‹ Des maladies mentales et nerveuses v. 2Chapitre 5 sur 40 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

M... Jean-Baptiste, entré à Bicêtre le 9 octobre 1841 , âgé de trente-deux ans. Constitution frêle, tempérament bilieux, sanguin. Un oncle hypocondriaque. Sa mère est sujette à des maux de nerfs. M... a reçu quelque éducation ; il est d'un caractère doux, un peu craintif, laborieux. Dans son enfance, il a été sujet à des épistaxis.

Vers l'âge de vingt-six ans, il a eu des hémorrhoîdes qui ont cessé de couler depuis trois ou quatre ans. Vie régulière ; une grande sobriété. Il y a deux mois environ, le mauvais état de ses affaires lui cause de vaines inquiétudes; il perd le sommeil, devient irritable : quelque chose lui bouillonne dans la tête; il a des tintements d'oreilles. Un médecin lui conseille de se faire saigner. Bientôt il est assailli par de nombreuses hallucinations de la vue et de l'ouïe. Il se persuade qu'on en veut à ses jours ; il refuse de prendre de la nourriture dans la crainte d'être empoisonné. Ses parents provoquent son isolement.

Le 10 octobre, le lendemain de son entrée à l'hospice, face injectée, physionomie d'une mobilité extrême ; peau sèche, chaude ; pouls à 80, 84. Pas de constipation; urines abondantes, claires, sans sédiment. Parole brève, rapide, sans incohérence. M... s'interrompt fréquemment pour écouter des voix qui l'injurient, le menacent, a Mais il est impossible, s'écrie-t-il, que vous ne les entendiez pas comme moi? » La nuit, c'est ce qui le confirme dans son erreur, il a vu les personnes qui lui parlent, et qui.

pendant le jour « au moyen de la physique » le rendent irascible. Régime : les trois portions ; du lait au lieu de vin. Infusion de feuilles d'oranger deux pots, julep avec addition de deux centigrammes d'extrait de datura stramonium, à prendre par petites cuillerées, Je soir avant de se mettre au lit.

Les trois premiers jours l'état du malade ne présente aucun changement digne d'être noté.

Le 15 octobre, la veille, la dose de datura a été tout à coup élevée à 20 centigrammes. La nuit a été des plus mauvaises. Le malade n'a pas eu un instant de sommeil. Il s'est levé plusieurs fois, parlant haut, gesticulant, apostrophant des êtres imaginaires, rendant injures pour injures, menaces pour menaces, etc. Le matin, nous le trouvons assoupi, dans une espèce de rêvasserie, ayant l'apparence d'un homme ivre. La face est légèrement animée. Pouls à 85-90. Peau raoite. Diète absolue. Une tasse de café le matin (425 grammes environ) et une autre le soir.

Le 46 octobre. M... a dormi une bonne partie de la nuit. Il a encore entendu des voix, mais seulement avant de s'endormir. Il dit avoir été très malade la nuit précédente. Il avait cru que c'était fait de lui. Il n'y parait plus aujourd'hui. Il commence à revenir sur ses idées d'empoisonnement; a Bien sûr, j'avais la cervelle à l'envers, j'étais fou. Mais ces voix, pourtant, que j'ai encore entendues hier soir. — C'est un reste de votre maladie, vous ne les entendrez plus. » Même régime ; potion avec deux centigrammes seulement de datura.

Le 48 octobre, les hallucinations n'ont pas reparu. M... apprécie très bien la situation dans laquelle il

s'est trouvé. A partir de ce jour, la santé morale de M... n'a pas offert la moindre altération. Il est sorti de l'hospice le 49 novembre suivant. (Cette observation a été recueillie par Valude, interne provisoire.)

Page 1