CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES NÉVROSES
Dans la série des phénomènes physiologiques que le Créateur offre au médecin , il n’en est point de plus digne d’attirer son attention , d’exciter son zèle et de commander son respect, que le phénomène de la sensibilité ; par elle tout vit dans la nature, depuis la mousse jusqu’au chêne, depuis l’insecte le moins pourvu d’instinct jusqu’à l'homme.
Privés de cette propriété , entourés d’agcns nuisibles , de dangers imminens , nous serions sans cesse exposés à finir noire misérable existence.
Savans de toutes les époques et de toutes les sectes! retournez donc ainsi votre axiome : Nihil est in sensu , quod non fuent in intelleclu , et contentez-vous de croire. L âme intelligente est un rayon du Créateur, que vous ne trouverez ni dans le sensorium commune , ni dans la glande pinéale , ni dans la protubérance cérébrale , ni dans l’origine de la moelle allongée, ni dans les entrailles. Cette âme, que le phjsiologisme place si bas, n’est point subordonnée aux sens , mais elle les règle comme elle dirige l’esprit.
Les nerfs seraient donc, par la sensibilité qu’ils possèdent exclusivement , les ressorts les plus essentiels de l’économie animale , s’ils ne l’étaient déjà par leur naissance , qu’ils tiennent du roi des organes(le cerveau) , et l’influence qu’ils exercent sur le système de la vie.
Les maladies nerveuses ont reçu , des auteurs qui s’en sont spécialement occupés , différentes dénominations qui dérivent des parties sur les-
quelles elles se sont fixées , des fonctions qu’elles troublent, de celles qu’elles abolissent, ou des phénomènes qui les accompagnent. De là , pour le premier cas, l3 odontalgie , ou la douleur qu’on rapporte aux dents; V hystérie , ou névrose utérine ; la sciatique , ou affection du nerf de ce nom , etc.
Pour le second cas, la diplopie, ou vue double, la dysécie , ou audition faible, etc.
Pour le troisième , la surdité , la paralysie.
Pour le quatrième enfin, la démence, l’hydrophobie, etc.
Les affections qui nous occupent varient considérablement cl intensité , selon le tempérament de chaque individu et le défaut d’énergie de ses forces , 1 âge , le sexe , l’influence des saisons , la fréquentation plus ou moins prolongée des personnes atteintes de ces maladies , les privations
So
qu’on a éprouvées , les habitudes , les émotions, les chagrins , etc.
Les observations ont constaté que les personnes faibles , d’une constitution nerveuse , à passions violentes , étaient les plus exposées aux maux dont il s’agit ; que les femmes , qu’un médecin nomme si peu galamment de véritables machines à vapeurs , en étaient plus souvent tourmentées ; et qu’en général , tonte tension de l’esprit y prédisposait d’une manière particulière, de même que l’abus des liqueurs spiritucuses et celui des plaisirs énervans. C’est ce que nous examinerons plus au long à l’article suivant.
On a remarqué également de la différence dans l’apparition des symptômes principaux des maladies nerveuses. Dans les unes , la douleur et la tension se développent dès leur invasion. Exemple , le tétanos. Dans les autres , comme dans la parai \sie, ces symptômes manquent entièrement.
Dans celles-ci , la sensibilité est exaltée 3 dans
celles-là, il y a vraiment atonie de cette propriété, ce qui aurait dû engager les nosographes à distinguer les maladies du système nerveux en sthéniques, ou par excès de ton , et en asthéniques r ou par débilité (i).
La plupart des névralgies se retrouvent naturellement dans les premières, et le plus grand nombre des névroses, proprement dites, dans les asthéniques , quoiqu’il y ait peu loin , comme nous l’avons déjà fait observer, de névrose à névralgie; nous serions même tenté de ne considérer la névralgie que comme le premier degré de la névrose.
Les principes fondamentaux de la science devaient nécessairement faire admettre, io des
(0 Quelques oreilles se formaliseront peut-être de \ oir reproduire, aux beaux jours de la doctrine physiologique, le langage de Brown ; mais Inexpérience nous en a démontré la justesse , et nous l’adoptons , quand même !
névroses idiopathiques ou primitives ; exemples : la névrite, ou irritation d’un nerf , qui, d’après MM. Martinet et Bar ras, se borne au névrilème ; I encéphalite , ou inflammation du cerveau que le docteur Récamier , dont les efforts sont si souvent couronnés par des succès inespérés, a si bien démontrée dans ses cours et combat si heureusement dans sa pratique; l’inflammation de la moelle épinière, que M. Ollivier d’Angers a , le premier, désignée sous le nom de myélite.
20 Des symptomatiques ou consécutives ; exemples : les affections nerveuses qui, pendant qu’elles étaient encore locales, ont atteint d’autres organes, et ont. déterminé des altérations secondaires, comme le délire , et Je carus ou assoupissement, qui surviennent parfois dans la gastralgie ou névrose de l’estomac.
Cette série est sans doute la plus nombreuse, si l’on fait attention qu’il est rare qu’un organe soit profondément affecté sans qu’il y ait névralgie , plus ou moins vive , puisque le système nerveux
se distribue aux parties les moins apparentes de l'économie animale.
3o Les sympathiques , qu’il ne faut pas confondre avec les précédentes, et qui se conçoivent facilement , lorsqu’on connaît les liens qui unissent les nerfs d’une même paire ; deux nerfs d’un même colé du corps , les nerfs cnlin de tous les organes.
Bichat, le célèbre Bichat (sans les travaux d uquel les médecins physiologistes feraient moins de bruit ), en agaçant , après les avoir mis à découvert, les nerfs des membres supérieurs, occasionnait des convulsions dans des muscles des extrémités inférieures , bien étrangers sans doute aux nerfs que ce grand anatomiste soumettait à ses expériences. Ne sont-ce pas là des convulsions sympathiques ?
L n nerf optique est-il souvent lésé sans que l’autre le soit? Bichat, notre ancien maître, qui, mort
a trente ans , a mérité que des honneurs publics
fussent décernés à sa mémoire, et qu'il faudra toujours citer quand il s’agira de saine physiologie , lit, en notre présence, tomber un chat dans des mouvemens nerveux généraux , apres avoir piqué le filet nerveux qui passe au-devant de la veine jugulaire externe.
Nous avons vu, en Suède, un général distingué,
le baron T , perdre la vue à la suite d’un coup
de feu qui avait déchiré un rameau du nerf frontal .
On ne peut donc s’empêcher de reconnaître des névroses purement sympathiques.
Quant à la distinction des affections nerveuses, en aiguës et en chroniques, on ne doit y attacher que peu d’importance; car les chroniques passent très facilement à l’état d’acuité, et vice versa. Cependant le tétanos , V iléus ou névrose de l’intestin grêle, V asphyxie, etc., sont essentiellement aiguës. Il serait même exact de considérer généralement les névralgies comme aiguës, et les né-
V roses comme chroniques. Mais, encore une fois, cette distinction n’est que très secondaire, attendu que les unes et les autres reconnaissent pour leur production les memes causes; au reste , le traitement de ces altérations prouvera suffisamment, nous l’espérons du moins, en faveur de notre opinion.
Les maladies du système nerveux sont encore intermittentes, comme presque toutes les névralgies; ou continues, comme plusieurs névroses ; ou périodiques, exemples : V hystérie , l’épilepsie, etc. ; car nous établissons une différence entre l’intermittence et la périodicité , quoiqu’il n’existe pas toujours une grande régularité, ni pour l’une ni pour 1 autre; mais la périodicité n’en est pas moins ce retour marqué de certaines maladies à des époques régulières et déterminées; tandis que l’intermittence se manifeste plus rapidement, et que le danger, qui la suit, est souvent pins grand.
On a cherche , mais en vain , à expliquer les causes de tous ces intervalles dans la marche de
plusieurs maladies ; ce sont de ces prévoyances de FEternel dont on ne se rendra jamais compte. L’homme ne pourrait, en effet, résister long-temps à une fièvre violente qui ne lui donnerait aucun relâche, à l’épilepsie, etc. , que nous supportons cependant à cause des distances qu’elles mettent à reparaître. Si l’hydrophobie était périodique, on la guérirait vraisemblablement.