‹ Des maladies nerveuses de l'estomacChapitre 4 sur 5 · CO · texte numérisé non relu

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dans celle voie par quelques hommes comme eux supérieurs , si des raisons ne se présentaient pas suffisantes pour les réfuter, en s’appuyant sur des faits. D’après ce qui a déjà été dit des globules en général , nous pourrions presque nous dispenser d’en parler encore. Ajoutons cependant un mot relatif à la substance nsu-veuse. On comprend facilement que des cylindres (supposons un instant ce que les expériences vont démontrer tout à l’heure), on comprend, disonsnous, que des cylindres, remplis d’un liquide graisseux, devaient offrir des globules de la matière gras:e, non seulement après avoir été soumis à la macéiation , mais même observés à sec; cette source d’erreur, fréquemment retrouvée, est surtout commune quand les recherches s’appliquent aux nerfs, puisque cette matière grasse leur est inhérente : de là tant de descri|)tions erronées. Venons à celles qui sont plus rapprochées de la vérité, et qui ont fini par y conduire.

Borelli (l) dit que les nerfs sont formés de faisceaux de fibres avec une enveloppe commune ; peut être ces fibres sont-elles creuses et remplies d’une matière molle. Leuwerihoeck (2), qui avait cru d’abord à l’existence des globules , est en définitive du même avis : il regarde les nerfs comme composés de fibres primitives, ondulées , toujours parallèles, longues, et dont le canal a un diamètre égal au tiers de la fibre: sur une section transverse de la moelle, il trouve le même aspect; enfin, dans le cerveau desséché, les fibrilles sont rondes, plus grandes que le faisceau élémentaire musculaire. Voilà donc déjà, parmi les plus anciens, trois hommes, considérés avec juste raison comme bons observateurs, qui se déclarent plus ou moins formellement partisans de la structure tubuleuse ; aussi, leur autorité décide t elle Haller à pencher vers elle. Nous trouvons encore, parmi les contemporains de l’immortel physiologiste, Duvernoy (3) et Ledermuller (4) , dont les

(1) Borelli, De motu animalium. Lugd.-Balav , 1721, Romæ , 1681.

(2) Leuvenhoeck , O^era om/i/a. Lugd.-Bat., 1721.

(3) Duvernoy, Comment. Acad, scient. Petropol. , 1727.

(4) Ledermuller, Amusements microscopiques. 1761.

amusements avaient paru avant que celui-ci eût exposé l’état de la science et les recherches de ses prédécesseurs. Le pi-emier, aidé de Bulffinger et Mayer, quoique n’employant que de simples lentilles, vit dans les nerfs des membranes transparentes. Ledermuller les décrit avec bien plus d’exactitude encore : ce sont des tuyaux dans lesquels se trouve un suc particulier, qu’il appelle lait; il est vrai qu’il a recours au microscope, et on peut dire que sa manière d’étudier n’a pas peu contribué à jjénéraliscr le goût si commun alors des expériences. C’est dans le même temps que nous voyons Fontana écrire que la substance cérébrale est composée de cylindres ou caneaux transparents, cylindres primitifs, qui, vus à un grossissement de sept cents fois, présentent des parois toutes raboteuses. IVous avons déjà dit, à propos des globules, que ces cylindres étaient remplis çà et là de petits corpuscules globulaires pleins d’une humeur gélatineuse et transpajet)te. Mais ce n’est pas tout, ces parties ne sont pas immédiatement en contact avec le cylindre indiqué, elles en sont séparées par une autre tout à fait lisse. Reil est aussi partisan des canaux; mais rejetons les siens, ils sont le produit de manipulations auxquelles il soumet les nerfs; ils ne sont pas p>lus réels que le canal central de Bogros (I), depuis longtemps cherché, et en particulier par Osiander (2); bien rapproché de Fontana, dont une de ses expériences (macération de vingtquatre lieuros dans l’alcool, qui donne l’aspect Intestinal) explique l’erreur, Tréviranus dit que les nei fs sont composés de tuyaux parallèles et nombreux, remplis d’une masse tenace et de globules. Pour M. Raspaii (3), ces nerfs sont l’eprésentés par des tubes soudés les uns à côté des autres, d’environ de millimètre chez l’homme; le cerveau lui paraît pouvoir être regardé comme de texture cellulaire. D’après Duirochet, la fibre est un cylindr-e ; il y associe aussi les glo-

(1) Bogvos , Annales lies sciences naturelles. Pans , 1828.

(2) Osiander, Coinmentaliones Societalis scient. Gottingensis. 1808.

(3) Raspail , Breschel, Répert. d'anat. et phys. patliol. 1827. — Chimie org. 1833.

bu!es, comme nous l’avons déjà dit, mais c’est d’une façon toute spé ciale: ici ils sont regardés comme constituant par leur assemblage irrégulier les parois de ce cylindre.

A Ehrenberg commence véritablement une nouvelle ère rie la structure tubuleuse; elle acquiert dès lors une précision t)Ouvelle. Tâchons de résumer ces dernières années. !.a matière blanche du cei vcau , de la moelle, les nerfs de l’ouïe, de la vue, de l’odorat, une partie du grand sympathique, sont composés de tubes transparents , représentant à des intervalles limi és des dilatations s. héroïdales ou globidenses ( varicosités)^ ce qui les fait ressembler aux grains d’un collier qui ne se touchent pas, et qui communiquent entre eux par un canal. 11 les nomme tubes variqueux ou articulés: ils sont parallèles, et contiennent le fluide nerveux. Mais entendons bien la pensée de l’auteur, ou plutôt, ne la dénaturons pas par la traduction : ce fluide nerveux n’a rien de c.ompaçable, à, ce quelque chose, d’inconnu qu’on a si souvent désigné par le même nom ; ce ne sont pas, comme le dit Heister (ly, des parties menues, rondes, ressemblant à des fibres ou filaments, ayant pour fluide une matière spiritueuse, et affectant la forme de petits vaisseaux ; la puissance du microscope ne nous a pas encore fait voir des esprits. Le liquor nerveus d’Ehremberg, tout difficile qu’il est à constater, est moins subtil : c’est une matière parfaitement transparente, et sans une trace de globules. Le diamètre des tubes qui le renferment varie de %g à de ligne, différence énorme; ils diminuent de diamètre à la périphérie, de .sorte que, dans la substance grise, ils ne forment qu’une masse de grains extrêmement fins, unis au moyens de filaments très-minces; toutefois, ces fils ne sont pas suffisamment démontrés, et la masse granuleuse est peut-être tout aussi bien le produit de la coagulation et de la compression qu’un état normal. Parmi ces fibres, se trouvent des grains plus gros, qui paraissent formés de petites granulations (globules fibrineux ),.^]VL Ehrenberg attribue cette

(I) Heisler, Compendium anatomicum.

structure ar'ticulée aux nerfs de sensations; les nerfs de mouvement sont pourvus de tubes droits et uniformes, sans dilatation. Plus grands, en général, que les tubes articulés, il cylindriques ; ils con-

tiennent une matière peu transparente, visqueuse, qu’on peut faire sortir du tube sous forme de grumeaux, et qu’il désigne sous le nom de matière médullaire. Leur cavité est plus grande que celle des tubes articulés; leur diamètre varie de à y,QQQ de ligne. H y a continuité entre ces tubes articulés du cerveau et les tubes cylindriques des nerfs; à mesure qu’ils quittent la forme articulée, ils se remplissent de matière médullaire.

Le zèle des micrographes, excité par les intéressants travaux dont nous venons de donner l’analyse, produit un bon nombre de mémoires: Berres, Krause, Wagner, Muller, Schwann, Voikraann, Tréviranus , Valentin , Remak , Burdach , Purkinje , MandI , et chez nous, MM. Lauth , Dutrochet, de Mirbel, qui constatait en même temps des faits analogues, apportent leur tribut. Nous les voyons s’attacher d’abord à constater les résultats d’Ehrenberg, puis les corriger là où ils sont fautifs , et enfin les étendre plus encore que celui-ci ne l’avait fait.

Quelques partisans sont entraînés sans restrictions: en première ligne est Volkmann (I), puis vient Remak (2), qui cherchent surtout à vérifier les différences indiquées entre les nerfs du mouvement et les nerfs du sentiment, il résulte de ses Investigations que les nerfs cérébro-spinaux parcourent plusieurs degrés de développement, et qu’une masse globuleuse en est la forme primitive. Les tubes sont d’abord sans varicosités et sans substance médullaire ; ils passent ensuite par la forme de tubes intermédiaires, pour arriver à celle de

(1) Volkmann, Physiologie des. Gesich. Leipzig, 1836.

(2) Remak, Muller; Archives, 1836; et plus loin, Observationes de systematis iiervosi structura. 1838.

substance intestinale; elle est composée de cylindres ou canaux transparents irréguliers , se repliant en manière d’intestins, à parois toutes raboteuses, et dans l’intérieur desquelles se retrouve un autre cylindre plus petit et uniforme. On verra, quand nous aurons donné la description exacte de ces organes, tout ce qu’il y a de vrai et de bien observé dans ces deux lignes; mais on pensera probablement avec nous que cette apparence intestinale trouva ses raisons dans des modifications accidentelles si faciles à produire dans une substance délicate comme le cerveau par la compression , la division mécanique plus ou moins forte, la macération plus ou moins prolongée, selon qu’elle se trouve à l’état frais ou desséché, etc., toutes circonstances qui ont tant influé sur les différents aspects avec lesquels on l’a décrite. Aussi, nous n’hésitons pas à le dire, la fibre élémentaire nerveuse est, de tous les organes , celui dont l’étude exige le plus d’habitude du microscope. Que faut-il de plus pour prouver une proposition comme celle-là, que les détails dans lesquels nous allons entrer, détails desquels il résulte qu’il faut arriver jusqu’aux travaux d’Ehrenberg (I) pour avoir des observations microscopiques exactes, et encore luimême n’a point vu la fibre élémentaire : ce que les autres ont donc décrit, tous en y croyant avoir trouvé le dernier terme de la divisibilité organique, n’était que la réunion d’un nombre inouï d’organes , celait un faisceau de fibres.

D’après cela, devrions- nous passer tous leurs travaux sous silence ? Cela n'était pas possible: en pareille matière, les assertions n’ont pas de valeur. Il faut les preuves à l’appui, et les preuves ne se trouvent que dans les faits. -Parmi les observations qui ont précédé celles de M. Ehrenberg, il s’en trouve de fort exactes : c’est un mélange de vérités et d’erreurs , où les premières sont au moins en aussi grand nombre que

(1) Ehrenberg, Mémoires de V Académie de Berlin pour 1834 ; Berlin, 1838. 1840. — houvnist. 9

les secondes; et d’ailleurs, n’y seraient-elles éparses que çâ et là, encore; faudrait-il les distinguer: de pareilles recherches fournissent toujours d’utiles renseignements, j !

Si donc nous jetons d’abord un coup d’œil d’ensemble, nous voyons les observateurs se diviser en deux classes. Les' uns, et c’est le plus grand nombre, affirment une structure globuleuse; les autres ont signalé des tubes plus ou moins réguliers. Cette opinion aujourd’hui est généralement admise; leur existence est hors de doute; les globules, au contraire, n’existent pas primitivement; ils ne sont que le produit de la macération et de la compression. Leu wenhoeck (1) l’avait déjà bien entrevu: après les avoir décrits et avoir dit qu’ils présentent des différences dansila substance corticale, qu’ils sont trente six fois plus petits que les globules sanguins, il dit qu’ils peuvent bien être le résultat d’une altération: enfin plus tard, comme nous le verrons bientôt, il abandonne cette opinion. Elle compte parmi ses partisans Délia Torre (2)1 qui donne la description suivante : Les nerfs sont composés de filaments droits, non transparents, d’une délicatesse extrême, non canaliculés; entre eux existent une foule de globules ronds et transparents. Dans la .substance corticale du icer.veau lil a trouvé des globules et des corpuscules oblongs plus grands que ceux des nerfs : ils forment ensemble des espèceside ramifications; ils diminuent de grandeur, et augmentent de nombre par la compression; la moelle en .contient aussi un grand nombre. Malacarne (3) en signale l’existence; .Prochaska (4) les dit huit fois plus petits que ceux du sang, très-ir- ■réguliers , non en rapport avec les différentes parties du système nerveux ; toutefois , dans les nerfs proprement dits, ils sont disposés en

(1) Leuwenhoeck, Philosopk. transac., 1G74 et 1677.

(2) Délia Torre, Naove osservazioni microscopiche, in Napoli, 1776.

(3) Malacarne, Nuovi espositione dell. cerevelctto humano. Torino, 1776.

(4) Prochaska , structura hen^orum tractatus^ anatomicus. Vindohonæ, 1779.

séries régulières. En opposition avec lui, Reil (1) les attribue à une illusion d'optique; Barba (2), au contraire, en trouve particulièrement dans les centres, comme dans les parties périphériques; ils sont transparents, égaux, et disposés en séries rectilignes, très-visibUs dans les nerl's de l’ouïe et de l’odorat; mais n’oublions pas que c’est après une forte compression et une macération de deux jours, et nous n’avons pas besoin de rappeler ce que nous avons dit de ces moyens, lis sont aussi mis trop en usage par S. et G. Wenze! (3) pour qu’on puisse tirer quelques conclusions de leurs recherches; Sprengel (4) est simplement porté à y croire. Dans l’intérieur des tuyaux de Tréviranus, il y a de petits globules , les fibres mêmes en sont formées aux yeux de Bauer et Home (5); ils sont plus petit.s dans la substance grise, où iis présentent un diamètre de V3200 à Viooo de pouce anglais; il est de V2400 dans ceux de la moelle. MM. Edwards (6), Prévost et Dumas (7> ont trouvé la fibre de Fonîana formée de quatre fibres constituées par une série de globules de V300 de diamètre, dont deux se trouvaient au bord des tuyaux, et deux dans l’intérieur; la fibre primitive de Fontana est donc la fibre secondaire de Prévost et Dumas, et les quatre fibres intéiâeures sont pour eux les véritables fibres élémentaires. Les fibres secondaires ont un diamètre de Vloo à Vis de millimètre; elles ne s’anastomosent pas ensemble. Les globules sont encore dessinés dans les planches de Carus (8) représentant les nerfs et

(1) Reil, Exercitationum anatoinicarum Jasciculus primas. — De structura neriorum. Halæ Saxonum, 1796.

(2) Barba, Osservazioni microscopiche sut cerevello e sue parti adjacenti. Napoli , 1807.

(3) Wenzel, De penitiori structura cerebri hominis et brutorum. Tubingæ , 1812.

(4) Sprengel , /n5t//«<tonc5 mc<//ccr, Amstelodami , 1809.

(5) Philos, transact. 1818.

(6) Edwards, Mémoire sur la structure élémentaire des principaux tù*'«j.^l823.

(7) Prévost et Dumas , Magendie , Journal de pbj^siologie. 1823.

(8) Carus, Seiler, Naturlehre des Menschen. Dresden , 1826. '

k substance corlicale du cerveau ; ils existent dans le cerveau d’après Hodgkin et Lister (1) , naais les nerfs en seraient dépourvus, tandis que M. Dutrochet (2) les considère comme un cylindre dont les parois sont composées de globules juxtaposés confusément. On ignore, du reste, si ce cylindre est plein ou tubuleux, ils y sont retrouvés aussi bien que dans le cerveau par Weber (3) : les premiers ont de Vsooo à Ysm de pouce, c’est-à-dire d’un tiers plus petits que les globules sanguins; Arnold (4) les adopte ainsi que Burdach, qui avait particulièrement connaissance des travaux d’Ehrenberg ; celui-ci est combattu aussi par Krause (5), qui prétend que le cerveau est formé de fibi‘illes solides composées d’une masse soluble dans l’eau, et de globules blancs sphériques du diamètre de Vsoo de ligne. Valentin (6) parle enfin de globes placés entre les fibres d’une façon assez compliquée. Us ont une existence isolée les uns des autres, comme de celle des fibres; si celles-ci se trouvent parallèlement les unes à côté des autres, elles constituent la formation des nerfs; si, au contraire, le parallélisme est détruit, cette forme est appelée formation de plexus. La forme des globules est très-variable, plus ou moins ronde, ou allongée, avec un nucléus tout à fait transparent. Toutefois, nous ne les plaçons à côté des descriptions précédentes que pour ne point paraître les avoir oubliés , car, s’il y a de l’analogie entre ces globes et les globules des auteurs , U y a aussi bien des différences.

On serait effrayé de la pensée de s’attaquera une opinion soutenue par tant d’observateurs du premier mérite, si on n’avait été précédé

(1) Hogdkin et Lister, Armais of philosophy for aug. 1827.

(2) Dutrochet , Mémoires pour servir à l’histoire des animaux et des végét. 1837.

(3) Weber. Hildebrandt' s Anatomie des Menschen. 1830.

(4) Arnold. Physiologie des Menschen. Zurich, 1836.

(5) Krause, Poggendorf, Annaleh der physik. 1834,

(6) Valentin , Vratislaviæ, 1836.

dans cet(e voie par quelques hommes comme eux supérieurs , si des raisons ne se présentaient pas suffisantes pour les réfuter, en s’appuyant sur des faits. D’après ce qui a déjà été dit des globules en général. nous pourrions presque nous dispenser d’en parler encore. Ajoutons cependant un mot relatif à la substance nerveuse. On comprend facilement que des cylindres (supposons un instant ce que les expériences vont démontrer tout à- l’heure), on comprend, disonsnous, que des cylindres, remplis d’un liquide graisseux, devaient offrir des globules de la matière gras.«e, non seulement après avoir été soumis à la macération , mais même observés à sec; cette source d’erreur, fréquemment retrouvée, est surtout commune quand les recherches s’appliquent aux nerfs, puisque cette matière grasse leur est inhérente : de là tant de descriptions ei ronées. Venons à celles qui sont plus rapprochées de la vérité, et qui ont fini par y conduire.

Boreili (1) dit que les nerfs sont formés de faisceaux de fibres avec une enveloppe commune ; peut être ces fibres sont-elles creuses et remplies d’une matière molle. Leuwenhoeck (2), qui avait cru d’abord à l’existence des globules, est en définitive du même avis : il regarde les nerfs comme composés de fibres primitives, ondulées , toujours parallèles, longues, et dont le canal a un diamètre égal au tiers de la fibre: sur une section transverse de la moelle, il trouve le même aspect; enfin, dans le cerveau desséché, les fibrilles sont rondes, plus grandes que le faisceau élémentaire musculaire. Voilà donc déjà, parmi les plus anciens, trois hommes, considérés avec juste raison comme bons observateurs, qui se déclarent plus ou moins formellement partisans de la structure tubuleuse ; aussi, leur autorité décide t elle Haller à pencher vers elle. Nous trouvons encore, parmi les contemporains de l’immortel physiologiste, Duvernoy (3) et Ledermuller (4), dont le.s

(1) Boreili, De motu animalium. Lugd.-Batav, 1721, Romæ , 1681.

(2) Leuvenhoeck, Opéra omnia. Lagd.-Bat.,i72i.

(3) Duvernoy, Comment. Acad, scient. Petropol. , 1727.

(4) Ledernauller, Amusements microscopiques. 1761.

amusements avaient paru avant que celui-ci eiil exposé i état de la science et les recherches de ses prédécesseurs. Le premier, aidé de Bulffinger et Mayer, quoique n’employant que de simples lentilles, vit dans les nei Fs des membranes transparentes. Ledermuller les décrit avec bien plus d’exactitude encore : ce sont des tuyaux dans lesquels se trouve un suc parliculier, qu’il appelle lait; il est vrai qu’il a recours au microscope, et on peut dire (jue sa ttranière d’étudier n’a pas peu contribué à (généraliser le (joiit si commun aloi’S des expériences. C’est dans le même temps que nous voyons Fontana écrire que la substance cérébrale est composée de cylindres ou caneaux transparents, cylindres primitiFs, qui, vus à un grossissetueni de sept cents Fois, présentent des parois toutes raboteuses. Nous avons déjà dit, à propos des globules, que ces cylindres étaient remplis çà et là de petits corpuscules globulaires pleins d’une humeur gélatineuse et transparente. Mais ce n’est pas tout, ces parties ne sont pas immédiatement en contact avec le cylindre indiqué, elles en sont séparées par une autre tout à Fait lisse. Reil est aussi partisan des canaux; mais rejetons les siens, ils sont le produit de manipulations auxquelles il soumet les nerFs; ils ne sont pas plus réels que le canal central de Bogros (I), depuis longtemps cherché , et en particulier par Osiander (2) ; bien rapproché de Fontana , dont une de ses expériences ( macération de vingtquatre heures dans l’alcool, qui donne l’aspect intestinal) explique l’erreur, Tréviranus dit que les nei Fs sont composés de tuyaux parallèles et nombreux, remplis d’une masse tenace et de globules. Pour M. Raspai! (3). ces nerFs sont représentés par des tubes sondes les uns à côté des autres, d’environ de millimètre chez l’homme; le cerveau lui paraît pouvoir être regardé comme de texture cellulaire. D’après Dulrochet, la fibre est un cylindre ; il y associe aussi les glo-

(1) Bogros, Annales des sciences naturelles. Paris, t828.

(2) Osiaotler, Commentât iones Societatis scient. Gottingensis. 1808,

(3) Raspail , Breschel, Répert. d’anat. et ph/s. pathol. 1827. — Chimie org. 1833.

bules, comme nous l’avons déjà dit, mais c’est d’une façon toute spé ciale: ici ils sont regardés comme constituant par leur assemblage irrégulier les parois de ce cylindre.

A Ehrenberg commence véritablement une nouvelle ère de la structure tubuleuse; elle acquiert dès lors une précision nouvelle. Tâchons de résumer ces dernières années. 1 a matière blanche du cerveau , de la moelle, les nerfs de l’ouïe, de la vue, de l’oilorat, une partie du grand sympathique, sont composés de tubes transparents , représentant à des intervalles lirai és des dilatations sj héi-oïdales ou globuleuses [varicosités), ce qui les fait ressembler aux grains d’un collier qui ne se touchent pas, et qui communiquent entie eux par un canah 11 les nomme tubes variqueux ou articulés: ils sont parallèles, et contiennent le fluide nerveux. Mais entendons bien la pensée de l’auteur, on plutôt, ne la dénaturons pas par la traduction : ce fluide nerveux n’a rien de comparable à, ce quelque chose d’inconnu qu’on a si souvent désigné par le même nom ; ce ne sont (las, comme le dit Heister i^f), des parties menues, rondes, ressemblant à des fibres ou filaments, ayant pour fluide une matière spiritueuse, et affectant la forme de petits vaisseaux ; la puissance du microscope ne nous a pas encore fait voir des esprits. Le liquor nerveus d’Ehremberg, tout difficile qu’il est à constater, est moins subtil : c’est une matière parfaitement transparente, et sans une trace de globules. Le diamètre des tubes qui le renferment varie de i/^g à i/gQgg de ligne, différence énorme; ils diminuent de diamètre à la périphérie, de sorte que, dans la substance grise, ils ne forment qu’une masse de grains extrêmement fins, unis au moyens de filaments très-minces; toutefois, ces fils ne sont pas suffisamment démontrés, et la masse granuleuse est peut-être tout aussi bien le produit de la coagulation et de la compression qu’un état normal. Parmi ces fibres, se trouvent des gi ains plus gros, qui paraissent formés de petites granulations (globules fibrineux). M. Ehrenberg attribue cette

(1) Heister, Compendium anatomicum.

structure articulée aux nerfs de sensations; les nerfs de mouvement sont pourvus de tubes droits et uniformes, sans dilatation. Plus grands, en général, que les tubes articulés, il les ap\>e\\e cylindriques ; ils contiennent une matière peu transparente, visqueuse, qu’on peut faire sortir du tube sous forme de grumeaux, et qu’il désigne sous le nom de matière médullaire. I,eur cavité est plus grande que celle des tubes articulés; leur diamètre varie de à de ligne. 11 y a continuité entre ces tubes articulés du cerveau et les tubes cylindriques des nerfs; à mesure qu’ils quittent la forme articulée, ils se remplissent de ma- % tière médullaire.

Le zèle des micrographes, excité par les intéressants travaux dont nous venons de donner l’analyse, produit un bon nombre de mémoires: Berres, Krause, Wagner, Muller, Schwann, Volkmann , Tréviranus, Valentin, Remak, Burdach , Purkinje , Mandl , et chez nous, MM. Lauth , Dutrochet , <le Mirbel,qui constatait en même temps de.s l^its analogues, apportent leur tribut. Nous les voyons s’attacher d’abord à constater les résultats d’Ehrenberg, puis les corriger là où ils sont fautifs , et enfin les étendre plus encore que celui-ci ne l’avait fait.

Quelques partisans sont entraînés sans restrictions : en première ligne est Volkmann (1), puis vient Remak (2), qui eherchent surtout à vérifier les différences indiquées entre les nerfs du mouvement et les nerfs du sentiment. 11 résulte de ses investigations que les nerfs eérébro-spinaux parcourent plusieurs degrés de développement, et qu’une masse globuleuse en est la forme primitive. Les tubes sont d’abord sans varicosités et sans substance médullaire; ils passent ensuite par la forme de tubes intermédiaires, pour arriver à celle de

(1) Volkmann, Physiologie des. Gesich. Leipzig, 1836.

(2) Remak, Muller; Archives, 1836; et plus loin, Observationes de systematis nervosi structura. 1838.

tubes cylindriques, dont la substance interne devient moins liquide et plus opaque.

Le nom de Krause, qui figure à la tête des partisans des globules, rappelle assez qu’il n’a pas été sans antagoniste; un coup d’œil sur les travaux des auteurs que nous venons de citer prouvera qu’il en a plus d’un. Berres (1) établit des formes toutes différentes: il voit des nerfs avec vésicules superposées ; mais nous ne croyons pas que personne les ait vérifiées. Les observations de Lauth (2) tendent à établir l’existence de tubes articulés dans les nerfs cérébro-spinaux; Tréviranus nie la réalité ou la persistance de la forme articulée dans les tubes du cerveau , qui ne seraient , d’après lui, qu’accidentels et produits après la mort; Weber est du même avis: les varicosités ne lui paraissent produites que par la pression et par l’eau; Valentin se déclare contre l’existence primitive et réelle des varicosités : elles ne sont qu’accidentelles, et dépendent beaucoup de l’élasticité des longs cylindres dans lesquels est placée la matière nerveuse ; E. Burdach (3) dit encore qu’elles sont dues à l’influence de l’eau, de la température, de la pression , etc., mais, à son sens, la raison en est plutôt dans la matière elle-même qui a une grande tendance à prendre une forme globuleuse, que dans le tube; Remack publie un second mémoire où commence à être décrite la fibre élémentaire que Refzius, Muller, Varrentrap, Giltay, paraissent cependant avoir entrevue (fibres grises au milieu des nerfs du système cérébro-spinal). Ce n’est pas, d’après lui, une masse liquide ou huileuse que contiennent les tuyaux nerveux de l’intérieur, mais un véritable fil, une espèce de ruban très-transparent et assez solide, résistant à la pression plus longtemps que le tuyau lui-même, et qui, strié à sa surface, paraît composé, en dernier re«-

(1) Berres, Mediz. lahr. Wien., 1834.

(2) Lauth , 1835.

(3) Burdach, Anatomie des nerfs. 1837.

1 840. — Bouvaist.

sort, de plusieurs fils élémentaires parallèles, marqués de nœuds; ce tuyau, c’est-à-dire l’enveloppe extérieure, perd son aspect naturel |)ar les agents physiques. Il devient plus ou moins âpre à sa surface, ce qui produit la forme d’une masse intérieure coagulée; d’autres fois, il se contracte de manière à produire des varicosités plus ou moins régulières. Rolando a vu dans la substance blanche du cerveau, la moelle et les nerfs, des tuyaux qui contiennent le ruban interne, ruban que nous venons de voir être un véritable faisceau de fibres. Purklnje l’a fait sortir également. Enfin M. Mandl (I) donne le premier une description exacte : d’après ses recherches, les tubes cylindriques ne sont nullement les véritables éléments des nerfs; ils contiennent un faisceau de fibres extrêmement fines et délicates, nageant dans une matière grasse, dont la coagulation, immédiatement après la mort, a été jusqu’à présent un obstacle à la constatation des fibres élémentaires. iM. Mandl a donc interrogé la nature vivante. Pour répéter ses expériences, il faudra l’imiter, et si, comme lui, on détache un nerf d’un insecte et qu’on l’examine immédiatement, voici ce que l’on observera : pendant quelques minutes, on aura sous les yeux le tronc transparent, qui, jusqu’aux dernières années, a été considéré comme l’élément du système nerveux; dans ce cylindre, on apercevra manifestement un faisceau de fibres élémentaires. Elles sont primitivement bien distinctes les unes des autres, placées parallèlement dans l’état normal, et ne présentant jamais d’intrication que par suite des manœuvres inhérentes à la préparation. Puis les choses ne tardent pas à changer: peu à peu la masse interne se coagule, obscurcit l’image, qui va de plus en plus en s’éloignant de sa netteté première, et enfin elle ne représente plus que le tuyau, le tube membraneux contenant une matière d’apparence amorphe; mais les fibres n’en ont pas moins existé. C’est l’état des organes pendant la vie, que l’anatomie a pour but de déterminer; si elle a recours à l’examen du cadavre, c’est que

(1) Mandl, 7’raùé pratique du microscope. 1839.

c’est encore la source où elle peut puiser les plus probables renseignements; mais toujours on doit se mettre en garde contre ce que ce nouvel état des tissus a dû apporter de modifications dans leur manière d’être. Ici on assiste à la mort du nerf; on l’observe d’abord doué et ensuite privé de la vie, présentant aux deux moments extrêmes des caractères bien opposés. Certes, on ne tirera pas, après les deux explorations, de la deuxième, des arguments contre la première ; car, de même qu’on est d’autant plus porté à donner créance à une observation que moins de moyens artificiels y ont été employés, de même on sera d’autant plus convaincu de sa valeur qu’elle aura porté sur des organes dans lesquels la vie était plus active.

S Y. Des muscles.

La structure fibreuse des muscles semble plus facile à démontrer que celle de tout autre organe; il est vrai que c’est en eux qu’elle paraît essentiellement résider, et cependant des observateurs distingués sont venus la contester. Les opinions d’hommes illustres^qui ont été présentées comme l'expression des faits méritent d’être examinées : nous citerons donc l’opinion de Stuart (1), qui voyait des vésicules dans la structure intime du muscle; celle de M. Raspail qui attribue aux déchirements des parois les espèces de cylindres qui le constituent , ce que nous considérons et ce que tous les anatomistes considèrent comme des fibres. La substance musculaire est pour lui composée d’emboîtements cellulaires cylindriques agglutinés les uns aux autres, et remplis d’une substance dans laquelle on aperçoit des globules isolés. Il serait possible de rapprocher de cette opinion celles de Deheyde (2) et de Mascagni; mais elles trouveront mieux leur place ailleurs. Ces anatomistes ont très -bien vu et bien décrit des

(1) , Lectures of muscular motion. London , 1739.

(2) Deheyde, Exp. circa sanguinis missionem. Amstelodami , 1686.

fibres , et ce n’est que lorsqu’ils ont voulu aller au delà qu’ils se sont laissé tromper ou par des idées préconçues ou par leurs instruments.

Si une liste était tracée, en regard des noms précédents, et formée de ceux de tous les hommes pour qui la fibre musculaire n’a pas été douteuse, elle contiendrait assez d’autorités imposantes pour établir un contraste frappant. Je crois pouvoir me dispenser d’un vain semblant d’érudition , facile en amoncelant les uns sur les autres les matériaux dont la science est riche; assez de noms seront cités dans la discussion à laquelle je vais me livrer.

Tout en s’accordant sur la nature fibreuse des muscles, les observateurs sont séparés entre eux par des dissidences qui semblent grandes dès l’abord, mais qui le sont moins qu’elles paraissent. Nous avons insisté sur la nécessité de s’entendre parfaitement sur l’appréciation des mots et leur sens exact; c’est ici qu’il est indispensable de les préciser. Quand on veut étudier ce que les auteurs ont écrit sur la structure des muscles, on est effrayé de la confusion de langage qu’ils emploient tous: ainsi, tantôt on trouvera les mêmes dénominations appliquées à dçg organes différents, tantôt, au contraire, le même organe sera qualifié de dix noms ; je me crois donc obligé de donner une espèce de synonymie des précautions employées par chaque auteur, et d’indi quer les expressions indispensables pour éviter les erreurs dans lesquelles ils sont tombés.

Si on prend une portion très-déliée d’un des muscles des membres de l’homme, peu de temps après la mort, et que, sans lui faire subir aucune préparation , on la mette sur un verre dans une goutte d’eau , ayant soin de la couvrir d’un autre verre pour éviter l’évaporation qu’on l’examine de suite, avant qu’elle ait le temps d’être macérée, en la plaçant au foyer d’un microscope, avec un grossissement de 250 à 300 fois, on la voit composée de parties cylindriques, quelquefois un peu anguleuses, et même prismatiques , selon M. Wagner, rangées parallèlement les unes à côté des autres, en masses paraissant rougeâtres ou d’un jaune rougeâtre et,, présentant chacune des stries alternativement noires et blapcl^es,^ou presque blapches ; les cylindres

ont de V25 à Vso de rallUmètie de diamètre; les lignes blanches 0,005 en général , quoique avec des variétés , et les noires la moitié de celles-ci.

Ces cylindres qui, par ces caractères , me paraissent suffisamment définis, sont pour nous les faisceaux élémentaires. La plupart des micrographes les ont vus; mais, selon que leurs investigations se sont bornées là, ou qu’elles ont été portées plus loin, les descriptions qu’ils en ont tracées ont varié en même temps que les noms. Réunissons-les dans un cadre assez étroit pour que , grâce à ce rapprochement, la confusion ne soit plus possible.

Leuwenhoeck les appelant tantôt ^/a, tantôt fibrœ , tantôt striœ carnosœ, leur donne le diamètre vague d’un quart de cheveu, et dit, au contraire, en précisant une chose qui, à notre avis, ne peut l’être, qu’il en faut à peu près 200 pour former un muscle. Deheyde donne à ces fibrœ l’épaisseur d’un cheveu. Pour Muys (1 ) , les fibrœ , divisibles d’ailleurs en plusieurs ordres, sont encore des organes bien distincts à l’œil nu , et nos faisceaux élémentaires sont des fibrillœ ; dans Fontana . nous trouvons déjà une expression plus rapprochée de celle qui nous semble désormais devoir être adoptée ; ses faisceaux charnus primitifs sont mieux décrits que ce que nous avons vu jusqu’ici. Ce sont encore des faisceaux primitifs que Tréviranus avait indiqués sous le nom de fibres primitives dans ses premiers travaux; Mascagni serait aussi resté dans le vrai, s’il s’était borné à l’examen avec la lentille simple : elle lui fit voir des filaments formés de faisceaux divergents qui nous semblent bien être nos faisceaux élémentaires. Ultérieurement il est tombé dans l’erreur lorsque, conduit sans doute par des idées préconçues, ou plutôt trompé par son microscope, qu’il éclairait par la lumière directe, il a cru, par des phénomènes de diffraction , les voir composés de vaisseaux absorbants ; nous ne le suivrons pas dans ses

(1) Muys, Investigatio fabricce quœ in parlibus musculos componentibus exstai. Ludg. Batav., 1741.

errements, peut-être trouverons-nous occasion d’en parler en autre lieu. Nous ne trouvons guère que les travaux de ces deux derniers auteurs dans les vingt premières années de ce siècle; mais en revanche, depuis Mascagni jusqu’ici , les observations se multiplient chaque jour, et, chose plus précieuse, elles sont faites avec une exactitude que permettaient seuls les perfectionnements importants introduits dans la construction des microscopes.

Les dernières fibres musculaires que l’on peut apercevoir à l’reil nu , dit M. Milne Edw'ards, sont encore composées de filets d’une ténuité extrême, réunies entre eux par du tissu cellulaire; cette réunion, à laquelle M. Milne Edwards ne donne pas de nom particulier, ces dernières fibres musculaires , visibles à l’œil nu, sont toujours nos faisceaux élémentaires ^ aussi bien que les fibres de MM. Prévost et Dumas, auxquelles , du reste, M. Edwards attribue seulement les premières observations exactes et intéressantes. 11 en partage l’honneur entre ces messieurs et sir Ev. Home; mais M. Edwards , sans mettre de côté le sentiment de reconnaissance qui l’a inspiré, sans enlever à l’habile et fécond expérimentateur, auquel il dédie sa thèsç , la moindre parcelle de la gloire qui lui revient, n’aurait-il pas été plus juste en faisant remonter un peu plus haut les premières observations intéressantes et exactes P E.st-ce que celles de Fontana ne méritent pas cette double qualification ?

Les cylindres de M. Raspail sont évidemment nos faisceaux; la même chose s’applique aux tubes ou boyaux membraneux de M. Turpin (I), aux faisceaux de Wagner, aux fibrœ musculares de Krause, aux fibres de M. Dutrochet; c’est cette expression même qu’emploie M. Mandl (2). M. Donné l’a adoptée dans ses cours, si utiles pour compléter les études médicales. Elle ne peut donc que devenir chaque jour plus générale.

(1) Turpio, Lettre adressée à l’Académie de sciences , 12 déc. 1831.

(2) Mandl, Mémoire sur la structure intime des muscles. Paris, 1838.

Voilà certes une longue énumération, encore 1 avons-nous restreinte dans les limites les plus étroites possibles; mais, nous le disions plus haut, ce travail préparatoire nous semblait indispensable. Comment, en effet, nous serions-nous compris lorsqu’on décrivant la fibre musculaire élémentaire, en cherchant, pour poser l’état actuel de la science, les opinions qu’elle a fait exprimer aux auteurs modernes, nous aurions trouvé dans M. Dutrochet, par exemple, dont les travaux sont des plus récents, appliqué à des organes encore très-divisibles, le mot fibre que nous réservons pour celui au delà duquel la pensée seule admet la divisibilité.

On ne tirera pas du peu d’unité des descriptions des auteurs, des arguments contre l’identité de la partie à laquelle elles s’appliquent, car, au milieu des différences qui les séparent, on trouvera toujours des points suffisants d’analogie pour les rapprocher. Comment voulez-vous, dira-t-on, que les cylindres de M. Turpin soient la même chose que les faisceaux élémentaires ? La réponse se trouve toute tracée dans la description qu’il en donne : « Ce sont des tubes ou boyaux membraneux, aponévrotiques, d’une minceur extrême, blancs, transparents et froncés ou plissés en travers. » Il faudrait se refuser à toute évidence pour ne pas trouver dans ce dernier caractère les lignes transversales dont nous allons parler, et sur la nature desquelles il est impossible de dire que l’on soit d’accord.

L’opinion la plus récemment soutenue est celle de M. Mandl, appuyée sur un grand nombre de faits; il les attribue à des fibres de tissu cellulaire, décrivant autour des faisceaux, non pas des cercles entiers et séparés, mais des spirales continues. Une forte compression ou l’action lente de la macération les fait disparaître; les mutilations que l’on fera subir aux parties, l’état avancé du cadavre, agiront dans le même sens. Nous avions donc raison de conseiller l’emploi de muscles frais et d’individus récemment morts;- nous avions également raison de défendre toute préparation, car les acides les détruisent; il en est de même de la dessiccation, tandis que l’alcool les rend plus faciles à observer. Ces caractères chimiques présentent déjà de fortes raisons

— so-

cle croire à la nature cellulaire des stries transversales. Ceux que fournit l’examen anatomique direct paraissent plus concluants encore : t°On sait que le tissu cellulaire , après avoir fourni des gaines aux muscles, en fournit ensuite à ses diverses parties, et qu’il pénètre dans son intérieur; 2° on voit souvent à côté d’un faisceau, à l’une de ses extrémités, un filament très-long, plié et tortillé de différentes façons ; 3“ la largeur des lignes blanches est toujours exactement celle des filaments du tissu cellulaire voisin; 4° elle varie avec celle de ce même tissu dans les différentes parties du corps et dans les différentes classes d’animaux; 5° on voit très-bien le commencement de la spirale au point où le faisceau se fixe sur le tendon; 6" il est facile de la suivre dans toute sa longueur, à l’aide d’un ingénieux instrument qui permet de tourner sur lui-même les objets en observation sans leur faire quitter le foyer.

Il s’en faut que ces faits, tout simples qu’ils paraissent, aient été vus généralement; mais encore les recherches bibliographiques viennentelles confirmer ce que nous disions tout à l’heure. Ainsi, presque tous les hommes qui se sont occupés de la structure musculaire ont parlé de lignes, de stries, de plis, et quand on prend l’ensemble de leurs travaux, qu’on les examine avec quelque philosophie d’un point de vue tant soit peu élevé, on est frappé de retrouver dans tous quelque chose de cette vérité si difficile à découvrir entièrement.

Prochaska (1) rencontra, les muscles n’étant pas macérés, des stries transversales luisantes. Fontana vit sur les faisceaux couverts de leur tissu cellulaire des taches blanches curvilignes, transversales, semicirculaires, uniformes et non interrompues; desdignes parallèles, transversales entourent la fibre d’un bord à l’autre, selon Hodgkin et Lister. M. Turpin compare les plis à ceux de la peau d’une sangsue contractée. M. Krause constate que la distance d’un des plis à l’autre de l’enveloppe est de yi2so de ligne; chaque pli a une largeur de 0,0007 de ligne; il

(1) Prochaska De carne musculari. Viennæ, 1778.

compare les fibres à des prismes tétragones ou pentagones arrondis sur les angles. Pour M. Wagner, elles sont séparées par un intervalle de Vsoo a Viooo de lignes cei rides sont transversales et toujours pai’allèles. Cette mesure est celle de MM. Prévost et Dumas, qui , danç leurs expériences en commun, avaient vu un nombre considérable de petites lignes sinueuses barrant le cylindre en travers à la distance de Vsoode millimètre. Mais M. Prévost, reprenant ses travaux, en a donné des résultats un peu différents: il admet maintenant que les fibres sont entourées, dans toute leur circonférence, d’anneaux distants de %oo de millimètre environ. Cette forme annulaire n’est pas tout à fait l’expression de la réalité. M. Mandl a donné les moyens de s’en assurer. Mais combien n’était-il pas facile de croire que telles étaient les choses quand il fallait cesser de considérer les objets examinés pour leur imjirimer des mouvemen's de rotation. Les spirales, chez l’homme, sont tellement rapprochées, qu’en vérité elles .sont sensiblement transversales. Evidemment, si, comme nous le croyons, ces spirales exi.stent , elles ne peuvent se trouver comprises dans des plans perpendiculaires à l’axe des faisceaux ; mais il y a loin de la précision mathématique aux apprécFations approximatives des sens, et presque tous les observateurs ont décrit, tious venons de le voir, les lignes, les stries, comme sensiblement parallèles. L’anatomie comparée nous fournit des faits à l’appui de cette manière de voir; presque tous les observateurs, avons-nous dit, et en effet, nous trouvons à des intervalles éloignés des vues un peu différentes.

Dès 1783, Monro dit qu’il rencontrait partout quelques fibre.s tortueuses [serpentin and conroluled) qu’il avait d’abord pris pour des nerfs; puis il reconnaît très-volontiers qu’il se trompait. L’analyse est frappante entre ces fibres et celles que nous avons .dit se dérouler des extrémités des faisceauxi isolés. Je n’oserai ipas préciser autant à l’égard des travaux de M. Raspail, qui, à la vérité, parle bien aussi de s[)irales: mais il y a si loin de ce qu’il dit à ce que nous avons vu, les spirales qu’il décri lisant i si lâches, formées par hys, '-cylindres eux- 1840.- Bom’nist. .1. . il

mêmes s’enroulant comme une torsade les uns autour des autres, que nous n’osons rapprocher ses descriptions des précédentes. Valentin (1), qui a fait beaucoup de recherches d’anatomie comparée, donne, à la vérité, les lijjnes comme transversales, ondulées chez beaucoup d’animaux; mais aussi chez les oiseaux il les a trouvées presque spirales. La plupart de ces auteurs ont cherché à trouver l’explication des lignes dans le plissement des faisceaux inhérents à la contraction musculaire. Cette opinion, qui paraît d’abord fort judicieuse , n’est plus admissible aujourd’hui : elles disparaissent par les acides, par la macération , par la pression , avons-nous dit; elles sont mieux marquées, au contraire, par l’action de l’alcool. Il serait possible d’interpréter en faveur de l’ancienne opinion , leur disparition par la pression : mais qu’ont à faire les réactifs chimiques sur un pli.ssement tout mécanique? Cependant nous ferions volontiers le sacrifice d’une \\xc àpriori, si un fait d’observation , un seul la contredisait : loin de là, les lignes dites transversales n’existent pas dans tous les muscles. Qu’on n’oublie pas que nous avons recommandé de prendre un muscle des membres: c’est qu’on serait arrivé à des résultats différents , en soumettant à l’observation une partie de l’intestin , par exemple. Ici plus de lignes transversales, est-ce que pour cela les muscles de l’intestin seront dépossédés de la faculté contractile?

11 y avait pourtant quelque chose de vrai dans l’idée que les contractions si répétées des organes musculeux doivent leur imprimer un cachet indélébile ; elles en portent, en effet, des traces qui n’ont pas échappé à Muller (2), disséquant des insectes; les lignes de seconde espèce qu’il a vues sont beaucoup plus éloignées les unes des autres que les primitives; leur distance est régulière. M. MandI , dont les premiers travaux font tant regretter que la publication soit si peu avancée, en donne une excellente figure, dans laquelle ces plis ,

(1) Valentin, Historias evolulionis. s/st. muscularis prolusio. Vratlsl., t832.

(2) Muller, Phy siologie. Coblentz, 1837.

dus à la contraction , essentiellement différents des spirales, font voir le faisceau comme largement ondulé; chacune dos ondulations contient de vingt-cinq à trente tours de spirales.

En dernière analyse, les lignes qui sillonnent la surface des faisceaux musculaires élémentaires paraissent ne pouvoir plus être rapportées qu’à des filaments de tissu cellulaire roulés en spirales autour d’eux : ces filaments figurent les lignes blanches décrites plus haut, et là où leurs bords se touchent naissent les lignes noires.

Le faisceau musculaire ainsi étudié, conservé dans son plus grand état d’intégrité, cherchons à pousser plus loin la division, car nous ne devons nous arrêter que quand elle ne sera plus possible; il ne faut pas compter sur l’aiguille pour aller au delà. Nous avons vu que la macération, en agissant lentement et différemment, suivant la température, la] saison, la pureté de l’eau, la compression toujours bien plus vite, détruisent les spirales: aussi ce dernier moyen est-il d’un fréquent usage pour réduire les parties à un état plus grand de ténuité. Si donc nous pressons fortement, à l’aide du compresseur, nous verrons apparaître, le long du faisceau élémentaire, des lignes noires parallèlement placées; la pression continuant, il nous arrivera souvent de voir se dérouler quelques spirales; enfin elles disparaissent entièrement, et il ne nous restera plus sous les yeux qu’un véritable pificeau de fils excessivement ténus (fibres élémentaires).

Les noms que leur donnent les auteurs ne varient pas moins que ceux des faisceaux, et les dimensions qu’ils leur attribuent ne sont pas moins variables. Leuwenhoeck, qui lesappelle/'/ât/;?^/?/^/, seu fila parva, dit'qu’il en faut une ou deux centaines pour constituer une stria carnosa. La fîbra de De Heyde égale treize fihrillœ: c’est aussi le nombre qu’adopte Weber (1), qui les porte de treize à dix-huit. La fibrilla pour Muys, n’est que la fibre de De Heyde. contient dix-huit fila (expression synonyme des fibriUæ de ce dernier, de notre fibre élé-

(I) /Anatomie des Menschen, t. I, p. 386.

meiitaire, en un mot). Quelques centaines de fils charnus primitijs composent chaque faisceau charnu primitif de Fontana. Tréviranus (1) appelle cylindres élémentaires; MM. Prévost et Dumas, dans leurs premiers tvdL'^diXW , fibres secondaires ; M. Pi-évost (2), dans son dernier travail, fibrille longitudinale; M. Wagner (3), M. Edwards,

M. Dulrochet, M. Burdach, fibrilles; et M. Mandl , fbre musculaire élémentaire la partie à laquelle nous conservons ce dernier nom ; enfin M. Krause la désigne sous ceux de Jibrilla rnuscularis, et de filum rnuscul are , dont il faut cinq cents à huit cents réunis pour faire une fbra : ses jila ont de à Viooo de ligne.

Si, après cette énumération, qui déjà peut en faire pressentir toute la difficulléVnous abordons la description propre des fibres élémentaires, nous ne pouvons mieux en donner une idée générale qu’en les comparant , comme nous le disions tout à l’heure, à un pinceau, à un écheveau de fil bien peigné. Mais si l’existence en est démontrée par cette seule observation, il s’en faut que ce soit tracer ses caractères distinctifs. Et comment le faire? Y a t-il, parmi les nombreux auteurs qui otjt décrit cette structure, y en a-t-il un auquel nous puissions concéder une suprématie sur tous les autres ? y en a-t-il un duquel nous puissions dire : Celui-là seul a bien observé? vous tous, vous avez mal vu. Non, certes, un pareil droit ne nous appartient pas; nous sommes donc forcé de citer encore les autorités, de les mettre en parallèle : nous voudrions faire autrement, le pouvons-nous? devonsnous même assigner aux fibres des dimensions en longueur et en largeur, quand nous trôuvons des évaluations aussi différentes que celles qui ont été données ? Leur diamètre est de 0,0033, d’après Geridrin (4); de 0,0030, suivant Schultze. Muys dit qu’elles sont équi-

(1) Tréviranus, Erscheinungen des organischen Lebens. B renie n , 1836.

(2) Prévost, Bibliothèque de Genève, novembre 1837.

(3) Muller, Archiv. anatom. , Berlin, 1835.

(4) Geudrin , Hist. anat. des inflammations , t. il, p. 188.

^alenles au quart, et Prochastka , au cinquième ü’un p^lobule sanguin ; Fonfana, au quart du plus petit vaisseau capillaire; Prévost et Dumas les évaluent à 0,0014, et Krause les fait varier de 0,0009 à 0,0014. Au dire de Haller (1), la fibre musculaire serait toujours d’une longueur moindre que celle du muscle auquel elle appartient : les fibres se perdraient successivement au-dessous des autres fibres voisines; mais il est combattu par Prochaska. qui les déclare continues d’une extrémité à l’autre. Elles sont comparées par lui à des fils droits, parallèles, quelquefois ondulés ('2), pas tout à fait ronds, souvent aplatis et transparents, sans cavité. Ce sont, dit Fontana, des cylindres solides, égaux entre eux, et marqués visiblement, à distance égale, de petits signes comme autant de petits diaphragmes ou rides, dont les intervalles auraient bien pu être considérés comme de petits globules. M. Turpin a écrit textuellemeril «filaments parallèles trèsrténus , ittégalement nodideux. Incolores, de substance molle et muqueuse, rassemblés en faisceaux, et simulant assez bien un écheveau de fil.» Leur diamètre est fixé par Wagner de Vgoo à Viooo de ligne. 11 ne s’éloigne de M. Turpin qu’en ce qu’il ne les trouve pas tout à fait parallèles, différence bien minime. Ces descriptions, en somme, ont assez de ressemblance pour qu’il soit inutile de les faire ressortir. Nous en dirons autant de celle de M. Dutrocbet, dont les ponctuations opaques observées après deux heures de macération du faisceau, semblaient bien dues à ce mode de préparation. Les fibres longitudinales, transparentes, sont séparées par des intervalles où existent quelques globules transparents, dits corpuscules musculaires. Quoi qu’il en soit, M, Dutrocbet conclut que la fibre musculaire paraît être une utricule extré-

1^1) Haller, iv , lib. xi.

(2) Ces oadulatioQS donnent quelquefois l’aspect de fils articulés. En effet, leur figure a une certaine analogie avec des globules.

memenl allongée. Ici nous touchons à la structure intime de la fibre, cj(jestion plus difficile encore, et devant laquelle il faut abosolument que la science attende avant de se prononcer. La seule chose que nous sachions parfaitement, dit Burdach, c’est qu’il existe des fils d’une ténuité excessive. L’opinion de M. Dutrochet est toute moderne, et déjà elle peut entraîner vers elle un assez grand nombre de savants. Celle que la physiologie de Muller nous faisait connaître en même temps, et qui appartient à Schvvann, sans être la même, lui est, à plus d’un titre, rapprochable. On sait que ce dernier a décrit (sur la fibre musculaire volontaire, la seule dont nous nous sommes occupé jusqu’ici) , des renflements inégaux, opaques, et éloignés les uns des autres de 0,0006 à 0,0010 de ligne anglaise, et disposés en chapelet. Cette ressemblance ressort encore plus de l’examen de la figure donnée par M. Dutrochet, que de sa description.

Telles sont les opinions qui réunissent chaque jour autour d’elles de nouveaux micrographes, et semblent devoir remplacer la croyance des globules.

Quiconque a examiné une goutte de saiig a été frappé de cette tendance que manifestent au bout de très-peu de temps les globules, à s’accoler par leurs faces plates, à se réunir régulièrement en petites lignes; et quiconque y a réfléchi, a trouvé entre ces séries et une fibre une immense analogie. Cette circonstance n’a-t-elle pas concouru de nos jours à faire admettre que la fibre est composée de petits globules : probablement; c’était une liaison d’idées toute naturelle, après avoir assisté à la naissance de ces séries , d’admettre que celles qui y sont analogues à l’époque de leur formation complète s’étalent ainsi développées. Cela vient encore en aide aux explications que nous avons données de la tendance qu’ont d’abord eue tant d’hommes à rapporter tout à la forme globuleuse, et des nombreux changements de ceux qui , abandonnant leurs vieilles opinions, alors que, devenus plus habiles à observer , ils virent plus justement les choses comme elles sont, sans se laisser dominer par des idées d’analogie.

Au nombre des partisans des globules se rangent Muys, Hook (1,, Leuwenhoeck, Bauer (2), Home, Prévost, Dumas, Edwards, Raspaü, Valentin, Krause, Mirbel (3), Lauth , Ficinus (4), mais avec des variétés nombreuses dans la manière de voir, sur la rature elle même, sur leur arrangement, leur agrégation, sur leur exislence isolée, ou jointe à celle d’une substance gélatineuse , muqueuse , etc. Pour Baue«‘ et Home, ce sont les noyaux des globules sanguins, d’un diamètre égal aux deux tiers de celui du globule même, léunis dans une série non interrompue, comme des fils de perles, cl séparés par une masse de consistance muqueuse ; n’est-ce pas bien là ce que nous disions il y a un instant? Comment décrirait-ou autrement la série des globules sanguins qui s’agrègent si méthodiquement dans le champ du microscope? M. Edwards avait vu également les globules du diamètre des noyaux sanguins; toutefois il n’adopie pas tout à fait les chiffres de Home. Ce noyau a, selon lui, la moitié des globules, c’est-à-dire, Vaoo de millimètre de diamètre. Parmi ceux-là, plusieurs ne les signalent que comme se montrant après la mort ; d’autres commencent à professer du doute. De Heyde est très-porté à croire à l’illusion d’optique, car les petits sachets dont il parle, et qui pourraient le faire regarder comme de leur avis par les partisans des globules, ne sc sont montrés à lui qu’en rapprochant l’objet du microscope. Fontana, qui est à peu près dans la même position, n’ose se prononcer sur les petites lignes qu’il a vues, et qui , observées dans différentes positions, auraient pu passer pour des globules. Ce n’est que par la macération que M. Turpin observe une dissolution en granules, que M. Dutrochet renconlre les ponctuations opaques, description qui, à la rigueur, pourrait être

(1) Hook , d’après le témoignage de Muys', Investigatio , etc., déjà cité.

(2) Bauer et Home, Philos, transact. for the y ear, 1818 and 1826.

(3) Mirbel, Communication particulière à M. Mandl.

(4) Ficinus, De fibrœ muscularis forma. Lipsiæ , 1836.

revendiquée, aussi bien que les fibres nodulées, comme appartenant aux globules.

D’autres se déclarent neutres, comme Burdach ; et enfin, dans le camp opposé, nous trouvons armé de nombreuses raisons, en tête desquelles sont les illusions d’optique, l’homme qui s’est le plus occupé des travaux que nous venons essayer de résumer et de réunir (iM. Mandl); nous y trouvons surtout, et c’est à mon sens une des raisons les plus Fortes, des hommes qui avaient d’abord figuré dans l’autre parti; nous ne citerons que Leuwenhoeck , Tréviranus, Prévost , etc.

La structure est-elle identique dans les muscles soumis à l’influence de la volonté, et dans ceux qui en sont indépendants?

Ce n’est pas sans raisons que nous avions recommandé de prendre, pour vérifier les recherches que nous venons d’exposer, un muscle soumis à la volonté. Si, en effet, on avait examiné une portion de l’intestin, on n’y eiit pas trouvé de spirales, au dire de Valentin. Wagner s’oppose pourtant à celte division : il a trouvé une grande uniformité dans la structure des muscles de l’homme. Prochaska en dit d’abord autant: elles sont toutes égales; mais dans la langue, le sphincter, le releveur de l’anus, les constricteurs du pharynx et de la langue, elles :on\. moins épaisses. Il y a une différence pour Schwann : les lignes traîisver.sa!es n’existent pas sur les faisceaux, et les fibres ellesmêmes diffèrent, surtout par le caractère essentiel qu’il leur a assigné: les fibres volontaires sont variqueuses; les fibres involontaires sont cyündriijucs. Burdach fait observer que les fibres des muscles non volontaires sont moins parallèles, plus entrelacées. M, Mandl se refuse aussi à voir partout la même organisation musculaire ; il commence même par faire tout d’aboid une grande division : muscles à stries transversales , muscles sans stries transversales; mais ce n’est pas parce qu’ils sont ou ne sont poiîH soumis à l’empire de la volonté, que, .selon lui, les muscles sont differents, ils le doivent aux conditions chimiques dans lesquelles ils sont placés. Ainsi les strie.s .«e rencontrent sur ceux qui se trouvent constatnment en contact avec les fluides

alcalins de l’organisme; les autres sont exposés à l’influence des liquides acides; ces derniers ne présentent que des fibres (estomac intestin jusqu’au cæcum utérus). M. Mandl en a appelé à l’expérimentation pour confirmer ces premiers faits, et ses espérances n’ont pas été déçues. Nous avons vu que les spirales sont détruites par les acides, etc. Ces observations sont remplies d’intérêt et de curiosité; présentées par M. Mandl, elles sont bien près d’apporter une conviction entière. Espérons donc que, soumises à de nouveaux contrôles, elles confirmeront dans d’autres mains ces si remarquables résultats.

La structure est-elle identique dans les différents âges de la vie et aux divers degrés de l’échelle animale?

Un mot en réponse à cette question nous semble un complément indispensable à l’histoire que nous avons essayé de donner de la structure musculaire. L’anatomie comparée fournit d’ailleurs tant de matériaux précieux pour arriver à une bonne anatomie de l’homme, qu’il faut ne pas craindre d’aller à la recherche dès (jue l’occasion se présente. Achevons donc notre lâche ; nous en serons bientôt recompensé, en trouvant quelques-uns des faits que nous nous sommes efforcé de faire ressortir, confirmés par de nouveaux travaux. Ainsi M. Mandl , examinant des insectes, rencontre le tissu cellulaire entourant les faisceaux faisant une spirale très-lâche, qui n’a pas seulement l’avantage de mettre hors de doute ce qu’il a écrit sur l’homme, en exagérant une disposition douteuse chez lui, en raison du peu d’écartement de chaque spire, mais qui encore, grâce à cet écartement, permet de voir dans les intervalles les fibres élémentaires , et d’apprécier dans toute sa netteté les rapports de la fibre et du tissu cellulaire.

Et d’abord rappellerons-nous encore les globules de V300 de millimètre de diamètre de M. Edwards, globules identiques dans tous les tissus, à tout âge de la vie et dans toute l’échelle animale; nous nous en sommes assez expliqué pour n’y plus revenir. Wagner a bien vu la fibre élémentaire de la même grosseur chez des vertébrés.chez des insectes, serait-il logique de tirer de là une conclusion générale d’iden- 1840. — Boiivaist.

lité clans toute la série des animaux ? Ces observations sont particulières, et on ne peut en tirer d’autre conséquence que celle qui se déduit immédiatement, à savoir que, dans des classes différentes, on peut trouver la même organisation. D’ailleurs Wagner lui-même, en étendafit le cercle de ses investigations à la sangsue et au limaçon , a trouvé chez eux des rubans aplatis.

Répondre affirmativement à la question que nous nous sommes posée, ce serait se refuser à croire à des observations exactes. Valentin, qui a tant multiplié ses recherclies, Mandl, qui leur a donné tant de précision, nous en fourniront chacun une relativement aux modifications que l’âge amène dans cette structure. Les faisceaux élémentaires, dit M. Mandl, sont plus petits chez les jeunes individus que chez les adultes; il n’a point parlé des fibres élémentaires; mais Valentin y avait pourvu ; dans les premiers mois du fœtus, elles sont composées d’une masse globulaire gélatineuse, plus tard, seulement, apparaissent les lignes transversales.

Nous retrouvons encore l’un et l’autre quand il s’agit de savoir s’il y a des variétés dans la série animale , et nous les retrouvons d’un avis unanime. La question, du reste, est jugée dans le même sens par Lenwenhoeck, qui a vu, en outre, les fibres varier selon l’âge des animaux; il dit pourtant expressément que la largeur de la fibre musculaire du bœuf est la même que celle de la souris. Straus-Durkeim, a vu aussi une structure analogue dans les insectes et l’aigle; mais nous avouerons en toute humilité avoir fait de vains efforts pour comprendre ses descriptions. Ce qu’il dit des fibres et de leurs articles nous a tellement paru hors de tout ce que nous avons vu par nousraême, ou trouvé ailleurs, que force nous fut d’y renoncer. V ces faits , du reste, s’applique ce que nous disions de Wagner. Tréviranus n’a pas retrouvé le parallélisme chez les mollusques et chez les vers. Les chiffres suivants prouveront encore mieux que des assertions , jusqu’à quel point ces différences peuvent être grandes. La fibre musculaire du bœuf a 0,0220 de ligne, ou V20 de millimètre (Raspail), celle de la grenouille, 0“’-,003 (Tréviranus) ; le faisceau de celle-ci est de 0“*,05

à 0”“%20 (Prévost) ; celle du perroquet varie de 0,0024 à 0,0060 de ligne(Muller).Tréviranusen aen vain cherché chez les polypes. Rudolphi n’a pas été plus heureux en examinant des vers intestinaux. Les limaçons n’en ont pas offert davantage à Valentin : il n’y a trouvé qu’une masse composée d’une série linéaire de globules et de grumeaux.

§ VI. Du tissu épidermeux.

Nous abordons un terrain sur lequel nous sommes forcé de heurter bien des convictions.

Depuis Timée le Locrien (1), auquel on doit la première description de l’épiderme et des pores qu’on y rencontre , jusqu’à M. le professeur Cruveilliier (2), les anatomistes qui ont étudié la peau ont considéré l’épiderme comme dépourvu de toute organisation : c’est un produit de sécrétion transparent, très-hygrométrique; une sorte de matière cornée, susceptible, il est vrai, de se reproduire après qu’elle a été détruite, mais non par le fait d’une vitalité propre : c’est du mueus concret; M. Cruveilliier déclare même formellement que l’examen le plus attentif ne peut y démontrer autre chose qu’une couche parfaitement uniforme : c’est à tort qu’on l’a dit et répété formé d’écailles imbriquées.

Nous n’exhiberons pas tous les titres d’ouvrages (3) dans lesquels a été énoncée, prouvée même, l’absence d’organisation dans les productions épidermiques , comme nous avons cru devoir le faire dans les précédents chapitres, alors qu’il s’agissait de mettre en l'egard différentes interprétations des faits. Grâce à leur unité, ce serait dresser

(1) In Timœo. Edit. Lugd., p. 49l , 1588.

('2) Cruveilliier, Anat. dcscript., t. iii, 1834.

(3) On peut consulter à cet égard une thèse remplie d’érudition, de Hoerel , 1732. — Leuwenhoeck et Grew (Arcana nat., t. ni, p. 413) ont aussi publié deux bons dessins, le dernier surtout.

pure perte un véritable catalogue bibliographique, car à peine y a-t-il deux ou trois noms faisant exception à la loi commune. Délia Torre, Fontana et Mascagnl osent pourtant élever la voix en faveur de l’organisation , mais ils ont le malheur de se tromper, et les injections de Panizza, en enlevant à l’épiderme la structure lymphatique qu’ils lui avaient donnée, paraissent le dépouiller en même temps pour toujours de toute propriété organique. Mais la microscopie devait faire sortir de celte erreur ; il n’y a que trois ans qu’elle est reconnue ; et sans doute bien du temps encore s’écoulera avant qu’une vérité aussi opposée aux croyances générales ait pris place parmi celles qui ont cours, si l’on en juge par l’impression qu’ont d’abord produite les travaux de M. Henle (1). 11 est pourtant impossible de les rejeter; tout au plus pourra-t-on apporter des modifications. 11 en résulte que l’épiderme et l’épithélium (car celui-ci n’est que l’épiderme des muqueuses) sont composés de cellules nombreuses plus ou moins superposées, renfermant chacune un noyau orbiculaire, ovoïde ou aplati, différent suivant les lieux où il se trouve. Il affecte trois formes : en pavé, en cylindres, et en paillettes. Remarquons en passant que ces dénominations sont bien peu exactes. Qu’on conserve des noms mauvais quand ils sont généralement reçus, soit; mais du moins quand on en crée de nouveaux pour des choses encore inconnues, doit-on être sévère sur le choix, et tâcher qu’ils donnent des idées rigoureusement justes. Les pavés forment comme type l’épiderme de la peau et l’épithélium du vagin. L’épithélium en cylindres est constitué par des particules rangées les unes à côté des autres, comme les fils du velours; on le trouve surtout dans l’intestin grêle et l’appareil génital de l’homme, les vésicules spermatiques et les cellules de la prostate exceptées. Enfin, sur l’extrémité, des paillettes, qui se rencontrent surtout dans les organes respiratoires et dans les organes génitaux pro-

{i) Hu/eland’ s Journal^ continué par Osann, mai 1838. — Muller, Archives^ 1838. — SymbolcB ad anat. villorum intestinalium , auctore Henle. Berolini, 1837.

fonds delà femme, existent des milliers de cils vibratiles. Comment, devant les remarquables mouvements qu’ils exécutent, douter encore de leur vitalité (1) ?

Peut-être venons-nous de mériter un reproche , peu grave en cette circonstance, en vertu de la nouveauté des choses que nous avions à dire, reproche pourtant auquel nous attachons de l’importance et sous le coup duquel nous ne voudrions pas rester. iSous répondrions donc, à qui nous demanderait pourquoi nous ne nous sommes pas borné à dire: L’épiderme ne contient pas de fibres, qu’en dernière analyse, nous étudions tous les tissus organiques simples, que l’organisation du tissu épidermique n’étant pas prouvée pour tout le monde , il fallait examiner les faits sur lesquels elle est basée. Eh bien! de cet examen, que conclure? 11 ne reste pas de doute pour nous, qui avons répété les expériences du savant docteur de Berlin, et médité les travaux de M. Mandl (2). La structure interne des écailles des poissons et des reptiles, interrogée toujours au grossissement du microscope composé, à un grossissement même de cinq cents fois pour des cas particuliers {^Recherches sur les écailles des serpents), moyen plus puissant d’investigation que ceux jusque-là mis en usage, accuse une parfaite organisation.

Maintenant, quelle est-elle? L’analyse tout abrégée qu’on vient de lire y répondra. On n’y a pas vu de fibres.

Il n’y en a pas davantage dans les poils, dont la structure est bien connue, à quelques points près, sur lesquels on trouve cependant encore les auteurs en dissidence. Etudié par Leuwenhoeck, Morand ,

(1) M. Donné a trouvé dans les caractères chimiques une division beaucoup plus simple : certaines membranes sont acides, d’autres alcalines : l’organisation est en rapport avec ces propriétés, de façon qu’on trouve toujours la même dans les membranes acides , d’une part , et la même dans les membranes alcalines , d’autre part.

(2) Mémoire sur les écailles des poissons et des reptiles.

Ruisch, Bartholiu, Borel, Wlnslou, Boerhaave, Haller, Ledermuller. et tous ceux qui les ont suivis, il est divisé en deux parties: la racine et la tige. La racine est logée dans un bulbe dont la description n’est pas bien complète avant Blchat. Ils s’accordent généralement à considérer le corps comme composé de plusieurs membranes les unes sur les autres, de petits cornets successivement emboîtés, de tuyaux logés le.î uns dans les autres; ce ne sont que des mots différents dont ils revêtent la même pensée. Mais au centre de tout cela y a-t-il un canal ?' Oui, disent les anciens ; il y a au centre des vaisseaux à sucs, tellement déliés, qu’ils peuvent à peine être aperçus au microscope. Non, répondent les modernes. Et puis arrive M. Mandl qui donne raison aux premiers, non pas qu’on puisse comme Withof (1) rencontrer jusqu’à dix de ces petits tuyaux, s’entre-croisant pour parcourir le cheveu en tous sens. Mais il distingue dans la tige deux parties : l’écorce, de forme variable, ordinairement tout à fait lisse, chargée d’aspérités trèsrugueuses chez certains animaux, l’ours marin, par exemple (2) , et un canal intérieur, quelquefois vide , quelquefois rempli de cellules, circonstance qui a dù en faire nier l’existence.

Les deux faces des ongles, la profonde surtout, et le bord postérieur, sont pai-courues de stries ou lignes longitudinales ti-ès-manifestes. Cette disposition porterait d’abord à croire, comme dans les os, à la structure fibreuse : il semblerait , grâce à elle, que l’ongle est formé de lames longitudinales rapprochées; mais à un examen un peu plus approfondi, à l’œil nu, ou à la loupe surtout, on rencontre d’autres stries qui croisent les premières à angles droits. Cette disposition , que des procédés grossiers mettent en évidence, est des plus faciles à cons-

■ fiyWithot', yinat. du'poil de'l'ihoaimc ) comni&it. Oottiugea, t. m, p. 368.

(2) Oq se gardera de co'afoQclré'àVeè ces aspérités nlormales celles qui «eraieut «lues à la présence d’impuretés à la surface. Ou évitera cette erreur, souvent commise, en plaçant le cfieyeu dans une goutte d’eau, précaution à laquelle sera, en outre, attaché l’avantage de le rendre plus transparent.

tâter, aussi bien sur la corne que sur l’ongle : mais faut-il répéter encore qu’un examen comme celui-là n’entraîne pas notre conviction. L’opinion est pourtant vulgairement répandue, de la fibrosité de ces derniers organes : est-elle basée, comme à propos des os, plutôt sur une trompeuse apparence que sur des expériences rigoureuses ? En vérité, nous le croyons. Le scepticisme n’est-il pas bien permis devant une analogie comme celle qui existe entre le poil et l’ongle, entre le poil et la corne? Il est bien probable que des expériences bien faites conduiront bientôt à une identité absolue de structure, à la négation des fibres dans les uns comme dans les autres.

Comment reconnaître si les eaux distillées des pharmaciens ont été préparées avec les plantes qui doivent en faire partie, ou bien si elles ne sont que de l'eau de fontaine ^ ou de l’eau distillée?

Les eaux distillées médicinales offrent, en général , la même odeur que les plantes qui ont servi aies préparer. L’odeur en est très-variable, comme on peut s’en assurer en examinant les eaux de fleurs d’oranger, mélilot, roses, tilleul, valériane; elle est aromatique. D’autres fois elle est herbacée, comme dans les eaux de bourrache, buglosse, pourpier, etc. ; vireuse dans l’eau distillée d’opium , etc.

Quelquefois les eaux distillées aromatiques présentent une teinte louche, telle est l’eau de fleurs d'oranger, de cannelle. Ce phénomène a lieu particulièrement lorsque les huiles volatiles ont à peu près la même densité que l’eau distillée, et quelles ne sont pas entièrement dissoutes, les globules d’huile restent en suspension pendant un temps fort considérable.

La saveur des eaux distillées est aussi variable que l’odeur : elle est tantôt amère et aromatique, l’eau de fleurs d’oranger; chaude et un

peu sucrée, l'eau de cannelle; fraîche et piquante, menthe poivrée, etc.

L’éther, jouissant de la propriété de dissoudre les huiles volatiles bien plus facilement et en plus grande quantité que l’eau, permet dans certains cas d’extraire des eaux distillées aromatiques l’huile volatile qu’elles contiennent. 11 suffit pour cela d’agiter dans un flacon une partie d’éther pur, bien rectifié et à cinq à six parties de l’eau distillée que l’on veut examiner. On laisse reposer le mélange, on décante l’éther aromatique à l’aide d’une pipette ou bien avec un entonnoir dont on bouche l’extrémité avec le doigt. Quand l’eau s’est écoulée , et que l’éther va passer, on applique le doigt à l’orifice, et on reçoit le liquide éthéré dans une capsule. En l’abandonnant à une évaporation spontanée, on obtient pour résidu l’huile volatile.

Dans quelques circonstances, on peut avoir recours à la présence d’acides contenus dans les eaux distillées pour en bien constater les caractères. Ainsi on rencontre dans l’eau de fleurs d’oranger de l’acide acétique tout formé,* et produit aussi par son altération; dans l’eau de cannelle préparée depuis quelque temps, et conservée dans des flacons à moitié pleins et mal bouchés, des quantités notables d’acide cinnamique; de Tacide valérianique dans l’eau de valériane, etc., etc.

Les eaux distillées inodores ne peuvent pas être caractérisées aussi facilement que les précédentes. Elles nous donnent à peu près la même densité que l’eau distillée simple. Cependant on peut les distinguer de celle-ci par quelques réactifs. Ainsi , que l’on verse une solution de sous-acétate de plomb dans l’eau récemment distillée, il ne se forme aucun trouble. Si on répète la même expérience avec une eau distillée de plante, on voit en peu de temps, et souvent immédiatement, un précipité plus ou moins abondant prendre naissance. L’excès de base du sel, en s’unissant à la matière organique contenue dans l’eau, forme un composé insoluble.

L’azotate d’argent se dissout dans l’eau distillée pure, et la solution reste parfaitement limpide; tandis que si on mêle un peu de solution de ce sel avec une eau distillée de plante, au bout d’un certain temps.

la matière organique, en réagissant sur le sel, en réduit une partie > et la liqueur se trouble plus ou moins.

Avec le sublimé corrosif (bichlorure de mercure), l’eau distillée conserve sa transparence; avec les eaux distillées de plantes on obtient un composé de sublimé et de matière organique, insoluble dans l’eau.

Rien n’est plus simple que de répondre à la seconde partie de la question, car les propriétés chimiques de l’eau distillée et de l’eau de fontaine sont un peu différentes.

L’eau distillée pure ne doit point présenter d’odeur ammoniacale, et ne donner aucun précipité par les réactifs, à moins qu’elle ne contienne un peu d’acide carbonique. L’eau de baryte ou de chaux y forment immédiatement un carbonate insoluble.

L’eau de fontaine contient en dissolution une certaine quantité d’azote et d’oxygène, et des sels en nombre très-variable, suivant les terrains sur lesquels l’eau s’est écoulée. En général, on y rencontre les sels qui donnent les caractères suivants :

1° Sulfate de chaux; donne un précipité blanc avec le chlorure de barium. Le précipité est insoluble dans tous les agents.

2® Carbonates de chaux ou de magnésie; l’eau donne avec l’eau de chaux ou de baryte un précipité blanc, qui, recueilli et desséché, ou même hydraté, produit effervescence avec l’acide nitrique, etc.

3° Chlorures de sodium, calcium , magnésium. Le nitrate d’argent produit un précipité blanc caséeux, très-dense, insoluble dans l’acide nitrique, et soluble dans l’ammoniaque. En sur-saturant la liqueur par de l’acide azotique, le précipité reparaît avec ses propriétés , et si on le laisse exposé à la lumière vive, il prend une teinte violacée de plus en plus foncée.

4“ Pour reconnaître la chaux, on emploie l’oxalate d’ammoniaque qui forme un précipité blanc d’oxalate de chaux soluble dans les acides.

5® S’agit-i! de démontrer la présence de la magnésie, on verse dans 1840. — Bouvaist. 13

l’eau de la potasse ou de la soude caustique , et on obtient un précipité blanc, léger, insoluble dans un excès d’alcali.

Quels sont les symptômes de l'anus contre nature P Peut on reconnaître quel est le point précis du canal digestif qui est le siège de cette lésion ?

Ma question est bien limitée ; je n’ai à parler que des symptômes de l’anus contre nature, sans m’occuper des complications et des traitements qui forment la partie la plus longue et la plus difficile de ce sujet.

Un anus contre-nature est une ouverture permanente des intestins, située sur quelque point de l’enceinte abdominale, ou à l’intérieur de quelqu’un des organes de cette cavité qui communiquent au dehors , et par laquelle s’écoule la totalité, ou des proportions variables de matières stercorales.

L’anus anormal est congénial ou accidentel.

L’anus anormal congénial tient le plus souvent à un arrêt de développement dans l’organisation de la partie inférieure du canal digestif chez le fœtus ; si le rectum est dévié de sa direction habituelle, il peut s’ouvrir dans les organes ou les conduits qui l’avoisinent, soit le vagin, l’urèthre et la vessie. Quelquefois le point de l’anus ordinaire ne montre aucune apparence; d’autres fois on y remarque un enfoncement plus ou moins profond, à replis rayonnés, et garni de rudiment de sphincters.

Les symptômes de l’anus artificiel sont d’abord, une ouverture sur quelque point de l’abdomen , un écoulement de matières stercorales au dehors, écoulement involontaire, puisque l’ouverture est dépourvue de sphincters. ÎNon-seulement les matières stercorales sortent involontairement, mais on y voit aussi d’autres liquides, de la bile, le

suc pancréatique , les mucosités. Cet écoulement n’est pas continuel; l’intervalle est en raison du nombre des repas que le malade fait.

11 est difficile de préciser le point exact de l’intestin qui est le siège de cette affection: s’il existe sur un endroit rapproché du ventricule, c’est peu d’heures après leur ingestion qu’on voit les aliments sortir ; si , au contraire , il en est éloigné, si, par exemple , c’est sur la fin de l’iléon, sur le cæcum et le colon qu’il .siège, ce n’est que quatre, cinq, ou six heures après, et plus, que ces aliments sont évacués.

L’aspect , la consistance , l’odeur des matières rendues , varient suivant la position de l’anus anormal , selon qu’il est près ou loin de l’estomac. L’odeur est d’autant plus fétide, la consistance d’autant plus grande, que l’ouverture est plus rapprochée du rectum; c’est le contraire si elle est voisine de l’estomac.

La santé des malades est toujours plus ou moins gravement compromise; cependant l’amaigrissement sera moins grand, les douleurs moins vives, si la fin du tube digestif est altérée. On comprend qu’alors l’absorption des principes nutritifs peut encore se faire dans une grande étendue; mais si l’ouverture est voisine de l’estomac, la nutrition est incomplète , l’appétit insatiable, et malgré la quantité considérable d’aliments, les malades meurent dans l’épuisement, et par une véritable inanition.

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