II. Cdonle UBexe de VmméÈame memr les ealMils M1«U
Dans un rapport adressé le 20 mai 1870 à M. le préfet de la Seine, le directeur de Tasile de Vaucluse traitant la question des aménagements dont Tasile et la ferme étaient susceptibles en vue d'accroître le chiffre de la population et de réduire, par suite, le prix de la journée, avait émis Topinion que la partie de la ferme que Ton avait cru devoir destiner à une bergerie, pouvait être sans inconvénient supprimée et très avantageusement utilisée pour la création d'une annexe affectée aux aliénés qui se livrent aux travaux agricoles.
Dans une note en date du 8 juillet suivant, le même fonctionnaire revenant sur cette donnée soumettait à l'administration la question de savoir si l'appropriation proposée par lui de la ferme de Vaucluse ne pourrait pas être utilisée pour la création d'un service d'enfants, a Ce service, » disait-il, « conservant le caractère de colonie agricole, pourrait être pour les enfants idiots et arriérés ce que sont les colonies de Mettray et de Petit-Bourg pour une autre catégorie d'enfants. Dans le cas où Tessai tenté dans ces conditions à la ferme de Vaucluse donnerait des résultats satisfaisants, il pourrait devenir le point de départ d'une organisation ultérieure plus étendue et plus complète dans le sens d'une institution pour laquelle la France e3t restée jusqu'ici bien au-dessous de l'Angleterre. Cette dernière nation a, en effet, donné par la création de l'asile des idiots d'Earlswood, un exemple qui me semble devoir être imité. »
J'ajoute que, dans Tintervalle de la production defe deux documents, M. Barbier, membre de la commission de surveillance et délégué par elle, s'était transporté à l'asile de Vaucluse, accompagné de M. Michel Moring, directeur de l'Administration préfectorale, et s'était livré sur place avec ce haut fonctionnaire à un premier examen du projet d'appropriation d'un des bâtiments de la ferme à la destination d'une annexe d'aliénés travailleurs.
Qu'il s'agit d'une telle annexe ou d'une colonie d'idiots, il est probable que le projet allait être adopté, lorsque sont survenus les événements politiques qui en ont amené l'ajournement.
Tel était l'état de la question, lorsque le Conseil général de la Seine, dans sa session ordinaire de 1871, fut appelé à se prononcer sur les modifications à apporter dans l'exploitation des domaines de Ville- Évrard et de Vaucluse, et subsidiairement sur un projet de mise en location de certaines parties de ces domaines.
Cette assemblée ayant, sur les conclusions d'un rapport de l'honorable M. Trélat, décidé la mise en location de la ferme de Ville-Évrard, il est probable que celle de Vaucluse allait avoir le même sort, lorsque le directeur de cet établissement a fait ressortir dans un rapport spécial les avantages qu'il y aurait à utiliser les bâtiments de cette ferme pour la création d'un service d'enfants idiots.
Il insistait, d'ailleurs, dans le même document, sur un argument tiré de l'influence que l'accroissement de population résultant de cette création ne manquerait pas d'exercer sur le taux de la journée.
534 REORGANISATION DU SERVICE
' II a reproduit cette partie de son argumentation dans son compte moral de Texercice 1873, à la suite des résultats financiers de ce compte, et après les avoir comparés à ceux des comptes précédents.
c Ces données, » disait-il, c démontrent avec la plus entière évidence l'influence qu'exerce sur le taux de la journée le chiffre de la population, et font ressortir de plus en plus l'importance qu'il y aurait, au point de vue économique, à utiliser les dépenses de premier établissement pour un plus grand nombre d'individus. Elles ajoutent un argument à ceux que j'ai fait valoir dans un autre document en faveur d'une proposition tendant à élever le chiffre de la population à l'asile de Yaucluse, à l'aide de divers aménagements ^ et en particulier par l'appropriation des bâtiments de la ferme à la destination d'une colonie d'idiots ou d'une annexe d'aliénés travailleurs.
<( L'augmentation dont il s'agit permettrait :
€ lo D'utiliser pour un plus grand nombre d'individus la dépense totale, c'est-à-dire de réduire, dans des proportions considérables, le chiffre du capital engagé pour la création de chaque lit ;
« 2^ D'abaisser notablement le prix de la journée ;
« 3® De diminuer le nombre des aliénés à envoyer en province, et de réaliser sous ce rapport une amélioration morale dont l'importance ne peut échapper à personne.
a Pour ce qui est de la diminution du prix de journée, il est permis d'en juger par la différence qu'ont présentée sous ce rapport les années 1869 et 1870, à l'asile de Vaucluse.
1 Aménagements des combles.
€ Dans l'année 1869, année d'ouverture, pendant laquelle le chiffre de la population est resté de beaucoup au-dessous de l'effectif normal et n'en a pas même atteint la moitié, le taux de la journée a été de 2 fr. 43 environ.
« Par contre, dans l'année 1870, pendant les quatre premiers mois de laquelle le chiffre de la population a dépassé de beaucoup cet effectif, et a même été doublé par suite de l'évacuation qui a été opérée le 6 septembre, du personnel de Ville-Évrard sur celui de Vaucluse, le taux de la journée n'a été que de 1 fr. 57. Il en résulte entre les deux exercices, un écart de 0 fr. 86.
(( Il ne saurait être douteux que l'écart eût été de beaucoup plus considérable si l'augmentation du chiffre de la population, résultant, pour l'année 1870, de l'adjonction du personnel de l'asile de Ville-Évrard avait porté sur Pannée entière^ au lieu de porter sur qtuztre mois seulement,,.
« Pour faire ressortir l'importance de cette donnée administrative, qu'il me soit permis de dire que, c'est en m'appuyant sur elle que, pendant une direction de quatre ans à l'asile de Blois, j'ai pu jeter les bases d'un système financier, qui, fécondé par les efforts de mes honorables successeurs et surtout de M. Lunier\ a eu finalement pour résultat de doter le département de Loir-et-Cher, d'un asile qui occupe un rang distingué parmi les établissements de ce genre, dont la
1 C'est à r intelligente initiative de ce savant aliéniste que sont dues Tacquisition, par l'asile, du château de Saint-Lazare, et son affectation à un pensionnat qu'on peut citer parmi les plus remarquables qui soient annexés aux asiles publics.
valeur excède 1,200,000 fr. et pour lequel il n'a eu à faire qu'une mise de fonds relativement insignifiante ;
« Que pendant vingt ans, M. Levincent d'abord, et moi ensuite, à l'asile de Maine-et-Loire, avons pu réaliser plus de 400,000 fr. d'économies, dans lesquels il convient, il est vrai, de faire entrer, pour une certaine part, les produits du pensionnat et les bonis réalisés sur la journée de quatre-vingt-dix aliénés de la Seine, et à l'aide desquels nous avons pu opérer la transformation d'une grande partie de l'asile.
« C'est par l'application de cette même donnée que des établissements comme ceux de Maréville(Meurthe), du Bon-Sauveur, à Caen, des frères de Saint- Jean-de- . Dieu, à Dinan, etc., dans quelques-uns desquels lé chiffre de population atteint ou dépasse douze cents aliénés, réalisent annuellement des bonis considérables.
« L'explication de tels résultats se tire de ce fait que les dépenses en frais généraux sont, jusqu'à un certain point, indépendantes du chiftre de la population, que les accroissements dans ce chiffre n'influent guère que sur les dépenses en pain, vin, viande, comestibles, vêture, lingerie, etc., et qu'encore, pour l'achat de ces dernières fournitures, les conditions sont d'autant plus avantageuses qu'on opère sur de plus grandes quantités. y>
Il y a lieu de penser que ces arguments ont attiré l'attention du Conseil général et lui ont paru concluants, car la délibération du 9 novembre 1871 dispose expressément que : « ne seront pas compris dans les locations visées par cette même délibération, les bâtiments de la ferme qui pourront être affectés, s'il y a lieu, au traitement des malades. »
Cette assemblée avait, parait-il, déjà opté dans cette circonstance pour la destination d'une colonie d'idiots, car lorsque la question de l'appropriation des bâtiments de la ferme, à l'établissement d'une annexe de l'asile, soit pour une section d'aliénés travailleurs, soit pour une colonie d'idiots lui fut plus tard soumise, elle n'hésita pas à se prononcer en faveur de cette dernière destination, et à approuver, par une délibération en date du 27 novembre 1873, le projet qui lui a été soumis par M. le Préfet, d'appropriation de la ferme de Vaucluse à un service d'enfants idiots dans la limite d'une dépense de 166,274 fr. conformément aux devis visés dans ladite délibération.
Le projet adopté par le Conseil général comprend l'appropriation, pour une colonie d'enfants idiots et arriérés, des bâtiments de la ferme et la clôture d'une zone contiguê de terres et prairies d'une contenance de dix hectares environ qui doit être annexée à la colonie pour l'exploitation agricole à laquelle seront employés les enfants.
Ainsi que l'a fait observer avec raison M. le directeur des travaux publics, le programme dressé à l'origine par le directeur de l'asile ne contenait que des indications sommaires et tout à fait insuffisantes, et il demandait à être complété. Je n'avais attendu pour satisfaire à ce desideratum que les ordres de l'administration.
Mais avant de compléter par ma réponse aux questions qui sont posées dans la note de M. le directeur des travaux publics, le programme dont il s'agit, il m'a semblé utile de reproduire ici ce programme.
« La considération des économies à réaliser, » disais-
je, « n'est pas la seule à faire valoir. Il en est d'autres qui reposent sur l'excellence des conditions d'hygiène générale et spéciale, dans lesquelles se trouverait l'annexe à créer.
a Si elle devait servir à l'établissement d'une colonie d'idiots, elle tendrait à remplir une lacune qui, pour cette partie du service* place, la France au-dessous de l'Angleterre.
a Touterois comme la colonie ne saurait admettre d'idiots épileptiques, pour lesquels il serait nécessaire de créer un service spécial, à l'aménagement duquel l'ensemble des bâtiments ne se prête absolument pas, il y aurait lieu d'examiner s'il ne conviendrait pas, en réservant la création d'une colonie d'idiots pour une époque ultérieure, de faire de la ferme de Vaucluse une annexe d'aliénés travailleurs, et d'y centraliser en quelque sorte le travail agricole des aliénés de la Seine.
L'appropriation des bâtiments et la délimitation des terrains se prêtent également à l'une et à l'autre des deux destinations, et M. Maréchal, achitecte de l'asile de Vaucluse a préparé pour chacune d'elles, des projets distincts entre lesquels l'Administration et le Conseil général auront à opter.
a La situation de la ferme de Vaucluse et l'étendue des terrains réservés autour de ses bâtiments indiquent suffisamment que le service à créer doit avoir le caractère d'une colonie agricole. La culture de ces terrains constitue, d'ailleurs, une spécialité de travail qui ne peut convenir qu'a des colons du sexe masculin.
« Le nombre de places à créer, qui ne peut excéder
cent quarante, ne comporte pas la création d'un service affecté aux deux sexes, pour la séparation desquels il serait absolument impossible de disposer l'édifice actuel.
« Dans l'hypothèse de l'airectation du service à une colonie d'idiots, le programme de l'institution comprendrait, comme tous les programmes de ce genre, en outre de la spécialité agricole, des ateliers et une école, ce qui permettrait de développer, dans la mesure qui semblerait en rapport avec le degré d'aptitude de chacun, l'éducation professionnelle et l'instruction des jeunes colons.
« Dans l'hypothèse d'une annexe pour les aliénés travailleurs, les ateliers qui feraient double emploi avec ceux de l'asile proprement dit et l'école, seraient sans objet, et le local qui leur était destiné servirait à l'agrandissement des habitations de jour et de nuit, pour lesquelles des adultes réclament plus d'espace que des enfants.
« J'ai été, par la force des choses, conduit à donner provisoirement à la ferme de Vaucluse cette destination d'annexé, pour un certain nombre d'aliénés travailleurs, pendant le siège de Paris. J'ai pu juger par les résultats obtenus dans ces conditions mêmes, des avantages que présenterait l'annexe dont il s'agit, si elle était l'objet d'une installation complète et spéciale.
« La nouvelle colonie serait desservie par les services généraux de l'asile, et c'est de là que résulterait la principale source d'économie.
« On avait pu craindre un instant que les aliments ne pussent être fournis par la cuisine générale à un
service aussi distant du centre de l'établissement, sans danger d'être servis froids, et qu'on fût, par suite, obligé de comprendre une cuisine spéciale dans le programme de l'annexe à créer, ce qui eût singulièrement réduit les avantages économiques du projet. »
La réponse à cette objection se trouve dans la note publiée dans le numéro de janvier dernier de ce Recueil sur l'emploi des marmites isolées, autrement dites : norwégiennes, dans les asiles d'aliénés.
Avant d'exprimer son avis sur les questions qui lui ont été posées, le directeur de l'asile de Vaucluse a cru nécessaire de dissiper une appréhension qui avait été exprimée dans les termes ci-après :
« Le projet de transformation de la ferme de Vaucluse voté par le Conseil général, a été inspiré par la pensée de combler une lacune dans les services des asiles du département où il n'existe pas d'installation pour les enfants idiots. D'après ce projet, les travaux de culture auxquels les enfants seront occupés, ne devaient intervenir que comme moyen curatif. M. le Directeur de l'asile, au contraire, inclinait à renvoyer à une autre époque la création de l'asile d'idiots, et à utiliser les bâtiments de la ferme de Vaucluse pour un service d'adultes travailleurs, qui devait permettre d'imprimer une vive impulsion aux travaux de culture de l'asile. N'est-il pas à craindre qu'à l'occasion de l'asile d'enfants idiots, on n'obéisse encore à cette dernière préoccupation et qu'il n'y ait une tendance à étendre la partie agricole du projet au delà de la mesure exigée par l'intérêt médical? »
Le soussigné s'est empressé de rassurer l'adminis-
tration à l'endroit de la préoccupation et de la tendance qu'on lui supposait et qui semblaient résulter de l'interprétation de certaines parties du programme précité.
L'idée première de la création d'une colonie d'idiots dans la ferme de Vaucluse ayant été, il croit pouvoir le dire, émise par lui, il ne pouvait, sans se mettre en contradiction avec lui-même et sans se déjuger en quelque sorte, obéir à d'autres préoccupations que celle de voir réaliser dans toute sa rigueur le projet adopté par le Conseil général.
La vérité est que, dans la prévision des difficultés que la création d'un service d'idiots pouvait soulever dans la phase d'administration où se trouvait alors le service des aliénés, il avait cru devoir présenter dans son rapport un double projet et en quelque sorte un double programme ; mais, sans rien abandonner de son idée première.
Le Conseil général ayant définitivement opté pour la colonie d'idiots, il a été doublement heureux de s'incliner devant cette décision.
Première question posée dans la note de M. le Directeur
des travaux publics :
« \^ La colonie projetée comprendra- t-elle exclusivement des enfants idiots et arriérés, assez valides de corps pour se livrer à des travaux agricoles et être soumis, en outre, aux mêmes exercices et à un même régime d'habitation et de subsistance, sauf de légères différences, et sauf un partage des enfants en groupes distincts pour lesquels l'âge serait le point de départ
542 REORGANISATION DU SERVICE
principal? Où, y aura-t-il, comme à Bicêtre, par exemple, deux sections d'enfants idiots, ayant chacune son local distinct, et comprenant, Tune, les idiots en bas âge, l'autre, les idiots valides en état de suivre les cours et les exercices de l'école, des ateliers, du gymnase, etc.? »
La réponse à cette question ne saurait être un seul instant douteuse.
Il est évident, en effet, que les bâtiments de la ferme à utiliser ne permettent guère d'autres prévisions que celle d'une colonie d'enfants valides.
Pour l'appréciation des motifs qui plaident en faveur de cette spécialisation, il importe de ne pas perdre de vue le caractère de colonie essentiellement agricole que doit avoir le service à créer, et qui est impérieusement commandé par sa situation en pleine campagne, au milieu d'une surface de culture, aussi bien que par ses délimitations.
Pour entrer plus complètement encore dans l'esprit de l'institution, il est aussi nécessaire de bien établir, dès à présent, que les épileptiques n'y doivent pas être admis.
Le mélange d'idiots et d' épileptiques dans une colonie agricole est absolument contraire aux plus simples données de la médecine et de l'hygiène spéciales.
Pour comprendre ce qu'il peut y avoir de monstrueux dans une pareille promiscuité, il y a lieu de rappeler que les épileptiques sont des êtres essentiellement impulsifs, et que cette disposition en fait les plus dangereux de tous les malades, car, irrésistible toujours, elle les porte souvent au meurtre et â d'autres actes plus ou moins dangereux.
L'idée surtout de comprendre des individus affligés de pareilles tendances dans le programme d'une colonie où le moindre des outils et ustensiles qui y sont employés peut devenir une arme terrible dans leurs mains, et l'idée surtout de les confondre avec des idiots inoffensifâ ne saurait résister à l'examen.
En supposant que le but de l'institution ne soit pas incompatible avec l'admission d'épileptiques, il est de toute évidence qu'elle n'y serait possible qu'à la condition de les recevoir dans un quartier spécialement approprié à leur état et comportant plusieurs subdivisions qu'il faudrait créer de toutes pièces, car les bâtiments actuels ne sauraient, par une appropriation quelconque, se prêter à une telle destination, ce qui élèverait de beaucoup le chiffre de la dépense, tout en altérant de la façon la plus grave le programme de l'institution.
Si l'administration veut instituer un service d'épileptiques, elle ne le peut, la chose est certaine, que par la création d'un quartier absolument spécial.
Un tel service comporte, en effet, de l'aveu de tous, une organisation trop foncièrement spéciale pour qu'aucune appropriation de bâtiments construits pour une autre destination puisse le moins du monde satisfaire à l'ensemble de ses exigences.
Ici se présente une objection :
Si on élimine, nous dira-t-on, les idiots en bas âge, les gâteux, les infirmes et les épileptiques, trouverat-on assez d'idiots vaUdes et réunissant toutes les conditions d'admissibilité pour composer le chiffre d'individus que la colonie pourra admettre et qui peut être évalué à cent quarante ?
544 REORGANISATION DU SERVICE
En considérant le chiffre de soixante-sept idiots qui compose le groupe des valides à Bicêtre, on pourrait en douter. Mais il y a lieu de considérer qu'à Bicétre le nombre des admissions est forcément limité par l'état des localités. Tout donne lieu de penser que la population de la colonie ne se recrutera pas seulement parmi les indigents, et que, dès que l'institution sera connue et qu'elle apparaîtra avec tous ses avantages, le nombre des admissions ne tardera pas à égaler le nombre des places réelles. L'exemple de l'asile d'Eariswood qui, à l'époque où je l'ai visité, contenait déjà trois cents idiots, bien que sa création fût toute récente, et qui en contient aujourd'hui près de huit cents, vient à l'appui de ce que j'avance.
Le discours prononcé à la dernière distribution de prix aux idiotes de la Salpêtrière, par M. le docteur Delasiauve, à la science et à la sollicitude duquel la cause des idiots est redevable de tant de généreux efforts et de si bienfaisantes initiatives, accuse une .progression qui tend à confirmer la môme donnée.
Si la dualité de régime et d'habitation qui existe à Bicétre doit être absolument exclue de la colonie projetée, il est cependant nécessaire d'y prévoir une petite infirmerie de seize lits au plus, pour le traitement des maladies accidentelles.
L'éventualité à prévoir de certaines maladies contagieuses et épidémiques telles que la fièvre typhoïde, la rougeole, la scarlatine, la variole, etc., oblige à comprendre dans cette infirmerie deux chambres d'isolement.
Deuxième ordre de questions posées par la note
précitée.
« Pour son régime agricole, quelles en seront les données exactes? Quel sera le nombre des vaches, des porcs? Pour les porcs, la porcherie actuelle qui sera conservée parait devoir, en tout état de cause, très amplement suffire. Une petite vacherie pour cinq ou six vaches seulement était prévue au projet adopté par le Conseil général. Les besoins de l'asile et de la colonie, les ressources que Ton y trouve en fourrages ne doivent-ils pas modifier cette prévision, et faire réserver une étable pour un nombre de bêtes double ou triple? On pourrait obtenir ce résultat sans dépenses supplémentaires, par un simple changement de distribution. Enfin, tous les bâtiments originairement disposés pour des magasins ou des remises de récoltes ou de matériel agricole, sont pris, d'après le projet, pour des dortoirs, réfectoires, salles d'école, de réunion, de récréation. Y a-t-il lieu de prévoir, en outre, quelques remises à récoltes et des resserres spacieuses pour les instruments d'agriculture, qui sont encore présentement abrités dans les bâtiments à convertir en services divers ? Le projet adopté ne comprend qu'une simple remise pour deux voitures de dimension ordinaire et pour quelques grands outils. Si ce local est insuffisant, il serait nécessaire d'arrêter l'emplacement de la remise avec les détails de l'installation, sauf à ne construire que plus tard avec des crédits nouveaux, puisque le projet actuel ne comporte rien d'analogue. »
Avant de répondre aux diverses questions qui se
pressent dans ce paragraphe, je crois utile d'entrer dans quelques considérations médico-psychologiques sur la caractéristique de l'état mental de l'idiot, considérée comme base de l'institution à créer.
Cette caractéristique se résume dans ces quatre mots :
Al)aissement du niveau intellectuel.
Chez l'idiot, l'intelligence est spécialement altérée dans sa quantité, si l'on peut ainsi dire, et c'est ce qui le distingue de l'aliéné proprement dit, chez lequel cette même intelligence est altérée dans son essence, c'est-à-dire dans sa qualité.
Il est bien une forme d'aUénation mentale que caractérise la diminution de l'intelligence, c'est celle qui, dans notre nosographie spéciale, a reçu le nom de démence. Mais cette affection n'est, à proprement parler, qu'une phase terminative de l'aliénation mentale, phase dans laquelle on peut dire que la diminution de l'intelligence s'ajoute ou succède à sa déviation, ou plutôt à son aliénation ; d'où une division de la démence : en démence avec ou sans délire.
Chez le dément, la diminution de l'intelligence procède ordinairement de l'aliénation mentale, tandis que chez l'idiot, elle constitue un vice primordial, si l'on peut ainsi dire, et résultant d'une disposition native, de ce que l'on peut appeler un arrêt de développement.
Les caractères propres à l'idiotie se résument donc dans une infériorité congénitale dans le degré d'intelligence. La question entre l'enfant idiot et l'enfant bien doué ne serait, d'après cela, qu'une question de niveau.
Le principe de l'institution à créer découle de cette donnée.
Le traitement de Tidiot doit être une éducation. Il ne s'agit pas, en effet, de donner de l'intelligence à des êtres qui n'en ont reçu du Créateur qu'un degré très restreint, que des rudiments pour la plupart ; mais bien, de cultiver ces rudiments d'intelligence de manière à leur faire produire la plus grande somme de résultats.
Dans une classe d'enfants à intelligence normale, cette intelligence est loin d'être égale ; il y a naturellement des premiers et des derniers. Il doit en être de même, toute proportion gardée, dans une classe d'idiots. Les résultats à obtenir varieront naturelleiqent suivant le degré de ce que je crois pouvoir appeler l'étiage intellectuel. Mais, si minimes que puissent être ces résultats chez quelques sujets, ils justifieront toujours les efforts auxquels on se sera livré pour les atteindre.
La visite que j'ai faite, il y a quatorze ans, de l'asile d'Earslvood, en Angleterre, m'a permis de faire, sous ce rapport, des remarques qui m'ont particulièrement intéressé.
Les aptitudes professionnelles ne varient pas moins que l'intelligence qu'elles mesurent le plus souvent. D'où la nécessité de créer des spécialités de travail qui soient en rapport avec ces diverses aptitudes.
Or, de ces spécialités de travail, celle qui parait convenir à l'aptitude du plus grand nombre est, sans contredit, la spécialité du travail agricole. C'est aussi celle qui, par l'influence qu'elle exerce sur le jeu des fonctions organiques et sur la santé générale, dispose
le mieux l'intelligence aux efforts que l'on dirige sur elle : mens sana in corpore sano.
Elle n'est pas la seule, toutefois, et il se peut que certains idiots présentent plus d'aptitude pour le travail industriel. C'est pour cette catégorie de sujets qu'il convient de prévoir quelques ateliers.
Leur proportion me paraissant devoir être des deux cinquièmes environ, ce serait pour soixante idiots environ que l'aménagement de ces ateliers devrait être prévu.
Avant de poser les bases de cet aménagement pour la colonie projetée, je crois utile de reproduire le passage ci-après de la relation que j'ai publiée en 1861 dans la Gazette hebdomadaire de médecine de ma visite à l'asile des idiots d'Earslv^ood et dans laquelle se trouve résumée, en quelques mots, l'organisation du travail dans cette institution :
« Après avoir visité ces salles, ainsi qu'une succession de chambres destinées à des pensionnaires et à leurs servants, nous nous dirigeâmes vers les ateliers. L'un de ces ateliers 'est affecté à l'épluchage des fibres du coco destinées à faire des nattes. Ce travail élémentaire constitue le premier degré de l'éducation professionnelle à Earsjvood, et c'est par lui que l'on commence à exercer les doigts des jeunes idiots. Après l'épluchage, vient le tressage en nattes, qui exige plus d'^aptitude naturelle ou acquise, et constitue le deuxième degré de ladite éducation. Cette industrie semble prédominer à Earslvood, et recouvre de ses produits les parquets de toutes les salles. Le troisième atelier est celui des tailleurs. Vient ensuite l'atelier de vannerie, où se fabriquent de jolis paniers d'osier. Un
de ces paniers est placé pour la nuit à côté de chaque lit, et les enfants y déposent le soir leurs vêtements après les avoir plies. Vient enfin l'atelier de menuiserie.
« Comme exemples remarquables d'industrie particulière, on m'a montré de charmants modèles de navire construits par un jeune idiot dont l'aptitude à ce genre de travail est vraiment extraordinaire. Elle s'est révélée à la vue d'un mouchoir sur le fond duquel était dessiné un navire. Ce jeune constructeur était, m'a-t-on assuré, sauvage et sourd-muet quand il est arrivé, et ne faisait entendre qu'un grognement sourd et inarticulé. Il passait tout son temps à se cacher dans les buissons du parc. Il se sert aujourd'hui de quelques mots, à l'aide desquels il s'est composé un langage asssez intelhgible, et il est devenu très sociable. Un de ses modèles de navires a été jugé digne d'être présenté à S. A. le Prince de Galles. Une réflexion critique faite en ma présence par cet individu à propos d'une tête dessinée par un de ses camarades, m'a paru digne d'être relevée comme donnant la mesure de son intelligence. Il trouvait cette tète défectueuse, parce qu'elle était plus noire d'un côté que de l'autre, ne se rendant nul compte de l'ombre qui expliquait cette dififérence.
« La cordonnerie et les travaux agricoles complètent la série des occupations manuelles auxquelles sont employés les idiots d'Earslwood. Ces derniers travaux comprennent l'exploitation de quatre-vingt-dix acres anglais de terre. La ferme se compose d'une vacherie et d'une bergerie. J'ajoute que quelques idiots sont occupés à la cuisine et y concourent à la préparation
550 REORGANISATION DU SERVICE
des aliments. L'un d'eux m'a paru se distinguer par son air de contentement de lui-même, par ses façons plaisantes et bouffonnes et ses prétentions au bel esprit, i^
Les ateliers à créer dans la colonie projetée me paraissent être les suivants : menuiserie, serrurerie, cordonnerie et de tailleurs.
Il resterait à choisir le travail élémentaire qui pourrait constituer le premier degré de l'éducation professionnelle, en remplacement de l'épluchage des fibres du coco destinées à faire des nattes, qui ne me semble pas applicable ici. Il suffirait de réserver dans la colonie un emplacement pour la spécialité de travail qui sera choisie ultérieurement pour cet objet.
Comme à Earslwood, on a dû prévoir un gymnase et une salle d'étude, autrement dite : une école.
A propos de cette dernière, on me saura peut-être gré de reproduire ici une citation que j'ai faite dans la relation précitée de l'extrait d'une notice du révérend Edwin Sidney. Cette citation m'avait semblé d'autant plus opportune, que, ma visite à Earslwood ayant eu lieu un dimanche dont l'observance est si rigoureuse en Angleterre, je n'avais pu assister aux exercices intellectuels, et que je ne pouvais mieux y suppléer que par un emprunt à cette notice \
« Pour la lecture, on commence à leur faire reconnaître des lettres en bois et mobiles ; puis on les fait lire sur des cartons, et enfin dans des livres ; et, dès qu'ils les lisent passablement, on leur met entre les mains la Bible et les livres classiques. Pour leur
^ Cette notice a été traduite de l'anglais par M. le D' Combes, mon
ancien interne et adjoint.
apprendre à épeler, le maître éveille leur attention par quelque histoire intéressante ; puis, il leur fait épeler d'une façon vive et agréable les mots dont il s'est servi. L'étude des chiffres est une entreprise plus difficile, mais on emploie successivement, dans cette vue, des cadres à boules, des tableaux noirs, et enfin des ardoises pour écrire. On retire un grand avantage des leçons faites avec ces objets. L'attention des enfants est attirée par ces choses qui leur sont familières et d'un usage quotidien, et à la longue ils deviennent assez versés dans ces divers sujets pour que le visiteur qui assiste à une leçon soit agréablement surpris.
« Pour amener un idiot presque incapable d'articuler des sons, à parler comme il faut, on a à lutter contre une énorme difficulté ; mais on la surmonte à peu près constamment ici. De petits modèles d'animaux, qui amusent beaucoup les enfants et dont on leur demande le nom, sont employés avec succès. Une fois qu'ils peuvent parler, ils passent successivement à la lecture, à l'arithmétique, au dessin, à l'écriture sous la dictée et autres exercices. Pour l'arithmétique, on commence par leur faire articuler des nombres d'après des cubes coloriés qu'on place devant eux; puis on leur apprend à copier ces figures, et ensuite à les reproduire de mémoire, et enfin on leur apprend les règles.
« Un des exercices les plus avantageux pour l'avancement des enfants, est l'écriture sous la dictée. On commence par leur faire déchiffrer une simple sentence écrite sur le tableau ; puis on la leur fait copier, et par degrés on les amène à l'écrire sous la dictée.
552 REORGANISATION DU SERVICE
« Il y a une remarquable circonstance à noter, c'est que presque tous les idiots reçoivent plus facilement l'influence d'une éducation religieuse que celle de tout autre nature. Chaque rayon de lumière qui leur est insinué semble se rendre au foyer de cette disposition.... Pour ce qui a rapport à la bonté de Dieu dans la création et dans la rédemption, leurs maîtres assurent qu'ils montrent des sentiments bien plus élevés que ceux qu'ils peuvent manifester pour n'importe quel autre sujet. »
En terminant cette citation, je crois pouvoir dire que, comme résultat de l'application de tous les principes d'éducation et d'organisation qui forment la base de l'institution d'Earslwood, on m'a montré un certain nombre de sujets dont les facultés intellectuelles ont reçu un degré de culture qui leur a permis de prendre rang, si je puis ainsi dire, dans la famille humaine, et de remplir un emploi dans l'établissement. Plusieurs, m'a-t-on assuré, ont pu être placés au dehors.
Une très éminente personne qui a visité récemment, en compagnie de S. M. la reine de Hollande, l'institution des idiots de la Haye, laquelle est placée sous le patronage de cette souveraine, m'a dit avoir rapporté de cette visite une impression analogue.
En résumé, la colonie projetée doit comprendre une exploitation agricole, les ateliers que j'ai désignés plus haut (menuiserie, serrurerie, cordonnerie et de tailleurs), plus une école et un gymnase.
L'exploitation agricole me semble devoir embrasser dans son ensemble un spécimen des diverses cultures, à savoir : grande culture, culture maraîchère, prairies naturelles et artificielles ; de tout un peu.
Il y aura lieu d'y rattacher l'élève des volailles pour laquelle il eûste déjà des aménagements spéciaux, une vacherie et une porcherie.
Pour ce qui est de la porcherie, il convient de conserver celle qui existe et qui, comme le fait observer avec raison l'auteur de la note précitée, paraît devoir très amplement suffire. Sa conservation, d'ailleurs, est décidée en principe ; le nombre des porcs que l'on peut y élever peut être évalué à trente, et représente exactement la moyenne de la consommation de l'asile et de la colonie projetée.
Une petite vacherie pour cinq ou six vaches était prévue au projet adopté par le Conseil général.
Lorsque cette donnée a été émise, toutes les vaches avaient été abattues par suite de l'invasion de la peste bovine, et comme elles n'avaient pas été remplacées, on avait dû recourir à la laiterie centrale des hôpitaux pour la fourniture du lait à l'asile, après avoir constaté l'impossibilité de se pourvoir dans les localités voisines.
L'expérience ayant condamné ce mode de fourniture, qui ne pouvait s'effectuer sans danger d'une altération à peu près inévitable, surtout pendant la chaleur, le Conseil de surveillance de l'Assistance publique a, d'après les motifs que j'avais exposés dans une lettre, en date du 8 octobre 1873, exprimé l'avis qu'il n'y avait pas lieu de comprendre l'asile de Vaucluse dans la fourniture générale de lait à faire pour 1874.
Parmi les motifs qui m'avaient semblé le plus militer en faveur de la substitution à l'achat du lait de la production par les vaches de l'établissement, j'avais signalé également l'avantage qu'il y aurait à utiliser pour cette
554 REORGANISATION DU SERVICE
production la récolte des prairies naturelles et artificielles dans les terrains exceptés de la location.
En conséquence de l'avis exprimé par le Conseil de surveillance de son administration, M. le Directeur de l'Assistance publique m'a autorisé à faire l'achat de deux vaches laitières par mois, jusqu'à ce que le nombre des têtes soit porté à dix.
Pour faire face aux besoins de l'asile et de la colonie projetée, seize vaches me semblent nécessaires. Aussi bien, les frais de l'exploitation, en ce qui touche au personnel, ne paraissent pas devoir être beaucoup plus considérables pour ce nombre que pour un nombre inférieur, l'adjonction d'un vacher étant nécessaire en tout état de cause. Ainsi que le fait d'ailleurs observer M. le Directeur des Travaux publics, cet accroissement peut se fa^re sans donner lieu à un surcroit de dépenses dans Taménagement, un simple changement de distribution devant suffire.
Pour la partie de l'exploitation réservée à la colonie d'idiots, et qui ne comprend guère que dix hectares, la remise pour deux voitures de dimension ordinaire et pour quelques outils, pourra à la rigueur suffire.
D'un autre côté, j'estime qu'il y a lieu de prévoir dans la colonie, pour rester dans l'esprit qui préside à cette création, des resserres pour les besoins courants de sa population spéciale, le surplus devant être vendu au dehors ou devant servir à la consommation de l'asile.
Or, pour ces resserres, on croit pouvoir utiliser les combles des bâtiments dont le rez-de-chaussée doit être affecté aux habitations de jour.
Je ne crois pas qu'il soit prudent de donner la même
afTectation aux greniers situés au-dessus des habitations de nuit.
Dans ces conditions, et pour les seuls besoins de l'institution à créer, et à laquelle il entre sans doute dans les vues de l'administration de donner le plus d'autonomie possible, tout en en faisant une annexe de l'asile proprement dit, il n'y aurait donc à prévoir aucun supplément de dépenses.
Mais il y a lieu de considérer que, par suite de l'afTectation des bâtiments de la ferme à leur nouvelle destination, l'exploitation agricole par le personnel de l'asile va se trouver privée des resserres aussi bien que des remises à récoltes dont il a joui jusqu'à ce jour.
D'un autre côté, la machine à vapeur qui n'aura plus sa raison d'être dans les conditions d'une exploitation aussi restreinte, devant être supprimée et vendue, il y aura heu de lui substituer l'usage d'une machine à battre mue par des chevaux, ou plus simplement encore le battage au fléau.
Il convient donc de prévoir, pour cette destination, une double aire en même temps qu'un bâtiment en hangar pour la remise des récoltes.
Toute la culture en céréales et en fourrages se trouvant concentrée sur la rive droite de l'Orge, c'est sur cette rive que le hangar et les remises dont il s'agit devraient être établis, et il serait facile de trouver sur cette partie du territoire un point mitoyen à l'asile et à la colonie d'idiots, et où cette installation pourrait se faire dans des conditions qui permissent de l'utiliser pour les deux institutions.
2<* Le personnel chargé des détails du service dans
566 REORGANISATION DU SERVICE
la future colonie doit y être logé; mais quelle est rimportance relative qu'il conviendra d'observer dans la disposition des logements ?
Quelles sont les distinctions à y faire ; la part à y donner à l'instituteur, au surveillant ou préposé chef, à l'interne ?
L'auteur de la note veut bien ajouter : « Ces diverses questions qui ont été posées par l'architecte de l'asile, ne pourront sans doute être résolues qu'avec le concours du directeur de l'établissement. »
Tout en ayant, en quelque sorte, son organisation spéciale et distincte, la nouvelle colonie devant constituer une annexe de l'asile proprement dit, il a dû entrer dans les vues de l'administration d'utiliser pour son propre fonctionnement la plus grande partie du personnel administratif et médical de ce dernier, aussi bien que l'ensemble de ses services généraux.
En partant de cette donnée, j'estime que le personnel de la nouvelle colonie pourrait être composé ainsi qu'il suit :
Le rôle prépondérant devant apps^rtenir à l'instituteur, il conviendrait, suivant moi, de lui attribuer le premier rang dans la hiérarchie spéciale de l'œuvre, de lui subordonner les autres éléments, et d'en faire, en un mot, le chef de la colonie sous la double autorité du directeur et du médecin.
Après lui, viendrait un sous-employé délégué de l'économe, et qui, sous l'autorité immédiate de ce dernier, serait chargé de tous les détails de gestion qui incombent à un garde-magasin, sous-employé de première classe.
Au même rang que ce dernier, mais pour des attri-
butions différentes, je crois pouvoir placer le surveillant chef.
Le personnel placé sous les ordres de ce dernier se composerait :
1® De six serviteurs, dont trois de première classe et trois de deuxième classe (un d'eux ferait le service de baigneur) ;
2® D'un veilleur de nuit (serviteur de première classe) ;
3^ De deux garçons de classe ;
4° D'un vacher laitier ;
&> D'un charretier ;
6° D'un concierge.
Pour ce qui est du service médical, je proposerais de le confier au médecin-adjoint de l'asile, sous l'autorité du médecin en chef, et d'attribuer à ce praticien, pour ce surci*oit d'attributions, une indemnité annuelle.
Les exigences du service de l'asile ne pouvant permettre aux deux internes en médecine de se partager entre les deux institutions, il y aurait lieu d'en prévoir un troisième, qui serait spécialement détaché pour le service de la colonie et qui devrait y résider.
Le seul interne en pharmacie que l'asile comprenne dans son personnel, ne pouvant suffire en tout état de cause, attendu qu'avec ce seul élément, il est impossible d'organiser une garde pour le service de la pharmacie, comme il y en a une pour celui de la médecine, il sera indispensable de lui adjoindre un interne suppléant qui résidera à l'asile et au(}uel il suffira d'attribuer des avantages en nature, sans traitement en argent.
558 REORGANISATION DU SERVICE
Il paraîtra juste, sans doute, aussi à radministration de tenir compte à Féconome du surcroît d'occupations et de responsabilité qui devront résulter pour lui de la nouvelle création, pour lui accorder une augmentation de traitement, ou si Ton aime mieux, une indemnité annuelle.
Dans les conditions du programme dont je viens d'ébaucher, sous réserves, la composition, j'estime que le premier étage du pavillon, naguère occupé par le gérant de la ferme, devrait être affecté pour la plus grande partie au logement de l'instituteur. Une faible partie pourrait en être distraite pour le garde-magasin.
Le rez-de-chaussée comprendrait : un cabinet pour le directeur , un autre pour le médecin , un troisième pour l'économe et une chambre pour le logement de l'interne.
Les professeurs de musique, de gymnastique qu'on pourrait vouloir comprendre dans le personnel de l'institution, ne devant pas y résider, il n'y a pas lieu de se préoccuper, en ce moment, de leur adjonction à ce personnel.
Le logement du concierge et du surveillant est indiqué dans les deux pavillons de l'entrée.
Le programme que nous venons d'exposer a été soumis à la Commission de surveillance près les établissements d'aliénés de la Seine, qui, après s'être transportée sur les lieux et après en avoir délibéré dans une séance ultérieure, s'est montrée favorable à son adoption, sous quelques réserves que j'ai moimême reconnues nécessaires.
Cette assemblée a exprimé cet avis sur les conclu^ sions d'un très remarquable rapport de M. Potier, un
de ses membres, membre aussi du Conseil municipal et général.
La question avait de même été étudiée antérieurement sur place par la Commission du Conseil général de la Seine, composée de MM. Béclard, président, Depaul, Ch. Loiseau, Clemenceau, Rigaut, Ranc, Cadet et Métivier.
S'étaient adjoints à cette Commission : MM. A. Husson, secrétaire général de la Préfecture; Alphand, directeur des travaux publics; Pelletier, directeur de Tadministration générale ; et Blondel , directeur de l'Assistance publique.
J'ajoute que l'auteur du rapport sur les conclusions duquel le Conseil général a émis son vote relatif à l'appropriation de la ferme de Vaucluse à un service d'enfants idiots, est un médecin, M. le docteur Thulié.
L'ensemble de ces détails fournit, pour le dire en passant, une preuve de l'empressement que met l'administration à s'entourer de toutes les lumières pour le moindre de ses projets, ainsi que le soin scrupuleux avec lequel l'Assemblée départementale, d'une part, et de l'autre, la commission de surveillance près les asiles de la Seine, étudient les questions qui leur sont soumises.
Dans la discussion qui s'est engagée au sein de cette dernière assemblée, il s'est produit une objection.
C'est celle qui est relative à une double cause d'insalubrité résultant des brouillards qui s'élèvent des prairies basses avoisinantes et de la stagnation des eaux vannes de l'asile qui se déversent sur l'une d'elles.
Pour ce qui est de la première de ces causes, il y a été répondu que l'élévation du terrain sur lequel se
trouvent les bâtiments à aménager pour les besoins de la colonie, les met à Tabri de ces brouillards.
Il sera facile, d'ailleurs, par surcroît de précaution, de planter aux bords du canal appelé : grande Boêle et sur la rive droite de l'Orge des peupliers qui préserveront complètement la colonie de l'influence de ces mêmes brouillards, si tant est qu'elle puisse s'exercer, comme le rideau de platanes qui se trouve sur la rive gauche de la même rivière en préserve l'asile situé sur le versant opposé.
Pour ce qui est de la deuxième cause signalée, il doit y être remédié prochainement par des travaux semblables à ceux qui ont été exécutés avec tant de succès dans la plaine de Gennevilliers, sous la direction du savant ingénieur, M. Durand-Clay.
La question soulevée dans cette circonstance est d'un intérêt tel, non seulement pour l'asile de Vaucluse et pour la colonie projetée, mais encore pour d'autres établissements qui pourraient se trouver dans les mêmes conditions, que je ne puis résister au désir de reproduire ici la lettre qui m'a été adressée le 24 juillet 4872, et qui peut être considérée comme le point de départ du projet à la veille d'être exécuté.
L'ingénieur des Ponts et Chaussées à M. le If Billod^ directeur de fasile de Vaucluse.
« Monsieur le Directeur, conformément à la demande de M. Laing, représentant de la maison Fortin-Hermann et C»®, et avec votre bienveillante autorisation, j'ai visité, à la date du 22 juillet, la prairie où débouchent les eaux d'égout et les eaux vannes de l'asile d'aliénés de Vaucluse.
c J'ai eu Thouneur de vous exposer de vive voix le programme des travaux extrêmement simples qui peuvent faire disparaître le grave inconvénient que présente, au point de vue de la salubrité, la situation ictuelle; vous avez bien voulu me demander de consigner par écrit les quelques considérations que vous ivez accueillies avec tant d'indulgence. Je m'empresse le satisfaire aii désir que vous avez manifesté.
« Les eaux d'égout de l'asile, les eaux de la buanierie, les eaux vannes se réunissent dans un réservoir naçonné, situé en avant du bâtiment principal de 'asile. De là, elles descendent par un tuyau métallique le 0,20 c. de diamètre dans le thalv^reg de la vallée, Dassent en siphon sous la rivière et viennent déboucher dans une vaste prairie. Là elles sont actuellement 'épandues sur le sol, sans aucune appropriation spéciale de ce dernier; elles sont concentrées sur un îspace restreint et dégagent par la décomposition des natières organiques sur un foyer circonscrit, des niasmes extrêmement fâcheux.
« Le remède à apporter à cette situation est indiqué, ion seulement par le service en grand que pratique la allé de Paris dans la plaine de Gennevilliers, avec les îaux d'égout de la capitale, mais même par les faits jue l'on peut constater aux environs du débouché ictuel de la conduite de 0^20. Toutes les parties, baijnées par un excès d'eau impure, présentent une végétation luxuriante et surabondante où les herbes ie la prairie sont transformées en véritables roseaux; jur les limites même de l'espèce de mare créée par es eaux, et là où l'imbibition est suffisante, sans être 3xagérée, de belles pousses de sainfoin remplacent
l'herbe marécageuse des environs et annoncent la valeur agricole de ces eaux , employées avec discernement dans la plaine de Gennevilliers. Des cultures abondantes sont obtenues des eaux d'égout maniées avec soin; là, le sol est disposé en ados, entre lesquels Teau impure circule continuellement dans des rigoles en petites masses ; sur les ados sont dispersées des plantes diverses et spécialement des légumes. Par leurs racines^ ces plantes vont chercher dans les eaux impures les éléments fertilisants qui leur sont nécessaires ; elles s'en nourrissent et en même temps dépouillent le courant. L'eau devient claire, arrive inoffensive dans le sous-sol, et le mal se trouve transformé en bien par une opération des plus simples, puisqu'elle se résume en quelques rigoles et quelques mottes de gazons.
« Il n'y a aucun obstacle à tenter la même opération dans la prairie de Vaucluse. A l'aide de fossés en terre, convenablement tracés, on peut faire circuler en filets minces les eaux vannes, qui ne sont infectes que par leur concentration et leur stagnation. Le long des fossés, des plantes viendront jouer le rôle d'épurateurs naturels, en tirant leur nourriture du courant qui passera à leur pied. Si la nature un peu argileuse du terrain et le sous-sol humide ne permettent pas l'absorption complète des eaux en route, il est facile de faire arriver les eaux affluentessur une fraction de prairie, maintenue en végétation permanente ; là, Therbe se chargera, comme à Croydon et dans d'autres villes anglaises, de terminer la purification des eaux, en retenant les dernières particules solides qu'elles peuvent couletâr. Ow ^^x^^ en tout cas, assuré de ne
rendre au sous-sol ou à la rivière que des eaux inoffensives.
Le cube journalier des eaux vannes de Tasile, deux cents mètres cubes environ, est assez restreint, et l'opération pourra se conduire dans de bonnes conditiens sur une superficie de trois à quatre hectares. Les travaux à exécuter seront insignifiants et ne consisteront qu'en un labour du sol et l'établissement de rigoles en terre, faites à la bêche.
a Telles sont, Monsieur le Directeur, les considérations sommaires que je prends la liberté de soumettre à votre haute et bienveillante attention. Sans compter le service actuel de la ville de Paris dans la plaine de Gennevilliers, un certain nombre d'hospices utilisent ainsi en Angleterre leurs déjections, au grand bénéfice de leur salubrité ; on peut citer entre autres l'hospice d'aliénés : Somerset County Lunatic Asylum.
« En Angleterre, la solution est même plus radicale, puisque non seulement les liquides, mais même les solides des vidanges sont mêlés aux eaux d'égoût et utilisés avec elles.
« A Vaucluse, rien n'empêche de prévoir cette solution, tout en opérant avec la succession et la prudence indispensables, en pareille matière ; le cube de solides, tiré chaque semaine de vos tinettes-filtres, n'atteint guère, d'après les renseignements que j'ai pu recueillir, que 1/10® du cube des eaux vannes, et pourrait être noyé, sans inconvénients, dans les deux cents mètres cubes évacués journellement. Mais cette extension du service est évidemment subordonnée à une expérience successive qui doit être forcément précédée de l'utilisation et de la désinfection par le sol
564 REORGANISATION DU SERVICE
des eaux actuelles. C'est donc sur cette dernière opération qu'il convient de concentrer actuellement ses efforts.
a Les considérations précédentes montrent que, dans l'espèce, cette opération ne saurait rencontrer de difficultés sérieuses, et qu'une occasion propice s'offre de satisfaire une fois de plus la grande loi physique et philosophique de la restitution agricole.
« Veuillez, etc.
« Signé : Alfred Durand Clay. b
A propos des conditions hygiéniques de la nouvelle colonie, j'ai fait ressortir l'avantage qui résulterait pour elle de sa situation en pleine campagne, loin de toute population agglomérée, dans le voisinage des étables et sur la lisière d'une forêt, c'est-à-dire près d'une source d'oxygène.
J'ai ajouté que chaque colon devait recevoir seize mètres cubes d'air renouvelable, et j'ai opposé ce chiffre à la moyenne de quatre mètres quarante par enfant de six à douze ans que la ville de Paris alloue pour ses salles d'asile.
L'institution des idiots d'Earslwood, en Angleterre, ayant été plusieurs fois citée dans le cours de cette étude et devant servir en plusieurs points de modèle à la colonie projetée, je crois devoir donner ici la relation de la visite que j'en ai faite en 4861.
Suivant l'idée que je m'en faisais, le no-restraint consistant beaucoup moins dans l'abolition des moyens coercitifs, que dans une organisation telle des asiles que l'emploi de ces moyens y soit rendu inutile, il était intéressant pour moi d'aller étudier cette même
organisation dans quelques asiles anglais choisis comme types, et de mesurer la différence qui, sous ce rapport, sépare ces établissements de nos asiles français. Tel était donc le but que je me proposais dans le voyage que je fis en Angleterre, et je ne songeais nullement à le dépasser, lorsque, dans une rencontre avec MM, les docteurs Conolly, Tuke et Brov^n, ce dernier, inspecteur général du service des aliénés de l'Ecosse, il me fut fait de l'asile des idiots d'Earslwood une peinture telle que je ne pus résister au désir d'accompagner le docteur Brov^n dans l'inspection qu'il devait en faire le lendemain, suivant sa gracieuse proposition et suivant les conseils instants du vénérable docteur Conolly.
A gauche et un peu au delà de la station de Redhill du chemin de fer de Brighton, l'asile d'Earlsv^ood se présente comme un grand et bel édifice dont l'architecture est empreinte de ce caractère monumental un peu fastueux que les Anglais ne jugent pas incompatible avec la destination hospitalière. Il s'élève sur une belle terrasse et domine un jardin anglais avec ses accidents de terrain et ses allées en méandre contournant des pelouses et des tapis de fleurs.
A droite, on découvre des champs et une ferme dépendante de l'asile ; à gauche, un ensemble de bâtiments occupés par une colonie de jeunes détenus, correspondant à notre colonie de Mettray, près Tours. Le pays environnant, du reste, est plat, presque sans horizon, et le sol, en partie calcaire, ne paraît pas être d'une très grande fertiUté. Je n'ai pas, du moins, en parcourant le sentier qui conduit de la station de Redhill à l'entrée de l'asile, été frappé de cet aspect
luxuriant et plantureux de la campagne que Ton retrouve dans d'autres parties de l'Angleterre, et, par exemple, dans le comté d'Herefort.
. L'ensemble des bâtiments affecte la forme d'un rectangle dont l'un des grands côtés comprend la façade principale, laquelle n'a qu'un étage au-dessus du rezde-chaussée, excepté au milieu, où elle est surmontée d'un pavillon à deux étages. Les bâtiments qui forment les petits côtés se composent de deux pavillons à deux étages alternant avec des parties à un seul.
L'entrée est située sous un péristyle, et correspond exactement au milieu de la principale façade. D'un côté, se trouve la section des garçons, et de l'autre, celle des filles. A gauche est la salle de réception dont les principaux ornements consistent dans des dessins et autres spécimens du travail des enfants. De cette salle, où nous fûmes reçus par le docteur Down, alors médecin résidant et surintendant de l'asile, on nous conduisit dans un réfectoire spacieux et bien aéré où plusieurs rangées de tables, disposées transversalement de chaque côté et séparées au milieu par un couloir longitudinal, présentaient au plus haut degré cet aspect d'ordre et de propreté, ce confortable, enfin, qui distingue les asiles anglais, et que nous avons retrouvé du reste, dans toutes les autres parties de l'établissement.
Pour frapper chez les idiots celui des sens dont la fonction paraît être le plus étroitement liée à l'exercice de l'intelligence, on produit quelquefois, paraît-il, dans cette salle, une brillante illumination à l'aide d'appareils dus à la munificence d'un des bienfaiteurs de l'œuvre, et Ton fait luire à leurs yeux, ces
mots écrits en lettres de feu : Peace and prosperiiy.
L'heure du dîner ayant sonné pendant que ces détails m'étaient donnés par mes savants cicérones, nous ne tardâmes pas à voir arriver, en rang et deux à deux, et se rendre, par une évolution en quelque sorte militaire, à leurs places respectives les garçons d'abord, les filles ensuite ; les premiers à droite, les secondes à gauche. Ce mouvement exécuté, toute l'assistance debout entonne en chœur la prière d'avant le repas. Si courte qu'ait été la durée de ce chant, dans lequel les voix m'ont semblé se marier avec assez de justesse, j'ai pu remarquer que le plus grand nombre y prenaient part. Un mouvement machinal des lèvres chez quelques idiots microcéphales, dont les facultés étaient aussi oblitérées que possible, indiquait visiblement qu'ils y concouraient aussi, plus ou moins et par imitation.
Le chant terminé, et sur un signal, chacun s'assit. La distribution commença alors et s'opéra avec un ordre parfait en moins de trois minutes, à l'aide de meubles à roulettes sur lesquels étaient disposés les plats. Je n'ai pas besoin d'ajouter que le confort du régime ne me parut rien laisser à désirer, et que tout le monde fit honneur au menu qui se composait ce jour-là de rosbeaf, de pommes de terre, et, autant que je puis m'en souvenir, d'un plat de pudding, avec de la bière pour boisson.
Mettant à profit le spectacle que j'avais devant les yeux, de trois cents types d'idiots ou imbéciles réunis pour un repas, et s'y adonnant chacun à sa manière, je me suis livré, pendant sa durée, à quelques observations dont je crois devoir consigner ici le résultat.
Une des premières impressions produites sur moi par une telle assemblée, fut celle d'une mobilité, d'une agitation anormales et résultant du caractère, en quelque sorte, convulsif de la généralité des mouvements. Chez quelques idiots, cette habitude convulsive m'a paru portée jusqu'à la chorée, et chez plusieurs, je l'ai vu se traduire par un strabisme.
Quelques types de microcéphales m'ont semblé extrêmement remarquables. Chez deux ou trois, entr'autres, qui, sauf la couleur du teint, m'ont rappelé les Aztèques, l'absence du front était presque complète, et, à en juger par l'aplatissement extraordinaire de la voûte crânienne, les centres nerveux devaient être réduits à une telle expression qu'on pouvait être tenté de croire, au premier abord, à de l'acéphalie.
A côté de ces microcéphales, et par contre, j'ai remarqué certains types de macrocéphales, et je dois à la vérité de dire que le volume de la tête, chez les uns et chez les autres, ne m'a pas paru mesurer toujours exactement le degré de l'intelligence. Parmi ces idiots, quelques-uns m'ont paru obèses, et plusieurs m'ont semblé présenter, bien qu'enfants, des formes d'adultes plus ou moins altérées, rappelant en cela, sauf, bien entendu, la perfection des formes, un des caractères du fameux groupe de statues antiques connu sous le nom de Laocoon, et dans lequel les fils de ce personnage ont la taille d'enfant et la conformation d'adulte. A part quelques cas exceptionnels dans lesquels une physionomie régulière et une organisation physique normale s'observaient en même temps qu'une oblitération plus ou moins complète des
facultés intellectuelles, il était impossible de ne pas être frappé dans l'ensemble d'une certaine défectuosité de formes, d'un certain degré de dégradation physique coïncidant avec la dégénérescence intellectuelle et morale, et fournissant ainsi la contre-épreuve de cette harmonie que le Créateur a établie dans l'homme fait à son image, entre la pureté des traits, la beauté des formes, la perfection, enfin, de son organisme et l'intelligence qui le rapproche de lui.
Pour l'examen des caractères de cette dégradation physique dont les signes se faisaient remarquer dans la forme, le volume et l'implantation des oreilles, dans le degré d'ouverture de l'angle facial, dans les traits comme dans tout l'ensemble de l'organisme, je n'ai pu, du reste, que regretter de n'avoir pas la compétence du savant auteur du Traité des dégénérescences^ le docteur Morel (de Saint- Yon). Sur les indications du médecin de l'étabUssement, M. le docteur Brown m'a signalé quelques cas de surdité, de myopie, de presbytie concomitantes avec l'idiotisme. Sur trois cents idiots ou imbéciles, on comptait, lors de ma visite, une trentaine d'épileptiques que je regrettai de voir confondus avec le reste de la population, et dont l'éloignement ou l'isolement dans un quartier spécial me sembla répondre à un besoin véritablement urgent. Plusieurs enfants m'ont paru affectés de ce ptyalisme, qui paraît être un caractère propre à un certain nombre d'idiots.
La manière de manger a éveillé aussi mon attention chez ces jeunes déshérités. Les uns mangeaient très vite et d'une façon, en quelque sorte, gloutonne ; d'autres très lentement ; le plus grand nombre d'une
570 REORGANISATION DU SERVICE
manière propre et naturelle et en se servant, comme
tout le monde, de cuillers et de fourchettes. Plusieurs léchaient leurs assiettes après avoir mangé. J'en ai vu prendre leurs aliments avec la bouche, sans l'intermédiaire des mains, et les happer, en quelque sorte, me rappelant en cela un jeune idiot microcéphale que j'ai eu dans mon service à l'asile de Blois. Du reste, il m'a paru évident que les uns et les autres, tout entiers à la satisfaction de leur appétit, ne se regardaient même pas, et que la réunion des sexes dans la circonstance n'avait pas d'inconvénients apparents. A une objection que je lui présentai relativement à ce mélange, qui est à peu près général dans les établissements d'aliénés anglais, et qui m'avait particulièrement frappé à Colney-Hatch, où plus de six cents aliénés des deux sexes prennent simultanément leurs repas dans un même réfectoire, le docteur ConoUy me fît une réponse judicieuse que je crois traduire exactement en disant que cette rencontre répétée des deux sexes dans une circonstance où un appétit fait taire l'autre, lui semblait offrir plus de garanties morales qu'une séparation trop absolue, l'influence exercée par la vue d'un sexe sur l'autre semblant devoir s'user par l'habitude de se voir.
Le repas terminé, toute l'assistance se leva, et après avoir chanté en chœur l'hymne d'actions de grâces, se retira dans le même ordre qu'à l'arrivée, et se rendit dans les salles de récréations, où nous la retrouvâmes quelques instants après, se livrant à des jeux en rapport a\»ec les goûts et les aptitudes de chacun.
Ces salles de récréations sont au nombre de six, et
comme elles ne sont disposées que pour des jeux tranquilles, il y a, au rez-de-chaussée, une vaste salle destinée surtout aux jeux de ballons et de quilles. Il existe au dehors un gymnase auquel on a ajouté un matériel considérable pour les jeux de la crosse, de la balançoire, etc.
Je serais injuste pour mon pays si, à l'occasion des efforts tentés à Earslwood pour Téducation des idiots, je ne rappelais le zèle, Tintelligence et le dévouement déployés pour le même but par M. Vallée, dans le service des idiots de Bicétre, et si je ne citais en même temps le Mémoire si intéressant que le docteur Félix Voisin a consacré à l'étude de l'idiotie vers l'époque de cette création, non plus que celui plus récent de M. Delasiauve sur les principes qui doivent présider à l'éducation des idiots *. Les essais antérieurs tentés à la Salpêtrière et dus à l'initiative de Falret père, essais dont il est fait mention dans un rapport académique de Double sur un Mémoire de Leuret, méritent également d'être rappelés à cette occasion.
En terminant ici l'exposé des diverses spécialités dont se compose l'éducation des enfants d'EarIswood, je suis heureux de constater qu'elles sont sagement combinées, de manière à faire concourir à ce but les occupations manuelles et intellectuelles, et que l'éducation professionnelle m'a semblé prédominer, à juste titre, sur l'éducation plus spécialement intellectuelle. Cette dernière, du reste, paraît se proposer pour but
1 Mémoire lu à rAcadémie de médecine et extrait de la Gazette hebdomadaire.
principal de développer chez les idiots toute la somme de qualités morales dont ils sont susceptibles.
Si j'avais à rendre compte d'une visite dans un asile d'aliénés d'Angleterre, il serait à peine besoin de dire que je n'y ai trouvé aucune trace de l'emploi de la contrainte ; il ne peut en être qu'à plus forte raison ainsi d'un asile d'idiots.
Je borne là cette relation d'une visite dont je n'ai pu que regretter la brièveté, heureux si, par les détails dans lesquels je suis entré, j'ai pu communiquer au lecteur un peu de l'intérêt que m'a inspiré l'œuvre d'Earlswood et l'associer à l'hommage que je rends à l'Angleterre pour cette belle création. Car, tout en revendiquant pour la France la priorité de l'initiative d'une institution pour l'éducation des idiots de Bicêtre, laquelle remonte à 4842, ainsi qu'il résulte d'un arrêté de M. le Préfet de la Seine, en date du 9 novembre 1842, rendu sur un rapport d'Orfila, tandis que l'institution d'Earlswood ne date que de 1847, il ne m'en coûte nullement de reconnaître que l'Angleterre a eu l'initiative d'une création plus spéciale et plus exclusive. Je ne puis que me féliciter aujourd'hui de voir son exemple suivi, et qu'exprimer, en ce qui concerne l'œuvre d'Earlswood elle-même, le désir de la voir perfectionnée par l'adoption de quelques mesures complémentaires, et notamment par l'éloignement des épileptiques, des malpropres et des idiots décidément réfractaires à toute tentative d'éducation intellectuelle ou professionnelle, ou par leur réunion dans un quartier absolument séparé
Comme la plupart des établissements de bienfaisance, en Angleterre, l'œuvre d'Earlswood est une
fondation de la charité privée et le produit de souscriptions volontaires. Qu'il nous soit permis, à ce propos, de faire connaître un trait de mœurs qui me semble caractériser ce genre de création.
Chaque année, les bienfaiteurs et fondateurs d'Earlswood célèbrent l'anniversaire de sa fondation dans un festival présidé ordinairement par le duc de Cambridge. Il m'a été donné d'assister au treizième anniversaire, en compagnie des docteurs Conolly, Tuke Little, Begley (d'Hanwel) et de quelques autres honorables confrères.
Après les toasts d'usage à la reine, au prince de Galles, à l'armée, à la marine, etc., un toast a été porté à l'institution d'Earlswood, et a fourni au duc de Cambridge l'occasion de faire ressortir, dans un discours heureusement approprié et chaleureusement applaudi, les mérites de l'œuvre éminemment philanthropique qui avait motivé la réunion.
Après ce discours et les hourras qui l'ont suivi, la liste de souscription commença à circuler et se couvrit des noms de toute l'assistance, avec l'indication en regard du chiffre pour lequel chacun souscrivait, et enfin, après les derniers toasts, précédés et suivis, comme les précédents, de cantates chantées par des artistes appelés pour la circonstance, la proclamation des noms et des chiffres de la cotisation de chacun fut faite par un des commissaires du banquet. Elle provoqua pour chaque nom des applaudissements dont le degré variait suivant l'importance du chiffre proclamé.
On m'a assuré que cet appel à la charité, dans les circonstances que je viens d'exposer, amenait toujours
les résultats les plus fructueux et les plus profitables à l'œuvre.
Je crois pouvoir terminer ce qui se rattache à la colonie annexe de Vaucluse en disant que MM. les docteurs Constans, Lunier et Dumesnil ont l'intention de demander, dans leur rapport d'inspection, la création d'une institution analogue pour les filles sur le territoire de Ville-Evrard.
Orf anlaatloB administrative. — llecevevr spéciai. —
Aatonomle K
Parmi les conclusions du si remarquable rapport de M. le D"^ Ch. Loiseau au Conseil général de la Seine (session ordinaire de 1872), on lit celle qui suit :
« Il y aura dans chacun des asiles du département (Sainte-Anne, Ville-Evrard, Vaucluse), un médecindirecteur assisté d'un agent comptable, receveur économe. »
J'avoue qu'en voyant posé dans cette conclusion le principe de l'existence d'un receveur dans chacun des trois asiles, j'ai été tout d'abord frappé de ce qui me semblait devoir apporter une perturbation profonde dans la marche du service, et, pourquoi ne l'avouerais-je pas? quelque peu eflrayé des difficultés que le système proposé poiuTait présenter dans son application au département de la Seine.
Mais, en y regardant de plus près, force m'a été de reconnaître que ces difficultés étaient plus apparentes que réelles, et que, loin de compliquer le service, la réforme proposée tendait à le simplifier, tout en le faisant rentrer dans les voies de la légalité.
C'est le résultat de mes réflexions sur ce point que je crois devoir exposer ici, en m'autorisant de la compétence que me donne peut-être pour cette étude l'expérience comparative que j'ai pu faire des deux systèmes, à savoir : du système que l'on peut appeler
1 Ce chapitre n*est que la reproduction d*un rapport lu par Fauteur devant la Commission de surveillance près les établissements d'aliénés de la Seine, dans sa séance du 24 février dernier. On sait que les principes qui y sont exposés viennent d'être consacrés par un décret.
576 REORG.iNISATION DU SERVICE
celui de rautonomie et de l'existence propre des asiles, et dans lequel ces établissements sont administrés, sous Tautorité du préfet, par leurs directeurs assistés d'un receveur-économe, et du système de la gestion directe par l'administration centrale.
J'ai appliqué, en effet, le premier pendant dix-neuf ans, dans les trois asiles de Loir-et-Cher, d'IUe-et- Vilaine et de Maine-et-Loire, et je vois appliquer le second depuis près de six ans, avec ou sans l'intermédiaire de l'Assistance publique.
Pour bien apprécier les avantages et les inconvénients des deux systèmes, il importe de les considérer dans leurs fonctionnements respectifs.
Dans le premier, les asiles ont un budget véritable, en vertu duquel toutes les dépenses sont faites dans la limite des crédits spéciaux qui y sont portés. Je n'ai pas à m'occuper ici de la forme de ce budget : elle est déterminée par des instructions ministérielles.
Je me borne à dire un mot des recettes.
La principale est celle qui résulte du montant des journées de présence des aliénés au compte du département pour lequel l'asile est fondé, et au compte des départements dans lesquels les autres aliénés ont acquis le droit à l'assistance.
Le budget des recettes comprend encore les recettes provenant de la pension des aliénés au compte des familles dans les asiles qui sont pourvus d'un pensionnat.
Les autres recettes sont celles qui suivent :
Fermage en argent des biens ruraux ;
Rentes sur l'État ;
Intérêts de fonds placés au Trésor ;
Produit de la vente des os et objets hors de service ;
Montant de la vente des produits excédant les besoins de l'asile ;
Recettes accidentelles.
Pour la perception de la recette principale, celle résultant des journées d'aliénés au compte du département, il est fait, à la fin de chaque trimestre, un état nominatif de tous les aliénés qui ont été traités dans l'asile, avec indication du nombre de journées afférentes à chacun d'eux. Ce nombre de journées totalisé et multiplié par le taux de la journée fixé par le Conseil général, forme le montant de la recette à percevoir pour cet objet.
Cet état est envoyé au bureau administratif des aliénés, à la Préfecture, lequel bureau est appelé à le contrôler à l'aide de tous les dossiers d'aliénés dont il conserve le double.
Après cette vérification, il passe à la direction de la comptabiUté de la même Préfecture, qui en fait ordonnancer le montant.
La somme perçue est, d'ordinaire, placée au Trésor, d'où elle est retirée par mandats successifs, au fur et à mesure des besoins.
En considérant ce mécanisme, il est impossible de ne pas être frappé de sa simpUcité et de sa facile adaptation aux rouages de la Préfecture de la Seine elle-même.
Dans ce système, le directeur est ordonnateur, et ses mandats sont payés aux parties prenantes par le receveur.
Je m'empresse de faire observer, à cette occasion,
578 REORGANISATION DU SERVICE
que rapprobation donnée par rautorité compétente au budget de Tasile n'implique pas pour le directeur le droit de faire aucune des dépenses pour lesquelles il est ouvert des crédits, sans une autorisation spéciale pour chacune d'elles. Cette autorisation s'affirme d'ordinaire par l'approbation que donne le Préfet aux marchés de gré à gré, ainsi qu'aux procès- verbaux d'adjudication.
Les receveurs des asiles étant placés, comme tous les receveurs d'établissements de bienfaisance, sous la surveillance des receveurs des finances, il résulte de ce fait une garantie contre les malversations de ces comptables, car la surveillance des receveurs des finances emporte leur responsabilité personnelle au profit des établissements charitables et allège d'autant celle de l'administration.
Dans le système de la gestion directe de l'asile par l'administration centrale, cet établissement n'a pas, à proprement parler, de budget, car il est impossible de donner ce nom au document dans lequel sont établies les prévisions de dépenses qui y figurent, non pas sous le titre de crédits, mais, sous celui de chapitres. Je ne parle pas des recettes, car l'économe n'a véritablement pas qualité pour en faire, et l'on peut dire que celles qu'on lui impose le plus souvent l'obligation d'effectuer sont tout au moins entachées d'iiTégularité.
Les fonctions d'administrateur étant essentiellement caractérisées par le pouvoir d'ordonnancer, le directeur cesse alors d'en être investi. Il n'est plus qu'un simple dépositaire de l'autorité et qu'un agent de transmission des ordres de l'administration qui les
donne le plus souvent d'une manière directe à l'économe.
Dans ces conditions, l'art. .6 de l'ordonnance royale du 48 décembre 1839 et l'art. 41 du règlement ministériel du 20 mars 1857, qui le chargent de l'administration intérieure de l'asile et de la gestion de ses biens et revenus, restent à l'état de lettres mortes.
La conséquence de cette annihilation est évidemment pour le directeur une absence complète de responsabilité pour tous les actes d'administration proprement dite, comme pour toutes les opérations de comptabilité. Sa responsabilité n'est même pas engagée par les dépenses qui se font en vertu des billets d'ordre approuvés par l'administration centrale , laquelle assume, par le seul fait de son approbation, toute la responsabilité de la dépense.
Dans le système de la gestion directe par la Préfecture, la responsabilité des actes administratifs pèse tout entière sur l'administration centrale, au profit du directeur, qui en est complètement exonéré, et les chances de la voir engagée sont d'autant plus grandes pour elle, que les asiles qu'elle est appelée à administrer sont assez éloignés du chef-lieu. N'a-t-on pas dit, en effet, que, si l'on pouvait gouverner de loin, on ne pouvait bien administrer que de près.
Par contre, dans le système de l'administration par le directeur assisté d'un receveur, la responsabilité du Préfet se trouve très limitée, et elle n'est plus telle en tout cas qu'elle puisse être influencée par la distance de l'asile au chef-lieu .
Parmi les inconvénients du système de la gestion directe par l'administration centrale, il en est un c(ui
580 REORGANISATION DU SERVICE
est plus particulièrement appréciable pour des asiles excentriques tels que ceux de Vaucluse et de Ville- Évrard ; c'est celui qui résulte de l'obligation où se trouvent les fournisseurs de la localité de faire le voyage de Paris pour aller toucher le montant de leurs mémoires, et de l'influence que cette obligation peut exercer sur la facilité et le prix des approvisionnements.
On ne peut tourner cette difficulté que pour quelques dépenses de minime importance, et encore ne la tourne-t-on qu'à l'aide d'une irrégularité, c'est-à-dire : en faisant payer à l'asile sur les dépenses d'économat, des dépenses qui devraient l'être au siège de l'administration, si l'asile était situé dans Paris.
Pour faire ressortir une fois de plus la gravité de l'inconvénient que je signale, qu'il me soit permis de prendre un exemple :
On a besoin, je suppose, de cent cinquante bottes de paille d'avoine, dont le coût est de 25 à 30 fr.
Pourrait-on, et pourtant dans le système dont il s'agit cela serait à la rigueur nécessaire, obliger un fournisseur à faire deux voyages à Paris pour toucher le montant d'une telle fourniture ?
Il ne faut, en effet, pas moins de deux voyages pour assurer le paiement d'une fourniture au siège de l'administration. On s'y rend, une première fois, pour l'acceptation du mémoire après vérification par le vérificateur de la ville, et la deuxième fois, pour toucher. Or, chaque voyage ne coûtant pas moins de 4 fr., il en résulte que, pour toucher une somme de 25 à 30 fr., le fournisseur de cent cinquante bottes de paille d'avoine ^eml forcé de dépenser 8 fr.,
plus 0 fr. 60 c. pour le port de deux lettres, dont Tune l'invite à venir accepter son mémoire, et Tautre à venir le toucher.
Si l'on prend un bordereau de dépenses d'économat, on y voit forcément figurer des dépenses qui ne devraient pas s'y trouver, mais que l'on est obligé d'effectuer à raison de la position excentrique de l'établissement. Il serait impossible autrement d'assurer le service de cette sorte d'approvisionnements. Le fournisseur se croirait, dans tous les cas, autorisé à augmenter du montant des déboursés auxquels il se saurait obligé, le prix de sa fourniture.
On ne saurait nier que, dans le système qui a prévalu jusqu'à présent, les économes des asiles de la Seine ont des attributions qui excèdent les limites de la comptabilité dont ils devraient être chargés, et qui participent tout à la fois de celles d'un receveur et d'un économe.
Parmi les raisons qui militent en faveur du système dans lequel le directeur chargé, sous l'autorité du Préfet, de l'administration intérieure de l'asile et de la gestion de ses biens et revenus , est assisté d'un receveur, il en est une qui me semble se recommander plus spécialement à l'attention de l'administration : c'est celle de l'économie.
Le Ministère de l'Intérieur, ayant adopté pour jurisprudence de réunir dans la plupart des asiles, les fonctions de receveur à celles d'économe, cette réunion pourrait être admise dans les trois asiles de la Seine, avec d'autant plus de raison qu'il serait impossible, en l'état des localités dans ces trois établissements, de trouver un logement pour le titulaire d'un nouvel
emploi. Il suffirait d'augmenter de 4,000 fr. au plus le traitement des économes actuels, en en faisant des receveurs-économes, et le montant de cette augmentation pour les trois asiles réunis ne représenterait qu'une dépense de 3,000 fr., de beaucoup inférieure à celle de 42,000 à 45,000 fr., qu'il faudrait allouer à un receveur central.
La comptabilité-deniers étant infiniment plus simple que la comptabilité-matières, l'augmentation proposée de 4,000 fr. constituerait, sous réserve de la fixation du cautionnement, une rémunération bien suffisante pour le faible surcroît de travail auquel donnerait lieu la nouvelle fonction.
Le système de l'existence propre et de l'autonomie administrative des asiles a, de plus, sur celui de la gestion directe par l'administration centrale, l'avantage d'intéresser le directeur à réaliser des économies dont il pourra se faire un mérite auprès de l'administration supérieure, et d'exciter sous ce rapport une véritable émulation entre les asiles.
Il est évident que, ilans le système où il n'administre pas, il n'a pas le moindre intérêt à réaliser des économies, fût-il en position de le tenter.
Après avoir fait ressortir les avantages de l'organisation administrative qui comprend un receveur spécial pour chaque asile, il me reste à démontrer que cette organisation est la seule qui soit, à proprement parler, légale, et à prouver, par les citations suivantes, que l'existence d'un receveur dans tous les établissements de bienfaisance, et, partant dans les asiles d'aliénés, est consacrée par la législation tout entière.
Loi du i6 messidor an XI 1^ relative à radministration des hospices civils *.
€ ... Art. 9. — Les comptes à rendre par le receveur aux commissions... }d
Arrêté du 16 germinal an XII ^ qui assujettit à un cautionnement les receveurs des hôpitaux.
Cet arrêté, sauf quelques modifications, est toujours en vigueur.
Décret du 7 floréal an XIII^ relatif aux comptes à rendre par les receveurs des hospices.
Circulaire ministérielle du 21 juin 1816, sur la comptabilité des hospices.
Ordonnance royale du 31 octobre 1821, relative à l'administration des hospices et des bureaux de bienfaisance.
«... Art. 20. — Les receveurs sont personnellement responsables. »
«... Art. 24. — Ces comptables ont seuls qualité pour recevoir et pour payer. »
Instructions ministérielles du 8 février 1823, sur l'administration et la comptabilité des hospices et des bureaux de bienfaisance.
«... Chapitre IL Section première. Des receveurs.
« Les receveurs des hospices sont nommés par le Ministre de l'Intérieur... Ils sont chargés de recouvrer tous les revenus et de payer toutes les dépenses, etc.
«... Tous les hospices doivent présenter un budget de leurs recettes et de leurs dépenses. »
Ordonnance du 6 juin 1830, relative aux nominations
^ En fait d^établissements publics d'aliénés, il n'existait à cette époque que des hospices. C'est la loi du 30 juin 1838 qui a institué les asiles départementaux.
des membres des commissions administratives et des receveurs des hospices.
Circulaire contenant instructions pour l'exécution de l'ordonnance du 6 juin précédent.
Ordonnance royale du 1«^ septembre 1837.
« Art. l'"^. — Les receveurs généraux et particuliers des finances sont chargés de surveiller, conformément aux instructions de notre Ministre des finances, les caisses et la tenue des écritures des receveurs spéciaux des communes et des établissements de bienfaisance situés dans leur arrondissement, et généralement dans toutes les parties du service confié à ces comptables. »
Instructions générales du Ministre des finances sur la comptabilité, du 17 juin 4840 (voir spécialement le chapitre II : Service des établissements de bien/aisance^ et le chapitre XVIII : Receveurs d hospices et d'établissements de bienfaisance).
Si, de la législation relative aux hospices et établissements de bienfaisance en général, nous passons à celle qui régit spécialement les asiles d'aliénés, nous voyons d'abord le principe d'un receveur dans ces établissements consacrés par la loi du 30 juin 1838, § 2 et 3 de l'art. 31 .
« Les sommes provenant, soit de la vente, soit des autres recouvrements, seront versées directement dans la caisse de l'établissement, et seront employées, s'il y a lieu, au profit de la personne placée dans l'établissement.
(c Le cautionnement du receveur sera afiecté à la garantie des dits deniers, par privilège aux créances de toute autre nature. »
L'ordonnance du 18 décembre 4839 est encore plus explicite à cet égard.
En disposant d'abord, dans son art. 4, que les commissions sont appelées à donner leur avis sur les budgets et sur les comptes, cette ordonnance établit par cela seul que les asiles ont un budget et elle admet, par suite, Texistence d'un ordonnateur et d'un receveur dans l'asile.
« Art. 6. — Le directeur est chargé de l'administration intérieure de l'établissement et de la ge^on de ses biens et revenus. »
Nous avons établi plus haut qu'il ne l'était pas dans le système de la gestion directe par l'administration centrale.
« Art. 16. — Les lois et règlements relatifs à l'administration générale des hospices et établissements de bienfaisance, notamment en ce qui concerne l'ordre de leurs services financiers, la surveillance de la gestion du receveur, les formes de la comptabilité, sont applicables aux établissements publics d'aliénés en tout ce qui n'est ppis contraire aux dispositions qui précèdent. »
Décret du 25 mars 1852, sur l'organisation administrative.
Parmi les affaires départementales sur lesquelles les préfets statuent, aux termes de ce décret, et dont la nomenclature est fixée par le tableau A, figure le règlement des budgets des asiles : donc ils ont un budget et, ayant un budget, ils doivent avoir un receveur.
Circulaire du 5 mai 1852, relative à l'exécution du décret du 25 mars de la même année, sur la décentralisation des affaires départementales.
586 REORGANISATION DU SERVICE
, * a 20> Règlement des budgets des asiles publics.
« J'appelle, » dit le Ministre, « toute votre attention sur cette partie importante de l'administration des asiles publics d'aliénés.
(L Vous ne perdrez pas de \'ue le caractère spécial qu'ils ont reçu de la loi du 30 juin 4838.
a La comptabilité des asiles étant distincte de la comptabilité départementale, je joins à la présente circulaire :
(( 4<» Un modèle de budget primitif ;
« ^ Un modèle de budget supplémentaire, que je vous invite à adopter à l'avenir.
«... En effet, l'art. 28 de la loi du 30 juin met les aliénés indigents à la charge du département ; l'asile a donc une action directe et exclusive contre le dépai^ tement qui est son seul débiteur.
€ ... Vous remarquerez encore que le receveur de l'asile n'a pas mission d'assurer le recouvrement des portions de dépenses laissées à la charge des familles et des communes. Elles ne constituent, vous le savez, que des créances départementales, dont il appartient au département seul de poursuivre le remboursement. Vous les ferez percevoir par vos agents, et, en cas de difficultés, par les préposés des domaines, pour les centraliser ensuite entre les mains de M. le Receveur des finances , sous le titre : Des Fonds destinés aux pensions des insensés placés dans les maisom de santé. (Instructions générales du Ministère des Finances.)
« De cette caisse elles passeront directement, .par vos mandats, dans celle de l'asile, à titre d'acomptes payés par le département, d
Règlement du 20 mars 4857, sur le régime intérieur des asiles.
« Art. 11. — Le directeur est chargé, sous l'autorité du Préfet, de radministration intérieure de l'asile et de la gestion de ses biens et revenus.
«... Art. 12. — Il tient ou fait tenir sous sa responsabilité :
« ... Un sommier des propriétés immobilières, rentes et créances composant l'actif de l'asile.
« ... 7^ Un registre des mandats classés d'après les articles du budget des dépenses.
«... Art. 14. — Il prépare les budgets annuels et les soumet, avec l'avis de la commission de surveillance, à l'approbation du Préfet, deux mois au moins avant l'ouverture de l'exercice.
« Il présente au Préfet, dans le mois qui suit la clôture de l'exercice, le compte administratif et moral de l'établissement, accompagné de la délibération de la Commission de surveillance, qui l'a vérifié et en a constaté les résultats.
€ ... Art. 15. — Il constate les sommes à recouvrer par le receveur, remet à ce comptable, en temps utile, les titres qui établissent la nature et la quotité des créances, et se fait rendre compte par lui des diligences exercées.
«... Art. 16. — Toutes les dépenses en deniers sont mandatées par le Directeur.
c ... Art. 26. — Le receveur est exclusivement chargé de la perception des revenus et du paiement de toutes les dépenses.
« 11 est tenu d'exercer personnellement sa gestion.
c La caisse est ouverte tous les jours non fériés, de heures du matin à heures du soir.
«... Art. 27. — Le receveur est soumis aux dispositions des lois relatives aux comptes publics ; sa responsabilité est la même que celle de ces agents ; il se conforme aux lois, ordonnances et instructions ministérielles qui régissent la comptabilité des établissements de bienfaisance.
« ... Art. 28. — Il lui est expressément interdit d'effectuer le paiement des mandats, même dûment acquittés, entre les mains d'intermédiaires attachés, à quelque titre que ce soit, à l'établissement.
«... Art. 29. — Il doit ouvrir tous les comptes particuliers et tenir tous les livres auxiliaires que peut réclamer la comptabilité spéciale relative aux dépôts d'argent et au pécule des travailleurs.
« Art. 32. — Il est tenu de remettre au Directeur, sur sa demande, à toute époque, et chaque mois pour la séance obligatoire, la balance des comptes et la situation de la caisse.
«... Art. 45. — Néanmoins, pour les achats relatifs à la consommation journahère, et pour les menues dépenses qui ne comportent, ni factures régulières, ni mandats spéciaux, le receveur met à la disposition de l'économe à titre d'avances, sur l'ordonnancement du Directeur, une somme qui ne peut excéder...
« Lorsque cette somme est dépensée, l'économe en justifie l'emploi par un état détaillé dans lequel les dépenses sont classées conformément aux articles du budget et il ne lui est remis de nouveaux fonds qu'après le visa et l'approbation de ce compte par le Directeur. »
DES ALII'iNES DP. LA SFJXK. 581)