‹ Des maladies nerveuses en général, de l'épilepsie en particulier, et des moyens de les combattre avantageusement; recherches précédées d'un court examen physique et moral du système nerveux, et mêlées de réflexions sur quelques changemens à faire subir à notre législationChapitre 25 sur 33 · C. Epilepsie idiopathique rachidienne · texte numérisé non relu

C. Epilepsie idiopathique rachidienne

Les parties contenues dans le rachis ( épine

du dos) sont également sujettes à des altérations qui engendrent l’épilepsie , quoiqu’on ait observé ces altérations chez des individus non épileptiques.

Premier Fait. M. Charles Le P , chef de

bataillon, reçut, à l’affaire de Polostb , en 1812,

plusieurs coups de crosse de fusil dans le dos,

apres avoir fait une chute de cheval sur le siège.

En donnant de l’argent, cet officier sortit des

mains des soldats russes qüi l’avaient si mal

traité. Jeune encore et robuste, il n’avait jamais

été malade, ni même incommodé. Porté à l’ambulance , on le fit saigner deux fois dans un jour, et l'on couvrit la colonne épinière de ventouses scarifiées, ensuite de vésicatoires volans. Des douleurs atroces se fixèrent dans toute l’étendue de cette partie , notamment dans les lombes.

Le lendemain , saignée copieuse du pied, frictions éthérées sur les membres inférieurs.

Le soir il fallut partir. Chacun connaît les motifs de la retraite précipitée que les armées

françaises furent contraintes d’effectuer à cette époque.

Quelques jours après, nous rencontrâmes cet officier à Wilna ; il souffrait plus que jamais, et marchait courbé en avant. Nous eûmes à peine le temps de lui parler. Enfin nous le revîmes à Kœnisberg ; là, du moins, nous pûmes l’écouter avec attention : il avait éprouvé plusieurs attaques d’épilepsie. 11 put encore prendre la poste,

et se rendre à Ma v en ce : nous arrivâmes ensem-

blé dans cette ville. Le malheureux y succomba

le lendemain, dans un accès épileptique qui dura près de deux heures.

Nécropsie. Le crâne et le cerveau , vus avec la plus scrupuleuse attention , n’offrent rien de remarquable. Nous voulions nous en tenir là , lorsque le chirurgien, ami du défunt, nous proposa d’examiner, avec le même détail , le canal rachidien j voici ce que nous y observâmes. Les vaisseaux étaient très considérablement gorgés de sang ; tout le rachis plein de sérosité rougeâtre.

Nous oublions de dire que le cânal vertébral était comme rétréci vers les cinquième, sixième et septième vertèbres dorsales.

Deuxieme Fait . La femme d’un pasteur luthérien , jeune encore et d’une santé brillante , habitait le village de Rantzin , près Greisswald ( Poméranie suédoise). Poursuivie par des soldats wurlembergeois , qu’elle avait rencontrés en se promenant , cette dame arrive chez elle où elle ne trouve personne. Elle court dans la chambre de son mari , s’arme d’un fusil à deux coups, et parvient, par une contenance peu familière à son sexe , à mettre ses assaillans en fuite. Voulant replacer l’arme dont elle s’était si courageusement servie , elle tombe sur un angle de table, qui pénètre dans les parties molles du dos à un demi* pouce de profondeur. Elle a la force de se relever malgré ses douleurs déchirantes, et d’aller s’étendre sur un sofa.

Son mari et un domestique arrivent et la trouvent dans un état alarmant. Ou vient nous

3og

chercher à l’hôpital <1’ Anklam. Plusieurs saignées sont pratiquées , des ventouses scarifiées appliquées sur l’épine , et des frictions faites avec de l’eau de Cologne sur les cuisses et les jambes. La plaie est convenablement pansée , et quinze jours suffisent pour mettre fin aux souffrances de cette intrépide Amazone. Ce ne fut qu’alors qu’elle raconta les circonstances de son aventure. Trois mois après elle fut prise d’épilepsie , maladie dont elle n’avait jamais éprouvé d’atteinte, et mourut au cinquième accès.

Nécropsie. La tête ne nous laisse rien voir qui puisse fixer notre attention ; mais le canal rachidien est occupé par une grande quantité de liquide brunâtre.

D. Epilepsie idiopathique dentaire.

Les dents ont aussi des nerfs qui leur sont fournis par les maxillaires supérieur et inférieur, et par le sous-orbitaire , tous venant de la cinquième paire , laquelle naît de la substance grise du cerveau.

3io

Les nerfs dentaires peuvent être irrités , en— flammés, etc. , et dès-lors donner lieu à l’épi— lepsie.

Premier Fait. Une demoiselle de dix-sept ans, saine , forte, n’ayant jamais été malade, et appartenant à des parens également bien portans , souffrait d’une dent molaire à peine tachée. Cette demoiselle voulut absolument se débarrasser de la cause de la douleur.

Un dentiste habile se refuse à l’extraction, et propose la cautérisation , la lime , le plombage , etc. La demoiselle se refuse à l’emploi de ces moyens , les considérant comme au moins inutiles. Enfin le dentiste fait retentir, aux oreilles de notre jeune entêtée, les mots luxation , replantation ; la demoiselle se fait rendre compte de ces deux opérations et des suites qu’elles peuvent avoir. Elle n’y trouve que, des avantages et s’y soumet. La dent malade est luxée à demi et raffermie de nouveau par les procédés et les précautions connus.

Le lendemain des douleurs surviennent dans tout le coté droit de la tête , plus tard des spasmes violons , et enfin une attaque d’épilepsie des plus fortes. La malade ne voulut plus revoir le dentiste. Un chirurgien est appelé et attribue les accidens à la rupture incomplète du nerf de la dent qu’on avait luxée. Tel fut également notre avis. La dent fut extraite sur-le-champ -, la douleur fut vive , mais aucun accident ne se renouvela .

Deuxieme Fait. Un avoué , âgé de trente ans, d’un tempérament nerveux, n’ayant jamais été sérieusement malade , appartenant à des parens d’une santé parfaite, est contraint de se faire extraire une dent canine très noire. Se croyant défiguré par l’effet que produisait l’intervalle résultant de l’absence de cette dent , il consulte un dentiste , qui lui propose une dent étrangère. L’avoué accepte \ nous ne savons si cette dent provenait de la mâchoire d'un client mécontent ; ce qu’il y a de certain , c’est que des douleurs intenses se manifestent le lendemain dans tout le

coté gauche de la tète, et surtout clans l’arcade alvéolaire.

Le dentiste est appelé , et veut enlever la dent intruse. Le malade, aimant mieux souffrir encore que d’être défiguré , repousse cette proposition. Deux jours après , douleurs intolérables, attaque d’épilepsie. La dent est enlevée et les accidens ne reparaissent plus.

E. Epilepsie idiopathique laryngée.

Pi ' emier Fait. Un musicien de l’ancien 4°e régiment , s’etant mis mal avec ses chefs , et craignant d’encourir leur disgrâce, prend le parti de se détruire. Il s’arme d’un rasoir et se fait une incision transversale à la partie antérieure du col. Le chirurgien de service , appelé , panse la plaie après en avoir réuni les lèvres. Quelques heures après, une attaque d’épilepsie a lieu.

Le chirurgien-major , à sa visite , se fait rendre compte de ce qui s’était passé, fait découvrir la plaie , et incise complètement un rameau du nerf laryngé, (pii n’avait été que légèrement intéressé.

La plaie esf repansée convenablement , et le blessé guérit en peu de temps sans aucun autre accident. •

Deuxieme Fait. M. Es,...., médecin ordinaire aux armées , reçoit un coup d'épée qui pénètre dans le larynx. Ce docteur n’avait jamais été malade et appartenait à une famille bien portante. Les soins les plus éclairés , les plus assidus lui sont prodigués. 11 devient épileptique le troisième jour de sa blessure, et meurt au sixième accès de l’affection nerveuse.

Nécropsie. Rien dans le cerveau ni dans la moelle épinière. Le larynx , parcouru avec une attention minutieuse, laisse apercevoir le rameau

interne du nerf laryngé ( entre le cartilage thyroïde et l’os hyoïde) présentant une tumeur occasionnée par le fer qui avait pénétré dans cette partie.

F. Epilepsie idiopathique pectorale .

/ ail unique. François T , officier de oui-

rassiers , âgé Je trente-neuf ans , d’un tempérament sanguin-nerveux , ayant les muscles sail— lans , lit une chute Je cheval , et eut la poitrine foulée par les pieJs Je cet animal. Cet officier fut saigné plusieurs fois , et n’en resta pas moins sujet à des accès d’épilepsie. Il ne put résister à la

septième attaque de cette maladie.

Nécropsie. L’intérieur du rachis n’offre pas la plus petite lésion. Les organes de la poitrine sont sains , mais les nerfs principaux de cette cavité présentent un développement qu’on ne rencontre pas ordinairement.

G. Epilepsie idiopathique abdominale .

Ei ‘emier Fait. Madame Louise de C , âgée

de 4i ans ; d’un embonpoint médiocre , devient épileptique à la suite d’une querelle avec son mari ? qui la renverse et lui marche sur le ventre. Cette malheureuse succombe au troisième accès.

Nécropsie. Aucune altération des organes

contenus clans la tête, le rachis , la poitrine et le bas-ventre ; mais le système nerveux abdominal , les nerfs mésentériques, surtout, attestent , par quelques lésions , qu’ils ont subi un ébranlement considérable.

Deuxième Fait. Une blanchisseuse du iqe régiment, âgée d’environ 30 ans, d’un tempérament nerveux , d un caractère petuient , appartenant à une famille où l’épilepsie n’a jamais paru , et n ayant pas connu elle-même cette maladie , reçut, au siège de Dantzik , un coup de sabre d’un soldat pris de boisson. La plaie pénétrait dans l’intérieur du ventre. Les saignées fréquentes , et les autres moyens employés en pareil cas , parvinrent à remettre cette femme, sinon cornph tement , assez bien du moins pour qu’elle put continuer son métier. Un mois après elle tomba dans un accès d’épilepsie , qui se renouvela douze fois en trois jours - enfin cette malheureuse succombe.

JS écropsie. Toutes les cavités principales sont

Ltü..

examinées sans offrir la moindre altération organique. Nous trouvâmes cependant., en parcourant l’abdomen , le plexus mésentérique supérieur à moitié divisé.

Troisième Fait. Un tambour de l’ex-garde impériale, âgé de ans, d’une petite stature, d’un tempérament nervoso-sanguin , reçoit en duel un coup d’épée qui pénètre dans le ventre jusqu’à la deuxième vertèbre lombaire.

Ce militaire , couvert de blessures , quoique jeune encore , n’avait cependant jamais ressenti d’affection spasmodique. Il fut convenablement soigné de son nouveau coup d’épée, et en guérit en moins de deux mois, au bout desquels il fut atteint d’un premier accès d’épilepsie. Les moyens connus sont inutilement employés ; il meurt à la sixième attaque de cette affection.

Nécropsie. Rien d’extraordinaire dans les trois grandes cavités , ni dans le rachis ; mais la première' paire de nerfs lombaires est fortement

développée. Elle présentait meme une grosseur qui semblait annoncer que la pointe du fer l’avait piquée.

//. Epilepsie idiopathique génitale.

Premier Fait. Etienne R... , officier au 1 8e régiment de ligne, âgé de 07 ans, avait toujours joui d’une bonne santé , quoique nerveux. Il reçut, à l’affaire du 18 octobre 1 8 1 3 , devant Leipsick , un coup de mitraille qui lui enleva toutes les parties génitales extérieures. Deux heures après , un violent accès d’épilepsie se manifeste. La plaie est réduite autant que possible à l’état de plaie simple. Il guérit parfaitement de cette blessure , mais il resta épileptique pendant six mois, au bout desquels il succomba dans une attaque plus forte que la première.

Nécropsie. La tête , le rachis , la poitrine , l’estomac , le ventre et tous les viscères qu’il renferme , sont examinés avec soin , et ne présentent rien qui indique la cause de l’épilepsie ,

que nous nommerons traumatique , puisqu’elle s’est déclarée immédiatement après la blessure, qui dut imprimer un ébranlement considérable au système nerveux.

Deuxième Fait. M!»e veuve V , âgée de

53 ans, se décide à se faire extirper un polype utérin. Nous ignorons ce qui se passa pendant l’opération , qui lit cruellement souffrir la malade , par les décbiremens quelle nous dit avoir ressentis, mais nous savons positivement qu’elle n’éprouva son premier accès épileptique que le lendemain de l’opération qu’elle venait de subir. Cette femme succomba au dix-huitième accès.

JYécropsie. Rien d’extraordinaire dans les cavités principales. L’utérus seul présente des ulcérations profondes, suite inévitable des solutions de continuité produites dans cet organe, par les tractions exercées sur sa surface muqueuse , au moyen des inslrumens ou des mains du chirurgien qui avait opéré la malade.

Troisième Fait. Un comte russe , âgé de

3iq

47 ans , d’une constitution robuste , reçut un coup de pied de clieval sur les parties génitales, qui donna lieu à une vive inllammation de ces parties , et par suite à un double sarcocèle énorme. L’opération que l’on pratique en pareil cas est proposée , le malade s’y décide et la supporte avec courage. La cicatrisation de la plaie est promptement amenée. Il restait cependant quelques spasmes dans cette région, qui furent combattus par les moyens connus. L’épilepsie s’est enfin déclarée , et a été guérie au huitième accès, par l’eau de laurier-cerise portée à deux onces par jour.

Page 1