CHAPITRE II
Causes occasionelles.
i. Atmosphère. Parmi le grand nombre de causes susceptibles de produire les névroses , il n’en est pas de plus fréquentes que celles qui suppriment d’une maniéré subite la transpiration cutanée , et portent sympathiquement sur le système nerveux un surcroît d’action destiné à y suppléer.
Au premier rang des causes agissantes ou déterminantes , nous placerons donc les \icissitudes atmosphériques , l’humidité froide , la température chaude et également humide , les temps nébuleux , 1 insolation sur la tête , le refrdidissement du corps, notamment des pieds; l’inspiration d’un air a Itéré par des odeurs lortes ou par des miasmes délétères. Ainsi la proximité des fosses d’aisances, des cimetières , ou autres lieux de sépulture , des
fabriques d’acides minéraux, l’habitation dans des lieux où se trouvent entassés beaucoup d’individus malades.
2. Choses appliquées à la surface extérieure du corps. Celte section fournit peu de causes aux maladies nerveuses , si ce n’est l’emploi des vêtcmeirs trop légers en hiver et trop lourds en été , l’application de vê terriens mouillés sur la peau , l’oubli des premiers soins de propreté , les bains trop lroids ou trop chauds , les ligatures trop serrées, l’ usage des cosmétiques, etc.
3. Alimens et boissons. C’est surtout parmi ceux-là que se trouvent fréquemment plusieurs •causes des affections du -système nerveux. L’usage d’alimens de mauvaise qualité, âcres ou indigestes , le pain fait avec le seigle ergoté , le porc ou salé ou fumé , l’usage exclusif d’une nourriture de porc-frais , de fruits âcres ou acerbes , de boissons vineuses ; l’abus des liqueurs spiritUeusés , du café , du tiré , des aromates , des narcotiques , •ries remèdes débilitans $ l’emploi des purgatifs
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drastiques , les préparations mercurielles , la présence îles vers dans les intestins , etc.
4- Sécrétions extérieures . La suppression de quelques fluxions habituelles naturelles ou accidentelles ; de la transpiration , des hémorragies nasales , du flux hémorrhoïdal , des cautères ou autres exutoires à la peau, existant depuis longtemps et qu’on a inconsidérément laissé fermer, la métastase de quelque virus sur un organe principal j l’abus des plaisirs vénériens, l’onanisme, etc.
5. Conduite. Les fatigues extrêmes du corps, les veilles prolongées , l’indolence , l’oisiveté , le repos absolu , les marches excessives pendant les grandes chaleurs , surtout si en même-temps les sujets font usage d’une nourriture abondante ou excitante , qu’ils prennent de l’eau froide , ou même modérément des boissons alcoholiques ; c’est ce qui s’observe chez les moissonneurs.
G. Passions. Faire 1 histoire des causes occasionelles des névroses comprises .dans les passions ,
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c’est faire celle des causes les plus fréquentes des maladies nerveuses. Entrons donc un moment dans le domaine de ces causes.
« Pour connaître l’homme , dit le spirituel et profond auteur de la Physiologie des passions, il faut le chercher dans son âme , et non dans les organes matériels de son enveloppe corporelle. » « L’homme extérieur , ajoute Dupaty dans sa trente-troisième Lettre , n’est que la saillie de l’homme intérieur. » Les passions, quelles soient tristes comme le chagrin , l’ennui , la mélancolie , la nostalgie j ou vives , telles que la colère , l’emportement, la joie, la culture excessive des facultés intellectuelles , troublent les fonctions et rendent l’influence des alimens beaucoup plus énergique >\En réveillant la susceptibilité nerveuse des intestins, elles produisent le spasme , et par suite la concentration des forces vitales vers ce point , d’où naît l’irritation , l’afflux du sang , et enfin l’inflammation ; il devient donc important d’exposer rapidement ici l’origine des passions, de faire mention des organes sur les-
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quels elles exercent leur influence et comment elles allèrent les fonctions et produisent, par suite , des lésions dans la structure des parties.
Avant que les travaux des moralistes modernes eussent éclairé l’histoire des passions , les philosophes anciens avaient eu sur elles des idées plus ou moins exactes. Pj thagore , et après lui Platon, frappés des combats que l’homme éprouve intérieurement , entre les désirs de satisfaire scs goûts naturels ou ceux qu’il s’est formés , et la raison qui tend à supprimer ces désirs quand ils se portent sur des objets quelle condamne , ont reconnu en nous deux parties : l’une , tranquille et située dans la tête , qu’ils ont nommée raison sereine ou maîtresse des cupidités * l’autre brutale, sauvage, farouche, asservie aux voluptés et s’y livrant sans mesure : c’est elle que Platon compare à un cheval sans frein. Fondée sur l’influence du physique sur le moral, cette distinction rela-
tive à l’origine des passions , a été adoptée par quelques pères de l’Église ; on la retrouve dans saint Paul et dans saint Augustin*
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D’autres philosophes, peu satisfaits de celte division ; dirent qu’il y avait trois âmes , la raisonnable , qu’ils établissaient toujours dans la tête -, l’animale, ou celle qui cause nos désirs , à laquelle ils donnaient le foie pour domicile ; enfin la vitale ou l’irascible \ celle-ci , logée dans le cœur, était le siège de la colère.
Le chef des stoïciens , Zénon , qui , comme le dit M. Alibert , regardait la vertu comme le premier instrument de la félicité des peuples , définissait ainsi les passions : c’est un trouble d’esprit contre nature , qui empêche la raison de gouverner l’homme , qui maîtrise la volonté et renverse le libre-arbitre.
La joie, la douleur et le désir, étaient les principales passions admises par les sectateurs d’Épicure.
Les péripathéticiens en admettaient huit primitives : la colère , la peur, la douleur, la pitié, la joie , l’amour, la haine et la confiance.
Hippocrate et le médecin de Pergame , son
commentateur , considéraient les passions comme des mouvemens contre nature de lame raisonnable j toutes , suivant eux , ont pour origine un désir sans cesse renouvelé et qui s’irrite à mesure qu’il est satisfait.
Cicéron , après une longue énumération des passions, leur donne à toutes l’intempérance pour origine.
Les philosophes du moyen âge , asservis aux doctrines d’Aristote , adoptèrent les principes des péripathéticiens.
Descartes traita des passions draprès sa philosophie, et, renouvelant une hypothèse ancienne r les regarda comme des esprits vitaux, provenant d’un petit corps glanduleux que l’on trouve dans le cerveau, près la voûte à trois piliers , ganglion dans lequel son imagination avait placé l’âme.
V 1 an Helmont donna à son archée le pouvoir de mettre en jeu les passions, qu’il ne regarde que comme les a.gcns de cet être idéal.