ÉPILEPSIES IDIOPATHIQUES PRODUITES PAR DES CAUSES PHYSIQUES
B . Épilepsie idiopathique cérébrale.
Premier Fait. Un élève en droit , âgé de vingt - trois ans , d’un tempérament très irritable, d’une cornplexion grêle, reçoit un violent coup de poing sur la tempe droite; il tombe, et devient épileptique. Il n’avait jamais éprouvé aucune atteinte de cette maladie; ses père et mère avaient toujours joui d’une santé parfaite. Ce malheureux jeune homme succombe à la sixième attaque épileptique. La nécropsie est pratiquée; on découvre un épanchement séreux dans le ventricule droit. Le trépan pouvait être utile ici, en enlevant la cause qui comprimait le cerveau.
Deuxième Fait. Lu ouvrier maçon, âgé de
quarante ans, d’une constitution pléthorique, 11’ayant jamais éprouvé que des indispositions légères , est tout - à - coup frappé d’épiiepsie. Le médecin consulté reconnaît que cette maladie est Telle t de l’action du soleil. En effet, le malade avait travaillé , exposé aux rayons ardens de cet astre et la tête découverte, pendant une journée du mois de juillet 1816. Des applications froides sont faites sur la tête, plusieurs saignées du pied sont pratiquées successivement. Le malade se rétablit lentement. Il s’est toujours bien porté depuis.
Troisième Fait. Un clerc de notaire, âgé de vingt ans, épileptique depuis l’âge de dixhuit mois, meurt dans un accès violent de cette maladie. La nécropsie est faite. On ne trouve d’autre cause qu’une épaisseur considérable des os du crâne, dont les sutures avaient disparu. Les os pariétaux, surtout , présentaient une épaisseur d’un demi-pouce. On conçoit qu ici l’art ne peut être d’aucun secours.
Quatrième Fait. Un Suisse, âge de dix-
huit ans j reçoit un coup de bâton sur le sommet de la tête, qui le rend épileptique. Six mois après, dans un accès de cette névrose, il tombe d’un deuxième étage dans la ri;e, et sur les pieds. Un sang jaunâtre jaillit aussitôt par les narines et les oreilles; des voniissemens bilieux se succèdent d’une manière e (Trayante. On crut un instant que ce jeune homme ne résisterait pas à la commotion cérébrale. Plusieurs lois les veines des pieds sont ouvertes ; un émétique en lavage est donné , et le malade , au bout de deux mois, est entièrement rétabli. Il y a quatre ans que cet événement est arrivé ; aucun accident épileptique n'est encore venu renouveler les inquiétudes des parens.
Cinquième Fait. Un pharmacien, âgé de quarante ans, dune constitution robuste, devient tout -à -coup épileptique. Le médecin, consulté, a subitement recours aux anti-spasmodiques , d’abord les plus simples, ensuite les plus énergiques. Les accès se rapprochent au point de se reproduire six fois par jour. Leur durée était
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d’une demi-heure. Un autre médecin est appelé,
et reconnaît que la pléthore sanguine est la seule
cause de la maladie, li saigne à outrance tous les huit, quinze et trente jours; prescrit une diète sévère, et, plus tard, un régime atténuant. Le malade ne tarde pas à être débarrassé entièrement de l’épilepsie cérébrale qui faisait le désespoir de sa famille.
Sixième Fait. Un boucher, jeune encore, de Rouen, reste, pendant trois ans, un des épileptiques les plus malheureux que nous ayons vus. Les accès ne lui laissaient pas une heure de répit. 11 finit par succombera un hydrotorax survenu en peu de temps. Nous rencontrâmes des concrétions osseuses sur la dure-mère.
Septième Fait. Louis de S...., âgé de trentedeux ans , était depuis long - temps entre les mains de deux médecins fameux de Paris, pour une épilepsie dont les attaques étaient aussi très fréquentes. Il nous fut présenté le i3 août 1 8 1 ; nous crûmes reconnaître la présence d un
corps particulier exerçant une pression sur le cerveau , voici à quels signes : le malade, dans l’intervalle des accès , éprouvait constamment le besoin de porter la main sur le pariétal gauche, qui, disait-il, lui semblait beaucoup plus gros (même sans y toucher) que celui du côté opposé. En efïèt, cet os nous parut plus élevé à la vue. Immédiatement après les attaques , la tête était penchée de préférence sur l’épaule gauche * il y avait ambfyopie , et la pupille du côté droit était contractée, tandis que l’autre présentait un état de dilatation extrême.
Nous fîmes raser la tête, et avec un cylindre métallique creux, nous Ja percutâmes dans tous les sens. Le malade nous dit : « Il me semble que ce côté ( en portant la main sur la bosse pariétale droite) résonne plus clairement que l’autre. » Nous ne balançâmes pas à déclarée que , sous le pariétal indiqué , existait la cause de la compression cérébrale qui avait déterminé l’épilepsie.
En conséquence, nous proposâmes une cou-
ronne de trépan. Les parens s’y refusèrent. Nos confrères ne dirent ni oui, ni non. Huit jours après notre proposition, le malade mourut.
Nécropsie. Nous trouvâmes à la face externe de la dure-mère, sous l’os pariétal gauche, un kyste adhérent à celte membrane, et rempli d’une matière de consistance de suif. Ce kyste aA ait la forme et la grosseur d’une pomme d’apis. La bosse pariétale était presque usée. Combien de fois, depuis cet événement , les parens ne nous ont-ils pas témoigné, et verbalement et par écrit, leurs regrets de ne s’être pas rendus à notre opinion ! Nous transcririons ici leurs lettres s’ils nous y avaient autorisé. Ce n’est pas la première fois que nous avons eu occasion de recourir à ces moyens d’exploration pour nous assurer du lieu d’un épanchement, ou de toute autre cause de compression cérébrale. Déjà, dans une brochure que nous publiâmes sur les épanchemens en général (en Poméranie suédoise) , nous avons fait mention de la percussion du crâne. Nous aurons occasion d’y revenir.
Huitième Fait. Un chirurgien;, sous-aide-major, employé dans Fliôpital dont le service nous était confié , en Pologne , fut pris d’épilepsie. 11 n’était âgé que de dix-neuf ans. Son tempérament, nerveux, l’avait souvent exposé à des aifections spasmodiques graves. Toutes les précautions furent prises pour mettre ce jeune homme à l’abri de nouveaux accidens épileptiques. Il n’en fut pas moins, quinze jours après, frappé d’un nouvel accès, auquel il succomba.
Nècropsie. Les vaisseaux des membranes du cerveau étaient variqueux, et d’une grosseur à laquelle nous aurions de la peine à croire, si nous 11e nous en étions assuré nous-même.
Neuvième Fait. François de B...., homme de lettres , âgé de quarante-sept ans , nerveux et lymphatique , tomba tout-à-coup, en 1816, dans une attaque d’épilepsie presque foudroyante ; le lendemain il mourut dans un deuxième accès.
Nècropsie. Le crâne offrait une épaisseur cou-
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sidérable. Le tiers antérieur clu lobe droit du cerveau, plus affaissé, était dans un état de ramollissement extraordinaire. Un épanchement séreux avait commencé à se former à la base du. crâne. Les couches des nerfs opticpies du même coté ( droit), ressemblaient assez à de la bouillie brunâtre.
Dixième Fait. Madame Marie de M , âgée
de 29 ans, épileptique depuis l époque de la puberté, perdit la vie après une chute dans laquelle elle s’était fracturé les jambes.
JSécropsie. Le crâne offrait un volume et une épaisseur considérables. La dure-mère adhérait à toute la face interne de l’occipital ; substance du cerveau calleuse ; très peu de sérosité dans les ventricules latéraux.
Onzième Fait. Louise La 13...., âge de 3 2 ans, ouvrière en robes, d’un tempérament nerveux, mourut d’épilepsie , dont elle était atteinte depuis quinze ans.
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Nécropsie. Arachnoïde opaque et épaissie; epanchement de sérosité sanguinolente dans l’intéricur de la dure-mère; ventricules du cerveau d’une capacité peu commune. Plusieurs hydatides dans ces cavités. Petits kystes séreux dans le tissu des plexus choroïdes.
Douzième Fait . M. Adolphe de L , 0fïi-
cier supérieur d’artillerie, reçoit en duel , le lendemain de la bataille de Friedland , un coup d’épée qui pénètre, par la tempe gauche, dansle cerveau. Une portion de la lame reste dans cet oigane. Lextiaction n en fut faite que 2/j. heures après la blessure. Cet officier , qui avait perdu 1 usage de l’œil du côté blessé , fut peu de temps <i se remettre de ce coup d’epee, quoique très grave sans doute; mais ce rétablissement n’était que simulé. Six mois après, un accès d’épilepsie épouvantable se déclara : quatre hommes suffirent à peine pour mettre le malade à l’abri des accidens qu auraient pu produire les contractions et les efforts que faisait ce malheureux pour se débarrasser, nous dit-il après l’attaque, du
pouls qu 'il portait sur la tête. Il éprouva vingtcinq accès de la même intensité que le premier , et succomba au vingt-sixième.
Nécropsie. Abcès considérable dans le tiers antérieur du lobe gauche du cerveau; traces nombreuses d’inflammation des membranes qui enveloppent cet organe.
Ti 'eizième Fait. Mademoiselle Emma de P... , âgée de 20 ans, nerveuse à l’excès, devient épileptique sans causes appréciables; seulement ses facultés intellectuelles avaient paru dès longtemps altérées, mais si légèrement, qu’on n’y avait fait que très peu d’attention. Au sixième accès , cette demoiselle fut enlevée à sa mère désolée.
Nécropsie. Les os du crâne sont un peu plus épais que dans l’état ordinaire. Les éminences de la base du crâne , les moins apparentes, sont entièrement effacées, ainsi que la plupart des fosses ; les apophyses les plus saillantes présen-
tent, des directions contre nature; enfin toutes les parties de l’intérieur de cette boîte osseuse sont plus ou moins viciées.
Le cerveau avait dû nécessairement souffrir de ce désordre des parties dures; aussi les circonvolutions antérieures paraissent-elles fort peu. Epanchement considérable d’un liquide aqueux dans les ventricules latéraux, à la base du cerveau, et jusque dans le tiers supérieur de la colonne cervicale ; dilatation excessive des troisième et quatrième ventricules; vaisseaux injectés et volumineux ; le cervelet est d’un tiers plus développé qu’à l’ordinaire.
Quatorzième Fait. Pierre G..., sergent au dixneuvième régiment d’infanterie de ligne, nous fut envoyé, en 1809, à l’hopilal de Schœnbrun (Autriche). Ce militaire, âgé de 28 ans, d’une constitution athlétique, portait une balle de plomb dans la partie antérieure du cerveau. L’extraction de ce corps fut faite aussitôt, et la plaie ne fut pas long-temps à se cicatriser. Les
maux de tête, l’insomnie , les fourmillemens des jambes nous engagèrent à retenir le malade, quoiqu’il eut témoigné plusieurs fois l’intention de sortir pour assister à la bataille de Wagram qui se préparait. 11 ne tarda pas à tomber dans des attaques d’épilepsie d’une force et d’une fréquence peu communes. La tête fut rasée et percutée avec le cylindre métallique. Le malade disait éprouver des sons bien plus obscurs aux bosses coronales qu’aux autres parties du crâne. Tout se réunissait donc pour nous indiquer le lieu de l’épanchement que nous redoutions. Deux couronnes de trépan furent appliquées sur le coronal , réduit à une seule table par le coup de feu. Deux onces de pus sanieux s’écoulèrent. Le blessé fut pansé méthodiquement pendant deux mois, qui suffirent pour le mettre dans le cas de rejoindre son régiment, toutefois avec les précautions qu’exigeait l’état de la cicatrice.
Quinzième Fait. Joseph-Louis L , sous-
officier du génie, entra à l’hôpital d’Onsolredeck , près La Haye (Hollande). Ce militaire >
dont les études avaient été sérieuses, et les occupations constantes , éprouvait des attaques d’épilepsie, qui, heureusement, nous dit-il, ne se renouvelaient que de mois en mois ,• mais la céphalalgie qui lui était survenue depuis peu, était si vive, qu’elle l’avait décidé à venir nous demander du soulagement.
La tête fut percutée dans tous les sens. Le malade nous fit observer que ce moyen d’exploration ne produirait aucun diagnostic certain. « Il me semble, ajouta-t-il, qu’un corps particulier flotte, dans la base du cerveau, lorsque je retourne brusquement la tête sur l’oreiller. » Cet intéressant jeune homme mourut subitement le lendemain, dans des convulsions affreuses.
Nécropsie. La glande pinéale, seule, est volumineuse, squirrheuse et baignée dans quatre onces, au moins, de sérosité.