I. Programnie d*eii«eiiible
Le nombre des aliénés assistés du département de la Seine s'élevait, au 31 décembre 1872, d'après le rapport présenté par M. le directeur de l'Assistance publique à M. le préfet de la Seine, à 6523, ainsi répartis :
Bureaa d*admission »
Asile Sainte-Ânne 561
— de Vllle-Évrard 472
— de Vaucluse 525
Bicôtre 546
La Salpôtriôre 941
Asiles de province 3478
Le service des aliénés de la Seine se trouve assuré
aujourd'hui par des traités renouvelables avec ces derniers établissements, et rien n'indique que, dans ces conditions et quant à présent, il y ait lieu d'aviser par des mesures radicales à la constitution d'un état de choses définitif et, j'ose dire, normal.
Mais, il est impossible de se dissimuler que les moyens par lesquels il est pourvu aux besoins du service, ne sont, à proprement parler, que des moyens extemporanés , ou pour mieux dire que des expédients.
Il ne saurait même être douteux que, dans la pensée de l'administration, ils n'aient eu toujours ce caractère.
Il suffit, pour s'en convaincre, de se reporter à Tépoque où a eu lieu le premier transfert d'aliénés en province.
C'était en 1844; quatre cents aliénés de la Salpêtrière et de Bicétre furent envoyés dans les asiles de Saint-Venant, de Lille, d'Armentières et de Maréville.
J'emprunte à la relation si intéressante qu'a publiée de cette expédition, notre éminent confrère M. Trélat, le passage ci-après qui, tout en déduisant les motifs qui ne permettaient pas l'option entre les moyens de remédier à un mal devenu flagrant, établit de plus très nettement le caractère provisoire de la mesure proposée et finalement adoptée.
a Les deux grands établissements qui reçoivent les aliénés de Paris étaient depuis longtemps surchargés de population. Le chiffre total des femmes aliénées ou épileptiques de la Salpêtrière s'élevait à mille six cent trente. Les sections de traitement contenaient jusqu'à quatre-vingt-quinze lits à terre. Une pareille situation
ne pouvait être tolérée, car elle nuisait au bien-être des malades; elle était pour eux une cause d'insalubrité, d'agitation et de désordre. Ces asiles, qui couvrent une si grande étendue de terrain, et qui composent à la Salpétrière cinq services distincts, étaient devenus insufQsants depuis que les aliénés sont recherchés avec plus d'attention dans le sein de la population raisonnable qu'ils troublent et qu'ils exposent. Il fallait élever des constructions nouvelles, ainsi que la demande en avait été faite \ ou aviser au moyen de placer ailleurs un excédant assez considérable de population. L'administration s'est arrêtée, provisoirement au moins, à cette dernière ressource. »
J'ai apprécié moi-même ainsi qu'il suit dans une brochure publiée en 4861, sur la dépense des aliénés assistés en France, un errement qui dure depuis trente ans, toujours avec un caractère provisoire, après s'être dilué, si je puis ainsi dire, à ce point, que le nombre des aliénés traités dans les asiles de province se trouve, à l'heure qu'il est, réparti entre vingt-neuf établissements, c'est-à-dire éparpillé sur la presque totalité du territoire français :
« On sait, disais-je, qu'entre ces moyens, l'administration de la Seine s'est trouvée d'abord dans la nécessité d'opter pour le déversement du trop-plein de ses établissements sur les asiles de province. J'ai dit plus haut qu'on ne saurait trop s'élever contre une semblable pratique ; mais, outre qu'elle est née de la nécessité et de l'urgence, il faut reconnaître que, dans l'impossibilité où se trouvait apparemment le départe-
* Rapport au Conseil général des hôpitaux pour 1841-1842, par Ulysse Trélat.
ment de la Seine d'apporter dans le moment au mal son remède radical en créant de nouveaux établissements, cette mesure était beaucoup plus sage que celle qui a été adoptée en Angleterre, dans le comté de Middlesex, pour les aliénés de Londres, et qui a consisté à agrandir les deux asiles d'Hanwel et de Colney-Hatch, asiles de mille malades, par des additions successives de nouveaux quartiers, dont le moindre inconvénient était de rompre l'harmonie du programme primitif. Lors de mon voyage en Angleterre, la population de Colney-Hatch dépassait dix-huit cents, et l'on méditait dans le moment les moyens de l'accroître encore, et Hanwel avait subi des développements analogues.
« L'expédient adopté par le département de la Seine pour remédier à l'insuffisance de ses quartiers, avait au moins sur celui qui a prévalu dans le comté de Middlesex, l'avantage de n'être que provisoire et de réserver la question, au lieu de la résoudre d'une manière aussi peu conforme aux plus saines données de la médecine et de l'hygiène spéciales. Je ne crois pas trop m'avancer en affirmant, pour l'honneur de nos honorables confrères d'outre-Manche, qu'ils ont dû rester étrangers à l'adoption de ce programme. »
Bien que l'expédient auquel l'administration a dû recourir pour assurer le service des aliénés de la Seine dure depuis trente ans, il y a lieu de croire que sa durée est désormais limitée, et il est permis dès à présent de prévoir le moment où, les asiles de province regorgeant, si je puis m'exprimer ainsi, des aliénés de la Seine, le trop plein des asiles de ce département ne pourra plus s'y déverser.
Ce moment même ne pourra être que prochain, à moins qu'il ne soit retardé par une loi qui devra tôt ou tard s'imposer à la sollicitude de nos législateurs. Je veux parler de celle qui porterait d'un an à deux ans la durée du séjour nécessaire dans la capitale pour y acquérir le droit à l'assistance. On ne saurait nier, en effet, que la loi actuelle sur le domicile de secours crée au département de la Seine une situation littéralement écrasante, et cela sans aucune réciprocité pour les autres dépaitements.
Tel est, en effet, le mirage si trompeur pour beaucoup du séjour dans la capitale, et si grande est l'attraction qu'il exerce sur le plus grand nombre, que pour un Parisien qui, après un an de séjour dans un département y acquiert son droit à l'assistance, il est peut-être cent habitants de la province qui acquièrent le leur à Paris dans le même laps de temps.
L'administration sera peut-être forcée plus tôt qu'on ne pense de prendre un parti. Jusqu'à présent elle s'est fait une loi d'excepter de l'émigration en province les aliénés curables ou visités par leurs familles. Or, la liste de cette catégorie de malades tend manifestement à s'épuiser et elle n'a pas chance de se renouveler promptement par le fait des admissions nouvelles ; car, il faut aux nouveaux admis au moins un an de séjour pour qu'on soit à peu près fixé sur la question de savoir s'ils seront ou ne seront pas visités. J'ai déjà eu, pour ce qui me concerne, beaucoup de peine à composer la liste des aliénées qui ont été récemment transférées à l'asile de Limoges.
Retardé ou non, le moment de renoncer aux expédients et d'aviser à la constitution d'un état de choses
518 llEORGANISATION DU SERVICE
définitif arrivera nécessairement, et c'est en vue de cette inéluctable nécessité que j'ai cru pouvoir élaborer le programme ci-après qui me semble concilier, dans la plus juste mçsure, les exigences du service avec le besoin de ménager, autant que faire se peut, les ressources du département.
En l'exposant ici, je ne saurais trop me défendre de la pensée d'en faire l'objet d'une proposition immédiate. C'est une vue d'avenir que j'expose dans la prévision d'une éventualité plus ou moins prochaine, et rien de plus.
La plus simple équité me fait un devoir de reconnaître que le programme que je trace n'est autre que celui de M. Haussmann, modifié et ramené à des proportions que lui-même, je le crois, eût acceptées.
Je crois pouvoir le faire reposer sur cette donnée que les asiles de la Seine peuvent se distinguer en asiles de traitement et en asiles de chroniques ; je ne dis pas d'incurables, étant de ceux qui pensent que le mot incurable ne doit être écrit au frontispice d'aucun établissement.
Les asiles de Sainte- Anne, de Vaucluse et de Ville- Evrard, construits pour six cents aliénés et installés dans des conditions vraiment exceptionnelles, sous le rapport des ressources de toutes sortes qu'ils offrent pour le traitement de l'aliénation mentale, formeraient les asiles de traitement, et suffiraient amplement à cette destination.
Les populations réunies des trois asiles et du bureau d'admission représenteraient, à raison de six cents malades par asile, un chiffre de mille huit cent quarante aliénés.
Il est vrai que, dans l'état actuel des choses, ce dernier chiffre n'est pas atteint, et qu'il ne pourrait l'être sans sacrifier un certain nombre de lits à réserver pour le mouvement et pour le service de l'infirmerie. Mais il est facile de démontrer qu'à l'asile de Vaucluse le nombre de lits qui doivent rester inoccupés pour cette cause pourrait être compensé par un nombre au moins égal de places à créer dans deux salles ' qui n'ont encore reçu aucune affectation, au premier étage des deux pavillons annexes de la buanderie et des ateliers.
Il y aurait avantage à consacrer ces deux salles à l'habitation des aliénés qui travaillent à la buanderie. A raison de dix lits par salle, il résulterait de cette affectation un accroissement de vingt places qui me semblent devoir suffire pour le mouvement, il serait ^ de même possible de créer vingt places au premier étage des pavillons annexes des ateliers.
Il y a également, à l'asile Sainte-Ânne, des bâtiments commencés en vue de l'établissement d'un pensionnat, et dont l'achèvement devra donner lieu, quoi qu'il arrive, à un accroissement du nombre des lits.
C'est donc sans exagération qu'on peut évaluer à mille huit cent quarante, la moyenne des aliénés qui pourront et devront être traités à un jour prochain dans les trois asiles précités.
Bien que la création projetée d'une colonie d'idiots doive donner lieu à un accroissement notable de population, je n'ai pas cru devoir tenir compte de cet accroissement dans la supputation du nombre des lits consacrés aux aliénés proprement dits et auxquels les caractères de leur affection, aussi bien que la date de
rinvasion de leur maladie assignent une place dans des asiles de traitement.
Or, étant donné ce chiffre de mille huit cent quarante, qui représente aussi approximativement que possible la population de cette nature d'asiles, si on le retranche du nombre de six mille cinq cent vingt-trois qui représentait, au 34 décembre 1872, le nombre des aUénés de la Seine traités dans les établissements publics, il reste quatre mille six cent quatre-vingt-trois aliénés qui peuvent être considérés comme chroniques, et à l'entretien desquels il devra être pourvu, lorsque les asiles de province qui les reçoivent actuellement ne seront plus en position de les recevoir.
Or, j'estime que, pour l'entretien de cette catégorie de malades, il y aurait lieu de créer trois asiles de douze cents individus chacun.
Sur ces trois asiles, un au moins pourrait être construit sur le territoire de Ville-Évrard qui ne comprend pas moins de deux cent quatre-vingt-dix hectares.
Le domaine de Vaucluse ne mesurant que cent vingtcinq hectares, dont vingt-six en bois, et trente-six affermés, soit : soixante-trois répartis tant pour les besoins de l'asile proprement dit, que pour ceux de la colonie projetée d'enfants idiots ou arriérés, il serait peut-être difficile d'y trouver la place d'un établissement de Timportance de ceux qu'il s'agirait d'édifier.
Mais à défaut de cet établissement, on pourrait y créer une annexe de l'asile actuel, annexe destinée à recevoir les aliénés appartenant à la catégorie de ce qu'on peut appeler les déclassés du monde social, et à remplir une véritable lacune dans l'organisation du service.
L'existence de cette lacune avait frappé M. Haussmann, car, dans un entretien que j'ai eu avec lui lors de l'ouverture de l'asile de Vaucluse, il me l'a signalée en me demandant s'il ne me semblait pas que l'un des asiles projetés pût être affecté à cette catégorie d'aliénés. Je lui répondis en substance que le nombre de ces aliénés ne me semblait pas tel qu'on pût en composer la population d'un asile de six cents malades, mais qu'il serait facile de satisfaire au desiratum qu'il me signalait avec tant de raison, en annexant aux asiles existants des quartiers spéciaux pour recevoir cette catégorie de malades. Ces quartiers, lui dis-je, devant être desservis par les services généraux de l'asile proprement dit, leur création d'ailleurs peu coûteuse tendrait plutôt à une diminution qu'à une aggravation de charges, à raison de l'influence que devra exercer sur le taux de la journée, l'accroissement de population auquel elle donnerait lieu.
Des trois asiles de la Seine, l'asile de Vaucluse me parait être celui qui convient le mieux à une création de ce genre, et le pensionnat qu'on avait tout d'abord projeté d'y créer ne saurait y être plus avantageusement remplacé que par une institution tenant, en quelque sorte, le milieu entre l'asile et le pensionnat.
Un quartier pouvant contenir trois cents malades des deux sexes suffirait, je pense, amplement à cette destination.
Le lecteur a compris que par aliénés'déclassés j'entends parler de cette catégorie d'aliénés ayant appartenu à ce que l'on est convenu d'appeler les classes libérales. Elle comprend d'anciens fonctionnaires de tout ordre, d'anciens négociants, des médecins, des hommes
522 REORGANISATION DU SERVICE
de lettres, des employés de bureau, etc., tombés dans l'indigence, mais n'ayant pas dépouillé pour cela toutes les habitudes du milieu auquel ils ont appartenu.
Nous avons tous les jours à déplorer dans nos services la nécessité d'y confondre cette catégorie de malades avec les éléments ordinaires de la population pour laquelle l'asile est institué.
Tout ce que nous pouvons faire, dans certains cas, c'est de séparer quelques-uns de ces malades des quartiers où l'inégalité des classes nous parait la plus choquante, et d'utiliser, lorsque leur état mental le permet, pour les recevoir, le petit quartier de convalescence qui entre dans la composition des localités actuelles.
C'est ce que j'ai fait récemment pour la veuve d'un officier supérieur, ancienne rédactrice du Journal des jeunes Personnes^ femme très honorable et très méritante, qui, plus que personne, eût souffert de son mélange avec les autres éléments de la population.
Dans les asiles pourvus d'un pensionnat, les médecins sont souvent conduits par une considération d'humanité à y faire passer certains de ces malades, malgré leur indigence bien reconnue et malgré le titre de leur admission. C'est irrégulier sans doute, mais les chefs de l'administration ne peuvent que fermer d'ordinaire les yeux sur cette irrégularité.
Il ne vient à personne la pensée de demander pour cette catégorie de malades une différence dans le régime, et j'estime qu'en cela la création que nous demandons n'a rien qui soit de nature à froisser les principes égalitaires qui forment le fond des sociétés modernes. La seule condition à laquelle cette création
tende à satisfaire est une condition de classement que la médecine est en droit de prescrire, du moment où il lui est démontré que l'influence du milieu peut s'exercer sur certains malades au détriment de leur santé morale et de leur curabililé.
Ce n'est pas méconnaître d'ailleurs, ces principes d'égalité que de tenir compte d'un fait qui a préexisté à l'admission des malades dans les asiles qui leur sont consacrés, à savoir : de l'inégalité de leurs conditions sociales.
En entrant dans un autre ordre d'idées, et en renonçant à conserver à l'asile de Vaucluse son caractère d'asile de traitement, malgré les sacrifices considérables qui ont été faits en vue de cette destination, on pourrait, ainsi que je l'ai établi dans un rapport au Préfet, le 20 mai 4870, accroître sa population d'un chiffre assez élevé par un aménagement approprié des combles. Mais, comme ce projet a l'inconvénient de créer des agglomérations sur un espace restreint, et que l'accroissement de population auquel il tend, en vue de réduire le prix de la journée, peut être aussi bien obtenu par la création du quartier de déclassés dont il est question ici, j'ai été conduit à lui préférer cette dernière création dont la dépense ne paraît pas devoir être bien plus considérable.
Un de ces deux projets ne peut, d'ailleurs, être adopté qu'à l'exclusion de l'autre ; car, les services généraux de Tasile^ ses bains, sa chapelle, etc., ne sauraient suffire à un accroissement de population aussi considérable que celui qui résulterait de leur double adoption.
Dans tous les cas, et pour la réduction du prix de
journée, la question se pose entre l'un et l'autre des deux projets.
La population des trois asiles de chroniques dont je propose la création, devant former un total de trois mille six cents aliénés, si l'on ajoute ce nombre au chiffre de mille huit cent quarante malades, admis dans les asiles de traitement, en augmentant ce dernier chifTre de trois cents déclassés traités dans une annexe spéciale, on arrive à un total de cinq mille sept cent quai^ante.
Retranchant ce nombre des six mille cinq cent vingt-trois qui composaient le chiffre des aliénés de la Seine au 31 décembre 1872, il ne reste plus que sept cent quatre-vingt-trois aliénés dont le placement soit à chercher.
Or, pour l'entretien de ces aliénés, je ne verrais que de l'avantage à maintenir, voire même à renouveler les traités passés avec les asiles de Blois et d'Évreux qui, à raison de leur proximité de Paris et du confort de leur installation, pourraient à bon droit être considérés comme des succursales des asiles de la Seine.
Je ne verrais même, si le nombre des aliénés à entretenir devait encore s'accroître, aucun inconvénient à augmenter le chiffre des aliénés à entretenir dans ces deux établissements, et à le porter, par exemple, à un maximum de mille, si leurs aménagements devaient le permettre.
Récapitulation,
1^ Aliénés traités, tant dans les trois asiles de Sainte- Anne, de ViUe-Évrard et de Vaucluse considérés
comme asiles de traitement, que dans le bureau d'admission 4,840
9p Aliénés déclassés traités dans une annexe de l'asile de Vaucluse, à créer 300
3° Aliénés entretenus dans les trois asiles de chroniques 3,600
4P Aliénés entretenus aux frais du département de la Seine dans les asiles de Blois et d'Évreux 4,000
Total 6,740
La seule dépense à effectuer pour la réalisation de ce programme serait celle que nécessiteraient la création d'une annexe pour les aliénés déclassés et la construction de trois asiles de chroniques.
Or, de l'examen auquel a bien voulu se livrer, sur ma demande, l'architecte habile auquel est dévolu l'honneur de continuer et de parfaire l'œuvre si appréciée de son prédécesseur M. Lebouteux, cette dépense peut être évaluée à 500,000 fr. pour l'annexe et à 5 millions * pour chaque asile, soit : pour l'ensemble de la dépense, à 45 millions et demi.
Pour apprécier le chiffre de cette dépense, il importe de considérer qu'il s'agit pour les trois asiles proposés d'asiles de chroniques, dont l'installation est nécessairement plus simple et moins dispendieuse que celle des asiles de traitement et que, parmi les dépenses de premier établissement pour des institutions de cette
> A raison de 53 francs par mèlre, pour les bâtiments, soit 4,240,000 fr. ; le surplus représente la dépense du mobilier.
526 REORGANISATION DU SERVICE
nature, il en est, et les services économiques sont du nombre, dont le taux n'est pas sensiblement influencé par le chiffre de la population.
Pour compléter cette appréciation, il n'est pas hors de propos de rappeler que le programme primitif comprenait, au dire de M, Girard de Cailloux, douze asiles dont les trois asiles de Sainte-Anne, de Ville- Évrard et de Vaucluse commençaient la série.
Or, en prenant pour base de l'évaluation de la dépense que devraient nécessiter les neuf asiles restant à construire, le coût moyen de ceux de Ville-Évrard et de Vaucluse commençaient la série.
Or, en prenant pour base de l'évaluation de la dépense que devraient nécessiter les neuf asiles restant à construire, le coût moyen de ceux de Ville-
Evrard et de Vaucluse, on arrive à un chiffre de 5,500,000 fr. par asile, soit pour les neuf, 49 millions, en nombre rond 50 millions sans compter le prix des immeubles qui eût porté le chiffre total de la dépense à plus de 54 millions.
Comparant cette dépense à celle de 15 millions et demi que nécessiterait la réalisation de notre programme, on trouve qu'elle lui est supérieure de plus de 33 millions.
Ici se pose une objection :
Le prix de journée des aliénés de la Seine traités dans les trois asiles de ce département n'étant pas inférieur à 2 francs, tandis que celui des aliénés traités dans les asiles de province ne dépasse pas en général 4 fr. 25, la différence est telle qu'il y aurait un véritable préjudice pour le département à construire de nouveaux établissements et à renoncer au système
de la translation des aliénés de la Seine dans les asiles de province!
Je crois pouvoir répondre à cette objection que, si le prix de journée est si élevé dans les asiles de la Seine, cela tient précisément à ce que le chiffre de la population pour lequel ces établissements ont ét^ construits est relativement faible, et à ce que les dépenses de premier établissement n'y sont pas utilisées pour un plus grand nombre d'aliénés à entretenir.
Or, il y a lieu de penser qu'en construisant des asiles de douze cents malades on aurait chance d'y abaisser le prix de la journée à un taux qui ne dépasserait guère, s'il devait le dépasser, celui des aliénés traités en province.
Ces derniers asiles pouvant subvenir à l'entretien des aliénés de la Seine avec un prix de journée dont le maximum est de 1 fr. 25, et à l'entretien des leurs avec un prix de journée qui ne dépasse guère 1 fr. 10 que dans les petits établissements, et réalisant même des bonis assez considérables qui tendent, il est vrai, à diminuer, à raison de la cherté persistante et même progressive des subsistances, on se demande pourquoi le département de la Seine n'obtiendrait pas des résultats analogues dans des établissements à lui.
Sans doute, il convient de tenir compte de l'évaluation plus considérable du prix de presque toutes les denrées à Paris et dans les pays qui l'avoisinent. Mais, la différence qui était très grande, il y a vingt ans, diminue chaque jour, et Téquilibre s'établit de plus en plus entre tous les marchés. Le prix de la denrée principale, c'est-à-dire du pain, est d'ailleurs à peu près
le même partout. Il en est de même des articles d'épiceries et des divers comestibles.
Les conditions de l'existence sont, on le sait, à peu près les mêmes dans le chef-lieu du département de la Seine-Inférieure qu'à Paris, et cependant on suffit à la dépense des aliénés de ce département dans les asiles de Saint- Yon et de Quatre-Mares avec im prix de journée de 1 fr. 23*.
Les avantages que retirent les asiles de province de l'admission des aliénés de la Seine résultent : 1« de l'influence qu'exerce sur le taux de la journée de leurs propres aliénés l'accroissement de population produit par cette admission ; 2^ des bénéfices réalisés sur le prix de la journée des aliénés de la Seine. Il y a, d'une part, diminution d'une dépense et, de l'autre, augmentation de recettes.
Bien que l'influence du chiOre de la population sur le taux de la journée soit en quelque sorte passée à l'état d'axiome administratif, j'ai cru devoir citer ailleurs un fait qui la démontre avec la plus entière évidence. C'est celui de la différence qu'ont présentée sous le rapport du prix de journée les années 1869 et 1870 à l'asile de Vaucluse. Ce fait devant être reproduit avec tous les développements qu'il comporte dans le chapitre de cette étude que je consacre à la colonie projetée pour les enfants idiots ou arriérés, je ne m'y arrête pas, et je me borne à m'en prévaloir pour soutenir, sans trop de témérité, je crois, que dans l'hypothèse d'asiles de douze cents aliénés chroniques, le
^ Od a pu même réaliser des économies qui se chiffirent a^joQrdlloi par la somme de dooxe cent mille francs.
prix de journée différerait peu sensiblement dé celui que le département de la Seine paie aux asiles de province, et que la différence, s'il devait y en avoir une, serait compensée par la diminution des frais de transport.
A propos des asiles de douze cents aliénés dont je propose la création, on m'objectera peut-être qu'au point de vue de l'hygiène générale et spéciale, des asiles de six cents malades sont généralement considérés comme préférables à des asiles d'un nombre supérieur, où les malades trouvent une moins grande concentration de soins et de sollicitude.
Cela est vrai en général, et je ne pourrais que me rallier moi-même à cette manière de voir, si la règle qui en ressort ne comportait pas d'exception et si la donnée sur laquelle elle repose n'avait été profondément modifiée, dans ces dernières années, par l'adoption du système de pavillons isolés qui tend généralement à prévaloir dans la construction des asiles, comme dans celle des hôpitaux et hospices, et qui devrait être appliqué aux établissements dont il s'agit.
Je ne saurais trop répéter, d'ailleurs, à cette occasion, que ces établissements ne doivent recevoir que des chroniques chez lesquels l'influence du nombre ne saurait s'exercer au même degré que chez les malades qui composent la population des asiles de traitement.
Il importe, enfin, de considérer qu'il s'agit du département de la Seine et surtout de Paris, c'est-àdire d'un milieu dans lequel les institutions, pour suffire à des besoins exceptionnels, doivent être exceptionnelles elles-mêmes, et prendre des proportions que ne connaissent pas d'autres milieux.
Il résulte de ce qui précède que, moyennanl un sacrifice de 16 à 17 millions, le département de la Seine pourrait organiser son service d'aliénés dans des conditions telles que la pratique de la translation des aliénés de la Seine en province fût, si ce n'est abolie, tout au moins réduite à des proportions acceptables et propres à donner satisfaction aux justes exigences des familles et de l'humanité.
En terminant cet exposé, je crois devoir rappeler que, dans le programme primitif, l'asile Sainte -Anne devait purement et simplement remplacer les services d'aliénés de Bicêtre et de la Salpétrière dont la suppression était décidée en principe.
Il devait être, de plus, un centre d'enseignement pour les maladies mentales et il avait reçu tout d'abord, pour ce motif, le nom d'asile clinique.
Ce nom a dû lui être retiré à la suite d'une revendication faite par le ministre de l'Instruction publique.
De la réalisation du programme que je viens d'ébaucher, ainsi que de l'achèvement de toutes les installations projetées ou en voie de s'effectuer résulterait, comme on le voit, un ensemble comprenant :
Trois asiles de traitement (Sainte-Anne, Ville-Évrard, Vaucluse et Bureau d'admission) ;
Trois asiles de chroniques, dont un sur le territoire de Ville-Évrard ;
Une annexe pour les déclassés, sur le territoire de Vaucluse ;
Une colonie pour les enfants idiots ou arriérés sur le même territoire ;
Un pensionnat pour les classes moyennes, qui serait aux aliénés de ces classes ce qu'est la maison muni-
cipale de santé du faubourg Saint-Denis aux personnes atteintes d'autres maladies, sur le territoire de Ville- Évrard.
Je crois devoir exclure, par principe, du programme que je viens d'exposer, les jpensionnats pour d'autres classes, pensionnats dont je ne suis partisan que pour les départements moins bien pourvus que celui de la Seine en maisons de santé de premier ordre et dirigées, comme elles le sont pour la plupart, par des sommités de la science aliéniste.
Ce programme serait complet, je crois, si l'on y rattachait une colonie pour les filles idiotes ou arriérées et un quartier d'épileptiques.