DE L’ÉPILEPSIE EN PARTICULIER
Une maladie, dès l’invasion de laquelle celui qui en est atteint pousse un cri , tombe , perd la connaissance et Ja sensibilité ; pendant laquelle il écume , fait craquer les dents , contourne les membres , et après laquelle il paraît être dans l’idiotisme le plus* complet , offrant aux personnes qui l’entourent des contusions, des déchiremens, des fractures, et souvent des hémorragies abondantes : voilà, en peu de mots, comment on a défini l’épilepsie, maladie (plutôt infernale que sacrée ) que le législateur devrait se hâter de soustraire aux regards du public, lorsque la médecine est assez malheureuse pour ne pas la guérir promptement.
Il nous serait très facile de tracer un tableau plus fidèle, et surtout plus hideux, de cette névrose ; mais ce serait tomber dans les inconvéniens que nous reprochons à notre législation , avec d’autant plus de force, que nous sommes
moralement certain que cette maladie nerveuse
est souvent curable.
C’est en 1806 que nous est venue l’idée de nous occuper sérieusement du traitement de l’epilepsie. Nous nous trouvions alors en Prusse , logé chez un médecin de ce pays, qui jouissait d’une grande réputation pour la cure de cette maladie. Ce docteur combattait en effet l’épilepsie sympathique avec un succès étonnant. Il employait l’eau distillée de laurier-cerise, la poudre de racine d’armoise, et le prussiate de fer (bleu de Prusse). Un régime convenable était prescrit pour seconder l’elfet de ces substances.
Nous avons attendu d’être entièrement livré à nous-même, et débarrassé des occupations sans nombre que suscite le service de santé militaire,
pour réunir nos observations anciennes et nouvelles, et les livrer au public. Ce qui nous a principalement décidé à poursuivre nos recherches sur F épilepsie, c’est le fait suivant.
Une dame octogénaire, à laquelle nous donnions nos soins, en i8i4j avait un petit chien devenu l’objet de ses plus tendres affections ; mais il était épileptique. La bonne dame n’avait rien négligé pour guérir le cher compagnon de sa vieillesse. 11 avala un jour un noyau de lauriercerise dans le jardin de sa maîtresse , et depuis, il n’a éprouvé aucune de ces convulsions qui , auparavant, se reproduisaient tous ies jours.
Il est inutile de présenter ici l’exposé de tout ce qui a rapport à la nature , à la marche et aux symptômes de l’épilepsie. Le profond et bien vénérable baron Portai, a satisfait tous les médecins sur ces points divers, et cette maladie étant du nombre de celles qui frappent le système nerveux , il a été question , dans la deuxième partie de ce livre , de tout ce qui tend à éclairer
le diagnostic des névroses., que nous nommerons encore les maladies de la civilisation , ou plutôt de ses excès , dussions-nous déplaire à plus d’un novateur. Ensuite , comme il faut adopter autant d’épilepsies qu’elles reconnaissent de causes déterminantes (car les causes éloignées ou prédisposantes sont celles qui sont également propres à toutes les maladies nerveuses , et que nous avons énumérées ailleurs), nous leur donnerons, autant que possible, des noms tirés de ces causes ou des parties sur lesquelles ces maladies se seront fixées, et nous passerons immédiatement au traitement le plus approprié à chacune d’elles , en citant une ou plusieurs observations à l’appui.
On a prétendu , jusqu’à ce jour, que l’épilepsie avait constamment son siège dans le cerveau ; il n’en est pas ainsi : point d’attaque complète d’épilepsie, il est vrai , sans trouble cérébral plus ou moins considérable ; ce désordre, sans contredit , est le sine quâ non de la maladie , surtout d’après le nom qu’on lui a assigné. Mais l’épilepsie peut débuter dans un autre organe ; la
preuve, c’est que si vous arrêtez à temps celte vapeur ( aura epileptica ) qui part souvent d’un point éloigné de l’encéphale , l’accès épileptique n’aura pas lieu complètement , c’est-à-dire , que le cerveau ne sera point atteint.
Tous les organes reçoivent des nerfs ; or l’épilepsie se déclare soudain dans l’un comme dans l’autre de ces organes, suivant les causes agissantes. L’épilepsie a donc son siège primitif dans le système nerveux.
Il est sans doute des épilepsies dont le siège immédiat est dans le cerveau, puisque ce viscère est l’origine de tous les nerfs, quoi qu’en aient ditBichat, Legallois, etc.... Ces épilepsies sont les plus funestes et les plus difficiles à guérir; car la scène se passant primitivement, et presque toujours entièrement, dans un organe si essentiel à la vie et à l’exercice de nos facultés intellectuelles , la perte de ces facultés, ou la mort de l’individu, en sont presque toujours les suites.
Il est bien d’autres maladies qui donnent lieu
4 des symptômes aussi effraya ns que ceux que nous offrent les épileptiques. Par exemple, toutes les affections graves du poumon, du cœur, de l’estomac, du foie , etc. , sont souvent et promptement suivies de délire, d’assoupissement, ou de soubresauts des tendons. Dira-t-on, pour cela, que ces affections n’avaient pas eu lieu d’abord dans les organes que nous venons de nommer?
D’apres ces questions, il serait impossible, ce nous semble, de ne point admettre autant d’épilepsies qu’il existe d’organes susceptibles d’être affectés par ces maladies , ou de causes capables de les produire. Ces causes et ces organes étant différens, les traitemens doivent l’être aussi, et nous osons soutenir qu’on aurait guéri un plus grand nombre d’épilepsies, si on se fût plus attaché aux causes qui peuvent leur donner naissance.
Isous définirons donc l’épilepsie, une névrose avec ou sans symptômes cérébraux , et nous la diviserons en idiopathique ou essentielle , en sympathique et symptomatique.