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Ce sont surtout les maladies nerveuses qui se développent plus facilement sous l’inlluence d’une mauvaise éducation, d’abord physique et ensuite morale , parce quelles engendrent les constitutions faibles, l’excès de sensibilité, les imaginations mobiles, les névroses enfin.
D. Nourrices. Notre principal gouvernement , dit Montaigne , est entre les mains des nourrices. Les hommes , dit La Bruyère , se piquent d’élever de beaux chevaux , d’avoir des chiens parfaitement dressés , de posséder des troupeaux nombreux d’animaux qu’ils ont perfectionnés. Qu’on y prenne garde cependant, s’écrie un penseur célèbre , de la manière dont sont élevés les eafans dépend le sort des empires-, et si l’on* néglige de rendre les premiers d’abord sains et vigoureux et ensuite vertueux , les trônes s’écroulent tôt ou tard, et entraînent dans leurs chutes les souverains et les sujets.
Pourquoi le législateur n’imposerait-il pas aux mères, qui jouissent d’une bonne santé, le devoir
île nourrir leurs enfans lorsque la voix de la nature n’a pu les porter à remplir cette obligation sacrée? L’intérêt de l’enfant, celui de la mère et de la société tout entière, réclament à grands cris une loi qui force les mères à allaiter elles-mêmes. Les femelles des animaux cèdent-elles volontiers ce soin précieux à d’autres ?
Il est cependant quelques circonstances où l'allaitement maternel doit être proscrit. Heureusement elles sont rares, à la honte de ces femmes qui croient avoir atteint le terme de la maternité , parce qu’elles ont mis au jour l’enfant qu’elles portaient.
Le législateur devrait être aussi sévère pour les femmes qui veulent nourrir sans le pouvoir (mais, il faut le dire , il n’aurait pas souvent occasion de déployer sa rigueur) que pour celles qui s’obstinent à ne pas être tout-à-fait mères, quoiqu’elles aient toutes les qualités requises pour remplir cette si douce et si consolante loi de la nature.
Enfin, lorsqu’on est contraint d’avoir recours
à clés nourrices étrangères, celles-cr devraient être examinées et surveillées avec une scrupuleuse attention, tant pour les indigens cpie pour les riches.
Serait- il bien difficile et très coûteux d’étatablir des comités chargés d’une mission semblable et si honorable pour un gouvernement? L’État ne devrait-il pas faire quelques sacrifices pour atteindre un but si utile , l’amélioration de l’espèce ?
L’éducation physique de 1 homme doit donc commencer dès le moment de la grossesse, et fixer toute l’attention d’un gouvernement sage et éclairé. Mais il faut obliger les parens et autoriser des médecins instruits à s’occuper spécialement des maladies héréditaires en surveillant les nouveaux-nés , sous le rapport de la nourriture , du sevrage , des dilformités qu’ils présentent, du maillot, de l'air dans lequel ils vivent, de 1 habillement, de la chaussure, etc. ; c’est ainsi qu’on préviendrait la dégénération du genre humain ,
car ce serait un premier pas de son organisation vers un degré de perfection raisonnable.
Lorsque les enfans de l’un et l’autre sexe sont parvenus à l’age de puberté , ils doivent être surveillés avec le même soin à cause de la révolution qui s’opère à cette époque dans tout l’organisme.
L’exercice , à cét âge , doit être pris modérément. Les anciens législateurs sentaient, mieux que nous, les avantages d’une constitution robuste et d’une santé florissante ; aussi exigeaient-ils que les parens obligeassent leurs enfans à des exercices réguliers , à l’usage des alimens grossiers , etc. Qu’on lise Xénophon, qu’on parcoure même jVlontaigne , qui partageait les vues de l’écrivain grec , si l’on veut faire de bonnes lois sur l’éducation physique des peuples.
Les lois de la gymnastique préparent la jeunesse à 1 ordre, à la règle, au travail et à la
tempérance. En faisant observer ces lois, on ne verrait que rarement dans le peuple de ces mal-
i(io
heureux qui , après s’étre livrés à tous les vices' attachés à la crapule , périssent de bonne heure en ne laissant à la société que des rejetons infirmes. Que de crimes commis par l’ivrognerie? Honneur aux conseils généraux des départemens qui ont demandé, avec instance, une loi sur les moyens de réduire le nombre des lieux publics, où s’alimente ce vice aussi dangereux que dégradant pour l’esprit humain.
La classe opulente de la société, dans notre pays, n’offre aujourd’hui que de nombreux amateurs de la gourmandise, qu’il serait difficile d’atteindre , à moins qu’on ne laissât point arriver aux emplois publics ceux dont la sensualité égalerait celle des Cassius et des Apicius. Le cerveau est peu propre au travail lorsque l’estomac est distendu par la quantité énorme d’alimens solides et liquides qu’il a reçus.
L’obésité est une des suites fréquentes de l’intempérance. Le corps des personnes qui en sont affectées, devient lourd, massif et perd toute
ifil
son activité. Los Lacédémoniens regardaient un embonpoint excessif comme une chose infâme. Nauclide, devenu trop gras, fut cité par Lysandre devant les magistrats; ceux-ci lui firent de vives réprimandes et le menacèrent même de l’exiler s’il ne changeait pas de conduite. Chez les anciens Gaulois , il y avait une loi qui condamnait à une amende ceux dont l’embonpoint excédait une certaine mesure. On ne pourrait être aussi rigide de nos jours envers ces individus, mais on devrait condamner les ivrognes aux memes peines.
Plutarque rapporte qu’à Sparte on présentait en spectacle , auxenfans , des esclaves ivres qui, par leurs contorsions hideuses, leur inspiraient un tel mépris pour ce vice , qu’ils ne s’enivraient jamais. Cet usage devrait cire suivi chez quelques peuples , surtou t chez nos superbes voisins d’outre-mer , buveurs intrépides qui s’exercent souvent à qui boira le plus. Ce genre d’escrime, en honneur parmi eux , était connu des anciens. Alexandre, pour célébrer la mort de Calanus ,
proposa line récompense à celui qui sortirait vainqueur d’un tel combat : celui qui gagna la victoire la paya de sa vie.
Il fut un temps, en France, où l’ivrognerie était pour ainsi dire à la mode dans toutes les classes de la société. Ce fut particulièrement vers la lin du règne de Louis XIV, pendant la régence du duc d’Orléans, et au commencement du règne de Louis XV. Les grands en donnaient l’exemple, le peuple se plaisait à les imiter, et c’est dans le relâchement de tons les liens mo-
raux de ces époques , que nous voyons les causes éloignées des désastres affreux que le philosophisme, habile à profiter de tout, fit éclater plus tard sur notre malheureuse patrie.
Les mauvais philosophes , les écrivains perfides, peuvent, sans doute, préparer les révolutions , mais dans la corruption morale se trouvent les moyens d’exécution. L’homme sobre et moral a peu de besoins , et ne sert par conséquent pas facilement d’instrument aux fauteurs de discorde et de troubles.
Convenons qu’un gouvernement qui s’occuperait des différons sujets que nous venons d’exposer , mériterait bien plus du pays qu’en se mêlant d’influencer les élections, d’enchaîner la publicité, etc. Qu’avez-vous besoin de vous initier dans ces droits civils , si vous ne présentez que des lois utiles, et si vous n’agissez que dans l’intérêt des masses ! Le gouvernement anglais , nous répondrez-vous, pénètre jusque dans les tavernes, parcourt les rues, etc., pour obtenir les députés qu’il veut avoir. Imitez ces machiavéliques dans ce qu’ils ont de bon, mais repoussez ce qu’ils vous offrent d’odieux et de contraire à la véritable liberté. Ils vous ont appris le régicide...; vous ajouterez, il faut réprimer la licence : d’accord ,• mais prévenez cette licence, et vous n’aurez point à lutter contr’elle.
C. Ihducation morale. Nous arrêterons -nous à cette opinion de quelques esprits qui ne veulent pas croire à YJiojjio duplex , et qui ne voient absolument que les propriétés vitales (i)? « Si
(i) Qualités inhérentes à nos organes, en vertu des-
l'homme n’est; qu’une machine toute physique, dit l’iin cle nos plus brillans écrivains ,, il n’y a pas de moral , et l’action d’une idée qui tue de chagrin une mère perdant son fds unique, est tout-àfait incompréhensible. »
« Comment un soufflet appliqué sur la joue d'Epictèle ne produirait-il aucune émotion dans cette stoïque cervelle , tandis que sur la joue du moindre spadassin le même soufflet excitera une fureur qui ne s’apaisera que par du sang répandu dans un duel ; il y a donc en nous une force qui peut combattre les impulsions des organes ; il existe donc ici une loi dans les membres, et une autre dans l’esprit. C’est par celle-ci que Régulus retourne à Carthage, certain d’y mourir dans les supplices ; » que tant d’hommes généreux se sont présentés à la mort avec un front serein ; que le
quelles ces organes , disent les physiologistes, ont la puissance d’exccutcr les actions vitales les plus simples possibles et les plus généralement répandues dans les êtres organisés et dans les diverses parties de chacun de ces mêmes êtres.
fils de Saint-Louis est monté au ciel avec le calme de la vertu et de l’innocence -, qu’un Prince, que la France aura souvent occasion de regretter, a pardonné, sur le lit de mort, à l'homme qui nous l’a ravi.
« Comment une simple idée de gloire, qui n’a rien de corporel , mais une vue de l’esprit , va-t-elle imprimer cette vigueur sublime au corps d’un paysan pour l’élever subitement au rang des héros, parmi les feux d’une bataille? »
« Qui peut ignorer combien d’idées viennent assaillir, que dis-je, poignarder des êtres délicats jusqu’au milieu de la couche la plus délicieuse entre les coussins de la mollesse ; il faut être criminel pour sentir toutes les tortures des remords qui venaient bourreler l’âme atroce d’un Tibère ; il était sur un trône et son âme aux galères , s’il faut en croire Tacite. Ainsi Néron était
épouvanté la nuit par des furies, au milieu de son
palais , après le meurtre de sa femme et de sa mère. Cependant l’encens fumait sur les autels en l’honneur de ces attentats. »
« C’est donc méconnaître absolument la nature des corps vivans, ajoute M. \irey, que de nier cet tvop/mov, cet ùnpelum faciens ; s’il n’est pas une âme, il ne dirige pas moins l’organisme en modifiant la contractilité et la sensibilité de nos tissus , de nos systèmes organiques ; certes nous sommes contractiles, mais un centre de gouvernement régit nos facultés. » C’est la bonne direction imprimée à cette première partie de l’homme qui constitue l’éducation morale.
Abeunt sîudia in mores : il est certain que des bonnes études dépendent, en grande partie , les bonnes mœurs. Les seules lois capables d’amener l’homme à une bonne éducation morale, sont les préceptes de la religion catholique. On doit déjà s’apercevoir que , pour nous, la première jéduca-s lion est l’éducation religieuse ; d’où il suit que le gouvernement qui fera le mieux observer ces préceptes, sera celui dont les mœurs seront les plus pures , et par conséquent l’empire le plus florissant. En effet , quel est le but d’une bonne éducation ? n’est-ce pas de s’opposer aux passions
vers
nuisibles, et de diriger le cœur humain celles qui élèvent Famé en la rapprochant de sa source véritable ?
Or, quels sont les instituteurs les plus propres à nous inspirer la crainte de Dieu, l’amour du prince et de la patrie , la charité , etc. ? Ce sont les ministres de cette meme religion, et nous ne balançons pas à l’avouer, à eux seuls doit être confiée 1 instruction publique préliminaire , parce que eux seuls jouissent du bonheur dont nous gratifie la pratique de toutes les vertus, et que ceux-là, qui jouissent pleinement de ce bonheur , peuvent en faire sentir le prix- et l’inspirer aux autres.
On nous dira : « Passe pour les mœurs ; mais les sciences?... » Ignore-t-on que les Flè chier , les Fénelon , les Séguier , les Montesquieu , les Corneille > les Racine , les Molière , etc. , ont été cle\es dans des etablissemens d’instruction diriges pai des ordres religieux ou par des précepteurs ecclesiastiques. Le siècle tout entier de
Louis XIV, dit un publiciste estimé , est sorti de la main des prêtres.
Les mathématiques n’ont-elles pas eu les devins, les Grégoire de Saint-Vincent , les La Bouhère j les Deschalles , les Pardies, etc. La philosophie, les Pères , les Sylvestre Maure, les TCirker , les Schot y les Lana, etc. La littérature, surtout, ne présente-t-êlle pas un nombre considérable d’auteurs ecclésiastiques, tels que les Vavasseur , les Bapin , les. Jouvency, les Lame , les Brumoy , les Sanadon , les Vanière , les P orée, les B ando ry , etc. ? Mânes du grand Corneille, levezvous, et répondez aux ennemis de ceux qui s’aperçurent de votre génie et surent le développer pour la gloire de la France.
Briet , Petau , Tournemine , Souciel , Lac-
cary, etc.; c’est en vain que vous avez répandu la véritable lumière sur le chaos des temps. Il existe encore des aveugles.
• Scheiner , Hardouin, Seignery , Chemin ay , Bourdaloue , etc. , vous n’avez rien fait pour
l’histoire naturelle et pour l’éloquence. Est-il bien prouvé que le père Fabri (Honoré) n’ait pas contribué à découvrir la circulation du sang ? 11 nous faudrait des volumes pour énumérer les services rendus par le clergé à tous les genres de science. Oui , les prêtres sont les premiers qui aient travaillé, avec fruit, à la culture de l’esprit humain. Oui, la physique, l’astronomie, l’archéologie , etc., doivent une partie de l’éclat dont elles ont brillé, à ces hommes paisibles et innocens contre lesquels les partisans de l’éducation révolutionnaire s’élèvent aujourd’hui avec plus de force qu’au 16e siècle.
» On ne peut s’empêcher de regretter, dit un homme qui se connaît en véritable instruction, ces grands corps enseignans entièrement occupés de recherches littéraires et de l’éducation de la jeunesse. Après une révolution qui a relâché les liens de la morale , et interrompu le cours des études, des sociétés, à-la-fois religieuses et savantes , porteraient un remède assuré à la source de nos maux. Dans les autres formes d’institut,
il ne peut y avoir ce travail régulier , cette laborieuse application au même sujet, qui régnent parmi des solitaires, et qui, continués sans interruption pendant plusieurs siècles, finissent par enfanter des miracles.
» L’Europe savante a fait une perle irréparable dans les corporations religieuses enseignantes. L’éducation ne s’est pas bien relevée depuis leur chute. Elles étaient singulièrement agréables à la jeunesse ; leurs manières polies ôtaient à leurs leçons ce ton pédantesque qui rebute l’enfance. Us avaient su établir, entre leurs écoliers de différentes fortunes, une sorte de patronage qui tournait au profit des sciences. Ces liens , formés dans l’âge où le cœur s’ouvre aux sentimens généreux, ne se brisaient plus dans la suite, et établissaient entre le prince et l’homme de lettres , ces antiques et nobles amitiés qui vivaient entre les Scipion et les Lœlius Un Vol-
taire, dédiant sa M érope à un père Porée, et l’appelant son cher maître , est une des choses aimables que l’éducation moderne ne présente plus.
» Pesez la masse du bien que ces corporations ont fait! Rappelez -vous les écrivains célèbres qu’ils ont donnés à la France , ou qui se sont formés dans leur sein ; les royaumes entiers conquis à notre commerce par leur habileté , leurs secours et leur sang $ les miracles de leurs prédications au Canada , au Paraguay , à la Chine, et vous verrez que le peu de mal dont vous les accusez ne balance pas un moment les services qu’ils ont rendus à la société. » Que d’autres chantent les conquêtes désastreuses, les invasions meurtrières , les révolutions, etc. , nous aimons mieux la gloire qui agrandit la vie que la gloire qui tue!
Nous ne craignons pas de le dire, un gouvernement qui veut préparer le bonheur des générations à venir, et cicatriser les plaies faites à 1 état social actuel, doit ordonner que l’éducation première passe en entier dans les mains du clergé. « J’ai toujours pensé, dit Leibnitz, qu’on réformerait le genre humain, si l’on réformait l’éducation de la jeunesse. » On croirait, à ces
mots, que ce philosophe allemand ait vécu de nos jours.
U11 homme qui se voue à renseignement doit lui consacrer tous ses instans, et n’être susceptible d aucune autre préoccupation : c’est aussi par les exemples que l’on forme le cœur et l’esprit de la jeunesse, et nous aurons toujours de la peine à croire que le maître, encore rouge des excès auxquels il vient de se livrer, puisse donner une bonne leçon de morale à son élève, disserter avantageusement et avec calme sur un sujet quelconque. Non, le professeur qui néglige ses enfans, n’apprendra pas à son auditoire comment on est bon père , celui qui maltraite sa femme, comment on est bon époux ; celui qui laisse son père dans les horreurs du besoin, comment on est fils sensible et reconnaissant ; celui , enfin, qui plaisante sur la religion, laissera ignorer à ses élèves les devoirs d’un chrétien , etc. Voilà cependant les instituteurs que l’on trouve quelquefois hors de l’Église. Il reste donc prouvé, pour nous du moins, que l’éducation re-
ligieuse, celle qui en même temps dirige bien le cœur et éclaire l’esprit, est le seul moyen de prévenir les passions, sources uniques de tant de névroses , de forfaits et d’attentats. Nous osons le dire , il y a de la faiblesse et du danger à ne point établir légalement les corporations de première utilité, en promulguant, toutefois, le principe de leur soumission aux lois de l’État.
Lne bonne éducation morale exige encore que tout ce qui peut donner l’idée d’un vice quelconque soit soigneusement écarté des regards des enl’ans. La mendicité en action est un exemple affreux pour la jeunesse oisive.
L’age et les infirmités sont des causes qui ne permettent pas aux indigens de travailler : l’État doit pourvoir à l’existence de ceux-ci • mais ceux qui prêtèrent la dégradation à une occupation qui doit les nourrir, ne méritent aucun égard , la rigueur des lois doit les poursuivre partout. Une nation essentiellement agricole ne peut tolérer que la mendicité foule son sol. Pourquoi
ne chargerait-on pas chaque commune de nourrir et d’entretenir les mendians qui seraient liés dans son sein?
Le problème de rendre les forçats à la société , se rattache, plus qu’on ne le croit, à son éducation morale.
Les criminels condamnés aux travaux forcés à perpétuité, sont des individus perdus pour leurs
familles et pour l’Etat, auxquels cependant quelques-uns d’entr’eux auraient pu être utiles, parce qu’il en est qui sont encore susceptibles de revenir à des sentimens d’honneur. Sans doute, et malheureusement, la plupart croupiront dans le vice, comme il est des aliénés sur lesquels on ne doit plus compter; mais le besoin, l’exemple de la corruption, sont les causes les plus fréquentes qui conduisent ces malheureux aux bagnes pour y finir leur existence. Il faut, sans contredit, que ceux-là soient également punis; mais distinguez-les de ces êtres familiers avec les mauvaises actions, qui ne connaissent quelles, et ne
' savent vivre que par elles. C’est dans les bagnes que beaucoup de forçats sont devenus tout-àfait dépravés , au lieu d’y perdre l’idée du crime.
Quels seraient donc les moyens les plus convenables pour faire rentrer dans le peuple, sans danger pour la société, les forçats corrigibles, et d’en éloigner les incurables.
Déjà plusieurs écrivains distingués ont abordé ces questions importantes sur la demande unanime des conseils généraux ,• mais on trouve toujours à glaner dans un champ si. vaste, et nous osons y faire un pas.
Nous croyons qu’il conviendrait de distinguer les forçats en deux classes : ceux qui, auteurs d’un premier crime, n’auraient donné lieu antérieurement à aucun reproche grave; ceux qui, repris de justice, seraient condamnés pour récidive.
Les criminels de la première classe seraient formés en compagnies de cinquante hommes au
plus, et disséminés pendant cinq, dix ou seize ans, dans les départemens, où des canaux peuvent être creusés , où les places fortes demandent des réparations, les ports de mer des travaux indispensables, les terres des défrichcmens, les marais des dessècliemens, etc.
Dans chaque lieu où se trouverait cantonnée une compagnie de forçats, il y aurait aussi une ou deux compagnies d’infanterie toujours prêtes à sévir contre la rébellion dont ces malheureux pourraient se rendre coupables. L’horreur qu’ils inspireraient à nos soldats tendrait à préserver ces derniers des excès qui conduisent souvent aux galères.
Les propriétaires , sur les terres desquels ces compagnies de forçats travailleraient, payeraient une rétribution proportionnelle, et le département ou la commune fournirait le local nécessaire pour les recevoir.
Les produits des travaux formeraient une
masse qu’on confierait au forçat qui serait reconnu le moins mauvais sujet. Celte niasse servirait à fournir des secours aux forçats qui, par leur bonne conduite, auraient mérité de rentrer dans la société, mais jamais dans le département où ils auraient reçu le jour.
Les forçats qui montreraient le plus de repentir par la régularité de leur manière d’être, seraient les surveillans de leurs camarades , et jouiraient de quelques avantages qui seraient des stimulans salutaires pour les moins sages.
Deux , et même trois missionnaires , ayant une connaissance parfaite du cœur humain , seraient attachés à ces malheureux comme aumôniers. Ces respectables apôtres acquerraient, par-là, un nouveau titre à l’admiration générale. Ce n’est pas au milieu des habitans , que dirigent si bien nos dignes curés et vicaires, soit par leurs prédications persuasives, soit par leurs exemples, que les missionnaires sont indispensables. Si , comme ces derniers, nous avions reçu du Ciel
le don d’éclairer les hommes égarés , nous voudrions descendre jusque dans les demeures des forçats , cl y habiter, pour mieux réussir à convertirces malheureux, en leur adressant sans cesse des paroles capables de faire renaître dans leur cœur la foi et l’espérance, en leur prêchant enfin , chaque jour, la sublime morale de l’Évangile.
Les forçats de la deuxième classe, ceux qu’on ne pourrait espérer de ramener, qui se seraient mis dans le cas des galères à perpétuité, seraient envoyés dans celles de nos colonies qui ont le plus besoin de bras, et où les mêmes précautions, pour les rendre meilleurs, seraient également prises. Mais, a-t-on dit, pourquoi exposer à succomber, sous un climat meurtrier, ceux que nos lois n’ont pas condamnés à mourir? Eh quoi ! vous ordonnez à de jeunes militaires de se rendre aux colonies pour y conserver quelques possessions vermoulues, et vous répugneriez à y établir des scélérats que la société repousse , et qui menacent plus que vos biens terrestres?
Honte à vous, législateurs , si vous ne parvenez à purger la mère-patrie de celte nuée d'hommes héréditairement et moralement viciés, qui épuisent inutilement vos finances, corrompent la masse quand ils y rentrent, et seraient, à la première occasion , les instrumens les plus terribles qui poseraient sur vos têtes! Vous supprimeriez ainsi vos maisons de détention , proprement dites , ou la mortalité est plus grande que dans les hôpitaux les plus considérables et les moins sains.
Vous combattriez victorieusement Finfluence du vice; vous préviendriez un plus grand nombre de crimes ; vous occuperiez utilement vos soldats; vous élèveriez, à peu de frais, sur vos frontières , aujourd’hui si peu éloignées de la capitale, des remparts redoutables; vous assainiriez certaines contrées où les maladies moissonnent , chaque année et sans obstacle , une infinité d’individus ; ainsi , vous seriez philantropes tout-de-bon, et non dans vos discours seulement. Honneur au ministre de la ma-
rine et à son digne prédécesseur, pour les nobles exemples qu’ils vous ont donnés !
Il importe aussi que vous proscriviez à jamais les loteries, les lieux de prostitution et les tripots. Si vous voulez des mœurs pures , éloignez tout ce qui peut flétrir l’espèce humaine. Vous auriez beau nous dire que ces vices sont des maux nécessaires, en ce qu’ils en évitent de plus grands. Faut-il donc laisser voler dans les maisons pour qu’on ne vole pas sur les grands chemins ? laisser empoisonner secrètement pour qu’on ne soit pas tenté d’égorger en public?... Encore une fois, osez anéantir tous ces lieux infâmes, sources inépuisables de tous les crimes j et si la fureur du jeu s’établit clandestinement , si les femmes sont insultées, établissez une législation proportionnée à ces délits. Rappelez-vous les Athéniens !
La même sévérité devrait éclater contre un vice honteux qu’il nous répugne de nommer, parce qu’il outrage à-la-fois la nature et les élémens de la société.
Sî vous regrettez les sommes prélevées sur les immondices , établissez des impôts sur les billards et les cabarets, beaucoup trop multipliés en France; sur les voitures de luxe, qui nous écrasent ; sur les chiens inutiles, qui nous exposent, surtout dans certaines saisons, aux accidens les plus terribles. On aura de la peine à croire que la seule ville de Versailles renferme plus de six cents de ces animaux, qui ne sont bons qu’à dévorer la substance du pauvre.
Ministres du Roi ! législateurs ! regardez la population , descendez dans les prisons , entrez dans les hôpitaux , et dites-nous franchement s'il ne serait pas nécessaire de porter votre attention, votre vigilance sur les vices que nous vous signalons?
F. Police médicale. La science médicale est une , et par cela seul que tout être souffrant a les memes droits aux bienfaits de cette science , il ne peut et il ne doit y avoir qu’un ordre de médecins, c est-à-dire , des médecins éclairés, of-
frant toutes les garanties que peut désirer la société , pauvre ou riche, noble ou roturière. En effet, faut-il moins de savoir et d’expérience pour traiter hne maladie chez un paysan que chez un marquis?... Notre opinion va même plus avant. Les médecins les plus capables doivent, de préférence, être placés à portée des cultivateurs, qui, plus précieux que beaucoup de citadins, et moins au fait des lois hygiéniques, ont , par conséquent, besoin de plus de lumières médicales, et méritent plus d’intérêt, à moins qu’on ne ■veuille, comme dans les premiers âges, laisser les habitans des campagnes exposés aux excès de la jonglerie la plus effrontée.
Ainsi on ne devrait pas balancer à établir des médecins dans les communes les plus considérables, en rétribuant ces docteurs d’une manière convenable, comme cela a lieu pour les desservans des paroisses. En conservant les individus on sauve les États, et, encore une fois, la véritable économie n’est pas celle qui détruit.
L’humanité et l’ordre social gagneraient, plus
qu’on ne Fa pensé jusqu’à ce jour, à un code médical qui s’attacherait à trois points principaux, ainsi que le désire le respectable et savant professeur Fodéré.
Enseignement. La voie du concours, pour le choix des professeurs , n’est pas toujours la plus sûre. En efïVfc, combien de médecins, tics érudits, de beaucoup de jugement, d’une expérience consommée , ne pourraient peut être avoir l’avantage, dans une lutte académique, sur des jeunes gens qui paraîtraient, par une élocution plus facile et une mémoire plus fraîche, mériter la préférence sur les vétérans de la science, dont la longue pratique, et les ouvrages devenus classiques , sont des titres à la reconnaissance générale.
Le talent, ensuite, n’est pas tout ce qu’il faut au professeur de médecine. Il importe aussi à 1 Etat et aux familles que ce professeur possède des qualités sociales qui leur servent de garanties.
Une seule Faculté de Médecine ne peut enseigner également bien les nombreuses branches de cette science, qui embrasse toutes les connaissances humaines.
Il serait donc de la première nécessité (et nous le déclarons sans craindre l’application de cet aphorisme d’Hippocrate , et si quid mutare voles, paulatlm debes assuefaceref de conserver, pour nos provinces méridionales, la célèbre école de Montpellier.
D’en établir une à Rennes, pour les départemens du nord-ouest.
Celle de Strasbourg, pour les parties orientales.
Enfin, Paris serait la Faculté de perfectionnement , celle ou le complément des études médicales aurait lieu , la seule où il serait permis de donner les diplômes.
Le grand nombre des établissemens de la ca-
pi laie, le goût général pour tons les genres de science qui y a été répandu par la fondation des académies , les professeurs de premier ordre qui s’y sont établis , la grande population de cette étonnante cité, tout a contribué à faire de Paris ce que fut Athènes pour la Grèce. Depuis Charlemagne, cette ville a toujours conservé la suprématie, c’est la métropole des sciences.
Pour bien faire saisir notre plan , nous allons prendre un jeune homme sortant du collège, et se destinant à l’étude de la médecine. Il débuterait par fournir des preuves incontestables sur ses moyens intellectuels, ses qualités morales et ses ressources pécuniaires ; subirait., pendant cinq ou six heures chaque fois, des examens sérieux sur l’histoire universelle, la littérature, la philosophie, l’idéologie, la géographie, les mathématiques, et sur les élémens de la physique, de la chimie , de l’histoire naturelle , c’est-à-dire , la botanique, la minéralogie et la zoologie. On sent déjà qu il serait indispensable que les élémens de ces sciences fussent donnés dans les collèges royaux.
Les examens de baccalauréat es -lettres et sciences, tels qu’ils ont heu aujourd’hui, ne peuvent suffire pour être reconnu apte à l’étude de l’art de guérir.
Apres avoir satisfait publiquement à ces épreuves, muni d’une autorisation, l’étudiant irait à Montpellier, où il suivrait, pendant deux ans, des cours de méthodologie, de littérature et de statistique médicales- d’histoire naturelle, de physique, de chimie, de pharmacie théorique et pratique.
Après ce temps, après avoir subi des examens sur ces différentes sciences, y avoir satisfait longtemps et toujours en public, l’élève se rendrait à l’école de Rennes, où il étudierait, pendant deux années encore, l’anatomie descriptive, l’anatomie générale, la physiologie, 1 anatomie comparée, en se livrant fréquemment à l’art si important de la dissection.
Sortant de Rennes , et après y avoir rempli les mêmes obligations, le jeune homme passerait
deux autres années à Strasbourg, où la pathologie générale, la pathologie cl la nosologie médicales et chirurgicales, la nosologie comparée,
l’hygiène, la médecine légale, la théorie des accoucliemens, lui seraient enseignées.
Enfin leleve viendrait à Paris ou il suivrait , pendant les deux dernières années, des cours sur la matière medicale et l’art de formuler, des cours de clinique pour toutes les maladies des femmes, des enfuis, des vieillards, chroniques, aiguës, etc. , de clinique comparée. Il se livrerait aux operations chirurgicales sur le cadavre, ensuite sur le vivant • à la pratique des accouchemens, à la confection et à l’application des différons appareils (i).
(1) Nous voudrions que les cliniques se fissent comme j! suit : Le professeur, accompagné de scs élèves, énoncei ait lentement et a liaute voix , les causes , les signes , les accidens , le terme de la maladie, les changemens survenus depuis la dernière visite, les remèdes employés, leurs effets.
Enfin, comme nous l’avons vu à Levdc et dans des
On voit combien d’abus seraient corrigés par ce seul arrangement. Les plus grands avantages qui en résulteraient, seraient un plan d’études plus régulier et plus méthodique, qui assurerait les progrès des jeunes médecins; la fréquentation de toutes les Facultés; enfin, on ne verrait dans la capitale que des étudians paisibles, en-
écoles non moins célèbres cle l’Allemagne , le professeur viendrait au pronostic , mais ne le ferait qu’en latin dans les maladies dangereuses.
La visite terminée , le professeur réunirait les élèves et les instruirait plus au long sur les maladies qu’ils viendraient d’examiner tous ensemble, en leur faisant part de ses réflexions, en écoutant les leurs, en les questionnant et leur exposant brièvement les principes d’après lesquels il se conduit.
Cette instruction familière ne durerait pas moins d’une heure matin et soir. Ces espèces de conférences médicales produiraient un bien immense. On ne peut nier que l’argumentation ne développe et ne fortifie le jugement; que le syllogisme est serré et pressant; qu’ainsi une dispute réglée est propre à exercer la jeu-
nesse.
tièrement occupés de terminer leurs études, afin d’entrer dans le monde avec un titre honorable, et qui, par conséquent, seraient inaccessibles à l’influence des passions et des partis. L’étudiant ardent ne serait plus exposé à sacrifier telles leçons à telles autres, à entreprendre tous les maîtres. Trop de travail diminue le fruit de l’étude, et en hâtant l’acquisition des connaissances, on les rend imparfaites et confuses.
On nous objectera que ce serait exposer les élèves en médecine à beaucoup de dépenses. Tant pis pour ceux qui n’auraient pas une fortune qui les mît à même d’étudier l’art de quérir.
Mais, ajoutera-t-on, 11e s’est-il pas élevé du sein de la médiocrité des médecins distingués par leurs talens et leurs écrits? Que le gouvernement se chargealors, après les a voir fait concourir, de payer pour les élèves qui montrent d’heureuses dispositions. N’envoie-t-il pas, à ses frais, des jeunes gens à l’école de peinture de Rome?
Quelques mauvais plaisans ont prétendu que
faire promener ainsi les étudians en médecine , ce serait les comparer à des commis-voyageurs. Nous voulons bien répondre à celte objection (quoiqu’elle sente furieusement la drogue), que l’on voyage aujourd’hui en France à très peu de frais; que les jeunes gens gagnent toujours à se déplacer, tant sous le rapport de la santé que sous celui des mœurs ; que les distractions du voyage, l’aspect d’une nouvelle cité, donnent lieu à d’autres réflexions; qu’on rompt de fâcheuses habitudes, et qu’enfin l’idée du devoir renaît souvent avec tout le charme de sa puissance.
Nous avons de la peine à concevoir qu’on n’ait pas eu l’idée d’astreindre les professeurs à faire imprimer des livres classiques sur toutes les parties de la médecine ; ces livres serviraient de base aux leçons des maîtres : chaque jour les disciples prépareraient chez eux la leçon qu’ils devraient entendre le lendemain. On aurait de cette manière des cours instructifs; les élèves ne perdraient plus les choses essentielles et un temps précieux.
Nous concevons plus difficilement qu’on n’ait pas pensé à extirper l’abus des doctrines médicales. Devrait-on permettre que telle ou telle méthode prévalut sans avoir été soumise au creuset de l’expérience , et sanctionnée par l’Académie Royale et les Facultés de médecine?... Il n’en est pas de l’art de guérir comme de l’architecture par exemple : un monument est assis sur de mauvaises bases, il s’écroule, il n’en coûte que quelques écusj mais une doctrine médicale qui vient de naître et qu’on adopte aveuglément , quand l’esprit d’innovation prédomine , peut ébranler l’ordre social jusque dans ses fondemens.
« Les Egyptiens, dit feu Bosquillon, furent les premiers qui crurent avoir un assez grand nombre d’observations pour former une espèce de code , nommé le Livre sacré , que les médecins devaient suivre dans le traitement des maladies, sous peine d’être condamnés comme homicides, si les malades mouraient quand ils s’en étaient écartés. » Jamais la France n’a eu plus de besoin de faire revivre l’idée de ces peuples anciens.
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Nous ne voudrions pas comprimer l’élan du génie , mais bien ses écarts.
Réceptions. Pendant la dernière année, l’étudiant se préparerait , sans cesser de suivre les cours ([ue nous avons déjà indiqués, à se faire recevoir docteur à Paris. Là, seulement, il recevrait son diplôme, mais après avoir publiquement soutenu cinq examens , dont deux en latin et une thèse imprimée ; le sujet lui en serait fourni par le sort , et le candidat le traiterait sans aucune espèce de secours et sous clef.
C’est ici le cas de se livrer à des réflexions également pénibles. Pourquoi le gouvernement ne se chargerait-il pas des honoraires des professeurs % et des examinateurs surtout? Les professeurs publics, ne tirant de leurs emplois que des rétributions modiques, peuvent se négliger dans leurs devoirs en se livrant à des leçons particulières ou à d’autres occupations qui leur rapportent davantage.
Les plus graves désordres, pour la médecine
et la société, peuvent résulter de la facilité laissée aux professeurs de médecine de disposer des sommes payées pour l’admission au doctorat. ]N ayez que de bons maîtres, trailez-les convenablement afin qu’ils n’aient pas besoin de sortir de leurs obligations pour pourvoir à l’existence de leurs familles j exigez même qu’ils ne se livrent à d’autres fonctions qu’à l’enseignement qui leur est confié ; assurez-leur d’honorables retraites après qu’ils ont vieilli dans le professorat, au lieu de les frapper d’ignominieuses destitutions sur de simples soupçons ; mais, au nom de l’humanité, ne les exposez pas à recevoir des médecins incapables. Sommes -nous donc encore au temps de Pline, où la santé et la vie des citoyens étaient mises au hasard entre les mains du premier venu qui se disait médecin ?
Pourquoi les examens, comme les thèses, ne seraient-ils pas subi publiquement et en présence de deux ou trois conseillers de l’université? car il ne faut pas non plus que la faveur puisse se glisser clans les réceptions.
Pourquoi ces examens ne dureraient-ils pas de deux ou trois heures le matin , autant le soir , et pendant cinq ou six jours, suivant leur importance ? Pourquoi enfin des affiches n’annonceraient-elles pas les jours et heures où ces examens auraient lieu? Le jugement des examinateurs devrait être prononcé également en public,, tribunal redoutable , mais intéressé ?
Vous auriez beau nous dire, comme "Virgile , que l’art de guérir est muet en comparaison des talens sensibles des autres enfans d’Apollon ; l’embarras du récipiendaire , le prononcé des examinateurs, suffiraient pour que ie public ne courût
aucun risque dans son jugement.
Nous pensons de même pour la pharmacie , parce que la potion destinée à une ravaudeuse doit être préparée avec autant d’art et de fidelité que celle que doit prendre l’épouse d’un ban-
Ainsi un seul ordre de pharmaciens, reçus par
les Ecoles tic pharmacie ou les Facultés de médecine. Il est bien entendu qu’on ne doit pas exiger de ces derniers le même temps d’étude que pour les médecins, ni le même nombre d’examens, etc. Nous repoussons les herboristes.
Les sages-femmes devraient être reçues parles trois docteurs les plus anciens de diplôme, pris dans le chef-lieu du département le plus voisin de celui ou. ces femmes voudraient exercer l’art des accouchemens.
Nous profiterons de l’occasion pour déclarer franchement qu’il devrait exister une grande sévérité pour l’admission des médecins , comme membres de l’Académie Rovale de médecine , instituée pour récompenser ceux des docteurs qui se sont distingués dans les travaux les plus prochainement utiles à la conservation des hommes,
principalement dans l’ouvrage où seront rassemblées, en un corps, toutes les connaissances qui concernent l’art de guérir.
Or, nous demandons si ce noble but de nos
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Rois a été rempli dans ces derniers temps ? L’interdit mis depuis peu sur les nominations , suflirait pour trouver le contraire, si nous ne rencontrions parfois des académiciens assez compiaisans pour nous attester que les réceptions ont été vraiment trop faciles.
N’est-il pas ridicule, en effet, qu’un académicien outrage la syntaxe , et qu’un académicien médecin ignore jusqu’aux premiers élémens de son art ?
Serait-il donc difficile de soumettre tout aspirant à l’Académie Royale de médecine , à des épreuves orales ou écrites? Ce corps, où brillent du reste les plus fortes têtes médicales de l’Europe , devrait-il ouvrir ses portes à l’aveugle
routine ?
Chambres de discipline. L’institution des conseils de discipline, pour les médecins, serait à nos yeux le projet le mieux conçu que l’on pût présenter à une nation comme la notre. Plusieurs
professions de la société ont leurs chambres de discipline. Les médecins sont privés de cet avantage, tellement précieux, qu’il tend à conserver Tordre , la décence et le respect que se doivent mutuellement des hommes bien élevés et chargés des intérêts les plus chers de la société. Il est temps d’étouffer des divisions qui nuisent à la science en affaiblissant la considération et la confiance, qui ne seraient jamais altérées s’il existait des conseils de discipline médicaux.
Les conseils poursuivraient le charlatanisme partout où il se trouverait, sous quelque forme qu’il
se présentât. Le charlatanisme est une épidémie meurtrière. La peste même n’ est que passagère, elle n’exerce ses ravages que de loin en loin , et ne laisse après elle que les traces d’une dépopulation plus ou moins étendue, selon les bornes dans lesquelles elle est renfermée. Le charlatanisme a des retours, si fréquens et si universels, qu’il pourrait être considéré comme une calamité permanente. 11 détériore ce qu’il ne touche pas, et parmi les victimes incalculables qu’ii immole chaque
jour, on voit celles qu’il semble avoir le plus épargnées , porter les stigmates ineffaçables de sa cruauté, ou gémir à jamais en proie aux infirmités de toute espèce par lesquelles il marque son passage.
Les conseils de discipline feraient enfin justice de ces prétendus oculistes, faiseurs de grandes opérations chirurgicales, jugeurs d’eau , etc. Tous ces jongleurs disparaîtraient pour jamais de notre belle France , qui a bien assez de ses rebouteurs abrutis, mais titrés. Les exploits de ces derniers s’aperçoivent principalement dans l’examen qui se fait chaque année des jeunes gens appelés au service militaire.
La diversité des doctrines médicales a divisé les hommes qui exercent l’art de guérir; les conseils de discipline anéantiraient cos divisions. C'est dans cette réunion de famille que l’esprit brouillon serait étouffé, que les passions médicales recevraient un frein, d’autant plus convenable, qu’il leur serait opposé par les médecins eux-mêmes.
On ne verrait entre ceux-ci qu’une heureuse harmonie. Il n’existerait , parmi eux, d’autre envie que celle d’illustrer le premier des arts, puisqu’il tend à conserver le premier des biens. Avancement et expansion de la science, rapports fréquens et bientôt intimes entre les médecins, utilité générale ; voilà, en peu de mots, les avantages des conseils de discipline médicaux.
lisse composeraient des neuf médecins les plus anciens de diplôme paé département 3 le doyen d’àge présiderait 5 le plus jeune serait secrétaire. On n’aliouerait aucun traitement à ces conseils 3 ils couvriraient leurs dépenses parles produits des réceptions des sages-femmes, et ceux des visites qu’ils feraient chaque année chez les pharma- / ciens, les droguistes, etc. Mais alors les professeurs des Facultés se borneraient aux visites de leurs départemens respectifs 3 mieux vaudrait qu’ils ne s’en mêlassent pas du tout. Ils auraient bien assez de l’enseignement et des examens auxquels ils seraient plus sévèrement tenus.
Tels sont nos vœux les plus ardents , tels doivent être ceux des vrais amis de lTiumanité.
Nous allons examiner maintenant les moyens de combattre les affections nerveuses, lorsqu’une bonne éducation et des lois sages n’ont pu prévenir l’invasion de ces maladies.
2. Traitement curatif. — A. Moyens tires du règne animal. Sans nous attacher aux règles prescrites par la matière médicale y nous ferons connaître successivement les substances que nous avons le plus souvent eu occasion d’employer, et les circonstances où ces substances nous ont paru convenir davantage.
Il n’existe pas de maladies pour lesquelles on ait inventé plus de méthodes de traitement que pour les névroses. Les trois règnes de la nature ont tour-à-tour été mis à contribution ; et, il faut le dire, avec bien peu de succès, du moins pour plusieurs de ces affections contre lesquelles l’arsenal de la thérapeutique a été souvent inu-
tile, et a même produit des effets fâcheux. Que pourraient, eu effet, toutes les substances indigènes ou exotiques; animales, végétales ou minérales; toutes les opérations de la chirurgie, contre les vésanies ou maladies mentales, par exemple ?
Cantharides. La seule manière d’user de ces précieux insectes, dans le traitement des affections nerveuses, est en teinture alcoholique ou en emplâtre.
On les emploie avec un succès merveilleux dans les fièvres malignes, dans les névralgies métastiques, ou qui proviennent du transport d’une humeur sur un nerf ou une paire de nerfs ; mais c’est dans les rhumatismes chroniques, et principalement dans la sciatique, que nous avons eu à nous louer, soit des frictions avec la solution alcoholique de cantharides, soit des vésicatoires que nous avons toujours la précaution de saupoudrer de camphre.
Nous pouvons assurer que, constamment, on
vient about de la sciatique par l'application d’un vésicatoire semblable sur le trajet du nerf du même nom à l’endroit où il est le moins caché , comme le veut Cotugno , c’est-à-dire, sur la tête du deuxième os de la jambe, le péroné.
On a à se plaindre de ces moyens dans les autres névroses, même dans la paralysie, où ils paraissent être indiqués de préférence à tout autre.
Sangsues. Les nerfs peuvent subir l’inflammation comme les autres tissus de l’économie animale , et, dans ce cas, c’est le névrilème qui en est le siège. C’est cette inflammation qui constitue la névralgie proprement dite. Les bons effets que l’on retire des émissions sanguines dans les douleurs aiguës des nerfs , sont des preuves incontestables de la disposition de ces parties à s’enflammer.
Lorsque ce sont des personnes faibles, délicates, ou déjà épuisées, qui se trouvent atteintes de névralgie aiguë, les sangsues sont préférables à la
saignée générale; mais les émissions sanguines doivent être abandonnées, si elles n’ont pas fait cesser la douleur sur-le-champ.
Nous profitons de cette occasion pour blâmer hautement l’application des sangsues sur le trajet d’un nerf douloureux ; on a vu des accidens survenir à la suite de cette pratique, la douleur surtout devenir intolérable. Cela se conçoit d’autant plus facilement, qu’on sait que le premier effet de la succion opérée par ces annélides est d’attirer le sang où elle a lieu. Tandis que si les sangsues sont posées sur une région éloignée de celle où gît l'irritation , on en retire un avantage réel; c’est ce qui nous est arrivé mainte fois pour nousrnême, qui sommes sujet à différentes névralgies.
Nous déclarons n’avoir jamais vu céder une gastralgie aux sangsues posées sur l’épigastre, ou région de l’estomac, et nous pouvons assurer avoir été souvent témoin de l’intensité plus grande de cette névralgie après cette application.
Castoreum. Cette matière, qui nous est fournie par l’animal dont elle tire son nom , ne nous a réussi complètement que dans l’hystérie des femmes faibles. Voici à quelle dose et de quelle manière nous avons administré la teinture éthérée de cette substance , que l’alcohol dissout beaucoup moins bien : de trente gouttes à deux gros dans une tasse d’infusion de fleurs de tilleul ; d’un demi-gros à une demi-once, et plus, en lavement , ou en injection dans l’utérus.
Musc. Le musc, dont la médecine est redevable au cKevrotin ou gazelle d’Asie , à plusieurs animaux indigènes, à quelques végétaux, et meme à quelques terres, est un des remèdes les plus héroïques contre les maladies essentiellement nerveuses : on s’en sert avec un remarquable avantage contre le tétanos sans complication j ce qui nous arriva dernièrement à Versailles, sur un enfant d’une famille très avantageusement connue. Une sueur considérable s’établit, et le malade fut sauvé. Le musc, dans cette circonstance, fut porté jusqu’à douze grains après en
avoir commencé l’usage par un quart de grain.
Huile animale de Dieppel. Celte liuile, qu’on obtient de l’esprit de corne de cerf rectifié, ne nous a réussi qu’une seule fois, contre une pa-
ralysic intestinale , à la dose de trente gouttes dans une potion gommeuse. On aurait tort de l’employer contre les affections nerveuses actives. Nous avons vu de grands accidcns résulter de son administration dans une névralgie faciale.
Ambre gris. Cette matière concrète, fournie
par le cachalot , d’après de nouvelles observations, nous a réussi une fois contre le tétanos sur une demoiselle de Vienne (Autriche).
Gélatine. Ce principe immédiat des substances animales est à-la-fois utile, comme aliment et comme médicament, dans les maladies nerveuses. Outre l’avantage de nourrir, sous un petit volume , la gélatine a une vertu émolliente qu’on apprécie en général dans le traitement des affections spasmodiques des voies digestives ; aussi les-
bouillons de veau, de poulet, de grenouille , de limaçons, etc., réussissent-ils à tempérer les propriétés vitales de l’estomac, si exaltées pendant l’irritation de ce viscère.
Lait. Ce fluide animal a été de tout temps employé contre certaines maladies du système nerveux avec épuisement. Galien, Forestus, Fabrice de Hilden , ont donné celui de femme ; celui d’ânesse a été administré avec avantage par Ancatus, Hoffmann; celui de chèvre, par Helwiigius, Fischer, etc.; celui de vache, parZacutus, etc.
Nous avons obtenu des succès étonnans de la diète lactée dans le traitement de la fièvre hectique nerveuse : nous ne prescrivîmes d’abord qu’une petite quantité de ce liquide , nous en augmentâmes ensuite progressivement la dose, jusqu’à ce que le malade fut parvenu à ne prendre que du lait.
Nous avons également été très satisfait du ré-
gime lacté dans les convulsions, les sciatiques, les rhumatismes, et spécialement la goutte, quia été guérie par l’usage exclusif du lait sur un mare chal-de-camp qui nous honore de son intimité. Plusieurs personnes de Versailles connaissent la cure obtenue, par la diète blanche, sur le spasmodique chevalier que nous avons déjà eu occasion de citer.
Nous ne dirons rien de la ràpure des os du crâne des personnes mortes subitement, des suppliciés, ou des suicides de préférence ; de la râpure du pied d’élan, de celle de la dent de chèvre ; du cerveau desséché et en poudre de quelques animaux, notamment du vautour, du cygne; de la bile d’ours ; du sang humain que Celsc préconise , etc., etc.; substances plus dégoûtantes les unes que les autres, et que nous craindrions d’exhumer de l’abandon ou elles sont si justement ensevelies, en leur accordant un mot de plus.
b. Moyens tirés du régne végétal. Le nombre de substances que nous fournit le règne végétal ,
contre les affections nerveuses, est si considérable , que nous nous contenterons d’énoncer les principales.
Térébenthine. Ce suc résineux, que nous devons aux familles des térébentliacées et des conifères, est très utile dans le traitement de quelques névroses. Son huile essentielle ou volatile a souvent réussi à l’habile praticien, M. Récamier, que l’on entendra toujours nommer quand il s’agira de victoires remportées sur la nombreuse cohorte de maladies qui assiègent l’espèce humaine. Il faut prescrire cette huile, soigneusement rectifiée et distillée, à l’alcohol ou à l’éther. Nous n’avons eu qu’à nous louer de ses effets, dans une entéralgie chronique , et dans plusieurs sciatiques , donnée à la dose d’un gros délayé avec un jaune d’œuf et étendu dans un liquide sucré et aromatisé.
Naplite ou pétrole. Distillée à feu nu, cette substance donne une huile empyreumatique, dont vingt-quatre gouttes, étendues dans une potion
Qor)
anti-spasmodique simple, ont suffi pour apaiser une entéralgie chronique et une paralysie de la vessie, pour laquelle le bas-ventre était également frictionné avec une demi-once de cette huile.
Au reste, presque toutes les huiles empyreumatiques ont été employées, avec plus ou moins de succès, dans le traitement des aflèctions spasmodiques non aiguës.
Poix et goudron. Ces produits des sapins et des mélcses sont également utiles dans les maladies du système nerveux ■ la première , comme rubéfiante , et en cela elle est préférable aux cantharides, parce qu’elle ne cause pas de vésicules et na point, comme ces dernières, une action directe sur la vessie.
Le goudron , qui ne difière de la poix que par sa liquidité , nous a été d’un grand secours dans 1 asthme, que nous considérons comme une affection convulsive des voies aériennes. Nous donnons 1 eau de goudron à la dose de deux cuillerées dans autant de lait.
Roseaux. De tous les roseaux connus, le sue de Varundo-phragmites, est le seul qui nous ait réussi à la dose d’une demi-once dans une tasse d’eau tiède. Nous sommes parvenu, avec ce suc, à guérir une demoiselle de vingt - cinq ans, qui présentait une paralysie du membre supérieur droit, et des douleurs convulsives dans le membre inférieur du même coté.
Baumes. Quelques-uns de ces médicamens ont été d’une grande utilité dans les maladies nerveuses , avec débilité marquée , à cause de leur vertu fortifiante du système nerveux. On les emploie en vapeurs que l’on inspire à l’aide d’un flacon à deux tubulures , dont une est recourbée en forme de bec, et dirigée dans la bouche, tandis que le malade facilite l’évaporation du liquide par l’application de ses mains ou de linges très chauds sur le flacon ; on peut encore verser une certaine quantité d’éther sur celle du baume contenu dans le flacon j la vapeur qui résulte de cette solution est préférable à la précédente.
Nous nous servons habituellement du baume
de Tolu, que nous prescrivons aussi intérieurement sous forme de sirop ; voilà pour les baumes simples : quant aux composés pharmaceutiques, si improprement nommés baumes, le baume lier val , le baume tranquille , le baume apoplectique , le baume de vie d’Hoffmann , etc. , ont été souvent utiles dans les rhumatismes chroniques , soit intérieurement, soit à l’extérieur, comme le baume spiritueux de Fioraventi , qui, en frictions, convient si bien dans la paralysie.
Opium. L’opium agit primitivement par son stimulus ; il produit une excitation , mais qui ne tarde pas à être suivie de relâchement et de faiblesse indirecte; il attaque enfin la vitalité, si on en fait un trop long tirage. On ne peut cependant s’empêcher de reconnaître dans celte substance un des puissans agcns de la médecine antispasmodique. Quand l’opium n’aurait que la propriété d’appaiser le tourment de la douleur, il serait encore , sans contredit , une des substances les plus précieuses de l’art de guérir.
b ne sciatique avait résisté, pendant dix-huit
mois, aux traitemens les mieux combinés par les médecins les plus éclairés de Varsovie. L’officier polonais, qui souffrait depuis long-temps de cette affection , s’adressa à un chirurgien-major français qui le mit à l’usage des pilules d’opium.
Le malade débuta par en prendre une d’un grain , et parvint successivement à en avaler soixante par jour.
Beaucoup de migraines, essentiellement nerveuses, ont cédé aux emplâtres opiacés appliqués sur les tempes ou derrière les oreilles.
Que l’opium nous vienne de l’Égypte, de la Perse, de l’Arabie , de l’Anatolie, ou des autres pays chauds de l’Asie, cela est indifférent, pourvu qu’il soit dense, amer, et, comme on le dit à Florence , pourvu qu’en le flairant il fasse venir le sommeil et se dissolve dans l’eau. Il n’est pas de notre sujet de nous occuper de ses différentes préparations ; mais l’opium , nous en sommes convaincu, donnera lieu à des découvertes ultérieures sur sa miraculeuse vertu.
Digitale pourprée . Celle plante, de la ditlynarnie angiospermie de Linnée, se rapproche beaucoup de la précédente, du moins pour sa manière d’agir. Nous dirons ce que nous avons remarqué sur les effets de ce végétal, quoique sa vertu , comme celle de presque tous les médicamens, soit encore un mystère.
C’est sous la forme de teinture éthérée préparée avec les feuilles fraîches, que nous l’avons employée à la dose de dix goulles, en l’augmentant graduellement jusqu’à soixante, pour le lombago , X asthme, la toux convulsive, l’épilepsie sympathique et une manie dont la cause était une affection des viscères de l’abdomen.
Nous avons surtout vu guérir plusieurs mélancolies (qui portaient un caractère asthénique) avec l’extrait de digitale pourprée.
Les céphalalgies sus-orbitaires essentielles, et les spasmes du cœur, ne résistent jamais à l’emploi de la teinture éthérée de digitale, portée gradathn à haute dose.
Pivoine. Celte plante , de la famille des elléboracées , a réussi quelquefois dans l’épilepsie sympathique. Il faut donner sa racine en poudre, depuis dix grains jusqu’à deux gros.
Camphre. Ce produit du laurus camphora de Linnée (que l’on retire aussi d’un assez grand nombre de plantes), convient dans les paralysies, à cause de sa grande vertu stimulante. Plusieurs rhumatismes chroniques, douleurs sciatiques, etc., ont cédé au camphre donné en poudre, en le mêlant avec du sucre, en frictions et en lavemens. Nous l’avons vu agir très efficacement contre une angine de poitrine purement nerveuse. Il fut donné à la dose d’un gros dissous dans un peu d’éther, et étendu ensuite dans une potion gommeuse; mais la maladie ayant résisté, le médecin lit appliquer un large vésicatoire camphré au milieu des épaules. Il était pansé deux fois par jour avec du cérat couvert de camphre en poudre. Le malade, qui auparavant avait été soumis en vain à différentes applications de sangsues ou saignées générales , fut totalement rétabli.
Belladone. A trop a belladona de Linnée; ce végétal agitcomme l’opium; mais il est évidemment supérieur à celui-ci contre la coqueluche, qui n'est qu’une toux convulsive. Il faut donner la belladone à la dose d’un demi-grain de sa racine en poudre dans une tasse de lait, en augmcntantsuccessivement jusqu’à trois grains pour les enfans, et quelquefois jusqu’à vingt pour les adultes.
Morelle à fruits noirs. Solanum nigrum de Linnée. On est parvenu à calmer entièrement un tic douloureux de la face avec des cataplasmes de ce végétal. Cette affection avait résisté à tous les autres moyens connus.
Douce amère. Nous avons vu retirer les mêmes avantages de ce solanum dulcamara de Linnée , administré de la même manière, dans le traitement d’une névralgie sus-orbitaire.
Galbanum. Nous avons été témoin du succès de ce produit végétal dans le traitement de plusieurs hystéries et entéralgies ; le suc de ce bubon
galbanum de Linnée était employé en fumigations; dans une autre circonstance ce suc fut donné en pilules , et avec avantage, contre l’hypocondrie, à la dose de dix grains par jour.
Assa fœtida. Cette gomme résine que nous fournit le ferula assa fœtida de Linnée, réussit presque constamment dans les névroses utérines et dans l’asthme; mais il faut la donner en injections ou en lavemens dans les premières , et en fumigations dans le dernier.
Valérianes. L’action de ces plantes sur le système nerveux, leur a acquis une réputation méritée.
C’est surtout dans l’épilepsie sympathique qu elles ont réussi. Elles ont également eu quelques succès dans la plupart des affections nerveuses; mais il fautles donnera très hautes doses, après avoir commencé par la plus faible. Nous avons fait prendre jusqu’à deux onces de racine de valériane en poudre (en vingt-quatre heures), dans la catalepsie.
Quinquina . Ce végétal e^t préconisé , à juste titre, comme anti-périodique, mais il réussit rarement dans les névroses qui affectent même ce caractère. S’il vient à bout de quelques unes de ces maladies, c’est qu’elles sont entièrement asthéniques, puisque cette substance tient ie premier rang, parmi les toniques, à cause deson énergie permanente.
Jusquiame noire . Hyoscjamus niger , de Linnée. Ce poison narcotique a eu des succès contre quelques névroses, notamment contre l’hypocondrie. On peut le donner en extrait à la dose d’un gros, dissous dans une once d’eau de fleurs de camomille; on en prend dix gouttes par heure , en augmentant de quatre gouttes chaque fois, comme le conseille un médecin allemand, M. Breiting.
Stj amoine. B) atui'a stramonium , de Linnée; de la famille des solanées. Nous avons vu donner , avec avantage, l’extrait de ce funeste poison à la dose d’un graiq dans l’épilepsie sympathique et la mélancolie. La fumée de la racine de cette
plante réussit souvent contre l’asthme; nous avons été témoin de son efficacité , dans ce cas, mais il faut y avoir recours au moment de accès.
Acide prussique ou hj dro-cy unique . Cet acide, dont nos chimistes les plus habiles ont constaté le siège dans certains végétaux, est peut-être le poison le plus subtil que l’on connaisse, mais aussi un des plus puissans agens de la médecine antispasmodique.
Nous l’employons souvent dans l’épilepsie idiopathique , et voici comment : nous commençons par une goutte de cet acide dans une cuiller à bouche d’eau fraîche. Nous augmentons chaque jour d’une goutte d’acide et d’autant d’eau , jusqu’à ce que le malade se plaigne de vertige , d’étourdissement, de constrictions à la poitrine, d’envie de vomir, d’oppression, de céphalalgie ou de défaillance. L’un de ces phénomènes suffit pour nous faire rétrograder ; nous recommençons ensuite par une goutte.
Les accidens nouvellement produits par le Datur a stramonium et l’acide prussique, prouveraient encore, s’il était nécessaire, qu’une bonne loi sur la police médicale est indispensable. Les quiproquo des apothicaires, et le zèle trop ardent de quelques docteurs, ont besoin d’un frein.
Le Codex lui -même n’est point exempt de reproche, et peut-être que, sans lui, un médecin de la plus haute espérance, et que recommandent
oyé
le toxique Je plus délétère avec autant de confiance. *
Arnique. Nous n’avons euoccasion d’employer, qu’une seule fois, l’infusion de fleurs d’ Arnica montana, deLinnée. C’était contre l’astlime; elle parvint à en éloigner les accès. Celte plante est très énergique; mais nous ne pensons pas qu’elle ait de grandes vertus anti-spasmodiques. On 1 emploie souvent dans les paralysies; c’est bien là où elle peut-être utile.
(juî de chêne . Le gui est en général une des
toutes les qualités sociales, n’eût point empl
Qi>0
plantes parasites de la Diœcie té tan ch -i e, de Linnée; elle a réellement réussi contre quelques épilepsies. L’écorce de ce végétal en poudre, à la dose de deux gros dans une tasse d’infusion de fleurs d’oranger , est parvenue à guérir radicalement un
enfant de six ans, d’une épilepsie sympathique.
Moutardes. Ces plantes, de la Tétradjnamie siliculeuse , de Linnée, sont des stimulans du premier ordre, et c’est sous ce rapport quelles conviennent dans quelques paralysies ou névrosés asthéniques , contre celle de la langue , par exemple, pour laquelle on fait mâcher, avec un succès vraiment extraordinaire, la semence de ce végétal stimulant. Quelques médecins anglais font aujourd’hui une panacée universelle de la graine de moutarde blanche ; nous sommes porté à croire que cette substance n’a pas les vertus que ces enthousiastes lui attribuent.
Dictante. Les médecins et les poètes de l’antiquité ont tour-à- tour chanté cet Origanum Dicta- mus, de Linnée. Il modère, par l’infusion aqueuse
de scs feuilles , l’irritation nerveuse, sans laisser après son action aucun des effets de l’opium, du camphre, etc.
Bue. Cette plante de la Dècandrie monogjrnie, de Linnée, réussit quelquefois dans l’hystérie , sous forme de poudre de ses feuilles à la dose d’un scrupule à un gros, et en cataplasme sur le bas~\ entre.
Narcisse. Ce végétal de l' Ile ocandrie mono g y nie j de Linnée , est souvent utile dans les névroses. C’est surtout l’infusion des feuilles du narcisse sauvage qui a réussi dans la coqueluche.
Succin ou Ambre jaune. C’est une substance résineuse que les anciens faisaient provenir du suc des pins, sapins, etc., et que les modernes regardent comme un bitume qui découle du sein de la terre dans la mer. Cette matière, que nous nous sommes souvent plu à pécher dans la Baltique, est d’une grande utilité dans certaines névroses ; on la donne en teinture élhérée , de-
puis un scrupule jusqu’à un gros. Une hystérie,, d’une intensité rare, a cédé à l’emploi de ce médicament, porté à deux gros.
Ellier suif urique. Il est éminemment utile dans l’asthme, et dans toutes les affections convulsives. Nous préférons l’employer en le faisant respirer au moyen du petit appareil dont nous avons déjà parlé. Introduit dans l’estomac, cet éther peut facilement irriter la membrane muqueuse de ce viscère.
Éther acétique. Les lavemens et les bains de siège, contenant une certaine quantité de cette combinaison de l’alcohol avec l’acide acétique, ont parfaitement éteint des coliques spasmodiques contre lesquelles tous les autres caïmans avaient échoué. Mais c’est à l’extérieur qu’on est plus satisfait de cet éther, et qu’on est moins inquiet sur son action. Nous l’avons employé jusqu’à la dose de deux pintes pour un bain général, il faut verser l’éther lorsque le malade est dans l’eau, et ne laisser séjourner celui-ci,
dans le bain, qu’un quart-d’heure ou une demiheure au plus.
Jalap. Le convolvuhis jalapade la penlandrie mono g y nie, de Linnée, est comme tous les autres purgatifs drastiques (violens) qui combattent avec efficacité les paralysies, l’idiotisme, etc. Nous pouvons assurer avoir vu disparaître entièrement celle dernière affection chez une jeune personne, en réitérant, pendant un an, tous les deux jours, la résine de jalap à dose appropriée à 1 âge et au tempérament de la malade.
11 est rare que ces moyens ne réussissent pas dans les rhumatismes chroniques. Le vomi-purgatif Leroy doit à cette vertu drastique la vogue qu’il s’est acquise dans les classes même les plus élevées de la société. L’Académie Royale de Médecine n’en a pas moins agi très sagement en défendant le débit de ce poison tel qu’il avait, lieu -, ce corps , vraiment savant et phiJantrope , aurait du en faire autant pour détruire l’abus que l’on fait d’une méthode , non moins meurtrière ,
puisqu'elle tend à diminuer , souvent sans raison 7 la propre substance de la vie.
Nous pensons, avec un médecin du premier mérite, que les doctrines médicales ne peuvent ctre bonnes qu’autant qu’elles sont basées sur des faits incontestables, et expérimentées avec franchise et loyauté.
Il serait inutile d’entrer plus avant dans la vaste série des moyens qu’offre le règne végétal à la curation des névroses. Plusieurs produits de ce règne sont ou dans l’oubli, ou jouissent de trop peu d’importance pour figurer ici.
c. Moyens tirés du règne minéral. Ammoniaque. L’ammoniaque liquide ou alcali volatil que l’on retire ordinairement du muriate d ammoniaque ou sel ammoniacal, est un puissant remède contre plusieurs névroses. Une amaurose et de violentes palpitations nerveuses du cœur ont cédé, au bout de huit jours, à six gouttes d’ammoniaque liquide, prises dans un verre d’eau fraicho chaque matin à jeun.
Soufre. Nous avons vu ce corps simple et si répandu dans la nature , guérir quelques affections asthmatiques, goutteuses et même hystériques anciennes. Il faut le prendre par cuillerée , une fois par jour , et pendant six mois au moins.
Emétique. L émétique ou tartrite antimonié de potasse, parce qu’il est composé de tartrate d’antimoine et de tartrate de potasse, est souvent efficace dans le traitement de l’épilepsie. Stoll, Tissot, Tourtelle, ont guéri cette affection par ce moyen. Il est rare que la migraine ne soit pas enlevée par l’action de l’émétique. Ce sel est également puissant, dans certains rhumatismes, par la diaphorèse générale qu’il provoque , et dans 1 amaurose , par la secousse qu’il imprime au système nerveux, secousse qui ranime les nerfs optiques.
Le célèbre Desault, dans les dernières années de sa vie, avait abandonné le trépan en faveur
de F émétique, dans le traitement des plaies de tète.
Fer. Nous avons vu guérir, par cet agent, une jeune dame hystérique qui éprouvait des tremblemens ,des membres. On n’a employé dans cette circonstance , que le chocolat ferré, qui se prépare en introduisant un gros de limaille de fer porphyrisée dans une livre de chocolat.
Aimant. C’est par sa vertu magnétique que cette mine de fer agit sur le système nerveux. Nous avons donné la pierre d’aimant, à la dose d’un demi-gros dans une tasse d’infusion de feuilles d’oranger, répétée pendant six mois, et nous sommes parvenu à arrêter un vertige ténébreux qui existait depuis deux ans.
Zinc. C’est l’oxyde de ce métal, ou (leurs de zinc , que l’on emploie particulièrement pour combattre les convulsions des enfans. L’oxyde de zinc agit d’une manière étonnante sur le cerveau. Nous avons vu guérir deux jeunes hiles, lune
hystérique, et l’autre affectée de la danse de Sairrt Guy , en portant l’usage des fleurs de zinc jusqu’à cent grains par jour, et toujours gradatim. Un épileptique a été soulagé, en saupoudrant de cet oxyde , la surface d’une large plaie produite au bras gauche par un vésicatoire.
Cuivre . Si cette substance métallique est un poison violent, elle est aussi, à doses réfractées, un puissant excitant du système nerveux. INous avons obtenu quelques succès de la solution du sulfate acide de cuivre, chez des hypocondriaques et des épileptiques, mais il faut l’employer avec une grande circonspection. Une épilepsie idiopathique a cédé au sulfate de cuivre ammoniacal. On doit en commencer l’usage par un huitième de grain, et aller successivement jusqu’à dix grains, pour ne point éprouver d’accident.
Plomb. Ce métal, dont la mine est si répandue, ne nous a réussi que dans les névroses utérines. C’est le sel de saturne ou l’acétate de plomb des chimistes , que nous avons mis en usage, en
commençant par une goutte jusqu’à dix, dans une potion anti-spasmodique simple.
Argent. La seule préparation de ce métal, recommandée dans les névroses , est le nitrate d'argent fondu ou pierre infernale. Nous l’avons souvent employé contre l’épilepsie, et non-seulement il n’a produit aucun bien, mais il a donné lieu à des phénomènes étranges, ou à des accidens terribles. Plusieurs personnes atteintes de cette maladie, après avoir pris assez longtemps des pilules de deux grains de ce sel, ont aperçu sur-le-champ, et conservé pendant quelques jours, une teinte bleuâtre du visage. Nous sommes même si habitué à ce phénomène, que le dernier épileptique qui fut soumis à notre examen, présentait cette singulière circonstance. Nous lui demandâmes aussitôt s’il avait pris de la pierre infernale, il nous répondit : « beaucoup. » Un autre malade avait éprouvé une telle inflammation des organes digestifs, qu’a près un an de traitement, il se trouvait encore dans 1 impossibilité de prendre autre chose que du lait. Presque
constamment les accès d’épilepsie se rapprochaient par i’elFet du nitrate d’argent fondu.
Or. Une névralgie frontale , très rebelle , a cédé à l’action du muriate d’or, donné en pilules, depuis un grain jusqu’à six. Ce sel n’est autre chose que la combinaison de l’or avec l’acide muriatique 5 combinaison qui porte aujourd’hui le nom de chlorure d’or.
Phosphore. Ce corps, que l’on trouve dans les trois règnes de la nature, est souvent utile dans les névroses. Sa solution éthérée à la dose de vingt gouttes sur un morceau de sucre, réussit quelquefois dans la mélancolie; mais il faut répéter celte dose deux fois par jour, et pendant plusieurs mois.
Eaux minérales prises en boisson. Ces eaux n’agissent pas souvent avec avantage sur les affections du système nerveux. On ne peut cependant contester l’efficacité de plusieurs d’entr’elles, qu’elles doivent peut-être à l’influence du
changement d’air et de son extrême pureté ; du voyage, delà distraction, de la beauté du ciel, de la variété pittoresque des sites ; mais c’est surtout sous forme de bains et de douches , que ces eaux sont utiles dans les maux dont il s’agit.
d . Moyens curatifs appliqués à la surface extérieure du corps. Bains tièdes. Ils conviennent infiniment aux affections des nerfs des enfans et des femmes dont ces organes sont très délicats et très sensibles. Ces bains suffisent pour calmer des névralgies qu’on a vainement attaquées par des substances très actives. Nous donnons depuis long-temps des soins à une demoiselle vivement tourmentée par une névralgie de la cuisse gauche, qui a résisté à tout, excepté aux bains tièdes pris pendant trois ou quatre heures par jour * aujourd’hui les vaisseaux extérieurs du membre se gonflent peu à peu, la jambe se détend, le pouls est plus plein, il bat régulièrement ; le visage se colore, on y remarque une légère moiteur , et le sommeil commence à s’emparer de la malade.
Bains chauds, il est rare que les bains chauds généraux conviennent dans le traitement des névralgies, puisqu’ils produisent eux-mêmes des syncopes, des migraines, des vertiges, des cardialgies (spasmes douloureux de l’orifice supérieur de l’estomac), le hoquet, des convulsions.
Manuluves et pédduves. Ces bains opèrent des effets merveilleux quand on y a recours pour les douleurs spasmodiques de la tête, pour l’asthme, les palpitations du cœur, les fièvres nerveuses , etc. ; mais il faut avoir la précaution de se tenir debout dans les pédiluves très chauds. Voici ce qui nous est arrivé à ce sujet. Une dame, tourmentée depuis long-temps par une liémi-cranie , n’obtenait rien des bains de pieds , très animés, qu’elle prenait étant assise. Vous lui conseillâmes de les prendre debout; elle fut aussitôt soulagée. Cette manière tendrait-elle à faire circuler plus facilement le fluide nerveux, ou le pédiluve serait-il enfin dérivatif de ce fluide qui affluait vers la tête, comme cela arrive fréquemment au sang? Nous sommes d’autant plus porté à penser ainsi,
que la malade est très pçu sanguine ; qu’au moment de ses plus grandes douleurs la figure reste pâle, et que les pulsations des artères sont naturelles. Cette dame a eu d’ailleurs des sangsues à foison, subi plusieurs saignées, et n’en a été que plus souffrante.
Nous pensons que les manuluves doivent être préférés aux bains de pieds pour les névroses de la poitrine, tandis que pour celles de l’encéphale, ces derniers sont bien supérieurs ; une violente angine de poitrine a cédé promptement à l’usage, long-temps continué, des manuluves, après avoir résisté aux bains de pieds, aux larges saignées, etc.
Fomentations. Elles sont sèches ou humides. Les premières, qui se composent de sel, de cendres , de sarment, de laine ou de linge, etc. , convenablement échauffés, réussissent dans presque toutes les névralgies des articulations.
Les fomentations humides , que l’on prépare avec des substances émollientes, s’emploient avec
assez Je succès dans les rhumatismes chroniques, c’est un bain tiède dont la continuité est inappréciable.
Bains de sable. Il nous ont été d’un grand secours dans la sciatique. Un de nos malades , aussi heureux que l’empereur Auguste , a été radicalement guéri de cette maladie par ces bains. Il faut que le sable soit échauffé par les rayons du soleil , sur le bord de la mer ou d’une rivière. On peut remplacer le sable par le son, les feuilles de l’aune, ou des cendres, que l’on emploie de préférence aujourd’hui pour rappeler les noyés à la vie.
Bains de vapeurs. Ces bains, moins efficaces dans les affections nerveuses que dans celles de la peau, sont néanmoins très avantageux dans les névralgies articulaires. Les roideurs de ces parties ne résistent guère à l’usage de ces bains. Nous avons vu, en Russie et en Suède, les bains de vapeurs être un des besoins du peuple. On en trouve dans presque chaque village. Cette précaution
parait être appropriée au climat, qui tient la libre musculaire dans un état de rigidité permanente. Que ces bains soient artificiels ou naturels, simples ou composés, ils n’en agissent pas moins de même pour les maladies nerveuses.
Bains de gélatine. De tous les bains composés que la médecine emploie, contre les névralgies, nous n’en connaissons pas de plus essentiellement utiles que ceux de gélatine. Le meilleur moyen de les préparer est de se servir d’une certaine quantité de tripes (viscères de bêles à cornes), que l’on fait bouillir. Ces bains conservent longtemps leur chaleur , et ramollissent d’une manière particulière les parties soumises à leur action. C’est par ces. moyens que plusieurs entéralgies ont été apaisées.
Bains froids. Nous ne reconnaissons Futilité de ceux-ci que pour les maladies nerveuses qui affectent particulièrement le cerveau ou ses enveloppes. Le froid est en général ennemi des nerfs, comme le disait Hippocrate; aussi est-d rare
qu’une autre affection nerveuse, que celle de l’encéphale, se trouve bien de l’application du froid. Il diminue, par son influence, le stimulus de la chaleur, faction des vaisseaux, l’énergie des sensations de l’organe cérébral, et chasse , pour ainsi dire, les fluides qui se sont portés vers ce viscère par l’eflèt de l’incitation. On ne se trouve jamais mieux du bain froid que lorsqu’on y entre la tète la première. ÏNous avons vu guérir un maniaque et une mélancolique, par le seul usage de ce moyen. On connaît le bon effet de la glace sur la tête dans les lièvres ataxiques (malignes).
Il nous fut prescrit en Autriche, pendant la campagne de 1809, de combattre par les bains froids les nombreuses affections tétaniques qui se manifestèrent parmi les blessés ; plusieurs en obtinrent d’heureux résultats.
Les bains d’eau de mer nous ont souvent réussi dans l’hypocondrie et l’hystérie; ils agissent plutôt par le mouvement que l’on s’y donne et leur vertu réfrigérante, que par le sel qu’iL
contiennent , qui cependant peut augmenter la propriété excitante.
Bains de surprise. On les a recommandés contre quelques vésanies, l’épilepsie, etc., quoiqu’on ait vu des accidens affreux résulter de leur emploi. Faudrait-il, parce qu’un fou se sera guéri en se jetant par la fenêtre, avoir recours à des moyens semblables pour d’autres aliénés?
Bains d’eaux minérales. Les eaux minérales, employées sous forme de bains, n’ont d’autre action que celle des bains ordinaires. Cependant les bains salins, tels que ceux de Balaruc , de Bourbonne-les-Bains, etc., méritent quelque préférence comme plus excitans.
Douches. Les douches, qu’elles soient composées d’eau acidulé, ferrugineuse, sulfureuse, etc., n’agissent que par la percussion continuellement renouvelée quelles exercent à la surface de la peau, à moins que les substances dissoutes n’augmentent la' force de cette percussion. Nous avons
l’expérience que les douches d’eau chaude ont dissipé des douleurs articulaires invétérées , des sciatiques, des rhumatismes chroniques, etc. Des paralysies ont cédé à l’usage des douches salines, après avoir résisté aux vésicatoires, aux moxa. Nous sommes certain que la douche ascendante , introduite par l’ouverture vaginale , a remédié à des hystéries très anciennes.
Il est des rhumatismes qui ne résistent guère aux douches froides ; ce sont les rhumatismes aigus, à cause de la soustraction du calorique qu’ils opèrent promptement, soustraction qui diminue la force de la puissance incitante.
Boues. Les boues conviennent également dans quelques cas de paralysie des membres, et dans les rhumatismes chroniques. Celles de Saint- Amand ont combattu , avec le résultat le pi us satisfaisant, une sciatique que rien n’avait pu détruire. Celles de Bagnères-de-Luchon ont mis lin à une hystérie jusqu’alors très opiniâtre.
Les boues ferrugineuses , comme celles de
Saint-Àmand, et les sulfureuses, comme celles de Barèges, sont les plus fructueuses dans le traitement des névroses.
Frictions 3 Massage et Tractions. Si les personnes rliumatisées pouvaient s’imaginer de quelle utilité sont ces moyens dans le traitement de ces alfections chroniques, surtout lorsqu’elles sont fixées sur les articulations ; si ces personnes avaient la patience nécessaire pour employer assez long-temps ces agens vraiment puissans , elles auraient rarement besoin d’avoir recours à d’autres procédés. Nous avons vu beaucoup de névralgies articulaires disparaître par des frictions faites seulement avec de la flanelle ou une brosse douce.
Le massage, si usité chez les peuples de l’Orient, est une des armes les plus propres à combattre beaucoup de névralgies. Un médecin a guéri un tétanique, en le faisant pétrir vivement au sortir d’un bain de gélatine où il était resté quatre heures. Le massage est encore d’une
grande ressource dans les rhumatismes articulaires chroniques. La traction des articulations, dans les rhumatismes, est un moyen inappréciable.
Un général polonais, atteint de paralysie des extrémités inférieures, nous consulta apres la bataille de F riedland. Nous reconnûmes que cette affection n’avait pas sa source dans une lésion du cerveau j les articulations étaient roides et presqu’ankylosées; un domestique vigoureux et très attaché à son maître , saisissait matin et soir les articulations du malade avec les mains graissées de moelle de bœuf, les massait et les faisait craquer chaque fois cinq minutes de plus. Cette manœuvre dura près de six mois, au bout desquels le général commença à marcher avec des béquilles, et plus tard sans aucune espèce de secours. Pendant le jour deux espèces d’attelles articulées entretenaient ou plutôt forçaient les articulations des genoux et des pieds à quelques mouvemens d’extension et de flexion.
Flagellations. Cette pratique , si usitée en
.Russie, a aussi son mérite. C’est particuliérement dans les paralysies des membres, que ces moyens sont vraiment curatifs, en réveillant la sensibilité animale, d’abord de la peau , et par suite des parties sous-jacentes.
Il est une mélancolie dont il est inutile de faire connaître la source à tous nos lecteurs , et que les médecins ont déjà devinée, contre laquelle la flagellation est d’une utilité reconnue.
L’observation suivante donnera une idée précise de l’importance de la flagellation dans beaucoup de maux de nerfs, surtout dans les vapeurs hystériques.
Une jeune femme de Berlin éprouvait assez fréquemment des spasmes violens accompagnés de perte de connaissance, de soupirs, de gémissemens, etc . Logé chez cette dame, nous fûmes appelé pourla secourir. Peuexpérimenté encore dans l’art de bien distinguer les causes et d’apprécier les véritables moyens dérivatifs de ces affections
du genre nerveux , nous eûmes tout bonnement recours aux potions anti-spasmodiques les plus promptement agissantes, mais sans résultat satisfaisant. Enfin, nous commencions à nous affliger sur le sort de la malade, lorsque son mari arriva ; et s’armant d’un paquet de roseaux, il nous dit en langage tudesque : « Éloignez-vous, laissez-moi faire. » Fustigeant aussitôt la figure, les mains, les pieds de sa pauvre moitié, il la fit revenir en quelques minutes, ce que nous n’avions pu faire depuis près de quatre heures. Beaucoup de dames françaises sont disposées d’avance à blâmer ce procédé ; mais nous leur dirons que la flagellation est un moyen thérapeutique comme un autre, et que ce mari était un chimiste distingué de la capitale de la Prusse.
Ventouses. Les ventouses sèches, qui servent seulement à rubifier la peau ou à exciter les vaisseaux capillaires, sont très utiles pour com~ battre les rhumatismes musculaires.
Les ventouses scarifiées opèrent des prodiges
dans le lombago , les névralgies des hanches, de l’épine. Nous avons constamment employé ces ventouses, avec plus ou moins de réussite, en les appliquant sur l’épigastre pour les gastralgies , et sur le ventre pour les entéralgies.
Cautères et sétons. Les cautères conviennent clans beaucoup de maladies nerveuses ; mais il faut les poser loin de l’endroit de la douleur ou de l’organe qui est le siège de la névrose. Nous avons vu guérir, par des cautères établis aux cuisses , des asthmatiques qui ne comptaient guère sur leur rétablissement.
LTne céphalalgie très intense a cédé miraculeusement à l’application d’un cautère au bras gauche : cet exutoire, précédemment établi à la nuque, n’avait rien changé à l’état du malade. Pour les affections des nerfs, ces moyens doivent être préférés aux vésicatoires.
Le cautère est potentiel , quand il n’agit que quelque temps après son application. On dit
que le cautère est actuel , lorsque son action est instantanée; l’action du feu, par exemple, soit par un métal rougi à blanc, ou tout autre corps igné.
Quant aux sétons, ils ne sont pas préférables aux cautères dans le traitement des névroses.
Mooca. Les Japonais elles Chinois, à qui nous devons ce puissant moyen de guérison de beau-
coup de névralgies , le préparaient avec des feuilles d’armoises réduites à une espèce de duvet. On a perfectionné le 1 noxa : que n’a-t-on pas perfectionné ?
Sans énumérer les différentes substances employées; abandonnées et reprises, nous dirons que le mooca est héroïque dans les maladies articulaires compliquées de névralgie.
Un officier de la garde royale, jeune homme d une constitution robuste, reçoit plusieurs coups de pied de cheval sur le genou droit. Peu de
temps après la dernière percussion , douleurs sourdes dans l’articulation , augmentant bientôt d’intensité. Le malade marche avec peine; une année se passe dans cet état de choses qui semble en stagnation. Au bout de ce temps , une chute sur ce genou renouvelle et rend les douleurs plus vives. Le blessé en éprouve une qu'il dit s’étendre dans toute la longueur du membre.
Le médecin traitant reconnaît plus positivement un gonflement énorme de l’articulation, qui n’avait point encore fixé son altention. Des sangsues, des onguens, etc. , sont les moyens préférés. Les mouvemens deviennent si difficiles et les douleurs si fortes, que ce malheureux officier est contraint de garder le lit.
Un autre médecin est appelé : il examine attentivement la partie affectée, qui lui offre un engorgement considérable dans tout le pourtour de l’articulation , et des douleurs atroces, même pendant le repos le plus absolu.
Le moxa est proposé sur-le-champ, et, sans
désemparer , une pyramide de coton est brûlée sur le genou même. La névralgie disparaît aussitôt. Tous les jours nouveau moxa. Le malade en a eu jusqu’à trente-six. Au deuxième, il allait de son lit à la salle à manger. Il est bien aujourd’hui ; mais le moxa n’ayant pu faire disparaître le gonflement osseux , le malade boite , toutefois sans douleur et sans béquilles.
Ce fait, et mille autres que nous pourrions citer, doivent suffire pour constater l’efficacité du moxa dans les névralgies articulaires, et, qu’avec moins de science, plus de jugement, et point de système exclusif, on guérit souvent, quoi qu’en disent quelques novateurs dangereux.
Electricité. Nous voilà arrivé à la pratique la plus salutaire dans le traitement des névroses. Les espèces de tic, les crampes, les tétanos, les différens tremblemens, la danse de Saint-
Guy , 1 asthme , les paralysies , la goutte sereine , la surdité, le mutisme, etc., trouvent, dans l’électricité , un moyen aussi prompt que cer-.
lain ; mais il ne faut y avoir recours, dans les rhumatismes aigus surtout, que lorsque la fièvre a cessé. On isole alors le malade, et on le met en communication avec le conducteur de la machine électrique par la partie alléctée de rhumatisme, puis on présente une pointe au côté opposé de cette partie. Par ce moyen on oblige la masse du lluide électrique à la traverser. Cette méthode convient lorsque les personnes sont faibles; si elles sont fortes, il faut préférer le bain électrique, les étincelles, les commotions , dont on augmente progressivement l’énergie.
Nous avons vu guérir une odontalgie , en tirant le lluide électrique de la dent malade, au moyen d’une pointe ; et le vertige, en frappant de commotions alternatives les deux tempes et le sommet de la tête. Nous reviendrons au bienfait du fluide électrique, dans les maladies nerveuses , lorsqu’il sera question de l’épilepsie.
Magnétisme animal. Le magnétisme animal
(levait naturellement trouver ici sa place; car ce n’est que dans le traitement de quelques névroses que cet agent est certainement avantageux. On ne peut pas plus nier ses effets, qu’il n’est permis de mettre en doute l’existence du galvanisme. Le magnétisme animal n’est autre chose que la faculté de réduire un phénomène électrique qui se développe, dans l’économie animale, par l’action exclusive des nerfs.
Ce phénomène a plus ou moins lieu dans chaque individu. Les tempéramens nerveux y sont plus particulièrement exposés. On doit donc pouvoir (et l’expérience l’a démontré) diminuer son exubérance, comme on rend moins a bondans, par les moyens connus, la bile, le sang, la lymphe, etc.
Mais pourquoi faut-il tant agir sur l’imagination pour magnétiser avec succès? Nous répondrons : Quel est le malade qui n’exige pas que son médecin lui inspire de la confiance? Quel est celui qui se décidera à prendre un nié-
dicament pour lequel il aura conçu de l’aversion? Eh! bien , si le magnétisme animal a un plus grand besoin d’être secondé par la foi de la personne qui réclame ses secours , c’est que le trouble de l’imagination est un des principaux symptômes des affections produites par la surabondance du fluide nerveux. Ainsi le magnétisme animal agit aussi efficacement dans le traitement de certaines maladies nerveuses, que la saignée dans celui des inflammations aiguës , l’émétique dans les embarras gastriques, les toniques dans les affections lymphatiques, etc.
Mais, nous dira-t-on encore, on peut abuser du magnétisme animal , et cet abus deviendrait plus funestement contraire aux mœurs. De quoi ne peut-on pas abuser? La superstition nous fcra-t-elle renoncer à la religion ? le philosophisme à la philosophie ? le physiologisme à la physiologie? Persuadons-nous bien qu’il n’existe pas de panacée universelle; mais ne repoussons aucun moyen de soulager nos semblables, surtout lorsque des faits, tels que le suivant , attestent que rien n’est à dédaigner en médecine.
Une dame de beaucoup d’esprit, regrettant trop amèrement d’autres avantages, est tout-àcoup frappée de monomanie . ElJe passe deux années à consulter un nombre considérable de médecins, et à suivre leurs conseils. N’en obtenant aucun soulagement, elle a recours au magnétisme animal, il lui est administré par un monsieur avec lequel elle n’est nullement en rapport; aussi n’en éprouve-t-elle que peu ou point de bien. Une dame pleine de douceur, de charité, de volonté, autant que d’autres qualités dignes d’une destinée plus heureuse, est proposée à la malade pour en recevoir l’influence magnétique. Aussitôt il s’établit, entre ces deux êtres également intéressans , une sympathie tellement étroite, qu’à la première séance la malade se trouva calmée au point de ne pouvoir plus se séparer de sa bienfaitrice; mais celle-ci ayant été trop fatiguée, il lui fut recommandé de renoncer à la pratique du magnétisme.
Cette décision fut annoncée à la malade, qui en fut sensiblement affectée. Elle continua à faire
de fréquentes visites à celle auprès de laquelle elle
trouvait encore un baume à ses souffrances. Sympathie , antipathie, dira-t-on : soit, mais nierat-on l’évidence ? Encore une fois, que le magnétisme animal agisse mécaniquement ou moralement, il n’en est pas moins prouvé , pour nous (et rien ne changera notre opinion à cet égard), que cet agent fait circuler ou sortir le fluide nerveux. Nous citerions d’autres observations plus concluantes que celle-ci , si nous ne nous étions imposé le devoir d’être concis.
Phlébotomie. La phlébotomie est sans doute l’anti-spasmodique par excellence chez les sujets nervoso-sanguins. Certaines névralgies symptomatiques cèdent également à cette opération. Par exemple, les convulsions qui dépendent d’une irritation cérébrale, les spasmes qui accompagnent quelquefois les fièvres d’accès malignes, etc.
Acupuncture. On aurait tort d’abandonner cette opération , si salutaire dans beaucoup de névroses. 11 est rare que la paralysie d’un mem-
Lre, la sciatique, le torticolis, le lombago, etc., ne soient pas toujours soulagés, et souvent guéris, par i’eflet de cette piqûre. Nous avons remarqué que l’aiguille aimantée réussit à merveille dans le rhumatisme aigu : serait-ce en soutirant une partie du fer qui existe dans le sang en assez grande quantité? Nous serions tenté de le croire ; car plus nous avons .de fer dans ce liquide, plus nous sommes forts et vigoureux: cela est assez prouvé par Faction des martiaux sur l’économie animale.
Trépanation. Nous sommes convaincu, plus que jamais, que par l’application du trépan, on peut faire cesser une grande partie des névroses cérébrales. Mais, nous dira-t-on, le lieu d’élection est le plus souvent obscur pour l’application de cet instrument. Nous répondrons que l’expérience seule peut nous apprendre à bien distinguer les signes qui indiquent le siège d’un épanchement ou la présence d’un corps étranger dans le cerveau.
Des discussions se sont élevées , dans ces der-
niers temps , sur la paralysie de tout un côté du corps qui accompagne souvent un épanchement dans le crâne; quelques médecins prétendent que ce symptôme n’existe pas toujours du côté opposé à l’épanchement. Nous voulons bien supposer qu’il en soit quelquefois ainsi ; mais parce qu’un enfant sera venu au monde avec deux ou quatre dents, devra-t-on en conclure que la dentition n’a pas des époques déterminées?
Nous ne balançons pas à nous prononcer en faveur de la trépanation pratiquée sur la partie du crâne opposée à celle du corps où la paralysie s’est manifestée. Si l’on ne rencontrait pas le liquide épanché, quel mal y aurait-il à poser une couronne de trépan sur un autre point? et si la paralysie n’existe pas, nous dirons qu’il faut appliquer le trépan sur l’endroit même du crâne qui a été frappé , parce qu’il est assez probable que l’épanchement se sera établi du coté pei — cuté. N’existe-t-il pas , d’ailleurs , d’autres signes pour indiquer le lieu de l’epanchement, lels que l’habitude de se coucher sur un côté de la
tête plutôt que sur un autre ; de porter la main , de préférence , sur une partie du crâne ; enfin , les indices de la fracture , comme la douleur, l’empâtement de la peau, etc. ?... C’est aussi dans beaucoup d’affections mentales que nous ■voudrions voir les médecins recourir à la trépanation.
Une femme âgée de trente-trois ans , atteinle de manie furieuse, avait des momens lucides de longue durée. Elle profite d’un de ces relâches pour parcourir un livre de chirurgie, qui lui apprend que le trépan tend à débarrasser le cerveau des corps qui le compriment et gênent ses fonctions. Aussitôt elle s’imagine que cette opération peut lui être utile. Elle se présente à nous, et nous demande, avec instance, de lui faire l’application du trépan. « Calmez- vous , plus tard nous examinerons si la trépanation peut vous convenir ; telle fut notre réponse. »
La malade n’est point satisfaite. Rentrée chez elle, elle se perfore le côté droit du crâne avec
un vilebrequin; après celte opération elle tombe sans connaissance , et sa chute avertit ses pareils qui accourent réclamer notre secours. Nous arrivons à l’instant; la malheureuse était encore sans connaissance et blottie sur elle-même. Un léger écoulement séreux et sanguinolent avait lieu par l’ouverture que cette femme s’était laite. Nous appliquons une couronne de trépan qui laisse sortir une quantité considérable de ce liquide. La malade sort de son anéantissement, et nous accuse de l’avoir mise dans l’état où elle est. Tous les soins lui sont prodigués , et , au bout de deux mois, elle est rétablie des suites de l’opération et de la maladie qu’elle éprouvait. Elle ne parle de son ancien état, que comme d’une chute pour laquelle on l’a trépanée.
Un idiot, qu’on avait forcé de servir dans un régiment, reçut, à la bataille de Wagram , un éclat d’obus qui lui enleva une portion de l’os pariétal gauche : cette portion osseuse , qui tenait encore un peu par des parties de peau, fut détachée et recueillie avec beaucoup de soin.