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Sthal à son âme rationnelle ( espece de principe conservateur et prévoyant , auquel il fait régir l’organisme ), celui de les exciter, toujours dans des intentions salutaires , pour garantir le corps de ce qui peut lui être nuisible.
Hoffmann donna pour principale origine aux passions , des désordres survenus dans la circulation du sang.
Boerhaave 9 Han-Swiéten , et les nombreux disciples sortis de l’école de Leyde, considérèrent les passions comme des mouvemens particuliers aux esprits infernaux, et se livrèrent à des suppositions erronées sur les changemens. et les dispositions de ces esprits.
Plus tard , Buffon , et d’autres écrivains moins célèbres, rappelèrent d’attention sur l’opinion de Yan-Iïelmont, en faisant soupçonner que le siège des passions était plutôt dans le centre épigastrique que dans toute autre partie du corps : cette opinion, Bichat l’a développée avec son génie
accoutumé ; maïs ce grand homme paraît avoir tenu peu de compte de l’action de la vie animale dans la production des passions, qu’il regarde
comme siégeant exclusivement dans les viscères.
L.es moralistes et les métaphysiciens modernes , Mallebranche , Locke , Condillac et Helvétius , n’ont traité des passions que sous le point de vue intellectuel ; ils se sont bornés à étudier leur influence sur le moral ; ils les ont fait naître* puis, les suivant dans leur développement, ils ont vu leurs efforts relativement au bonheur des individus , des sociétés particulières et des nations • ils ont donné des préceptes dans l’intention de
combattre et de diriger les passions.
Il appartenait au moraliste médecin , que nous avons déjà nommé , et que nous aurions voulu ^ on conti ibucr a 1 éducation du jeune Prince , espoir de la patrie, d’envisager les passions sous tous les rapports. Plus versé, que les grands hommes qui 1 ont précédé, dans la structure du corps humain, reconnaissant la puissance d’en -haut.
comme la seule créatrice du génie de l’homme, armé du flambeau de la physiologie , M. Alibert pénètre dans l’empire des passions , et y recherche les dispositions qui sont les plus favorables au développement de ces oppresseurs du cœur humain.
Ce grand médecin reconnaît dans tout être vivant quatre penchans innés , qu’on peut envisager comme les lois primordiales de l'économie animale.
Le premier est l'instinct de conservation , celui par lequel l’animal réagit contre les causes de destruction et résiste aux périls qui le menacent.
Le deuxième est V instinct d3 imitation , par le secours duquel l’être vivant agrandit , fortifie ses facultés natives , et perfectionne en quelque sorte l’œuvre de la création.
Le troisième détermine à rechercher nos semblables , à correspondre avec eux par une mutuelle sympathie , etc. C’est V instinct de relation.
Le quatrième est V instinct de reproduction ,
qui a donne naissance à. la plus noble , à la pins généreuse des passions humaines.
De chacun de ces penchans notre habile professeur fait découler tous les phénomènes du système sensible , connus sous le nom de passions. Ainsi , le premier donne lieu à V égoïsme, cette maladie , malheureusement trop commune , qui compromet souvent les intérêts de l’ordre social et qui s’est manifestée sous plusieurs formes à toutes les époques de la civilisation. La terrible et mémorable campagne de Russie a offert à nos yeux les effets les plus épouvantables de cette cruelle passion.
Pendant cette affreuse calamité , le soldat méconnaissait et repoussait son général, le fds fuyait son père en danger de perdre la vie, le père abandonnait ses enfans , chacun enfin ne pensait qu’à soi ; l’horrible moi était l’unique pensée de tous ; et encore quelques jours, l’homme le plus doux serait devenu le plus féroce ; les braves de la grande armée se seraient dévorés entr’eux.
L'instinct d'imitation fournit l’émulation , l’en- Vie, l’ambition.
L'instinct de relation fait naître la bienveillance , l’amitié , l’estime , la considération , le mépris , la moquerie , la pitié , l’admiration , l’enthousiasme , la reconnaissance , l’ingratitude , la haine, la vengeance, la justice , l’amour de la guerre, l’amour de la gloire, l’amour de la terre natale.
JJ instinct de reproduction , enfin , engendre l’amour conjugal , l’amour maternel , l’amour filial.
On voit donc que chaque passion tient son origine de chaque instinct ; en effet , on ne saurait nier que c’est dans l’intention seule de combler des désirs enfantés par des besoins innés, ou produits par l’état de civilisation , que tous les hommes mettent en jeu leurs ressorts pour arriver au
souverain bien dont ils se font l’idée. Ces quatre
instincts sont donc les pivots sur lesquels roulent toutes nos passions, et convenons qu’il serait dif-
ficilc de mieux les suivre que ne Fa fait M. Ali— bert , en observant le mode suivant lequel les impressions agissent sur nous.
De cette manière de voir aussi lumineuse que physiologique , on peut conclure que certaines passions existent au plus haut degré chezl’homme, que chez lui elles agissent sur le cerveau , qui les rend plus violentes et plus nombreuses ; et qu’elles prennent aussi naissance dans le système nerveux de la vie intérieure.
Voyons maintenant comme elles agissent pour apporter le trouble dans les organes et leurs fonctions.
On ne saurait être affecté de passion , sans que ce qui se passe en nous ne soit indiqué par des changemens , soit dans les traits du visage, soit l’attitude du corps. La tête en entier prend, dans les passions , des dispositions et des mouvemens diflérens.
Elle est abaissée dans l’humilité, la honte et la
tristesse ; inclinée vers l’épaule dans la langueur et la pitié ; éle vée dans l’arrogance ; fixée droite dans l’opiniâtreté , etc. Si nous passons à la vie intérieure, nous voyons que la colère accélère les mouvemens du cœur, et rend la circulation plus fréquente.
Philippe Y, roi d’Espagne, apprend la défaite des Espagnols près de Plaisance , et meurt subitement • l’ouverture de son corps démontra qu il avait succombé à un anévrisme du cœur.
Un général de nos amis à qui Bonaparte avait ordonné d’enlever une redoute , ne peut y parvenir malgré sa valeur et l’intrépidité de ses soldats , il tombe mort. L’autopsie laisse voir une rupture de la rate.
Un auteur dramatique meurt subitement pour n’avoir pas obtenu , pour une de ses productions , le succès sur lequel il comptait. L’autopsie prouve qu’une rupture du foie a été la cause de la cessation de la vie de cet auteur.
La plupart des phthisies pulmonaires qui moissonnent à la fleur de leur âge , tant de jeunes personnes, n’ont dans beaucoup de cas d’autre origine qu’un amour contrarié, surtout quand on est prédisposé à celte maladie par sa constitution.
Les forces digestives présentent aussi des plié— îiom'enes morbides dans les passions qui nous agitent ; ne ressent -on pas une vive impression dans la portion pylorique de l’estomac toutes les fois que l’on est fortement ému ? La digestion n’estelle pas souvent interrompue par une nouvelle agréable ou fâcheuse ?
La nostalgie n’affecte-t-elle pas , et très profondément, les viscères du bas-ventre ? Combien d’avortemens produits par la frayeur, etc.
Les organes glandulaires éprouvent également, de la part des passions , des influences marquées. La bile, dans une frayeur subite, cesse de couler dans le duodénum , et les lymphatiques la transportent dans la masse des humeurs , qui lui doivent la couleur jaune dans Xict'erç.
Un accès de colère augmente la sécrétion du Foie, qui est rejetée par le vomissement ou par les selles dans le cholera-morbiis , et le flux bilieux. La glande lacrymale sécrète les larmes en abondance dans le chagrin et dans la joie , et les physiologistes ont fait remarquer que les peines morales avaient des effets moins funestes quand cette sécrétion avait lieu.
L’exhalation et l’absorption , au moyen desquelles s’opère la nutrition , éprouvent également , par l’effet des passions , des altérations , mais dont on ne s’aperçoit qu’à la longue. Citons encore les nostalgiques qui maigrissent à vue d’œil. Marc-Aurèle Séverin rapporte que le sang sortit de toutes les ouvertures du corps à une religieuse effrayée de se voir entourée de soldats ■ennemis qui avaient l’épée nue , et qu’elle mourut en leur présence.
La manière plus ou moins exacte avec laquelle s’exécutent les fonctions, est souvent liée à un état variable des facultés intellectuelles.
Ne sait-on pas que souvent le sort des nations , en bien ou en mal , n’a tenu qu’à l’exercice facile ou pénible des fonctions digestives des hommes qui les gouvernaient? Le cardinal de Richelieu n’était jamais aussi sévère que lorsque les fèces étaient retenues depuis long-temps dans le gros intestin.
Il n’est pas de notre ressort de nous étendre longuement sur tous les préceptes , tant sages qu’absurdes , donnés par les philosophes pour s’opposer aux passions ; mais il entre dans notre sujet d’en parler succinctement , et c’est ce que nous ferons au chapitre qui traite des moyens de prévenir les névroses; car enfin s’opposer aux passions , ou tout au moins les atténuer, c’est diminuer le nombre de plusieurs des maladies du système nerveux.
7* De la contagion. Nous avons omis à dessein , en parlant des causes des névroses , de faire mention de la contagion. iSlous avons voulu en faire un article à part , afin de bien nous fixer sur
ce qu’on doit entendre par maladies contagieuses. Nous n’avons pas la prétention d’éclaircir la discussion qui s’est déjà agitée, et qui s’agitera encore au sein de l’Académie Royale de médecine (après avoir été effleurée à la chambre des députés), et sur laquelle le très érudit Pariset a raisonné avec une logique si fortement serrée , et appuyée sur des faits si conclua ns pour ceux qui ont vécu aussi au milieu des épidémies.
Certes si on s’attachait exclusivement an mot contagion pour admettre des maladies contagieuses , nous convenons qu’il n’en existerait qu’un petit nombre , attendu qu’il faudrait toucher immédiatement le malade, ou ses vêtemens , pour contracter sa maladie ; mais ne voit-on pas des affections se transmettre par des miasmes , par des corpuscules malins, par la cohabitation avec les personnes sans les toucher ? L’aspect d’un accès d’épilepsie n’a-t-il pas occasioné souvent cette maladie chez des sujets qui n’en avaient éprouvé aucune atteinte ? N’a-t-on pas vu des individus devenir hydrophobes par le seul effet de l'imagé-
nation terrorifiée ? On pourrait en citer un exemple tout récent et bien extraordinaire j la -ville de Berlin en a été frappée de stupeur.
Ainsi , quand, on dit qu’une maladie est contagieuse , on entend et on doit entendre qu’elle est transmissible , communicable, par d’autres voies que par celle du toucher seulement. Si on Faisait mieux, on pourrait dire que la fièvre jaune n’est, pas contagieuse , mais susceptible d’être, transmise,- ne serait-ce pas avouer qu’un ou plusieurs individus venant de Saint-Domingue , des Antilles ou du Mexique, atteints de cette fièvre, et qui seraient établis au milieu d’une population , infecteraient à coup sur une partie de celte réunion , et souvent la masse tout entière, surtout si elle était très resserrée dans un espace peu considérable ? D’où nous concluons que les mesures sanitaires sont indispensables , dussent-elles même être inutiles.
MM. Caillot ( Traité de la Jièvre jaune ) et Bailly ( Traité du typhus d’ Amérique) (pii ont vu ce fléau sur le théâtre où il exerce ses plus grands
ravages, annoncent sa contagion, ou plutôt sa transmissibilité , par le détail de faits incontestables, et on nous permettra de nous en rapporter à eux, conpne à d’autres médecins dignes de foi qu’il serait inutile de citer ici.
Encore une fois , on ne peut avoir une contagion si on n’en est imprégné , et nous ne pensons pas que nous , Français, soyons porteurs du germe de la lièvre jaune. Nous n’avons cetle maladie que quand on nous l'a donnée.
Si le malheureux Mazet , à l’exemple de son vertueux et intrépide chef, M. Pariset , n’eût point paru à Barcelonne , il n’aurait point été frappé de la lièvre jaune dans notre capitale ,•
et si l’on n’eut point importé cette lièvre à Barcelonne, elle ne s’y fut point déclarée, puisqu’on n’y remarque jamais cette chaleur brûlante de Saint-Domingue, ni lieux bas et marécageux , ni émanations délétères ( autres que celles qu’on y introduit), ni un air constamment humide, ni entassement d’individus, etc. , etc. Cir-
constances sans lesquelles la lièvre jaune ne pourrait se développer.
Un corpuscule pris dans le lieu où cette malad ie fixe habituellement sa résidence, oii sont contenus les foyers primitifs d’où sortent ses élémens , est importé par un corps poreux quelconque , et déposé dans une cité qui ne fut jamais témoin de ce lléau ; en voilà assez pour que tous ses habitans , si on 11e se hâte de prendre des mesures sévères, soient frappés de la maladie dont ce corpuscule est le germe.
Pour bien s’assurer du nombre réel des partisans de la contagion de la fièvre jaune, dans la chambre des députés et l’Académie Rovale de médecine, il faudrait qu’un ou plusieurs de ces corpuscules fussent introduits au milieu de ces réunions distinguées. Nous sommes tenté de cioue que les issues des salles qu elles occupent ne seraient ni assez larges, ni assez multipliées.
11 est meme douteux que la fièvre jaune ne soit pas contagieuse dans la force du mot . Cette ques-
lion ne pouvant donc être résolue dans l’état actuel de la science , il faut prendre des mesures sanitaires.
Que vous parquiez vos malades en plein air
comme des moutons , ou qué vous les séquestriez
d’une autre manière il vous faudra toujours avoir . « • recours à des précautions coûteuses. D’où nous
concluons que M. Pariset a raison de combattre une idée qui pourrait nous donner la peste , c’est bien assez d’avoir eu la guerre et presque la famine. Nous restons donc convaincu que ce médecin distingué , à Y abri de toute corruption , veut le bien de son pays avant celui de quelques spéculateurs.
]Un jour on lui adressera ces mots que nous lui
adressons d’avance :
Ecce quant magnas hominum cohortes >
G-audio dulci tihi gratulantes Ut deo } finem gravi um malorum ,
Conslituenli.
Fama te laudal , vo titans per urbes.
Pallido vultu furiosa spargit ,
Noxium vis invidiæ venenum ;
Nil tibi damni.
Convenons d’une vérité , c’est que l’esprit de parti altère même les choses les plus naturelles et conteste les laits les mieux établis ; convenons enfin , que les hommes d’un mérite transcendant trouvent toujours des antagonistes , et que rien ne coûte aux jaloux pour atteindre leur Lut , la célébrité ; et quelle célébrité, grand Dieu!... On a vu de ces derniers courir jusqu’au-delà des mers , pour y mendier une opposition comme on en voit beaucoup de nos jours, celle de la fausseté et de l’envie.
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