, et aucun d'eux ne paraît exister, même à Tétat de tendance. Je ne sais jusqu'à quel point la sécurité peut nous être permise, mais je n'hésite pas à penser que si, dans l'avenir, nous avions quelque chose à redouter, ce serait certainement une rechute et non une recrudescence.
Il reste à examiner si Fanalomie pathologique de la paralysie générale n'est pas de nature à créer une objection irréfutable à l'hypothèse d'une guérison. Nul doute que, si la lésion anatomique correspondant chez notre malade aux symptômes de la paralysie avait été celle que l'on rencontre chez la plupart des paralysés dont on a occasion de pratiquer les ouvertures, il serait difficile d'admettre, pour un cerveau aussi grièvement lésé, une restauration anatomique assez complète pour entraîner le rétablissement du jeu physiologique de cet organe. Mais, j'ai eu le soin de faire remarquer que la paralysie générale, confirmée, sans doute, chez le sujet de cette observation, n'était cependant qu'à son début, ou, si l'on aime mieux, dans sa période d'invasion. Or, il résulte d'un certain nombre d'autopsies pratiquées par nous, que la lésion du cerveau et de ses membranes, à cette période de la maladie, est telle encore que la résolution n'en est pas à la rigueur impossible. Il nous importe donc de bien établir en quoi consiste cette lésion, et nous ne croyons mieux faire que de nous appuyer sur une nécropsie récente qui nous parait de nature à mettre en saillie ce point d'anatomie pathologique.
Cette nécropsie est celle d'un garçon de vingtquatre ans, cultivateur des environs de Vendôme,
entré à Tasile d'aliénés de Blois le 22 décembre 1849, après un séjour temporaire de deux mois environ à l'hôpital de Vendôme. Le médecin de ce dernier établissement, dans son certificat, signalait ce jeune homme « comme atteint depuis plusieurs années d'une manie intermittente dont les accès se manifestent par des violences contre les personnes qui sont en contact avec lui. G... a une grande volubilité de langage; il tient des discours incohérents; son regard est oblique et s'accompagne souvent d'un sourire sardonique ; la moindre contrariété l'irrite ; depuis qu'il est à Vendôme, il a voulu frapper la sœur qui lui porte ses aliments. » Nous avons reproduit ce fragment de certificat, afin de démontrer que les symptômes de paralysie générale ne s'étaient pas manifestés antérieurement à l'entrée dans l'asile. Le 22 décembre 184di jour de son admission, ce malade, soumis à mo^ examen, ne présente aucun signe de cette terribB-^ complication ; mais il était possible de la pressenti :*? car je déclarai, dans mon certificat de vingt-quat^^® heures, cet individu a atteint de manie avec agitatic^"*^ et prédominance de l'idée qu'il est Dieu, roi du ciel -^^ de la terre, qu'il va alternativement de l'un à l'au! Sur la demande de son âge, il répond qu'il est depui vingt-quatre ans dans le département. La démence eî imminente chez ce jeune homme, et la paralysi générale est à redouter. » Il présentait au plus hai:^ ^ degré cette prédominance d'idées de grandeur, et ^ conformait son port, son attitude et tous ses geste» - Irrespectueux, arrogant, il refuse de se découvrir ^ mon approche; répond avec hauteur; son verbe est sec ; il refuse obstinément de travailler. Conduit à te
)uche, il ne renie point ses idées de grandeur; mais devient, à dater de ce moment, doux, poli, res- 3ctueux, soumis et excellent travailleur. Le délire (t et reste calme jusqu'au 10 mars, mais il conserve i prédominance. Il n'existe, d'ailleurs, aucun emirras dans la parole ; la force musculaire ne parait is sensiblement diminuée. Mais, on constate de l'in- )hérence dans les idées et une mobilité spasmodique ^ muscles de la face, qui, jointes à la monomanie rgaeilleuse, m'ont fait considérer la paralysie généûe comme imminente. Le 10 mars, l'agitation reparaît t persiste. Le 15, le malade se plaint d'une douleur ans le côté droit, à la partie inférieure et postérieure e la poitrine ; il y a de plus coryza et toux, crachats mqueux, aérés, nullement sanguinolents, d'ailleurs •es rares ; pouls à 80. A la percussion et à l'auscul- Ltion, on reconnaît une pleuro-pneumonie de la base u poumon droit en arrière. Saignée de 350 grammes M 5, à deux heures du soir, tisane de gomme ; le ing est couenneux, les urines acides, sédimenteuses. euxième saignée de 300 gr. le 16, tartre stibié, 3 centigrammes dans un julep ; le sang est encore >uenneux. 17 mars, continuation du tartre stibié. ouïs à 75; point de crachats. Deux jours après, miélioration dans l'état local est nettement dessinée, . la pleuro-pneumonie paraissait être en voie de réso- .tion, lorsque survinrent inopinément les premiers ^mptômes de la paralysie générale. Le développeent de cette terrible complication fut si rapide qu'elle > termina, le 28 mars au soir, par la mort du malade, embarras dans la parole avait rapidement franchi la istance qui sépare la simple hésitation de l'aphonie
complète ; le malade ne pouvait plus sortir la langue. La paralysie ayant atteint les muscles du pharynx, la déglutition était devenue impossible, les boissons refluaient par les fosses nasales. Le coUapsus était profond. Les selles et les urines, toutefois, étaient encore volontaires. Le malade s'étant levé pendant une très courte absence de son gardien, ne put se tenir sur ses jambes et se laissa tomber. On constata, en outre, un certain degré d'anesthésie. Enfin, la paralysie gagnant les muscles respirateurs, la respiration s'embarrassa de plus en plus.
L'évolution, en quelque sorte, foudroyante de la paralysie générale ne permet pas de douter que la mort ne soit survenue dans la première période de la maladie, et que les lésions anatomiques qui caractérisent cette première période, aient acquis dans ce cas particulier assez de gravité pour entraîner la mort sans passer par les autres périodes. L'autopsie confirme pleinement cette vue à priori.
L'ouverture de la poitrine démontra clairement l'existence de la pleuro-pneumonie et le commencement de sa résolution. La plèvre avait contracté d^s adhérences récentes dans ce seul point ; le reste des poumons ne pouvait être plus sain, à cela près de l'engouement hypostatique de la partie postérieure. J^ passe rapidement pour arriver aux lésions des centres nerveux. A l'ouverture du crâne il s'écoule une médiocre quantité de sang. La section de la dure-mère découvre les lésions suivantes : l'arachnoïde n'est pas sensiblement épaissie, et sa transparence est à peine troublée ; mais elle présente dans.toute l'étendue de sa surface une injection extrêmement fine et abondante-
Dans la partie antérieure et supérieure des deux lobes, c'est même plutôt une extravasation sanguine par plaques larges, arrondies et d'un rouge presque vermillon, qu'une injection véritable. Cette extravasation d'une étendue de 5 centimètres environ de longueur sur 4 ou 5 de largeur, se montre aussi, mais dans une moindre étendue, à la base du cerveau dans les parties qui avoisinent la moelle allongée et la protubérance annulaire ; celles-ci sont recouvertes d'un réseau vasculaire extrêmement abondant, d'un rouge également vermillon. Les plexus sont injectés jusque dans leurs dernières ramifications capillaires. Il n'y a d'adhérence dans aucun point de la surface du cerveau à ses membranes ; l'extravasation sus-désignée survit à l'enlèvement de ces dernières. Le cerveau, dans les points correspondants, reste taché en rouge de la même nuance. Ces taches ne pénètrent nullement : elles sont absolument superficielles ; cependant elles résistent au râclement avec le dos du scapel. Les coupes du cerveau découvrent un sablé excessivement abondant; le cerveau, comprimé au niveau de ces coupes, acquiert l'apparence d'un crible, tant le suintement est considérable. La substance grise est d'une teinte tirant un peu sur le rose. Les coupes de la protubérance annulaire principalement, et de la moelle allongée, révèlent un état de congestion extrêmement prononcée. La plus faible pression suffit pour déterminer un suintement sanguin, rose, de tous les points de la coupe. Du reste, aucun épan chôment interstitiel ou autre, aucune accumulation insolite dans les ventricules ; les couches optiques, aussi bien que les corps striés, ne font que participer de l'état congestif
qui a envahi tout l'organe. La moelle épinière et tous les centres nerveux ganglionnaires, semblent aussi en participer. Peut-être la substance grise a-t-elle une consistance un peu plus molle que dans l'état normal. Cette altération parait un peu plus prononcée au niveau des parties les plus manifestement congestionnées, et il demeure évident pour moi que le cerveau prélude, dans la première période de la paralysie générale des aliénés , par un état congestionnel de ses membranes et de sa substance , au ramollissement de la substance grise signalé par les auteurs.
Je fais remarquer en passant que nous rencontrons encore ici cet état de congestion prédominante de la protubérance annulaire et de la moelle allongée qui nous avait frappés dans l'autopsie d'Av.
En résumé, il ressort de l'autopsie dont nous avons donné ci-dessus le détail, un fait qui nous paraît fondamental : c'est que la lésion anatomique, solidaire des troubles fonctionnels qui caractérisent la paralysie générale à cette période, paraît être un état congés^ tif à peu près général de tous les centres nerveujc: » et particulièrement du centre cérébro-rachidien ; ^ * on comprend jusqu'à un certain point que la réso^ lution d'un pareil état soit à la rigueur possible, poa^ peu surtout que la lésion anatomique soit moin^ étendue et moins prononcée que dans l' observation de G... L'argument tiré de l'anatomie pathologique contre la vraisemblance d'une guérison de la paralysie générale, n'est donc pas un argument sans réponse, et nous nous croyons fondé en fait et en raison à considérer la guérison comme incontestable dans
l'observation que nous avons citée. Je ferai remarquer, d'ailleurs, que cet exemple n'est pas unique, et qu'il en existe quelques autres dans la science. Quoi qu'il en soit, le pronostic d'une maladie dont les cas de guérison sont tellement rares qu'ils ont besoin, quand par basard ils se présentent, d'être discutés, est, à coup sûr, un pronostic excessivement grave ; et, malgré ces rares exemples, la paralysie générale reste toujours une redoutable complication de l'aliénation mentale.
Je terminerai ce travail par une dernière remarque fondée sur l'autopsie du nommé G..., c'est que la connaissance de la lésion anatomique qui caractérise la première période de la paralysie générale, je veux parler de cet état congestif du centre nerveux cérébro-racbidien, peut rendre compte, jusqu'à un certain point, de la fréquence de cette complication chez les aliénés dont le cerveau, habituellement congestionné, y est, par cela seul, fortement prédisposé.
Nous avons successivement publié sur la pellagre ou sur des sujets s'y rattachant :
1* Une Note sur une endémie de pellagre observée data les (ttik$ d'Ille-et-Vilaine et de Maine-et-Loire, — Note communiquée à l'Académie des sciences dans la séance du 3 juillet 1855. (Annales médico-psychologiques, cahier d'octobre de la môme année.)
2* D'une variété de pellagre propre aux aliénés, — Premier Mémoire. (Archives générales de médecine, cahiers de mars et suivants.)
3* D'une variété propre aiuc aliénés ou pellagre consécutive à raiUnation mentale. — Deuxième année. (Annales médico-psychologiques, cahier d'avril 1859.)
4' D'une caéliexie spéciale et propre aux aliénés. (Archives de médecine, numéro d'avril 1860.)
5* De la pellagre en Italie et plus spécialement diins les étabUssements d'aliénés. (Rapport au Ministre de l'Intérieur, 1860.)
6* Note sur la pellagre et le typhus peltagreux, lue à l'Académie des sciences, séance du 27 octobre 1862.
7* Défi scientifique. (Gazette des hôpitaux, 23 mai 1863.)
8* Pellagre consécutive à l'aliénation mentale, résultat d'une enquête dans cinquante-sept asiles. (Note présentée à l'Académie des sciences, séance du 9 novembre 1863, et reproduite dans les comptes-rendus )
Tous ces documents, ainsi que plusieurs autres relatif^ au môme sujet, se trouvant fondus dans le traité de la pella^ que nous avons publié en 1865 et qui a été l'objet d'un deuxième tirage avec additions en 1870, nous croyons inutile de les reproduire et nous nous bornons à les mentionner ici dans leur ordre d'apparition.
DES
DIVERSES FORHES DE LYPEHANIE