CHAPITRE V
i ° Du Sommeil.
Nous croyons devoir terminer celle premier partie par quelques réflexions sur les deux phénomènes physiologiques connus, la veille et le sommeil , pendant lesquels le cerveau suspend ou enouvelle son activité.
La cause première du sommeil nous est inconnue. 11 s’annonce par des bâillemens et des pendiculations. Les sens externes ne tardent pas à s’endormir successivement. Les causes occasionelles sont les fatigues du jour, le silence de la nuit, l’absence des stimulans externes, et la présence des objets propres à émousser nos sensations. Le goût, l’odorat et la vue ne sont plus excités par les stimulans extérieurs ; bientôt après, l’ouïe et le toucher ne repondent plus aux impressions qui les frappent; la voix et le mouvement ont aussi
cessé leur action. Les articulations se sont à moitié fléchies, et l’individu, replié en quelque sorte sur lui-même, semble ne présenter qu’une surface plus étendue à l’attaque imprévue des objets environnans.
Les différentes fonctions subissent également des changemens dans leur activité .
Le sommeil est complet quand il présente l’ensemble de tous les objets que nous venons d’indiquer • et partiel seulement, lorsque tous n’existent pas. Dans ce dernier cas, la voix, Faction musculaire , ou plusieurs actes de l’intelligence , peuvent continuer à s’exécuter, et même avec un surcroît d'énergie ; des idées se reproduisent, se combinent d’une manière variée; et de là naissent les songes dont la nature est sou vent modifiée par les sensations internes, émanées des organes de la digestion, de la circulation, etc. Les mouvemens du corps s’associent souvent au travail de \ l’esprit, et même aux accens de la voix et de
la parole; et cet état de repos incomplet caractérise le somnambulisme ; qui n est qu une folie incomplète.
« Le fou y dit encore M. Alletz , et avec raison n’est pas séparé entièrement du monde extérieur ; il reçoit des impressions immédiates , mais il les confond avec les images de sa mémoire ; il lait un mélange bizarre de ses sensations et de ses souvenirs , et son âme est obligée de tirer des jugemens de cette combinaison monstrueuse qui se renouvelle et se diversifie à chaque moment. Le somnambule ne reçoit aucune sensation réelle; l’organe intérieur est seul éveillé chez lui , et son intelligence ne peut agir que sur les images des sensations passées. Le fou habite à-la-fois deux mondes , et sa maladie consiste à ne pas les distinguer l’un de l’autre ; le somnambule n’habite que le monde de son cerveau, et son état est le rêve en action
» Si 1 ame ne demeure pas oisive chez l’homme qni rêve., elle doit l’être encore moins chez celui
qui parle, marche et agit en rêvant. Aussi n’est-il pas rare de trouver les traces profondes de l’intelligence marquées sur les faits du somnambulisme. »
2. De la veille. Les causes de la veille tiennent à l’impression vive des sons et de la lumière, aux excitations internes, enfin à l’habitude, à la volonté même , et surtout à la réparation des forces physiques et morales ; dans ce dernier cas , le but du sommeil est complètement rempli.
Les sens reprennent successivement leur travail en suivant un ordre à-peu-près inverse à celui dans lequel ils Font abandonné.
L’âge , le sexe , le tempérament, les habitudes , le climat , la saison, etc. , font varier la durée du sommeil et de la veille.
Sans cesser d’observer cette gravité si nécessaire dans la rédaction d’un livre de médecine , ne pourrions-nous pas , avec une espèce de jus-
tcsse , comparer le système nerveux à une monarchie constitutionnelle, où tout se passe avec ordre et sans confusion de pouvoirs ?
Le cerveau est le roi , et cette foule d’autres organes qui lui sont soumis, oiit chacun leurs fonctions, qu’ils remplissent avec exactitude et fidélité ! Le cœur , l’estomac , les poumons occupent les plus hautes fonctions et distribuent les rôles secondaires à des employés en sous-ordre , mais toujours sous la surveillance du monarque encéphalique , que la Providence soutient ou détrône à son gré , dans les grands comme dans les petits états.
Le sujet de la première partie de cet essai pouvait, sans doute , être exposé d’une manière plus étendue ; mais notre but était plutôt d’en donner un aperçu que d’entrer dans des détails qui eussent demande des lumières bien supérieures aux nôtres.