‹ Des maladies nerveuses en général, de l'épilepsie en particulier, et des moyens de les combattre avantageusement; recherches précédées d'un court examen physique et moral du système nerveux, et mêlées de réflexions sur quelques changemens à faire subir à notre législationChapitre 23 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

/épilepsies idiopathiques ou essentielles.

Les épilepsies essentielles sont celles qui se déclarent immédiatement sur le cerveau ou sur l’une de ses dépendances. ,

A. Epilepsies sans causes connues .

L’épilepsie que nous apportons en venant au monde , est excessivement obscure. En effet , comment s’assurer si elle tient à un vice de la conformation intérieure du crâne, à une lésion de la substance cérébrale ou des membranes qui l’enveloppent, à une commotion imprimée à l’enfant par sa mère , pendant quelle en était enceinte? Comment déterminer la nature de cette commotion ? Cependant point d’espoir de guérison , si la véritable cause est ignorée ; aussi a-t-on toujours considéré l’épilepsie congé-

niaie comme rebelle aux ressources de la médecine.

Toutefois les pères de famille doivent se rassurer, s’ils ont le courage de celui dont l’enfant fait le sujet de l’observation suivante.

Premier Fait. Un colonel d’infanterie se marie immédiatement après la campagne de i8i4; avec une veuve éminemment nerveuse, qui, au bout de trois mois, s’aperçoit quelle est grosse. Au sixième mois de sa grossesse elle éprouve une frayeur à la suite de laquelle elle est deux heures sans connaissance. Elle n’en accouche pas moins à terme d’un garçon bien constitué, mais qui, deux mois après sa naissance, est frappé d’épilepsie. Il est confié à une nourrice lymphatique , saine et d’une douceur remarquable.

Le nourrisson continue d’éprouver des accès d’épilepsie qui se renouvellent tous les quinze jours. On a recours à divers traitemens. L’en-

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faut arrive à l’âge de huit ans saris qu’on s’aperçoive du plus petit changement dans son étal de maladie; au contraire, les attaques périodiques sont plus violentes. Le père est persuadé que son fils a c le l’eau dans la tête , et que la trépanation peut le sauver. 11 ajoute : « J aime mieux le voir succomber à cette opération , que de le conser- • ver dans une position si cruelle. » Une couronne de trépan est, appliquée sur le pariétal droit ; une once, environ, d’un liquide jaune et teint de sang s’échappe, et fin trépide père conserve celui qu’il nomme tout son avenir. Cet enfant est aujourd’hui âgé de près de quinze ans , et ne ressent plus rien. Seulement on le ménage beaucoup , à cause de son extrême sensibilité.

Comme nous l’avons déjà fait observer, le lieu d’élection n’est pas toujours parfaitement indiqué pour se livrer à cette opération , mais il faut tenter, et dans ce cas, meliits anceps , quàm nul him , etc. Nous examinerons, plus loin, à quels signes on peut reconnaître l’endroit du cerveau où l’épanchement s’est effectué.

Deuxième Fait. Une demoiselle de vingtsept ans, orpheline, riche, jolie et épileptique, n’avait jamais voulu déclarer sa maladie, dans la crainte de ne pouvoir se marier. Les accès ne se manifestaient cpie la nuit, circonstance qui dérobait, aux nombreux prétendans, l’affection qui, trois fois par mois, venait de-

ranger le sommeil de la malade , et la plonger dans le désordre le plus complet. Un notaire enfin est préféré , et l’ union conjugale a lieu. Cette fois, du moins, la rédaction du contrat ne donna lieu à aucune réclamation , et ne parut pas coûter trop cher.

Dix-huit mois se sont à peine écoulés, que la malade donne le jour à deux garçons, au milieu même de tous les symptômes de la maladie dont le mariage ne l’a point délivrée. Le mari paraît d’abord satisfait j mais il s’effraie bientôt sur le sort de scs jumeaux , quoique sa femme ne lui ait présenté la maladie dont elle est affectée, que comme le résultat d’une grande susceptibilité nerveuse. En effet, ces pauvres en fa 11s sont

pris , presqu’en même temps , d’épilepsie. Un médecin éclairé est consulté , et prend les précautions les plus sages pour préserver ces êtres innocens de secousses nouvelles. Efforts superflus ! l’épilepsie leur a été transmise héréditairement, et désormais rien ne pourra les débarrasser de ce fléau , si la Providence ne vient à leur secours.

Ces deux enfans se promenaient un jour en calèche découverte (ils avaient alors trois ans), sous la seule surveillance d’une femme de chambre. Les chevaux s’emportent , la calèche est renversée : l’un de ces infortunés n’a que le bras droit démis, mais l’antre reçoit un coup de pied de cheval qui fracture l’os occipital. Les soins les mieux dirigés lui sont prodigués. Une portion de cet os qui était enfoncée , est enlevée avec adresse , la plaie pansée avec méthode , et le malade, après trois mois de traitement, se trouve guéri de tous ses maux. Son hère succomba , un an apres, dans des convulsions affreuses. Nous sommes parvenu à rendre une épilepsie hérédi-

taire moins fréquente et beaucoup moins vive, en soumettant la demoiselle de dix-huit ans, qui en était atteinte , à un régime qui axait presque changé son tempérament essentiellement nerveux.

Troisième Fait. Une demoiselle âgée de dixsept ans, très maigre, fort pâle et bien réglée, issue de parens nerveux, ayant été nourrie par une femme très irritable, est affectée d’épilepsie au moment où l’on devait le moins s’y attendre. Des médecins sont aussitôt appelés. Rien n’est négligé; tous les traitemcns sont successivement mis en usage, abandonnés, repris, et toujours sans succès. Les parens espèrent que nous serons plus heureux, et viennent nous consulter. Nous proposâmes plusieurs moyens, qui tous avaient déjà échoué. Gomment trouver la véritable cause d’un désordre si opiniâtre ? Cependant les parens insistent, et la jeune personne ajoute, avec l’accent de la résolution la plus forte : « Monsieur , je veux guérir ou mourir. » C’était bien là le langage du désespoir, c’était bien là aussi une

épilepsie constitutionnelle , si on peut s’exprimer ainsi. Les païens nous laissèrent également carte blanche. En conséquence , la malade fut soumise au traitement suivant.

Régime. Des alimens très substantiels , mais sous un petit volume, tels que les gelées de viande , le chocolat ferré, les consommés contenant des jaunes d’œufs* de l’eau très aérée pour unique boisson ; un lit composé d’une paillasse remplie de fleurs de tilleul et de feuilles d’oranger desséchées ; l’air de la campagne ; les bains de gélatine, dans lesquels on jetait deux pintes d’éther acétique au moment d’y entrer; le repos de l’âme, des distractions agréables ; des lectures amusantes (car une application convenable à l’étude est salutaire pour prévenir les passions qui, suivant l’ingénieuse idée de Billion , ouvrent la porte par laquelle il sort le plus d’individus de ce monde); tel fut le régime recommandé.

.Traitement. Des pilules de musc et d’assafœtida. Ces substances furent d’abord données à

la dose d’un grain, et portées progressivement à vingt grains par jour ; des lavemens contenant jusqu’à deux onces de teinture éthérée de castoreum ; des vésicatoires volans , saupoudrés de camphre et d’aimant, et promenés sur le basventre ; quelques commotions électriques imprimées à cette partie ; tels sont les moyens curatifs que nous avons mis en usage le Ier mars 1826 et qui ont été suivis avec une persévérance unique. Aujourd’hui, 3 septembre 1827, la malade n’éprouve plus rien. Tout fait espérer qu’aucun accident ne se reproduira. O11 est dans l’intention de profiter de cet heureux changement pour marier cette demoiselle.

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