CHAPITRE IV
Traitement.
Nous avons divisé le traitement des névroses en préservatif et en curatif. Le premier consiste dans l’application sagement dirigée des préceptes de l’hjgiène ; le second dans l’administration éclairée des moyens pharmaceutiques et dans l’emploi des procédés chirurgicaux.
i. Traitement préservatif. L’hygiène est l'art de prévenir les maladies ; c’est sans doute la meilleure définition que l’on puisse donner de cette partie essentielle de l’art de guérir , car l’hygiène peut meme diminuer la gravité des affections qui sont transmises par les parens ou des nourrices impures.
a. Le sujet chez lequel le tempérament, la cons-
titution et les signes qui annoncent et précèdent le plus souvent les névroses , viendront se réunir, et qui se trouvera dans des conditions peu ou moins favorables à leur développement, devra éviter, autant que possible , de s’exposer aux températures extrêmes, aux fortes variations qu’elles peuvent éprouver. Les temps très froids et humides, très chauds et secs , lui seront également contraires ; il évitera aussi de respirer un air chargé de particules odorantes, principalement dans les endroits où il n’a pas un libre cours ; celui des appartemens chauffés avec des poêles ne lui convient pas non plus, surtout s’ils le sont avec du charbon minéral , etc.
b. Dans le choix de ses vêtemens il doit rechercher, autant que faire se peut, ceux qui, sans surcharger le corps, le garantissent du froid et le maintiennent à un degré moyen de température .
c. Les sujets nerveux, de constitution irritable, qui se troirs ent dans des circonstances propres à
faire redouter les névroses, devront éviter soigneusement le moindre excès , soit dans le boire, soit dans le manger, faire un choix convenable d’alimens et régler les heures de leurs repas. Ils adopteront en général le régime végétal et écarteront avec soin tout assaisonnement recherché , surtout ceux où il entre des substances irritantes ; ils pourront manger du poisson , mais avec modération, évitant ceux qui sont gras , huileux, salés ou fumés, et difficiles à digérer. Parmi les viandes dont ils useront aussi en petite quantité, ils choisiront celles qui sont blanches et d’une facile digestion , telles que celles de poulet, de veau , d’agneau , etc. Ils devront s’abstenir de toutes les boissons échauffantes ; l’eau pure ou rougie avec un peu de vin, ou une tierce légère, seront les seules qu’ils devront se permettre ; si cependant il en coûtait trop au malade pour déraciner de vieilles habitudes, il ne faudrait chercher a les détruire que graduellement; et, en les affaiblissant un peu chaque jour, on finirait par les faire disparaître. Quant au nombre des repas, on doit en faire au moins trois par jour, en bien partageant son
temps dans la vue de moins charger l’estomac. Le matin , par exemple, de huit à neuf heures un repas très léger ; d’une heure à deux , le principal repas; et le soir, de six à sept, le troisième qui sera très frugal , en ayant la précaution de ne se coucher que lorsque la digestion en sera laite.
Les sujets très faibles ou détériorés, soit par des maladies, soit par des chagrins, la mauvaise nourriture, etc. , qui se trouveront dans des circonstances autres que celles dont nous venons de parler, devront par conséquent suivre un régime tout opposé , et le but sera ici de chercher à rétablir les forces.
On pourra y parvenir par le choix , la quantité et la manière d’user des alimens : ainsi, parmi les solides, règle générale, on devra choisir ceux qui, sous un petit volume , contiennent une très grande quantité de parties nutritives , et sont d’une facile digestion; parmi les végétaux, le riz, etc. ; parmi les viandes, celles des animaux adultes ;
on devra conseiller les bons consommés de volaille.
Les vins généreux et qui passent facilement sans occasioner d’aigreur ni de rapports désagréables , seront les boissons préférées j le vin de Bordeaux par exemple ; si la fortune du malade le lui permet , l’usage des vins de Frontignan , de Malaga, etc. Le médecin ne saurait trop, dans ce cas, chercher à connaître quel est le degré de force des organes digestifs, pour bien leur proportionner la qualité et la quantité des alimens et boissons qu’il veut soumettre à leur influence.
d. On veillera à ce que toutes les excrétions , tous les émonctoires , etc. , soit qu’ils dépendent de l’etat de santé, soit qu’ils doivent leur naissance à un état de maladie antérieur ou à quelques procédés de l’art, 11e soient jamais supprimés, ou ne le soient au moins qu’avec les plus grandes précautions. Dans le cas où leur suppression viendrait à avoir lieu en totalité ou en
partie, et où elle serait suivie de quelques signes précurseurs de névrose, on ne négligera rien pour tâcher de les rétablir le plus promptement possible,' on y suppléera par les moyens que l’on jugera les plus convenables.
Nous venons de tracer une des réglés générales du traitement préservatif des maladies nerveuses, pour laquelle on ne saurait avoir trop d’égards ; elle est susceptible des plus grands développemens , dans lesquels nous serions entré si nous n’eussions craint de donner trop d’étendue à notre travail.
e. Les individus qui sont menacés de névroses
devront éviter de prendre leur repos dans des
lits mous et faits de plume ; les sommiers de
crin, et surtout les paillasses garnies de plantes
desséchées, telles que la fougère, les feuilles
de blé de Turquie, leur conviendront beaucoup
mieux : ils devront aussi ne point trop proion- *
ger leur sommeil et se lever dès le matin. Pendant la journée ils feront un exercice modéré,
soit à pied, soit à cheval, soit en voiture; car c’est dans l’inaction et la mollesse que certaines maladies nerveuses ont leurs principales causes, et d’autres leur résistance à toutes les ressources de l’art.
« C’est là que sur un lit , aux soucis consacré. Le cœur gros de soupirs , triste , pâle , rêveuse , Repose mollement la déesse quinteuse :
La douleur la retient attachée au duvet.
Et la sombre migraine assiège son chevet. »
( Marmontel ).
f Ces mêmes personnes devront éviter les violentes agitations de l’âme et la forte contention de l’esprit ; elles devront rechercher les sociétés et les conversations agréables, qui leur seront fort utiles en les tirant de l’état d’inquiétude auquel elles sont fort disposées.
JN allons pas plus loin : le traitement préservatif consiste à éviter enfin les causes dont nous avons parlé; mais, sans bonnes lois, l’hygiène ne serait qu’un moyen que chacun interpréterait à
sa manière, et qui , par conséquent, n’atteindrait que rarement le but que la médecine s’est proposé , la conservation de la santé.
C’est donc aux gouvernemens, par des lois sagcs^ (appropriées à l’état de civilisation pris où on l’a laissé venir), et à l’exécution desquelles ils doivent prêter une main- forte, à veiller à l’observation des préceptes de l'hygiène, qui contribuent pour beaucoup à la force et à la félicité des peuples. Il est constant pour nous, qu’en ne s’écartant jamais de ces règles, les gouvernemens ne feraient que de bonnes lois , et éviteraient constamment les secousses politiques , comme les effets des révolutions physiques.
Voyons d’abord ce qu’on doit entendre par gouvernement, et quel est celui qui convient le mieux à la France actuelle.
Gouverner, c’est régir, conduire avec sagesse, justice et fermeté.
Si les princes appelés par la Providence à di-
riger leurs semblables, les considéraient toujours comme des convalescens près de faire une rechute, il serait rare que les empires éprouvassent des bouleversemens ; on n’y verrait régner que
1 obéissance , le calme, l’abondance et la félicité.
L’art de gouverner n’est donc que Fart de guérir ou de prévenir des désordres. Lorsqu’en médecine nous avons une maladie à combattre , et que nous voulons nous opposer à son retour, nous cherchons quelle est la méthode de traitement la plus convenable, en consultant l’âge, le tempérament, les habitudes, les mœurs du malade, le climat sous lequel il vit ; et lorsque nous a vons trouvé cette méthode, nous nous gardons bien de nous en écarter, parce que, hors d’elle, on retrouve les accidens qu’on était parvenu à détruire ou à diminuer.
Il faut que le roi d’un pays soit légitime, de même qu il importe qu’un médecin ait les qualités requises pour diriger des malades : la légitimité est , pour les souverains, ce qu’est le diplôme
pour le médecin ; la différence est que celui-ci tient son titre d’autres hommes, et que les rois légitimes reçoivent leurs lettres - patentes de Dieu.
Mais de même qu’un médecin ne peut pas toujours se passer des lumières de ses confrères, de même, sentant le besoin d’auxiliaires, un monarque vraiment grand, vraiment législateur, institua en France le gouvernement constitutionnel, pour l’aider à faire sortir sa patrie de la position affreuse où les révolutions précédentes l’avaient placée.
Mais cette constitution fut conçue et rédigée à la hâte, comme cela arrive quelquefois aux consultations médicales. Il s’en est suivi que la maladie a résisté et fait d’alarmans progrès , c’està-dire , que la France est encore agitée , souffrante, inquiète plus que jamais.
Que reste-t-il à faire ? il faut revoir la consultation , la revoir avec attention, avec sang-froid;
lui appliquer les résultats de l’expérience, on n’appelant que des médecins habiles, profonds, de vrais amis de riiumanité.
Loin de nous l'intention de vouloir être compris au nombre de ces derniers ; mais nous osons émettre ici quelques idées qui pourront peut-être en faire naître de plus avantageuses.
Ainsi, des lois qui s’occuperaient du mariage, du régime et des égards dus aux femmes enceintes, d’un bon système d’éducation publique, enfin d’une police médicale en harmonie avec notre position sociale, sauveraient les générations futures des maladies les plus redoutables pour les masses comme pour les individus.
Quanta la génération actuelle, il ne faut plus penser à la rendre meilleure ; il faut l’user telle qu’elle est , en opposant toutefois des digues solides à ses débordemens.
Ces lois assureraient le repos et la gloire du
gouvernement , en ajoutant aux titres déjà si nombreux que les Bourbons ont acquis à la reconnaissance de la France.
À. Mariages. Comment un gouvernement qui a le sentiment de sa conservation et de l’intérêt qu’il doit aux peuples qu’il régit, peut-il tolérer des unions d’où ne peuvent provenir que des avortons ou des idiots, des scrophuîeux ou des rachitiques, etc. Qu’on examine les différentes nations chez lesquelles les lois ont été et sont encore les plus sévères sur le mariage, et que I on en compare les individus à ceux des états où l’on est moins rigide sur l’union conjugale.
Eh quoi ! on a su établir que le défaut d’âge, certains degrés de parenté, le défaut de consentement et l’état de démence, seraient des motifs de prohibition du mariage, et on n aurait pas le courage de déclarer, comme tels, l’épilepsie, les dartres non curables, la syphilis invétérée, les difformités graves, la phthisie pulmonaire, l’idiotisme, la manie, l’âge trop avancé, etc.
Les Germains et les Spartiates attendaient l’âge de trente ans pour marier les hommes , et celui de vingt pour les femmes. Nous devrions suivre l’exemple de ces peuples pour les dernières, surtout quand elles sont délicates : les filles mariées trop jeunes , en France, si elles ont des enfans aussitôt après leur union, tombent dans l’épuisement et n’élèvent que de faibles rejetons. Quant aux garçons, nous croyons qu’on peut les marier plus tôt afin d1 éviter les suites qu’entraînent quelques vices auxquels les garçons pubères se livrent en général dans notre pays.
On devrait être aussi exigeant pour l’âge trop avancé. 11 est prouvé que les vieillards ne peuvent avoir qu’une chétive postérité. Nous savons qu’il est des exceptions , mais ici les êtres privilégiés ne doivent pas être pris pour exemples.
Les sciences, les arts , le commerce, les mœurs gagneraient à ces additions faites à nos lois. Le pays aurait des hommes vigoureux et capables de l’illustrer ; des générations entières ne seraient plus
infectées ; les demandes de nullité et de séparation retentiraient moins souvent dans nos tribunaux ^ puisque le lit nuptial ne serait plus le théâtre ou le scandale et la honte se donnent si souvent rendez-vous .
B . Régime des femmes enceintes et égards qui leur sont dus. Un gouvernement civilisé doit , plus qu’on ne paraît le penser s’occuper de ces objets. La première chose à faire serait d’établir dans chaque chef-lieu de canton , au moins , un médecin - accoucheur instruit, quand même il faudrait que le trésor le rétribuât. Une population saine et vigoureuse est la première fortune d’un état.
Ce médecin serait spécialement chargé d’éclairer l’autorité locale sur tout ce qui serait utile à la salubrité publique , de surveiller les femmes enceintes, les nouveaux-nés , en les visitant fréquemment.
Pourquoi le législateur n’exigerait -il pas que les femmes enceintes fussent aussi prudentes que
Je demande leur état? ne lui appartiendrait- il pas de leur défendre, par exemple, de se livrer à un travail pénible et fatigant? de fréquenter toutes les réunions où elles peuvent éprouver des accidens divers, et se priver, par-là, de donner à la patrie des soutiens qui auraient pu lui rendre des services importans?
On nous dira que c'est à la nature, à la religion , à l’éducation , à ramener les femmes enceintes à ces principes de conservation du fruit qu'elles portent ; mais quand ces liens sacrés ne suffisent pas , ne faut- il pas avoir recours à la
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La nature , la religion ne veulent pas non plus qu’on assassine , qu’on empoisonne ; laisserezvous ces meurtres impunis ?
Le respect dû aux femmes enceintes a été aussi un sujet de méditation pour les premiers moralistes. En parcourant l’histoire des plus anciens peuples, nous avons vu que chez celui-ci le cri-
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mine] , trouvé chez une femme grosse, était ménagé ; chez celui-là, contre les usages les plus sévères , elle pouvait se nourrir de ce qui lui convenait; chez l’autre , les femmes; supposées enceintes, recevaient les mêmes égards que les magistrats devant lesquels on devait s’arrêter.
L’Église catholique , enfin, a constamment dispensé, des jeûnes, les femmes devenues grosses.
On nous reprochera, peut-être, de confondre la société domestique avec la société civile, qui effectivement ont des lois différentes et dont le gouvernement n’est pas le même ; mais en améliorant la première, ne perfectionne- t-on pas la seconde ?
N’est-il pas honteux, pour un gouvernement policé, de permettre à des mendians, diversement mutilés ou simulant des infirmités hideuses , de parcourir les rues, les promenades publiques, où , à l’aspect de ces malheureux , les femmes grosses surtout sont exposées à des secousses terribles
pour elles et leurs en fans ; que de maladies épileptiformes doivent leur origine à cette cause !
Nous en dirons autant des tableaux qu’on expose aux regards du public, et des li vres, plus ou moins obscènes, que des libraires avides vendent ou louent aux femmes dont l’imagination est si susceptible de s’exalter.
Nous demanderons encore : par quelle fatale incurie laisse-t-on (en Fiance seulement) errer les buis dans les villes et les campagnes ? La démence, sans doute, n’est point un crime; mais vous pouvez , sans cesser d’être humain , nous préserver des fureurs auxquelles se livrent les aliénés abandonnés à eux-mêmes.
C. Education physique ou corporelle . De notre première éducation physique , datent la santé dont nous jouirons ou les maux auxquels nous, serons en proie; les mœurs, bonnes ou mauvaises, que nous apporterons dans la société lorsque nous serons appelés à y figurer.